V - L’ESPAGNE, LE PORTUGAL ET LEURS COLONIES D’AMÉRIQUE

3. CARLOS II "El Hechizado" (1665 à 1700)

CHARLES II dit "l'Ensorcelé", né en 1661, fils de Felipe IV. Régence de Marie-Anne d’Autriche jusqu’à sa majorité en 1675. Reines : Marie-Louise d’Orléans (décédée à 27 ans) ; Marie-Anne de Neubourg. Proclamé roi à l’âge de quatre ans, il sera sans cesse gouverné, par sa mère (tutelle), par Juan José d’Autriche (fils bâtard de Felipe IV), par sa femme Marie Louise d’Orléans et par ses ministres. Il reçoit le surnom d’« Ensorcelé » car le peuple attribue son lamentable état physique (rachitique, malade, débile et stérile) à des influences néfastes ou diaboliques, dû en vérité à des mariages consanguins successifs. Ayant commis l’imprudence d’entrer dans la coalition contre Louis XIV, il se voit enlever la Franche-Comté, l’Artois et de nombreuses places fortes des Flandres lors du traité de Nimègue (1678). Décédé à l’âge de 39 ans, il reste sans enfants malgré deux mariages. Sa disparition sonne le glas de la dynastie des Habsbourg en Espagne. Par testament, il choisit comme héritier Philippe de France, duc d’Anjou et petit-fils de Louis XIV. Contesté par l’Autriche, ce testament provoque la Guerre de Succession d’Espagne.
1923La bruja (ES/PT) de Maximiliano Thous 
CC Hispano-Portuguesa. – av. Lola Paris, Concha Gorgé, Leopoldo Pitarch. – Une sorcière défie l’Inquisition et séduit un aristocrate.
1938® The Face Behind the Mask (Un visage derrière un masque) (US) de Jacques Tourneur. – av. George Jimenez (Carlos II). – cf. France (1.8f).
1963L’invincibile cavaliere mascherato / L’Invincible Cavalier masqué (IT/FR) d’Umberto Lenzi 
Fortunato Misiano/Romana Film-SNC, 90 min. – av. Pierre Brice (Don Diègo, le cavalier masqué), Hélène Chanel (Carmencita), Daniele Vargas (Don Luis), Aldo Bufi Landi (Francisco), Massimo Serato (Rodriguez).
Cape et épée : en 1670, un justicier masqué, neveu du gouverneur légitime assassiné, combat le despote Don Luis à Higuera de Albalat, dans la province de Cáceres (Estrémadure) que ravage la peste. - Filmé en Italie (château de Sermoneta, dans le Latium, et dans les bosquets de Manziana, Tuscia Romana, et sur les terrains de la Romana Film à Ronciglione) en Totalscope et Eastmancolor.
1976(tv) Pedro Romero (ES) de Mario Camus 
Television Española, série « Paisaje con figuras » (TVE 6.12.76), 29 min. – Ronda (Malaga), la vie du légendaire toréador andaloux (1754-1839), immortalisé par Goya. Son grand-père Francisco Romero passe pour l’« inventeur » de la corrida. Grand rival de Pepe Hillo, il prendra la direction de l’Ecole de tauromachie de Séville en 1806.
1976Las delicias de los verdes años (ES) d’Antonio Mercero 
J. Frade, 99 min. – av. Maria José Cantudo, Paco Algora, Barbara Frey, José Calvo. – Comédie érotique située à Madrid en 1674 (d’après Boccace).
1981Jalea real [Gelée royale] (ES) de Carles Mira 
Carles Mira Fraco/Lima PC-Nickel Odeon Dos-Ascle Films, 88 min. – av. Mario Pardo (Charles II), Mapi Sagaseta (Marie Louise d’Orléans, la reine), Berta Riaza (la duchesse), Ofelia Angélica (Père Inocenti), Rafael Díaz (le cardinal), Guillermo Montesinos (Salomon), Joan Monlón (Muley), Eduardo MacGregor (Don Cristóbal), Mayte Alarcos (Doña Francisquita).
La cour d’Espagne est paniquée, car Charles II n’a toujours pas de descendance, et tout le monde, des grands d’Espagne jusqu’aux bouffons, s’affaire vainement pour y remédier. Rien n’y fait, ni médicaments ni filtres ni même la collaboration enthousiaste de la Noire Zaïna qui choque le clergé : l’« Ensorcelé » feint de ne pas comprendre que la copulation est un devoir d’État … Une comédie joyeusement irrévérencieuse qui bascule parfois dans le grotesque. Production en Eastmancolor présentée au festival de Séville 1981.
2002(tv) Inquisition (GB) de Betsan Morris Evans
The Drama House (Channel-5 22.12.02), 50 min. - av. Derek Jacobi (le cardinal Grand Inquisiteur), Alun Armstrong (Martin, son assistant), Stephen Billington (le guérisseur/le prisonnier), John Daltimore (le tortureur), David Henley et David Kolton (gardes), Henry Evans Harding (le moine novice).
Madrid en 1680. Accusé de sorcellerie, un jeune homme qui - comme le Christ - guérit les malades et accomplirait des miracles comparait devant le tribunal de l'Inquisition. Il choisit de se taire, malgré la torture. L'Inquisiteur se perd dans des réflexions sur le pouvoir de l'Église et comment celle-ci s'est progressivement détournée des enseignements du Christ. Un scénario de Jack Emery inspiré par La Légende du Grand Inquisiteur qui figure dans le roman Les Frères Karamazov de Dostoïevski.
Danielle Darrieux, Jean Marais et Marcel Herrand dans « Ruy Blas » de Pierre Billon (1947).

3.1. "Ruy Blas" de Victor Hugo

Drame romantique crée à Paris en 1838. - Madrid en 1695. Tombé en disgrâce pour une affaire de mœurs, Don Salluste de Bazan, grand d’Espagne, Ministre de la Police du Royaume, veut se venger de la reine, Marie-Anne de Neubourg, qui l’a disgrâcié et condamné à l’exil. Salluste sollicite l’aide de Don César de Bazan, son cousin déclassé, mi-aventurier mi-brigand. Devant son refus de participer à une machination aussi indigne de son sang, il le fait enlever et vendre comme esclave à des pirates sarrazins. Pour compromettre la souveraine, Don Salluste se tourne alors vers Ruy Blas, son valet de chambre dont il sait qu’il est follement épris de la reine (« un verre de terre amoureux d’une étoile »). Avant de s’exiler sur ses terres, il introduit son domestique à la cour sous l’identité de César de Bazan et lui ordonne de plaire à la reine et de devenir son amant. Délaissée publiquement par Charles II qui passe son temps à la chasse ou à l’Escorial, la jeune et orgueilleuse souveraine allemande souffre de la solitude et du terrible isolement que lui impose l’étiquette. Elle se laisse séduire, hausse l’imposteur amoureux au premier rang du pouvoir, le nomme duc. Ruy Blas se prend au jeu et préside le Conseil des ministres, un cénacle corrompu qu’il entreprend de réformer tout en gagnant une grande popularité. C’est alors que Don Sallustre revient secrètement à Madrid, contrecarre les plans de vengeance de son cousin évadé d’Afrique du Nord et piège la reine dans les appartements de Ruy Blas afin de la contraindre à l’abdication. Mais Ruy Blas assassine Don Salluste et avale du poison plutôt que de déshonorer celle qu’il aime. – Le personnage de Ruy Blas est, quant à son rôle politique, lointainement inspiré par Juan Tomás Enríquez de Cabrera, duc de Medina de Rio-Seco, comte de Melgar et grand almirante de Castille (1646-1705).
1909Ruy Blas (US) de James Stuart Blackton 
Vitagraph Co. of America, 1 bob./900 ft./275 m. – av. Maurice Costello, William Humphrey, Maurice Costello, Julia Arthur, John G. Adolfi.
1912Ruy Blas (IT)
Il Film d’Arte Italiana-Pathé, 800 m. – av. Gustavo Serena (Ruy Blas), Francesca Bertini (la reine [Isabella]). – Un rendement plus ou moins fidèle de la trame hugolienne, qui illustre au départ comment la reine (rebaptisée Isabella) découvre la liaison de Don Salluste avec une demoiselle de la cour et exige qu’il épouse la jeune femme enceinte.
1913[La tragedia di Pulcinella / La Tragédie de Pulcinella (IT/FR) Il Film d’Arte Italiana-Série d’Art Pathé, 395 m. – av. Ettore Berti, Guido Brignone, Paola Monti. – L’intrigue de « Ruy Blas » transposée au XXe siècle dans la bonne société vénitienne (l’emprunt à Hugo est attesté par le générique et la publicité du film) : domestique du duc d’Ascagni, Pulcinella s’éprend d’une belle inconnue et se fait passer pour un personnage haut placé. Lorsque l’imposture éclate au cours d’un dîner donné par son maître où se rend sa bien-aimée, Pulcinella, pris de honte, se suicide .]
1914Ruy Blas (US) de Lucius Henderson 
Majestic Motion Picture Co., 2 bob. – av. William Garwood (Ruy Blas), Francelia Billington (la reine Marie-Anne de Neubourg), Frederick Vroom (Don Salluste de Bazan).
1916Ruy Blas (FR)
Phoebus Film, Paris, 1900 m. – av. Marquet (Don Salluste de Bazan), Germais (César de Bazan), Marialise (la reine Marie-Anne de Neubourg).
1918Királynöm, te vagy a napfény [Ma Reine, vous êtes la lumière du soleil] (HU) de Pál Sugár 
Thalia Films. – av. Jenö Törzs, Lia Putty [=Lya de Putti], Ilona Bánhidy.
1947*Ruy Blas (FR/IT) de Pierre Billon (supervision et scén. : Jean Cocteau) 
André Paulvé-Legrand Prod., 93 min. – av. Jean Marais (Ruy Blas / Don César de Bazan), Danielle Darrieux (la reine Marie-Anne de Neubourg), Marcel Herrand (don Salluste de Bazan), Gabrielle Dorziat (duchesse d’Albuquerque), Gilles Queant (duc d’Albe).
Une production de prestige du cinéma français d’après-guerre, intéressante surtout par le travail d’un écrivain-dessinateur (Cocteau) adaptant un autre écrivain-dessinateur (Hugo). Cocteau déversifie entièrement l’œuvre théâtrale (écrite en alexandrins), une option discutable mais un réel tour de force. Par la même occasion, il atténue fortement la dimension politique d’un texte qui dénonçait en 1838 l’affairisme du gouvernement sous Louis-Philippe (Hugo défendait à travers Ruy Blas la légitimité du pouvoir du peuple) ; le fameux discours au Conseil des ministres est réduit à quelques tirades et remplacé plus tard par deux-trois piques anticléricales apocryphes sur la collusion entre l’Église et l’État. Le personnage de Ruy Blas est un jeune premier athlétique dénué de la troublante dualité que lui confère Hugo, le romantisme cède le pas au sentimentalisme. Cocteau l’a rédigé sur mesure pour son compagnon Jean Marais, qui joue le double rôle de Ruy Blas et du hors-la-loi Zafari alias Don César (puisque les deux doivent se ressembler physiquement). Ce choix nous vaut non seulement une double exposition Marais-Marais et quelques jolis cliquetis de rapière, mais une série de cascades, évidemment effectuées par l’acteur lui-même, notamment un bain périlleux dans un torrent à la quête des fleurs bleues tant aimées par la reine (plongeon périlleux qui faillit lui coûter la vie) et quelques spectaculaires acrobaties à la corde sous la voûte et à travers la rosace d’une église pour échapper aux spadassins de Don Salluste. Des séquences plaisantes mais superflues du point de vue dramaturgique, car elles n’ajoutent rien à la tragédie de Ruy Blas. Marais est juvénile, fougueux et mièvre, Danielle Darrieux froide et peu concernée, tous deux déclament le texte de Cocteau-Hugo au lieu de le vivre. Marcel Herrand ressert son numéro de Lacenaire et Gabrielle Dorziat campe avec toute la raideur souhaitée la terrifiante virago qui garde la reine en cage.
Sans doute faut-il y lire un parti-pris d’artificialité qui se réverbère dans les somptueux décors à marqueterie de Georges Wakhévitch et la composition baroque des plans que Cocteau a placée sous le double signe du Gréco et de Goya : atmosphère écrasante, costumes noirs, funèbres et élégants des courtisans, cérémonials pétrifiés, intérieurs délabrés. Après avoir envisagé de tourner lui-même le film, le poète, pour des raisons de santé, s’est contenté de le superviser. La réalisation a été proposée à Jacques Feyder, qui s’est désisté, puis à Henri Calef, enfin à Billon, solide technicien qui délivre une mise en image consciencieuse mais empâtée et gravement dénuée de rythme. Malgré tous les talents réunis, un coup d’épée dans l’eau : l’ensemble est trop esthétisant, de trop bon goût pour restituer la sauvagerie romantique d’Hugo. Il souligne, au contraire, le côté abracadabrant de l’intrigue. Néanmoins, le succès populaire est au rendez-vous avec 2,4 millions de spectateurs en France. Tournage aux studios Eclair à Epinay-sur-Seine, extérieurs en Provence, à Cassis (Bouches-du-Rhône), dans le torrent du lac de Tignes, à Mérangel, dans les Dolomites vers Brescia, à Milan (aux studios ICET) et à Venise.
1952(tv) Ruy Blas (FR) d’A. M. Julien (th), Claude Barma (tv)
(RTF 13.11.52). – Transmission du 3e acte de la pièce mise en scène par Julien au Théâtre Sarah-Bernhardt à Paris.
1959(tv) Ruy Blas (IT) de Ludovico Muratori
(RAI 4.12.59), 130 min. – av. Nando Gazzolo (Ruy Blas), Elena Zareschi (la reine Marie-Anne de Neubourg), Raoul Grassilli (Don Salluste de Bazan), Gastone Moschia (César de Bazan), Gabriella Giacobbe (duchesse d’Abulquerque).
1965(tv) Ruy Blas (FR) de Claude Barma 
ORTF (TF2 23.1.65), 135 min. – av. Anne Doat (la reine Marie-Anne de Neubourg), Jean-François Poron (Ruy Blas), Jean Topart (Don Salluste de Bazan), Jean Piat (don César de Bazan), Françoise Rosay (duchesse d’Albuquerque), Raymond Danjou (duc d’Albe).
Dramatique de belle tenue, enregistrée en studio en 35 mm. (noir et blanc), sur une musique d’Antoine Duhamel, et en tenant scrupuleusement compte des indications scéniques et des décors souhaités par Hugo.
1971*La Folie des grandeurs / Delirios de grandeza / Mania de grandezza / Die dummen Streiche der Reichen (FR/ES/IT/DE) de Gérard Oury 
SNE Gaumont-Coral Films-Mars Films-Orion Filmproduktion, 113 min. – av. Yves Montand (Blaze), Louis de Funès (Don Salluste, ministre du roi), Alberto de Mendoza (Charles II), Alice Sapritch (Doña Juana), Karin Schubert (la reine Marie-Anne de Neubourg), Gabriele Tinti (Don César de Bazan).
Ministre des Finances célèbre pour son insatiable cupidité, l’odieux don Salluste pille, dépouille, exproprie, sème misère et désolation aux quatres coins du royaume. Les contribuables l’abhorrent ; la reine aussi. Elle obtient sa disgrâce et son exil. Mais ce vieux coquin de Salluste prépare sa vengeance : il manipule Blaze, son valet qu’il fait passer pour son cousin d'Amérique César, pour le pousser à séduire et, bien malgré lui, compromettre l’importune souveraine dont il est depuis toujours amoureux. Blaze gagne la confiance du roi, qui le fait ministre, et le cœur de midinette de la reine après avoir déjoué un complot ourdi par les grands d’Espagne. Don Salluste organise alors une rencontre galante dans une auberge et prévient le roi de la conduite légère de son épouse. Mais Charles II, sur les lieux du crime, ne trouve Blaze qu’en compagnie d’une duègne défraîchie et sexuellement affamée, Doña Juana : la reine a eu le temps de s’éclipser avec le vrai Don César qui passait par là… Salluste et Blaze sont envoyés au bagne chez les barbaresques, où les rejoint, punition suprême, la duègne en chaleur qui pourchasse Blaze de son fol amour…
« Ruy Blas » devient une comédie bouffe et farfelue mise sur pied pour Louis de Funès, l’éternel tyranneau qui se ridiculise lui-même. Remplaçant Bourvil, disparu à la veille du tournage (23.9.70), Montand joue les valets loufoques avec jubilation, tantôt fripon irrespectueux tantôt servile, face à un de Funès irrésistible de méchanceté inopérante et une Alice Sapritch adonnée au strip-tease (le film s'intitulait initialement "Sombres héros"). Un film de pur divertissement effaçant toutes les préoccupations sociales, politiques et philosophiques de Hugo (même si Blaze gruge ici Salluste au service des pauvres). Par conséquent le plus grand succès français de l’année (5,5 millions de spectateurs), tourné en avril-mai 1971 à Franstudio (Saint-Maurice) et en Espagne : désert de Tabernas et Almeria (Valle del Buho, Rambla de Alfaro, Rambla Moreno) en Andalousie, Calahorra (Grenade), Barcelone, El Escorial, Grenade, Madrid, Pedraza, Ségovie (Villa de Pedraza), Séville, Tolède. C'est en campant Don Salluste dans le "Ruy Blas" de Hugo à la Comédie-Française en novembre 1960 qu'Oury a l'idée de transformer le drame en parodie burlesque. C'est Simone Signoret qui suggère à Oury de réécrire le rôle prévu pour Bourvil et le confier à Montand. En décembre 1970, Montand avertit le réalisateur qu'il ne se rendra pas en Espagne si Franco fait exécuter seize membres de l'ETA, condamnés à mort à Burgos; le dictateur espagnol gracie les Basques, commuant leurs peines en années de prison. Le tournage peut donc commencer au printemps de l'année suivante.
1972(tv) Ruy Blas (FR) de Raymond Rouleau
(2e Ch. ORT 10.2.72). – av. François Beaulieu (Ruy Blas), Jean Piat (Don César de Bazan), Paul-Emile Deiber (Don Salluste de Bazan), Jacques Eyser, Jean-Paul Moulinot, Claude Winter (la reine Marie-Anne de Neubourg). – Dramatique, un document précieux sur le travail scénique de Raymond Rouleau.
1983(tv) Ruy Blas (FR) de Bernard Maigrot (tv), Jean-Pierre Bouvier (th)
(FR3 9.7.83). – av. Jean-Pierre Bouvier (Ruy Blas), Béatrice Agenin (la reine Marie-Anne de Neubourg), Marie-Noëlle Eusèbe, Michel Favory (Don Salluste), Sam Karmann (Don César de Bazan), Arlette Gilbert. – Captation de la mise en scène de Jean-Pierre Bouvier sous les remparts de Carcassonne.
2002(tv) **Ruy Blas (FR/PT) de Jacques Weber et Carlos Rodriguez 
Jean-Pierre Guérin/GMT Prod.-Arte France-CNDP-RTP (FR3 27.10.02), 108 min. – av. Gérard Depardieu (Don Salluste de Bazan), Carole Bouquet (la reine Marie-Anne de Neubourg), Jacques Weber (Don César de Bazan), Xavier Gallais (Ruy Blas), Jacques Sereys (Don Guritan), Júlio Martin (duc d’Albe), Anne Suarez (Casilda), Manuel Cintra (Montazgo), Michel de Roubaix (marquis de Priego), Rui Fernandes (Ubell), Filipe Ferrer (marquis de Santa Cruz), Guilherme Filipe (comte de Camporeal), Paulo Filipe (Alcaide), Lidia Franco (duchesse d’Albuquerque), Rui Luis (marquis del Bastos), António Montez (Gudiel), Fernando Pires (page Do Guritan), Clemente Santos (Don Manuel Rias), Luis Zagalo (Alguazil).
Un téléfilm de haute qualité, produit à l’occasion du bicentenaire de la naissance de Victor Hugo, tourné en décors naturels dans un palais au Portugal et remarquablement servi par le quatuor Depardieu-Bouquet-Weber-Gallais. Les jeux très différents et différenciés de ce quarteron de grands comédiens obéissent aux règles du drame romantique conçu par Hugo : un mélange des genres qui donne aux interprètes la liberté de changer brusquement de registre, en passant du rire à l’accablement, du grotesque au sublime. En homme de théâtre, Weber utilise les mouvements de caméra pour serrer le drame au plus près, mais aussi pour pénétrer dans l’intimité même des personnages, capter la complexité et la fibrillation de leurs moindres émotions. Devant des personnages aussi forts, si bien campés, dit-il, il importe surtout de filmer leurs échanges au plus près, sans distraire le spectateur par une ornementation trop historisante ; point de carrosses ou de beaux duels (le stupide Don Guritan est trucidé par Don Bazan derrière une paroi, le coup de rapière qui tue Salluste est filmé en ombres chinoises).
Le scénario de Jean-Claude Carrière respecte scrupuleusement la fabuleuse versification hugolienne, mais en simplifiant le contexte historique et en condensant le drame avec beaucoup de doigté. Chez Hugo, souligne-t-il, le personnage principal est, pour la première fois, un homme du peuple ; c’est la première entrée en force du prolétariat dans la tragédie classique, et Ruy Blas y affronte une réalité sordide, le pillage du royaume par ses « ministres intègres ». Xavier Gallais, que Weber a dirigé dans « Cyrano de Bergerac », le joue sans atténuer ses contradictions, d’abord effacé, en retrait, mystérieux, puis héroïque, terminant son monologue final tout seul, en tournant le dos au spectateur comme à la reine, avant de s’effondrer sous l’effet du poison. Carole Bouquet, épouse pure et délaissée, incarne une reine qui se sait déjà morte, prisonnière de cette cour et de ses vêtements dont elle ne peut sortir, moins amoureuse de Ruy Blas que de l’amour en tant que promesse de liberté. Weber fait un Don César paternel, partagé entre fanfaronnades et désespoir, tandis que Depardieu, l’amertume élégante, la voix susurrante, souligne la sobriété trouble et inquiétante de Don Salluste. Difficile de faire mieux.
2013(tv) Ruy Blas (FR) de Christian Schiaretti
(FR3 14.1.13), 165 min. – av. Robin Renucci (Don Salluste), Nicolas Gonzales (Ruy Blas), Jérôme Kircher (Don César), Juliette Rizoud (la reine Marie-Anne de Neubourg), Roland Monod (Don Guritan), Isabelle Sadoyan (la duègne), Yasmina Remil (Casilda), Clara Simpson (duchesse d’Abulquerque). – Captation de la mise en scène de Schiaretti au Théâtre National Populaire de Villeurbanne (enregistrée le 12.11.2011) : un gigantesque plateau nu pour magnifier le verbe hugolien.