II - LE ROYAUME D’ANGLETERRE

Le roi Jean sans Terre (Oscar Isaac) se parjure et brûle la Grande Charte dans « Robin Hood » de Ridley Scott (2010).

5. JEAN SANS TERRE ET LA GRANDE CHARTE (1199 / 1216)

Né en 1167, JEAN Ier (JOHN I LACKLAND) est le dernier des cinq fils du roi Henry II Plantagenêt et d’Aliénor d’Aquitaine. N’étant pas destiné à monter sur le trône ou à recevoir un quelconque territoire en héritage, il est surnommé « sans Terre » par son père. Cependant, après la révolte manquée de ses frères aînés contre leur géniteur, Jean devient le fils préféré de Henry II qui le fait seigneur d’Irlande et lui accorde des terres sur le continent. La mort de ses trois frères, suivie de l’absence de Richard Cœur de Lion à la Troisième Croisade, l’incite vainement à tenter de prendre le pouvoir. Épouses : Isabelle de Gloucester (mariage infécond annulé en 1199) et Isabelle d’Angoulême. Devenu roi, il traite avec mépris les nobles poitevins et angevins qui protestent contre le fait qu’il se soit proclamé héritier de Richard en oubliant les droits de son neveu Arthur, dont le père, Geoffroy, passait avant Jean en ligne successorale et que Richard avait désigné comme son successeur en 1190. Affaibli politiquement, il s’avère incapable de s’opposer aux menées conquérantes du monarque français Philippe II Auguste et de son fils, le dauphin Louis, qui menacent l’Empire plantagenêt. Hormis l’Aquitaine et le duché de Guyenne, Jean, maladroit et brouillon, perd la majeure partie du domaine continental de la couronne d’Angleterre en mains des Angevins (Anjou, Maine, Poitou, Touraine, Gascogne) ; il s’aliène définitivement les Bretons quand, ayant fait arrêter son neveu Arthur (août 1202), il le fait assassiner en prison une année plus tard ; la rumeur l’accusera même d’avoir tué l’enfant de ses propres mains. Après plusieurs défaites militaires, notamment à la bataille de Bouvines en juillet 1214, la perte irrémédiable de la Normandie le contraint à faire la paix et à rentrer en Angleterre. Son conflit avec le pape Innocent III au sujet de la nomination de l’archevêque de Canterbury, jugé trop favorable aux Capétiens, lui vaut l’excommunication.

Irrités par le comportement tyrannique de leur souverain et par la forte hausse des taxes et impôts puisés sans égards dans les ressources de ses sujets afin de financer sa politique continentale, les barons anglais se révoltent à leur tour. Le 15 juin 1215 à Runnymede, les seigneurs féodaux contraignent Jean à parapher la MAGNA CARTA (GRANDE CHARTE) qui veut mettre fin aux abus du pouvoir royal en garantissant les droits des hommes libres du royaume, ceux de l’Église et des villes, la protection contre les emprisonnements arbitraires, l’accès à une justice rapide et la limitation des impôts, qui doivent être consentis par un conseil. La clause 39 précise : « Aucun homme libre ne sera arrêté ni emprisonné, ou dépossédé de ses biens, ou déclaré hors-la-loi, ou exilé, ou exécuté de quelque manière que ce soit, et nous n’agirons pas contre lui et nous n’enverrons personne contre lui, sans jugement légal de ses pairs et conformément à la loi du pays. » La postérité verra dans ce texte fondateur de la modernité politique la première limitation imposée à l’arbitraire monarchique et l’amorce d’une démocratie parlementaire. Mais ni Jean ni le Souverain Pontife ne respectent ces dispositions et la Première Guerre des barons éclate peu après. Jean doit affronter la noblesse rebelle, soutenue opportunément par le dauphin de France dont l’armée envahit l’Angleterre et entre dans Londres. Jean meurt d’une dysenterie (ou d’un empoisonnement) en octobre 1216, alors qu’il fait campagne dans l’Est du pays, et c’est son fils Henry, âgé de neuf ans, qui lui succède avec le soutien des barons. Le dauphin Louis renonce à sa revendication au trône anglais et évacue l’Angleterre après avoir été battu à Lincoln par Guillaume le Maréchal, duc de Pembroke et protecteur du jeune Henry III. Pour ramener le calme et mettre un terme à la guerre civile, Guillaume le Maréchal, à présent régent, rétablit le prestige de la monarchie britannique en réintroduisant en 1217 une version modifiée de la Magna Carta qui deviendra la base des futurs gouvernements. Shakespeare, la légende de Robin des Bois et Walter Scott ont fait à Jean sans Terre une réputation calamiteuse, mais, quoique gravement caractériel, colérique, notoirement ingrat envers ses vassaux fidèles (comportement contraire à l’éthique chevaleresque), cruel, fourbe et tête légère, il fut sur certains points, notamment en tant qu’administrateur, un monarque plus responsable que son frère, rétablissant les finances du royaume que « le bon roi Richard » avait laissées dans un état désastreux, le pays étant au bord de la banqueroute.
Nota bene : Pour les apparitions cinématographiques du prince Jean, soit avant son couronnement en 1199, cf. les chapitres consacrés à son père Henry II Plantagenêt (3), à son frère Richard Cœur de Lion (3.1), au roman Ivanhoé de Walter Scott (3.1.a), au personnage légendaire de Robin des Bois (3.1.b) et à la Troisième Croisade (France 4.2). Seuls sont mentionnés ici les films et téléfilms où Jean est roi d’Angleterre.
1899King John (GB) de William Kennedy-Laurie Dickson, Walter Pfeffer Dando et Herbert Beerbohm Tree
British Mutoscope & Biograph Company (London), env. 4 min. – av. Sir Herbert Beerbohm Tree (le roi Jean), Dora Senior (le prince Henry, futur Henry III), James Fisher (William Marshal, comte de Pembroke [Guillaume le Maréchal]), Julia Neilson (Lady Constance, veuve de Geoffrey et mère d’Arthur), William Mollison (Philippe II Auguste, roi de France), Gerald Lawrence (le dauphin Louis, futur Louis VIII), Arthur Sefton (Arthur Plantagenêt, duc de Bretagne, fils de Geoffrey), Franklyn McLeay (le chambellan Hubert de Burgh, comte de Kent), F. M. Paget (Lord Robert Bigot, comte de Norfolk), Norman McKinnel (le duc Léopold V d’Autriche /Lymoges), Lewis Walker (Philip Falconbridge alias Sir Richard Plantagenêt, bâtard du roi Richard), Louis Calvert (le cardinal Pandulf Verraccio, légat du pape), S. A. Cookson (William Longsword, comte de Salisbury).
Tournée en septembre 1899 au Embankment Studio (plein air) de la Biograph, sur les rives de la Tamise à Londres, c’est la toute première adaptation d’une œuvre de Shakespeare au cinéma. Il s’agit d’une initiative du grand acteur shakespearien Herbert Beerbohm Tree (père du cinéaste Carol Reed et grand-oncle du comédien Oliver Reed), qui reprend décors et comédiens de sa propre mise en scène au His Majesty’s Theatre à West End (Haymarket) ainsi que des figurants de la Royal Academy of Dramatic Art, dont il est le fondateur ; le film est projeté le jour-même de la première théâtrale à Londres, le 20 septembre. A l’origine, il comptait quatre parties (le champ de bataille près d’Angers, la tente du roi de France, le verger de l’abbaye de Swineshead), mais une seule a survécu, d’une durée de 57 sec. : la scène de la mort de Jean, allongé sur son trône à Swineshead et refusant de reconnaître ses erreurs comme ses crimes (synopsis cf. infra, la dramatique de 1952).
1914Hubert and Arthur (GB) d’Eric Williams
Série « Eric Williams Speaking Pictures », 1 bob. – av. Eric Williams (Hubert, le geôlier).
Séquence « parlante » entre Hubert, le geôlier tourmenté du roi Jean, et le jeune Arthur Plantagenêt, successeur putatif au trône qu’il est censé faire disparaître, tirée de The Life and Death of King John de William Shakespeare (acte IV, scène I). Le comédien Eric Williams se présente live sur scène, où il récite son texte, synchronisant l’image muette à l’écran, spectacle original inauguré dès 1911.
1917® National Red Cross Pageant (US) de Christy Cabanne. – av. George Backus (le roi Jean), Lumsden Hare (Stephen Langton, archevêque de Canterbury), Frederick Truesdell (le cardinal Pandulf Verraccio, légat du pape), Marjorie Wood (la reine-mère Aliénor d’Aquitaine).
1936® Saeed-e-Havas [La Proie du Désir / Cupidité] (IN) de Sohrab Merwanji Modi ; Stage Film Company-Minerva Movietone, Bombay, 150 min. – av. Sohrab Merwanji Modi (Kazal Beg/Hubert de Burgh), Gulzar, Sadat Ali, E. Tarapore, Shama, Chandra Kumar, Faki Mohammed, Ghulaim Hussain, Sarla Devi. – Adapation de Shakespeare en urdu et hindi par le dramaturge indien Aga Hashr Kashmiri (1907), sur une musique de Bunyad Husain Khan (11 chansons). Kashmiri mélange très librement des éléments de King John (surtout l’acte II, scène V) et de Richard III, déplacés dans un royaume moghol indéterminé.
1946[Animation et documentaire : Magna Carta. The Story of Man’s Fight for Liberty, 1215-1942 (GB) de Philip Guedalla ; Gaumont-British Animation-Gaumont British Instructional pour British Council Film, 6 min. (Technicolor). – av. Cecil Trouncer (narration). Film commencé en 1942.]
1950® Rogues of Sherwood Forest (La Revanche des gueux) (US) de Gordon Douglas. – av. John Derek (Robin Hood, comte de Huntington), George Macready (le roi Jean), Lowell Gilmore (le comte de Flandres), Donald Randolph (l’archevêque Stephen Langton). – Étant monté sur le trône après un long exil, le roi Jean veut se venger sur le fils de Robin des Bois. Flanqué d’une armée de mercenaires flamands, il instaure une dictature à laquelle s’oppose la majorité de la noblesse anglaise. En 1214, de retour des Croisades, Robin junior échappe à une tentative d’assassinat, puis, ayant pris le parti des paysans contre le prélèvement de taxes pour préparer une nouvelle guerre, il rejoint les compagnons de feu son père et s’allie aux barons révoltés contre le roi. Victorieux, les barons épargnent le roi en le forçant à signer la Grande Charte. – cf. Robin Hood 3.1.b
1952(tv) The Life and Death of King John (GB) de Stephen Harrison
« BBC Sunday-Night Theatre » (BBC 20+24.1.52), 110 min. – av. Donald Wolfit (le roi Jean), Una Venning (le reine-mère Aliénor d’Aquitaine), Michael Croudson (Arthur Plantagenêt, duc de Bretagne, fils de Geoffrey), Sonia Dresdel (Lady Constance Plantagenêt, veuve de Geoffrey, sa mère), Judith Scott (la princesse Blanche de Castille, nièce de Jean), Cavan Malone (le prince Henry, futur Henry III), Joseph O’Conor (Philip Falconbridge alias Sir Richard Plantagenêt, bâtard du roi Richard), John Southwork (Robert Falconbridge, son frère cadet), Megan Latimer (Lady Falconbridge, leur mère), William Devlin (le chambellan Hubert de Burgh, comte de Kent), Marice Colbourne (William Longsword, comte de Salisbury), Roderick Lovell (William Marshal, comte de Pembroke [Guillaume le Maréchal]), James Dale (Philippe II Auguste, roi de France), Richard Bebb (le dauphin Louis, futur Louis VIII), Victor Lukas (Léopold V d’Autriche / Lymoges).
Synopsis (d’après le drame éponyme de William Shakespeare, paru vers 1594) : A Northampton, l’ambassadeur Châtillon, envoyé du roi Philippe II Auguste de France, vient demander à Jean de reconnaître les droits à la Couronne de son neveu Arthur Plantagenêt, douze ans, le fils de Geoffrey que Richard Cœur de Lion aurait désigné comme son descendant direct. Jean ayant refusé, la France lui déclare la guerre. Puis Jean tranche dans une affaire d’héritage entre Robert Falconbridge et son demi-frère Philippe, bâtard de Richard. La reine-mère Aliénor propose au bâtard de renoncer à l’héritage et de la suivre en Aquitaine. Devant les murs d’Angers qu’il assiège, le prince Louis le Lion, dauphin de France, accueille son père Philippe II Auguste, le duc Léopold d’Autriche, Arthur et sa mère Constance Plantagenêt. Dans le camp adverse, Jean, sa mère Aliénor, sa nièce Blanche de Castille et Philippe leur font face. Afin de couper court aux insultes de part et d’autre, les citoyens d’Angers (place forte de l’Anjou et berceau de la dynastie des Plantagenêts) déclarent qu’ils n’ouvriront les portes de leur cité qu’à celui qui a les meilleurs droits. Pour régler l’affaire, Jean force Blanche de Castille à épouser le dauphin, un compromis qui fâche Constance. Arrive Pandulf, le légat du pape Innocent III, qui reproche à Jean de tenir écarté de son siège l’archevêque de Canterbury, Stephen Langton, simple prétexte, car il vise avant tout la soumission de Jean à l’Église romaine. Jean se drape dans son mépris du Saint Siège et Pandulf l’excommunie tout en contraignant Philippe à prendre les armes contre lui pour le destituer. Avant de regagner l’Angleterre et d’y confisquer les finances des monastères, Jean ordonne à son geôlier Hubert d’incarcérer Arthur et de le tuer. Persuadé que le peuple se révoltera à la nouvelle de l’exécution de l’enfant, Pandulf conseille au dauphin Louis de mettre à profit ce mécontentement, d’envahir l’Angleterre et de s’emparer du trône. Hubert n’a pas le cœur d’assassiner le jeune captif, mais l’enfant apeuré meurt accidentellement en tentant de s’évader. Indignés, les barons anglais quittent la cour, jurent de venger la mort d’Arthur et se rallient à l’envahisseur français qui entre dans Londres. Jean fait soumission au pape en échange d’un retrait des Français, mais le prince Louis, poussé uniquement par l’appât du gain, refuse et se prépare à la bataille ; le destin de l’Angleterre est en jeu. Jean, qui a été empoisonné par un moine, se retire à l’abbaye de Swineshead où il agonise non loin du choc des armées. Lors de l’affrontement, les nobles anglais ralliés aux Capétiens apprennent que Louis, reniant ses engagements, compte les faire décapiter une fois la victoire remportée, aussi rejoignent-ils les troupes de Jean. Celui-ci pardonne aux rebelles, puis meurt lamentablement, dépouillé de toute majesté. Apprenant que ses renforts attendus ont fait naufrage, le dauphin plie bagage en proposant la paix : la guerre cesse faute de combattants. C’est le fils de Jean, Henry III, et non le bâtard de Richard, qui accède au trône d’Angleterre. Ce dernier tire la conclusion du désastre général : jamais l’Angleterre ne sera conquise si elle reste fidèle à elle-même.
Le drame en cinq actes de Shakespeare est maladroit et incohérent dans sa construction (ce qui explique le fait qu’il soit rarement joué), et si la conclusion laisse planer l’ombre de l’Armada espagnole et de sa tentative d’invasion avortée (1588), le barde omet l’octroi de la Grande Charte, peu appréciée par les Tudor. Il présente un monde des puissants où le cynisme le plus machiavélique est de règle et où se démène un souverain égoïste, cruel et lâche qui s’accroche désespérement à son trône, son unique préoccupation, au point de tout y sacrifier. Fait prisonnier après la bataille de Mirebeau en 1202, le jeune Arthur Plantagenêt est détenu au château de la Falaise, en Normandie, puis à Rouen. On perd alors sa trace, il aurait probablement été exécuté sur ordre de Jean en avril 1203, à l’âge de seize ans. – La dramatique de la BBC est enregistrée en direct aux Lime Grove Studios à Shepherds Bush (Londres) avec Sir Donald Wolfit dans le rôle-titre, directeur de théâtre, metteur en scène et pédagogue, célèbre notamment pour son interprétation du roi Lear à l’Old Vic et à Stratford-upon-Avon.
1953(tv) The Signing of the Magna Carta (June 15, 1215) (US) de Buzz Kulik
Série "You Are There" saison 1, épis. 9 (CBS 7.6.53), 30 min. – av. Walter Cronkite (présentation). – Un scénario d’Abraham Polonsky, non crédité au générique car placé sur la « liste noire » pour sympathies communistes.
1956(tv) King John (US) de Dave Butler
Série "Captain Z-Ro”, saison 4, épis. no.5, Kathleen K. Rawlings/W. A. Palmer Films Inc. (ABC 15.1.56), 26 min. – av. Richard Glyer (le roi Jean), M. Ponch (Stephen Langton, archevêque de Canterbury), Martin Ponch (Almeric), Maurice Argent (le baron Fitzgerald), Roy Steffens (captain Z-Ro), Bruce Haynes (Jet).
Voyage dans le temps : le capitaine Z-Ro réalise que le roi Jean n’envisage nullement de signer la Magna Carta mais prépare au contraire une embuscade pour annihiler les barons qui contestent son autorité... Il faut avertir les rebelles à temps. De la science-fiction pour enfants créée par Roy Steffens.
1960(tv) Siwan: The King’s Daughter (GB) d’Emyr Humphreys
Emyr Humphreys/BBC Cymru Wales (BBC 1.3.60), 87 min. – av. Siân Phillips (la princesse Siwan [Joan] Plantagenêt, fille naturelle du roi Jean sans Terre), Peter O'Toole (Gwilym de Breos/William V de Braose, son amant), Doria Noar (Alix de France), Clifford Ewans (Llywelyn le Grand), John Wilding, Stephen John, Nigel Clayton, John Devaut, Ray Smith, John Simpson, Don Matthews.
Siwan est le prénom gallois de Joan[na], Lady de Wales et de Snowdon (Jeanne d’Angleterre, c. 1191-1237), la fille naturelle du roi Jean et de Clemence Pinel. Elle passe une enfance heureuse en France, à la cour d’Aliénor d’Aquitaine, mais à l’âge de quatorze ans, Siwan est contrainte par son père d’épouser le prince de Galles Llewelyn ab Iorwerth, futur Llewelyn le Grand/Llywelyn Fawr (c. 1173-1240), roi de Gwynedd et d’une bonne partie du Pays de Galles. Ce mariage dynastique entre deux individualités fières et passionnées – la différence d’âge entre les deux est de vingt-deux ans – doit garantir la paix sur l’île. Siwan acquiert rapidement une place importante à la cour comme dans la politique du pays qu’elle contribue à transformer en royauté féodale ; elle met au monde cinq enfants, dont l’héritier, le prince Daffyd/David. Afin de maintenir l’intégrité de ses terres, Llewelyn affronte tour à tour son beau-père (il s’alliera avec les barons qui contraignent Jean à signer la Magna Carta), Guillaume le Maréchal, Hubert de Burgh et Henry III. Il meurt en 1240 à l’abbaye d’Aberconwy qu’il a fondée et où il s’est retiré.
La dramatique Siwan – qu’interprètent Peter O’Toole (deux ans avant Lawrence d’Arabie) et son épouse Siân Phillips dans les studios de BBC Wales à Cardiff – est une pièce écrite en gallois par Saunders Lewis (1956). Poète, dramaturge, historien et politicien, Lewis est un des fondateurs du Parti national du Pays de Galles. Sa pièce est traduite en anglais en 1960 par Emyr Humphreys sous le titre de Siwan, a Welsh Love Story ou aussi The King of England’s Daughter ; en 1993, elle sera transformée en pièce radiophonique pour la BBC, une traduction de Sion Eirian mise en ondes par Jane Dauncey (The Royal Bed). Au début du drame, l’ennemi et le voisin territorial le plus direct de Llywelyn, le jeune William V de Braose/Gwylim de Breos, seigneur de Brecon, est prisonnier du roi, ayant été vaincu à la bataille de Montgomery en 1228. (William est par ailleurs le gendre de Guillaume le Maréchal et sa fille Isabella de Braose a épousé le prince héritier Daffyd.) L’action commence à la Pâques de l’an 1230 dans le château royal de Abergwyngregyn, sur la côte nord-est de Gwynedd, lorsque William est découvert en compagnie de la reine Siwan dans la chambre à coucher de Llywelyn. Il est pendu – exécution indigne réservée aux voleurs – pour adultère. Siwan est mise aux arrêts dans la tour de Garth Celyn. Après douze mois, son époux lui pardonne et lui rend sa place à la cour. Llywelyn sera inconsolable à sa mort, sept ans plus tard, et fondera un monastère franciscain en son souvenir.
1966® (tv) The Revenge of Robin Hood (US) de William Hale ; série « Time Tunnel (Au cœur du temps) ». – av. Donald Harron (Robin Hood), John Crawford (le roi Jean). – Voyageurs dans le temps, Doug et Tony sont transportés en Angleterre, à Runnymede, le 14 juin 1215, alors qu’un groupe de barons menés par le comte de Huntington (alias Robin des Bois) tente de forcer Jean sans Terre à signer la Magna Carta. Robin est capturé et torturé pour qu’il divulgue le lieu de réunion des barons conspirateurs. Doug et Terry, déguisés en moines et assistés de frère Tuck, Little John et d’autres conscrits, s’introduisent dans le château royal où ils libèrent le hors-la-loi. – cf. Robin Hood 3.1.b
1971(tv) König Johann (DE) d’Oswald Döpke
Thalia Theater-Zweites Deutsches Fernsehen (ZDF 20.1.71), 135 min. – av. Hans Korte (le roi Jean), Alice Treff (la reine-mère Aliénor d’Aquitaine), Inge Groll (la reine Isabelle d’Angoulême), Karin Rasenack (la princesse Blanche de Castille, nièce de Jean), Vera Borek (Lady Constance Plantagenêt, veuve de Geoffroy et mère d’Arthur), Holger Delventhal (Arthur Plantagenêt, duc de Bretagne, fils de Geoffrey), Heinz Trixner (Philip Falconbridge alias Sir Richard Plantagenêt, bâtard du roi Richard), Rainer Delventhal (Robert Falconbridge, son frère cadet), Gerhard Friedrich (Philippe II Auguste, roi de France), Michael von Rospatt (le dauphin Louis, futur Louis VIII), Karl Merkatz (Léopold V duc d’Autriche), Hans Paetsch (le cardinal Pandulf Verraccio, légat du pape), Kurt A. Jung (William Marshal, comte de Pembroke [Guillaume le Maréchal]), Peter Maertens (Gaucher III de Châtillon, ambassadeur de France), Horst-Dieter Sievers (Lord Robert Bigot, comte de Norfolk), Bernd Kuschmann (Lord Geffrey Fitz-Peter, comte d’Essex), Karl-Ulrich Meves (un bourgeois d’Anvers), Joseph Rothmann et Dieter Ehlers (hérauts et bourreaux).
Captation du drame The Life and Death of King John de William Shapespeare au Thalia-Theater à Hambourg, dans sa relecture en allemand par Friedrich Dürrenmatt. Ayant réduit les princes shakespeariens à des gangsters sans foi ni loi, le dramaturge suisse dénonce avec un humour féroce les manœuvres amorales du pouvoir et fustige la sinistre « comédie de la politique » de hier comme d’aujourd’hui (première mondiale à Bâle en 1968). Synopsis, cf. dramatique de 1952.
1971(tv) König Johann (AT) de Vaclav Hudecek (th) et Georg Madeja (tv)
Volkstheater Wien-Österreichischer Rundfunk (ORF1 20.1.71), 106 min. – av. Helmut Qualtinger (le roi Jean), Elisabeth Epp (la reine-mère Aliénor d’Aquitaine), Helmi Mareich (la reine Isabelle d’Angoulême), Regine Felden-Hatheyer (la princesse Blanche de Castille, nièce de Jean), Peter Weik (Arthur Plantagenêt, duc de Bretagne, fils de Geoffrey), Traute Wassler (Lady Constance Plantagenêt, veuve de Geoffrey et mère d’Arthur), Herwig Seeböck (Philipp Falconbridge alias Sir Richard Plantagenêt, bâtard du roi Richard), Stephan Paryla (Robert Falconbridge, frère cadet de Philip), Edith Hieronimus (Lady Falconbridge, leur mère), Herbert Probst (Philippe II Auguste, roi de France), Michael Herbe (le dauphin Louis, futur Louis VIII), Rudolf Strobl (le duc Léopold V d’Autriche), Egon von Jordan (le cardinal Pandulf Verraccio, légat du pape), Viktor Gschmeidler (William Marshal, comte de Pembroke [Guillaume le Maréchal]), Albert Roland, Aladar Kunrad, Karl Hoess.
Captation du drame The Life and Death of King John de William Shakespeare, d’après l’adaptation satirique de Friedrich Dürrenmatt (1968) mise en scène au Volkstheater de Vienne. Synopsis, cf. dramatique de 1952.
1975(tv) Silver Giant, Wooden Dwarf (GB) de Richard Martin
Série « Churchill’s People » no. 8, Gerald Savory/BBCtv (BBC 19.11.74), 53 min. – av. Clinton Greyn (Richard Cœur de Lion), Kenneth Griffith (Jean sans Terre), Patrick Troughton (le comte de Hainault), Ronald Lacey (Peter of Pomfret, le devin), Dinsdale Landen (William l’Échanson), David Dernan (Blondel de Nesle, le troubadour), Michael Davis (Eleance), John Hugues (Ronald), Diana Berriman (Margaret), Noel Coleman (William Marshal, comte de Pembroke [Guillaume le Maréchal]), Davis Bailie (Bertram), Tercy Wale (Louis the Bathman), Janet Henfrey (Charlotte), Colin Edwynn (Bernard), Crispin Thomas (Philip), Malcolm Rogers (l’évêque), Rogger Hammond (un baron), Jason James (Roger the Bald), Kenton Moore (le connétable), Guy Bansom (son assistant), Wendy Wax (Robert), Paul Humpolets (Mayor), Gene Foad (serviteur), Peter Bex (un chevalier saxon), Paul Shelley (un chevalier normand), Edward Burnham (le prêtre).
Tiré de A History of the English-Speaking People de Winston Churchill (1956-58), cet episode de la série Churchill’s People est écrit par Adrian Mitchell et enregistré au BBC Television Centre de Shepherd’s Bush à Londres. On y évoque brièvement la décennie de Richard Cœur de Lion, souverain qui ne séjourna en Angleterre que deux fois durant son règne. Selon Churchill, sa vie se résume à une parade clinquante … qui n’a rien laissé derrière elle. D’un tout autre poids sont les événements qui vont mener à la Magna Carta, grâce à l’amitié d’un clerc et d’un échanson à la cour de Jean sans Terre ; le document constitue la base du droit commun en Angleterre et promeut implicitement des principes et un système de gouvernement dont ni Jean ni ses barons ont rêvé. Suit l’histoire de Pierre de Pomfret (ou Pontefract), un illuminé du Yorkshire qui propage ses « prophéties » dans la rue, ce qui va le perdre. Ayant prédit publiquement que le roi Jean cèderait sa couronne lors de la prochaine fête de l’Ascension, le 23 mai 1213, il est condamné à mort. Jean s’en tire en remettant officiellement la couronne au légat du pape Innocent III en signe de soumission, et le cardinal Pandulf la lui rend en signe d’acceptation et de pardon du Saint-Siège. La prophétie de Pomfret est ainsi rendue inoffensive, mais on ignore si le malheureux a été grâcié ou non. (Dans King John, Shakespeare le fait pendre.)
1975/76® Robin and Marian (La Rose et la Flèche) (US) de Richard Lester. – av. Sean Connery (Robin Hood), Audrey Hepburn (Marian/Mère Janet, abbesse de Kirkly), Robert Shaw (le shérif de Nottingham), Ian Holm (le roi Jean), Victoria Mérida Rojas [=Victoria Abril] (la reine Isabelle d’Angoulême, deuxième épouse de Jean). – cf. Robin Hood 3.1.b
1977/78® (tv) The Devil's Crown / La Couronne du diable (GB/FR/CH/US/IT) de Ronald Wilson ; BBC-TF1-Telecip-TSR-Time Life-RAI2, 13 x 52 min. – av. John Dutting (le roi Jean sans Terre), Chistopher Gable (Philippe II Auguste, roi de France), Jane Lapotaire (Aliénor d'Aquitaine), Derrick Gilbert (William Marshal, comte de Pembroke [Guillaume le Maréchal]), Lynsey Baxter (Isabelle d'Angoulême), Roger McBain (Adhémar d'Angoulême), Simon Gipps-Kent (Arthur Plantagenêt, duc de Bretagne), Christopher Hancock (John de Grey), Clifford Rose (Stephen Langton, évêque de Canterbury), Jonathan Elso (Léopold, duc d’Autriche), Jonathan Adams (Hubert de Burgh). – Chronique des Plantagenêt angévins : Jean sans Terre (parties 10-13), cf. chap. 3.
1983(tv) Korol Dzhon (SU) de Khoren Abrahamyan, Alina Kazmina et Tatiana Maslova
Tsentraloe Televidenie-Gabriel Sundukyan National Academic Theatre. – av. Sos Sargsian (le roi Jean), Vigen Stepanyan, Vladimir Abadzhyan, Armen Marutyan, Sergueï Mkrtchyan, Rudolf Ghevondyan, Ovakim Galoyan, Arkady Hayrapetyan, Yuri Amiryan, Mais Karagezyan.
Captation télévisée de la mise en scène de The Life and Death of King John de Shakespeare au Théâtre académique de l’État arménien Gabriel Sundukyan à Erevan (synopsis, cf. dramatique de 1952).
Leonard Rossiter en roi Jean vu par William Shakespeare dans la version BBC de 1984.
1984(tv) The Life and Death of King John (Vie et Mort du roi Jean) (GB/US) de David Giles
Série « The Complete Dramatic Works of William Shakespeare », Shaun Sutton/BBCtv-Time Life Television Prod. (BBC 24.11.84), 155 min. – av. Leonard Rossiter (le roi Jean), Luc Owen (Arthur Plantagenêt, duc de Bretagne, fils de Geoffrey), Claire Bloom (Lady Constance Plantagenêt, veuve de Geoffrey, sa mère), John Thaw (le chambellan Hubert de Burgh, comte de Kent), George Costigan (Philip Falconbridge alias Sir Richard Plantagenêt, bâtard du roi Richard), Edward Hibbert (Robert Falconbridge, son frère cadet), Phyllida Law (Lady Falconbridge, leur mère), Mary Morris (la reine-mère Aliénor d’Aquitaine), Mike Lewin (James Gurney), Charles Kay (Philippe II Auguste de France), Jonathan Coy (le dauphin Louis, futur Louis VIII),Gordon Kaye (duc Léopold V d’Autriche / Lymoges), Robert Brown (William Marshal, comte de Pembroke [Guillaume le Maréchal])William Whymper (Gaucher III de Châtillon, ambassadeur de France), John Castle (William Longsword, comte de Salisbury), John Flint (Lord Robert Bigot, comte de Norfolk), John Thaw (le chambellan Hubert de Burgh, comte de Kent), John Moreno (Melun), Janet Maw (Blanche), Richard Wordswoth (le cardinal Pandulf Verraccio, légat du pape), Alan Collins (Pierre de Pomfret, devin), Rusty Livingstone (le prince Henry, futur Henry III).
Une superbe mise en scène télévisuelle qui respecte scrupuleusement le texte de Shakespeare, enregistrée dans les studios de la BBC et réunissant les comédiens shakespeariens les plus prestigieux du pays (Leonard Rossiter, Claire Bloom). La série des « Shakespeare Plays » de la BBC fut initiée en 1978. Synopsis, cf. dramatique de 1952.
1985-1986® (tv) Robin of Sherwood / The Adventures of Robin Hood (Robin des Bois) (GB) de Robert Young (11-15,23), Gerry Mill (16,20,22,24), James Allen (10,21), Ben Bolt (17), Dennis Abbey (19), Christopher King (18) et Sid Robertson (25,26). – Goldcrest Films International Ltd.-Harlech Television (HTV) (ITV 9.3.-13.4.85 / 5.4.-28.6.86), 26 x 50 min. – av. Michael Praed (Robin de Loxley, dit Robin Hood), Jason Connery (Robert de Huntington, dit Robin Hood, son successeur [3e saison]), Judi Trott (Lady Marian de Leaford), Nicholas Grace (Robert de Rainhault, le shérif de Nottingham), Philip Davis (le roi Jean). – A partir de l’épisode 11 (saison 2), où Richard Cœur de Lion rend l’âme, l’action se déroule sous le règne du roi Jean. – cf. Robin Hood 3.1.b
2001® (tv) Princess of Thieves (La Princesse des voleurs / Le Royaume des voleurs) (US/GB) de Peter Hewitt. – av. Keira Knightley (Gwyn, la fille de Robin Hood), Jonathan Hyde (le roi Jean), Stephen Moyer (le prince Philippe, bâtard de Richard Cœur de Lion). – Lorsque Richard Cœur de Lion est tué, Robin des Bois revient des croisades pour s’assurer que la succession au trône d’Angleterre tienne compte du jeune fils illégitime du roi Richard, le prince Philippe, débarqué anonymement de France. Gwyn, la fille de Robin et de Lady Marian, s’éprend de Philippe, mais s’éloigne de lui lorsqu’elle apprend sa véritable identité. « L’Histoire t’ignorera… » prophétise le prince Jean à Philippe, un bâtard royal dont l’existence n’est pas avérée mais que Shakespeare fait apparaître dans son drame King John. Comme on le sait, le seul rival authentique de Jean fut un autre neveu, Arthur, fils de Geoffrey Plantagenêt, qui périt vraisemblablement assassiné par son oncle. – cf. Robin Hood 3.1.b
2010® Robin Hood (Robin des Bois) (US/GB) de Ridley Scott. – av. Oscar Isaac (le roi Jean), Léa Seydoux (Isabelle d’Angoulême, son épouse), Jessica Raine (Isabelle de Gloucester, sa première épouse), Eileen Atkins (la reine-mère Aliénor d’Aquitaine), William Hurt (William Marshal, comte de Pembroke [Guillaume le Maréchal]), Jonathan Zaccaï (le roi Philippe II Auguste de France). – Le film évoque par la bande, en prenant libertés et raccourcis d’usage, divers épisodes du conflit qui opposa Philippe II Auguste et les Plantagenêt dans l’Hexagone, conflit qui aboutit à la reconquête par le Capétien de toute la Normandie et des territoires angevins. Notamment le débarquement de la flotte française en avril 1216, effectuée à la demande des barons anglais révoltés pour contraindre le roi Jean à respecter la Magna Carta. Ce débarquement est ici l’œuvre de Philippe II Auguste, non de son fils Louis le Lion, et il échoue face à la contre-attaque des barons et du roi Jean momentanément réconciliés après la signature de la Charte. – cf. Robin Hood 3.1.b
2011Ironclad / Ironclad – Bis zum letzten Krieger (Le Sang des Templiers) (GB/US/DE/CH) de Jonathan English
Rick Benattar, Andrew J. Curtis, Jonathan English/Mythic International Entertainment-ContentFilm International-Film & Entertainment VIP Medienfonds 4 GmbH & Co. KG-The Wales Creative IP Fund-Molinare-Perpetual Media Capital-Rising Star-Silver Reel, 121 min. – av. James Purefox (Thomas Marshall), Brian Cox (le baron William d’Aubigny), Kate Mara (Lady Isabel, baronne de Cornhill), Paul Giamatti (le roi Jean), Derek Jacobi (le baron Reginald de Cornhill), Jason Flemyng (Gil Becket), Charles Dance (Stephen Langton, archevêque de Canterbury), Jamie Foreman (Jedediah Coteral), Mackenzie Crook (Daniel Marks), Rhys Parry Jones (Joseph Wulfstan), Aneurin Barnard (Guy the Squire), David Melville (le baron Darnay), Vladimir Kulich (cpt. Tiberius).
Synopsis : En été 1215, après la signature de la Magna Carta, Jean revient sur sa parole et rassemble une armée de mercenaires danois que dirige le capitaine Tiberius pour écraser les barons rebelles, alliés à quelques chevaliers Templiers revenus de la Croisade. Les Templiers trouvent refuge pour une nuit au château du baron Darnay, où ils sont massacrés par les Danois. Thomas Marshall, seul survivant, se tourne vers le baron d’Aubigny qui recrute une poignée d’hommes de confiance pour tenir le château fort de Rochester, une place stratégique dans le Kent qui bloque la route directe vers Londres, capitale également tenue par les rebelles. Jean assiège Rochester en octobre 2015, la résistance est héroïque. Quoique tenu à l’abstinence en tant que Templier, Marshall cède aux avances de la jeune Lady Isabel, femme du vieux baron de Cornhill. Lors de l’ultime assaut, les défenseurs se retranchent dans le donjon qui finit par s’effondrer lorsque Jean ordonne de mettre le feu à une quarantaine de cochons introduits dans un tunnel sous le château et que leur graisse extrêmement inflammable fait s’effondrer une partie des fortifications. Les assiégés meurent un à un, excepté Marshall, la châtelaine Lady Isabel et le jeune chevalier Guy qui sont sauvés in extremis par l’arrivée des troupes du prince Louis de France (futur Louis VIII) et de l’archevêque de Canterbury.
Le film repose très lointainement sur un épisode de la Première Guerre des barons (1215-1217) contre le roi Jean et évoque tout aussi librement les exploits de William d’Aubigny qui commanda la garnison du château de Rochester, l’ancienne possession de l’archevêque Stephen Langton défendue par 95 à 140 chevaliers. L’épisode des porcs dans les mines est attesté historiquement, tandis que la présence de Templiers est inventée. Le 30 novembre, lorsque la place forte fut prise après sept semaines de siège (la garnison se rendit, taraudée par la faim), la plupart des nobles furent emprisonnés ou bannis ; il n’y eut pas d’exécutions, de crainte qu’en représailles un traitement similaire soit appliqué aux garnisons royales par les rebelles. Le baron d’Aubigny, qui n’était pas un marchand de laine annobli, ne fut ni torturé ni tué lors du siège. Quant aux armées françaises du prince Louis, elles n’arrivèrent que six mois plus tard, en 1216. Le personnage imaginaire de Thomas Marshall est conçu sur le modèle du célèbre Guillaume le Maréchal. Enfin, les mercenaires de Jean n’étaient pas danois (christianisés depuis longtemps), mais provenaient de Flandres, de Provence et d’Aquitaine. Filmée en octobre-novembre 2009 au pays de Galles (Three Tower Manor, château de St. Donats près de Glamorgan, studios Dragon International à Llanharan), cette production indépendante (budget : 25 millions de $) impressionne surtout par son réalisme forcené. Mais ce spectacle extrêmement complaisant dans la violence, la cruauté et le sanguinolant provoque des haut-le-cœur lors de combats « gore », tandis que le scénario, à peine esquissé, laisse les spectateurs sur leur faim. L’œil torve et le rictus malsain, Paul Giamatti compose un souverain répugnant, prêt à toutes les ignominies au nom de sa « légitimité divine ». L’accueil critique est négatif. Pour l’anecdote, Sir Richard Attenborough était censé interpréter l’archevêque Langton mais dut y renoncer suite à un accident. En 2014, la production met sur pied une vague suite intitulée Ironclad : Battle for Blood (Le Sang des Templiers 2 : La Rivière de sang), qui se déroule cinq ans plus tard, sous Henry III. – ES : Templario, CA : Assiégés.
2012King John Act IV Scene I (GB) de Jonnie Hurn et John Last
John Last/Forgotten Shakespeare Project-Strawburn Films, 9 min. – av. John Last (Hubert, le bourreau du roi), Albert de Jongh (Arthur Plantagenêt, duc de Bretagne, fils de Geoffrey), Jonnie Hurn (l’aide-bourreau).
Hubert, le bourreau du roi, a reçu l’ordre de torturer, d’aveugler et de tuer Arthur Plantagenêt, le propre neveu de Jean, héritier potentiel du trône d’Angleterre. Devant les supplications de l’adolescent, Hubert finit par l’épargner et, attendri, le laisse s’enfuir tout en faisant croire qu’il est mort. Une brève scène très dramatique, recréée pour la caméra à partir de la mise en scène de la pièce par Phil Willmott au Union Theatre de Londres (janvier 2012). Les critiques sont divisés quant à savoir si cet Hubert geôlier d’Arthur est identique à Hubert de Burgh, le gouverneur du château de Falaise (en Normandie) où Arthur fut détenu, point que Shakespeare omet de préciser.
2013King John (US) de Michael Merriam
Michael Merriam/Quality Pictures Ltd., 10 min. – av. John Glosser (le roi Jean), Carolyn Bishop (la reine-mère Aliénor d’Aquitaine), Hugo Pierre Martin (Philip Falconbridge alias Sir Richard Plantagenêt, le bâtard du roi Richard), Tyler Heathman (Robert Falconbridge, son frère cadet), Gabriel Kalomas (Gaucher III de Châtillon, ambassadeur de France), Yames Younis (Richard Cœur de Lion).
Un court métrage muet en noir et blanc tiré du drame de Shakespeare qui se veut un hommage cinématographique au tout premier film sur le roi Jean, exploité par la British Mutoscope & Biograph en 1899 (cf. supra). Mais alors que ce travail de pionnier enregistrait le décès de Jean sans Terre, Michael Merriam adapte le premier acte de la pièce, en appliquant le style photographique, les éclairages, les gros plans, le montage et les intertitres des années vingt : Jean et sa mère Aliénor reçoivent Gaucher Châtillon, ambassadeur de France, qui accuse le monarque d’avoir usurpé le trône, celui-ci revenant de droit à Arthur, le jeune fils de Geoffrey Plantagenêt. Jean ricane, la France lui déclare la guerre. La reine-mère se tait, amusée. C’est alors au tour de Philip Falconbridge, bâtard de Richard Cœur de Lion, et son demi-frère Richard de réclamer leur part d’héritage. Jean adoube le premier Sir Richard Plantagenêt et renvoie le cadet. Aliénor revoit son fils Richard en pensée... Une curiosité (synopsis, cf. dramatique de 1952).
2015(tv) King John (CA) de Barry Avrich
Barry Avrich, Anita Gaffney, Michael Levine/Melbar Entertainment Group-Stratford Shakespeare Festival (CBC 9.4.14), 152 min. – av. Tom McCamus (le roi Jean), Patricia Collins (la reine-mère Aliénor d’Aquitaine), Andrew Lawrie (le prince Henry, futur Henry III), Jennifer Mogbock (la princesse Blanche de Castille, nièce de Jean), Brad Rudy (William Marshal, comte de Pembroke [Guillaume le Maréchal]), Stephen Russell (William Longsford, comte de Salisbury), Sean Arbuckle (le duc Leopold V d’Autriche / Lord Robert Bigot, comte de Norfolk), Wayne Best (Hubert de Burgh, comte de Kent), Graham Abbey (Philip Falconbridge alias Sir Richard Plantagenêt, bâtard du roi Richard), Daniel Briere (Robert Falconbridge, son frère cadet), Brigit Wilson (Lady Falconbridge, leur mère), Ryan Field (James Gurney), Brian Tree (le cardinal Pandulf Verraccio, légat du pape), Peter Hutt (Philippe II Auguste, roi de France / Pierre de Pomfret, devin), Andrew Robinson (un héraut), Rylan Wilkie.
Le drame de Shakespeare : adaptation pour la télévision canadienne de la mise en scène du Festival de Stratford-on-Avon (synopsis, cf. dramatique de 1952).
2015The Empty Throne (GB) de Philip Stevens
Erika Butcher, Philip Stevens, Dominique Webb, Simon Hollingworth/Urban Apache Films-1215.Today-Arts Council England-Lincoln School of Film and Media, 45 min. – av. Ben Poole (le roi Jean), Lewis Gemmill (le baron Sir Robert de Ros), Emma Clarke (la reine Isabelle d’Angoulême), David Clayton (William Marshal, comte de Pembroke [Guillaume le Maréchal]), John Males (Stephen Langton, archevêque de Canterbury), Karen Crow (Maud de Braose), Tiffany Haynes (Hawise d’Aumale), James Richards et Alex Moore (des gardes), Molly Marie Buckley (Clemence Pinel, concubine de Jean), Josh Curran (Ralph), Adam Fox (Will de Braose), Stephen Marshall (William V de Braose).
Une peinture à la fois vivante et partiellement figée représentant un banquet à la cour du roi Jean : le monarque est assis face à la caméra au centre d’une longue table. Il souhaite la bienvenue à ses invités, qui sont tour à tour saisis dans une attitude allégorique ou s’adressent directement en gros plan au spectateur. Le spectacle d’une théâtralité recherchée traduit les positions antagonistes qui déchirent le royaume : le roi autocrate, corrompu et criminel, ses sujets abusés, humiliés, assassinés, l’insurrection des barons au nom de la dignité et de la justice, soulèvement qui aboutit à la rédaction de la Magna Carta. « Nous avons fait nos choix, nous ne sommes plus que des ombres du passé, dit un baron à la caméra. A présent c’est à vous d’agir. Quels sont vos rêves, quel futur souhaitez-vous ? Que ferez-vous aujourd’hui pour le bénéfice du monde de demain, quel souvenir voulez-vous laisser dans l’Histoire ? » Un scénario de Laura Turner que Philip Stevens, professeur de cinéma à l’Université de Lincoln, met en images en s’inspirant très fortement de la peinture du Caravage, de Vermeer et de La Cène de Léonard de Vinci. Lauréat du Learning on Screen Award 2016.
2015® (tv) Crooked King John and Magna Carta (GB) de Ian Curtis et Simon Gibney; série “Horrible Histories”. – av. Ben Miller (le roi Jean). – Sitcom débile de Lion Television.
2016(vd) Magna Carta Unlocked – The Making of the Modern World (GB) de Tom Russell et Hamish MacLeod
Sceptred Isle Productions, 5 x 50 min. – av. Peter Warnock, Russell Wootton, Ian Cullen, Peter Hutchingson.
Docu-fiction (avec reconstitutions historiques et acteurs anonymes) qui attribue un peu abusivement à la Charte la « naissance de la démocratie ». Le premier épisode se joue le 15 juin 1215 et montre un Jean rageur, contraint de signer le document. – Episodes : 1. « Freedom & Representation. The Politics of Magna Carta » – 2. « Science & Progress : A Watershed in Understanding » – 3. « Decadence & Revival : Transformation of a Society » – 4. « Law & Dissent : John Wilkes and Liberty » – 5. « Sacrifice & Remembrance : The Battle of Waterloo ».