II - LE ROYAUME D’ANGLETERRE

Robin des Bois (Errol Flynn) se place au service du roi (Ian Hunter, à gauche)
Dans « The Adventures of Robin Hood » de Michael Curtiz, 1938

4. RICHARD Ier CŒUR DE LION (1189 / 1199)

Né au Palais Beaumont (Oxford) en 1157, fils d’Henry II Plantegenêt et d’Aliénor d’Aquitaine. Duc d’Aquitaine dès l’âge de 14 ans, comte d’Anjou et duc de Normandie. A la mort de son père, Richard rompt sa promesse d’épouser Alix/Adèle/Alice de France (demi-sœur de Philippe II Auguste) – ex-maîtresse d’Henry II – et participe à la Troisième Croisade contre le sultan Saladin (1189-1192), tentant vainement de reprendre Jérusalem aux musulmans. Richard et Philippe II Auguste craignent mutuellement que l’autre n’usurpe ses territoires en son absence, aussi les deux rois partent-ils ensemble pour la Palestine après s’être engagés à défendre les possessions l’un de l’autre pendant qu’ils seront à la croisade. En route pour le Proche-Orient, Richard épouse Bérengère/Berengaria de Navarre à Chypre, union qui restera sans descendance. Pendant l’absence de son fils, la reine-mère Aliénor d’Aquitaine est régente du royaume, assistée de Gautier de Coutance, archevêque de Rouen.
A l’automne 1192, sur le chemin de retour de Terre Sainte et à la suite des manœuvres du roi de France, Richard est fait prisonnier par le duc Léopold V de Babenberg (qu’il a publiquement insulté pendant les croisades) au château de Dürnstein près de Vienne, puis livré à l’empereur Henri VI qui réclame une rançon exorbitante de cent cinquante mille marcs d’argent (soit deux années de recettes du royaume d’Angleterre). Contrairement à la légende, son lieu de séjour est connu et les conditions de sa captivité ne sont pas strictes, mais il ne peut pas voyager librement. En février 1194, il est libéré contre un premier versement de cent mille marcs péniblement réunis par Aliénor d’Aquitaine, qui apporte elle-même la rançon à Mayence (cf. la saga de Robin Hood, le roman Ivanhoé) ainsi qu’un serment d’allégeance de la couronne d’Angleterre à l’Empire avec le devoir de payer un tribut de cinq mille livres sterling par an. En mars 1194, Richard débarque en Angleterre pour deux mois (ce sera son deuxième et ultime séjour britannique). Il y reprend une à une les forteresses que son frère cadet, JEAN SANS TERRE (cf. 3.2), près de conquérir le trône mais résidant à ce moment-là à sa cour à Bordeaux, a investies. Retourné en France en mai, il affronte ensuite Philippe II Auguste que Jean a laissé prendre pied en Normandie et qu’il écrase passagèrement à la bataille de Fréteval en juillet, reconquérant ainsi la majeure partie de ses fiefs normands.
Très habile politicien, mais militaire médiocre parce que souvent trop téméraire et imprudent, Richard Ier est adulé par ses sujets, malgré le fait qu’il ne parle pas l’anglais et que pendant ses dix ans de règne, il n’a passé que cinq mois en Angleterre. Paradoxalement, cette absence conforte sa légende et renforce sa popularité. Il a la force généreuse, la colère terrible, une nature qui pardonne aussi facilement qu’elle s’emporte, mais qui ne soupçonne pas la ruse. Les troubadours et trouvères dont il est le mécène chantent ses hauts faits aux Croisades, vantant son courage et son sens de l’honneur. L’imagerie populaire le fait passer pour le modèle du chevalier croisé (cf. la légende de Robin Hood), image romantique que répercuteront les romanciers et poètes du XIXe siècle (Walter Scott, Alexandre Dumas). En réalité, à sa mort due à un carreau d’arbalète reçu pendant le siège de Châlus (Limousin), château appartenant à un vassal récalcitrant, Richard Ier laisse un royaume au bord de la ruine, exsangue par les guerres en France, au Proche-Orient et par l’exorbitante rançon versée pour sa libération. Jean sans Terre lui succède sur le trône. Retirée au Mans, son épouse Bérengère sera la seule reine d’Angleterre à ne jamais mettre le pied sur l’île.
Richard n’a qu’un huitième de sang britannique, n’a aucune affinité avec l’Angleterre et ne parle pas l’anglais, mais la langue d’oïl (chevalerie) et la langue d’oc (arts). A la cour à Londres, on parle normand. Rappelons encore que Jean sans Terre tenait sa propre cour à Bordeaux, Richard vivait en Aquitaine et leur mère Aliénor à Fontevraud. Enfin, signalons une erreur courante dans l’illustration des armoiries royales des Plantagenêt : Richard n’arbore pas trois lions d’or sur un écu rouge (cf. photo ci-dessus), mais seulement deux. Ce sera son frère détesté Jean qui aura trois lions pour emblème héraldique (1199), trois fauves passants qu’il fera monter sur le sceau royal.

LE CHEVALIER-ROI À L’ÉCRAN : ENTRE FICTION ET POLITIQUE

Essai paru dans : Richard Cœur de Lion. Entre mythe et réalités (ouvrage collectif), éd. Snoeck, Gand / Historial de la Vendée, La Roche-sur-Yon, 2016 (à l’occasion de l’exposition du même titre), pp. 154-167 (« A travers les films »).

Richard Cœur de Lion tel que l’écran l’a représenté depuis 1911 apparaît dans soixante-dix films et téléfilms. Le nombre est impressionnant, mais l’imaginaire collectif véhiculé par cette grande diversité de productions, de qualité et d’intentions fort variables, est forcément révélateur d’une vision éloignée de l’historiographie médiéviste. Comme on le verra, son intérêt est ailleurs, car, ne parlant jamais d’autre chose que du présent, le cinéma, fût-il en costumes, est d’abord en prise sismographique avec notre époque et ses secousses idéologiques.
On peut diviser la filmographie richardienne en trois catégories. La première englobe la jeunesse du duc d’Aquitaine, sa révolte contre un père qui ne l’a jamais aimé et a tenté jusqu’au bout de l’écarter de la succession, Henry II Plantagenêt, le meurtrier de Thomas Becket. En 1968, Anthony Harvey porte à l’écran The Lion in Winter (Un lion en hiver), d’après la pièce de James Goldman. L’intrigue se déroule à Chinon en hiver 1183, et la redoutable Aliénor d’Aquitaine (Katharine Hepburn), libérée quelques jours de sa prison à Salisbury, sort ses griffes pour protéger la vie de ses trublions de fils – Richard, Geoffroy et Jean – contre les velléités assassines de leur géniteur (Peter O’Toole). Un psychodrame familial œdipien, du Tennessee Williams en bure offrant des rôles en or à de grands comédiens, mais largement inventé pour séduire les foules de Broadway – et donc aux antipodes de la mentalité médiévale. Richard (Anthony Hopkins), 26 ans, n’a ici rien du jeune homme courtois, distingué, lettré de la légende : c’est un être agressif, lourd, brutal, aussi dénué de scrupules que ses deux frères. Des souvenirs d’inceste, de viol et d’homophilie colorent les éclats. (Remake tv en 2003 par Andreï Kontchalovski, avec Glenn Close en Aliénor.) Quant à la télésérie The Devil’s Crown / La Couronne du diable (1978), une coproduction anglo-française au titre éloquent, elle se veut une chronique des « rois guerriers angevins », du mariage d’Henry II avec Aliénor à l’octroi forcé de la Magna Carta par Jean sans Terre. Enregistrée en studio devant des décors stylisés, cette suite de violences, de trahisons et de dépravations (sur le modèle des « Rois maudits ») comporte son lot attendu de caractériels, mais finit par s’abîmer dans une théâtralité lassante.
Richard (Wallace Beery) et Robin des Bois en croisé (Douglas Fairbanks) dans « Robin Hood » d’Allan Dwan (1923).
A dr. : Saladin (Ian Keith) et Richard Cœur de Lion (Henry Wilcoxon) dans « The Crusades » de Cecil B. DeMille (1935).
La deuxième catégorie illustre le monarque dit au « cœur de lion », le preux guerrier aux croisades. Or plus on avance dans le XXe siècle, plus cet aspect du personnage est controversé : la Seconde Guerre mondiale, la décolonisation planétaire du Maghreb jusqu’en Indochine, accompagnée d’une intensification des conflits au Proche-Orient, enfin l’approche de la « Nouvelle Histoire », le succès public d’ouvrages comme Les Croisades vues par les Arabes d’Amin Maalouf (1983) et l’intervention américaine de Bush père et fils en Irak font que le regard des cinéastes varie fortement en fonction de l’année de production et de la nationalité des films. The Crusades (Les Croisades) de Cecil B. DeMille, tourné à Hollywood en 1935, est, en la matière, la production la plus célèbre d’avant-guerre, et la seule centrée sur Richard. C’est de l’imagerie naïve pour écoles du dimanche, très efficace et opulente, qui s’affaire avec un ridicule à toute épreuve à falsifier aussi bien le contexte historique que le portrait d’un roi parti en guerre contre Saladin, ce chef des « Sarrasins d’Asie » (sic) qui « dévaste Jérusalem, réduisant les chrétiens à la mort ou à l’esclavage » (resic). Le péril jaune et/ou rouge pointe. De tempérament irascible, irréfléchi, follement courageux, le Richard (Henry Wilcoxon) de DeMille est dépeint comme un souverain proche du peuple, aimé de tous, incorrigible macho, rieur, batailleur, vantard qui se mesure avec ses poings contre un forgeron et ne craint qu’une chose : le mariage, car les femmes ne l’intéressent pas. Un champion sportif américain, glabre et viril, peu porté sur l’introspection. Il fuit Alice de France, une noiraude féline et cupide, pour s’unir sans enthousiasme à la blonde Bérengère de Navarre, qu’il n’a jamais vue, en échange de vivres pour ses chevaliers affamés. Ne sachant comment se dérober à la cérémonie nuptiale, il se fait remplacer par son épée (les rites du culte sont anglicans, note ironiquement Graham Greene !). Le lendemain, ébloui par la beauté de son épouse – la délicieuse Loretta Young -, il lui ordonne de l’accompagner en Palestine. L’usurpation du trône par son frère Jean l’indiffère : amoureux fou, il n’a désormais d’yeux que pour Bérengère. Or l’Espagnole, une manipulatrice bigote, lui a fait promettre qu’il n’y aurait pas d’union charnelle entre eux avant qu’il ait « déposé son épée sur le tombeau du Christ à Jérusalem ». Vaste programme qui permet d’évacuer tout soupçon d’homosexualité du monarque. Par la suite, Richard est confronté aux complots fétides de ses confrères croisés et à « l’héroïque » prise d’Acre. Atteinte par une flèche arabe, Bérengère est recueillie et soignée par Saladin en personne, qui s’en éprend et l’emmène à Jérusalem. Elle refuse de s’unir à lui et, aussi galant que magnanime, le sultan kurde reçoit Richard dans son palais, grièvement blessé par les séides du roi de France lors du siège de la Ville sainte. Bérengère supplie son époux de conclure la paix (« nous prions le même Dieu ») et celui-ci promet de libérer tous les musulmans captifs d’Acre (sic). Saladin ouvre Jérusalem aux pèlerins chrétiens, à l’exception de Richard, interdit à jamais d’accès. Devant la ferveur soudaine de son mari humilié et pénitent, Bérengère renie son serment et se love contre lui : c’est elle qui apportera l’épée royale au Saint-Sépulcre. Finis. Arrivé à ce stade du récit, tout connaisseur de l’histoire des croisades ne peut que s’étrangler de rire ! N’empêche, le souffle épique de DeMille rivalise avec l’imbécillité du scénario, et ce mélange efficace de sentimentalisme indécent, d’humour bon enfant, de grandiloquence et de beauté plastique classe le film parmi les champions du box-office annuel. Il restera trois ans à l’affiche au Caire, les autochtones y découvrant des ancêtres capables de résister avec succès aux colonisateurs « roumis ». Qui l’eût cru : un des films chéris du jeune Gamal Abdel Nasser. The Spectator (London), 30.8.1935
Par ailleurs, Richard a surtout retenu l’attention des scénaristes au travers des cinq adaptations (dont une russe) de The Talisman, un roman filandreux de Sir Walter Scott paru en 1825. L’écrivain y narre les déboires de l’encombrant Plantagenêt que Templiers, croisés français et germaniques tentent d’assassiner après la prise d’Acre en 1191. Il agonise, blessé par une flèche « sarrasine » empoisonnée. Déguisé en médecin, Saladin s’introduit incognito sous sa tente et lui sauve la vie – en signe d’admiration et de respect. Avec un bémol fâcheux : le comportement du sultan ayyoubide s’avère nettement plus chevaleresque que celui de tous ses ennemis réunis. Dans une première version muette, Richard the Lion-Hearted (1923) de Chester Withey, l’histrion américano-suisse Wallace Beery campe – comme il le fit déjà l’année précédente dans Robin Hood de Douglas Fairbanks – un roi tapageur, énorme, truculent, le visage rubicond, qui se goinfre, lutte dans le sable avec ses soldats et ruse avec son barbier – lequel voudrait tant lui faire prendre un bain ! À la fin, il capture Saladin – on aura tout vu – et impose sa paix. Moins caricatural, plus consistant est King Richard and the Crusaders (Richard Cœur de Lion) de David Butler, distrayant produit hollywoodien en CinemaScope de 1954. Deux grands comédiens anglais s’y affrontent avec malice et un brin d’auto-parodie : en roi raffiné et sardonique, George Sanders offre un mélange de candeur butée et vaniteuse, de brutalité et d’autoritarisme aveugle ; sa cousine le traite d’« affreux belliciste, incendiaire et pillard », tandis que Saladin, plus nuancé, voit surtout en lui « un monarque incapable de régner sur ses propres passions ». Rex Harrison, le visage passé au brun de noix, joue le discret Commandeur des Croyants avec ironie et une élégance enjouée. Par sa triangulation « bon Occidental » cum « Arabe avisé » versus « mauvais Occidental », le film s’insère astucieusement dans la politique américaine du moment, proche du pétrole d’Ibn Saoud et du shah Pahlavi. La question de Jérusalem est évacuée : Richard ne se préoccupe ici ni de reprendre la Ville sainte, ni même de la contempler de loin – au soulagement des alliés d’Israël comme de la Jordanie – et les spectateurs, critiques compris, n’y voient que du feu.
George Sanders (Richard), Virginia Mayo et Rex Harrison (Saladin) dans King Richard and the Crusaders de David Butler (1954).

Passons sur la télésérie britannique Richard the Lionheart (1962/63), d’une durée de 20 heures, qui n’a d’historique que les noms portés par ses protagonistes. Autrement plus intéressante est la fresque spectaculaire Saladin (1963), signée Youssef Chahine et commanditée par Nasser pour commémorer l’agression tripartite de 1956 contre le canal de Suez. Certes, le grand cinéaste égyptien (chrétien de rite byzantin) dénonce les croisades comme une vaste opération de rapine, « une supercherie au nom de la foi pour remplir les coffres d’Europe », cependant son Richard Qalb al-Assad est un adversaire occidental impitoyable mais loyal et un partenaire potentiel pour une paix basée sur des valeurs communes. Raison pour laquelle le script met diplomatiquement l’atroce boucherie des 2500 hommes, femmes et enfants musulmans captifs à Saint-Jean-d’Acre sur le dos du roi de France Philippe II Auguste (une calomnie, mais l’Hexagone a mauvaise presse depuis la guerre d’Algérie). Précisons que, contrairement à la légende romantique que véhiculent livres, cinéma et bandes dessinées, Richard et Saladin ne se sont jamais rencontrés, ce dernier ayant toujours refusé de le voir et délégué son frère Al-Adîl comme ambassadeur à sa place : le sultan admirait la bravoure du « lion » mais se méfiait – à raison – de sa parole. Aucune paix ne fut conclue entre eux, juste une trêve de trois ans, après quoi le Plantagenêt promit de revenir avec une armée plus puissante encore. Enfin, ce fut Richard qui repoussa l’offre de se recueillir au Saint-Sépulcre, tant que la ville était en mains arabes (contrairement à ce qu’affirme DeMille dans son film de 1935).
Richard Cœur de Lion (Hamdi Geiss) dans « An-Nâsir Salâh ad-Dîn (Saladin) » de Youssef Chahine, Égypte 1963.
La troisième catégorie, celle du « roi absent », est de très loin la plus représentée à l’écran. C’est aussi celle où Richard ne fait que des apparitions minutées, en général au début et/ou à la fin du film, souvent interprété par des acteurs moins connus voire, en guise de clin d’œil, par des « guest stars ». On y découvre le point de vue d’un royaume déserté ou négligé par son roi, devenu la proie de barons rapaces, au bord de la guerre civile. Elle englobe en toile de fond la capture de Richard par le duc Léopold V d’Autriche sur le chemin du retour des croisades (automne 1192), sa captivité à Dürnstein, la tentative d’usurpation du trône par son frère Jean, la réunion de la rançon exorbitante (équivalant à deux années de recettes du royaume) exigée pour sa libération et le retour en Angleterre (mars 1194). Deux sources – essentiellement fictives et nationalistes – nourrissent ce chapitre. D’une part à nouveau un roman de Walter Scott, Ivanhoé, publié en 1820 et filmé 16 fois, et de l’autre la saga populaire de Robin Hood/Robin des Bois dont la descendance cinématographique s’élève à 80 productions de tout acabit. Les deux héros sont souvent présentés comme d’anciens croisés ayant combattu aux côtés du roi, ayant résidé dans sa proximité immédiate, et qui, symboles de la fidélité dans le malheur, s’opposent au prince Jean, cet archétype de la trahison et de l’imposture. Richard est d’autant plus idéalisé qu’il est lointain : oublié le fait qu’il n’a, de sa vie, guère séjourné plus de six mois en Angleterre et qu’il ne parlait pas l’anglais.
En 1951 sort ce qu’on peut considérer comme le paradigme du film de chevalerie hollywoodien : Ivanhoé de Richard Thorpe, une prestigieuse production en Technicolor de la Metro-Goldwyn-Mayer, élaborée à grands frais sur les terrains des studios de Borehamwood près de Londres, avec Robert Taylor dans le rôle-titre. Le film est emblématique dans la mesure où il introduit pour la première fois à l’écran le rituel complet du tournoi (un anachronisme flagrant, puisque cette forme de combat à deux ne se codifiera que trois siècles plus tard) : la lice, la parade, le défi, les deux champions armés d’une lance de joute spécifique, la charge des cavaliers dans deux couloirs séparés par une toile, etc. Ce type de passe d’armes deviendra désormais un des topoï incontournables du cinéma « médiéval ». C’est que l’œuvre de Thorpe, flamboyante, trépidante, vise à une synthèse du Moyen Age plus qu’à une reconstitution rigoureuse, et en ce sens, elle fait écho à la légende du chevalier-roi intemporel, au nouveau roi Arthur qu’incarne le souverain Plantagenêt chanté par les troubadours d’Aliénor : le monarque « disparu » mais qui « reviendra un jour »... En ouverture du récit, le film reprend à son compte l’anecdote selon laquelle le ménestrel Blondel de Nesle, parcourant l’Europe à la recherche du roi introuvable, l’aurait localisé en Basse-Autriche après avoir reconnu sa voix dans un donjon ; déguisé en trouvère, l’Ivanhoé du film obtient ainsi des informations vitales pour la libération de son suzerain. Or l’épisode ne figure pas dans le roman, pas plus que l’affaire de la rançon royale. On sait qu’afin de financer la Troisième Croisade, l’Angleterre fut traversée d’une vague de pogroms antisémites avec tueries et pillages systématiques des synagogues en 1189/90, soit au lendemain du couronnement de Richard Ier – et sur ses ordres. Le cinéma n’en a évidemment soufflé mot, mais suite à la Shoah et trois ans après la création de l’État d’Israël, les scénaristes se permettent d’évoquer – du bout des lèvres – les exactions du passé et le statut de la diaspora juive à travers le sort de la belle Rebecca (Elizabeth Taylor), dont la mère a été tuée par les chrétiens et qui sera condamnée au bûcher pour « sorcellerie », ainsi que celui de son vieux père, Isaac de York. C’est ce dernier – et non pas Robin de Bois (comme le voudrait la légende), ou la reine-mère Aliénor (comme l’attestent les historiens) – qui débloque une fortune considérable pour libérer le monarque, cumulant des contributions de toutes les communautés israélites du pays. « À condition », exige le banquier, « que Richard promette la justice à une race sans foyer ni patrie. » En 1947, le comité du Motion Picture Project américain, créé par le National Jewish Community Relations Advisory Council (NCRAC) afin de veiller à la bonne image des juifs à l’écran, a fait pression sur Hollywood pour modifier le portrait d’Isaac de York dès la première ébauche du scénario. Alors que Walter Scott fait d’Isaac un simple prêteur (dépeint avec sympathie, il est vrai), le film le transforme carrément en sauveur de la couronne d’Angleterre ; le nom d’Aliénor n’est jamais prononcé.
Ayant appris que le romancier William Thackeray avait désapprouvé la conclusion du livre et traité Scott d’antisémite, Dore Schary, le chef de la MGM, envisage même un moment le mariage d’Ivanhoé et de Rebecca, un happy-end avec la bénédiction du roi Richard ; la crainte d’irriter les inconditionnels de Scott et l’incongruité (sinon l’impossibilité) d’une telle union au XIIe siècle font que le studio renonce à trahir le livre. Le film montre brièvement Richard au début, enchaîné dans son cachot, puis le fait réapparaître en épilogue-apothéose de la joute judiciaire qui sauve Rebecca, pour récompenser les sujets loyaux et confirmer sa promesse – toute virtuelle et ô combien fantasmatique ! – de protéger les juifs (qui furent tous expulsés d’Angleterre en 1290). L’engagement, on l’aura deviné, s’adresse à la Maison Blanche des années cinquante. Il est cocasse de constater que le roi revient en arborant la croix rouge sur robe blanche de ses ennemis mortels, les Templiers (comme la cinquantaine de chevaliers qui le suivent), alors que, par ailleurs, le film ne fait aucune mention de l’Ordre. Selon Walter Scott, c’est la conspiration de Templiers fanatiques – coterie qu’il abhorrait – qui condamne la « mécréante » Rebecca au bûcher. Mais en pleine guerre froide, Hollywood ne peut noircir un ordre religieux sous peine de s’attirer l’ire de toutes les églises du continent.
Le solde des adaptations d’Ivanhoé, de 1913 à aujourd’hui, colle de près à la trame farfelue de Scott qui avait imaginé la présence – plus qu’invraisemblable – du roi, libéré de sa prison autrichienne et revenu incognito, dissimulé sous une armure noire, dans son royaume afin d’épier ce qui s’y passe ; Richard participe activement aux deux « clous » de la trame, le tournoi d’Ashby et à la prise du château de Torquilstone, mais certains accents sont déplacés. En 1982, le téléfilm britannique Ivanhoé de Douglas Camfield donne le beau rôle à Isaac de York (James Mason) tout en insistant sur les préjugés religieux et raciaux de l’époque ; à la fin, Rebecca et son père décident prudemment de s’installer à Grenade, sous la protection des musulmans. Quant à Richard, belle chimère, il bannit les Templiers d’Angleterre. Produit soviétique tourné en Ukraine, La Ballade du vaillant chevalier Ivanhoé (1983) de Sergueï Tarassov affadit l’intrigue, calibrée pour un public jeune, et escamote carrément Rebecca et son géniteur, car, actualité oblige, l’URSS bichonne ses contacts avec les nations arabes progressistes. Enfin, en 1997, la télésérie anglo-américaine de Stuart Orme questionne la gloriole du roi-chevalier et les institutions qu’il représente. Christopher Lee (« Dracula ») y joue le sinistre Grand Maître des Templiers pressé de voir brûler la « sorcière juive », Ivanhoé regrette le comportement « bestial » de Richard en Terre Sainte et la reine Aliénor reproche à ses incorrigibles rejetons d’aiguiser inutilement le conflit endémique entre Normands et Saxons.
Richard est moins présent – et encore moins actif – dans la saga de Robin des Bois, même si les exploits imaginaires du célèbre archer de Sherwood et de ses « yeomen » (paysans libres) ont, du moins depuis 1945, le plus fortement contribué au rayonnement romantico-médiatique du monarque. Personnage littéraire ou historique, la question reste ouverte : mentionné pour la première fois dans un poème de William Langland vers 1377, Robin Hood fut peut-être identique avec Robert Fitzooth, comte de Huntingdon (1160-1247 ?) qui s’opposa aux taxes et lois forestières du prince Jean, ou à Robert Hod, un fugitif du Yorkshire en 1225. D’autres sources situent ses prouesses sous le règne d’Henri III ou d’Édouard II. Une certitude : tous les éléments qui forment la légende du « prince des voleurs » véhiculée par le cinéma sont d’origine postmédiévale. Au XIXe siècle, Walter Scott, Thomas Peacock (Maid Marian, 1922), Pierce Egan (Robin Hood and Little John, 1840), Alfred Tennyson (The Foresters, 1892) fixent les grandes lignes du récit. Le retour incognito de Richard et son arrivée surprise parmi les joyeux maquisards des Midlands est une pure fiction sortie d’Ivanhoé ; en réalité, Richard débarqua le 10 mars 1194 à Sandwich en compagnie de sa mère Aliénor, régente du royaume ; à Londres, ils furent accueillis avec allégresse par le clergé et le peuple et reçus triomphalement dans la cathédrale de Saint-Paul. Richard assiégea une à une les forteresses de son frère Jean ; Nottingham fut la dernière à tomber, le 28 mars. Le lendemain, Richard mit pour la première fois les pieds dans la forêt de Sherwood pour y chasser, un banal fait divers donnant naissance à sa mythique rencontre avec le hors-la-loi (le roi quittera à tout jamais l’Angleterre deux mois plus tard). Précisons que seul un quart des films sur Robin des Bois – en général les plus élaborés – mobilisent le monarque à l’écran. Sa présence majestueuse persiste néanmoins en filigrane comme garant légitime de pardon, de réconciliation nationale, d’unité, d’ordre et de justice sociale.
La mort de Richard Cœur de Lion devant Châlus (Danny Huston dans « Robin Hood » de Ridley Scott, 2010).
L’incontournable classique de ce cycle reste bien sûr Les Aventures de Robin de Bois (1938) de Michael Curtiz, qu’incarne Errol Flynn avec un panache et un enthousiasme inégalés. Dressant les paramètres définitifs de la ballade, Curtiz montre Richard – survenu en deus ex machina – ferraillant aux côtés de Robin pour s’emparer de Nottingham et confondre son frère. Ce schéma exaltant sera repris de film en film, à deux exceptions près. En 1975, marqué par la débâcle du Vietnam, le massacre de My Lai et les révélations du Watergate qui entérinent la défiance face au pouvoir établi, Richard Lester revisite la légende dans son chef-d’œuvre automnal, Robin and Marian (La Rose et la Flèche) ; son film s’ouvre sur la mort absurde du roi devant le donjon de Châlus-Chabrol, le 6 avril 1199, lors d’une peu reluisante campagne de « pacification ». Revenu traumatisé de Terre sainte, usé, las de « tant de massacres inutiles », Robin (Sean Connery) refuse de passer par l’épée un vieillard fou et quelques femmes et enfants qui défendent le fortin où le roi soupçonne de l’or ; ivre de rage, Richard (Richard Harris) condamne son vieux compagnon à la décapitation, mais une flèche l’atteint mortellement et le roi moribond pardonne à Robin avant de rendre l’âme. Ce même épisode est repris au début du récent Robin des Bois (2010) de Ridley Scott, en plus âpre et sombre : les errements du gouvernement Bush à Bagdad ont laissé des traces. Richard, dit le texte introductif, « retourne des Croisades en Angleterre dépouillé de ses richesses et de sa gloire, en pillant tout sur son chemin ». Il est entouré de mercenaires qui l’adorent, dressés à occire sans états d’âme. Seul Robin (Russell Crowe) ose lui reprocher les crimes d’Acre, ce qui lui vaut le pilori ; à la mort de ce suzerain à la crinière de lion (Danny Huston), l’archer déserte pour rentrer chez lui, affronter le chaos qui gangrène son pays, c’est-à-dire l’héritage concret du disparu. Ainsi, en un siècle, le cinéma du chevalier-roi est passé de l’adulation au désenchantement. Signe des temps.
Comme relevé ci-dessus, Richard Cœur de Lion apparaît à l’écran principalement dans le contexte de la Troisième Croisade (cf. Royaume de France, 4.2), dans les adaptations du roman « Ivanhoé » de Walter Scott (cf. 4.1.) et dans la légende de Robin Hood/Robin des Bois (cf. 4.2).
Liste des apparitions de Richard Cœur de Lion :
1911® Il talismano / Riccardo Cuor di Leone (Le Talisman ou Richard Cœur de Lion) (IT) d’Enrico Guazzoni. – (Richard : interprète inconnu). Cf. Croisades
1912® Robin Hood (GB/US) d’Étienne Arnaud, Herbert Blaché. – av. Arthur Hollingsworth (Richard Cœur de Lion).
1913® Ivanhoe (GB/US) de Herbert Brenon. – av. Walter Scott Craven (Richard Cœur de Lion).
1913® Ivanhoe / Rebecca the Jewess (GB) de Leedham Bantock. – av. E. A. Warburton (Richard Cœur de Lion).
1913® Robin Hood (US) de Theodore Marston. – av. Walter Gibbs (Richard Cœur de Lion).
1923® Robin Hood (Robin des Bois) (US) d’Allan Dwan. – av. Wallace Beery (Richard Cœur de Lion).
1923® Richard the Lion-Hearted (L’Esprit de la chevalerie) (US) de Chester Withey. – av. Wallace Beery (Richard Cœur de Lion), Kathleen Gifford (Bérengère de Navarre). Cf. Croisades
1923® Robin Hood, Jr. (US) de Clarence Bricker. – av. Stanley Bingham (Richard Cœur de Lion).
1935® The Crusades (Les Croisades) (US) de Cecil B. DeMille. – av. Henry Wilcoxon (Richard Cœur de Lion), Loretta Young (Bérengère de Navarre), Katherine DeMille (Alice de France), Ramsay Hill (Jean sans Terre). Cf. Croisades
1938® The Adventures of Robin Hood (Les Aventures de Robin des Bois) (US) de Michael Curtiz. – av. Ian Hunter (Richard Cœur de Lion), Claude Rains (Jean sans Terre).
1946® Outlaws of Sherwood Forest / Son of the Guardsman (US) de Derwin Abrahams. – av. Robert « Buzz » Henry (Richard Cœur de Lion).
1951® Ivanhoe (Ivanhoé) (US) de Richard Thorpe. – av. Norman Wooland (Richard Cœur de Lion), Guy Rolfe (Jean sans Terre).
1952® The Story of Robin Hood and His Merrie Men (Robin des Bois et ses joyeux compagnons) (GB/US) de Ken Annakin. – av. Patrick Barr (Richard Cœur de Lion), Martita Hunt (Aliénor d’Aquitaine), Hubert Gregg (Jean sans Terre).
1954® Men of Sherwood Forest (La Revanche de Robin des Bois) (GB) de Val Guest. – av. Patrick Holt (Richard Cœur de Lion).
1954® King Richard and the Crusaders (Richard Cœur de Lion) (US) de David Butler. – av. George Sanders (Richard Cœur de Lion), Paula Raymond (Bérengère de Navarre). Cf. Croisades
1958/59® (tv) Ivanhoe (Ivanhoé) (GB) de Bernard Knowles, Lance Comfort, Arthur Crabtree et Pennington Richards. – av. Bruce Seton (Richard Cœur de Lion), Andrew Keir (Jean sans Terre).
1962® Il trionfo di Robin Hood (Le Triomphe de Robin des Bois) (IT) d’Umberto Lenzi. – av. Gérard Philippe Noël (Richard Cœur de Lion).
1962/63(tv) Richard the Lionheart (Richard Cœur de Lion) (GB) d’Ernest Morris
Danziger Photoplays Prod. (Edward J. et Harry Lee Danziger) (ITV 4.6.62-13.12.63), 39 x 28 min. (total: 19h50 min.) – av. Dermot Walsh (Richard Cœur de Lion), Ian Gregory (Blondel de Nesle, le ménestrel), Sheila Whittington (Bérengère de Navarre), Trader Faulkner (le prince Jean/Philippe II Auguste de France), Marne Maitland (le sultan Saladin), Dominic Roche (Henry II), Robin Hunter (Sir Gilbert), Glyn Owen (Hugo), Anne Lawson (Marta), Francis de Wolff (Léopold V de Babenberg, duc d'Autriche), Dominic Roche (Henri II de Champagne, roi de Jérusalem), Prudence Hyman (Aliénor d'Aquitaine), Ferdy Mayne (Merlin), Daphne Anderson (Guenièvre), Elwyn Brook-Jones (Tancrède de Sicile), Michael Peake (Conrad de Montferrat), Anton Rodgers (Sir Kenneth of the Couchant Leopard), Walter Gotell (le prince Otto), Ronald Howard (Robin Hood), Robert Perceval (Little John), Ralph Michael (le Sheriff de Nottingham), Maurice Kaufmann (Don Miguel de Navarre), Alan Hatwood (Sir Geoffrey), John Gabriel (de Glanville), John Scott (William the Lion), Ian Fleming (Lord Chancellor), Stuart Hillier (le héraut d’Ecosse), Peter Reynolds (Sir Philip), Glyn Owen (Edmond le Saxon), Jennifer Daniel (Lady Edith Plantagenêt), Tom Gill (Fitzcormac).
Synopsis: Ce feuilleton britannique de presque vingt heures et qui se déroule entre 1189 et 1194 n’a que très peu de liens avec l’Histoire, hormis les noms propres et les lieux cités. C’est, dans le meilleur des cas, le monarque de la légende ou de la littérature populaire auquel on fait appel ici, et non à l’authentique Plantagenêt. Dans le premier épisode, Richard n’a pu accourir au chevet d’Henry II, son père mourant, ayant été détourné par une princesse française que le félon Sir Philip a placée sur son chemin. Son frère, le prince Jean, tente en vain d’usurper sa place. Richard délivre sa mère Aliénor d’Aquitaine, surnommée « L’Aigle » (épis. 2), et enlevée par Jean afin de retarder le couronnement de Richard qui aura lieu à Westminster Hall (épis. 3). En gros, la série brode sur la rivalité de Richard avec son frère, un émule de Iago, sournois et jaloux, qui conspire d’épisode en épisode. Richard se bat en tournoi pour s’assurer la couronne (épis. 9), se marie avec Bérengère de Navarre (épis. 12), puis s’en va-t-en Terre Sainte reprendre Acre (épis. 16) et combattre Saladin (épis. 12-14). On reprend alors l’intrigue du Talisman de Walter Scott où Richard, victime d’un attentat perpétré par les Templiers est soigné incognito par le sultan Saladin (épis. 18-21, cf. King Richard and the Crusaders, 1954). Richard se rend compte que son rêve d’entrer à Jérusalem ne se réalisera pas (« The Vision Fades », épis. 23) et il escalade le Mont des Oliviers avec ses compagnons en murmurant : « Peut-être ne l’avons-nous pas mérité. » Le roi étant emprisonné en Autriche par le duc Léopold sur son chemin de retour (épis. 25-28), suivent les exploits connus de Robin des Bois pour payer sa rançon et le libérer à la barbe du prince Jean.
De toute évidence, les producteurs, les frères Danziger, marchent sur les pas de la série à succès Ivanhoé (1957) avec Roger Moore. Leur société est une fabrique prolifique de feuilletons à mini-budgets, mis en boîte en noir et blanc aux studios New Elstree dans le Hertfordshire, où l’on érige la façade de deux châteaux et quelques rues du Londres médiéval. C’est la compagnie de téléfilms la plus profitable de Grande-Bretagne durant les années 1950 et Richard the Lionheart, son ultime série, est aussi la plus chère (3000 costumes) et, toute proportion gardée, la plus ambitieuse (une semaine de tournage par épisode). Le rôle-titre revient à Dermot Walsh, un acteur, producteur et écrivain irlandais qui ressemble plus à un garçon-coiffeur qu'à un descendant de Guillaume le Conquérant. Déjà responsable de cinq épisodes de William Tell (1958/59), le téléaste Ernest Morris tournera encore The Spanish Sword (1962) dans les décors et avec les panoplies de la série. Le feuilleton a choisi d’ignorer travers et contradictions de Richard, mais aussi de faire croie que le monarque était adoré par la population d’Angleterre (ce qui était loin de la vérité !). On le voit surtout se quereller avec Français et Autrichiens, jeune, séduisant et glabre, toujours flanqué de son fidèle luthier Blondel (personnage qu’interprète Alan Hale dans The Crusades de DeMille en 1935). Suite téléphonée de conjurations et de coups d’épée à laquelle il manque souffle et consistance, ce feuilleton est sauvé de l’ennui grâce à Trader Faulkner, un prince Jean sarcastique, et à Francis de Wolfe qui mime un Léopold d’Autriche délicieusement monstrueux.
Episodes : 1. « Long Live the King (Vive le roi) » – 2. « The Lion and the Eagle (Le Lion et l'Aigle) » – 3. « The Robbers of Ashdown Forest (Les Bandits de la forêt) » – 4. The Wolf of Banbury (Le Renard de Banbury) » – 5. « School for a King (L'École du roi) » – 6. « Crown in Danger (La Couronne en danger) » – 7. « The Pirate King (Le Roi pirate) » – 8. « The Alchemist of Rouen (L'Alchimiste de Rouen) » – 9. « The King’s Champion (Le Champion du roi) » – 10. « King Arthur’s Sword (L'Épée du roi Arthur) » – 11. « The Challenge (Le Défi) » – 12. « The Bride (La Fiancée) » – 13. « The Strange Monks of Latroun » – 14. « The Great Enterprise (La Grande Entreprise) » – 15. « The Norman King » – 16. « When Champions Meet » – 17. « The Warrior from Scotland » – 18. « The Conjuror » – 19. « The Lord of Kerak » – 20. « The Saracen Physician » – 21. « A Marriage of Convenience » – 22. « Queen of Danger » – 23. « Prince Otto » – 24. « The Vision Fades » – 25. « The Fugitive » – 26. « Knight Errant at Large » – 27. « Guardian of the Temple » – 28. « Capture » – 29. « A King’s Ransom » – 30. « The Devil Is Unloosed » – 31. « The Little People of Lyntor » – 32. « The Raiders » – 33. « An Eye for an Eye » – 34. « The Caveman » – 35. « A Year and a Day » – 36. « The Crown Jewels » – 37. « The Man Who Sold Pardons » – 38. « The Heir of England » – 39. « The People’s King ».
1963® An-Nâsir Salâh ad-Dîn (Saladin le Victorieux) (EG) de Youssef Chahine. – av. Hamdi Geiss (Richard Cœur de Lion). Cf. Croisades
1964® (tv) Robin Hood (GB) de Frank Pacelli. – av. Jon Cypher (Richard Cœur de Lion).
1965® (tv) The Crusade / US : The Lionheart (GB) de Douglas Camfield (série « Doctor Who »). – av. Julian Glover (Richard Cœur de Lion). Cf. Croisades
1967/68® The Lion in Winter (Le Lion en hiver) (GB) d’Anthony Harvey. – av. Anthony Hopkins (Richard Cœur de Lion), Katharine Hepburn (Aliénor d’Aquitaine), Peter O’Toole (Henry II), Nigel Terry (le prince Jean), John Castle (le prince Geoffroy). Cf. Henry II
1968® (tv) The Legend of Robin Hood (US) d’Allan Handley. – av. Douglas Fairbanks Jr. (Richard Cœur de Lion).
1968® Noin seitsemän veljestä [=À propos des sept frères] (FI) de Jukka Virtanen. – av. Tapio Kasanen (Richard Cœur de Lion). Cf. Robin Hood
1969/70® Selâhattîn Eyyubi [=Saladin l’Ayyubide] (TR) de Süreya Duru – av. Orhan Günsiray (Richard Cœur de Lion). Cf. Croisades
1970® (tv) Ivanhoe (GB) de David Maloney. – av. Bernard Horsfall (Richard Cœur de Lion), Tim Preece (Jean sans Terre).
1970® Robin Hood, l’arciere di fuoco / L’arciere di Sherwood / El arquero de Sherwood / La Grande Chevauchée de Robin des Bois (IT/ES/FR) de Giorgio Ferroni. – av. Lars Bloch (Richard Cœur de Lion).
1971® Up the Chastity Belt / Naughty Knights (GB) de Bob Kellett. – av. Frankie Howerd (Richard Cœur de Lion). Cf. Croisades
1973® [Animation : Robin Hood (Robin des Bois) (US) de Wolfgang Reitherman/Walt Disney. – av. la voix de Peter Ustinov (Richard Cœur de Lion).]
1975® (tv) The Legend of Robin Hood (GB) d’Eric Davidson. – av. Michael-John Jackson (Richard Cœur de Lion), David Dickson (Jean sans Terre).
1975® Robin and Marian (La Rose et la Flèche) (US) de Richard Lester. – av. Richard Harris (Richard Cœur de Lion), Ian Holm (Jean sans Terre).
1975® (tv) Silver Giant, Wooden Dwarf (GB) de Richard Martin. – av. Clinton Greyne (Richard Coeur de Lion). Cf. Jean sans Terre
1977/78® (tv) The Devil’s Crown / La Couronne du diable (GB/FR/US/IT/CH) d’Alan Cooke, Jane Howell et Ronald Wilson. – av. Michael Byrne (Richard Cœur de Lion), Jane Lapotaire (Aliénor d’Aquitaine), Brian Cox (Henry II), Zoé Wanamaker (Bérengère de Navarre), John Duttine (le prince Jean), Paul Greenwood (le prince Geoffroy). - Chronique des Plantagenêts, cf. Henry II
1980/81® (tv) The Talisman (GB) de Richard Bramall. – av. Stephan Chase (Richard Cœur de Lion), Joanne Pearce (Bérengère de Navarre). Cf. Croisades
1982® (tv) Ivanhoe (GB/US) de Douglas Camfield. – av. Julian Glover (Richard Cœur de Lion), Ronald Pickup (Jean sans Terre).
1983® Ballada o doblestnom rytsare Ayvengo (La Ballade du vaillant chevalier Ivanhoé) (SU) de Sergueï Tarassov. – av. Romualds Ancans (Richard Cœur de Lion), Algimantas Masiulis (Jean sans Terre).
1984® (tv) The Zany Adventures of Robin Hood (Les Folles Aventures de Robin des Bois) (US) de Ray Austin. – av. Robert Hardy (Richard Cœur de Lion), Janet Suzman (Aliénor d’Aquitaine), Roddy McDowall (Jean sans Terre).
1984-1986® (tv) Robin of Sherwood / The Adventures of Robin Hood (Robin des Bois) (GB) de Ian Sharp, Richard Carpenter, Robert Young, Alex Kirby, James Allen, Garry Mill, Ben Bolt, Dennis Abbey, Christopher King et Sid Robertson. – av. John Rhys-Davies (Richard Cœur de Lion), Philip Davis (Jean sans Terre).
1986/87® Lionheart : The Children’s Crusade (Cœur de Lion : La Croisade des Enfants) (US/HU) de Franklin J. Schaffner. – av. Neil Dixon (Richard Cœur de Lion). Cf. Croisades
1989® (tv) Maid Marian and her Merry Men (GB) de David Bell. – av. Forbes Collins (Richard Coeur de Lion).
1991® Robin Hood : Prince of Thieves (Robin des Bois, prince des voleurs) (GB/USA) de Kevin Reynolds. – av. Sean Connery (Richard Cœur de Lion).
1992® Richard-Lvinoye serdetse [=Richard Cœur de Lion] (RU) de Yevgeni Gerasimov. – av. Aleksandr Baluyev (Richard Cœur de Lion), Svetlana Amanova (Bérengère de Navarre). Cf. Croisades
1993® Rytsar Kennet [=Le Chevalier Kenneth] (RU) de Yevgeni Gerasimov. – av. Aleksandr Baluyev (Richard Cœur de Lion), Svetlana Amanova (Bérengère de Navarre). Cf. Croisades
1993® Robin Hood : Men in Tights / Sacré Robin des Bois (US/FR) de Mel Brooks. – av. Patrick Stewart (Richard Cœur de Lion), Richard Lewis (Jean sans Terre).
1994® (tv) Young Ivanhoe (CA/FR/BE) de Ralph L. Thomas. – av. Marek Vasut (Richard Cœur de Lion).
1994® (tv) Robin Hood : Prince of Sherwood (US) de James Hunter. – av. Mike Pollick (Richard Cœur de Lion).
1994® (tv) Richard the Lionheart : History Maker ((GB) de Bob Carruthers. – av. Hu Pryce (Richard Cœur de Lion). Cf. Croisades
1994® (tv) The Crusades : The Knights of Christ and the March in the Holy Land (GB) de Bob Carruthers. – av. Hu Pryce (Richard Cœur de Lion). Cf. Croisades
1997® (tv) Ivanhoe (GB/US) de Stuart Orme. – av. Rory Edwards (Richard Cœur de Lion), Siân Phillips (Aliénor d’Aquitaine), Ralph Brown (Jean sans Terre).
1997® (tv) Richard Cœur de Lion / Richard the Lion-Hearted (FR/GB) de Ludi Boeken. – av. Mark Healey (Richard Cœur de Lion). Cf. Croisades
1999® (tv) Richard Löwenherz – Kreuzzug ins Abenteuer (DE) de Wolfram Giese. – (interprète inconnu). Cf. Croisades
2000® (tv) Dark Knight (La Légende d’Ivanhoé) (GB) de Mark Ezra, Terry Marcel et Keith Claxton. – av. Burt Turner (Richard Cœur de Lion), Cameron Rhodes (Jean sans Terre).
2001® (vd) Robin Hood, de musical (BE) de Gert Verhulst. – av. Ernst Van Looy (Richard Cœur de Lion).
2001Warrior Angels / Crusade of Vengeance (US/IE/LT) de Byron W. Thompson
Drotcroft Ltd.-Lietuvos Kinostudija-Weintraub/Kuhn Productions, 92 min. – av. Joanna Pacula (Elizabeth de Cooke), Molly Culver (Hunter), John Vernon (Ansgar/Baldrick), Arnold Vosloo (Luke), Rutger Hauer (Grekkor), Charlotte Avery (Eve), Geoff Parish (William), Sander Kolosov (Peter de Cooke).
En 1191, de retour de la Troisième Croisade où elle a été blessée en combattant aux côtés de Richard Cœur de Lion, Lady Elizabeth de Cooke découvre ses terres en Angleterre à feu et à sang, et son fils Peter enlevé par un satrape local, le fourbe Grekkor. Aidée de trois autres femmes (une chasseresse, une prostituée et une gitane) et du fier-à-bras Luke, elle s’affaire à arracher Peter à l’emprise d’un tyran qui considère désormais le jeune prisonnier comme son fils… Un scénario-prétexte pour des séquences d’action mal dirigées ; une curiosité fauchée, filmée à Vilnius en Lituanie, et qui a l’originalité d’être contée en flash-back.
2003® (tv) The Lion in Winter / Lionheart (Le Lion en hiver) (US) d’Andreï Kontchalovski. – av. Andrew Howard (Richard Cœur de Lion), Glenn Close (Aliénor d’Aquitaine), Patrick Stewart (Henry II), John Light (le prince Geoffroi), Rafe Spall (le prince Jean). Cf. Henry II
2003® (tv) Lionheart. The Crusade (GB) de Patrick Fleming. – (interprète inconnu). Cf. Croisades
2003® (tv) Royal Deaths and Diseases (GB) de Bill Locke, James Quinn, Srik Narayanan. – av. Lockhart Ogilvie (Richard Cœur de Lion). Cf. Croisades
2004® (tv) Robin Hood (US) de Joanna Brame. – av. Simon Kirk (Richard Cœur de Lion).
2005® (tv) Holy Warriors : Richard the Lionheart & Saladin (Richard et Saladin) (GB/US) de Peter Miller et Richard Bedser. – av. Derek Lea (Richard Cœur de Lion). Cf. Croisades
2005® (tv) The Crusades. Crescent & the Cross – 2. The Empire of Islam Strikes Back (Second and Third Crusade) (GB) de Stuart Elliott. – (interprète inconnu). Cf. Croisades
2005® (tv) Redemption at Lincoln (GB) de Samira Osman. – av. Daniel Rymer (Richard Cœur de Lion). – Cf. Henry II
2005® Kingdom of Heaven (US/GB/ES/FR) de Ridley Scott. – av. Iain Glen (Richard Cœur de Lion). Cf. Croisades
2006-2009® (tv) Robin Hood (Robin des Bois, la légende revient) (GB) de Matthew Evans, Graeme Harper, Declan O’Dwyer, Richard Standeven, etc. – av. Lukács Bicskey (Richard Cœur de Lion), Lynda Bellingham (Aliénor d’Aquitaine), Toby Stephens (Jean sans Terre).
2007® Waiting for Salah-Adîn (IL) d’Ali Nassar. – av. Raida Adon (Richard Cœur de Lion). Cf. Croisades
2008® (tv) Richard the Lionheart (Richard Cœur de Lion, un combattant pour la foi) (GB) de Nick Green. – av. Steven Waddington (Richard Cœur de Lion). Cf. Croisades
2010® Robin Hood (Robin des Bois) (US/GB) de Ridley Scott. – av. Danny Huston (Richard Cœur de Lion), Eileen Atkins (Aliénor d’Aquitaine), Oscar Isaac (Jean sans Terre).
2010® Realms (US/FR) de Mary Beth Ross, Chris English Pittman. – av. Emmanuel Barbe (Richard Cœur de Lion). Cf. Croisades
2011® (tv) Saladin (GB) de Ben Mole. – (interprète inconnu). Cf. Croisades
2011® Robin Hood (DE) d’Oliver Sommer. – av. Dirk Sauer (Richard Cœur de Lion).
2011® El Capitán Trueno y el Santo Grial (Prince Killian et le trésor des Templiers) (ES) d’Antonio Hernández. – av. Luis Fernando Alvés (Richard Cœur de Lion). Cf. Croisades
2012® (vd) Robin Hood, de musical (BE) de Gert Verhulst, Stefan Staes. – av. Dennis Willekens (Richard Coeur de Lion).
2013® King John (US) de Michael Merriam. – av. James Younis (Richard Cœur de Lion), Carolyn Bishop (Aliénor d’Aquitaine), John Glosser (Jean sans Terre). Cf. Jean sans Terre
2013® Richard the Lionheart (US/IT/RU) de Stefano Milla. – av. Greg Chandler Maness (Richard Cœur de Lion), Malcolm McDowell (Henry II). Cf. Henry II
2013® (tv) Robin Hood & ich (DE) de Holger Haase. – av. Manfred Friedrich (Richard Coeur de Lion).
2015® Richard the Lionheart : Rebellion (US/IT/RU) de Stefano Milla. – av. Greg Chandler (Richard Cœur de Lion), Debbie Rochon (Aliénor d’Aquitaine), Marco Naggar (le prince Geoffroi). Cf. Henry II
2016® The Sultan and the Kings (AU) de Hassan Sonboli. – av. David Beamish (Richard Coeur de Lion). Cf. Croisades
2019/20(tv) Richard Löwenherz, ein König in der Falle (Richard Coeur de Lion, le roi pris au piège) (DE/AT) de Fritz Kalteis
Nikolaus Klingohr, Katharina Krohmann, Gabriele Wistawel, Elisabeth Faber/Interspot-ZDF-ORF-Arte (Arte 4.1.20), 53 min. - av. Philipp Hochmair (Richard Coeur de Lion), Krista Stadler (Aliénor d'Aquitaine), Dennis Cubic (le roi Philippe Auguste), Florian Feik (l'empereur germanique Henri VI), Tobias Ofenbauer (le duc Léopold V de Babenberg), Raphael von Bargen (Baudoin de Béthune), Alexander Knaipp (Jean sans Terre).
Sur le chemin de retour des Croisades, en 1192 près de Vienne, et à la suite des manoeuvres de Philippe Auguste, Richard Coeur de Lion est capturé par le duc Léopold de Babenberg qu'il a publiquement insulté en Terre Sainte, puis livré à l'empereur germanique Henri VI qui exige une rançon exorbitante pour sa libération. L'enlèvement et le chantage le plus spectaculaire du Moyen-Âge, qui se résume dans les faits à un affrontement testostéronique entre mâles alpha.
Robert Taylor (Ivanhoé) et Elizabeth Taylor (Rebecca) dans le film américain de Richard Thorpe (MGM 1952).

4.1. « Ivanhoé », roman de Sir Walter Scott (1819)

Un best-seller phénoménal : en moins de deux semaines, le premier tirage de dix mille exemplaires est épuisé. Avec ce tout premier roman médiéval, l’auteur écossais – anobli l’année suivante – crée l’archétype du roman historique et suscite une mode, un véritable engouement de l’Europe romantique pour le Moyen Âge qui se répercutera en particulier dans l’œuvre de Victor Hugo, d’Alexandre Dumas, de R. L. Stevenson et plus tard d’Alfred Lord Tennyson. Résumé du livre :
Wilfred d’Ivanhoé a été déshérité par son vieux père Cedric de Rotherwood (dit « Cedric le Saxon »), un descendant du dernier roi anglo-saxon Harold II Godwinson, parce qu’il s’est rallié au roi normand Richard Cœur de Lion, qu’il a suivi en Terre Sainte, et parce qu’il s’est épris de Lady Rowena, la pupille de Cedric, Celui-ci destine la jeune femme au puissant comte Aethelstane, prétendant saxon à la couronne d’Angleterre, afin de contrecarrer le jeu des Plantagenêts. En 1194, à la fin de la Troisième Croisade, alors que Richard a été capturé par les Autrichiens sur son chemin de retour, un pauvre pèlerin revenu d’Orient – Ivanhoé, le visage dissimulé sous son capuchon – débarque le soir à Rotherwood Hall sans se faire reconnaître, suivi d’Isaac de York, un marchand et préteur juif qui y cherche refuge avec sa fille, la splendide et sauvage Rebecca. Durant le repas, animé par des propos musclés entre l’hôte saxon et quelques Normands insolents, Ivanhoé constate qu’un des invités, le Templier Brian de Bois-Guilbert, donne des ordres discrets à ses hommes pour dévaliser le juif le lendemain, dès qu’il aura quitté le château. Ivanhoé avertit Isaac du danger et l’aide à s’éclipser à l’aube, assisté du porcher Gurth qui a reconnu en lui le fils tant regretté de son maître. Pour le remercier, Isaac donne au faux pèlerin, chez qui il a deviné une nature de chevalier, une armure et un destrier afin qu’il puisse participer au grand tournoi d’Ashby-de-la-Zouch, présidé par le frère du roi, Jean sans Terre, et y défaire les arrogants Normands qui insultent quotidiennement sa famille. Le premier jour du tournoi, un mystérieux chevalier portant le nom de « El Desdichado » (le déshérité) parvient à désarçonner les meilleurs jouteurs normands, Bois-Gilbert compris. Le heaume baissé, il refuse de dire son nom malgré l’insistance du prince Jean ; il est déclaré champion du jour et désigne la blonde Lady Rowena comme reine du tournoi. Le deuxième jour, lors de la mêlée, le mystérieux combattant est submergé par ses assaillants normands et seule l’intervention surprise d’un Chevalier Noir lui sauve la vie et lui permet de remporter à nouveau la partie. Le mystérieux sauveur disparaît aussitôt. Le prince Jean force le « Desdichado », victorieux mais grièvement blessé par Bois-Guilbert, à révéler publiquement son identité : c’est Wilfred d’Ivanhoé, de retour des croisades. La révélation consterne le prince, qui craint que son frère Richard ne revienne bientôt, lui aussi, tandis que Cedric refuse de reconnaître son fils. Étant versée dans les sciences de la médecine, la brune Rebecca convainc son père d’emporter Ivanhoé, dont elle amoureuse, pour le soigner à York. Les festivités du tournoi s’achèvent par un concours au tir à l’arc où s’illustre Robert de Locksley alias Robin des Bois.
Sur le chemin de retour à York, le groupe comprenant Cedric, Lady Rowena et le comte Athelstane est rejoint par celui que forment Isaac, Rebecca et Ivanhoé sur sa litière ; ils sont attaqués par des chevaliers normands, capturés et emmenés à la forteresse de Torquilstone, fief du Templier Reginald Front-de-Bœuf, un allié du prince Jean. Gurth, qui s’est caché, avertit Locksley de l’enlèvement. Dans la forteresse, le Normand Maurice de Brassy tente vainement de courtiser Lady Rowena ; Bois-Gilbert est passionnément amoureux de Rebecca, mais celle-ci menace de se jeter dans le vide. Dans les geôles, Front-de-Bœuf tente d’extorquer une rançon en torturant Isaac. Assistés du Chevalier Noir, Robin des Bois et ses maquisards, paysans libres et braconniers de la forêt de Sherwood donnent l’assaut à Torquilstone, tandis que le bouffon Wamba, déguisé en prêtre, libère les captifs. Front-de-Boeuf est tué et de Brassy se rend au Chevalier Noir qui lui montre son visage : c’est Richard Cœur de Lion, évadé de sa prison autrichienne et revenu incognito dans son royaume pour épier ce qui s’y passe. Le roi sauve Ivanhoé des flammes du château en feu, tandis que Bois-Guilbert s’échappe en enlevant Rebecca. Le roi Richard et Ivanhoé sont les invités de Robin des Bois dans son repaire de Sherwood, le vieux Cedric se réconcilie avec son fils. Le prince Jean apprend le retour inopiné de son frère. Lorsque Bois-Guilbert arrive à la Commanderie de l’Ordre du Temple à Tempelstowe, le Grand Maître prend ombrage de sa passion coupable pour une sorcière juive. Rebecca est condamnée au bûcher, à moins qu’un « jugement de Dieu » ne la sauve des flammes. Pour Bois-Guilbert, cela signifie qu’il doit lutter à mort contre le sauveur de celle qu’il aime, et que sa victoire entraînera la mort de Rebecca. Gurth rapporte ces faits à Ivanhoé et Isaac de York le supplie d’intervenir. Tenant à peine sur ses jambes, Ivanhoé se présente dans la lice en champion de Rebecca ; lors du premier choc, Bois-Guilbert tombe à terre, terrassé non par la lance de son adversaire, mais par un arrêt du cœur. Richard Cœur de Lion survient, chasse les Templiers conspirateurs et bénit le mariage d’Ivanhoé avec Lady Rowena. Craignant des représailles antisémites, Isaac et Rebecca quittent prudemment l’Angleterre pour s’installer à Grenade, en Espagne mauresque.
Avec les personnages d’Isaac et de Rebecca, Walter Scott évoque (en montrant passablement de tolérance pour son époque) le sujet délicat de la condition juive en terre chrétienne d’Occident. Il prend toutefois plusieurs libertés avec l’Histoire : il réanime l’inimitié entre Saxons et Normands, depuis longtemps éteinte à l’époque de Richard Ier, mais qui devient ici un puissant levier dramatique. Scott, le premier, fait de Robin des Bois un noble déchu de ses terres, archer proscrit des Normands et un contemporain du roi Plantagenêt, alors que l’historiographie situait le légendaire « yeoman » deux siècles plus tard. La condamnation de Rebecca est un autre anachronisme : l’Église ne se mit à pourchasser les sorcières qu’à partir de la deuxième moitié du XIIIe siècle, et la peine de mort pour sorcellerie – la pendaison, pas le bûcher – ne commença à s’appliquer en Angleterre qu’au XIVe siècle, soit à la fin du Moyen Âge. La conspiration des Templiers est une obsession permanente et anachronique de Scott, qui repose sur une propagande anticléricale bien plus tardive, fabriquée initialement par Philippe le Bel pour justifier l’anéantissement de l’Ordre des moines-chevaliers (créé en 1120), la saisie de ses biens et le supplice de ses chefs en 1314. Quant au retour incognito de Richard Cœur de Lion sous l’identité du Chevalier Noir, c’est une aberration – et une invention de toutes pièces de l’écrivain. En réalité, Richard débarqua le 10 mars 1194 à Sandwich en compagnie de la reine-mère Aliénor d’Aquitaine, régente du royaume qui était parvenue à réunir une partie de sa rançon et était allée à sa rencontre en Rhénanie ; à Londres, mère et fils furent accueillis avec allégresse par le clergé et le peuple et reçus triomphalement dans la cathédrale de Saint-Paul. Le prince Jean séjournait à ce moment en France. Par la suite, Richard assiégea une à une les forteresses de son frère et lui interdit de remettre les pieds en Angleterre tant qu’il serait en vie. Mais qu’importe : Ivanhoe a pour sous-titre A Romance, ce qui est tout dire.
En 1862, Alexandre Dumas en signe la traduction française (due en réalité à sa maîtresse et collaboratrice Marie de Fernand), éditée en France à 20'800 exemplaires, ainsi qu’une adaptation théâtrale qui, elle, est restée inédite. William Makepeace Thackeray invente une suite au roman, Rebecca and Rowena (1850), une nouvelle satirique qui se moque de la passion de ses contemporains victoriens pour un Moyen Âge « embourgeoisé », décrit le mariage malheureux d’Ivanhoé avec la frigide et puritaine Lady Rowena et corrige Scott en réunissant le chevalier avec Rebecca. En 2003, Pierre Efratas imagine une suite, Le Destin d’Ivanhoé, qui se déroule sous Jean sans Terre, après la mort accidentelle du roi Richard. Signalons enfin que le roman de Scott a fait l’objet de 37 transpositions scéniques entre 1820 et 1913 (drames, musicals, burlesques), à commencer par Ivanhoe ; or, The Jew’s Daughter de Thomas Dibdin, suivi de Ivanhoe ; or, The Jew of York de W. T. Moncrieff, tous deux déjà en janvier 1820. En 1839, on reconstitue même le tournoi d’Ashby avec lances, armures et chevaux sur la scène de l’Astley’s Royal Amphitheatre of the Arts à Londres. Les opéra ne sont pas en reste, composés par Gioacchino Rossini (Ivanhoé, 1826), E. Deschamps et G. G. de Wailly (Ivanhoé, 1826), Heinrich Marschner (Der Templer und die Jüdin, 1829), Otto Nicolai (Il Templario, 1840), Bartolomeo Pisani (Rebecca, 1865), Sir Arthur Sullivan (Ivanhoe, 1891), ainsi qu’une cantate dramatique de Victor Sieg (Ivanhoé, 1864).
1913Ivanhoe /US : Rebecca the Jewess (GB) de Leedham Bantock
Frederick et Walter Melville Robbins/Zenith Film Ltd.-Big A Production-Lyceum Theatre Production, 6 bob./6000 ft./1944 m. – av. Lauderdale Maitland (Wilfred d’Ivanhoé), Edith Bracewell (Rebecca), Nancy Bevington (Lady Rowena), Hubert Carter (Isaac de York), Henry Lonsdale (Sir Brian de Bois-Gilbert), Austin Milroy (Sir Reginald Front-de-Bœuf), Allan Wilkie (Cedric le Saxon), Fred Morgan (le prince Jean), J. T. MacMillan (Gurth, le porcher), Fred Ingram (le bouffon Wamba the Witless), Norman Leyland (Athelstane de Coningsburgh), W. E. Hall (Maurice de Bracy), E. A. Warburton (Richard Cœur de Lion), Raymond Wood (Lucas de Beaumanoir, Grand Maître des Templiers), Maurice Smith (Claude Vipont), Frank Harvey (Will Locksley [=Robin Hood]), K. McBeane (Waldemar FitzUrse), Jerrold Manville (frère Aymer, prieur de l’abbaye de Jorvaulx), Allen Ellis (Philippe de Malvoisin), Richard Bode (Allan-a-Dale), Nancy Bevington (Elgitha, suivante de Rowena), John Milton (Much, le meunier), Fred Elsworthy (Conrad de Montfichet), Marjorie Battis (Sarah), Grace Lester (Ulrica Torquil Engelbrid, maîtresse de Front-de-Boeuf), Gustave et H. Sulliman (Abdul et Ahmed, esclaves de Front-de-Boeuf), Wally Bosco, Jack Bates.
Imprésarios et dramaturges gallois spécialisés dans le mélodrame populaire, les frères Frederick et Walter Melville Robbins ont rédigé une adaptation scénique assez fidèle du roman de Walter Scott qui restitue toutes les étapes canoniques du récit et qu’ils montent le 22 mai 1913 au Lyceum Theatre à Londres. Le succès de leur mise en scène (52 représentations) attire l’attention de la nouvelle Zenith Film Company (firme fondée cette même année). Aiguillonnée par l’annonce d’une production américaine (cf. infra) sur ce sujet sacré d’histoire nationale, la Zenith incite le Lyceum Theatre à prolonger sur le champ l’aventure à l’écran, en réutilisant la majorité des comédiens de la scène ainsi que leur maître d’armes Felix Gravé. La mise en scène est confiée à un acteur-réalisateur du West End londonien dont l’expérience cinématographique est maigre, Leedham Bantock. Le tournage se fait dans les nouveaux ateliers en verrière de la Zenith et des British Empire Films sur un terrain de Woodlands, une villa à Whetstone (au nord de Londres), et, pour les extérieurs, dans le Hertfordshire ainsi que dans les fortifications et sous les remparts de la Tour de Londres, avec une figuration assez importante ; décors, tentures et accessoires sont repris du théâtre. Le but est de devancer à tout prix les Américains. Le film, d’une longueur inhabituelle (6 bobines), sort en juillet à Londres, soit trois mois avant celui de Brenon (qui est plus ramassé : 4 bobines). La presse anglaise est plutôt laudative (ou chauvine ?), The London Daily Mail parle d’un « drame émouvant mis en scène avec un sens des effets très habile et une interprétation d’une rare vigueur », le London Daily Telegraph trouve la bande « pittoresque et passionnante », l’Evening Standard y voit un « régal dramatique bouleversant ». La critique américaine est plus réservée : elle vante l’interprétation d’Edith Bracewell, saisissante en Rebecca, mais relève la maladresse d’un script incompréhensible pour qui ne connaît pas le roman, l’invasion d’intertitres trop longs (il disparaissent avant que le spectateur ait fini de les lire) et la qualité inégale de la photo (Moving Picture World, 17.1.14). Ce qui peut expliquer pourquoi ce produit britannique ne peut tenir la comparaison avec la concurrence d’outre-Atlantique et sombre rapidement dans l’oubli (film aujourd’hui perdu).
L’image finale (à dr.) : Isaac de York (Herbert Brenon), Rebecca, Cedric le Saxon, son fils Ivanhoé et Rowena.
1913*Ivanhoe (Ivanhoé) (US) de Herbert Brenon
Carl Laemmle/Independent Moving Pictures Co. of America [IMP Film Co.], New York-Universal Film Mfg. Co., 4 bob./1070 m./52 min. – av. King Baggot (Wilfred d’Ivanhoé), Leah Baird (Rebecca), Herbert Brenon (Isaac de York), Evelyn Hope (Lady Rowena), Arthur Scott Craven (Richard Cœur de Lion), Walter Thomas (Robin of Locksley [=Robin Hood]), R. Holles (frère Tuck, l’ermite de Copmanhurst), George Courtenay (le prince Jean), Wallace Widdicombe (Sir Brian de Bois-Guilbert), Wallace Bosco (Cedric le Saxon), Helen Downing [=Mrs. Herbert Brenon-Oberg] (Elgitha, la suivante de Rowena), Jack Bates (Sir Reginald Front-de-Bœuf), William Calvert (le porcher Gurth), A. J. Charlwood (Athelstane de Coningsburgh, fiancé de Rowena), Maurice Norman (Wamba, le bouffon).
Le cinéaste Herbert Brenon, Irlandais né à Dublin, fils du journaliste, poète et politicien Edward St. John Brenon, est un des atouts les plus prometteurs de l’IMP Film Company à New York, la société subsidiaire de la Universal que dirige le pionnier Carl Laemmle. Homme cultivé et doté d’un sens visuel très prononcé, Brenon deviendra une des valeurs sûres du cinéma hollywoodien des années vingt, avec notamment son fameux Peter Pan de 1925. Il vient de se faire remarquer en mars 1913 grâce à une adaptation de Dr. Jekyll and Mr. Hyde, dans laquelle King Baggot brille dans le double rôle du titre ; Baggot, la première grande star masculine du cinéma muet (et futur réalisateur), a alors déjà plus de 120 films à son actif. En mai 1913, Brenon débarque en Angleterre avec l’intention de réaliser en quelques mois huit films entre Londres, Paris et Berlin pour le compte de Laemmle. Son deuxième, le plus ambitieux, dont il a lui-même rédigé le scénario et qu’il met en chantier en juillet, est Ivanhoé, que campe King Baggot (lui-même interprète Isaac de York). À cet effet, Brenon contacte le duc de Beaufort et lui loue pour un mois le château normand de Chepstow dans le Monmouthshire (pays de Galles) et le parc public adjacent qui lui servent de coulisse pour Rotherwood Hall (où vit le père d’Ivanhoé), Torquilstone et Tempelstowe (siège des Templiers) : le film, le plus long d’IMP avec une durée de presque une heure, est entièrement réalisé sur place en extérieurs.
Brenon a sérieusement resserré l’intrigue de Scott et éliminé l’épisode du tournoi d’Ashton, trop complexe sur le plan de la logistique : son Ivanhoé n’est pas blessé lors d’une joute, mais en défendant le vieil Isaac et sa fille Rebecca contre les arrogants Normands lorsqu’ils quittent le domaine paternel. Il n’est pas non plus capturé par Front-de-Bœuf ; il assiste impuissant à l’enlèvement d’Isaac et Rebecca, puis, secouru par Robin des Bois, il participe activement au siège du château-fort avec le roi Richard en Chevalier Noir. L’assaut de Torquilstone est habilement évoqué plus qu’illustré, le château du XIIe siècle étant partiellement délabré. En guise d’armée, Brenon a dévoyé pendant deux jours trois cents ouvriers de la fonderie locale (dans sa publicité, IMP mentionne deux mille figurants !) auxquels il fait traverser les ruines en courant et gesticulant dans tous les sens, l’épée au vent, tandis qu’une vingtaine de Templiers à cheval galopent sous les murailles et que quelques échelles sont plaquées sur un pan de rempart. Orchestrée par un montage très dynamique, alternant variations d’angles et de points de vue (plongées depuis les créneaux), l’agitation de la mêlée crée l’illusion nécessaire. L’action est même si réaliste que Baggot écope d’un coup (plat) d’épée au visage ; fâché avec Brenon, l’acteur renoncera aux autres projets sur le continent européen et retournera en Californie une fois le film en boîte. La condamnation de Rebecca donne lieu à un ultime moment de suspense : les bûches flambent déjà lorsqu’Ivanhoé surgit dans la lice, bousculant du pied les tisons enflammés avant de se mesurer à Bois-Guilbert et de le tuer. Ivanhoé sort le 11 septembre à Londres et le 22 aux Etats-Unis ; la critique vante unanimement la qualité du spectacle « à l’italienne » (sur le modèle des premiers films historiques romains) et l’adresse de la composition dramatique (qui utilise le montage parallèle, initié peu avant par Griffith). En Grande-Bretagne, le film est lancé simultanément dans 22 salles, où il récolte un succès mérité. – IT: Riccardo Cuor-di-Leone, DE: Ivanhoe.
1913Pimple's Ivanhoe (GB) de Fred Evans & Joe Evans
Série « Folly Comedies », Phoenix Film Company (Twickenham), 950 ft./310 m. – av. Fred Evans (Pimple).
Une parodie burlesque des deux versions d’Ivanhoé sortie cette même année, enregistrée en octobre 1913 au minuscule studio de Twickenham à Eel Pie Island (Richmond-upon-Thames). Fred Evans, comme son frère Joe, vient du music-hall. Il lance la série de Pimple en 1912, le visage blanchi comme un clown, le sourire narquois, et se spécialise dans la satire des spectacles ou événements à la mode, sketches co-écrits avec Joe. Il interprète ici un pèlerin revenu de Terre Sainte qui sauve une juive américaine des griffes d’un vilain chevalier.
Robert Taylor (Ivanhoé), Joan Fontaine (Lady Rowena) et Elizabeth Taylor (Rebecca) à la fin du film (1952).
1952***Ivanhoe / Sir Walter Scott’s Ivanhoe (Ivanhoé) (US/GB) de Richard Thorpe
Pandro S. Berman/Metro-Goldwyn-Mayer British, 106 min. – av. Robert Taylor (Wilfred d’Ivanhoé), Elizabeth Taylor (Rebecca), Joan Fontaine (Lady Rowena), George Sanders (Sir Brian de Bois-Guilbert), Guy Rolfe (prince Jean), Norman Wooland (Richard Cœur de Lion), Harold Warrender (Robert de Locksley [=Robin Hood]), Finlay Currie (Cedric de Rotherwood dit le Saxon), Felix Aylmer (Isaac de York), Francis De Wolff (Sir Reginald Front-de-Bœuf), Emlyn Williams (Wamba, l’écuyer), Robert Douglas (Sir Hugh de Bracy), Basil Sydney (Waldemar FitzUrse), Patrick Holt (Philippe de Malvoisin), Roderick Lovell (Ralph de Vipont), Sebastian Cabot (frère Tuck, l’ermite de Copmanhurst, bras droit de Robin Hood), May Hallatt (Elgitha, suivante de Rowena), Lonel Harris (Roger de Bermondsley), Michael Brennan (Baldwin), John Ruddock (Hundebert), Megs Jenkins (une servante de Rebecca).
Au lendemain de la guerre, la Grande-Bretagne, le marché le plus important d’Hollywood, a introduit des quotas d’importation rigoureux. Les nababs californiens décident de les contourner en transférant la production de certains films de prestige en Angleterre même (« runaway productions »), tout en libérant d’importants fonds gelés pour leur financement ; sont surtout concernés les sujets historiques, genre coûteux pour lequel le patrimoine architectural particulièrement riche d’outre-Manche, entouré de paysages idoines, tombe à pic. C’est ainsi qu’après presque quarante ans d’absence sur les écran, Ivanhoé refait surface. Les énormes crises sociopolitiques et économiques qui ont secoué l’Occident, la floraison de dictatures plébéiennes, le bellicisme revanchard, la Grande Dépression et le New Deal ont longtemps mobilisé les esprits aux antipodes de l’univers médiéval. Ce ne sont pourtant pas les tentatives qui ont manqué, en particulier à Hollywood. En 1935, la MGM a envisagé une version avec Fredric March (Ivanhoé), Loretta Young (Rowena) et Gary Cooper (Richard Cœur de Lion), projet en concurrence avec celui du producteur Walter Wanger pour la Paramount, qui envisageait Gary Cooper (Ivanhoé), Sylvia Sidney (Rebecca) et Madeleine Carroll (Rowena) sous la houlette de Henry Hathaway. En 1938/39, la MGM a remis la chose sur la table, cette fois avec Robert Taylor (Ivanhoé), Myrna Loy (Rowena), Luise Rainer (Rebecca), Clark Gable (Richard Cœur de Lion) et Wallace Beery, à filmer en Grande-Bretagne par la subsidiaire MGM British, mais les travaux préliminaires ont été stoppés en raison à l’imminence des hostilités en Europe.
Lorsque la MGM remet Ivanhoé sur le métier en 1946, le monde a changé et la firme au lion modifie radicalement son approche du texte de Scott. Les scénaristes chargés de la réécriture sont Marguerite Roberts et Waldo Salt, deux victimes du maccarthysme dont les noms « blacklistés » seront retirés du générique, Noel Langley, romancier et auteur dramatique sud-africain, et Aeneas MacKenzie ; ce dernier, un mercenaire versé dans le cinéma d’aventures de Curtiz et Walsh, a auparavant élaboré les grandes lignes du script pour la RKO. Finies les fariboles romanesques d’un retour incognito de Richard Cœur de Lion déguisé en Chevalier Noir, éliminé l’extravagant fiancé de Rowena, l’ivrogne Athelstane de Coningsburgh, ou le porcher Gurth ; c’est Ivanhoé lui-même qui dorénavant revêt une armure noire – emblème de la résistance saxonne dans un pays occupé par l’orgueilleux Normand -, et le tournoi d’Ashby est concentré sur une seule journée. Autre nouveauté : en ouverture du récit, le film reprend à son compte l’anecdote apparue vers 1250 et embellie au fil des siècles selon laquelle le fidèle ménestrel Blondel de Nesle, parcourant l’Europe à la recherche de son roi introuvable (ce qui est historiquement faux, son lieu de détention n’était pas un secret) l’aurait localisé en Basse-Autriche après avoir reconnu sa voix dans un donjon ; déguisé en trouvère, l’Ivanhoé du film obtient ainsi des informations vitales pour la libération de son suzerain. Or l’épisode ne figure pas dans le roman, pas plus que l’affaire de la rançon royale, qui n’est jamais mentionnée par Scott. On sait qu’afin de financer la Troisième Croisade, l’Angleterre fut traversée d’une vague de pogroms antisémites avec tueries et pillages systématiques des synagogues en 1189/90, soit au lendemain du couronnement de Richard Ier – et sur ses ordres. Le cinéma n’en a évidemment soufflé mot, mais suite à la Shoah et trois ans après la création de l’État d’Israël, les scénaristes se permettent d’évoquer – du bout des lèvres – les exactions du passé et le statut de la diaspora juive à travers le sort de la belle Rebecca, dont la mère a été tuée par les chrétiens et qui sera condamnée au bûcher pour « sorcellerie », ainsi que celui de son vieux père, Isaac de York (le script modère son avarice). C’est ce dernier – et non pas Robin des Bois (comme le voudrait la légende et Errol Flynn dans le film de 1938), ou la reine-mère Aliénor d’Aquitaine (comme l’attestent les historiens) – qui débloque une fortune considérable pour libérer le monarque, cumulant des contributions de toutes les communautés israélites du pays. « À condition », exige le banquier, « que Richard promette la justice à une race sans foyer ni patrie. » En 1947, le comité du Motion Picture Project américain, créé par le National Jewish Community Relations Advisory Council (NCRAC) afin de veiller à la bonne image des juifs à l’écran, a fait pression sur Hollywood pour modifier le portrait d’Isaac de York dès la première ébauche du scénario. Alors que Walter Scott fait d’Isaac un simple prêteur (dépeint avec sympathie, il est vrai) qui finance l’armure d’Ivanhoé, le film le transforme carrément en sauveur de la couronne d’Angleterre ; le nom d’Aliénor n’est jamais prononcé. « Pour chaque juif qui n’est pas un chrétien, je vous montrerai un chrétien qui n’est pas un chrétien », assène Wamba, l’écuyer du héros, à Bois-Guilbert.
Ayant appris qu’en 1850, le romancier William Makepeace Thackeray avait désapprouvé la conclusion du livre et traité Scott d’antisémite, le libéral Dore Schary, nouveau chef de la MGM, envisage même un moment le mariage d’Ivanhoé et de Rebecca, un happy-end avec la bénédiction du roi Richard ; la crainte d’irriter les inconditionnels de Scott et l’incongruité (sinon l’impossibilité) d’une telle union au XIIe siècle font que le studio renonce à trahir le livre. Le film montre brièvement Richard au début, enchaîné dans son cachot (autre légende : en réalité, sa détention se déroula dans un certain luxe et avec une relative liberté de déplacement), puis le fait réapparaître en épilogue-apothéose de la joute judiciaire qui sauve Rebecca, pour récompenser les sujets loyaux et confirmer sa promesse – toute virtuelle et ô combien fantasmatique ! – de protéger les juifs (qui furent pourtant tous expulsés d’Angleterre en 1290). L’engagement, on l’aura deviné, s’adresse à la Maison Blanche des années cinquante : l’Amérique victorieuse et surpuissante se veut dorénavant garante de la paix dans le monde. Et, comme le rappelle cet Ivanhoé américain en libérant Wamba, le bouffon de son père, de la servitude (il lui ôte son collier de fer), « avec le roi Richard, tous les Anglais seront libres » – un rappel de la lutte pour les droits civiques aux États-Unis. Mais le film étant fabriqué au Royaume-Uni, donc un produit hybride anglo-américain qui marque commercialement l’ouverture progressive d’Hollywood au marché international, il parle aussi d’héritage culturel anglais (architecture, paysages) et transforme Richard en suzerain éclairé de l’idéologie monarchiste. Les paysans-serfs du film ont tout à gagner s’ils se laissent libérer par une noblesse patriote et loyale à la monarchie « légitime », aspirant à restaurer un royaume uni et sans classes (sic). Le message s’adresse à une Angleterre encore marquée socialement par les pénuries de la guerre (tickets de rationnement) et où le parti travailliste devient une des principales forces politiques.
Il est cocasse de constater que le roi Richard (comme la cinquantaine de chevaliers qui le suivent) revient en Angleterre en arborant la croix rouge sur robe blanche de ses prétendus « ennemis mortels » (selon le roman), les Templiers, alors que, par ailleurs, le film ne fait aucune mention des moines-chevaliers. Pour Walter Scott, c’est la conspiration anachronique de Templiers fanatiques – coterie qu’il abhorrait – qui condamne la « mécréante » Rebecca au bûcher. Mais en pleine guerre froide, Hollywood ne peut noircir un ordre religieux sous peine de s’attirer l’ire de toutes les églises du continent, l’intervention musclée du Code Hays (d’obédience catholique) et une condamnation par le tonitruant cardinal Spellman. Exit donc Lucas de Beaumanoir, l’épouvantable Grand Maître de l’Ordre imaginé par Scott. A l’écran, la condamnation au bûcher est le seul fait de l’usurpateur Jean sans Terre, soit un acte politique et de vengeance personnelle afin de discréditer son frère, « ligué aux mécréants, larbin des juifs ». Le conseiller de Jean, FitzUrse, souffle à l’oreille du félon : « Dites au peuple que la sorcellerie se répand dans le royaume. Je sais bien que vous ne croyez pas aux sorcières, mais votre peuple y croit… » Rien de cela ne figure chez Scott. Impossible de ne pas lire dans cette procédure judiciaire truquée, avec ses faux témoignages et à laquelle personne n’a le courage de s’opposer, une allusion claire à la « chasse aux sorcières » qui sévit au même moment au Etats-Unis, cela d’autant plus que ce dialogue est de la plume du communiste Waldo Salt, rédigé avant son éviction de la production.
Le casting influence le script à son tour. Robert Taylor, sous contrat à la MGM depuis 1934, farouche anticommuniste (il a témoigné à charge contre le « péril rouge » en 1947) et au sommet de sa carrière depuis le récent Quo Vadis (1951), a été choisi pour incarner Ivanhoé, dont il reflète idéalement la supériorité intrinsèque, la droiture, la loyauté et le courage – à défaut de l’âge (41 ans). Il est hors de question qu’une blessure au tournoi cloue pareil héros sur une couche (comme c’est le cas chez Scott), aussi sa blessure guérit-elle en un rien de temps, de sorte qu’Ivanhoé, replacé au centre du récit, peut se battre vaillamment dans les trois-quarts restants du film et tuer Bois-Guilbert de ses propres mains (autre entorse au roman), lors d’un affrontement particulièrement haletant et brutal, hache contre fléau d’armes. Bois-Guilbert est magnifiquement campé par le sarcastique George Sanders, émouvant et nuancé dans son dilemme cornélien face à Ivanhoé : s’il meurt, son adorée Rebecca sera sauve, mais s’il gagne, celle qu’il est le seul à aimer sera brûlée vive sur le bûcher. La jeune Elizabeth Taylor, 19 ans, cheveux de jais, est une Rebecca voluptueusement touchante et d’une sensibilité troublante (quoique très loin de la vierge exotique et grandiose imaginée par Scott) ; elle remplace Ava Gardner qui a décliné le rôle. La douce Lady Rowena doit être jouée initialement par Margaret Leighton, puis par Deborah Kerr, partenaire de Taylor dans Quo Vadis. Mais, enceinte, celle-ci est contrainte de renoncer à la dernière minute et cède son rôle à Joan Fontaine qui donne au personnage une intensité inattendue. Comme il sied, la majorité des interprètes est d’origine britannique.
Producteur chevronné de The Hunchback of Notre Dame (Quasimodo) de William Dieterle (1939) à la RKO, puis de The Picture of Dorian Gray d’Albert Lewin (1945), de The Three Musketeers de George Sidney (1948) et de Madame Bovary de Vincente Minnelli (1949) à la MGM, Pandro S. Berman est déterminé à faire le film épique le plus spectaculaire jamais fabriqué en Grande-Bretagne, et de surcroît photographié en « glorious Technicolor » par Freddie Young (le futur chef-opérateur de Lawrence d’Arabie de David Lean). Mais il fait mieux : sans s’en douter, il préside à la création de ce qu’on peut appeler le paradigme du cinéma de chevalerie hollywoodien, établissant avec un succès total les topoï désormais incontournables de tout film médiéval : tournois, amour courtois, banquets, sièges de forteresses, jugement de Dieu effectués par un chevalier sans peur ni reproche. Chacun de ces « moments » est ici une réussite, perpétuant la convention du héros bondissant et finement moustachu déjà préfiguré par Errol Flynn dans les années 1930/40 (pour appuyer la filiation, le récit d’Ivanhoé inclut Robin des Bois). Richard Thorpe, artisan expéditif mais très efficace de films d’action et de diverses tarzaneries pour Johnny Weissmuller, est choisi comme metteur en scène, secondé pour les importantes séquences de combat par le légendaire stuntman Yakima Canutt ; le choix est payant, car la MGM fera à nouveau appel à Thorpe comme à Robert Taylor pour ses deux fresques médiévales suivantes, Knights of the Round Table (1953) et The Adentures of Quentin Durward (1955), et à Thorpe seul pour l’épatant The Prisoner of Zenda (1952). Roger K. Furse, le costumier oscarisé de Laurence Olivier sur Henry V (1944), Hamlet (1948) et plus tard Richard III (1955) est pris sous contrat.
Le siège de Torquilstone par les hommes de Robin des Bois, un modèle du genre.
 Comme déjà prévu en 1938, on tourne dans les studios d’Elstree, siège britannique de la MGM à Borehamwood, en dehors de Londres (de mi-juillet à septembre 1951). C’est sur les 48 hectares du terrain MGM British qu’est érigée la forteresse de Torquilstone, en dur et en grandeur nature, avec un fossé de six mètres de large et de trois mètres de profondeur ; sa construction a commencé fin 1950 déjà, sous la direction du décorateur anglo-allemand Alfred Junge (Black Narcissus de Powell et Pressburger). L’impressionnant édifice sera réutilisé dans Knights of the Round Table et dans The Dark Avenger/Le Prince noir de Henry Levin (1955). Le siège du château, une séquence de 30 minutes mobilisant près de 1000 figurants sous les ordres d’officiers britanniques, demeure un modèle du genre ; jamais auparavant un siège médiéval aura été représenté avec autant de flamboyance, d’entrain, de puissance et de détails. L’équipe de cascadeurs de Canutt est composée de vétérans de la Seconde Guerre mondiale rompus à tous les combats. Surgis des bois, les hors-la-loi de Robin Hood couvrent l’assaut de la place forte normande d’une pluie de flèches, tandis que la piétaille traverse le fossé sur des radeaux et qu’au sommet du donjon, Ivanhoé se débat contre ses bourreaux qui veulent le pendre. Les uniques extérieurs sont enregistrés en Écosse, au château de Doune à Stirling (la prison de Richard) ; une seconde équipe filme quelques paysages avec une doublure dans le Tyrol du sud (Burg Sprechenstein, Taufers) pour le prologue.
Le film est également emblématique dans la mesure où il introduit pour la première fois à l’écran le rituel complet du tournoi (Ashton), qui est ici un anachronisme flagrant, puisque ce type de passe d’armes à deux ne se codifiera que trois siècles plus tard et survivra jusqu’à l’accident mortel du roi Henri II en 1559 : la lice, la parade, le défi, les deux champions armés d’une lance de joute spécifique, la charge des cavaliers dans deux couloirs séparés par une toile. La somptuosité des costumes, les heaumes empanachés et les chevaux couverts de manteaux chamarrés renvoient également au XVe siècle, et leur voisinage avec des écus et autres éléments de costumes provenant du XIIIe siècle démontrent que nous avons à faire, comme pour tous les films subséquents, à une synthèse du Moyen Age plus qu’à une reconstitution rigoureuse. Le tournoi ainsi conçu semble d’ailleurs fait pour le cinéma, les adversaires clairement définis par leurs enjeux, leurs attributs et leurs couleurs, l’espace vigoureusement dynamisé, le montage serré, l’alternance avec la réaction dans les tribunes, etc.
Le panache de ces épisodes – admirablement soutenus par la musique romantique de Miklos Rozsa, « le grand tzigane wagnérien d’Hollywood » -, l’équilibre idéal entre émotion et action et le magnétisme des interprètes font oublier une mise en scène certes très compétente mais dépourvue d’imagination comme de lyrisme. Ayant condensé habilement une intrigue originale plus que filandreuse, la MGM livre la transposition la plus somptueuse et la plus réussie d’un roman de Walter Scott à l’écran. Le public réagit en conséquence et, enthousiaste, prend les salles d’assaut : les recettes mondiales atteignent près de 11 millions de $ (soit le triple des investissements de 3’842’000 $). Le film se place en deuxième position au box-office américain pour 1952, un triomphe pour la MGM qui connaît aussi son premier grand succès en Angleterre depuis l’avant-guerre. La première mondiale a lieu à Londres, le 17 juin 1952 à l’« Empire » à Leicester Square, en présence du duc d’Edinbourg et de la crème du cinéma britannique. Le parrainage n’est pas innocent : la famille des Windsor est alors imbriquée comme jamais auparavant dans une véritable avalanche audiovisuelle (actualités sur la mort de George VI, l’ascension d’Élisabeth II et sa première tournée dans le pays, les Royal Film Performances, etc.). En identifiant le roi Richard à la nation, le film est perçu comme un prologue extrêmement médiatique au couronnement de la future reine (juin 1953), doublé d’un discours subliminal à la fois identitaire et conservateur. Ivanhoé est présenté au festival de Venise et nominé trois fois aux Oscars (meilleur film de l’année, meilleure musique de Rozsa, meilleure photo de Young) ; Rozsa récolte une nomination au Golden Globe et Thorpe au Directors Guild of America Award. Le New York Times et Time Magazine classent le film parmi les dix meilleurs de l’année. Mais le plus beau compliment qu’on puisse adresser à l’œuvre est le fait qu’elle a suscité la vocation de plusieurs médiévistes français. Si Jacques Le Goff reconnaît sa dette envers le livre de Scott, qui a enchanté son enfance, Michel Pastoureau, Hervé Martin, Olivier Guyotjeannin ou Danièle Alexandre-Bidon ont reconnu s’être ouverts au Moyen Âge grâce au film matriciel de Richard Thorpe. Qui dit mieux ? – DE, AT : Ivanhoe, der schwarze Ritter, ES : Ivanhoe, el paladín del rey.
Le jeune Roger Moore (à dr.) fait des débuts remarqués dans la télésérie « Ivanhoe » (1958/59).
1958/59(tv) Ivanhoe (Ivanhoé) (GB/[US]) de Bernard Knowles (épis. 8-11,13-22,25), Lance Comfort (1,2,4-6,12,24), Pennington Richards (3,7,26,28,29,31,32,35,38,39), Arthur Crabtree (23,27,30,33,34,36,37) et David MacDonald (1)
Herbert Smith, Bernard Coote, Peter Rogers, Seymour Friedman/Sydney Box Television-Screen Gems Ltd. (Columbia Pictures)-ITV Network (ITV 5.1.58-7.5.59), 39 x 25 min. – av. Roger Moore (Wilfred d’Ivanhoé), Robert Brown (Gurth), John Pike (Bart, son fils), Peter Gilmore (Waldo Ivanhoé), Andrew Keir (le prince Jean), Bruce Seton (Richard Cœur de Lion), Phyllis Nelson-Terry (la reine-mère Aliénor d’Aquitaine), Norah Gorsen (Lady Rowena, fiancée d’Ivanhoé), Henry Vidon (Sir Cedric de Rotherwood, père d’Ivanhoé), Martin Wyldeck (Sir William of Bedford), John Bailey (Sir Maurice), Terence Longden (Sir Waldermar), Christopher Lee (Sir Otto), Derek Aylward (Sir Humphrey), Bruno Barnabe (Rinaldo), Ivan Craig (Blackheath), Alex Scott (Rufus), John Pertwee (Peter the Peddler), Ballad Berkely (Rand the Goldsmith), John Bailey (le baron Courcey), John Schlesinger (Jack Ludlowe), Joan Rice (Marcia), Jerry Verno (Gwain), Leonard Sachs (Lord Malvern), Michael David (Sir Damon), Jennifer Jayne (Lady Eleanor), John Warner (Dick O’Devon, le ménestrel), Patrick Holt (Sir Guilbert), Ann Sears (Donella), Rupert Davies (frère Gareth), Oliver Johnson (Lord Abbott), Martin Wyldeck (Sir Martin), Peggy Marshall (la veuve Woodcote), Michael Anderson (le prince Arthur), Arthur Gomez (le baron Tréville), Naomi Chance (Lady Maude), Bill Shine (Cedric le Simple), Wensley Pithey (le comte de Pembroke).
Précisons d’emblée : hormis le patronyme d’Ivanhoé et l’ancrage historique, il n’existe absolument aucun rapport entre cette télésérie et le roman de Walter Scott. Sire Ivanhoé de Rotherwood, un jeune noble idéaliste et courageux, tout de blanc vêtu, est un sujet loyal du « bon roi » Richard Coeur de Lion (enlisé en Terre Sainte, puis captif en Autriche). Il mène donc une lutte sans merci contre le vil prince Jean, l’usurpateur-tyran qui tente de faire main basse sur le trône de son frère et ses innombrables acolytes de l’aristocratie normande, tous plus crapuleux les uns que les autres. Assisté de Bart et Gurth, deux serfs condamnés à la pendaison qu’il a libérés pour en faire ses écuyers et compagnons d’aventures, Ivanhoé s’oppose avec vigueur et ingéniosité à la sarabande d’injustices, enlèvements, incarcérations, chantages, joutes truquées et machinations que les scénaristes s’épuisent à imaginer au cours des 39 épisodes.
Modeste mais mythique série en noir et blanc, écrite par Peter Rogers et tournée dès janvier 1957 dans les austères studios de Beaconsfield, aux ABC Studios à Elstree et en extérieurs dans les campagnes du Buckinghamshire ainsi qu’au Columbia Ranch en Californie (l’épisode pilote « Freeing the Serfs » est filmé en couleurs) ; les scénaristes américains exilés Waldo Salt et Michel Sayers, victimes du maccarthysme, rédigent plusieurs épisodes. A l’instar de Robin des Bois, leur Ivanhoé est à la fois un monarchiste légitimiste et le champion des déshérités dans un pays laissé à l’abandon, privé d’un pouvoir central fort et infesté de voleurs en tous genres. L’Angleterre est la proie d’une aristocratie égoïste qui écrase la paysannerie sous des taxes exorbitantes et des lois iniques. Pour assaisonner le brouet, le maître d’armes Peter Diamond réunit une cinquantaine d’épées, douze arcs et soixante lances, acquiert cinq chevaux (et en loue une trentaine). Roger Moore, futur James Bond nonchalant et autoparodique, y fait ses débuts en vedette à la chevelure gominée, pour enchaîner ensuite avec The Saint, le gentleman-cambrioleur créé par Leslie Charteris. Robert Brown (qui incarne son compère Gurth) retrouvera Moore dans les exploits de 007 en interprétant « M », le patron de James Bond, à partir de 1983. Parmi les guest stars, on découvre Christopher Lee (épis. « The German Knight ») et le futur cinéaste oscarisé John Schlesinger (épis. « The Masked Bandits »). En 1955, pendant neuf mois, Edgar G. Ulmer aurait participé à la préparation de la série (repérages). Une télésérie pour la jeunesse diffusée en Grande-Bretagne par ITV (le téléréseau concurrent et indépendant de la BBC depuis 1955) qui récolte un succès considérable tant en Europe qu’aux Etats-Unis : tous les petits garçons d’Occident se fabriquent des sabres en bois en piaillant la chanson du générique. La production a été est mise en chantier après le raz-de-marée « médiéval » de The Adventures of Robin Hood (1955-60) avec Richard Greene et de The Adventures of Sir Lancelot (1956/57), deux autres séries ITV. Pour nostalgiques et enfants attardés.
Episodes : 1. « Freeing the Serfs (La Libération des serfs) » – 2. « Slave Traders (Marchands d’esclaves) » – 3. « Wedding Cake (Le Gâteau de la mariée) » – 4. « Black Boar (Le Sanglier noir) » – 5. « Whipping Boy (Le Garçon au fouet) » – 6. « The Witness (Le Témoin) » – 7. « The German Knight » (Le Chevalier teuton) » – 8. « Face to Face (Face à face) » – 9. « Rinaldo (id.) » – 10. « Lyman the Pieman (Lyman le pâtissier) » – 11. « The Escape (Evasion) » – 12. « Ragen’s Forge (Le Bon Géant) » – 13. « The Ransom (La Rançon) » – 14. « The Prisoner in the Tower (Le Prisonnier de la tour) » – 15. « Murder at the Inn (Meurtres à l’auberge) » – 16. « Brothers in Arms » – 17. « The Weavers (Les Tisserands) » – 18. « Counterfeit (Les Faux-monnayeurs) » – 19. « The Widow of Woodcote » – 20. « The Kidnapping » – 21. « Treasures from Cathay » – 22. « By Hook or by Crook (Le Chantre de Maydale) » – 23. « The Double-Edged Sword » – 24. « Search for Gold » – 25. « The Masked Bandits (Le Bandit masqué) » – 26. « Freelance (Le Mercenaire) » – 27. « The Masons (Les Maîtres maçons) » – 28. « Arms and the Women (Femmes en armes) » – 29. « The Cattle Killers (Le Voleur de bétail) » – 30. « The Gentle Jester » – 31. « Three Days to Worcester » – 32. « The Night Raiders » – 33. « The Raven » – 34. « The Monk » – 35. « The Swindler » – 36. « The Princess » – 37. « The Fledging » – 38. « The Circus (Le Cirque) » – 39. « The Devil’s Dungeon (Le Donjon du diable) ». Certains de ces épisodes ont été réunis en un long métrage et exploités en salle, notamment en Espagne avec Aventuras de Ivanhoe : La espada de doble filo et El torneo de los valientes, films signés d’Arthur Crabtree.
1964La rivincita di Ivanhoe / La espada de Ivanhoe (La Revanche d'Ivanhoé) (IT/AR) d’Amerigo Anton [=Tanio Boccia]
Roberto Capitani, Néstor Gaffet/Tevere Film, 100 min./91 min. – av. Clyde Rogers [=Rik Van Nutter] (Wilfred d’Ivanhoé), Gilda Lousek (Lady Rowena de Stratford), Andrea Aureli (Bertrand de Hastings), Duilio Marzio (Cedric de Hastings, son père), Furio Meniconi (Thibault), Glauco Onorato (Lockey), Vladimiro Tuicovich (Redbourne), Arianna Gorini (Isabelle), Nando Tamberlani (le prieur de Wessex), Tullio Altamura (Wilfred Cox, le traître), Nerio Bernardi (Donald), Marco Pasquini (Sir Arthur de Stratford), Vladimiro Picciafuochi (Chester), Renato Terra (Tuck).
Synopsis : En 1199, à la mort de Richard Cœur de Lion, l’Angleterre tombe sous la domination de Jean sans Terre. En rentrant des Croisades, Ivanhoé est agressé par des soldats normands à la solde de Cedric de Hastings qui sont en train d’emmener prisonnier Arthur de Stratford pour contraindre sa sœur Lorena, la fiancée d’Ivanhoé, à épouser un homme de paille, Brian Gotwald. Cedric et son fils Bertrand, des proches de Jean sans Terre, cherchent ainsi à s’emparer ainsi des domaines des Stratford dans le Wessex. Ivanhoé et Arthur se réfugient dans les bois auprès de Thibault et de ses hors-la-loi, où ils sont indélogeables. Cedric accuse Lorena de complicité avec les rebelles, elle est soumise au « Jugement de Dieu ». Caché derrière son heaume, Ivanhoé la délivre en battant Bertrand de Hasting au tournoi. Les Normands la contraignent à épouser Gotwald, mais Ivanhoé surgit pendant la cérémonie de mariage et tue les Hastings. L’annonce de l’acceptation de la Grande Charte et l’abolition de tous les droits féodaux (sic) par le roi couronne l’événement, le peuple exulte. – Une variation aux situations stéréotypées, filmée en Eastmancolor et Techniscope sur les plateaux et terrains de Cinecittà. Exploitation uniquement régionale en Italie. - US : Revenge of Ivanhoe, DE : Die Rache des Ritters Ivanhoe, ES : La venganza de Ivanhoe.
1966[Animation : (tv) Ivanhoe (AU/US) de Leif Gram ; Walter J. Hucker/Air Pictures International Production (CBS 27.11.75), 48 min. – av. les voix de Alistar Duncan, Barbara Frawley, Chris Haywood, Helen Morse.]
1971® La spada normanna / Le Retour d'Ivanhoé / La espada normanda (IT/FR/ES) de Roberto Mauri. – av. Mark Damon (Ivanhoé), Luis Davila, Krista Nell, Aveline Federica. – Ivanhoé n’est pas ici le héros de Walter Scott, mais un chevalier normand de fantaisie, impliqué dans la guerre de succession que se livrent la petite-fille de Guillaume le Conquérant, Mathilde l’Emperesse, et son cousin, l’usurpateur Étienne de Blois (cf. chap. 2).
1970(tv) Ivanhoe (GB) de David Maloney
Campbell Logan, John McRae/BBCtv (BBC One 4.1.-8.3.70), 10 x 25 min. – av. Eric Flynn (Wilfred d’Ivanhoé), Anthony Bate (Sir Brian de Bois-Guilbert), Claire Jenkins (Lady Rowena), Bernard Horsfall (Richard Cœur de Lion), Tim Preece (le prince Jean), Vivian Brooks (Rebecca), John Franklin Robbins (Isaac de York), Clive Graham (Locksley/Robin Hood), Michael Brennan (Sir Reginald Front-de-Bœuf), Inigo Jackson (Athelstane de Coningsburgh), Jonathan Bury (Baldwin), Vernon Joyner (Albert de Malvoisin), Gladys Bacon (une vieille femme), Noel Coleman (Waldemar FitzUrse), Peter Dyneley (Cedric de Rotherwood), Graham Weston (Gurth, le porcher), Hugh Walters (Wamba, le bouffon), Kevin Brennan (le prieur Aymer), Bernard Horsfall (le Chevalier Noir), Roger Bizley (Maurice de Bracy), Eric Woofe (le précepteur), Napier Brown (Michael, le meunier), Anne Blake (Urfried), Esmond Webb (Oswald), Sylvia Burrows (Elgitha), Barry Linehan (le frère), Anthony Bate (un Templier), Andre Van Gyseghem (Lucas de Beaumanoir, le Grand Maître des Templiers).
Douze ans après la série fantaisiste d’ITV (téléréseau concurrent et indépendant) avec Roger Moore, la respectable BBC produit son propre Ivanhoé, un feuilleton en couleurs qui lui est non seulement très supérieur formellement mais qui colle, lui, rigoureusement à la trame de Walter Scott, production écrite par Alexander Baron (tournage entre décembre 1969 et février 1970). Le comédien et chanteur Eric Flynn y campe le chevalier saxon avec passablement de charme et de prestance (l’acteur sera emporté par un cancer à l’âge de 62 ans). Hélas, le feuilleton – qui fut chaudement accueilli par presse et public – semble aujourd’hui perdu, la BBC ayant négligé sa conservation (seuls cinq épisodes auraient survécu). – Episodes : 1. « Clash of Arms » – 2. « To the Death » – 3. « Unmasked » – 4. « Hunted » – 5. « The Hostage » – 6. « Condemned » – 7. « The Black Knight » – 8. « Tempelstowe » – 9. « Time of Trial » – 10. « Saint Martin’s Day ».
1986[Animation: (tv) Ivanhoe (AU) de Tim Brooke-Hunt, Tom Stacey; Burbank Films Australia, 55 min. – av. les voix de Lewis Fitz-Gerald (Ivanhoé), Nick Tate (Sir Cedric), Robert Coleby (Robin Hood), Liz Alexander, Simon Burke.]
Sir Brian de Bois-Guilbert (Sam Neill) et Ivanhoé (Anthony Andrews) se mesurent au tournoi d’Ashby (tv 1982).
1982*(tv) Ivanhoe (GB/US) de Douglas Camfield
Norman Rosemont, William Hill/Rosemont Productions Ltd.-TVM-Columbia Pictures Television (CBS 23.2.82), 142 min. – av. Anthony Andrews (Wilfred d’Ivanhoé), James Mason (Isaac de York), Sam Neill (Sir Brian de Bois-Guilbert), Olivia Hussey (Rebecca), Lysette Anthony (Lady Rowena), Michael Hordern (Sir Cedric de Rotherwood, dit le Saxon), Julian Glover (Richard Cœur de Lion), Ronald Pickup (prince Jean), David Robb (Robin of Locksley [=Robin Hood]), Anthony Haygarth (frère Tuck), Georges Innes (Wamba le bouffon), John Rhys-Davies (Sir Reginald Front-de-Bœuf), Stuart Wilson (Maurice de Bracy), Michael Gothard (Athelstane de Coningsburgh), Philip Locke (Lucas de Beaumanoir, Grand Maître des Templiers), Timothy Morand (le conseiller du prince Jean), Debbie Farrington (Alicia, sa fille), Kevin Stoney (Waldemar FitzUrse), Dean Harris (Philippe de Malvoisin), John Hallam (le héraut), Kenneth Gilbert (Marshall), Stewart Bevan (Edward), Geoffrey Veevers (Beaslin).
Ce premier téléfilm de long métrage consacré au roman de Walter Scott donne le beau rôle à Isaac de York qu’interprète avec une malicieuse bonhomie le grand James Mason ; il apparaît d’emblée dans le plan d’ouverture et dans les dernières images du film (lorsqu’il se rend avec sa fille en exil à Grenade, où ils seront en sécurité), soulignant ainsi l’importance donnée par le scénario aux préjugés religieux et raciaux dans l’Angleterre médiévale. Le prince Jean, apprend-on, a doublé la contribution annuelle des juifs (en revanche pas un mot ne tombe sur les terribles pogroms de son frère Richard pour financer sa croisade). « Hors de mon chemin, chiens et mécréants ! » s’exclame Cedric le Saxon en apercevant Isaac, et celui-ci de conclure amèrement en s’adressant à Ivanhoé qui vient de le sauver d’un guet-apens : « Saxons ou Normands, quelle différence ? Tu les appelles de braves chevaliers, moi je les appelle des voleurs. » La question se corse avec Rebecca, qui parvient un temps à tenir la libido de Bois-Guilbert à distance en menaçant de « révéler à toute l’Europe qu’il a péché avec une juive ». Le scénario de John Gay, qui respecte par ailleurs très sagement la trame du roman, se permet un écart timide mais révélateur lors d’une conversation apocryphe entre Ivanhoé et Rebecca, affairée à soigner ses plaies. Il parle de « gloire », de « chevalerie », de « sentiments chrétiens qu’elle ne peut connaître ». Elle lui répond qu’elle appartient « à une race qui n’écoute plus le son des trompettes ». – « Si j’étais de ta race, je te garderais et te choierais jusqu’à mon dernier jour, je ne t’oublierai jamais » répond Ivanhoé, sur quoi le couple échange deux chastes baisers et se sépare. Toute autre est la réaction de Bois-Guilbert, qui, lui, se dit prêt pour elle à renoncer à tout ce qui a fait sa vie, honneur, foi, serments. Dans le combat judiciaire final contre un Ivanhoé à terre, blessé et sans forces, le Templier hésite à frapper, jette un regard à Rebecca sur son bûcher, et cette hésitation à achever son ennemi épuisé lui coûte la vie, une vie qu’il sacrifie pour sauver celle qu’il aime.
Ces apports font la relative nouveauté de cette production très soignée, représentative des efforts qualitatifs du nabab de télévision new-yorkais Norman Rosemont, auquel on doit diverses adaptations littéraires de Dumas, Hugo, Kipling, Dickens, Remarque, etc. La mise en scène a été confiée à Douglas Camfield, réputé à la BBC pour avoir réalisé les 56 épisodes de la série culte Dr. Who (1963-1976) ; celui-ci redonne le rôle de Richard Cœur de Lion à Julian Glover qui avait déjà interprété le monarque dans cette même série en 1965. Le tournage se fait aux studios de Pinewood à Londres et dans le Northumberland, aux châteaux d’Alnwick pour Torquilstone et à celui de Bamburgh pour Rotherwood Hall. La première demi-heure est une indéniable réussite ; le tournoi d’Ashby est rendu avec une maestria qui n’a rien à envier à Hollywood, bariolé, efficace, nerveux, rythmé à souhait, mettant à mal destriers et cascadeurs. Sonné par le choc des armes, on en oublie les écus peints en aluminium, les faux bijoux, les couronnes en plastique. Par la suite, le film ne retrouve plus cette vigueur, et l’assaut de Torquilstone est un ratage. Si l’on reste séduit par la joliesse un peu superficielle de l’imagerie, l’interprétation laisse vite à désirer et tire l’entreprise vers le bas. Seul crédible (James Mason mis à part) : Sam Neill, un Irlandais de Nouvelle-Zélande (il percera dans Jurassic Parc de Steven Spielberg en 1993), qui campe un Bois-Guilbert glabre, élancé, élégant et d’une menaçante froideur, plus fourbe que George Sanders en 1951. Face à lui, l’Ivanhoé d’Anthony Andrews ne fait pas le poids, playboy juvénile et charmant ; Olivia Hussey (révélée par Franco Zeffirelli dans Romeo et Juliette en 1968) joue Rebecca en s’appliquant avec conviction mais sans réel impact émotionnel ; quant à la Lady Rowena de Lysette Anthony, c’est une poupée blonde d’une effarante insignifiance, toute en minauderies. Quelques apartés semi-comiques dans le camp de Robin Bois, les farces de frère Tuck, les grimaces de ce couard et ivrogne d’Athelstone (fiancé officiel de Rowena qui se fait passer un temps pour mort) rappellent que cet Ivanhoé d’honnête facture ne veut être autre chose qu’un divertissement tous publics. En Suède, le téléfilm acquiert un statut particulier : très populaire, il est diffusé chaque année aux fêtes de Noël.
Ivanhoé (Peteriss Gaoudynch) et le roi Richard (Romuald Ancans) dans « La Ballade du vaillant chevalier Ivanhoé » (1983).
1982/83Ballada o doblestnom rytsare Ayvengo (La Ballade du vaillant chevalier Ivanhoé) (SU) de Sergueï Tarassov
Mosfilm, 92 min. – av. Peteriss Gaoudynch (Wilfred d’Ivanhoé), Tamara Akoulova (Lady Rowena), Boris Khimitchev (Sir Brian de Bois-Guilbert), Leonid Koulaguine (Cedric le Saxon), Boris Khmelnitski (Robin Hood), Romualds Antsans (Richard Cœur de Lion), Yuri Smirnov (frère Tuck), Aleksandr Filippenko (Wamba le bouffon), Vitautas Tomkus (Sir Reginald Front-de-Bœuf), Algimantas Masiulis (prince Jean), Maya Bulgakova (Ulrica, maîtresse de Front-de-Boeuf), Nikolaï Dupak (le prieur Aymer), Hariy Shveyts (Gilles, le geôlier), Aleksey Kolesnik (Jacques), Oleg Fedulov, Vladimir Talashko, Vitaly Zdorovetskiy, Vitaly Belyakov, Victor Vukol, Alex Konyashin, Mikhail Rozanov, Sergueï Tarassov (un hors-la-loi de Sherwood), [coupés au montage : Gregory Lampe (Isaac de York) et Marina Libakova-Livanov (Rebecca, sa fille)].
Sergueï Tarassov, artisan besogneux de films soviétiques pour la jeunesse, a signé La Flèche de Robin des Bois en 1975, et, pour rester dans le Moyen Âge, réalisera encore La Flèche noire d’après R. L. Stevenson (1985), suivi de Les Aventures de Quentin Durward, à nouveau d’après Walter Scott (1988). Hélas, toujours avec un égal manque de nerf, d’humour, de fantaisie et de rythme. Son Ivanhoé est tourné en Sovcolor aux studios de la Mosfilm à Moscou et en Ukraine devant l’immense forteresse moldave de Khotyn (XVe siècle). L’Encyclopédie Le costume, l’armure et les armes au temps de la chevalerie (1977) de Liliane et Fred Funcken, auteurs belges de bande dessinée (Le Chevalier blanc) spécialisés dans l’uniformologie a servi de référence pour les reconstitutions. Tarassov intègre à son récit quatre des six ballades écrites pour son Robin des Bois de 1975 par le poète-chansonnier contestataire Vladimir Vysotsky, l’époux de Marina Vlady décédé en 1980, et que la censure de Kossyguine avait coupées. Boris Khmelnitski, vedette du film de 1975, rejoue le légendaire archer de Sherwood.
Écrite par Leonid Nekhoroshev, cette version présente plusieurs remaniements. Au commencement, en route pour le tournoi d’Ashby, un groupe de Templiers commandé par Bois-Guilbert est accueilli par Cedric le Saxon autour d’un grand feu nocturne en plein air, ripaille campagnarde à laquelle se joignent Rowena et, discrètement, Ivanhoé caché sous son capuchon de pèlerin. Tout en vantant le rôle des Templiers en Terre Sainte, Bois-Guilbert affirme haut et fort qu’Ivanhoé est un traître à la couronne et que c’est lui qui aurait livré le roi aux Autrichiens, ficelé avec son propre ceinturon. Suivent le tournoi d’Ashby en présence du prince Jean, où le mystérieux Chevalier Noir (le roi incognito) prête main forte au héros « desdichado (déshérité) », suivi de l’enlèvement des Saxons et du siège de Torquilstone au cours duquel le Chevalier Noir prend d’assaut l’entrée du château et blesse mortellement Front-de-Bœuf à la hache ; Ulrica Torquil Engelbrid, la maîtresse contrainte de ce dernier et la fille de l’ancien propriétaire des lieux, force l’agonisant à avouer ses crimes envers sa famille, incendie le donjon puis le laisse périr dans les flammes. Il est intéressant de constater qu’Isaac de York et sa fille Rebecca, quoique présents dans la fiche technique originale (interprétés par Gregory Lampe et Marina Libakova-Livanov), ont disparu dans la copie finale et que toute la problématique juive est passée sous silence, probablement pour des raisons d’opportunisme politique (Israël soutenu par les Etats-Unis). C’est à présent de Rowena que Bois-Guilbert est fou amoureux (et non de Rebecca), c’est pour elle qu’il s’est battu à Ashton. L’accusation de sorcellerie par les Templiers comme le tournoi judiciaire final passent à la trappe. Lors des échauffourées à Torquilstone, Bois-Guilbert tente de fuir en prenant Rowena comme otage, mais Ivanhoé s’interpose, le terrasse et le livre au roi. Celui-ci réunit tous les combattants dans une clairière à proximité du château, révèle son identité et rend justice. Ivanhoé parvient à prouver à Richard Cœur de Lion qu’il a été calomnié et diffamé par Bois-Guilbert, et que c’est ce dernier qui a manigancé la capture du roi sur ordre du prince Jean. Richard ne fait pas exécuter le traître mais le chasse de son royaume (« le lion ne mange pas de charogne »), blanchit Robin des Bois (qui refuse d’entrer à son service) pour ses années de braconnages et arrange le mariage d’Ivanhoé.
Le film tel quel a attiré 28,4 millions de spectateurs en URSS. On ne peut qu’en déduire que le public en pays communiste est peu exigeant ou peu choyé, car malgré quelques moyens (une centaine de figurants, des costumes convaincants) et des comédiens plaisants, les séquences de tournois sont répétitives et d’une lenteur éprouvante, la musique électronique est inadéquate et, à l’instar de la télévision, la caméra se contente de zoomer au lieu de se déplacer. En 1999, le film sort en vidéo aux USA chez TriStar International, en anglais, sans mention du réalisateur et avec des noms d’acteurs fictifs : John Haverson (Ivanhoé), Rita Shaver (Rowena), Clifton Brady, Sarah Parker, Robert O’Toole, ce qui perturbe plus d’un filmographe ! – DE-RDA : Die Ballade vom tapferen Ritter Ivanhoe, US (vd) : The Legend of Ivanhoe.
1995(tv) Young Ivanhoe (CA/FR/BE) de Ralph L. Thomas
Fred Weintraub, Tom Kuhn, Nicolas Clermont/Filmline International Inc.-Images Television International-Screen Partners Ltd. (The Movie Network [CA] 3.7.95), 96 min. – av. Kris Holden-Ried (Wilfred d’Ivanhoé), Stacy Keach (Pembrooke), Margot Kidder (Lady Margarite), Nick Mancuso (le baron De Bourget), Rachel Blanchard (Lady Rowena), Matthew Daniels (frère Tuck), Tom Rack (Edward), Ian Falconer (prince Jean), Marek Vasut (Richard Cœur de Lion), James Bradford (Cedric le Saxon, père d’Ivanhoé), Louise Vincent (Duenna), Gavin Stewart (Hewlitt), Heather Ondersma (Gretchen).
Synopsis : Tandis que Richard Coeur de Lion combat en Terre Sainte, le prince Jean s’empare du trône. Le cruel baron normand De Bourget, son allié, opprime ses sujets. Fils de Cedric le Saxon, Ivanhoé, un jeune homme espiègle et impétueux, a pour meilleur ami le fils du cuisinier du château, le grassouillet Tuck (le futur frère Tuck) ; Pembrooke, le maître d’armes, leur enseigne les arts martiaux. Ivanhoé s’éprend de la belle princesse saxonne Rowena, une descendante directe du roi Alfred (sic) retournée en Angleterre pour venger le meurtre de son père, assassinat commis par De Bourget. Lady Margarite, la concubine du félon, convainc ce dernier d’épouser puis de faire disparaître la princesse, et acquérir ainsi de vastes territoires saxons. De Bourget garde Cedric en otage dans sa forteresse et lorsque Tuck est arrêté et Rowena séquestrée, Ivanhoé se rebelle. Un mystérieux Chevalier Noir (le roi Richard) arrive à la rescousse et ensemble avec Ivanhoé et la bande de Robin des Bois, ils organisent la résistance pour contrecarrer les plans de Bourget. - Un petit téléfilm fauché, tourné dans la bonne humeur en République tchèque et au Québec, et dont les scénaristes font feu de tout bois, sans le moindre souci d’historicité ou de vraisemblance. Les débuts de l’acteur canadien Kristen Holden-Ried. - DE : Ivanhoe, der junge Ritter, IT : Il giovane Ivanhoe.
Bois-Guilbert (Ciarán Hinds) et son ennemi mortel, Ivanhoé (Steven Waddington).
1997**(tv) Ivanhoe / Sir Walter Scott’s Ivanhoe (GB/US) de Stuart Orme
Jeremy Gwilt, Kevan Van Thompson, Chris Parr/BBC Television (London)-Arts & Entertainment (New York) (BBC One 12.1.-19.2.97), 6 x 55 min. – av. Steven Waddington (Wilfred d’Ivanhoé), Ciarán Hinds (Sir Brian de Bois-Guilbert), Victoria Smurfit (Lady Rowena), James Cosmo (Cedric de Rotherwood, dit le Saxon), Ralph Brown (prince Jean), Susan Lynch (Rebecca), David Horovitch (Isaac de York), Siân Phillips (la reine-mère Aliénor d’Aquitaine), Rory Edwards (Richard Cœur de Lion), Aden Gillett (Robin of Locksley [Robin Hood]), Ron Donachie (frère Tuck), David Nicholls (Little John), Christopher Lee (Lucas de Beaumanoir, Grand Maître des Templiers), Roger Ashton-Griffiths (le prieur Aymer), Nick Brimble (Sir Reginald Front-de-Bœuf), Jimmy Chisholm (Wamba, le bouffon), Trevor Cooper (Gurth, le porcher), David Graham (Nathan Ben Israel), Valentine Pelka (Maurice de Bracy), Chris Walker (Athelstane de Coningsburgh), Ronald Pickup (Waldemar FitzUrse), Simon Donald (Louis Winkelbrand), David Barrass (Hubert), Jack Klaff (Albert de Malvoisin), Niven Boyd (Oswald), Dermot Keaney (frère Ambrose), Cynthia Grenville (Elgitha, suivante de Rowena), Ciaran Madden (Urfried), Peter Guinness (Conrad de Montfichet), Patrick Baladi (Joseph), Ken Kitson (Henry Bohun), Rosalind Knight (Edith [=Ulrica Torquil Engelbrid]).
Avec cette deuxième télésérie consacrée au preux Ivanhoé (après celle de 1970), la BBC livre non seulement une adaptation relativement fidèle du long roman de Walter Scott à l’écran, mais aussi sa transposition la plus aboutie, la plus convaincante depuis le film MGM de 1952. L’intrigue développée par Deborah Cook dure presque six heures, intégrant tous les épisodes connus du texte, y compris le concours des archers où se distingue Robin des Bois, la fausse mort d’Athelstane (le fiancé officiel de Rowena) ou la vaine tentative de Bois-Guilbert de s’échapper en France avec Rebecca, protégé par ses compagnons Templiers et à l’insu de leur Grand Maître ; d’autres chapitres sont inventés, comme la tentative d’assassinat manquée du prince Jean sur son frère Richard (épis. 5) qui coûte la vie à son complice Waldemar FitzUrse (fils de l’assassin de Becket), ou les accusations de trahison portées contre Ivanhoé par Bois-Guilbert en Terre Sainte, puis la torture que ce dernier fait vainement subir au héros à Vienne afin qu’il révèle la cachette de Richard (séquence d’ouverture du feuilleton).
D’entente avec sa scénariste, le téléaste britannique Stuart Orme – qui s’est fait remarquer au cinéma en 1994 à travers l’angoissant The Puppet Masters (Les Maîtres du monde), film de science-fiction tiré de l’œuvre de Robert A. Heinlein – a opté pour une approche hyperréaliste, brutale même, un spectacle plein de faciès hirsutes, de boue et de sang, déconseillé aux enfants. Ses joutes – notamment la seconde d’Ashby – n’ont rien de chevaleresque, ce sont des mêlées vicieuses et rageuses, et il faut la carrure musclée d’un Warren Waddington pour y survivre. C’est un Moyen Âge âpre, sans flamboyance, tantôt noble, tantôt cruel, représenté en costumes et armements usés, sales, nettement plus authentiques que d’habitude (sur ce point, on surpasse même le film de Richard Thorpe). Des films historiques récents tels que Braveheart de Mel Gibson ou Rob Roy de Michael Caton-Jones (sortis en 1995) ont modifié la donne et placé la barre plus haut. La production a vu grand, même si le budget est serré (pas de vedettes), car outre le tournage en studio à Pinewood (juillet-automne 1996), on n’a pas lésiné sur les déplacements : Ashride (Buckinghamshire), Aydon Castle à Corbridge (Northumberland), Hedingham Castle à Essex (la résidence du prince Jean), le Golden Valley d’Ashridge Park dans le Hertfordshire (le tournoi d’Ashby), les Moors du Yorkshire septentrional, et tout particulièrement en Écosse, à Blackness Castle dans le West Lothian (pour Torquilstone et le tournoi judiciaire à Tempelstowe), à Doune Castle près de Falkirk (Écosse) et à Craigmillar Castle (Edinbourg), un ensemble d’extérieurs humides, venteux et froids mais pittoresques et variés. Lors de l’assaut de Torquilstone, un millier de clansmen écossais (déjà rodés sur Braveheart) font de la figuration saxonne ou normande et s’en donnent à cœur joie, avec une énergie guerrière peu courante dans le cinéma de reconstitution. La prise du château-fort donne lieu à quelques scènes particulièrement rudes : Front-de-Bœuf, le ventre ouvert, gît ensanglanté dans le donjon quand sa concubine (dont il avait trucidé les parents) se présente comme son Ange de la Mort, incendie les lieux et fait littéralement rôtir la brute hurlante dans les flammes ; piégés dans le brasier, Ivanhoé et Rebecca échappent de peu au même sort.
Le casting est, pour une fois, une totale réussite. Steven Waddington, découvert par le grand public dans The Last of the Mohicans de Michael Mann cinq ans plus tôt (rôle du major Duncan Hayward), possède l’envergure martiale du chevalier, et, détail amusant, il incarnera par deux fois Richard Cœur de Lion à la télévision britannique (dans la série Robin Hood en 2006 et le docu-fiction Richard the Lionheart en 2007). Mais blessé ou absent pendant un tiers du film (comme dans le roman), son Ivanhoé est quelque peu relégué dans l’ombre par le plus charismatique Bois-Guilbert de Ciarán Hinds, l’anti-héros obsédé, le rustre pathétique, fou d’amour pour Rebecca (l’Irlandais excellera plus tard en Jules César dans la série Rome et en Mance Rayder dans Game of Thrones). En expirant, il souffle à Rebecca : « Je n’étais pas assez courageux pour mourir pour Richard, mais pour toi… » Quant à Christopher Lee, délaissant Dracula, il fait un Grand Maître de l’Ordre des Templiers particulièrement sinistre, fourbe, zélote fanatique, antisémite et misogyne, pressé de voir éradiquer la « sorcière juive » ou toute autre engeance « infectieuse » qui tournerait la tête de ses moines-soldats (« combien faudra-t-il encore en brûler ? ») ; lorsqu’Ivanhoé achève Bois-Guilbert en duel judiciaire, il hurle hors de lui à ses Templiers : « Tuez-le ! », mais les archers de Robin des Bois surgissent à temps pour empêcher l’assassinat.
Les têtes couronnées en prennent aussi pour leur grade. Ivanhoé regrette le comportement « bestial » du roi Richard à Saint Jean d’Acre (où il a fait massacrer tous les prisonniers musulmans). Jean, le cadet, n’a rien d’un usurpateur caricatural, c’est une nature fêlée, timide, dépourvue de conscience, impie, parfaitement crédible et banale dans son amoralité. Débarquée de France pour rétablir la paix familiale, la reine-mère Aliénor d’Aquitaine tance ses deux rejetons, des « nigauds décervelés », leur reprochant d’attiser stupidement le conflit endémique entre Normands et Saxons : « Je n’ai aucune patience avec les faibles, les vaniteux et les débauchés ! » Puis en s’adressant à Richard en particulier : « Combien de temps as-tu passé en Angleterre depuis que tu t’es emparé du trône ? Trois mois. Jean est peut-être un misérable avorton, mais au moins, il était sur place, il a préservé le pays de la banqueroute et l’a sorti du chaos dans lequel tu l’avais plongé. Toi et ton frère, vous n’êtes que les deux faces d’une fausse pièce de monnaie, vous êtes veules, stupides et égoïstes. A présent, embrassez-vous. » Ce sont un ton et des propos rarement entendus dans ce genre de films et Aliénor apparaît en quelques tirades comme une maîtresse-femme de haute tenue, très loin de la « légende noire » que lui ont brodée les chroniqueurs francs.
Aliénor d’Aquitaine (Siân Phillips) tance violemment ses deux fils, Jean (Ralph Brown) et Richard (Rory Edwards).
 Il a fallu nécessairement réécrire certains passages du roman pour rendre la psychologie du trio Ivanhoé-Rebecca-Rowena plus vraisemblable, plus accessible à un public contemporain tout en évitant de blesser les sensibilités juives (et se voir refuser la participation américaine d’Arts & Entertainment). Un des atouts majeurs de cette série est l’Irlandaise Susan Lynch qui fait une Rebecca subtile, émouvante et d’une intelligence supérieure. Ivanhoé est fasciné par la vivacité et l’intensité brûlante de cette femme qui lui sauve la vie (elle guérit ses plaies par l’acupuncture, entre autres) et sait tenir tête à son géniteur sans l’humilier ; les deux s’avouent leur égarement coupable, s’embrassent passionnément tout en étant conscients de la folie de leur comportement (« C’est contre ma religion… » – « Contre la mienne aussi »). Devant la dépouille de Bois-Guilbert elle implore Ivanhoé de pardonner à son ennemi mort pour retrouver sa paix intérieure et accepter son destin, c’est-à-dire leur inévitable séparation. En montrant un héros amoureux de deux femmes, l’une juive, l’autre chrétienne, Ivanhoé est devenu « politiquement correct », mais historiquement incorrect, et périlleux sur le plan intime. Le scénario est donc contraint d’expliquer la préférence finale du héros pour Lady Rowena en accentuant fortement la personnalité, la vivacité d’esprit et la forte tête de cette dernière (des traits absents chez Scott). Cependant, après le mariage, Lady Rowena reste taraudée par la jalousie ; Rebecca prend congé d’elle en lui jurant sur la Bible qu’il n’y a jamais rien eu entre elle et son époux. Un mensonge pieux qu’elle avoue à son père en route pour l’Espagne, et que celui-ci balaie d’un sourire entendu.
Paradoxalement, l’unique faiblesse de cette production est sa fidélité à Scott, et par conséquent sa durée (qui inclut des épisodes superflus, comme le combat au bâton entre le porcher Gurth et Little John dans la forêt de Sherwood), quoique cette exhaustivité n’handicape jamais le suspense très réel du récit. La sortie de cette série – fort bien accueillie en pays anglo-saxon mais hélas inédite ailleurs – court-circuite un projet concurrentiel de Merlin Films et Davis Films, un Ivanhoé fabriqué par Brian Grant avec Vincent Perez dans le rôle-titre, et à tourner aux studios Concorde Anois Teoranta de Roger Corman à Tully-Galway, dans le Connemara (été 1997) ; de coûteux décors y sont érigés, mais Perez fait faux bond. Une perte ?
1997[Animation : (tv) Ivanhoe, King’s Knight / Ivanhoé, le chevalier du roi (FR/CA) d’Alain Sion ; Christophe Izard/CINAR-France Animation-Ravensburger Film & TV, 52 x 26 min. – av. les voix de Gérard Rinaldi (Ivanhoé), Dorothée Jemma (Lady Rowena), Sylvie Jacob (Rebecca), Benoît Allemane (Front-de-Boeuf), Marc Bretonnière (Bois-Guilbert), Bernard Tiphaine (le prince Jean).]
2000-2001(tv) Dark Knight (La Légende d’Ivanhoé) (GB/NZ) de Mark Ezra, Terry Marcel, Michael Scott Smith, Harley Cokeliss, Declan Eames, Keith Claxton et John Reid
Terry Marcel, Joseph D’Morais, Harley Cokeliss, Clive Waldron/Dark Knight Production Ltd.-Palana Productions Ltd.-TVNZ (Channel Five 1.7.00-10.2.02), 120 min. + 24 x 60 min. – av. Ben Pullen (Sir Ivanhoe of Rotherwood), Charlotte Comer (Rebecca), Marama Jackson (Lady Rowena), Cameron Rhodes (le prince Jean), Bernard Kearns (Cedric of Rotherwood, père d’Ivanhoé), Helen Moulder (la reine Aliénor d’Aquitaine), Burt Turner (Richard Cœur de Lion), Adam Brookfield (Tancrède), Anna Hewlett (la mère d’Ivanhoé), Petajon Sisson (Gurth), John Bach (baron Du Bois), Joanne Mildenhall (Morgan Le Fay), Dwayne Cameron (Mordred), Peter O’Farrell (le nain Odo), Todd Rippon (Falco), Michael Balcon (frère Roger Bacon, alchimiste), Jeffrey Thomas (le magicien Mordour), Desmond Kelly (le druide Fingal), Adam Brookfield (Tancred), Dwayne Cameron (Mordred).
La faveur d’Ivanhoé auprès des jeunes décline avec le tournant du millénaire : le preux chevalier est supplanté par des héros plus tape-à-l’œil, tournés vers le futur ou le fantastique. Certes, le pilote de cette série filmée à Wellington, en Nouvelle-Zélande (réal.: Terry Marcel, 120 min.), reprend la situation de base du roman de Scott, avec Richard Cœur de Lion captif en Autriche et le prince Jean trônant dans sa forteresse de Torquilstone (sic). Mais ce dernier est flanqué d’un magicien nécroman, Mordour, contre lequel Ivanhoé, revenu de Terre Sainte pour rassembler la rançon royale, doit se défendre avec l’aide du druide Fingal. Les épisodes suivants dérapent vite dans le n’importe-quoi (à l’instar des aventures néo-zélandaises de Hercule et de Xenia), dans un brouet confus de sorciers, de monstres, de vampires, de momie rescussitée (ramenée de Terre Sainte, voyons), puis de trésor du roi Arthur caché par Merlin, enfin des ennemis d’Arthur, son fils incestueux Mordred et la fée maléfique Morgane à la recherche d’Excalibur. Pour incultes de tout âge.
Episodes : 1. « Dark Knight » (pilote) – 2. « Marjan the Magnificent » – 3. « King of the Woods » – 4. « Ultimate Sword » – 5. « Spellbound » – 6. « Games Master » – 7. « Possessor » – 8. « Deadly Assassins » – 9. « Golden Bird » – 10. « Dragon Singer » – 11. « High Elf » – 12. « Stolen Souls » – 13. « Boneman » – 14. « Puppet Master » – 15. « Damned » – 16. « The Claw » – 17. « Black Tree » – 18. « Kha » – 19. « Stormguard » – 20. « Shadowraiths » – 21. « Streng » – 22. « Thunderknights » – 23. « Scorpion » – 24. « Stonegod » – 25. « Shameer ». – US (vd) : Fantasy Quest.