II - LE ROYAUME D’ANGLETERRE

Henry II Plantagenêt (Peter O’Toole) et son chancelier et ami Thomas Becket (Richard Burton) dans « Becket » (1964).

3. HENRY II ET L’EXPANSION DE L’EMPIRE PLANTAGENÊT (1154 / 1189)

Né en 1133, HENRY II est l’arrière-petit-fils de Guillaume le Conquérant, fils de Geoffroy V Plantagenêt et de Mathilde l’Emperesse, comte d’Anjou et du Maine. Il devient duc de Normandie à l’âge de 17 ans. En mai 1152, au grand scandale de la cour, il épouse la duchesse ALIÉNOR D’AQUITAINE (v. 1122-1204), un des plus beaux partis du continent dont le mariage avec le roi Louis VII de France a été annulé huit semaines auparavant. Ayant contraint son oncle Étienne de Blois à le reconnaître pour héritier et investi du trône en 1154, Henry II Plantagenêt devient roi d’Angleterre. Il réussit en l’espace d’une dizaine d’années à concentrer entre ses mains de nombreux territoires : en 1154, il domine le royaume anglo-écossais, la moitié orientale de l’Irlande, le duché de Normandie, le comté d’Anjou, le comté du Maine, le comté de Poitou et le duché d’Aquitaine. La dynastie angevine des Plantagenêts est désormais maître d’un empire anglo-français (« Channel State ») qui qui a surtout cour à Angers et Chinon, s’étend de l’Écosse aux Pyrénées et menace de son hégémonie le royaume des Francs. Premier souverain Plantagenêt, Henry II règne trente-cinq ans, mais en un demi-siècle, son empire va rapidement s’affaiblir suite à d’interminables luttes de succession et de conflits ouverts avec la dynastie capétienne française. La mort de son fils, Richard Cœur de Lion, en 1199 permettra à Philippe II Auguste de mettre un terme à la domination des Plantagenêts dans l’ouest de la France, terme marqué par la conquête de la Normandie en 1204.
Énergique, brutal, indomptable, rageur, mais rusé et brillant calculateur, Henry II recrute des clercs comme collaborateurs et ébauche une administration centrale pourvue d’un système judiciaire qui lui permet de substituer la loi à la justice féodale. Sa volonté d’accroître le contrôle royal sur l’Église d’Angleterre provoque la rupture avec son ami THOMAS BECKET (1118-1170), nommé Chancelier de l’Échiquier (ministre chargé des finances et du trésor), puis consacré archevêque primat de Canterbury. Dès 1162, Becket veut libérer l’Église des limitations mêmes qu’il avait contribué à faire appliquer en tant que chancelier, c’est-à-dire son exemption complète de toute juridiction civile, avec un contrôle exclusif de sa propre juridiction par le clergé et l’acquisition et la sécurité de la propriété comme un fonds indépendant. Se sentant menacé, il part en exil volontaire sur le continent en 1164. Le pape Alexandre II lui accorde son soutien, mais tergiverse quant à la menace d’excommunication du roi. En 1170, la paix est conclue entre les deux partis, et Becket rentre en Angleterre ; incité par ses partisans, Henry II refuse toutefois de rendre les propriétés ecclésiastiques qu’il avait saisies, le conflit s’envenime à nouveau. Exaspéré, le roi laisse entendre qu’il souhaiterait la mort de Becket ; quatre chevaliers anglo-normands assassinent l’archevêque près de l’autel de la cathédrale de Canterbury le 29 décembre 1170. Henry II fait pénitence publique sur la tombe de son adversaire, mais le meurtre horrifie la chrétienté et entache tout son règne. Alors qu’il n’avait jamais été très populaire de son vivant, Becket est révéré désormais dans toute l’Europe comme martyr et canonisé par Alexandre en 1173. Canterbury deviendra un haut lieu de pèlerinage durant tout le Moyen Âge. La tragédie de Becket a fait l’objet de trois pièces : en 1884 d’Alfred Lord Tennyson, en 1935 de T. S. Eliot et en 1959 de Jean Anouilh.
Cette même année débute la crise qui cause à moyen terme la perte d’Henry II, liée à ses quatre fils légitimes qui tous s’attendent à hériter la totalité ou une partie de ses possessions et se rebellent contre l’autorité paternelle : l’aîné, HENRY dit le Jeune (mort de la dysenterie en 1183), RICHARD (futur « Cœur de Lion »), GEOFFROY (tué en tournoi en 1186, à l’âge de 28 ans) et JEAN (dit « sans Terre »), le cadet et le favori du père. Henry le Jeune, Richard et Geoffroy se réfugient à la cour de Louis VII. Leur mère, Aliénor d’Aquitaine, essaye de les rejoindre, mais elle est arrêtée en chemin et sera placée en résidence surveillée pendant quinze ans à Chinon, puis à Salisbury. L’année 1174 fait parler les armes (la « Grande Révolte »), notamment en Normandie où Henry II prend lui-même le commandement de ses troupes contre les alliés français, anglais et écossais de ses fils, qu’il finit par écraser. La paix revenue ne calme pas les ambitions territoriales de la nouvelle génération. Richard reprend les armes, s’allie au nouveau roi de France, Philippe II Auguste, et attaque son père par surprise au Mans. A bout de forces, Henry II succombe d’un ulcère. Décédé à Chinon, il choisit d’être enterré dans l’abbaye de Fontevraud, comme plus tard Richard Cœur de Lion. Ce dernier monte sur le trône.
1908The Martyrdom of Thomas A. Becket (GB) de Percy Stow
Henry Vassal Lawley, Percy Stow/Clarendon Film Company (CFC), Croydon, 450 ft./145 m.
Fondée quatre ans plus tôt, la modeste Clarendon Film Co. britannique se spécialise dans la comédie burlesque avant d’aborder, à partir de juillet 1908, sous l’égide de Percy Stow et de son scénariste Langford Reed, des sujets plus ambitieux, historiques et « culturels » comme Robin Hood and His Merrie Men, The Puritan Maid and the Royalist Refugee, The Tempest (Shakespeare) et ce Martyre de Thomas A. Becket filmé en décembre 1908 dans les studios de Limes Road à Croydon avec des acteurs anonymes. On y voit l’assassinat de l’archevêque et le repentir du roi (env. 8 minutes).
1910Becket / The Martyrdom of Thomas A. Becket, Archbishop of Canterbury (US) de Charles Kent
Vitagraph Company of America, 998 ft./322 m./1 bob. – av. Charles Kent (l’archevêque Thomas A. Becket), William Shea (Henry II Plantagenêt), Hal Reid, Maurice Costello.
Le drame de Becket, de sa nomination comme archevêque de Canterbury en 1162 à son assassinat huit ans plus tard. Un scénario qui repose sur la pièce éponyme d’Alfred Lord Tennyson (cf. infra, film de 1923), tourné dans les studios de Flatbush à Brooklyn (New York). – IT : Tommaso Becket.
Becket empêche Aliénor d’Aquitaine de tuer sa rivale Rosemonde, la maîtresse de son époux (Becket de G. Ridgwell, 1923).
1923Becket – And the Story of Fair Rosamund (GB) de George Ridgwell
Sir Oswald Stoll/Stoll Picture Productions, 6540 ft./2090 m. – av. Sir Frank [Francis Robert] Benson (l’archevêque Thomas A. Becket), Albert Victor Bramble (Henry II Plantagenêt), Gladys Jennings (Rosemonde de Clifford), Mary Clare (la reine Aliénor d’Aquitaine), Bertram Burleigh (Robert de Beaumont, duc de Leicester), Arthur Burne (Edward Grim), Clive Currie (Herbert of Bosham), Bert Daley (Sir William de Tracy), Sydney Folker (de Broc of Saltwood), Alex G. Hunter (John of Salisbury), William Lugg (John of Oxford), C. Hargrave Mansell (l’archevêque Theobald de Canterbury), Sidney Paxton (Roger, l’archevêque d’York), Percy Standing (Sir Reginald FitzUrse), Harry Worth (Sir Richard de Brito).
Une adaptation cinématographique du drame Becket d’Alfred Lord Tennyson, sur un scénario signé Eliot Stannard. La pièce est parue à Londres en 1884, mais elle a été montée une décennie plus tard, le 6 février 1893, quatre mois après la disparition du poète, au Lyceum Theatre que dirige Sir Henry Irving. C’est le couronnement de la carrière d’Irving, le plus grand acteur anglais de son temps ; il interprétera l’archevêque martyr devant la reine Victoria à Windsor, et ce sera aussi son dernier rôle sur scène : il meurt pendant la représentation à Bradford, en 1905. C’est donc une production de grand prestige culturel et national que la société Stoll met sur pied, en confiant le rôle titulaire à Sir Frank Benson, réputé pour ses mises en scène et films (Julius Caesar, The Taming of the Shrew, Richard III, Macbeth en 1911) de Shakespeare et sa direction du festival de Stratford-on-Avon. Le tournage s’effectue aux studios de Cricklewood (Camden) à Londres, les plus vastes et plus modernes ateliers du pays, et en extérieurs à Canterbury. Le film, décoratif mais maladroit, ne récolte toutefois pas le succès escompté.
Le récit débute en 1162 par une partie d’échecs entre le roi et Becket à Northampton, alors que Theobald, le vieil archêveque de Canterbury, agonise sur son lit de mort, mais Tennyson gangrène l’affrontement idéologique de ses deux antagonistes par l’intrusion d’une intrigue parallèle d’ordre sentimental qui paralyse tout développement psychologique, toute introspection, hésitation ou crise spirituelle : Henry II, qui a berné sa maîtresse, la douce Rosemonde/Rosamund [de] Clifford, par un faux mariage et l’a introduite à la cour au scandale de son entourage, supplie Becket de protéger la belle de son épouse, Aliénor d’Aquitaine, dévorée par la jalousie et prête à l’assassiner. Becket s’affaire à éloigner Rosemonde des périls qui l’entourent, mais celle-ci devient finalement la cause directe de sa mort lorsqu’Aliénor laisse croire perfidement à son royal époux que la jeune femme et le prélat auraient une liaison. Becket contraint Rosemonde à entrer dans les ordres à Godstow Abbey, mais pour lui, il est trop tard. (Dans les faits, Rosemonde fut imposée à la cour en 1174, soit quatre ans après la mort de Becket, et elle décéda en 1176, à l’âge de 29 ans.) Le conflit État/Église n’est ici qu’accidentel. En revanche, Tennyson montre Becket métamorphosé par sa nouvelle charge, consumé par l’orgueil de ceux qui se destinent un peu trop volontairement au martyre. Doté de traits christiques, son archevêque défend les mendiants, les paysans, les victimes des barons, les miséreux du royaume et accepte le sacrifice de sa vie (sa mère aurait eu des visions funestes à sa naissance).
1936(tv) Scenes from E. Martin Browne’s Production of « Murder in the Cathedral » (GB) de George More O'Ferrall
Série « Theatre Parade », British Broadcasting Corporation (BBC Television 7.+21.12.36). – av. Robert Speaight (l’archevêque Thomas A. Becket), Guy Spaull (premier tentateur), Gerik R. Schjelderup (deuxième tentateur), Norman Chidgey (troisième tentateur), E. Martin Browne (quatrième tentateur), George More O’Ferrall (présentation).
L’assassinat de Thomas Becket en 1170. Pour les balbutiements pré-guerre de la télévision britannique, le pionnier téléaste George More O’Ferrall choisit des extraits de la nouvelle pièce de Thomas Stearns Eliot, créée le 15 juin 1935 dans le chapitre de la cathédrale de Canterbury, puis prolongée au Mercury Theatre (Notting Hill Gate) à Londres. Il reprend à cet effet la mise en scène originale d’Elliott Martin Browne et quelques-uns de ses interprètes ; le programme est enregistré en direct aux studios BBC d’Alexandra Palace (South London). Synopsis et commentaires, cf. infra, film de 1952.
1947(tv) Murder in the Cathedral (GB) de George More O’Ferrall
(BBC 9.11.47), 65 min. – av. Robert Speaight (l’archevêque Thomas A. Becket), Norman Tyrrell (premier prêtre), Frank Foster (deuxième prêtre), Stanley Lawson (le héraut), Mackenzie Ward (premier tentateur), John Stuart (deuxième tentateur), Aubrey Dexter (troisième tentateur), E. Martin Browne (quatrième tentateur), Victor Lucas (premier chevalier), Alan Judd (deuxième chevalier), Hugh Butt (troisième chevalier), Anthony Sharp (quatrième chevalier), Eileen Thorndike, Joy Harington, Eileen Vine, Yvonne Coulette, Violet Gould, Helen Stephens (le chœur des femmes de Canterbury).
L’assassinat de Thomas Becket en 1170. La pièce de Thomas Stearns Eliot, diffusée partiellement à la télévision en 1936, est reprise ici dans son intégralité, toujours sous la direction du téléaste More O’Ferrall et interprétée par Robert Speaight, le créateur du rôle sur scène en 1935.
L’assassinat de l’archevêque de Canterbury par des barons normands (« Murder in the Cathedral » de G. Hoellering, 1952).
1951/52*Murder in the Cathedral (Meurtre dans la cathédrale) (GB) de George Hoellering
George Hoellering/Film Traders Ltd., 145 min./139 min./114 min. – av. le Père John Groser (l’archevêque Thomas A. Becket), Alexander Gauge (Henry II Plantagenêt), Alban Blakelock (Gilbert Foliot, évêque de Londres), David Ward (premier tentateur), George Woodbridge (deuxième tentateur), Basil Burton (troisième tentateur), T. S. Eliot (voix du quatrième tentateur), Donald Bisset (premier prêtre), Clement McCallin (deuxième prêtre), Michael Groser (troisième prêtre), Denis Holmes (quatrième prêtre), John Van Eyssen (cinquième prêtre), Mark Dignam (Reginald Fitz-Hurse, le premier chevalier), Michael Aldridge (William de Tracy, le deuxième chevalier), Leo McKern (Hugues de Morville, le troisième chevalier), Paul Rogers (Richard Brito/le Breton, le quatrième chevalier), Niall MacGinnis (le héraut), Paul Hansard (le paysan), William Patrick (le chevalier de l’archevêque), Kay Astor, Jill Balcon, Renee Bourne Webb, Baryl Calder, Ysanne Churchman, Anne Culen, Diana Maddox, Jill Nyasa, Mary O’Farrall, Helen Best, Renee Blakelock, Janet Butler, Bettina Carroll, Margaret Crozier, Olive Gregg, Viola Johnstone, Kelty MacLeod, Martina Mayne, Eileen Vine (les femmes du chœur de Canterbury), P. H. Alexander, Ernest Bale, Stanley Van Beers, Geoffrey Bellman, Tom Colmer, Howell Davies, John Van Eyssen, Paul Hansard, Denis Holmes, David Keir, John Kelly, E. J. Kennedy, Fletcher Lightfood, Victor Lucas, William Patrick, Charles Peters, Gerald Pring, Frederick Ross (les hommes du choeur), Norma Dale, Penelope Rackliff, Mavis Sage, Kathleen Tippen, Adrian Evans (les jeunes).
Synopsis (d’après la pièce de T. S. Eliot) : Le 2 décembre 1170. Après sept ans d’exil en France, Thomas Becket, l’archevêque primat d’Angleterre qui s’est querellé avec Henry II, retourne à Canterbury sans s’être réconcilié avec le roi. Malgré le soutien du peuple, il a échappé de justesse à ses ennemis et reste pessimiste (« la fin sera simple, soudaine, donnée par Dieu »). De l’ombre – dans son esprit – surgissent successivement quatre tentateurs lui rappelant l’amitié du roi et le bon temps d’autrefois, la puissance que Becket exerçait en tant que Chancelier, la possibilité toujours actuelle de s’allier aux barons contre la tyrannie royale et sauver l’Église d’Angleterre, les attraits de la sainteté. Ils font appel à la nostalgie d’une vie joyeuse, au pouvoir bénéfique de celui qui légifère, à la trahison envers son souverain, enfin à l’orgueil spirituel qui pousserait l’archevêque au martyre pour des raisons de gloire personnelle. Becket résiste à toutes ces voix. Le 29 décembre, dans le palais archiépiscopal, quatre chevaliers normands repoussent les offres d’accueil du clergé et exigent haut et fort de rencontrer Becket seul. Ils proclament que le prélat est le serviteur, l’outil et le valet du monarque qui fait pleuvoir sur lui ses faveurs. Becket proteste de sa loyauté en tant que vassal, sauf pour ce qui concerne l’Église. Furieux, les chevaliers le tuent. Leur crime accompli, les quatre assassins s’adressent au public (c’est-à-dire à la caméra) pour se justifier dans un langage parfaitement contemporain, voire familier, en exposant leur point de vue temporel. Ils reconnaissent qu’ils sont des assaillants, que tout parle contre eux, que la situation est embarrassante, que c’était leur devoir et qu’ils sont désintéressés, que le roi devra les désavouer en public et qu’au mieux, ils finiront leur vie à l’étranger. Mais après avoir rétabli l’autorité royale et maté toutes les séditions en tant que Chancelier, Becket aurait ensuite affirmé « avec ostentation et d’une manière blessante » qu’il y avait un ordre plus élevé que celui du Roi. Leur intervention violente est donc un acte de justice sociale qui mérite l’indulgence sinon les applaudissements de tout le monde. D’ailleurs, il avait décidé de mourir par le martyre, par gloriole personnelle, et en présence de ces faits, un verdict de suicide en état d’aliénation mentale s’impose. Seul un fou peut s’opposer à l’État. Le débat étant clos, les assassins invitent la population à se disperser après lui avoir adressé une menace à peine voilée : pas de groupes au coin des rues et ne rien faire qui soit de nature à troubler l’ordre public.
C’est à la demande de George Bell, le bouillant évêque de Chichester, que Thomas Stearn Eliot, poète américain naturalisé britannique (prix Nobel de littérature en 1948), écrit cette pièce en vers et en prose destiné au Festival de Canterbury de 1935. Jadis admirateur de Gurdjeff, de Mussolini et du royaliste ultranationaliste Charles Maurras, Eliot s’est détourné du catholicisme lors de la condamnation de ce dernier par le pape Pie XI en 1926 pour devenir anglican. Son rejet subséquent du totalitarisme, à mesure où les dictatures s’installent en Europe, se traduit sans ambages avec Murder in the Cathedral, œuvre qui illustre l’opposition de l’individu à l’autorité et dénonce la rhétorique perfide des fascistes. L’évêque Bell, commanditaire de la pièce, avait été témoin de la montée du nazisme à Berlin et, proche des pasteurs allemands dissidents Martin Niemöller et Dietrich Bonhoeffer, avait déclaré publiquement l’idéologie hitlérienne incompatible avec le christianisme. La pièce fête sa première mondiale le 15 juin 1935 dans une mise en scène d’E. Martin Browne (cf. supra, dramatique tv de 1936). Après la Seconde Guerre mondiale, la pièce d’Eliot refait surface, ravivée par la guerre froide et la menace du stalinisme. Le cinéaste et documentariste austro-hongrois Georg Hoellering convainc Eliot de la porter à l’écran (le poète prête même sa voix à l’un des tentateurs de Becket). Pour Eliot, cette première transposition d’une pièce moderne en vers à l’écran a valeur expérimentale et il se dit principalement intéressé de savoir « si le cinéma convient à la poésie », question à laquelle il répond – ouf ! – par l’affirmative. D’un commun accord, Hoellering modifie plusieurs passages tandis qu’Eliot rajoute un préambule inédit (écrit exprès pour le cinéma) situé en 1149 dans lequel apparaissent Henry II et l’ennemi personnel de Becket, Gilbert Foliot, l’évêque de Londres. Dans une allocution à son clergé régulier et séculier, Becket annonce qu’il a été convoqué à Northampton par le roi, qui le hait : « Il y aura toujours deux pouvoirs en ce monde. / Le roi voudrait qu’il n’y en ait qu’un : / Le pouvoir temporel qui tend vers l’absolu, / Qui engendre le mal, même si l’intention est bonne / Et qui, s’il est absolu, penche vers l’Antéchrist. » A la cour, résolu à ne céder sur aucun des droits appartenant à l’Église, l’archevêque embarrasse ses confrères et récuse l’intervention des barons qui, en tant que laïcs, ne sont pas qualifiés pour juger leur chef spirituel. Protégé de leur courroux par ses propres chevaliers, Becket se réfugie sur le continent afin de soumettre son cas au pape.
Hoellering, qui fut directeur de production de Kuhle Wampe (Ventres glacés), le film communiste de Slatan Dudow et Bertolt Brecht, en 1932 à Berlin, a fui à Londres en 1936, où il vit comme propriétaire-exploitant d’une salle de cinéma d’art et d’essai (Academy Cinema sur Oxford Street) et distributeur. Il a découvert la pièce d’Eliot lors de son internement provisoire sur l’Île de Man. C’est à un prêtre socialiste de l’East End, le père John Groser, réputé pour sa forte tête et son esprit rebelle, qu’il confie le rôle titulaire ; pour cet ami de John Dos Passos et cofondateur de la Stepney Colored People’s Association, ce ne sont pas les rois qui sont les tyrans d’aujourd’hui, mais les financiers, les spéculateurs, les capitaines d’industrie. Sa prestation simple, forte et digne devant la caméra impressionne. Hoellering l’entoure d’une poignée de comédiens chevronnés (Leo McKern, Niall MacGinnis, Alexander Gauge, David Ward), dont plusieurs sont membres de l’Old Vic Theatre. Le tournage se fait en noir et blanc de mars à août 1950 dans l’église désaffectée de St. Stephen’s Church, dans le quartier de St. John’s Wood (Westminster) à Londres, puis en extérieurs à Canterbury et à la cathédrale d’Ely (Cambridgeshire). Le compositeur et ethnomusicologue hongrois László Lajtha, un ami de Hoellering réduit au chômage à Budapest, le passeport confisqué pour « résistance politique » au nouveau régime communiste, est chargé de la partition du film, une suite d’interludes vibrants. Production sortant des sentiers battus, Murder in the Cathedral est projeté en compétition à la Mostra de Venise en août 1951 (il y décroche un prix pour les décors de Peter Pendrey) et sort en février 1952 en salle à Londres dans une version raccourcie de 25 minutes. Succès d’estime. L’accueil est positif mais forcément limité. La vision froide et austère de Hoellering, empreinte de lyrisme verbal et d’interrogations morales percutantes rappelle, sous certains aspects, le cinéma scandinave « spiritualisé » d’un Ingmar Bergman ou Carl Theodor Dreyer (comme dans Le Septième Sceau six ans plus tard, le héros voué à la mort joue aux échecs avec un de ses tentateurs). Enchaînée au texte, la narration se nourrit de compositions statiques, d’une théâtralité un peu solennelle, et hormis le père Groser, la prestation des acteurs semble plus proche de l’incantation que du dialogue. Mais l’expérience globale reste fascinante. – IT : Assassinio nella cattedrale.
1955(tv) Assassinio nella cattedrale (IT) de Mario Ferrero
(RAI 10.8.55). – av. Memo Benassi (l’archevêque Thomas Becket), Elsa Albani, Lola Braccini, Anna Maria Guarnieri, Dina Sassoli, Anna Maestri, Valeria Valeri (le choeur des femmes de Canterbury), Gianni Bortolotto, Nino Cestari, Armando Anzelmo (les trois prêtres), Osvaldo Ruggieri (le héraut), Raoul Grassilli, Ottorino Guerrini, Andrea Bosic, Nando Gazzolo (les tentateurs / les chevaliers du roi).
L’assassinat de Thomas Becket en 1170. Dramatique d’après la pièce Murder in the Cathedral de Thomas Stearns Eliot (synopsis et commentaires cf. film de 1952) dans la traduction italienne de Mgr. Alberto Castelli.
1962(tv) Mord im Dom (DE) de Hans Lietzau
Bayerischer Rundfunk (ARD2 20.4.62), 95 min. – av. Gerd Brüdern (l’archevêque Thomas A. Becket), Wolfgang Kieling (premier tentateur), Pinkas Braun (deuxième tentateur), Benno Sterzenbach (troisième tentateur), Romuald Pekny (quatrième tentateur), Hans Reiser (premier chevalier), Alexander Golling (deuxième chevalier), Rolf Boysen (troisième chevalier), Peter Eschberg (quatrième chevalier), Herbert Bötticher (le héraut), Johanna Hofer (première femme), Ingeborg Hoffmann (deuxième femme), Hildegard Grethe (troisième femme), Adele Linderner (quatrième femme), Eva Bubat (cinquième femme).
L’assassinat de Thomas Becket en 1170. Dramatique d’après la pièce Murder in the Cathedral de Thomas Stearns Eliot (synopsis et commentaires cf. film de 1952) dans la traduction allemande de Rudolf Alexander Schröder.
1962(tv) Becket oder Die Ehre Gottes (DE) de Rainer Wolffhardt
Süddeutscher Rundfunk (ARD/DRS 4.1.62), 142 min. – av. Heinz Baumann (l’archevêque Thomas A. Becket), Heinrich Schweiger (Henry II Plantagenêt), Heinrich Cornway (Gilbert Foliot, évêque de Londres), Robert Bürkner (Theobald, l’archevêque de Canterbury), Hans Epskamp (l’évêque d’Oxford), Max Wittmann (Roger de Pont L’Évêque, évêque d’York), Volker Lechtenbrink (le petit moine), Klaus Schwarzkopf (Louis VII, roi de France), Rosemarie Fender (la reine Aliénor d’Aquitaine), Olga von Togni (la reine-mère Matilda l’Emperesse), Margit Saad (Gwendoline), Paul Hoffmann (le cardinal Zambelli), Kurt Ehrhardt (le pape Alexandre III), Hans Otto Ball, Robert Rathke, Heinu Ulrich, Wolfried Lier (quatre barons anglais), Jörg Pleva, Friedrich Domin.
Dramatique d’après la pièce Becket ou L’Honneur de Dieu de Jean Anouilh dans sa traduction allemande par Franz Geiger et Rainer Wolffhardt. Synopsis et commentaires, cf. film de 1964.
1962(tv) Murder in the Cathedral (AU) de William Sterling
Australian Broadcasting Commission (ABC), 120 min. – av. Keith Eden, Wyn Roberts, Barbara Brandon, Moira Carleton, Sydney Conabere, Patricia Kennedy.
L’assassinat de Thomas Becket en 1170. Dramatique d’après la pièce Murder in the Cathedral de Thomas Stearns Eliot (synopsis et commentaires cf. film de 1952).
1964(tv) Murder in the Cathedral (GB) de George R. Foa
Série « Festival », Peter Luke/BBCtv (BBC 25.3.64), 60 min. – av. Cyril Cusack (l’archevêque Thomas A. Becket), Denis Quilley, John Bennett, Esmond Knight et John Carson (les quatre tentateurs/chevaliers), Lewis Stringer, Allan McClelland, Donald Conion (les trois prêtres), Steven Berkoff (le héraut), June Tobin et Veronica Turleigh (directrices du chœur), Iris Russell, Grizelda Harvey Jeannette Roach, Hilary Mason, Carolyn Pertwee, Gladys Spencer, Penny Whittam, Barbara Lott, Penelope Lee, Mary Hignett, Camilla Hasse, Patricia Kneale (le chœur des femmes de Canterbury), John DeVaut, Gordon Lang.
L’assassinat de Thomas Becket en 1170. Dramatique d’après la pièce Murder in the Cathedral de Thomas Stearns Eliot (synopsis et commentaires cf. film de 1952).
Henry II Plantagenêt et Thomas Becket, des amis inséparables en politique comme en beuveries (« Becket », 1964).
1964*Becket (GB/US) de Peter Glenville
Hal B. Wallis, Joseph H. Hazen/Wallis-Hazen Production-Paramount Film Service & Keep Films Co-Production, 149 min. – av. Richard Burton (l’archevêque Thomas A. Becket), Peter O’Toole (Henry II Plantagenêt), Paolo Stoppa (le pape Alexandre III), Sir John Gielgud (Louis VII, roi de France), Sir Donald Wolfit (Gilbert Foliot, évêque de Londres), Martita Hunt (la reine-mère Matilda l’Emperesse), Pamela Brown (la reine Aliénor d'Aquitaine), Siân Phillips [=Mrs. Peter O’Toole] (Gwendoline), Gino Cervi ((le cardinal Zambelli), David Weston (frère Jean), Felix Aylmer (Theobald/Thibaut du Bec, archevêque de Canterbury), Percy Herbert (le baron Hugues de Morville), Inigo Jackson (Robert de Beaumont, duc de Leicester), Niall MacGinnis (le baron Reginald FitzUrse), Christopher Rhodes (le baron Hastings), John Phillips (l’évêque de Winchester), Frank Pettingell (Roger de Pont L’Évêque, évêque d’York), Véronique Vendell (Marie, prostituée française), Jennifer Hilary (la fille d’un paysan), Hamilton Dyce (l’évêque de Chichester), Geoffrey Bayldon (frère Philip), Patrick Newell (William of Corbeil), Michael Miller (le baron William de Tracey), Peter Jeffrey (un baron), Peter Prowse (un baron), Edward Woodward (Clement), Graham Stark (le secrétaire du pape), Victor Spinetti (un tailleur français), Michael Anthony (Giraud), Guy Deghy et Steve Plytas (des cardinaux à Rome), Riggs O’Hara (le prince Henry le Jeune), Michael Wenninck (un fils de Henry II).
Synopsis (d’après la pièce de Jean Anouilh) : Canterbury en 1171. Le roi Henry II pénètre solennellement dans la crypte de la cathédrale, s’agenouille devant le gisant de Thomas Becket, se dénude le torse pour se faire flageller, puis se plonge dans ses souvenirs… En 1154, à la cour à Northampton, l’archidiacre Becket est devenu son inséparable compagnon de chasse et de débauche, mais l’intimité que Becket partage avec la fragile Gwendoline rend le roi jaloux. Henry exige qu’il lui abandonne sa favorite ; Becket obéit sans broncher. Lorsque la jeune femme préfère se suicider que de céder au caprice royal, une première brèche se creuse entre les deux inséparables fêtards, quoique Henry, moins subtil, n’y voie que du feu. Nommé Lord Chancelier (1155), Becket soutient le roi dans sa lutte contre le pouvoir exorbitant donné par l’ancienne Charte à l’archevêque de Canterbury. A la mort de ce dernier, en 1162, Henry II pense résoudre ses problèmes récurrents avec le clergé anglais en nommant Becket à sa succession, malgré les vives réticences de son vassal qui lui explique qu’en devenant archevêque, il ne pourra plus être son ami. Henry ne veut rien entendre et impose sa volonté. Becket est élu malgré l’hostilité du clergé. Prenant soudain conscience de sa nouvelle mission en tant que primat de l’Église d’Angleterre, Becket change radicalement d’existence : l’hédoniste devient ascète, renvoie ses maîtresses, vend ses biens, se revêt de bure, invite les pauvres à sa table et combat les décisions royales injustes de toutes ses forces. Cette nouvelle attitude irrite et désespère le roi qui le fait comparaître devant ses barons en l’accusant d’avoir enfreint ses ordres et détourné l’argent de l’État. Condamné à restituer les sommes qu’il aurait volées, Becket s’enfuit en novembre 1164 en France où il trouve refuge auprès du roi Louis VII, trop heureux de fâcher son royal cousin qui domine la moitié de l’Hexagone. Rencontré à Sens, le pape Alexandre III tergiverse, ne voulant pas s’aliéner le puissant Plantagenêt par une excommunication. Après avoir obtenu le pardon officiel de son suzerain, l’exilé quitte l’abbaye de Pontigny et rentre à Canterbury en décembre 1170, où il est accueilli en liesse par la population. L’accueil met le roi en fureur. « Personne ne me délivrera de ce prêtre qui me nargue et me fait injure ? », s’écrie-t-il. Le 29 décembre, quatre barons en armes, soucieux d’obtenir la bienveillance du roi, pénètrent dans la cathédrale et assassinent sauvagement l’archevêque au pied de son autel. Officiellement rongé par les remords, Henry II organise une procession hypocrite et demande que Rome ouvre en faveur de son ancien ami un procès en canonisation.
La pièce d’Anouilh, Becket ou l’honneur de Dieu, a été créée au Théâtre Montparnasse-Gaston Baty à Paris le 8 octobre 1959 dans une mise en scène de l’auteur et de Roland Piétri (avec Bruno Cremer en Becket et Daniel Ivernel en roi) ; Cremer remplace Gérard Philipe, décédé avant la fin des répétitions. À Broadway, Becket or The Honour of God est monté au St. James Theatre par Peter Glenville le 5 octobre 1960, avec Laurence Olivier (Becket) et Anthony Quinn (le roi). Londres suit le 11 juillet 1961 à l’Aldwych Theatre, avec Eric Porter (Becket) et Christopher Plummer (le roi), mis en scène par Peter Hall. Plummer reprend le rôle en catastrophe, l’acteur prévu, Peter O’Toole, ayant fait faux bond pour le rôle principal dans Lawrence d’Arabie de David Lean. Or sa nomination à l’Oscar, le prix BAFTA et le Golden Globe pour cette mémorable prestation vont profiter au lancement de Becket.
Le producteur américain Hal Wallis (jadis un pilier de la Warner Bros., responsable du mythique Casablanca en 1943) s’emballe pour la pièce qu’il a découverte à New York et persuade la Paramount d’investir trois millions de dollars dans un sujet a priori peu excitant et quasi dépourvu d’action (débat intellectuel, antagonisme Église/État), moyennant quelques concessions au spectaculaire. Edward Anhalt étoffe l’intrigue d’Anouilh dans ce sens, secondé par la traductrice anglaise Lucienne Hill (il décrochera un Oscar pour sa peine) – sans toutefois corriger les lacunes historiques du dramaturge bordelais, qui joue sur l’opposition entre son prélat saxon et l’entourage normand du roi, alors que l’authentique Becket était un Normand pure souche originaire de Caen. L’intérieur de la cathédrale de Canterbury est reconstruit sur le plus grand plateau des studios de Shepperton (Stage H), près de Londres, atelier où les décorateurs John Bryan et Morris Carter recréent aussi toutes les salles de palais. Les quelques scènes d’extérieurs – simples prétextes à « aérer » le drame – sont filmées dans le Northumberland, au château d’Alnwick érigé jadis par les Normands, au château de Bamburgh et sur les plages adjacentes (mai-septembre 1963). Le chef-opérateur Geoffrey Unsworth (2001 de Kubrick, Cabaret de Fosse) enregistre ce fastueux décorum en Technicolor et au format Panavision 70 mm. La réalisation incombe à l’Irlandais Peter Glenville, metteur en scène de la première théâtrale aux Etats-Unis, très à l’aise sur les tréteaux (Old Vic, Broadway) comme sous les sunlights des deux côtés de l’Atlantique, mais dont l’implication dans un sujet « religieux » provoque quelques remous avec le clergé anglican, le metteur en scène ne cachant pas son homosexualité (alors punie par la loi). Telle que décrite par Anouilh, la relation d’amitié fiévreuse entre Henry II et Becket, entre le monarque despotique, capricieux, infantile, détestant être contredit, et son confident ambigu et réservé, de quinze ans son aîné, relation « qu’un conflit absurde désagrège peu à peu » (Anouilh), scandalise la cour : la reine-mère dit son rejeton « obsédé par Becket de façon malsaine et contre-nature. » Le film tient ou s’effondre avec ses deux interprètes principaux, et, habitué aux coups de poker, Hal Wallis parvient à réunir devant les caméras le tandem gallo-irlandais Richard Burton-Peter O’Toole, les deux plus grandes vedettes du moment. Le whisky aidant, elles s’entendent très vite comme larrons en foire. Burton est d’abord surpris de se voir confier le rôle d’un saint homme après avoir fait la « une » des feuilles à scandales en raison de sa liaison adultérine avec Elizabeth Taylor. Mme Taylor (au lendemain de Cléopâtre) est en visite permanente sur le plateau et l’équipe technique, producteur compris, doit attendre stoïquement la fin des libations du trio dans l’après-midi pour poursuivre le tournage ! (Liz Taylor joue un petit rôle dans le film, qui sera coupé au montage : une fille de joie à demi-nue sous la couverture royale.) Alec Guiness, pourtant un ami proche de Glenville, refuse d’interpréter le roi de France, ne croyant pas au succès du film.
A l’arrivée, Hal Wallis et Peter Glenville accouchent d’une fresque tragique, réflexion saisissante pour les uns, soporifique pour les autres, sur l’ambiguïté des amitiés fusionnelles et l’exercice du pouvoir, le tout porté par deux immenses comédiens, rompus au théâtre shakespearien et qui font littéralement résonner chaque mot de leur dialogue étincelant. La connotation homoérotique du texte est d’ailleurs accentuée par le jeu félin d’O’Toole, souvent le torse nu, face à la sensualité brute de Burton. Ils sont flanqués de la fine fleur des tréteaux anglais, tels que John Gielgud (un roi de France roué), Donald Wolfit (l’ennemi de Becket), Felix Aylmer (le vieil archevêque) ou Martita Hunt en Aliénor d’Aquitaine, une reine sans intelligence ni envergure, portrait contraire à la réalité. Mais si l’imagerie peu ornementée, baignée dans des teintes froides (gris, bleus et verts pâles), est esthétiquement séduisante, la réalisation reste hiératique, figée et sans inventivité : la lourdeur de la mise en scène, le manque d’ampleur visuelle donnent l’impression de « théâtre filmé » dans de superbes décors de cinéma. Cet aspect n’handicape toutefois pas le succès international du film, qui rapporte le triple de ses coûts, comptabilise douze nominations à l’Oscar (mais une seule statuette décernée, au scénariste), cinq au Golden Globe (prix au film et à O’Toole) et sept au BAFTA Awards. Cette même année, les décors de Bryan sont réutilisés par Roger Corman pour The Masque of the Red Death (Le Masque de la Mort Rouge) d’après Edgar Poe. Peter O’Toole reprendra le rôle de Henry II en 1967/68 dans The Lion in Winter/Le Lion en hiver d’Anthony Harvey (cf. infra). Quant au couple Burton-Taylor, il retrouvera Peter Glenville avec The Comedians (1967) d’après Graham Greene. – IT : Becket e il suo re / La morte di Thomas Becket.
1966(tv) Assassinio nella cattedrale (IT) d’Orazio Costa Giovangigli
(RAI 8.4.66), 128 min. – av. Antonio Crast (l’archevêque Thomas Becket), Vera Bertinetti, Adevilda Ciurio, Giuliana D’Olivo, Francesca Fabbi, Emanuela Fallini, Evelina Gori, Nicoletta Languasco, Anna Laura Messeri, Eleonora Morana, Elsa Polverosi, Sara Ridolfi, Maira Torcia (le chœur des femmes de Canterbury), Bruno Alecci, Arnaldo Bellofiore, Rosalina Bua, Mario Lombardini, Antonio Menna, Enrico Salvatore, Ettore Toscano (les prêtres), Renato Mori (le héraut), Enzo Consoli, Vito Cipolla, Roberto Herlitzka, Silvio Anselmo, Mariano Rigillo (les tentateurs), Ugo Pagliai, Paolo Todisco, Giorgio Pressburger, Pino Manzari (les chevaliers du roi).
Dramatique d’après la pièce Murder in the Cathedral de Thomas Stearns Eliot dans la traduction italienne de Mgr. Alberto Castelli et avec une musique de scène de Roman Vlad (synopsis et commentaires cf. film de 1952).
Thomas Becket (Alain Cuny) sur le point d’être assassiné (Meurtre dans la Cathédrale, tv 1967).
1967(tv) Meurtre dans la Cathédrale (FR) de Maurice Cazeneuve
ORTF (2e Ch. 21.3.67), 120 min. – av. Alain Cuny (l’archevêque Thomas A. Becket), Pierre Gallon, Jacques Galland, André Var (les prêtres), William Sabatier, Henri Gilabert, Jean Guillard, Michel Bouquet (les tentateurs), François Chodat, Jacques Degor, Jean-Pierre Joris, Mario Pilar (les chevaliers du roi), Michel Beaune (le héraut), Christiane Carpentier, Anne Galland, Germaine Kerjean, Nathalie Nerval, Bernadette Onfroy, Maïa Simon, Sylvie Vaneck (le chœur des femmes de Canterbury).
L’assassinat de Thomas Becket en 1170. Dramatique d’après la pièce Murder in the Cathedral de Thomas Stearns Eliot (synopsis et commentaires cf. film de 1952) dans la traduction d’Henri Fluchère – qui servit également pour la création de la pièce en France par Jean Vilar, au Théâtre du Vieux-Colombier (18 juin 1945). Tournage en noir et blanc à l’abbaye romane de Jumièges, en Normandie.
Une vie à deux constamment conflictuelle : Henry II (Peter O’Toole) et Aliénor d’Aquitaine (Katharine Hepburn).
1967/68The Lion in Winter (Le Lion en hiver) (GB) d’Anthony Harvey
Joseph E. Levine, Martin Poll/AVCO Embassy-Haworth Productions Ltd., 134 min.. – av. Peter O’Toole (Henry II Plantagenêt), Katharine Hepburn (la reine Aliénor d’Aquitaine), Anthony Hopkins (prince Richard [dit Cœur de Lion]), John Castle (prince Geoffroy Plantagenêt), Nigel Terry (prince Jean sans Terre), Timothy Dalton (Philippe II Auguste), Jane Merrow (sa demi-sœur Alix Capet/Alice de France), Nigel Stock (Guillaume le Maréchal/William Marshal), O. Z. Whitehead (l’évêque de Durham), Kenneth Ives (le garde de la Reine), Fran Stafford et Ella More (dames d’honneur).
Synopsis : Au château de Chinon à la fin décembre 1183. Henry II Plantagenêt sent l’âge venir ; la pensée de sa succession l’obsède. Impatients d’hériter le considérable territoire de l’empire Plantagenêt (qui recouvre alors la moitié de l’Hexagone), ses quatre fils se sont révoltés contre lui avec le soutien de leur mère, la redoutable Aliénor d’Aquitaine, et aussi celui de Philippe II Auguste, roi de la France capétienne qui se sent menacé par la puissance de son ambitieux voisin. La reine Aliénor est en résidence surveillée depuis dix ans outre-Manche, à Salisbury, pour avoir pris les armes contre son époux. Henri le Jeune, le dauphin couronné par anticipation, vient de mourir six mois plus tôt. Restent en lice trois autres fils, l’aîné Richard (futur Cœur de Lion), dit Richard le Poitevin, le cadet Geoffroy et le dernier-né Jean, dit « sans Terre », le favori paternel. Tous haïssent, craignent ou se méfient de leur géniteur. Saisissant l’occasion des fêtes de Noël, le roi réunit sa famille sous son toit, dans sa résidence en Touraine. En vérité, c’est une convocation d’État, qui inquiète fort la jeune maîtresse d’Henry, la princesse Alix de France, demi-sœur de Philippe Auguste, car lorsque Henry nommera son successeur, elle devra l’épouser pour garder intactes les possessions anglaises en France. Et son amant quinquagénaire souhaite couronner le cadet, Jean, maladroit, couard, mal lavé et peu intelligent, alors que le fougueux, brutal et batailleur Richard, duc d’Aquitaine, est le favori d’Aliénor. Le prince Geoffroy, qui étudie la stratégie militaire, semble, lui, né pour comploter. Outre son épouse qui goûte ces quelques jours de liberté, Henry II a également invité son ennemi et royal cousin Philippe Auguste, dix-huit ans. Pendant vingt-quatre heures, ces fauves s’observent, s’invectivent et intriguent, concoctent des marchés de dupes et pactisent pour mieux se trahir les uns les autres. Aigrie par les innombrables infidélités d’Henry et frustrée dans ses ambitions politiques, Aliénor menace de compromettre la position de son époux dans l’Hexagone s’il ne consent à un mariage immédiat entre son fils Richard et Alix, une union qui blesserait Henry, amoureux de la damoiselle. Courroucé par la déloyauté de ses rejetons dégénérés, Henry décide de faire annuler son mariage avec Aliénor et d’épouser sa maîtresse qui lui donnera un successeur plus digne pour l’Angleterre. Mais Alix refuse, car elle sait qu’à la mort de son époux, son enfant sera assassiné par la triade princière. Henry ordonne l’incarcération de ses trois fils rebelles et se résout à les tuer. Aliénor se rend au cachot avec des armes, les princes sont déterminés à se défendre. Henry survient mais réalise qu’il ne peut frapper sa descendance. Richard, Geoffroy et Jean quittent Chinon sains et saufs tandis qu’Aliénor retourne dans sa prison dans le Wiltshire en attendant la prochaine réunion de famille. Mari et femme se quittent presque amicalement, adversaires jurés, mais irrévocablement liés. Henry reste seul, face à sa plus cuisante défaite politique.
La pièce éponyme de James Goldman a été créée à Broadway (Ambassador Theater) le 3 mars 1966 par Noel Willman, alignant 92 représentations à guichets fermés et interprétée par Rosemary Harris (Aliénor), Robert Preston (Henry II) et Christopher Walken (Philippe Auguste). Si le profil général des protagonistes, les relations conflictuelles des Plantagenêts et la situation politique décrites dans la pièce comme dans le film sont plus ou moins justes, l’intrigue elle-même est entièrement inventée : il n’y eut pas de réunion de Noël à Chinon en 1183 (mais à Caen l’année précédente), aucun dialogue, aucune des manœuvres pour déterminer la succession au trône sont authentiques. Quoique de caractère despote et sanguin, Henry n’était pas un monarque aux passions sacrilèges et n’envisagea au grand jamais d’éliminer sa progéniture, lui qui demeura jusqu’à la fin de ses jours rongé de culpabilité par le meurtre de l’archevêque de Canterbury Thomas Becket en 1170. Son amour pour Alix, Alaïs, Alys ou Adélaïde de France (Capet), vingt-trois ans, relève de la fiction populaire ; fille de Louis VII et de sa deuxième épouse Constance de Castille, Alix fut promise à Richard dès l’âge de neuf ans ; devenu adulte, ce dernier refusa de l’épouser sous prétexte qu’elle aurait été séduite par son père. Certes, le roi « très chrétien » eut plusieurs maîtresses et une demi-douzaine de bâtards qu’Aliénor éleva d’ailleurs dans la nurserie royale. Il garda effectivement Aliénor prisonnière pendant plus de seize ans (captivité relative, car elle pouvait se déplacer dans le pays, mais sous surveillance). Toutefois, en 1183, c’était déjà un monarque affaibli par la maladie et, au dire des contemporains, précocement vieilli par les excès de toutes sortes.
Aliénor d’Aquitaine (Katharine Hepburn) défend ses trois fils, Geoffroy (John Castle), Richard (Anthony Hopkins) et Jean (Nigel Terry), contre la fureur assassine de leur père dans « The Lion in Winter » d’Anthony Harvey (1968).
 La trame de Goldman (également auteur du scénario) transforme ce matériau en une sorte de vaudeville tragique qui se prête parfois même à la comédie, car à ses yeux, il y aurait dans le personnage d’Henry II un mélange d’humour et de violence. Ne nous épargnant aucun effet dramaturgique, aucune « scène à faire », il livre un psychodrame vociférant sur une famille gravement dysfonctionnelle, un rendez-vous de toutes les névroses contemporaines plus représentatif du théâtre du XXe siècle, de l’univers d’un Tennessee Williams ou d’un Edward Albee (Qui a peur de Virginia Woolf ?) que de l’esprit médiéval dont l’auteur ignore presque tout. Loin d’ouvrir quelque échappée shakespearienne sur la condition humaine, son scénario se contente de paroxysmes puérils. Les dissensions du couple tournent au règlement de comptes, à la corrida conjugale – « une grande mise en scène de ménage », titre ironiquement Le Canard enchaîné (31.12.69) – ponctuée de répliques acérées et bien senties. On s’accuse gaiement d’inceste (Aliénor-Richard), de sodomie (Richard enfant abusé par son géniteur) et de crimes les plus divers. On dénonce les « amours coupables » de Philippe Auguste pour ce même Richard ; en réalité, on savait les deux princes unis dans leur jeunesse par la plus vive amitié, mangeant au même plat, dormant dans le même lit, paraissant ensemble aux assemblées et aux festins traditionnels, un comportement peu rare au Moyen Age et qui n’impliquait pas nécessairement des rapports homosexuels. Mais tout facteur, toute rumeur servent ici à torturer, à humilier l’autre. La peinture de ce nœud de vipères familial est somme toute d’un intérêt bien maigre, n’échappant ni à la grandiloquence ni au faux lyrisme. On ne peut que regretter que cette trame soit la seule dans l’actuel paysage audiovisuel à parler de la stupéfiante Aliénor d’Aquitaine (v. 1122-1204), une personnalité féminine qui aurait mérité un long métrage à elle seule. Présentée ici comme une Médée médiévale, un curieux cas d’amour-haine, la reine des Troubadours fut longtemps, et bien à tort, « comparée tantôt à Messaline et tantôt à Mélusine » (Régine Pernoud dans son remarquable Aliénor d’Aquitaine, Albin Michel, Paris, 1965). En réalité, Aliénor, morte à l’âge de 82 ans, a joué au XIIe siècle un rôle central, tant politique que culturel (mécène, elle favorisa l’expression poétique des troubadours en langue d’oc). Deux fois reine – son premier mari était Louis VII -, mère de dix enfants dont trois rois, femme de tête comme de cœur ayant défié l’empereur et menacé le pape, elle a gouverné son double royaume angevin anglo-français avec la plus clairvoyante maîtrise, jusque dans les domaines économique et social où elle sut, après le décès d’Henry II, corriger les nombreux abus de pouvoir commis par son époux. Ce sont ces mêmes abus qui la poussèrent à soutenir la Grande Révolte de ses fils et des barons du royaume en 1173/74, et non la soif de vengeance d’une femme bafouée, comme le laisse entendre le film.
Cela dit, le texte de Goldman offre des rôles en or pour de grands comédiens, et la production peut d’emblée s’offrir Peter O’Toole, ravi d’interpréter pour la deuxième fois Henry II Plantagenêt après le Becket de Peter Glenville (1964). Pour Katharine Hepburn, qui se remet difficilement de la disparition en juin 1967 de son compagnon de vie, Spencer Tracy, le rôle d’Aliénor constitue une thérapie salutaire ; elle possède la forte personnalité, la grâce et le rayonnement indispensables au rôle. O’Toole a vingt-cinq ans de moins que Katharine, Aliénor en avait vingt de plus que son second époux. Au moment où se joue le film, la reine est âgée de 61 ans, comme Miss Hepburn. Les deux monstres sacrés s’en donnent à cœur joie, cabotinant avec verve et talent. Quant au reste de la distribution, il compte ce qu’il y a de plus prometteur parmi les jeunes comédiens anglais : Anthony Hopkins du National Theatre, qui débute au cinéma, tout comme Timothy Dalton (futur James Bond), John Castle et Nigel Terry. Ancien acteur lui-même et ex-monteur de Stanley Kubrick (Lolita, Dr. Strangelove), le réalisateur Anthony Harvey n’en est qu’à son second film ; il s’affirme passionné par le scénario de Goldman, « une extraordinaire démonstration de la pérennité des phénomènes de la solitude et de l’incommunicabilité aux moments vitaux de l’existence ». Il recherche un réalisme sans ostentation et son film présente effectivement un magnifique travail en matière de décors, de costumes, de couleurs et d’ambiance romane (photo : Douglas Slocombe), résultat qui fait cependant d’autant plus ressortir l’anachronisme des portraits psychologiques et la théâtralité des situations. Le tournage s’effectue en Eastmancolor et Panavision de novembre 1967 à février 1968 aux studios d’Ardmore à Bray (Irlande) et de la Victorine à Nice, puis en extérieurs dans un amalgame fort habile de sites médiévaux, en particulier pour représenter Chinon dont il ne reste que des ruines : à l’Abbaye de Montmajour à Arles, à Fontvieille, à la chapelle de Saint-Gabriel près de Tarascon, au château de Tarascon (Bouches-du-Rhône), à Carcassonne, à la Tour Philippe-le-Bel à Villeneuve-lès-Avignon (Gard), à Aigues-Mortes, à Saintes-Maries-de-la-Mer et en Pays de Galles (plage de Marloes Sands, Milford Haven, château de Pembroke). Budgété à 10 millions de $, le film en rapporte le double. Il décroche une ribambelle de prix : trois Oscars (Katherine Hepburn remporte pour la troisième fois la statuette d’or, avec la musique envoûtante de James Barry et le script de Goldman) en plus de sept nominations (meilleur film, réalisation, costumes, Peter O’Toole), deux BAFTA Awards (Hepburn, musique) et six nominations, deux Golden Globe Awards (meilleur film, Peter O’Toole) et cinq nominations, le prix David di Donatello (meilleure production étrangère) et la Director’s Guild of America Award (A. Harvey). – Remake télévisé en 2003 (cf. infra). – DE : Der Löwe im Winter, IT : Il leone d’inverno, ES : El león en invierno.
1969(tv) Thomas Becket (GB) de Roderick Graham
Série « Chronicle », Paul Johnstone/BBCtv (BBC One 1.3.69), 50 min. – av. Peter Jeffrey (l’archevêque Thomas A. Becket), Barry Foster (Henry II Plantagenêt), David Garfield (Llewellyn), Frederick Hall (Robert de Beaumont, duc de Leicester), Richard Hurndall (Gilbert Foliot, évêque de Londres), Noel Johnson (l’évêque de Winchester), Donald Layne-Smith (l’évêque de Chichester), Marshall Jones, Joby Blanshard (des chevaliers), Hugh Dickson (narration), Magnus Magnusson (introduction).
Une dramatique de Nesta Pain rédigée à partir des neuf biographies contemporaines de Becket et des lettres de ce dernier, ce qui permet de restituer avec assez de précision les dialogues et les échanges authentiques entre Henry II et l’archevêque martyr et de corriger certaines idées reçues.
1975(tv) A Sprig of Broom [Un coup de balai] (GB) de Michael Hayes
Série « Churchill’s People » no. 7, Gerald Savory/BBCtv (BBC 10.2.75), 53 min. – av. Julian Glover (Richard de Anstey), Sara Kestelman (Maud de Anstey), Elizabeth Sellars (Albrida, leur tante), Fiona Walker (Mabelle de Secqueville), Julian Curry (Hubert, son mari), Clive Revill (Henry II Plantagenêt), John Barrett (John Freeman), Peter Howell (Samson), Peter Pourne (Nicholas), Sydney Tafler (Hakelot), Jon Laurimore (Richard de Lucy, Grand Justicier du roi), Jimmy Gardner (le prêtre), Davyd Harries (Terric Bolloc), William Bond (un clerc).
Dans le Hertfordshire, Richard de Anstey et son épouse Maud luttent au tribunal pour hériter des terres de leur oncle décédé, William de Secqueville, domaine que convoite également Mabelle, la fille illégitime de William. Lors d’une altercation, Mabelle meurt d’une crise cardiaque et William est accusé de meurtre. Le cas est soumis à Henry II qui innocente Richard après lui avoir fait subir l’épreuve du feu. – Une anecdote illustrant l’intervention personnelle du roi, qui considérait que rendre la justice était l’une des principales prérogatives du souverain et qui n’hésitait pas à légiférer lui-même pour améliorer le processus judiciaire mis à mal par ses barons anglo-normands (son engagement constitue la base du droit anglais). L’épisode écrit par Brian Rawlinson est tiré de A History of the English-Speaking People de Winston Churchill (1956-58) et est enregistré au Television Centre de Shepherd’s Bush à Londres.
Henry II (Brian Cox) et l’archevêque Thomas Becket (Jack Shepherd) dans « The Devil’s Crown ».
1977/78(tv) The Devil's Crown / La Couronne du diable (GB/FR/CH/US/IT) de Alan Cooke (1-6), Jane Howall (7-9) et Ronald Wilson (10-13)
Richard Beynon/BBCtv-TF1-Telecip-TSR-Time Life-RAI2 (BBC Two 30.4.-23.7.78 / TF1 28.6.-20.9.81), 13 x 52 min. – av. Brian Cox (Henry II Plantagenêt), Jack Shepherd (Thomas A. Becket, évêque de Canterbury), Charles Kay (Louis VII de France), John Atkinson (Robert de Beaumont, duc de Leicester), Harold Goldblatt (l’abbé Bernard), Roy Boyd (Ranulf de Granville), Suzannah Fellows (Rosemonde de Clifford), Thorley Walters (Gilbert Foliot, évêque de Londres), Patrick Carter (l’évêque de Winchester), Norman Ettlinger (Roger de Pont L’Évêque, évêque d’York), Michael Hawkins (Richard de Luce), Marc Harrison (Guillaume de L'Etaing), Freddie Jones (Bertrand de Born), Christopher Gable (Philippe II Auguste de France), Jane Lapotaire (la reine Aliénor d'Aquitaine), Michael Byrne (Richard Cœur de Lion), Lucy Gutteridge (Alix de France, sœur de Philippe II Auguste), Bruce Purchase (le comte d'Anjou), Zoé Wanamaker (la reine Bérengère de Navarre), Peter Baldwin (le duc de Bourgogne), John Duttine (le prince Jean sans Terre), Lynsey Baxter (Isabelle d'Angoulême, son épouse), Roger McBain (Adhémar d'Angoulême), Simon Gipps-Kent (le comte Arthur de Bretagne), Christopher Benjamin (Guillaume des Roches), James Cossins (Hugues IX de Lusignan), Lucy Durham-Matthews / Tracey Childs (Marguerite de France fillette / adolescente), Tony Church (Heinrich IV, empereur germanique), Jonathan Elso (Léopold, duc d’Autriche), Patrick Troughton (Guillaume le Maréchal), Ralph Michael (Hubert Walter, châtelain de Falaise), Ian Hogg (Guillaume de Briouse), Paul Greenwood (Geoffroy Plantagenêt), Brenda Bruce (la reine-mère Matilda l’Emperesse /l’impératrice Mathilde), Frederick Treves (Étienne de Blois), Liam O’Callaghan (l’archevêque de Sens), Ralph Arliss (Geoffroi le Bâtard), David Leland (le cardinal Pierre de Capoue), Alan Webb (le chapelain Guy Diva), Jonathan Adams (Hubert de Bourgh).
Synopsis : Cette vaste chronique télévisée des « rois guerriers » angevins – Henry II Plantagenêt (parties 1 à 5) et sa turbulente descendance, Richard Cœur de Lion et Jean sans Terre – mêle les destinées de la France et de l’Angleterre, d’où une coproduction multinationale. En 1151, Geoffroy Plantagenêt, comte d’Anjou, se rend à Paris, accompagné de son fils Henry, duc de Normandie, pour y rencontrer Louis VII, roi de France, son suzerain (« Pauvre et chétif Louis qui ne règne pas sur son royaume, soupire Geoffroy, c’est seulement une arène où s’affrontent les factions, Normandie, Blois, Anjou et Aquitaine, et chaque baron et chaque comte est roi sur ses terres ! »). À cette occasion, Henry fait la connaissance d’Aliénor, duchesse d’Aquitaine et reine de France, et en tombe amoureux. Aliénor n’ayant pas donné de descendance mâle à Louis VII, celui-ci fait annuler son mariage par le pape. Libre, Aliénor se remarie avec Henry Plantagenêt, qui ajoute ainsi à ses possessions la couronne ducale d’Aquitaine (1154). Devenu roi, Henry II nomme Thomas Becket chancelier d’Angleterre, puis archevêque de Canterbury. Dépossédé de tous ses biens et exilé lorsqu’il s’oppose à son souverain, Becket se place sous la protection de Louis VII en France (épisodes 2-3). Après le meurtre de Becket, Henry II fait pénitence et se rend à Poitiers où Aliénor s’est retirée au milieu d’une « cour d’amour » composée de damoiseaux, baladins et troubadours. Préoccupé de l’avenir de ses enfants et de son royaume, il a marié son jeune fils Henry à Marguerite de France, fille que Louis VII eut de son second mariage avec Constance de Castille. Il veut marier Geoffroy avec Constance de Bretagne, Richard avec Alix de France (deuxième fille de Louis VII et d’Aliénor), et Jean avec la fille du comte de Maurienne. Les années passent, Louis VII, âgé, et Henry II se recueillent sur la tombe de Becket et projettent de partir ensemble aux croisades. Devenue la maîtresse de Henry II, la princesse Alix voudrait se faire épouser, mais Aliénor refuse d’accorder le divorce à son mari. Lorsque Henry II décède, le jeune roi Richard, persuadé qu’il est la cause de la mort du père, veut se racheter en croisade et demande au roi Philippe II Auguste de l’accompagner. Ce dernier accepte à condition que Richard épouse Alix. Richard s’y engage … après la « Croisade des Rois ». Saladin, les manœuvres d’Aliénor et la captivité de Richard en Autriche mettent fin à ces projets. De retour du Proche-Orient, Philippe II Auguste s’empare du Vexin et de Gisors ; Richard lui déclare la guerre et érige un château fort aux Andelys pour protéger Rouen. Richard est tué à Châlus. Son frère Jean sans Terre, héritier de la couronne, enlève et épouse Isabelle, fille du seigneur d’Angoulême, promise à Lusignan. Pour le punir, Philippe II Auguste confisque la Normandie et Angoulême, terres qu’il remet au comte de Bretagne et que Jean tente vainement de reconquérir. Ayant perdu tout espoir de reprendre ses provinces françaises, Jean rentre en Angleterre où ses barons le forcent à signer la Magna Carta.
Encouragée par l’écho public de la télésérie à l’antique I, Claudius, chronique des empereurs julio-claudiens, l’année précédente, la BBC met sur pied une sorte de pendant médiéval aux turpitudes de l’ancienne Rome, fabriqué en couleurs à partir d’un scénario de Jack Russell et de Ken Taylor (dont Keith Miles et Claude-Jean Launay tireront un livre : La Couronne du diable – Les Angevins conquérants, chronique des Plantagenêts, Paris, 1979). Cette Couronne du diable possède à son tour son lot de caractériels, de cruautés, de trahisons et de scènes sanguinaires (une castration qui traumatise les jeunes spectateurs), servie en 13 épisodes, soit sur plus de douze heures. Tous les interprètes sont britanniques (même si, détail cocasse, les personnages historiques ne parlaient pas ou à peine l’anglais); l’acteur irlandais Brian Cox, qui sera Wallace dans Braveheart (1995) et Agamemnon dans Troy (2004), incarne un Henry II agressif, insolent, colérique, une prestation savoureuse. Chaque épisode débute par une vue de son gisant à l’abbaye de Fontevrault (« huit pieds de terre suffisent maintenant à celui pour qui la terre n’était pas assez vaste… »). Ce roi, face auquel le gentil Louis VII fait piètre figure, fut le maître d’un empire « donné par le diable », car « c’est un de ses tours les plus subtils que de nous accorder l’objet de nos prières… » L’action se déroulant sur trop de lieux géographiques différents – entre la France (majoritairement), l’Angleterre et la Terre sainte -, la production franco-anglaise opte pour une solution inaugurée avec Les Rois maudits de Claude Barma cinq ans plus tôt : tous les « extérieurs » sont filmés au studio 6 de la BBC à Shepherd’s Bush (Television Center) devant des décors peints et ornementés par Tom Taylor. Ils sont toutefois stylisés ici en enluminures et complétés au premier plan par des éléments amovibles (tourelles, créneaux, portails) imaginés par David Myerscough-Jones et les sculptures gothiques de Morag McLean. Cela donne des effets de perspective étranges, une bi-dimensionalité qui n’est pas sans rappeler certains tableaux du Henry V de Laurence Olivier (cf. France 7.5). Mais l’ensemble manque de flamboyance, d’espace et de souffle, et finit par s’abîmer dans une théâtralité lassante. – cf. aussi Moyen Âge : France.
1984(tv) Becket e il suo re (IT) d’Aldo Trionfo (th) et Carlo Tagliabue (tv)
Programma della Sede regionale RAI della Toscana (RAItre 13+15.1.84), 136 min. – av. Andrea Giordana (l’archevêque Thomas Becket), Giancarlo Zanetti (Henry II Plantagenêt), Andrea Bosich, Tina Lattanzi, Laura Mercatali, Giovanni Poggiali, Angelo Lelio, Laura Saraceni, Luca Giordana.
Captation télévisuelle de la mise en scène de Becket ou L’Honneur de Dieu de Jean Anouilh par la Compagnia Giordana/Zanetti (Rome). Synopsis et commentaires, cf. le film de 1964.
1990® (tv) Border Warfare (GB) de John McGrath (Channel Four 10.2.90), 60 min. – av. John Purcell (Henry II). – Docu-fiction en trois parties sur les relations difficiles entre l’Écosse et l’Angleterre (cf. Écosse).
1997(tv) Guillaume le Maréchal, le chevalier parfait / William Marshal, the Perfect Knight (FR/GB) de Ludi Boeken
Série « Les Chevaliers », Planète-Raphaël Film-R&B Pictures-BBC-CNC, 50 min. – av. Mark Bearman (Guillaume le Maréchal/William Marshal, comte de Pembroke), Sarah Davies (la comtesse Isabelle de Clare, son épouse), Rod Ellis (Étienne de Blois), Roger Leach (Jean d’Erley), Kevin Ryan (Henry II Plantagenêt), Zack Ellis (Guillaume enfant).
Docu-fiction sur un chevalier anglo-normand et tournoyeur réputé (v. 1146-1219), décrit comme « le meilleur chevalier du monde » dans le manuscrit History of William Marshal rédigé peu après sa mort. Premier comte de Pembroke, né de petite extraction en Angleterre, il se distingue d’entrée en défendant vaillamment Aliénor d’Aquitaine contre les troupes du seigneur de Lusignan ; par la suite, il va servir cinq rois britanniques. Il est chargé de l’éducation du roi Henry le Jeune (mort en tournoi en 1183), et le suit en particulier dans sa révolte contre son père Henry II Plantagenêt en 1173/74. Revenu des Croisades après la défaite de Hattin, Guillaume entre au service du vieux Henry II et le soutient dans sa lutte contre son fils, Richard Cœur de Lion. Nommé Régent d’Angleterre (sous Richard Ier, Jean sans Terre et Henry III), il bat les troupes françaises de Philippe II Auguste à la bataille de Lincoln en 1217, à l’âge de 70 ans.
1997® (tv) Richard Cœur de Lion (FR/GB) de Ludi Boeken. – av. Sam Green (Henry II Plantagenêt). – cf. France: Croisades 4.2
Henry II (Patrick Stewart) se dispute avec son fils Richard (Andrew Howard) (The Lion in Winter, 2003).
2003(tv) The Lion in Winter / Lionheart (Le Lion en hiver) (US/HU) d’Andreï Kontchalovski
Robert Halmi Sr./Martin Poll Productions-Flying Freehold Productions-HCC Happy Crew Company-Hallmark Entertainment-Showtime Networks-Mat Movies & Television Productions GmbH-Co.Project IV KG (GB : 26.12.03, USA : 23.5.04), 2h33 min. – av. Glenn Close (la reine Aliénor d’Aquitaine), Patrick Stewart (Henry II Plantagenêt), John Light (le prince Geoffrey), Rafe Spall (le prince Jean sans Terre), Andrew Howard (le prince Richard [Cœur de Lion]), Yuliya Vysotskaya (Alais/Alix/Alice Capet, princesse de France), Jonathan Rhys-Meyers (Philippe II Auguste, roi de France), Clive Wood (Guillaume le Maréchal), Soma Marko (le jeune Jean), Antal Konrád.
Pour ce remake télévisé américain du film britannique de 1968 (cf. supra), James Goldman reprend tel quel son propre scénario, qu’il a lui-même tiré de sa pièce. À la demande du cinéaste russe Andreï Kontchalovski (Maria’s Lovers, 1984), il fait toutefois précéder l‘intrigue d’un prologue explicatif qui résume l’écrasement de la Grande Révolte de 1173/74, menée par trois des fils de Henry Plantagenêt, Henry le Jeune, Richard et Geoffroy, écartés du pouvoir, spoliés de leur héritage, ainsi que par leur mère Aliénor d’Aquitaine ; suit l’arrestation de cette dernière, condamnée par son royal époux à quinze ans d’emprisonnement en Angleterre. Cette introduction peu dialoguée comporte de nombreux mouvements d’appareils nerveux qui contrastent avec le long huis-clos subséquent. Le téléfilm – tourné en Hongrie (studios Mafilm à Budapest) et au château de Spissky en Slovaquie – insiste sur l’hiver du titre, en montrant des paysages enneigés, le froid qui envahit les couloirs du château, la lumière gris pâle du petit matin, la glace qui s’est formée dans la cuve où se lave le roi, mais ce souci de réalisme n’englobe pas les festivités de Noël, furieusement anachroniques. L'action physique et la haine omniprésente sont plus violentes, les cadrages plus serrés. Par ailleurs, l’interprétation du drame égale à bien des égards celle de 1968, même si Glenn Close, impressionnante, froide et féroce, ne possède pas le charisme de la grande Katharine Hepburn. Les portraits de Henry II, plus autoritaire, moins pompeux aussi, et de Richard gagnent en subtilité ; Jean sans Terre, en revanche, apparaît comme un retardé borderline et obèse : on a peine à admettre qu’Henry II l’ait choisi comme successeur sérieux. Dans le rôle de la princesse Alais/Alix, la propre épouse du cinéaste Kontchalovski. Le téléfilm remporte un « Emmy » pour les meilleurs costumes et dix nominations en 2004, Glenn Close reçoit le « Golden Globe » et Kontchalovski est primé au Monte Carlo TV Festival. – GB : Lionheart, DE : The Lion in Winter – Kampf um die Krone des Königs, IT : The Lion in Winter – Nel regno del crimine – ES : El león en invierno.
2003(tv) Silk and Sword (GB) de Helen Glanville
Série « Kings & Queens », Blakeway Prod. (ITV 23.12.03), 60 min. – av. Rosalind Bailey (la reine Aliénor d’Aquitaine), Pandora Colin, Elliot Cowan, Oliver Darley, Michael Howe, Michael Jenn, Jucinta Mulcahy, Valentine Pelka.
Deuxième épisode d’une série qui éclaire le rôle des souveraines britanniques au XIIe siècle (présentation par le prof. Justin Champion).
2004(tv) Who Killed Thomas Becket ? (GB) d’Andrew Chater
Channel Four Telelvision Corp.-October Films-Lodestar (Channel Four 22.8.04), 55 min. – av. Guy Henry (l’archevêque Thomas A. Becket), Rupert Wickham (Henry II Plantagenêt), Alastair Cording (Gilbert Foliot, évêque de Londres), Roger Monk (De Broc of Saltwood), Robert Glenister (narration).
Enquête docu-fictionnelle.
2004(tv) Dynasty (GB) de Mary Cranitch
Série « Monarchy by David Starkey », Granada Productions-Channel Four (Channel Four 25.10.04), 55 min.
Docu-fiction avec reconstitutions numériques et comédiens anonymes : Henry II, Jean sans Terre, Simon de Montfort.
2005(tv) Cathedral –– 1. Murder at Canterbury – 2. Redemption at Lincoln (GB) de Paul Bryers (1) et Samira Osman (2)
Neil McDonald, Emma Willis/BBCtv (BBC Two 3.1.+10.1), 2 x 60 min. – av. Larry Lamb (l’archevêque Thomas A. Becket), Julian Lewis Jones (Henry II Plantagenêt), John Bennett (Fitzstephen), Nicholas Jones (Hugues d’Avalon), Jasper Britton (Adam of Eynsham), Sam Hazeldine (le vieux duc d’Avalon), Joe Cooper (Hughes jeune), Sam Hazeldine (son père), Daniel Rymer (Richard Ier Coeur de Lion), James Davis (Jean sans Terre), Ray Vrazell, Oliver Senton (Gervase), Lex Van Delden (Benedict), Dan Skinner (Edward Grim).
Une série de docu-fictions relatant des épisodes dramatiques de l’histoire des grandes cathédrales de l’Angleterre. Le premier épisode reconstitue l’assassinat de Thomas Becket à Canterbury en 1170. Le deuxième narre la destruction de la cathédrale de Lincoln par un tremblement de terre en 1185. Croyant lire dans cette catastrophe un avertissement de Dieu pour avoir pillé les trésors de la cathédrale, Henry II fait sacrer évêque de Lincoln un simple prieur français, Hughes d’Avalon (1140-1200), réputé pour sa grande piété. Lors de son intronisation, un cygne blanc apparaît dans les domaines de l’évêque, et lui seul pourra approcher la bête et la nourrir. À sa mort, le pape Honorius III le déclarera saint de l’Église catholique romaine (il est représenté avec une crosse et un cygne). – Nota bene : Les épisodes 3 (« Flood at Winchester » de Paul Bryers), 4 (« Rebellion at St. Giles » de Tim Niel) et 5 (« Fire at Work » d’Isabel Tang) se déroulent respectivement à Winchester en 1900, au XVIIe siècle à Édinbourg sous Charles Ier et en 1829 à York.
2006(vd-mus) Assassinio nella cattedrale (IT) de Tiziano Mancini
Decca/Universal Music, 84 min.av. Ruggiero Raimondi (l’archevêque Thomas Becket), Paoletta Marrocu Sonia Zaramella (dames du chœur [solistes]), Luca Casalin (le héraut), Saverio Fiore, Filippo Bettoschi, Elia Fabbian (trois prêtres), Salvatore Cordella Massimiliano Valleggi, Antonio De Gobbi, Istvan Kovacs (les tentateurs / les chevaliers du roi), et le chœur A.T.E.R. dirigé par Martino Faggiani.
L’assassinat de Thomas Becket en 1170. Une mise en musique de la pièce Murder in the Cathedral de Thomas Stearns Eliot (synopsis et commentaires, cf. film de 1952), drame joué en Italie dans une traduction de Mgr. Alberto Castelli. Lorsqu’il s’attelle à la composition de son opéra tragique en 2 actes, le compositeur Ildebrando Pizzetti a déjà un âge vénérable et n’a plus rien à prouver du côté de la musique et du théâtre musical (en 1914, il créa la musique du fameux péplum muet Cabiria de Giovanni Pastrone) ; l’œuvre musicale sort le 1er mars 1958 à la Scala de Milan, où elle récolte un beau succès. Pizzetti partage avec Eliot la même passion pour la poésie de Dante, mais sa composition est un Literaturoper inspiré en particulier par la thématique catholique de l’Amour universel, la religion apparaissant comme un espace privilégié de l’expérience humaine où l’art doit pouvoir puiser avec profit. Sa conception éthique débouche sur une forme de célébration religieuse, une démarche quasi exotique en plein boom économique des années 1960 qui peut expliquer pourquoi l’opéra de Pizzetti ne s’est pas vraiment imposé sur les grandes scènes internationales. Il s’agit ici d’une captation live de la mise en scène de Tiziano Mancini dans la basilique Saint-Nicolas de Bari (XIIe s.) en 2006, avec la collaboration du Conservatoire Piccinni de Bari et l’orchestre symphonique de la province de Bari sous la direction de Piergiorgio Morandi.
2013(vd) Richard the Lionheart / Richard : The Red Lion (US/IT/RU) de Stefano Milla
Claang Entertainment-DOMA Entertainment-WonderPhil Productions,100 min. – av. Greg Chandler (Richard Coeur de Lion), Malcolm McDowell (Henry II Plantagenêt), Andrea Zirio (Henri le Jeune), Burton Perez (Basiques), Judith Carrion (Ghaliya), Thomas Tinker (Philippe), Alice Luisiana Parente (une esclave), Stewart Arnold, Christopher Jones, Daniele Lucca, Veronica Cclilli.
Se sentant vieillir, Henry II Plantagenêt a choisi son fils Richard Coeur de Lion pour régner sur l'Angleterre lors de la guerre imminente avec la France. Afin de tester la loyauté de Richard, son sens de l'honneur et ses capacités militaires, il l'envoie dans un lieu souterrain infernal où Richard doit affronter une série d'épreuves, d'obstacles et d'ennemis... Une idiotie en vidéo sans rapport avec l'histoire, mal jouée et réalisée avec des bouts de ficelle.
2014(tv) Britain’s Bloodiest Dynasty : The Plantagenets – 1. Betrayal (GB) de James Tovell et Oliver Twinch
Oliver Twinch, Kate Bullions, Dan Gold, David Wilson, Alma Bacula/5Production-Channel Five Broadcasting Ltd.-Castel Film (Bucuresti) (Channel Five 27.11.14), 55 min. – av. Dragos Onisei, Dan Jones (présentation).
Docu-fiction avec reconstitutions et comédiens roumains anonymes, tourné à Bucarest d’après l’ouvrage The Plantagenets : The Warrior Kings and Queens Who Made England de Dan Jones (2012). Quatre représentants de la « dynastie sanglante » y sévissent de 1154 à 1399. Une série hâtivement mise sur pied pour profiter du succès cathodique de Game of Thrones, en affirmant que son contenu est « plus choquant, plus brutal et plus étonnant » encore. Le premier épisode illustre le règne de Henry II, son antagonisme avec Thomas Becket, son épouse Aliénor et ses quatre fils, Henry le Jeune, Richard, Jean, Geoffroy. Les épisodes suivants concernent Henry III (2), Edward II (3) et Richard II (4). En concurrence directe avec une série documentaire de la BBC autrement plus sérieuse, The Plantagenets (2014), de Rosie Schellenberg, Jamie Simpson et David Vincent.
2015Richard the Lionheart : Rebellion (US/IT/RU) de Stefano Milla
Blinov Oleg Adrianovich, Phil Gorn, Stefano Milla/Claang Entertainment-DOMA Entertainment-WonderPhil Productions, 96 min. – av. Greg Chandler (Richard Coeur de Lion), Derek Allen (Henry II Plantagenêt), Debbie Rochon (la reine Aliénor d'Aquitaine), Marco Naggar (le prince Geoffroy), Brian Ayres (le roi Louis VII), Andrea Zirio (Henri le Jeune), Michael Lopes Cardozo (Guillaume le Maréchal), Rebecca Viora (Alys/Alix de France), David Callahan (Chester), Sharon Fryer (Magdalene), Giada Ghittino (Marie), Mishael Lopes Cardozo (Wilhelm), Christopher Jones (One Eye), Giada Ghittino (Marie), Jon Firman (un châtelain), Neil Cole (un capitaine).
En 1173, l'Angleterre et la France sont en guerre. Henri le Jeune, Richard et Geoffroi, les trois fils de Henry II Plantagenêt, se rebellent contre leur père, avec l'appui de leur mère Aliénor d'Aquitaine et du roi de France, Louis VII. Aliénor est capturée par son royal mari. Richard dirige l'armée rebelle et conquiert la majorité des territoires anglais sur sol français, assiégeant son père à Rouen. Il découvre les ruses et trahisons des monarques des deux camps et rencontre sa fiancée, Alix de France, soeur de Philippe Auguste. – Le cinéaste turinois Milla colle de plus près à l'histoire (comparé à son film précédent, cf. supra), fignole décors et costumes, mais son récit reste un peu confus et la réalisation est sans imagination. Tournage en mars 1914 en Italie, dans la Vallée d'Aoste (le château de Fénis pour le siège de Rouen, Saint-Denis et le château d'Introd), puis en studio à Los Angeles. – DE : Henry II: Aufstand gegen den König.
2015(tv) Aliénor d'Aquitaine – une rebelle au Moyen Âge (FR) de Vanessa Pontet et Xavier Lefebvre (fiction)
Série "Secrets d'Histoire" présentée par Stéphane Bern, Jean-Louis Remilleux/Société Européenne de Production-France Télévisions (FR2 11.8.15), 95 min. – av. Nathalie Mann (la reine Aliénor d'Aquitaine), Yannis Bougeard, Charles Durot, Dominique Engelhardt, Mickael Fuhs, Thierry Gary, Victoria Mestre.
Docu-fiction sur la première femme de pouvoir de l'histoire de France. Reine de France à 15 ans en épousant Louis VII, elle devient reine d'Angleterre à 30 ans, au bras d'Henri II Plantagenêt. Belle et rebelle, Aliénor est aussi visionnaire et stratège politique. Pour son époux anglais, elle fait naître la légende du Roi Arthur, puis négocie, traite, arme les bras de ses fils (Richard Coeur de Lion, Jean sans Terre) pour conserver le trône d'Angleterre comme sa très chère Aquitaine. Sous son règne, le royaume de Plantagenêts est le plus grand d'Europe. Tournages à Westminster, au château de Douvres, à Poitiers, à Chinon, à l'abbaye de Fontevraud, etc. Extraits des films A Lion in Winter de A. Kontchalovski (2003), Heroes and Villains: Richard the Lionheart de Nick Green (2008), Arthur, King of the Britons de Jean-Claude Bragard (2002), Robin Hood de Ridley Scott (2010), Pillars of the Earth de John Pielmeier (2010), etc.