II - LE ROYAUME D’ANGLETERRE

1. LE MYTHE D’ARTHUR ET LES CHEVALIERS DE LA TABLE RONDE

Perceval le Gallois (1978) d’Eric Rohmer, avec Fabrice Luchini (Perceval) et Arielle Dombasle (Blanchefleur).

1.2. Perceval et Lohengrin, gardiens du Graal

PERCEVAL dit le Gallois [Parsifal, Parzifal, Percival, Peredur, Perlesvaus, Parluifet], appelé le « Très-Pur », est un des plus jeunes chevaliers de la Table Ronde. Après la mort de son père, le roi gallois Pellinore (qui servit Uther Pendragon, le géniteur d’Arthur), et de ses frères chevaliers, sa mère l’élève dans l’isolement de la forêt en le laissant jusqu’à l’âge de 15 ans dans l’ignorance de ce qu’est la chevalerie et même de son propre nom. Un jour pourtant, tandis qu’il joue dans la forêt, le garçon naïf rencontre cinq chevaliers aux armures si étincelantes qu’il les prend pour des anges. Il veut alors devenir lui-même chevalier et se rend à la cour d’Arthur, obéissant à une vocaton plus forte que l’amour filial ; sa mère en meurt de chagrin. La candeur et le comportement de rustre du jeune Perceval amuse, mais comme il se révèle un combattant redoutable, il est adoubé et invité à se joindre aux élus de la Table Ronde. Commence alors pour lui une longue suite de pérégrinations et d’épreuves sur le chemin de la prise de conscience et de la maturité, en attendant de trouver dans la quête du Graal sa véritable destinée. Accueilli au mystérieux château du Roi Pêcheur, appelé Pellès, Méhaigné (« infirme » en ancien français) ou Anfortas (du latin infirmitas), lequel est atteint d’une blessure inguérissable, il omet par orgueil et insensibilité de s’enquérir sur la nature de l’étrange procession dont il est le témoin stupéfait : une jeune fille tenant entre ses mains un vase étincelant passe plusieurs fois devant lui. A son réveil, le château a disparu, et Perceval, mis au courant de son aveuglement spirituel par son oncle ermite, passe cinq ans à le rechercher et à faire pénitence. Suivant Galaad, le Chevalier Parfait (fils naturel de Lancelot et d’Elaine, la fille du Roi Pêcheur), il sera, avec son cousin Bohort (Bors), un des trois seuls paladins de Camelot à avoir pu approcher le Saint Calice ; il en devient le gardien à Montsalvat (Montsalvage) ou, selon les versions, au château Corbénic, où il parvient à guérir son vénérable prédécesseur. Il transporte ensuite le Graal en Orient avec ses deux compagnons et finit ses jours en ermite en Terre Sainte. Quant à Galaad, après avoir bu le sang de la Coupe, il est transfiguré par la Vérité et gagne le Paradis. Seul Bohort retourne à Camelot.
LOHENGRIN [Gerrain, Loherangrin ou Garin Le Lorrain], dit « le Chevalier au Cygne », fils de Perceval auquel il succède en tant que gardien du Graal. Il épouse Elsa de Brabant, à laquelle il apparaît dans une barque tirée par un ange ayant pris la forme d’un cygne. Après le décès d’Elsa, il se remarie avec la princesse Belaye de Lizaborye ; croyant à un envoûtement, les parents de cette dernière le font assassiner. Belaye meurt de chagrin, son royaume est rebaptisé Lorraine [Lothringen] en souvenir de lui.
Nota bene : La liste des captations télévisuelles des opéras Parsifal et Lohengrin de Richard Wagner est sélective.
1904Parsifal (US) d’Edwin S. Porter
Thomas A. Edison Mfg. Co.-Kleine Optical Co., 600 ft./160 m. (8 tableaux). – av. Adelaide Fitz-Allen (Kundry), Robert Whittier (Perceval le Gallois).
C’est à l’inventeur du cinéma aux États-Unis qu’on doit la plus ancienne adaptation filmique de la geste arthurienne. Thomas A. Edison est toutefois moins intéressé par Chrétien ou Malory que par Richard Wagner, cherchant à capitaliser sur la mise en scène de l’œuvre musicale au Metropolitan Opera de New York à Noël 1903, qui fut un très grand succès, et la tournée nationale que l’opéra entreprit par la suite à Boston, etc. Le tournage se fait dans les studios Edison à West Orange (New Jersey), avec des décors imaginés par Harley Merry. Dès novembre 1904, le « théâtre roulotte » d’Edison présente le film dans différentes villes d’Amérique, au moyen d’un récitant et de chœurs placés derrière l’écran. Il était prévu d’appliquer le procédé du kinétophone qui permet une reproduction sonore synchronisée (autre invention d’Edison), mais on ne sait si ce procédé a réellement été utilisé. La mise en scène d’Edwin Porter est statique, théâtrale (sa caméra capte le point de vue des spectateurs en salle) et engloutit une petite fortune. A l’arrivée, c’est le film le plus cher de Porter pour Edison, et un sérieux manque à gagner : les détenteurs new-yorkais du copyright intentent un procès aux cinéastes pour avoir utilisé le livret de l’opéra sans autorisation et Edison doit retirer son film de la distribution. Au même moment, la veuve du compositeur, Cosima Wagner, perd son propre procès contre le Metropolitan Opera qui a eu l’outrecuidance de monter l’œuvre (interdite de représentation en dehors de Bayreuth), les États-Unis n’ayant pas encore d’accords en matière de droits d’auteur avec l’Allemagne ! Synopsis, cf. infra la captation vidéo de 1981.
Tableaux : 1. « Parsifal Ascends the Throne » – 2. « Ruins of a Magic Garden » – 3. « Exterior of Klingsor’s Castle » – 4. « Magic Garden » – 5. « Interior of the Temple » – 6. « Scene Outside the Temple » – 7. « Return of Parsifal » – 8. « In the Woods ».
1907-1912Lohengrin (DE) – projections sonores avec phonographe (disques)
Plusieurs sociétés allemandes rivalisent pour produire de petits « tableaux sonores » d’une durée de 3 à 5 minutes (env. 50-70 m.) dont la projection muette est accompagnée d’un enregistrement sur disque. Tous sont de courts extraits connus de l’opéra de Richard Wagner (synopsis, cf. film de 1948) ; la programmation de ce « phonothéâtre » est à peine documentée, les informations sont aléatoires. En 1907, Internationale Kinematograph- und Lichtbild-Gesellschaft (Berlin) exploite un Lohengrin : Brautchor. En 1908/09, Jules Greenbaum/Deutsche Bioscop GmbH (Berlin) suit avec Lohengrin : Wenn ich im Kampf für dich siege (acte I) et Lohengrin : Brautgemach (acte II) mimé par Ernst Kraus et Emmy Destinn ; Duskes Kinematographen- und Film-Fabriken GmbH et Oskar Messter Film-Projection GmbH (« Biophon Tonbilder ») à Berlin sortent la même année Lohengrin : Nun sei bedankt, mein lieber Schwan, Lohengrin : Einsam in trüben Tagen, Lohengrin : Gralserzählung et Lohengrins Abschied, tableaux filmés par le pionnier et homme de théâtre Franz Porten (qui joue également le roi Henri l’Oiseleur), aux côtés de sa fille cadette Henny Porten (interprète d’Elsa von Brabant), future primadonna du cinéma muet allemand, et de Witold d’Antone (Lohengrin) ; Ida Hiedler chante Elsa. En 1909 sort Lohengrin : Höchstes Vertrauen (Internationale Kinematograph- u. Lichtbild-Gesellschaft, Berlin) et en 1912 Lohengrins Abschied (Karl Werner Filmproduktion, Berlin-Köln) ; un Lohengrin de la Universum-Film AG (UFA) à Berlin sorti en 1921 (1 acte/223 m.) semble être du même acabit.
1912Parsifal (Le Saint Graal / Perceval) (IT) de Mario Caserini
S. A. Ambrosio, Torino, 1188 m./1064 m./3 actes/55 min. – av. Vitale De Stefano (Perceval), Mario Bonnard (le prêtre-roi Amfortas [=le Roi Pêcheur]), Mary Cleo Tarlarini (Kundry), Maria Gasparini (Herzeleide, la mère de Perceval), Antonio Grisanti (l’évêque), Dario Silvestri, Oreste Grandi, Filippo Costamagna, Serafino Vité, Lia Negro.
Synopsis : L’évêque de Montsalvat nomme Amfortas protecteur du Graal, mais dans l’ombre, le magicien Klingsor et sa complice Kundry (des « suppôts de Satan ») complotent pour provoquer sa chute. Déchu et blessé après avoir succombé aux charmes de Kundry, Amfortas prie avec l’évêque afin que le Ciel envoie un garde des lieux plus digne de sa fonction. Dans un songe, Perceval entend l’ange l’inciter à partir ; il apprend le métier des armes, sa mère lui remet l’épée paternelle. Klingsor et Kundry, qui ont observé le jeune homme naïf à travers un miroir magique, l’accompagnent à Camelot auprès des chevaliers du roi Arthur où ils l’invitent à une orgie ; Perceval se tient à distance et l’évêque, reconnaissant sa nature profonde, l’initie aux mystères du Graal. Klingsor tente à nouveau de l’inciter au péché, mais Perceval, armé de son épée et de la prière, résiste à toutes les tentations et atteint Montsalvat où une colombe survolant le Saint Calice descend sur lui, confirmant qu’il est bien l’envoyé du Ciel. Amfortas est pardonné.
Le script d’Arrigo Frusta, dérivé d’une ébauche d’Alberto A. Capozzi, reprend dans ses très grandes lignes l’intrigue brossée par Richard Wagner, qui passe sous silence Arthur et sa Table Ronde (synopsis cf. captation vidéo de 1981). Il impose en revanche un éclairage rigoureusement catholique, sans doute à l’insistance du Vatican, irrité par l’universalisme wagnérien et par sa mise en scène « profanatoire » du rite de l’Eucharistie. Le scénario italien récupère ainsi la relique du Christ gardée par une coterie obscure, donc suspecte, pour la replacer dans le giron de l’Église romaine. Estimant qu’un clerc accrédité vaut mieux qu’un vulgaire saint homme, le film remplace le sage Gurnemanz par un évêque de Rome. La production – tournée aux studios Ambrosio de la Via Catania à Borgo Dora (Turin) – bénéficie d’un traitement de faveur, les costumes et armures sont fournis par la Scala de Milan, et (à en croire la publicité), près de 500 comparses se pressent devant les caméras. Le très long défilé d’hommes en armes en ouverture signalise que les projections étaient accompagnées par la musique wagnérienne. Mario Caserini, directeur artistique de la société, confie le rôle de la mère du héros à son épouse, Maria Gasparini. L’année suivante, Caserini signera pour Ambrosio le super-péplum Les Derniers Jours de Pompéi, qui fera le tour du monde. – DE : Parsifal.
1916Lohengrin (DE) de Jakob Beck
Jakob Beck-Film KG (Berlin)-Deutsche Lichtspiel-Opern-Gesellschaft, 3 actes/50 min. – av. Felix Dahn (Lohengrin), Elisabeth Böhm van Endert (Elsa de Brabant), Frieda Langendorff (Ortrud von Telramund), Ernst Lehmann.
L’intrigue très condensée de l’opéra de Richard Wagner est interprétée par des chanteurs connus de la scène berlinoise, filmés en play-back ; le projecteur est synchronisé avec un grammophone (musique dirigée par Hermann Stange). Synopsis détaillé, cf. film de 1948.
1948Lohengrin (IT/FR) de Max Calandri
Gennaro Proto/Scalera Film (Venezia)-P.G.P. Films Comète, 109 min. – av. Antonio Cassinelli [voix : Giacinto Prandelli] (Lohengrin), Jacqueline Plessis [voix : Renata Tebaldi] (Elsa de Brabant), Inge Borg [voix : Elena Nicolai] (Ortrud von Telramund), Attilio Ortolani [voix : Antonio Cassinelli] (le comte Friedrich von Telramund), Giulio Oppi (Henri l’Oiseleur, roi de Germanie), Giuseppe Modesti (le héraut du roi), Nino Marchesini, Ivan Miriev [=Giovanni De Dominis], Leonardo Severini, Gianpiero Malaspina.
L’opéra en trois actes écrit et mis en musique par Richard Wagner (1850). – Synopsis : Henri Ier l’Oiseleur, roi de Germanie (Heinrich der Vogler, 876-936), visite le duché de Brabant pour lever des troupes, car les Hongrois menacent le royaume. Dans le château d’Anvers, le comte brabançon Friedrich von Telramund explique au roi que le duc défunt le nomma protecteur de ses deux enfants, Gottfried et Elsa. Elsa est revenue seule d’une promenade dans la forêt avec son frère, et le comte est persuadé qu’elle a noyé Gottfried dans un étang, ce pourquoi il a refusé sa main et pris pour épouse Ortrud, une princesse frisonne. Mais il réclame néanmoins l’héritage du duc et accuse Elsa d’avoir un amant secret, ce que celle-ci nie avec véhémence. Le roi décrète un Jugement de Dieu. Elsa veut pour champion un chevalier pur et vaillant qu’elle a vu en rêve et supplie le Ciel de le faire apparaître. Sur les flots de l’Escaut, un cygne tire une nacelle, un chevalier à l’armure étincelante s’y tient debout : Lohengrin. Le chevalier remercie le cygne qui repart, puis accepte de défendre la jeune fille accusée à tort et de l’épouser à condition que celle-ci ne lui demande jamais qui il est ni d’où il vient. Telramund est terrassé. Banni, il accuse Ortrud de l’avoir induit en erreur. Ortrud, adoratrice de Wotan et de Freia, les dieux germaniques « répudiés », persuade son époux qu’il a été vaincu par la magie et prépare leur vengeance. On organise les noces d’Elsa avec le mystérieux chevalier au cygne, que le roi reconnaissant a nommé Protecteur du Brabant et chef des armées.
Ordrud feint le repentir, se jette aux pieds de la naïve Elsa et la supplie d’intervenir auprès de son fiancé pour obtenir le pardon royal. Au début de la cérémonie nuptiale, elle exige toutefois la préséance, sous prétexte qu’un faux jugement obtenu par un mystérieux inconnu aux pouvoirs de sorcier aurait écarté son époux de noble lignée. Lohengrin rétorque qu’il n’a pas de compte à rendre ni à un homme ayant « oublié l’honneur » ni même au roi. Dans la chambre nuptiale, les époux se déclarent leur amour, mais Elsa, ébranlée par les insinuations d’Ortrud et les propos de « félicité » à laquelle son mari aurait renoncé pour elle, lui pose la question interdite - et leur bonheur s’enfuit. Lohengrin tue Telramund, niché en embuscade dans la pièce voisine. Il fait porter le cadavre du félon devant le tribunal du roi, puis révèle son identité : fils de Perceval, un chevalier de la Table Ronde, il vient du lointain château de Montsalvat au centre duquel se trouve un temple lumineux « d’une splendeur telle que la terre n’en connaît point ». Ce temple abrite le calice sacré du Graal, « apporté par une légion d’anges ». Grâce à lui, « une foi sainte et pure se répand sur la chevalerie » ; Perceval en est le gardien et lui, Lohengrin, le paladin. Investi de pouvoirs célestes, il est invincible tant qu’il reste inconnu et c’est par le Graal qu’il fut envoyé à la cour de Brabant. Le cygne venu chercher le chevalier se métamorphose en Gottfried – que Lohengrin proclame duc de Brabant avant de disparaître à jamais dans une nacelle tirée par une colombe. Ortrud pousse un cri terrifiant, Elsa s’effondre sans vie dans les bras de son frère retrouvé.
L’ouvrage romantique de Richard Wagner s’inspire du Parzival de Wolfram von Eschenbach (XIIIe s.), et de sa suite anonyme, Lohengrin, écrite en Thuringe puis remaniée en Bavière, elle-même tirée du poème épique de Garin le Lorrain (ou Loherin), chanson de geste provenant du cycle nommé Geste des Lorrains (XIIe s.). Une autre source littéraire, Der Schwanritter (Le Chevalier au cygne) de Konrad von Würzburg (v. 1260), contient, comme le Parzival, l’histoire de l’accusation injuste, du chevalier à l’attelage volatile et de la question interdite. Dès les années 1920, les idéologues du nazisme accaparent la matière. Mais ce n’est pas le merveilleux chrétien ni le manichéisme exprimé par l’amour éthéré d’Elsa et de Lohengrin d’un côté, par les machinations ourdies par Otrud et Friedrich de Telramund de l’autre qui les interpellent. Heinrich Himmler, chef suprême de la SS, voue un culte idolâtre à Henri l’Oiseleur, souverain martial et maître du Saint Empire romain germanique à partir de 916 (bien qu’il n’ait jamais été couronné). Aussi le haut Moyen-Âge allemand est-il instrumentalisé à outrance par le parti pour justifier la vision européenne d’un Hitler – qui avait pourtant prévu d’éradiquer le christianisme après que « la question juive allemande » a été réglée.
Le mysticisme réarrangé de Lohengrin et de Perceval via Wagner étant passé au service de la cause nationale-socialiste, il est compréhensible que l’œuvre ait subi une certaine éclipse au lendemain de la guerre. Le film de Max Calandri en 1948 est un cas à part, « latinisé » en quelque sorte, car chanté en italien et non en allemand. Le tout est filmé en octobre-novembre 1947 dans les studios de la Scalera Film à Fert, au parc de la Villa Erizzo à Mirano, sur l’île de Murano dans la lagune de Venise et sur les rives du lac de Garde (avec un cygne en papier mâché) - où le tournage doit être interrompu après la découverte de bombes non désamorcées au fond de l’eau. Il s’agit d’un enregistrement assez plat de l’opéra, sans imagination et en noir et blanc, avec des comédiens dont les voix sont doublées par quelques artistes de renom, provenant de la Scala de Milan, de l’Opéra royal de Rome, du San Carlo de Naples et de la Fenice à Venise. Parmi ceux-ci, l’illustre soprano Renata Tebaldi, 26 ans, qui a justement percé sur scène à Bologne deux ans plus tôt dans le rôle d’Elsa de Brabant, remarquée par Arturo Toscanini. La Française Jacqueline Plessis, qui interprète Elsa à l’écran, est une ancienne résistante devenue actrice et productrice de cinéma après la guerre (elle sera l’impératrice Eugénie dans Nana de Christian-Jaque, 1954, et la reine Éléonore de Habsbourg dans Si Paris nous était conté de Sacha Guitry, 1955) ; le basse Antonio Cassinelli, de Bologne, lui donne la réplique en Lohengrin. Le film n’est exploité qu’en province, en Italie comme en France.
1951*Parsifal / La lanza sagrada (La Légende de Parsifal) (ES) de Daniel Mangrané et Carlos Serrano de Osma
Daniel Mangrané/Orphea Films SA-Mangrané Films (Barcelone), 99 min./96 min. – av. Gustavo Rojo (Perceval), Ludmilla Tchérina (Kundrya / la mère de Perceval), Alfonso Estela (le prêtre-roi Amfortas [=le Roi Pêcheur]), José Bruguera (Titurel, son père), Carlo Tamberlani (le sage Gurnemanz), Félix de Pomés (le magicien Klingsor), Jesús Varela (le nain-bouffon de Klingsor), Angel Jordán (Roderico, père de Perceval), José Luis Hernández (Perceval enfant), Teresa Planell (la vieille femme), Ricardo Fusté (Alisan, le noble ancien), Nuria Alfonso (la colère), Carmen Zaro (l’avarice), Toni Domenech (la gloutonnerie), Rosa Manero (la paresse), Elena Montevar (l’envie), Carmen de Lirio (l’orgueil), Josefina Ramos (la luxure).
 Une curiosité majeure dans le cinéma ibérique de l’ère franquiste : on y aborde pour la première fois un sujet réellement fantastique, et quoique la matière pourrait, à première vue, plaire au national-catholicisme qui plombe l’Espagne, cette œuvre insolite dérange par son « mysticisme » trop emphatique, l’absence jugée choquante de clergé et ses scènes explicites de séduction. Le film fut d’ailleurs interdit par la censure, puis autorisé du bout des lèvres après trois minutes d’excisions diverses, pour des raisons géopolitiques liées à la Catalogne et à sa résistance culturelle (à l’origine, le film devait même être parlé en catalan). Une remarque initiale invitant « ceux qui abusent de la victoire » à montrer « plus de pitié envers les vaincus » n’a pas dû plaire non plus aux oligarques du régime à Madrid, après la terrible répression que connut le pays dans les années 1940. Le script puise pour sa première moitié dans Wolfram von Eschenbach et Chrétien de Troyes (synopsis, cf. film de 1978), et pour la seconde, assez librement dans le Parsifal de Richard Wagner (synopsis cf. captation vidéo de 1981), opéra dont le film reprend du reste la musique symphonique, mais aucun passage chanté. L’attachement identitaire particulier à Wagner et l’appropriation de son œuvre par la bourgeoisie et les intellectuels catalans sont bien connus (triomphe du Tannhäuser en 1861, biographie du compositeur par Joaquim Marsillach en 1878, l’association Wagneriana fondée en 1901, le Ring des Nibelungen au Liceu de Barcelone en 1903, etc.).
Un prologue affirme que « le monde actuel perd ses illusions. Tout ce qui paraissait reposer sur des bases immuables apparaît aujourd’hui incertain par manque de confiance dans l’avenir et par le pressentiment néfaste d’une catastrophe. » La Troisième Guerre mondiale menace, mettant « les valeurs de notre civilisation en péril ». Les combats font rage ; fuyant les bombes, des soldats espagnols munis de masques à gaz escaladent une montagne et se réfugient dans la chapelle d’un monastère ravagé où ils découvrent un incunable médiéval couvert de poussière. Son texte initial rappelle les titres des journaux du XXe siècle : « Depuis l’invasion des barbares, le monde en ruine sembla avoir perdu à jamais toute espérance, le bonheur et les principes de la vie spirituelle… » Le récit s’engage, situé « au début du Ve siècle en terre espagnole », lors de l’invasion des barbares. Rapines, viols et massacres parmi les chrétiens wisigoths. Las des tueries, Roderico, un jeune guerrier au torse nu, l’arc en bandoulière, arrache une belle captive blonde à cette brute sanguinaire de Klingsor. « Demain, nous irons à la Montagne sacrée, à Montserrat auprès des Chevaliers du Saint Graal, je veux que notre fils fasse partie de ces élus », confie Roderico à celle qui devient sa femme. Le lendemain, le chef de tribu décrète un combat à mort entre les deux rivaux. Roderico sort vainqueur, mais il est poignardé dans le dos par son adversaire auquel il a laissé la vie ; Klingsor le conquérant s’impose comme nouveau chef.
Enceinte, la jeune femme gagne les montagnes en quête du lieu sacré. Elle accouche au creux d’une caverne. Â l’âge de 4 ans, son jeune fils aperçoit deux chevaliers et, en l’absence de sa mère, les suit dans le brouillard. Partie de nuit à sa recherche, sa mère fait une chute mortelle. Le garçonnet survit, nourri par une louve, et grandit à l’abri de tout contact humain. Jeune homme, il découvre la belle Kundrya (Kundry chez Wagner) endormie dans l’herbe, une noiraude qui ressemble étrangement à sa mère et dont il s’éprend. Kundrya lui révèle son nom : Perceval. Les amants s’étreignent, mais la femme s’éclipse, obéissant à l’appel télépathique de Klingsor, son père, à présent un puissant magicien. Ce dernier l’enjoint d’ensorceler le chevalier du Graal Amfortas (« la femme est le péché du monde »), qu’il blesse par la suite grièvement en lui arrachant la Lance sacrée du centurion Longinus à Gethsémané. Perceval est témoin de la scène et, déçu par ce premier contact avec ses semblables, se retire à nouveau du monde. Privés de la Lance, les chevaliers de Montserrat sont impuissants face aux sortilèges de Klingsor. Seul un homme « simple et illuminé par la compassion » pourrait les sauver. Le vieux sage Gurnemanz invite Perceval à assister à la cérémonie du Graal, puis à y méditer en solitaire. Perceval résiste aux parfums envoûtants de Kundrya comme aux incarnations des sept péchés capitaux (sept femmes lascives) croisés dans le jardin enchanté, et lorsqu’il récupère de force la Sainte Lance, la forêt s’évapore. Tandis que les guerriers païens de Klingsor et les chevaliers chrétiens se livrent bataille, Perceval se bat contre le magicien – comme le fit jadis son père. À terre, Klingsor veut le prendre en traître, mais son bouffon l’abat d’une flèche. Perceval disparaît pour revenir des années plus tard, en homme mûr et barbu, avec casque et cotte de mailles. Ses traits sont ceux du Christ. Kundrya, qui erre dans les bois, se prosterne en repentance devant lui et lui lave les pieds… Épilogue : les deux militaires du XXe siècle aperçoivent un vieillard en soutane devant l’autel et se découvrent : « La Paix revient pour les hommes de bonne volonté. »
On notera préalablement que le film opère une permutation pas tout à fait innocente entre Montsalvat (ou Munsalvache, Montsalvage), l’emplacement du Graal aux dires du trouvère allemand et de Wagner, et l’abbaye bénédictine de Montserrat, premier sanctuaire marial de Catalogne. Certains textes tardifs et plus prosaïques situent Montsalvat, le « Mont du Salut », dans les Pyrénées, sur le versant septentrional de l’Espagne wisigothe, tandis que le château enchanté de Klingsor se trouverait sur le versant méridional, du côté de l’Espagne mauresque (ben voyons). La localisation du sanctuaire est d’ailleurs source d’élucubrations les plus abracadabrantes, car en fait, la légende authentique place le pic « aux bords lointains dont nul mortel n’approche », lieu identifié au Paradis terrestre. Le Reichsführer Himmler visita personnellement Montserrat en octobre 1940 ; les moines refusèrent de le recevoir. Partant d’un bricolage étymologique de dilettantes, Antonin Gadal, mythographe exalté français, et l’archéologue SS Otto Rahn ont localisé le Graal à Montségur, en Occitanie, et fait du Calice ce « trésor des Cathares » tant convoité par les nazis. L’Obersturmbannführer Rahn considérait les Cathares comme des « aryens adorateurs de Lucifer, figure du dieu solaire originel »… Ses ouvrages Croisade contre le Graal (Kreuzzug gegen den Gral, die Geschichte der Albigenser) et La Cour de Lucifer (Luzifers Hofgesind, eine Reise zu den guten Geistern Europas), parus respectivement en 1933 et 1937, furent approuvés par le Führer ; leur auteur, en revanche, fut « suicidé » par ses petits camarades en 1939. Les répercussions de ces faits divers apparaîtront plus tard dans les aventures d’Indiana Jones (cf. infra, 1989).
L’initiateur de ce Parsifal pour le moins singulier, le chimiste, scénariste et producteur Daniel Mangrané, fils d’un républicain barcelonais qui fit fortune dans l’exploitation cinématographique, veut en premier lieu rendre hommage à son opéra favori et à Montserrat (le titre de travail du film est La montaña sagradaLa Montagne sacrée). Il se réserve la direction des acteurs, l’atmosphère visuelle, les effets spéciaux et une partie du scénario ; c’est à lui qu’incombent l’esthétisme des images baignées de brouillard, les jeux d’ombres et de nuages, et sans doute la décision de renoncer à toute armure médiévale : on porte des tuniques du haut Moyen Âge, hauberts et fourrures, les combats se limitent à l’épée, au javelot et au bouclier. Le découpage et la réalisation techniques sont confiés à Carlos Serrano de Osma, critique de cinéma très coté dans les années 1930, politiquement à gauche, proche du surréalisme et déjà auteur de plusieurs longs métrages qui sortent du lot, dont le très onirique Embrujo (1947). Le tandem réunit non sans peine six millions de pesetas (des pourparlers avec le Mexique échouent), mais doit renoncer à l’utilisation prévue du procédé barcelonais Cinefotocolor.
Le rôle de Perceval revient au jeune premier uruguayen Gustavo Rojo, qui en est ici à ses débuts et dont la téléfilmographie comptera plus de cent titres entre Madrid, Mexico, Hollywood et Cinecittà. Comme il doit apparaître le torse nu dans 90% des prises de vues, et que son thorax trop velu pourrait troubler la gent féminine, la censure exige qu’il soit soumis à des séances douloureuses d’épilation à la cire. Pour le double rôle de la magicienne Kundry(a) et de la mère de Perceval, Mangrané souhaite une sylphide sensuelle à la démarche de danseuse, et son choix tombe très naturellement sur la ballerine franco-russe Ludmilla Tchérina, une disciple de Serge Lifar, étoile des Ballets de Paris de Roland Petit (1947) et du Metropolitan Opera à New York (1950) dont un critique dira qu’elle possède « une grâce d’ange et une malice de démon ». Michael Powell et Emeric Pressburger viennent de l’initier au cinéma avec The Red Shoes (Les Chaussons rouges) en 1948. Mangrané et Serrano tournent du 21 mai au 3 septembre 1951 dans le Parc national et sur les flancs du Maciso del Montseny (Catalogne), dans le massif au relief karstique de Montserrat, puis aux studios Orphea Films à Barcelone-Montjuïc. (Michael Powell, qui est un visiteur fréquent sur le plateau à Barcelone, réengage illico Ludmilla Tchérina pour Les Contes d’Hoffmann, où elle danse la létale courtisane Giulietta.) Afin d’amadouer les cerbères catholiques, le Graal utilisé est une réplique du calice conservé dans la cathédrale de Valence. Enfin, dans la scène des sept péchés capitaux, Mangrané se permet un clin d’œil pour happy few : « l’orgueil » est campé par la capiteuse meneuse de revue Carmen de Lirio, alors la maîtresse du Gouverneur Civil de Barcelone, Eduardo Baeza Alegria, le responsable de la répression et de milliers d’arrestations lors de la « grève des tramways » qui vient de paralyser la ville avant le tournage (mars 1951).
La réception des médias s’avère très mitigée (les qualificatifs vont d’« œuvre d’art » à « enfantillage ») et le film fait un four retentissant en salle ; il sera néanmoins reprogrammé tous les ans pendant la Semaine Sainte et exploité discrètement en France (1953), en Italie, aux Etats-Unis (1955) et en Amérique latine. Parsifal récolte le prix spécial du meilleur film décerné par le Sindicato Nacional del Espectáculo ainsi que trois autres prix (meilleur film, photo, décors) du Circulo de Escritores Cinematográficos à Madrid 1951, plus une nomination pour le Prix du Jury au Festival de Cannes 1952 où il représente l’Espagne. Le rythme du film (calqué sur la musique) est lent, sa mise en scène parfois maladroite et statique, les affrontements armés mériteraient plus de soin pour une bande qui aspire à la synthèse de l’épique, du mythique et du mystique. Mais la qualité de la photo et des éclairages irréels de Cecilio Paniagua (collaborateur de Bardem, Siodmak, Mario Bava), les compositions et cadrages qui se réfèrent clairement à Die Nibelungen (1924) de Fritz Lang et à la Couronne de fer (1941) d’Alessandro Blasetti contribuent à distiller une certaine fascination. Nonobstant, l’originalité du film tient moins à sa facture qu’à sa nature, à son concept même, porté par l’obstination enthousiaste de ses créateurs. Une reconsidération critique plus sérieuse suivra beaucoup plus tard, après un purgatoire immérité de presque six décennies. – IT : La leggenda di Parsifal, US : The Evil Forest.
1955[The Silver Chalice (Le Calice d’argent) (US) de Victor Saville ; Saville Productions-Warner Bros., 143 min. – av. Paul Newman (Basile), Pier Angeli, Jack Palance (Simon le Magicien), Virginia Mayo, Walter Hampden (Joseph d’Arimathie), Alexander Scourby (Luc), Lorne Greene (Pierre). – Un péplum, à titre de rappel et de curiosité : la préhistoire du Graal. À Antioche, l’apôtre Luc charge un jeune sculpteur grec, Basile, de ciseler un calice d’argent dans lequel sera dissimulé la coupe dont le Christ se servit le soir de la Cène. Basile se rend à Rome pour remettre le calice terminé à l’apôtre Pierre, mais Néron sévit et l’artiste confie le précieux objet à Joseph d’Arimathie qui l’emporte vers le Nord. Adaptation du roman éponyme de Thomas B. Costain, paru en 1952.]
Perceval le Gallois (Fabrice Luchini) stupéfie la cour du roi Arthur.
1978***Perceval le Gallois (FR/DE/IT/CH) d’Éric Rohmer
Barbet Schroeder, Éric Rohmer/Les Films du Losange (Paris)-FR3 Cinéma-ARD-RAI-SSR-Gaumont, 138 min. – av. Fabrice Luchini (Perceval le Gallois), André Dussolier (Gauvain), Marc Eyraud (le roi Arthur), Marie-Christine Barrault (Guenièvre), Arielle Dombasle (Blanchefleur, châtelaine de Beaurepaire), Michel Etcheverry (le Roi Pêcheur), Jacques Le Carpentier (L’Orgueilleux de la Lande), Gérard Falconetti (Sire Ké/Keu/Kay le Sénéchal), Raoul Billerey (Gornemant de Gohort/Gurnemanz de Goort), Guy Delorme (Clamadieu des Îles), Clémentine Amouroux (la Pucelle de la Tente), Antoine Baud (le Chevalier Vermeil), Joceylne Boisseau (la Pucelle qui rit), Sylvain Levignac (le sénéchal Anguingueron), Pascale de Boysson (la Veuve Dame), Coco Ducadois (la Demoiselle Hideuse), Gilles Raab (Sire Sagrémor), Jean Boissery (Guigambrésil), Claude Jeager (Thiébault de Tintaguel), Frédérique Cerbonnet (la fille aînée de Thiébault), Anne-Laure Meury (la Pucelle aux petites manches, fille cadette de Thiébault), Frédéric Norbert (le roi d’Escavalon), Christian Lietot (la sœur du roi), Hubert Gignoux (l’ermite, oncle de Perceval), Daniel Tarare (l’écuyer Yvonnet / le charbonnier / Garin / le vavasseur / le pèlerin), Solange Boulanger, Catherine Schroeder, Francisco Orozco, Deborah Nathan, Jean-Paul Racodon, Alain Serve, Pascale Ogier, Nicolaï Arutène, Marie Rivière et Pascale Gervais de Lafond (le chœur, ménestrels, musiciens et rôles divers).
Universitaire austère et discret, auteur d’une thèse de doctorat sur F. W. Murnau et, avec Claude Chabrol, d’une monographie qui a fait date sur Hitchcock, critique des Cahiers du Cinéma (période jaune), Éric Rohmer est un passionné de contes libertins (dits « contes moraux »), mais aussi l’orfèvre de deux des plus beaux films historiques du cinéma français, La Marquise d’O… (1976) et L’Anglaise et le duc (2001). Parmi ses amours littéraires figure le cinquième roman de Chrétien de Troyes, Perceval le Gallois ou le Conte du Graal, un texte datant du XIIe siècle. Le projet de le ressusciter à l’écran a été longuement mûri, puisqu’en 1965 déjà, Rohmer signe un court métrage documentaire de 23 minutes pour la Télévision scolaire (IPN) qui présente Perceval ou Le Conte du Graal illustré par des miniatures. Mais rien ne laissait présager pareil ovni cinématographique, une œuvre d’une part libre, sobre et très moderne, et qui atteint d’autre part un enracinement historique fabuleusement précis et sans doute unique dans l’histoire du cinéma.
Synopsis : Son époux et ses deux fils aînés ayant péri dans les combats, la mère de Perceval a voulu préserver le dernier enfant qui lui reste des dangers de la chevalerie. Élevé dans un manoir solitaire au fond de la forêt, le jeune Gallois s’adonne à la chasse et ignore tout du monde. Mais un matin, il rencontre cinq chevaliers que, dans sa naïveté, il prend pour Dieu entouré de ses anges. Sa vocation s’éveille : il décide de se rendre à la cour du roi Arthur pour être fait chevalier. Sa mère éplorée lui donne en hâte quelques conseils (porter secours aux demoiselles et se contenter en échange d’un baiser, rechercher la compagnie d’hommes vaillants et prier). En route, il croit suivre le conseil maternel en embrassant malgré elle une demoiselle endormie sous sa tente. Persuadé qu’elle a accordé plus qu’un baiser, l’ami de celle-ci, l’Orgueilleux de la Lande, la force à le suivre pour châtier l’intrus. Entré à cheval à la cour royale, Perceval provoque stupeur et sarcasmes ; une demoiselle le salue et rit, le sénéchal Ké la gifle. Perceval demande au roi de l’adouber. Ce dernier l’ayant prié de patienter, il sort et tue brutalement le Chevalier Vermeil, qui a humilié le souverain et insulté la reine. Il accapare et revêt son armure. Yvonnet, l’écuyer de Perceval, annonce à la pucelle giflée qu’un jour elle sera vengée. Dans un château voisin, Perceval est accueilli par Gornemant de Gohort qui l’instruit, l’arme chevalier et lui recommande de toujours faire grâce à l’ennemi vaincu, de secourir la veuve et l’orphelin, prier Dieu et ne pas trop parler.
Dans la cité de Beaurepaire, assiégée et menacée par la famine, Perceval est reçu par la belle châtelaine Blanchefleur, qui, après un repas frugal et voyant en lui le seul sauveur possible, se rend la nuit en pleurs dans sa chambre. Elle lui conte sa détresse et les deux jeunes gens s’endorment dans les bras l’un de l’autre, bouche contre bouche (« ils se baisent et s’accolent »). Le lendemain, les assiégeants, Clamadieu des Îles et le sénéchal Aguingueron, sont défaits en joute ; Perceval leur fait grâce et les enjoint de se rendre au roi Arthur. Puis, se souvenant de sa mère, il renonce à une vie agréable aux côtés de Blanchefleur et poursuit son chemin. Le soir, il arrive à Corbenic, au château du Roi Pêcheur qui a surgi devant lui, émergeant des brumes comme une vision, à proximité d’une rivière infranchissable. Le seigneur des lieux, paralysé à la suite d’une blessure, le régale des meilleurs mets. Pendant le festin Perceval est témoin d’un étrange cortège qui repasse plusieurs fois avant de s’évanouir dans une pièce voisine : un jeune homme tenant une lance qui saigne précède deux porteurs de candélabres et une demoiselle portant un « Graal », calice d’or phosphorescent. Se rappelant le conseil de discrétion que lui a donné Gornemant, Perceval ne pose aucune question. Lorsqu’il se réveille, fier d’avoir triomphé de sa curiosité, il trouve les lieux vides, toutes les portes sont closes. À peine a-t-il quitté le château que celui-ci s’estompe dans la brume. Une créature hideuse montée sur une mule lui reproche de ne pas avoir posé de questions sur ce qu’il a vu, questions qui auraient guéri le roi infirme. Perceval est à présent condamné à errer de longues années.
Dans la forêt, il retrouve la damoiselle embrassée de force sous la tente, lui demande pardon, fait mordre la poussière à son protecteur et lui ordonne de rapporter ces faits à Arthur. Émerveillé par tant de prouesses, le roi décide de partir à sa recherche, suivi de toute sa cour. Sire Sagrémor et le sénéchal Ké troublent sans égards le héros dans sa méditation pour l’amener de force devant Arthur : ils sont désarçonnés, Ké blessé à l’épaule. Le neveu d’Arthur, Gauvain, qui reconnaît en Perceval une âme noble, son égal, le serre affectueusement dans ses bras. Le Gallois salue le roi, la reine Guenièvre et la Pucelle qui rit, puis s’en va sans un mot d’adieu. Entre-temps, devant Arthur, Sire Guingambrésil accuse Gauvain d’avoir tué son seigneur par félonie et lui lance un défi : le combat est fixé à la quarantaine, devant le roi d’Escavalon. Afin de se réserver pour un duel dont dépend son honneur, Gauvain refuse toute autre aventure et ignore un tournoi, malgré les railleries de la fille aînée du châtelain de Tintaguel, Thiébault. Mais la fille cadette le supplie d’être son champion et il remporte le tournoi sain et sauf. Arrivé sans s’en douter dans la ville d’Escavalon, dont il a tué le seigneur, Gauvain jouit de l’hospitalité de sa fille, la princesse, et échange avec elle moult baisers. Il est reconnu par les échevins et bourgeois qui, moralement outrés, s’élancent à l’assaut de la tour où il s’est réfugié avec sa compagne. L’arrivée du jeune roi leur sauve la vie.
Après cinq ans de vaine quête, Perceval a oublié Dieu. Un Vendredi saint, il croise une troupe de pèlerins qui lui reprochent de se promener en armes par un jour pareil et lui indiquent un ermitage où il pourra se recueillir. Pénitent, en pleurs, il confesse à l’ermite (son oncle maternel) ses erreurs. Celui-ci lui révèle que tout son malheur lui vient d’un péché qu’il ne connaît pas encore : le chagrin qu’il a causé à sa mère en la quittant et dont elle est morte. Il a alors la vision d’un saint ascète alité – le Roi Pêcheur – qui se nourrit d’une hostie portée dans le Graal. Des fidèles remplissent la chapelle pour représenter la Passion du Christ sous la forme d’un drame liturgique, des tableaux vivants où l’interprète de Jésus a les traits de Perceval, d’un Perceval qui a renoncé aux armes. Puis ce dernier se retrouve seul au milieu de la lande et s’éloigne à cheval : la quête continue… Ainsi se termine le roman (peut-être inachevé) de Chrétien de Troyes – et le film de Rohmer. L’un comme l’autre refusent toute explication circonstanciée sur le Graal, son origine, sa raison d’être.
Un soir, Perceval aperçoit le château du Graal émergeant des brumes et assiste à une étrange cérémonie.
 Rappelons que dans la demi-douzaine d’œuvres du XIIe au XIIIe siècle dont il est le personnage central, Perceval (Peredur dans la littérature galloise) est un des deux seuls chevaliers de la Table Ronde – l’autre étant le cousin de Lancelot, Bohort l’Exilé ou Bors – qui ont accompagné Galaad, fils de Lancelot, au château du Graal et participé activement à sa quête ; ledit château a nom de Corbénic ou Carbonek, résidence de Pellès ou roi Méhaigné ou encore Roi Pêcheur (Amfortas, le prêtre-roi de Montsalvat chez les trouvères germaniques). Les trois chevaliers auraient ensuite transporté le Saint Calice – amené en Angleterre au début de l’ère chrétienne par Joseph d’Arimathie – en Armorique, puis à Sarras, une mystérieuse île d’Orient où Galaad et Perceval seraient morts (ce qu’affirme également Thomas Malory au XVe s.). Selon d’autres versions, Perceval épousa Blanchefleur et devint roi de Corbénic, tandis qu’un continuateur anonyme de Chrétien (la Continuation de Manessier, 10'000 vers) termine son récit avec la mort du Roi Pêcheur et la montée de Perceval sur son trône, suivie, après sept ans de règne, de son décès dans la forêt. Wolfram von Eschenbach, contemporain de Chrétien, lui attribue un fils, Lohengrin, le chevalier au cygne, élément qui sera exploité six siècles plus tard par Wagner.
Conçu entre 1180 et 1190, date de la mort du poète, le « roman courtois » (c’est-à-dire une œuvre écrite en langue romane et destinée à la cour) de Chrétien consiste en 9234 vers en ancien français, idiome aujourd’hui accessible uniquement à une poignée d’érudits et que Rohmer, universitaire lettré, traduit non seulement en français (plus ou moins) moderne, mais aussi en vers octosyllabiques, comme l’original, afin d’en préserver la fraîcheur. C’est dire que son film s’adresse d’emblée à un public plutôt cultivé. Le parti pris de respect quasi littéral de la source écrite a exigé des acteurs un travail préparatoire considérable (six mois de répétitions, près d’une année pour Luchini) jusqu’à ce qu’ils puissent penser et assimiler leurs dialogues de façon à les rendre contemporains et aussi quotidiens que possible. L’intégralité du texte eût nécessité six heures de projection, aussi le cinéaste a-t-il supprimé un épisode assez long dans la deuxième partie du récit de Gauvain (chez la reine Ygerne/Ygraine, mère d’Arthur). Chrétien raconte en effet deux histoires parallèles, celle de Perceval et celle de Gauvain et, selon les spécialistes, il aurait voulu les mener de front pour opposer deux styles de chevalerie, l’idéale et la réelle ; le roi Arthur fait d’ailleurs ici un triste benêt. Malgré le risque d’une trop grande rupture dans la continuité du film et d’une gêne pour le public (ce que confirmera l’accueil en salle), Rohmer tient fermement à cette « diversion », qu’il juge amusante, volubile et très moderne sur le plan narratif (« suivons Gauvain et laissons Perceval » dit Chrétien sans crier gare) ; elle lui permet notamment de parler de l’activité ouvrière, marchande, bourgeoise d’une commune (Escavalon) et de sa morale incompatible avec le code de la chevalerie.
En revanche, l’interprétation personnelle que donne le cinéaste quant à l’itinéraire intérieur de Perceval semble sujette à caution ; en particulier quand il fait jouer à son héros – qui s’est ouvert à la charité, à la générosité envers son prochain – le rôle du Christ dans les Jeux de la Passion, montrant ainsi qu’il « aboutit à une conception de Dieu devenu un homme comme lui, dans toute sa faiblesse » (entretien du cinéaste avec Bernard Marie, Pressbook, 1978). La scène telle quelle est un ajout de Rohmer qui gomme l’aspect magique, d’origine celtique ou même préceltique du récit arthurien en faveur d’un itinéraire moral catholique théologiquement plus accessible. Chrétien achève son récit avec la transmission secrète des noms divins et de l’invocation suprême que Perceval reçoit de son oncle ermite ; rien de tel chez Rohmer qui illustre en priorité un roman d’apprentissage, le récit d’initiation d’un Perceval sauvage, ingénu, étourdi, ignorant même ce qu’est une église. La métamorphose d’un jeune infantile en un adulte au cœur d’enfant.
Le cinéaste introduit dans sa narration une dramaturgie de son cru, en imaginant que les exploits de Perceval ne seraient pas lus mais représentés. Un chœur (avec musiciens) accompagne le récit, tandis qu’à d’autres moments, surprise, ce sont les protagonistes eux-mêmes qui décrivent leur comportement et leurs émotions à la troisième personne. Une partie de ces commentaires est chantée ou psalmodiée sur de fort belles musiques médiévales arrangées par Guy Robert (luth, rebec, guitare sarrasine). Conçue comme un hommage au théâtre religieux du Moyen Âge, la mise en scène comporte deux décors uniques créés par Jean-Pierre Kohut Svelko, l’un pour les « extérieurs », l’autre pour les « intérieurs ». Le premier est une lice où se déroulent tournois et autres évolutions des chevaux, un champ clos bordé d’un agencement unique, constitué soit d’une huitaine d’arbres pour la forêt (des tubes métalliques sculptés pourvus de grandes feuilles sphériques), soit de prairie, d’un rocher ou de châteaux dorés miniatures (à trois mètres du sol) différenciés par les écussons de la porte. Les parois du studio, en forme elliptique, sont tapissées d’un vaste « cyclorama » représentant l’horizon sur fond duquel surgit un ensemble en trompe-l’œil, des paysages allusifs, artificiels, nimbés de bleus en camaïeu et recopiés des enluminures du XVe siècle du Roman de la Quête du Graal (conservé à la Bibliothèque municipale de Dijon). Le second décor est élaboré sur le plan d’une église romane, avec abside et chapelles latérales peintes et ornées différemment selon les scènes de banquet ou d’alcôve. Rohmer s’inspire ainsi directement des représentations iconographiques que le Moyen Age lui-même s’est donné : « J’ai voulu, dit-il, filmer un décor qui était construit dans l’esprit architectural et pictural de l’époque », d’où aussi l’obligation de passer par le théâtre qui rend à l’ensemble la tridimensionnalité et l’espace manquants des miniatures. La diversité des angles de prise de vues et des éclairages fait que le décor apparaît plus varié qu’il ne l’est en réalité.
En revanche, costumes, armes, tissus et accessoires collent rigoureusement à la documentation muséale (avec des cottes de mailles en acier). Cette juxtaposition de réalisme pointilleux et de stylisation imaginaire, d’objectivité et de subjectivité gomme tout manichéisme et se répercute à divers niveaux, par ex. dans le profil des personnages ou dans la diction et la gestuelle des comédiens. « Comme le roman, mon film relève bien d’une démarche historique », résume Rohmer, « mais l’objet de cette démarche est le poème, non le fait historique. » Ailleurs, il précise : « Ce n’est pas tant le thème qui nous importe ici, que le texte, l’un des plus beaux de la littérature française et auquel le cinéma peut redonner une audience qu’il n’a plus » (Avant-Scène cinéma no. 221, février 1979). Souhait pieux. Simultanément, Rohmer affirme vouloir « révéler le Moyen Age dans sa douceur infinie » (Nouvel Observateur, 20.3.78), loin de l’habituelle quincaillerie sanglante. L’humilité, la passion et l’effacement du réalisateur envers sa matière, fût-ce au prix d’une certaine rigidité graphique, le situent aux antipodes du subjectivisme d’un autre franc-tireur, Robert Bresson et son Lancelot du Lac.
Son film a la singularité d’être produit en majeure partie par la télévision tout en étant destiné au cinéma (coûts : 10 millions de francs), aventure rendue possible grâce au succès récent de son chef-d’œuvre primé à Cannes, à Berlin et à New York, La Marquise d’O…. Une fois le feu vert donné, après des mois de tergiversations, le tournage prend huit semaines (février-avril 1978), photographié en Eastmancolor par le grand Nestor Almendros – un habitué de Truffaut (8 films) et de Rohmer (7 films) – aux studios Éclair à Épinay-sur-Seine, dans un hangar circulaire de 1300 mètres carrés, puis aux studios de La Garenne-Colombes (Hauts-de-Seine). Rohmer admet que s’il n’avait pas trouvé Fabrice Luchini, 27 ans, pour interpréter Perceval (Gérard Depardieu figurait en lice), le film ne se serait pas fait. L’acteur réussit remarquablement à traduire ce mélange de naïveté grave et de résolution têtue, de turbulence ébahie ou exaltée et d’une drôlerie involontaire, à la limite du comique (Rohmer évoque Buster Keaton à son propos). C’est un numéro sur la corde raide et, surtout, une prestation qui court-circuite sciemment toute identification du spectateur avec le héros et qui se trouve donc en parfaite adéquation avec la ligne générale du film.
La première mondiale a lieu au New York Film Festival le 8 octobre 1978. Comme on pouvait s’y attendre, la sortie française du film, programmée le 7 février 1979 aux Champs-Élysées, dans une salle de 1500 spectateurs, en présence du président de la République (Valéry Giscard d’Estaing), du Tout-Paris et de sommités de la Sorbonne, laisse les spectateurs stupéfaits, pantois, entre admiration, incompréhension et rejet violent. Le public du samedi soir s’abstient ; entreprise fondamentalement élitaire qui exige du spectateur une complicité certaine, ce produit ne s’adresse pas à lui. Passons sur les sarcasmes faciles de certains journaleux ou quelques exégèses universitaires absconses. La plupart des critiques s’accordent à saluer l’exceptionnelle réussite formelle et picturale du film, une finesse rare dans le cinéma occidental, la rigueur et l’élégance d’une démarche hors des sentiers battus. (On pourrait le comparer à un film japonais en mode nô.) Des voix s’élèvent toutefois pour en regretter la fin abrupte, l’importance excessive accordée à l’épisode de Gauvain (malgré la présence de Dussolier) ou la scène de la Passion jugée inutile et longuette. « Il lui est arrivé, écrit Jean de Baroncelli, de se laisser prendre au piège de la fidélité trop systématique pour ne pas risquer de devenir sclérosante » (Le Monde, 8.2.79). Mais ce ne sont là que prétextes, le véritable problème est ailleurs. Contrairement à ce que fantasmait candidement Rohmer, son film ne peut combler l’abîme qui sépare la sensibilité de l’homme moderne de celle de l’univers médiéval ; pour l’immense majorité, sa symbolique n’est aujourd’hui plus qu’un plaisir cérébral et esthétique. Alors qu’il faudrait se réjouir d’une œuvre salutairement dépourvue de la sentimentalité, de l’emphase et du romantisme falsifiant du XIXe siècle, d’aucuns lui reprochent même son apparente froideur.
Rohmer peut se consoler avec la mémorable chronique du philosophe-sémiologue Roland Barthes parue dans Le Nouvel Observateur un mois après la première (5.3.79), et qui tape dans le mille : « Au cinéma, écrit Barthes, la fumée risque de gêner les spectateurs, ce pourquoi on l’interdit. Mais les rires qui derrière moi accompagnent ce film qui m’émeut, ce film que j’admire, ce film que j’aime, aucune loi ne les interdit – et pourtant ils me blessent, car ce soir-là, le public riait, ai-je cru entendre, de ces choses que, précisément, j’aimais dans le film d’Éric Rohmer. Un art du récit, la saveur d’une langue différente et cependant claire, le charme d’une parole assonancée, le relief des caractères, le rapport très subtil de la littérature et de l’image, pour tout dire une sorte de bienveillance, de bonté, de génie, de noblesse. Il y a certes dans Perceval d’Éric Rohmer des moments délibérément drôles, mais dès lors que le rire du public vient d’une moquerie ou d’une espèce de grossièreté de sentiments, dès lors qu’on rit d’une sensibilité, d’une innocence, dès lors qu’on rit d’un auteur à son insu, la barbarie apparaît. Passe encore de rire à « pucelle », à « baiser », à « garce », tous les potaches l’ont fait, mais rire de la simplicité du héros de Rohmer (et c’est précisement cela, le film de Rohmer, simple dans tous les sens du mot), c’est dire « je ne comprends pas l’autre, je ne veux pas de l’autre, je veux le même, je veux seulement d’un Moyen Age où rien n’est différent d’aujourd’hui, sauf les costumes. » (Fabrice Luchini a fait une hilarante restitution de cette soirée dans son spectacle Le Point sur Robert en 2008.)
Comme de bien entendu, le film est un désastre commercial, les récompenses sont honorifiques : Perceval le Gallois décroche le Prix Méliès décerné par le Syndicat français de la critique de cinéma 1979 (meilleur film), une mention spéciale à la Semaine Internationale de Cinéma de Valladolid et une nomination aux César 1980 (photo et son). N’empêche, il introduit « une contre-révolution du regard qui, trente ans après sa découverte, étonne encore par son audace » (Samuel Douhaire, Télérama, 14.7.10). – IT : Il fuorilegge, ES : Perceval el Galés, GB : Perceval of Wales.
1979/80(tv) Parzifal (DE) de Richard Blank
Westdeutscher Rundfunk (WDR 11.11.80), 92 min. – av. Wolfram Kunkel (Perceval / Gurnemanz / Obilot / Condviramurs), Eva Schuchardt (Kundry / Herzeloyde / Feirefiz).
Richard Blank, un téléaste, théoricien et documentariste rhénan, s’appuie sur le Parzifal de Wolfram von Eschenbach, qui, contrairement à Chrétien de Troyes, rattache clairement Perceval à Arthur (par son père Gahmuret, fils du roi d’Anjou) et au Graal (par sa mère Herzeloyde, sœur du saint ermite Grevrizent). Film expérimental, son Parzifal restitue tout le récit originel sous une forme certes abrégée mais pas modifiée (à l’instar d’Éric Rohmer, cf. 1978), en prenant son temps. En revanche, Blank en actualise les épisodes, c’est-à-dire les confronte périodiquement à l’univers et aux interrogations du XXe siècle. Deux comédiens interprètent la majorité des rôles. L’action se déroule dans un Moyen Âge « intemporel » reconstitué dans un lieu clos, mi-mansarde, mi-caverne mythique, un lieu mémorial meublé d’accessoires (vêtements, cottes de mailles, mannequins, cheval empaillé sur roues) – et dans le présent immédiat, urbain, où le spectateur moderne se confronte à l’intrigue pour constater que « les femmes sont toujours celles qui souffrent le plus » et que « la société humaine idéale » n’est pas encore née. Au début, le comédien-chanteur Wolfram Kunkel fait le hippie dans les rues de Cologne en chantant sur une vielle des extraits du poème du XIIIe siècle, puis répond aux questions des passants avant d’endosser le costume d’un des protagonistes de l’histoire.
1981(vd-mus) Parsifal (DE) de Wolfgang Wagner (th) et Brian Large (tv)
Unitel Film-Festspiele Bayreuth, 232 min. – av. Siegfried Jerusalem (Perceval), Bernd Weikl (Amfortas [=le Roi Pêcheur]), Matti Salminen (Titurel), Hans Sotin (Gurnemanz), Leif Roar (le magicien Klingsor), Eva Randová (Kundry), Toni Krämer, Heinz Klaus Ecker, Marga Schimi, Hanna Schwarz, Helmut Pampuch, Martin Egel, Norma Sharp, Carol Richardson, Hanna Schwarz, Mari-Anne Häggander, Margit Neubauer.
Synopsis (de l’opéra) : Au royaume de Montsalvat, les chastes Chevaliers du Graal et leur prêtre-roi Amfortas veillent sur deux reliques sacrées, la Sainte Lance qui transperça le Christ en croix et le Saint Calice qui recueillit son sang. Le magicien Klingsor, chevalier déchu de Montsalvat (car incapable de résister au désir charnel) et assoiffé de vengeance, est le maître d’un domaine enchanté où ses filles-fleurs maléfiques s’affairent à séduire les gardiens de Montsalvat pour les perdre, les tenir captifs et les dresser contre leur roi. Grâce à la séduisante Kundry, une servante et messagère du Graal envoûtée par ses soins, il parvient à neutraliser Amfortas venu le détruire au moyen de la Sainte Lance. Amfortas oublie sa mission, cède aux charmes de Kundry et laisse choir son arme ; Klingsor s’en saisit et la plonge dans le côté du prêtre-roi, lui infligeant une blessure maléfique dont seul un « innocent au cœur pur », ignorant de tout péché, pourra le délivrer. Amfortas est condamné à souffrir sans rémission aussi longtemps qu’il célébrera le service du Graal qui maintient en vie sa communauté. Protégé durant toute son enfance par sa mère qui a cherché à lui éviter le moindre contact avec le monde afin de préserver sa pureté, le jeune et naïf Perceval (Parsifal), qui ignore son propre nom, arrive à Montsalvat. Le sage Gurnemanz, doyen des chevaliers, pressent que l’adolescent pourrait être le sauveur tant attendu, mais dans la grande salle du château, la torpeur du jeune homme pendant la célébration du Graal provoque son renvoi.
Les filles-fleurs de Klingsor se jettent en vain à l’assaut de l’adolescent qu’aucun des chevaliers ensorcelés par le magicien n’est parvenu à terrasser par les armes. Klingsor enjoint l’irrésistible Kundry de charmer Perceval. Jadis, sous les traits de Hérodiade, Kundry a ri du Christ sur son chemin de croix à Golgotha et a été condamnée à errer à jamais, à moins d’être rachetée par l’amour d’une âme pure. Elle connaît le nom du jeune homme, lui révèle des détails de son enfance, lui annonce le décès de sa mère, Herzeleide, morte de chagrin après son départ. Perceval est bouleversé et Kundry en profite pour l’embrasser. Perceval la repousse, horrifié, ayant compris que la tentation est à l’origine de la souffrance d’Amfortas, pour lequel il se découvre une véritable compassion. Kundry le maudit et appelle Klingsor à la rescousse. Le sorcier brandit la Sainte Lance, mais Perceval s’en empare miraculeusement et en un instant, le château et ses maléfices disparaissent, le jardin magique se transforme en désert… Après des années d’errance sous le nom de Chevalier Noir, le jour du Vendredi saint dans un clairière devant Montsalvat, Perceval retrouve son chemin et ramène la Sainte Lance. Gurnemanz, devenu un vieil ermite en haillons que Kundry soigne en silence, le reconnaît. Mais tout a changé. Fatigué de vivre, Amfortas a fini par négliger le rite du Calice et ses chevaliers, privés de réconfort divin, dépérissent. Titurel, l’ancien roi-fondateur de la confrérie du Graal et père d’Amfortas, a succombé. Terrassé par l’épuisement et la douleur de ces révélations qui le culpabilisent, Perceval manque défaillir. Dans un acte de pénitence, Kundry, telle la prostituée de l’Évangile, lave et oint ses pieds avant de les essuyer de ses cheveux. Gurnemanz baptise le chevalier et lui confère l’onction royale et sacerdotale, faisant de lui le nouveau seigneur de Montsalvat. Devant le catafalque de Titurel, son premier office est de baptiser Kundry, qui décède en paix, puis il guérit la blessure d’Amfortas avec la Lance. Enfin, il élève le Graal et en bénit l’assistance prosternée.
Une captation vidéo de l’opéra en trois actes de Richard Wagner, représenté au Festival de Bayreuth le 29 juillet 1981 avec l’orchestre des Bayreuther Festspiele sous la direction de Horst Stein. Wolfgang Wagner (petit-fils de Richard et Cosima Wagner, directeur du festival de 1966 à 2008) crée la mise en scène et les décors en 1975. Il n’innove guère sur la démarche et les options de son frère aîné Wieland – décédé prématurément en 1966 – qui entreprit de « dénazifier » l’œuvre du grand-père, de la styliser en oratorium, en remplaçant la pompe surchargée et nationaliste des années 1930 par une approche minimaliste, symbolique, faite de jeux subtils de lumière et d’ambiance. Rappelons que, décrété « festival scénique sacré (Bühnenweihfestspiel) » par son auteur, il s’agit de l’ultime grand opéra de Richard Wagner. Il fut joué pour la première fois en juillet 1882, avec l’interdiction pendant vingt ans de représenter l’œuvre ailleurs qu’au Festspielhaus de Bayreuth, sauf sous forme de concert. Wagner, également auteur du livret, se fonde sur l’épopée médiévale Parzival de Wolfram von Eschenbach et Perceval ou le Conte du Graal de Chrétien de Troyes (cf. film de 1978), mais il omet dans son intrigue le roi Arthur et Gauvain, qui sont pourtant également les figures centrales de Wolfram. Seul l’intéresse l’histoire du héros en titre et celle de la confrérie des Chevaliers du Graal, résidente du château de Montsalvat. Le roi souffrant Anfortas devient Amfortas. Klingsor (ou Klinschor), magicien et duc, existe dans le Parzival de Wolfram. En revanche, Kundry, la sorcière-séductrice amoureuse, est une créature de sa propre invention (la Cundrie de Wolfram n’est qu’une messagère du Graal, laide mais très savante et versée en astrologie), ainsi que l’autocastration de Klingsor qui a entraîné son bannissement de Montsalvat. Selon Wagner, l’ascétisme sexuel et la renonciation au monde sont le mérite suprême des aspirants au Graal, une notion tarabiscotée de la pureté qui n’existe pas sous cette forme dans les textes médiévaux. Produit d’un christianisme déboussolé, lézardé, mâtiné de pseudo-mysticisme bourgeois, elle fleure bon le XIXe siècle avec ses crispations de la libido dont se repaît le docteur Freud.
1981(vd-mus) Lohengrin (DE) de Götz Friedrich (th) et Brian Large (tv)
EuroArts Music-Unitel Film-Festspiele Bayreuth, 199 min./110 min. – av. Peter Hofmann (Lohengrin), Karin Armstrong (Elsa de Brabant), Elizabeth Connell (Ortrud von Telramund), Leif Roar (le comte Friedrich von Telramund), Siegried Vogel (Henri l’Oiseleur, roi de Germanie), Bernd Weikl (le héraut du roi).
Captation de l’opéra de Richard Wagner à Bayreuth, avec l’orchestre des Bayreuther Festspiele sous la direction de Woldemar Nelsson. Synopsis, cf. film éponyme de 1948.
1982*Parsifal (FR/DE) de Hans-Jürgen Syberberg [et Bernard Sobel]
H. J. Syberberg/TMS Films GmbH (München)-Bayerischer Rundfunk (München)-Gaumont International S.A. (Neuilly)-Erato (tv : Bayern-3 26.5.84), 300 min./225 min. – av. Armin Jordan [voix : Wolfgang Schone] (Amfortas), Michael Kutter / Karin Krick [voix : Reiner Goldberg] (Perceval), Martin Sperr [voix : Hans Tschammer] (Titurel), Robert Lloyd [voix : idem] (Gurnemanz), Aage Haugland [voix : idem] (le magicien Klingsor), Edith Clever [voix : Yvonne Minton] (Kundry), Rudolf Gabler, Urban von Klebelsberg et Bruno Romani-Versteeg (des chevaliers du Graal), Monika Gaertner, Thomas Fink, David Meyer, Judith Schmidt (des écuyers).
L’opéra de Richard Wagner (pour un commentaire détaillé, cf. supra, 1981). – Synopsis : Chassé de la Confrérie des Chevaliers du Graal, le magicien Klingsor s’empare de la Sainte Lance et fair surgir un jardin dont les filles-fleurs maléfiques détournenet les chevaliers de leur devoir. Au-devant du roi Amfortas, venu vaincre le sortilège, Klingsor envoie Kundry, l’une de ces femmes étranges, et lui inflige avec la Sainte Lance une blessure perpétuelle. Le chaste Parsifal est appelé à sauver le roi… Il triomphe de l’enchanteur et sauve Amfortas. Ainsi, Parsifal reconquiert le Graal et préside la célébration du Vendredi saint.
Avant d’aborder le personnage de Perceval vu par Wagner, Hans-Jürgen Syberberg, instigateur passionné d’un cinéma iconoclaste, gargantuesque et expérimental conçu comme un « Gesamtkunstwerk (œuvre d’art totale) », a réalisé trois films qui s’y réfèrent plus ou moins directement. Le premier, sorti en 1972, se déroule au XIXe siècle, Ludwig – Requiem für einen jungfräulichen König (Ludwig – Requiem pour un roi vierge), célébrant le roi-mécène de Wagner. Trois ans plus tard sort Winifred Wagner und die Geschichte des Hauses Wahnfried, un long et embarrassant monologue national-socialiste que livre la belle-fille du compositeur, 78 ans, jadis directrice du Festival de Bayreuth et amie personnelle d’Adolf Hitler. « Je ferai de Parsifal ma religion », lui aurait déclaré le Führer en extase. L’apothéose vient en 1977 avec les sept heures de Hitler – Ein Film aus Deutschland : le monde cauchemardesque du dictateur sous forme de projections, de rêves fantastiques, « Hitler en nous », selon le cinéaste, qui traque partout ce qui, dans l’idéologie du pays, a créée l’Allemagne moderne qu’il vomit. Son Parsifal est le point culminant de cette méditation sur les mythes et les fantasmes de la vieille Germanie, une transposition fleuve de l’opéra wagnérien (elle sera suivie en 2000 d’un Nietzsche – Ecce homo). « Je crois qu’on ne pouvait faire un film sur Parsifal qu’après avoir fait un film sur Hitler » affirme Syberberg (Le Monde, 20.5.82), en rappelant que le psychopathe en chef du Troisième Reich projetait de monter l’opéra – déprogrammé pendant la guerre – après sa victoire sur l’URSS dans le nouveau Berlin. La production est mise sur pied pour célébrer le centenaire de la création de l’œuvre à Bayreuth et c’est ce siècle écoulé que le cinéaste ressuscite simultanément, avec tout ce que le gardien mystique du Graal évoque à ses yeux : « Wagner sert mon film comme les textes médiévaux ont servi Wagner. » Le travail très controversé de Syberberg est marqué par deux expériences théâtrales à la fois déterminantes et opposées, l’une avec Bertolt Brecht au Berliner Ensemble, impliquant la distanciation, l’autre avec Fritz Kortner qui invite à la violence expressionniste, et ce sont ces deux courants antagonistes, balançant entre grotesque, dérision et le légendaire, qu’il s’acharne à réunir à l’écran, en utilisant divers dispositifs techniques (projections de ruines de 1945, surimpressions, trucages), des marionnettes, une certaine théâtralité et la syntaxe du cinéma muet. À sa manière, « ce tombeau grandiose de toutes les imageries allemandes (…) perpètue et sature la tradition romantique d’une représentation sombre et décadente du Moyen Âge » (Cyril Béghin, Vertigo no. 29, 2007).
Le clan Wagner lui ayant interdit d’utiliser le moindre enregistrement effectué à Bayreuth, Syberberg s’y attelle lui-même avec l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo et les Chœurs philharmoniques de Prague sous la direction du Suisse Armin Jordan (qui campe aussi Amfortas). Son film, d’une durée de presque cinq heures, est entièrement tourné en studio, en 35 jours aux ateliers de la Bavaria à Munich-Geiselgasteig (1981, coûts : trois millions de DM). Le metteur en scène Bernard Sobel, un disciple français de Brecht, assiste Syberberg à titre de directeur artistique. L’intrigue wagnérienne est située dans un labyrinthe claustrophobique construit à partir des recoins et contours d’un gigantesque masque mortuaire du musicien allemand (décors : Werner Achmann) ; son front devient tantôt le donjon de Klingsor, tantôt une prairie en fleurs. L’imagerie se sert chez Caspar David Friedrich, Ingres, Goya, Dürer, Titien ou le Caravage, Amfortas est assis sur le trône de Charlemagne à Aix-la-Chapelle, Titurel repose dans la crypte de Saint-Denis, des bustes d’Eschyle, Louis II, Nietzsche, Marx et Wagner ornent les pieds du trône de Klingsor, etc.
Plongés au cœur de cette pléthore culturelle enivrante, les comédiens livrent des performances assez classiques : Syberberg ne veut pas d’un opéra filmé, mais « un film avec des personnages qui parlent en chantant », saisis par la caméra virevoltante d’Igor Luther et des gros plans incisifs. Edith Clever, la marquise d’O… d’Éric Rohmer et l’égérie de Syberberg depuis des années, fait une mère-séductrice-pénitente particulièrement saisissante. Le rôle-titre est joué alternativement par un homme, puis (après le premier baiser de Kundry) par une femme, Perceval le Sauveur étant présenté dans le dernier acte comme « l’androgyne primordial » du Paradis : ce sont deux interprètes côte à côte qui apparaissent dans la Chapelle du Graal. Puzzle visuel à décoder à plusieurs niveaux, le Parsifal de Syberberg est projeté hors-compétition à Cannes 1982, où il ne laisse pas indifférent ; John Rockwell y voit « l’union quasi mystique de l’attirance hypnotique de Wagner et de l’aliénation intellectualisée de Brecht » (The New York Times, 23.1.83). Son exploitation ultérieure se limite à la télévision et à la vidéo. On peut penser ce qu’on veut du cinéma cacophonique de Syberberg et du triturage du mythe arthurien, une chose est certaine : Wagner a rarement été mieux servi à l’écran.
1986(vd-mus) Lohengrin (US) d’August Everding (th) et Brian Large (tv)
Samuel J. Paul-Unitel Film-Metropolitan Opera, 220 min. – av. Peter Hofmann (Lohengrin), Eva Marton (Elsa de Brabant), Leif Roar (le comte Friedrich von Telramund), Leonie Rysanek (Ortrud von Telramund), John Macurdy (Henri l’Oiseleur, roi de Germanie), Anthony Raffell (le héraut du roi).
Captation de l’opéra de Richard Wagner au Metropolitan Opera à New York, sous la direction musicale de James Levine. Mise en scène classique, sans décors exotiques ni modernisations des costumes ou scènes additionnelles. Synopsis, cf. film éponyme de 1948.
1989*(vd-mus) Lohengrin (DE) de Werner Herzog (th) et Brian Large (tv)
Unitel Film, 214 min. – av. Paul Frey (Lohengrin), Cheryl Studer (Elsa de Brabant), Manfred Schenk (Henri l’Oiseleur, roi de Germanie), Ekkehard Wlaschiha (le comte Friedrich von Telramund), Gabriele Schnaut (Ortrud von Telramund), Eike Wilm Schulte (le héraut du roi), Clemens Bieber, Peter Maus.
Synopsis, cf. film éponyme de 1948. – Captation de l’opéra de Richard Wagner à Bayreuth avec l’orchestre des Bayreuther Festspiele sous la direction de Peter Schneider – une production d’un intérêt particulier pour le cinéphile, puisque c’est l’excentrique cinéaste allemand Werner Herzog (Aguirre, Fitzcarraldo) qui en assume la mise en scène. Tout en suivant les consignes de Wolfgang Wagner, le réalisateur donne libre cours à sa propre sensibilité exacerbée, proche du romantisme d’un Caspar David Friedrich. Il opte pour une reconstitution idoine du Xe siècle, aidé en cela par les fabuleux décors et costumes de Henning von Gierke. La nature y tient un rôle prépondérant (cercle de pierres archaïque dans le brouillard, réminiscences des sagas islandaises, la neige et l’obscurité omniprésentes). Lohengrin apparaît non plus tiré par un cygne mais transporté dans un tourbillon de lumière bleue, et Elsa survit à son départ à la fin (qui reste ouverte).
La critique musicale regrette l’approche plutôt conventionnelle, un peu trop féerique de l’œuvre, mais applaudit au tour de force visuel du troisième acte, avec son lit nuptial aux draps d’or, sur fond de verts pâturages et surplombé par la sculpture d’un immense cygne. La neige tombe à nouveau après la révélation du Graal. Les coups d’épée que Lohengrin porte à Telramund sont des éclairs (au laser) et Gottfried, le petit frère disparu d’Elsa, se métamorphose de cygne en garçonnet grâce à un trucage optique original. La mise en scène de Herzog, créée en août 1987, sera reprise cinq fois jusqu’en 1993.
1989[Indiana Jones and the Last Crusade (Indiana Jones et la Dernière Croisade) (US) de Steven Spielberg ; George Lucas/Lucasfilm-Paramount, 127 min. – av. Harrison Ford (prof. Henry Jones Jr., dit Indiana Jones), Sean Connery (prof. Henry Jones Sr.), John Rhys-Davies (Sallah), Robert Eddison (le vieux chevalier, gardien du Graal). – Le professeur d’archéologie Henry Jones a, sa vie durant, consacré ses travaux secrets à la recherche du Graal. En 1938, il est enlevé par les nazis qui veulent s’emparer de ses notes, plans et esquisses à ce sujet. Indiana Jones, son fils, accourt à la rescousse, et ensemble, après une chasse à l’homme haletante les entraînant de Venise à Berlin et jusqu’à la frontière syro-turque près d’Alexandrette/Iskenderun, dans le canyon (fictif) du « Croissant de la Lune », ils barrent le chemin aux sbires d’Hitler – et empêchent la victoire du Mal. Un chevalier âgé de six siècles, gardien du Graal, les attend dans une vaste caverne au cœur de la montagne, et gare à ceux qui ne trouvent les réponses adéquates aux énigmes du lieu... – C’est en priorité cet excellent film d’aventures, un succès mondial, trépidant et autoparodique, qui a familiarisé la jeunesse des « trente glorieuses » avec l’image du Graal, au prix de distorsions révélatrices et de quelques incohérences goguenardes (Jones père et fils ayant bu de l’eau dans le saint calice, ils devraient dorénavant être immortels !). La localisation de la relique en Orient correspond à la légende, sa cache (caverne dans la montagne) respecte le symbolisme d’antan, et l’intérêt saugrenu de Heinrich Himmler pour elle est un fait avéré. Mais là s’arrêtent les vraisemblances, le reste est tributaire de la mentalité actuelle. Ainsi, les qualités nécessaires pour surmonter les épreuves permettant l’accès au Graal sont ici non pas la pureté spirituelle, mais l’érudition, l’astuce et la témérité ; les obstacles eux-mêmes ne sont pas d’origine céleste mais relèvent de la mécanique (couperet, dalles piégées). La motivation des chercheurs est, au mieux, la curiosité archéologique, au pire la soif de pouvoir (en l’occurrence une absurdité) : le Graal spielbergien apporte la vie éternelle (sur Terre, s’entend), c’est une sorte de fontaine de jouvence aux vertus miraculeuses. Précisons que l’idée de la quête du Graal fut imposée par George Lucas à Spielberg qui ne voulait rien en savoir, la trouvant trop « ésotérique ». (Dans une première version du scénario, Indy cherchait même son père à Montségur.) Le rôle du vieux croisé était réservé à Sir Laurence Olivier, qui dut y renoncer pour des raisons de santé. C’est l’impressionnant Khazneh, dans les vestiges de la cité nabatéenne de Pétra, en Jordanie, qui servit de façade au temple du Graal.]
1990(vd-mus) Lohengrin (AT) de Wolfgang Weber (th) et Brian Large (tv)
ORF-Bayrischer Rundfunk-Wiener Staatsoper-Pioneer-RM Arts, 223 min. – av. Plácido Domingo (Lohengrin), Cheryl Studer (Elsa de Brabant), Robert Lloyd (Henri l’Oiseleur, roi de Germanie), Hartmut Welker (le comte Friedrich von Telramund), Dunja Vejzovic (Ortrud von Telramund), Georg Tichy (le héraut du roi), Bojidar Nikolov, Franz Kaseman, Claudio Otelli.
Captation de l’opéra de Richard Wagner à la Staatsoper de Vienne, avec les orchestres de la Wiener Staatsoper et des Österreichische Bundestheater sous la direction musicale de Claudio Abbado et Ralf Hossfeld. Synopsis, cf. film éponyme de 1948.
1991[The Fisher King (Fisher King – Le Roi Pêcheur) (US) de Terry Gilliam ; Tristar Pictures, 137 min. – av. Jeff Bridges (Jack Lucas [=Perceval]), Robin Williams (Parry [=le Roi Pêcheur]), Mercedes Ruehl (Anne), Amanda Plummer (Lydia), David Pierece, Michael Jeter, John de Lancie. – Mis en scène par Terry Gilliam, un des deux réalisateurs de Monty Python and the Holy Grail (1975), ce sujet imaginé par Richard LaGravenese se veut une parabole moderne, développée à partir du mythe du Roi Pêcheur, le gardien du Saint Graal, et transposée dans le New York du XXe siècle. Jack Lucas, animateur cynique et agressif d’une émission de radio nocturne, incite par ses propos irréfléchis un détraqué à tuer sept personnes dans un restaurant chic. Trois ans plus tard, sa carrière brisée, alcoolique à la dérive, Jack envisage le suicide quand il est sauvé par un vagabond fantasque, Parry, une sorte d’alter ego clochardisé qui l’introduit dans les bas-quartiers miteux de la cité, végétant parmi les épaves et laissés-pour-compte du rêve américain. À l’ombre des gratte-ciels autour de Wall Street, il découvre d’une part un univers aux antipodes des pseudo-valeurs sociétales qui étaient les siennes et de l’autre l’identité réelle de Parry : celui-ci fut jadis un professeur d’université, Henry Sagan, auteur d’une thèse sur le Graal ; son épouse adorée fut tuée sous ses yeux lors du drame déclenché involontairement par Jack. Parry vit depuis lors dans un état catatonique, un délire intermittent peuplé de fantasmes médiévaux et d’un terrifiant Chevalier Rouge, chimère de l’inconscient, réincarnation du tueur qui le persécute sur la Fifth Avenue ou dans Central Park. Le Graal, divague-t-il, se trouve aux Etats-Unis, en possession d’un milliardaire de Manhattan vivant cloîtré dans une réplique de château médiéval … et Jack est l’élu qui le trouvera pour le sauver ! Troublé par ce mélange de démence et de sagesse, Jack aborde progressivement sa propre rédemption en aidant son nouvel ami à surmonter ses démons et à reprendre pied dans la réalité. Alors qu’il recommence une carrière dans l’audiovisuel, il apprend que Parry a été grièvement blessé par des voyous et interné, comateux, dans une clinique psychiatrique. Il se lance dans un périlleux cambriolage dans la forteresse du milliardaire, dérobe le Graal (en fait un banal trophée sportif) et le rapporte à Parry qui se réveille enfin, jubilant et guéri par cet acte insensé d’humanité, de compassion et d’amour. Chacun, l’utopiste comme l’arriviste, est devenu le « Perceval » de l’autre. – Débordant d’imagination, auteur de la terrifiante dystopie orwellienne Brazil (1985) et des Aventures du Baron de Munchausen (1988), Gilliam confère à son conte une dimension visuelle à la fois inquiétante et onirique (cadrages en biais, capharnaüm décoratif) au cours duquel le monde dit normal se transforme en cauchemar glacé, prison d’une humanité hystérique. Tourné en mai-août 1990 à New York (notamment à Grand Central Station avec 400 figurants, au Langdon Carmichael’s Townhouse sur Madison Avenue pour le siège du Graal) et puis dans les studios de Culver City (L. A.), son film récolte 41 millions de $, cinq nominations à l’Oscar et le Lion d’argent à la Mostra de Venise.]
1992(vd-mus) Parsifal (DE) de Harry Kupfer (th) et Hans Hulscher (vd)
Metropolitan-Teldec-Staatsoper Berlin, 244 min. – av. Poul Elming (Perceval), John Tomlinson (Gurnemanz), Waltraud Meier (Kundry), Falk Struckmann (Amfortas), Günter von Kannen (Klingsor), Fritz Hübner (Titurel), Carola Höhn, Brigitte Eisenfeld, Carola Nossek.
Captation de l’opéra de Richard Wagner à la Staatsoper de Berlin, sous la direction musicale de Daniel Barenboim. Synopsis cf. captation vidéo de 1981.
1993(vd-mus) Parsifal (US) d’Otto Schenk (th) et Brian Large (tv)
Metropolitan Opera Television Production, 266 min. – av. Siegfried Jerusalem (Perceval), Bernd Weikl (Amfortas), Jan-Hendrik Rootering (Titurel), Kurt Moll (Gurnemanz), Waltraud Meier (Kundry), Franz Mazura (Klingsor).
Captation de l’opéra de Richard Wagner au Metropolitan de New York (7.4.1993), sous la direction musicale de James Levine. Synopsis cf. captation vidéo de 1981.
1998(vd-mus) Parsifal – Ein Bühnenweihfestspiel (DE) de Wolfgang Wagner (th) et Horant H. Hohlfeld (tv)
Unitel Film-C Major-Harmonia Mundi, 269 min. – av. Poul Elming (Perceval), Falk Struckmann (Amfortas), Mathias Hölle (Titurel), Ekkehard Wlaschiha (Klingsor), Linda Watson (Kundry), Hans Sotin (Gurnemanz).
Captation de l’opéra de Richard Wagner à Bayreuth, direction musicale de Giuseppe Sinopoli. Synopsis cf. captation vidéo de 1981.
1998(tv) Parsifal : The Search for the Holy Grail (IT/GB/DE/US) de Tony Palmer
RM Arts-Thirteen WNET-WDR-BR-ABC-Austrialia-RTE-SVT-Canal 22, 90 min. – av. Placido Domingo (Perceval le Gallois), Violeta Urmana (Kundry), Matti Salminen (Gurnemanz), Nikolai Putilin (Klingsor), Feodor Mojhaev (Amfortas).
Docu-fiction sur la quête du Graal et l’éclairage ambigu qu’en donne Wagner, avec séquences d’opéra, interviews (Karen Armstrong, Wolfgang Wagner, Robert Gutman), scènes de films (Monty Python and the Holy Grail, Le Septième Sceau d’Ingmar Bergman, etc.), le tout commenté par Placido Domingo.
2002Parzival (AT) d’Ernst Gossner
Int. Artfestival, 120 min. – av. Thomas Ursula Hostettler (Perceval) Franz Weichenberger (Gauvain), Konstanze Dutzi (Dame Blanchefleur), Thomas Gassner (Galaad), Carmen Gratl (la reine Herzeloyde, mère de Perceval), Maria Gundolf (la lune), Robert Neuschmied (le soleil).
La pièce de l’auteur dramatique et écrivain thuringeois Tankred Dorst a été créée au Thalia Theater à Hambourg dans une mise en scène de Robert Wilson (12.9.1987). L’auteur se base sur Titurel et Parzival, des textes restés inachevés de Wolfram von Eschenbach qu’il adapte en y introduisant quelques épisodes du XXe siècle qui agacent les spectateurs. Ernst Gossner, cinéaste et metteur en scène tyrolien, présente et filme lui-même la pièce de Dorst au festival de Seefeld (« Bergfestspiele »), en Autriche, le 27 juin 2002.
À quelques détails (la présence de Merlin) et patronymes près, l’action est quasi similaire à celle du Perceval le Gallois d’Éric Rohmer (1978) : Ayant perdu son époux Gachmuret et ses fils chevaliers à la guerre, la reine veuve Herzeloyde s’est retirée dans la forêt avec son petit dernier, Perceval, dans l’idée de le préserver de la carrière des armes. Adolescent, Perceval aperçoit deux chevaliers de la Table Ronde et les prend pour des anges ; il décide de partir avec eux, sa mère en meurt de chagrin. En route, il malmène une jeune femme, Jeschute, épouse de Sire Orilus et sœur d’Erec, en lui volant baisers et bijoux. Son ignorance et son tempérament colérique incontrôlé provoquent l’hilarité à la cour d’Arthur, où on le prend pour un sauvage ; Gauvain lui joue un tour, puis lui parle du Graal miraculeux. Perceval tue Sire Ither en combat singulier pour acquérir son armure rouge, se prend dorénavant pour un chevalier et part à la quête de Dieu. Il croise sa belle cousine germaine, Sigune, puis, furieux de ne rencontrer Dieu nulle part, il se met à tuer aveuglément tous ses vis-à-vis, à la colère de Merlin qu’il traite de vieux fou, alors que celui-ci le suit pas à pas. Perceval occit le Chevalier au Paon et partage sans états d’âme la couche de sa veuve, Dame Blanchefleur, dont il devient l’amant. Merlin lui explique l’échec de sa quête spirituelle : il veut toujours être le plus fort. Dans le château du Graal, il ne comprend pas ce qu’il se passe et se tait. L’ermite nu Trevrizent, dont il a détruit la cabane dans un accès de rage, lui en fait le reproche avant de se métamorphoser en Merlin. Perceval escalade les glaciers pour retrouver le Graal, la chaleur du corps de Blanchefleur l’empêche de mourir gelé, etc.
2004[(tv) Camino de Santiago. El origen (ES) de Jorge Algora ; Adiviña Produccións, 64 min. – av. Vicente Méndez (Mathieu, le pèlerin), Jesús Salgado (Sire Galaad), Roberto Leal, Pancho Martinez, Miro Magariños, Tuto Vázquez. – Mathieu, un jeune Français du XIIIe siècle, découvre le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle, ses étapes, son symbolisme et ses légendes liées au Graal, à Perceval et à Galaad, le fils de Lancelot (docu-fiction).]
2005A la recerca del Grial / La búsqueda del Grial [A la recherche du Graal] (ES) de David Grau
Pilar Montoliu P.C.-Contraluz Films-Televisió de Catalunya (TV3), 70 min. – av. Dani de la Orden (Perceval le Gallois), Oscar Llobet (le Roi Pêcheur), Ramon Mañes (le roi Père), Carmen Málaga (la Dame Dea Natura), Maria Riera (Dea Natura jeune), Cesar Puente (Simon IV de Montfort), Joan Ribes (le troubadour Guillem de Cabestany), Enrique De la Orden (Caminant), Jonay Fuentes (Esclarmonda), Laia Blanch (la courtisane), Cèlia Pastor (Soremonda), David Grau (Foulques), Octavi Juste (Perceval jeune), Elena Juste (Dea Natura enfant), Jordi Bilbeny (Otto Rahn), Jordi Dauder (narrateur).
Docu-fiction catalan : l’acteur-réalisateur Jordi Dauder part sur les traces de la légende du Graal en Occitanie et en Catalogne (Empordà, Pia de Estany), tout en évoquant la quête mystique de Perceval, les Cathares et la chute de Montségur, les travaux délirants dans l’Ariège de l’archéologue allemand Otto Rahn (Kreuzzug gegen den Gral, 1933), un protégé de Heinrich Himmler et futur Obersturmbannführer SS qui assimile le château de Montségur au légendaire Monsalvage (Gralsburg) et prend le Graal pour un symbole païen d’origine gothico-aryenne. Sur le Graal et les Cathares, cf. le Parsifal catalan de 1951.
2007Perceval (ES) de Pablo Aragüés
Miguel Angel Aragüés/The Killer Elite (Saragosse), 20 min. – av. Iván Hermés (Perceval le Gallois), Eus Barrera (Galaad), Biff Byford (le roi Arthur), José María Carrillo (Merlin), Carmen Cuello (Morgane Le Fay), Luis Espinoss (Mordred), Borja Luna, Jens Ormö.
Synopsis : Durant les derniers jours de l‘Empire, des Romains apportent le Graal en Bretagne. L’empereur Valérien tente de le récupérer, tuant tous les premiers-nés... Des siècles plus tard, le Graal tombe entre les mains de Perceval le Gallois qui le cache dans un monastère en Aragon, en Espagne. Lorsque Mordred, fils illégitime d’Arthur, s’empare de Camelot et en expulse le roi, à présent un vieillard sans forces, ainsi que tous ses chevaliers fidèles, Perceval propose de récupérer le Graal qui seul peut rétablir la paix. Plusieurs chevaliers paient la quête de leur vie, occis par les Saxons ou les sbires de Mordred qui cherchent, eux aussi, à s’emparer de la relique. Galaad tue Mordred en bataille et suit les progrès de Perceval jusqu’en Espagne. Arrivé sur place, il croise le fer avec lui, puis lui tend une embuscade. Perceval périt, troué de flèches, et Galaad, victorieux, ramène le Graal à son maître, le pape à Rome !
Une fantaisie échevelée sinon insensée, imaginée par le jeune Aragonais Pablo Aragüés qui, de son propre aveu, ne voulait que fabriquer « un bon film de chevalerie », du cinéma d’action sans autre prétention et pour lequel le maître d’armes écossais Max Mame (Braveheart de Mel Gibson) règle les combats. Aragüés réunit 60'000 euros pour produire « un des courts métrages les plus coûteux jamais réalisés en Europe », tournant en scope et en couleurs (novembre 2006) avec 200 figurants réunis autour du château de Loarre, puis dans le monastère de San Juan de la Peña, à Panticoas, Mallos de Riglos, Abizanda, Los Bañales et au château de Marcuello. Les dialogues sont en latin sous-titrés espagnol, la musique mêle Wagner à la sono rock Saxon et EFE-X (Kingdom of Heaven de Ridley Scott) fignole les effets spéciaux en postproduction à Londres. Le résultat est banal, ce qui ne l’empêchera pas d’être présenté aux festivals de Cannes 2007 (Short Film Corner) et de Saragosse, ni de décrocher le Prix spécial du jury au Festival de Talls (Taragona) ainsi qu’une distinction à la Semana del Cine y la Imagen de Fuentes de Ebro (SCiFE). Quelques éléments du scénario sont du reste ancrés dans le folklore de la région. Selon une légende, en 258, pendant la persécution des chrétiens par Valérien, le pape Sixte II aurait, deux jours avant son martyre, remis les reliques à son diacre, saint Laurent, originaire de Huesca, en Espagne. Avant d’être lui-même martyrisé, ce dernier aurait fait expédier le Saint Calice à ses parents, dans sa ville natale. L’objet aurait ensuite été transféré vers 1071 au monastère de Saint Jean de la Peña, pour le mettre à l’abri des Maures, et se trouverait aujourd’hui, affirment des historiens locaux et l’office du tourisme, à la cathédrale de Valence. Si non è vero…
2007Perceval (US) de Tate Bunker
Tate Bunker Films-Spiralfilms (Milwaukee), 15 min. – Bobby Ciraldo (Perceval le Gallois), Frank Straka (Lancelot du Lac), Isabelle Kralj (la mère de Perceval), Mark Anderson (le paysan dément), Hannah Obst (la pauvre fille), Ted Dulany (l’esclavagiste), Charlie Ramsey (le violeur), Libby Amato (l’ange), R. Michael Gull (l’étrangleur), William Baldus (le bouffon), Kelly Mink, Rachel Segon, Chong Yang, Caitlin Watson, Derek Jaeschke, Bev Waltz, David Schmalz.
Le jeune Perceval quitte sa mère en pleurs et suit à la trace Lancelot du Lac, chevalier de lumière ; en cours de route, il est le témoin impuissant de la sauvagerie et de la méchanceté des humains, de la famine des paysans, de l’agonie des démunis. Il supplie le chevalier de le sauver du désespoir et de le conduire à Camelot auprès du roi Arthur. Lancelot lui tend la main... Court métrage filmé à Milwaukee (Wisconsin), dédié à Ingmar Bergman et primé au Wisconsin Film Festival 2008.
2011[El Capitán Trueno y el Santo Grial (Prince Killian et le trésor des Templiers) (ES) d’Antonio Hernández. – av. Sergio Peris-Mencheta (capitaine Trueno), Natasha Yarovenko (Sigrid de Thulé), Luis Fernando Alvés (Richard Cœur de Lion). – En Terre Sainte lors de la Troisième Croisade, au nord de Haïfa en 1291, le chevalier Trueno met la main sur le Saint Graal, apporté d’Occident par Galaad, Perceval et Bohort, et à présent caché dans les souterrains d’une forteresse musulmane. Trueno se voit chargé par Richard Cœur de Lion de ramener la précieuse relique en Espagne chrétienne pour la remettre à Sire Morgano, chevalier de l’Ordre Sacré. Mais le retour en Occident s’avère périlleux : une mystérieuse malédiction semble suivre sa trace, dévastant les villages d’Aragon et terrorisant la population. D’invincibles chevaliers noirs, une sorcière africaine et le diabolique Sire Black veulent s’emparer du Graal et profiter d’une éclipse pour établir le règne du Malin. Aidé par Hassan, un prince musulman, le vaillant croisé sauve le Graal des griffes du démon et rétablit la paix dans la péninsule ibérique. – Adaptation d’une bande dessinée espagnole assez délirante de Victor Mora et Ambros (1956).]
2017-2019[(tv) Knightfall / Sumrak Templara (US/CZ/HR) de Douglas Mackinnon, David Petrarca et Metin Hüseyin; Dominic Minghella, Michael Wray/A+E Television-The Combine-Midnight Radio-Island (History Channel 6.12.17-13.5.19), 18 x 45 min. – avec Tom Cullen (Landry du Lauzon), Jim Carter (le pape Boniface VIII), Pádraic Delaney (Gauvain), Simo Merrells (Tancrède), Bobby Schofield (Perceval), Ed Stoppard (Philippe IV le Bel), Julian Ovenden (Guillaume de Nogaret), Robert Pugh (Jacques de Molnay). – En mai 1291, après la perte de Saint-Jean-d’Acre, le Templier vétéran Landry constate l’échec général des croisades, la reconquête de la Terre Sainte par les Sarrasins et la disparition de la relique la plus précieuse de la chrétienté, le Graal. Quinze ans plus tard, lorsque Landry devient Grand Maître du Temple à Paris après l’assassinat de son mentor et prédécesseur Godefroy, il apprend que le Graal serait caché en France. Le pape Boniface VIII le charge de retrouver la relique afin de mobiliser l’Occident pour une nouvelle croisade. Landry se heurte aux manigances du roi Philippe le Bel et de son perfide conseiller, Guillaume de Nogaret, qui visent à annihiler les Templiers et à s’emparer de leurs trésors… Une série historiquement fantaisiste, pleine de bruit d’armes, de violence et de fureur, mais qui fait des Templiers les gardiens secrets du Graal, assertion bien sûr jamais vérifiée ni vérifiable (due à Wolfram von Eschenbach e son Parzival) et qui, à tort ou à raison, a suscité bien des fantasmes ! L’esquisse d’un lien possible entre l’Ordre des moines-soldats dissolu en 1312 et le vase sacré fait l’unique intérêt de cette série tapageuse tournée à Dubrovnik et à Prague. Clin d’œil du scénariste : deux Templiers portent les noms de Gauvain et de Perceval, et le titre de travail de ce projet était … Galahad ! - détails cf. France : Philippe le Bel.]
2018(tv) Superhelden – 3. Parzival und der Gral (Héros de légende : Perceval et le Graal) (DE) de Judith Voelker
Clemens Schaeffer, Alexander Thies, Iris Schaeffer-Flechtner/Neue Fernsehproduktion Berlin (NFP)-ZDF-Arte (Arte 17.2.18), 49 min. – av. Wolfgang Cerny (Perceval), Philip Schepmann (commentaire).
Un docu-fiction avec reconstitutions et acteurs anonymes dans les rôles muets de Wolfram von Eschenbach, du Roi Pêcheur, de Gurnemanz, d’Anfortas, de Gauvain, du chevalier Ither et de l’ermite Trevrizent, l’oncle maternel du héros. Le film, épisode de la série Terra X qui comprend également les exploits d’Ulysse et de Beowulf, conte la trajectoire de Perceval selon Wolfram en tentant une vague contextualisation avec la Quatrième Croisade et la guerre de succession entre les Hohenstaufen et les Welf suite au décès brutal de l’empereur Henri VI : « une époque troublée où les œuvres des plus grands poètes du Moyen Age cherchent un modèle, pointent vers un monde idéal », selon l’historien de service. L’illustration est relativement fidèle mais plate, enjolivée à l’occasion par quelques effets numériques et des extérieurs en Allemagne (Wildenburg im Odenwald, où Wolfram rédige la majeure partie de son roman), en Espagne (le monastère San Juan de la Peña dans les Pyrénées, modèle de la « Gralsburg » Munsalvaesche) et en République tchèque, des images tournées en décembre 2016. Wolfgang Cerny, un jeune comédien viennois, habitué du genre Sword & Sorcery, tient le rôle principal.