II - LE ROYAUME D’ANGLETERRE

1. LE MYTHE D’ARTHUR ET LES CHEVALIERS DE LA TABLE RONDE

1.1. Le roi Arthur et Merlin à Camelot

Fils adultérin d’Uther Pendragon, roi de Bretagne, et d’Ygraine, duchesse de Cornouailles, ARTHUR Pendragon (Artus, Artu) obtient son trône en tirant l’épée EXCALIBUR d’un rocher, acte ne pouvant être effectué que par le roi unique et incontesté choisi par le Ciel. Forgée sur l’île sacrée d’Avalon, l’épée peut trancher n’importe quelle matière, et son fourreau rend son porteur invincible. (Certaines sources considèrent l’Épée du Rocher et Excalibur comme deux épées distinctes.) Le fabuleux château de CAMELOT [Camaalot], à l’entrée du royaume de Logres (Loegrie, partie centrale de l’île de Bretagne), devient le siège permanent du gouvernement d’Arthur. C’est le lieu où le roi réunit ses chevaliers autour d’une TABLE RONDE, une confrérie d’élite dont la principale mission est d’y ramener le GRAAL, la coupe qui servit à la Sainte Cène et recueillit le sang rédempteur du Christ sur la croix. Le plus éminent de ces paladins et bras droit d’Arthur est LANCELOT du Lac, fils du roi Ban de Bénoïc, né sur la Loire et archétype du chevalier courtois. Lancelot devient le champion, puis, progressivement, l’amant secret de l’épouse d’Arthur, la reine GUENIÈVRE [Guinevere, Gwenhwyfar, Guanhumara] de Carmélide, faute qui l’empêche de s’associer à la quête sacrée. La découverte de sa liaison (révélation manigancée par Mordred) place Arthur dans une position dramatique, contraint qu’il est de rendre justice en exécutant son épouse adorée et en perdant son meilleur et plus dévoué chevalier. Lancelot sauve Guenièvre du bûcher l’épée à la main, mais son intervention entraîne le décès de plusieurs compagnons. La Table Ronde est désormais divisée. Gauvain persuade Arthur de partir en guerre contre Lancelot, terré dans son château de la Joyeuse Garde, dans le Finistère. Entre-temps, MORDRED [Modred, Medrawt], dit « celui qui jamais n’aurait dû naître », fils illégitime d’Arthur – il est le fruit d’un inceste involontaire avec sa demi-sœur, Morgause (ou Morgane) -, profite de son absence pour fomenter la rébellion et emprisonner la reine. Arthur rentre précipitamment sans Lancelot et meurt au cours d’une ultime bataille menée victorieusement à Camlann contre Mordred, qui périt de sa main (car seul le roi est qualifié pour éliminer son double négatif). L’épée Excalibur disparaît : lancée à l’eau sur ordre du roi moribond, elle est récupérée par la Dame du Lac (alias la fée Viviane). Morgane emmène Arthur sur l’île d’Avalon d’où, aurait prédit Merlin, il reviendra un jour. Guenièvre entre dans les ordres, Lancelot se retire dans un ermitage où il ne trouve la consolation que dans la mort. MERLIN l’Enchanteur [Myrddin, Merzhinn] serait le fils baptisé d’un incube et d’une vierge innocente, ce qui explique son ambiguïté : à la fois druide doté de pouvoirs surnaturels et sage chrétien, synthèse fantasmagorique des deux traditions qui s’imbriquent passagèrement. Doué de métamorphose, il apparaît sous des formes multiples et inattendues, tantôt comme nain, tantôt comme géant, chantre aveugle, chamane astrologue, familier des dragons, homme des bois chevauchant un cerf et architecte fabuleux, tour à tour noble et grotesque, rieur, généreux et fatal. Bâtisseur de Stonehenge, « la Ronde des Géants », il a fait transporter par magie les mégalithes du Mount Kildare en Irlande jusque dans le Wiltshire (selon Geoffrey de Monmouth). Par l’épreuve de l’épée fichée dans un bloc de pierre, Merlin fait reconnaître le jeune Arthur comme roi de tous les Bretons après avoir utilisé ses sortilèges pour permettre sa naissance « irrégulière » (Uther Pendragon a pris la forme du duc de Cornouailles afin de s’introduire sournoisement dans la couche de son épouse, Ygraine). Il devient le mentor et le tuteur d’Arthur. Maître du temps, commandant aux animaux comme aux éléments naturels, Merlin joue à Camelot le rôle de démiurge, institue l’Ordre de la Table Ronde destiné à la quête mystique du Graal, choisit ses chevaliers et structure le royaume tout en restant à l’écart de la politique, fort de son omniscience de prophète et de magicien. Il est le mystérieux agent de liaison entre la Table Ronde et le château-temple du Graal gardé par le Roi Pêcheur, et lorsque sa mission est accomplie, la relique sacrée ayant été retrouvée et adorée par les chevaliers élus (Galaad, Perceval, Bohort), il disparaît pour toujours, abandonnant peu à peu tous ses pouvoirs magiques. Après le déclin de Camelot, la légende veut qu’il soit tombé éperdument amoureux de la fée Viviane (ou Nimuë), la Dame du Lac à laquelle il a enseigné ses secrets et qui retourne ses sortilèges contre lui. Tout en connaissant l’avenir, Merlin se laisse enfermer par son amante dans une grotte (ou une tour invisible), « prison d’amour » au cœur de la forêt de Brocéliande où il plonge dans un doux sommeil perpétuel, « ni mort ni vivant » : ayant préparé la noblesse guerrière celtique aux idéaux chrétiens, il se résorbe dans le monde des rêves et le folklore. Viviane le remplace un temps comme conseillère auprès d’Arthur, auquel elle rend de précieux services (notamment lorsque Morgane dérobe Excalibur).
Nota bene : les patronymes, généalogies et liens de parenté diffèrent fortement selon les sources ; nous nous tenons ici aux plus courants.
1909Lancelot and Elaine (US) de Charles Kent
James Stuart Blackton, Albert Edward Smith/Vitagraph Co. of America, 325 m./12 min. – av. Charles Kent (le roi Arthur), Florence Turner (Elaine d’Astolat), Paul Panzer (Lancelot du Lac), W. Blackton (Sire Lavaine d’Astolat), Leo Delaney (Gauvain).
Synopsis : Sire Bernard d’Astolat (Shalott, Escalot) a organisé un grand tournoi auxquel participent le roi Arthur et ses chevaliers venus de Camelot. Lorsque le roi annonce l’ultime étape du tournoi, Guenièvre se retire dans ses appartements. Lancelot, vainqueur de toutes les autres joutes, renonce à y participer, espérant ainsi avoir l’occasion de revoir la reine en secret. Mais celle-ci le supplie de combattre. Au château d’Astolat, Lancelot prend un bouclier sans blason et à la demande d’Elaine, qui l’aime secrètement, il fixe sur son heaume le mouchoir qu’elle a brodé pour lui. Il remporte le tournoi en portant ses couleurs et sans être reconnu, mais il est grièvement blessé et Sire Lavaine, frère d’Elaine, le confie à l’ermite Baudwin dans une grotte. Gauvain le reconnaît et alerte Astolat. Elaine accourt pour panser amoureusement ses blessures. À peine est-il rétabli qu’il s’en retourne sans un mot à Camelot, au pied de Guenièvre. Elaine succombe de tristesse. Son corps est transporté à la cour, où la reine désolée le couvre de fleurs. Accablé de remords, Lancelot veille la défunte dans la chapelle royale.
La matière provient d’un long poème éponyme de Lord Alfred Tennyson, Lady of Shalott (La Dame d’Escalot), publié dans le recueil Idylls of the King, 1859), en s’inspirant de Le Morte d’Arthur de Thomas Malory et qui a fait l’objet d’un grand engouement public comme de plusieurs peintures au tournant du siècle, par ex. Sir Lancelot and Elaine d’Arthur A. Dixon (1905), Elaine d’Astolat de George William Joy, Elaine with the Armour of Lancelot d’Arthur Hughes, Elaine de Charles Edwin Fripp, Elaineor, The Lily Maid of Astolat de Sophie Anderson, etc. Malory rapporte que, conformément aux instructions de la défunte, son corps fut placé dans un petit bateau, serrant une fleur de lys d’une main et une lettre d’adieu de l’autre. Elle flotta alors sur la Tamise jusqu’à Camelot, où elle fut découverte par la cour du roi Arthur qui l’appela « la petite vierge au lys ». Lancelot lui offrit de riches funérailles. Elaine d’Astolat ou Elaine la Blanche est identique à la légendaire « Dame d’Escalot », sujet à nouveau porté à l’écran en 2009 (cf. infra).
Les peintres préraphaélites ont parfois assimilé graphiquement Elaine à la malheureuse Ophélie de Hamlet, un rapprochement qui se confirme en quelque sorte à travers les costumes et l’ameublement plus élisabéthains que médiévaux du film. Le producteur et directeur artistique de la Vitagraph, James Stuart Blackton, est anglo-américain, né à Sheffield. Il signe en 1908/09 les toutes premières versions filmiques de Romeo and Juliet, Macbeth, Antony and Cleopatra et A Midsummer Night’s Dream. La production de Lancelot and Elaine participe de ce courant « littéraire » de la société, mise en scène dans la verrière new-yorkaise de Flatbush à Manhattan avec la nouvelle star de la maison, Florence Turner. La critique de l’époque vante sa qualité artistique et poétique, mais formule quelques réserves quant aux scènes d’action : « Le tournoi, une scène difficile pour le cinématographe, comme on peut se l’imaginer, n’est pas trop mal représenté. Il serait sans doute très dangereux pour des comédiens de faire plus que simuler une joute ; c’est au spectateur d’imaginer les détails, car le moment le plus faible du tournoi est quand le chevalier est désarçonné et tombe à terre » (The Moving Picture World, 27.11.09). Contrairement aux cascadeurs californiens, rompus aux acrobaties du western, ceux de la côte Est n’ont, semble-t-il, pas encore expérimenté les périls de la chevalerie ! – DE : Lancelot und Elaine.
1910Re Artù e i cavalieri della Tavola Rotonda (Les Chevaliers de la Table Ronde) (IT) de Giuseppe De Liguoro
Milano Films, 270 m. (9 tableaux). – av. Giuseppe De Liguoro (le roi Arthur), Arturo Padovani.
Le roi Arthur fonde la confrérie de la Table Ronde avec les chevaliers Lohengrin et Perceval. Mais son neveu Mormud s’éprend de Guenièvre. Arthur le surprend en train de harceler la reine, le fait flageller et exiler. Mormud se venge en envahissant le royaume avec une armée de Saxons. Arthur meurt dans les bras de son épouse après avoir rappelé leur serment à ses chevaliers.
Une version passablement fantaisiste, qui escamote Lancelot et son adultère avec Guenièvre (Mormud, inconnu au régiment, est un substitut de Mordred) mais néanmoins une tentative ambitieuse mise sur pied dans les studios milanais de la Via Farini avec une centaine de figurants, le tout inspiré du récit de Sir Thomas Malory (film perdu). Ne craignant pas les grands sujets, De Liguoro, excentrique aristocrate napolitain, s’attaquera l’année suivante à Dante (L’inferno, premier long métrage de 1000 mètres du cinéma italien) et à Homère (L’Odissea). – GB : King Arthur ; or, The Knights of the Round Table.
1915[(projet inabouti :) The Quest for the Holy Grail (US) de David Wark Griffith ; Triangle Productions. – En mai 1915, après la sortie de Birth of a Nation, D. W. Griffith envisage de produire une fresque historique basée sur le cycle de peintures murales (15 panneaux) de l’illustrateur américain Edwin Austin Abbey exposé au deuxième étage de la Boston Public Library, intitulé The Quest for the Holy Grail (1898) et inspiré par Tennyson. Griffith obtient l’autorisation de la veuve du peintre, mais ne trouve pas de financement. Le projet est renvoyé à après la guerre.]
1917[Knights of the Square Table ; or, The Grail (US) d’Alan Crosland; Thomas A. Edison/Edison Mfg. Co., 4 bob. – av. Thomas Blake, Yale Boss, Andy Clark, Arthur Dennis, Paul Kelly, Charles Mussett (le roi Arthur), Ernest Mann (Galaad). - Tourné dans les studios de Bronx Park à New York en collaboration avec les « Boy Scouts of America » (Lord Baden Powell ayant souhaité calquer son organisation sur les principes de la chevalerie). Edison combine des éléments de la légende avec les mésaventures de deux groupes d’adolescents, des délinquants d’un côté, et des éclaireurs de l’autre. Les premier s’est emparé d’un exemplaire du livre de Howard Pyle, The Story of King Arthur and His Knights (1903), et son chef, blessé lors d’une tentative de cambriolage, est sauvé grâce à l’apparition miraculeuse d’un chevalier du Graal. « Guérie du crime », toute sa bande rejoint alors les boy-scouts.]
1942[King Arthur Was a Gentleman (GB) de Marcel Varnel; Gaumont-British, 99 min. – av. Arthur Askey (Arthur King), Max Bacon, Al Burnett, Evelyn Dall, Vera Frances. – Farce musicale : Fou de légendes arthuriennes, Arthur King, un benêt idéaliste, s’engage au front pour démontrer sa vaillance de chevalier à sa fiancée. Rigolards, ses camarades de régiment chapardent une épée médiévale et lui font croire qu’il s’agit d’Excalibur. Grâce à elle, King s’illustre au combat contre les blindés de la Wehrmacht. Mais lorsqu’on lui dévoile la supercherie, il jette l’épée dans un lac. La main de la fée Viviane surgit des flots, récupère l’épée au vol et disparaît au fond de l’eau...]
1948Squareheads of the Round Table (US) d’Edward Bernds
Hugh McCollum/Columbia Pictures, 18 min. – av. Shemp Howard, Larry Fine, Moe Howard (Shemp, Larry et Moe, les trois Stooges), Christine McIntyre (la princesse Elaine), Philip Van Zandt (le Prince Noir), Jock Mahoney (Cedric le forgeron), Vernon Dent (le roi Arthur).
Le premier roi Arthur « parlant » de l’écran apparaît dans ce court métrage de bas étage, une pitrerie des trois Stooges, les « nigauds de la Table Ronde » (titre). Les comiques font les troubadours à la cour de Camelot afin d’empêcher l’assassinat du roi par le Prince Noir et aider leur ami Cedric, un forgeron, dans ses efforts pour épouser la princesse Elaine. La farce est filmée dans les décors médiévaux de The Bandit of Sherwood Forest (Le Fils de Robin des Bois), réalisé deux ans plus tôt à la Columbia par George Sherman et Henry Levin. Remake – sans mention du roi Arthur – en 1954 sous le titre de Knutzy Knights, toujours avec les trois Stooges (réal. : Jules White), en réutilisant de larges extraits de l’original.
1949The Adventures of Sir Galahad, Boldest Knight of the Round Table (BE : 1. Le Chevalier Casse-Cou – 2. La Revanche de Belle-Epée) (US) de Spencer Gordon Bennet
Sam Katzman/Columbia Pictures (sérial), 15 x 17 min./252 min. – av. George Reeves (Galaad), William Fawcett (Merlin), Pat Barton (Morgane Le Fay), Hugh Prosser (Lancelot du Lac), Nelson Leigh (le roi Arthur), Marjorie Stapp (Guenièvre), Lois Hall (Viviane, la Dame du Lac), Leonard Penn (Mordred, le Chevalier Noir), Jim Diehl (Sire Kay le Sénéchal), Don Harvey (Bartog), John Merton (Ulric le Saxon).
Il est pour le moins surprenant que la toute première évocation de l’univers arthurien à l’écran depuis les années 1910 se cristallise autour du chevalier le plus atypique du lot, le moins combatif de tous. Selon la légende, Galaad (Galahad, Galahalt, Gwalchaved), fils de Lancelot et d’Élaine de Corbénic, est le plus jeune paladin de la Table Ronde et aussi celui qui a le cœur le plus pur, le seul même à pouvoir s’asseoir à la droite d’Arthur sur le Siège Périlleux sans être englouti. C’est surtout un des très rares élus à approcher le Graal. Épaulé par deux autres compagnons, Perceval et Bohort, il trouve le Calice du Christ au château Corbénic, coupe mythique dont son grand-père Pellés, le Roi Pêcheur, est le gardien. Il transporte la sainte relique en Orient où, après en avoir bu le sang, il est transfiguré par la Vérité et gagne le Paradis. Voilà donc le personnage sur lequel les fabricants ignares de ce sous-produit hollywoodien ont fixé leur choix pour leurs banales ferrailleries.
Synopsis : Le jeune Galaad (qui n’a ici aucun rapport avec ses parents de légende) cherche à intégrer le cercle fermé des chevaliers de la Table Ronde. Il doit pour cela prouver sa vaillance en veillant sur Excalibur pendant toute une nuit ; un mystérieux Chevalier Noir (qui n’est autre que le traître Mordred) profite d’un instant d’inattention pour subtiliser l’épée légendaire qui rend son propriétaire invincible et dont la disparition met le royaume en péril. Galaad ne sera pas armé chevalier, décrète Arthur, avant d’avoir retrouvé Excalibur. Ulric le Saxon envahit l’Angleterre avec la complicité du Chevalier Noir. Lorsque Guenièvre est enlevée par les conspirateurs et que le roi échappe de justesse à un assassinat, Merlin oublie ses griefs contre Galaad et l’envoie récupérer Excalibur auprès de la Dame du Lac. Victorieux et enfin adoubé, Galaad prend la place de Mordred (qui a péri dans le combat final) à la Table Ronde.
Galaad n’est donc pas ici en quête de la relique la plus sacrée du Moyen Âge (il n’en a même jamais entendu parler), mais le défenseur assidu de l’autorité légitime dont l’épée magique et « chantante » est le symbole… c’est-à-dire de Washington en pleine guerre froide. Excalibur garantit la suprématie de l’État qui le possède et, dans cette perspective, il n’est pas interdit de subodorer dans le vol de cette arme miraculeuse par un espion de l’intérieur une allusion à l’acquisition surprise de l’arme atomique par l’URSS, précisément en 1949. Le félon Mordred n’a ici aucun lien de sang avec Arthur, il n’est qu’un allié des Saxons, l’ennemi traditionnel du roi. Son attirance pour Guenièvre est attestée par la légende, mais l’enlèvement de la reine est généralement attribué au roi Méléagant ou Melwas (selon la Vita Gildae de Caradoc de Llancarfan, v. 1130, ou Le Chevalier de la charrette de Chrétien de Troyes, v. 1174-79) ; à l’écran, le kidnapping figure dans la première partie de The First Knight (Lancelot, le premier Chevalier) en 1995.
Un sérial hyper-fauché tourné en noir et blanc avec une trentaine de figurants dans le ranch du cowboy-cascadeur Ray Corrigan à Corriganville, Simi Valley (Californie) par le roi américain du film à épisodes hebdomadaires et de la série Z qui réutilise allégrement les paysages de westerns ou de Zorro et même l’intérieur d’une hacienda espagnole pour figurer la salle du trône à Camelot ! Les costumes, armures, accessoires et pans de décors proviennent d’une production précédente de Katzman, à savoir l’unique autre sérial hollywoodien qui se déroule au Moyen Âge, situé aux temps de Robin des Bois, Outlaws of Sherwood Forest / Son of the Guardsman (1946) ; l’écu royal d’Arthur arbore les armoiries aux trois léopards d’or de Richard Cœur de Lion. George Reeves, le futur Superman de la télévision (1951/52), fait Galaad – c’est tout dire. Selon les règles du « cliffhanger », chaque chapitre se termine sur une situation hautement dramatique. À la fin du premier épisode, la fée Morgane égare Galaad et son compagnon Bors dans la Forêt Enchantée de Merlin, d’où personne n’est jamais revenu. Merlin paralyse Galaad par sa magie et l’entoure de flammes, tandis qu’un arbre mouvant l’étreint de ses branches et menace de l’étouffer (suite la semaine prochaine, quand interviendra salutairement la Dame du Lac)... – ES : La espada fatal.
Episodes : 1. « The Stolen Sword » – 2. « Galahad’s Daring » – 3. « Prisoners of Ulric » – 4. « Attack on Camelot » – 5. « Galahad to the Rescue » – 6. « Passage of Peril » – 7. « Unknown Betrayer » – 8. « Perilous Adventure » – 9. « Treacherous Magic » – 10. « The Sorcerer’s Spell » – 11. « Valley of no Return » – 12. « Castle Perilous » – 13. « The Wizard’s Revenge » – 14. « Quest for the Queen » – 15. « Galahad’s Triumph ».
Entouré de ses chevaliers, Arthur inaugure la Table Ronde (Knights of the Round Table, 1953).
1953**Knights of the Round Table (Les Chevaliers de la Table Ronde) (US/[GB]) de Richard Thorpe
Pandro S. Berman/Metro-Goldwyn-Mayer British, 115 min. – av. Robert Taylor (Lancelot du Lac), Ava Gardner (Guenièvre), Mel Ferrer (le roi Arthur), Stanley Baker (Mo[r]dred), Ann Crawford (Morgane), Felix Aylmer (Merlin), Gabriel Woolf (Perceval d’Astolat), Maureen Swanson (Elaine d’Astolat, sa sœur), Robert Urquhart (Gauvain), Anthony Fornwood (Gareth, son frère), Niall McGinnis (le Chevalier Vert), Ann Hanslip (Nan), Jill Clifford (Bronwyn), Stephen Vercoe (Agravain), Patricia Owens (Viviane), Dana Wynter (la servante de Morgane), John Brooking (Bedivere le Porteur de coupe), John Sherman (Lambert), Mary Germaine (Brigid), Roy Russell (Léogrance, père de Guenièvre), Martin Wyldeck (John), Gwendoline Evans (Enid), Ralph Truman (Marr, roi des Pictes), Henry Oscar (Marc de Cornouailles), Peter Gawthorne (l’évêque), Barry MacKay et Derek Tansley (écuyers du Chevalier Vert), Desmond Lleewelyn (le héraut), Howard Marion Crawford (Simon), Laurence Harvey.
Il s’agit de la première tentative sérieuse d’Hollywood d’appréhender l’ensemble du règne arthurien, mis sur pied avec le monumentalisme « glamour » propre à la Metro-Goldwyn-Mayer. Dans les années précédentes, plusieurs producteurs américains ont manifesté leur intérêt pour la matière, notamment David O. Selznick. En 1937, à la Paramount, le très lettré Albert Lewin (futur auteur des films-cultes Le Portrait de Dorian Gray et Pandora) l’envisage à partir d’un scénario de Talbot Jennings, mise en scène par Henry Hathaway, avec Fredric March (Lancelot), Isa Miranda (Guenièvre) et John Barrymore (Arthur) ; Benjamin Britten a accepté d’en composer la musique. En 1939, Lewin revoit sa copie avec Charles Reznikoff, Barbara et Hugh Gray, effectuant même des repérages en Angleterre ; le casting comprend cette fois Douglas Fairbanks Jr. (Lancelot), Madeleine Carroll (Guenièvre) et la danseuse Olympe Bradna (la fée Morgane). Hélas, les bruits de bottes annihilent ces efforts, qui eussent certainement été fort originaux.
Cette superproduction MGM, sous l’égide de son nouveau patron Dore Schary, est calquée sur le modèle du récent Ivanhoé (1951), un triomphe mondial dont le studio reprend la vedette masculine, Robert Taylor en preux paladin d’Arthur, et une bonne partie de l’équipe technique (Thorpe, Berman, Noel Langley au scénario, musique de Miklós Rózsa, Yakima Canutt pour les stunts, photo de Freddie Young, etc.). C’est de toute évidence un prétexte pour resservir les topoï et stéréotypes « médiévaux » inaugurés deux ans plus tôt, en les magnifiant moyennant un budget décuplé de 3'500'000 dollars, à nouveau sortis de fonds gelés en Europe. Au lendemain de la guerre, la Grande-Bretagne, le marché le plus important d’Hollywood, a introduit des quotas d’importation rigoureux. Les nababs californiens les contournent dès lors en transférant la production de certains films de prestige en Angleterre même ; sont surtout concernés les sujets historiques, genre coûteux pour lequel le patrimoine architectural particulièrement riche d’outre-Manche, entouré de paysages idoines, tombe à pic. Il s’en est fallu de trois petits mois pour que le film, mis en chantier en concurrence frontale avec La Tunique (The Robe) de la 20th Century-Fox, et dont le tournage fut quasi simultané, entre dans l’Histoire en devenant le premier film en CinemaScope. Tel quel, King Arthur and the Round Table (titre de travail) n’est que le premier film de la MGM utilisant ce procédé (Eastmancolor, Perspecta Stereophonic Sound), et le premier long métrage en format large à être réalisé en dehors des États-Unis. Dorénavant, l’écran panoramique permet d’élargir l’espace horizontal en d’amples travellings à travers forêts, salles de château, remparts, banquets ou lices de joutes dont Thorpe, en artisan prolifique et routinier de films d’action, et surtout son producteur Pandro S. Berman (Ivanhoé), principal responsable du projet, savent tirer parti avec efficacité.
Mordred (Stanley Baker) et Morgane (Ann Crawford), les ennemis jurés d’Arthur (Mel Ferrer) et de Merlin (Felix Aylmer).
Arthur remporte une premère bataille contre l’armée de Mordred et de ses alliés saxons.
 Talbot Tennings, qui a travaillé au projet initial de 1937 avec Albert Lewin (et dont il reprend sans doute des éléments), Jan Lustig (Moonfleet de Fritz Lang, 1955), et Noel Langley (Ivanhoé et The Prisoner of Zenda de Thorpe) signent le scénario ; celui-ci se base officiellement sur Le Morte d’Arthur de Sir Thomas Malory, mais s’appuie aussi sur la série de poèmes arthuriens d’Alfred Tennyson (Idylls of the King, 1859). Clark Gable est envisagé brièvement comme Lancelot, mais son port de l’armure déclenche le fou rire. Robert Taylor accepte ce type de rôles en costumes à contrecœur (on ne dit pas « non » à Dore Schary). Personnification de la vaillance et la droiture, les traits altiers, ce grand pourfendeur de communistes en Californie donne la réplique à la plus resplendissante Guenièvre de l’histoire du cinéma : Ava Gardner, capiteuse, majestueuse sans ostentation, quoique son rôle soit trop peu développé. D’humeur chauvine, les autorités anglaises auraient hésité à accorder un permis de travail à l’Américain Mel Ferrer censé interpréter Arthur. L’acteur, qui fut un inoubliable marquis de Maynes dans Scaramouche de George Sidney l’année précédente, prête ses yeux tristes au représentant des songes fantasmagoriques d’un monde celte en voie de disparition. Enfin, épuisé par le tournage chaotique de Viaggio in Italia de Rossellini, George Sanders (Mordred) doit être remplacé à la dernière minute par le Gallois Stanley Baker : selon le code hollywoodien, un sire félon a toujours l’accent britannique.
Quoique de pavillon américain, la fresque est entièrement tournée en Grande-Bretagne, du 4 juin au 2 septembre 1953 (137 jours) aux MGM British Studios à Borehamwood (Hertfordshire) où on réutilise le château d’Ivanhoé pour Camelot, puis aux studios de Pinewood (Iver Heath), à Haytor au parc national du Dartmoor et à Hayton Vale (Devon), au château de Tintagel (Cornouailles), à Trent Park (Londres) et à Ashridge (Hertfordshire). Le Ministère de la défense britannique ayant refusé de mettre la troupe à contribution pour les grandes batailles que coordonne Yakima Canutt (l’attaque des Pictes sous une pluie de flèches, la charge de quelque 300 chevaliers en heaumes panachés lancés contre Mordred), Thorpe déplace son équipe en Irlande, à Clonsilla et sur le domaine de Luttrellstown Castle près de Dublin, où l’armée irlandaise se montre nettement plus coopérative.
Synopsis : L’Angleterre, dit le prologue, est à feu et à sang, mais « contre les forces du Mal se dresse une force nouvelle, faite de courtoisie, d’humanité, de noblesse : la chevalerie... ». Le récit débute en pleine querelle dynastique, alors que le duc de Gwent, Arthur Pendragon, devenu adulte, est le seul à pouvoir retirer l’épée sacrée Excalibur de l’enclume, et que Merlin, grand diplomate du royaume, le consacre roi – encore sans royaume. Son ambitieux cousin Mordred, la fée Morgane et leur allié Marr, le chef des Pictes, contestent ce choix au Conseil de l’« Anneau de Pierres » dans l’enceinte de Stonehenge, où Arthur échappe à la mort grâce à l’intervention de Lancelot. Ce dernier a auparavant croisé le fer à l’épée lourde jusqu’à l’épuisement avec Arthur, ignorant son identité, et les combattants sont devenus d’inséparables amis. L’armée de Mordred est écrasée. Victorieux, Arthur épouse Guenièvre, puis préside son élite adoubée autour de la Table Ronde à Camelot ; il commet toutefois l’erreur de ne pas bannir de son royaume Mordred, qui feint la soumission et le repentir. Pour s’éloigner de Guenièvre dont il s’est épris, et à sa demande, Lancelot épouse Lady Elaine et part dans les Marches du Nord briser la révolte des Pictes. Mordred et Morgane convainquent les Pictes de baisser temporairement les armes afin que Lancelot soit rappelé à Camelot où il va infailliblement revoir la reine. La loyauté absolue de Lancelot et Guenièvre envers le roi leur interdit de s’abandonner à leur amour, mais ils sont piégés ensemble lors d’une conversation nocturne.
La reine Guenièvre (Ava Gardner) s’éprend de Sire Lancelot (Robert Taylor).
 Mordred réclame la mise à mort des « amants », en application de la loi, mais Arthur ne peut s’y résoudre : Guenièvre est confinée dans un cloître, Lancelot banni d’Angleterre. Le refus d’Arthur de faire périr les coupables provoque une nouvelle guerre civile dans le royaume et Merlin, empoisonné par Morgane, n’est plus là pour protéger la noble assemblée. Grièvement blessé au combat dans la plaine de Salisbury, Arthur meurt dans les bras de Lancelot, de retour d’exil et auquel il a pardonné. Lancelot jette Excalibur dans la mer (on ne dit pas qu’Arthur reviendra un jour), transmet le pardon d’Arthur à Guenièvre au couvent d’Almesbury et affronte Mordred en combat singulier au bord d’une falaise surplombant un sable mouvant ; il trucide le traître sous les yeux de Morgane, s’enlise dans le sable, mais son cheval le sauve. Accompagné de Perceval, Lancelot pénètre dans la salle du trône abandonnée à Camelot où, se sentant coupable de la déchéance du royaume, il a l’âme trop tourmentée pour prier. Seul Perceval, agenouillé à ses côtés, est gratifié d’une vision miraculeuse : il aperçoit le Graal dans un rayon de lumière au-dessus d’eux et entend une voix céleste annonçant que les idéaux d’Arthur perdureront, que Lancelot est absous, qu’il faut le réconforter et que Galaad, son fils, deviendra un pur chevalier du Christ.
Comme signalé en introduction, châteaux en pierre de taille, armures cuirassées et costumes sont ceux, grosso modo, de la guerre de Cent Ans, ce qui signifie un décalage temporel de huit à dix siècles ; la bataille contre Mordred reprend d’ailleurs le déroulement de celle d’Azincourt dans Henry V de Laurence Olivier (1944), avec charge, piques et archers, séquence martiale elle aussi filmée en Irlande. Le tournoi entre deux cavaliers seulement armés de lances dans un espace limité n’apparaît qu’à la fin du XIVe siècle (auparavant, le tournoi était une cohue à la batte ou à l’épée neutralisée entre deux équipes de plusieurs dizaines de chevaliers serrés les uns contre les autres) ! Mais les anachronismes comme les syncrétismes sont assumés, au diapason de l’univers plus tardif de Malory et de la perspective victorienne (Lord Tennyson), le tout mâtiné du sentimentalisme romantique d’un Walter Scott (Ivanhoé oblige). L’influence du graphisme de Hal Foster (la bande dessinée Prince Vaillant) n’est pas à négliger non plus, en particulier pour les festivités et joutes à Camelot. Comme on le sait, ces remarques sont valables pour la majorité des films arthuriens. Là-dessus se greffe toutefois un éclairage américain d’après-guerre qui détourne fatalement la geste archaïque.
Merlin, chef de guerre casqué (il commande les archers), tacticien et diplomate, a perdu tout caractère fantastique. C’est un vieillard inoffensif et impuissant, pas un enchanteur capable de se transformer en vent léger pour assister Lancelot ; après son élimination, il n’est plus mentionné (pas de funérailles ni de disparition à Avalon). La préhistoire d’Arthur, ses origines, sa naissance sont évacuées ; Stonehenge n’est qu’un lieu où l’on débat du pouvoir, pas celui où se manifeste le surnaturel. Disparue aussi la fée Viviane qui tresse ses sortilèges avec Morgane dans la forêt enchantée de Brocéliande. « Je suis à la recherche des géants et des licornes, des ours blancs et des baleines ensorcelées, des Îles Heureuses où l’on ne vieillit pas… », plaisante Lancelot en flirtant avec Dame Elaine. Tant pour le merveilleux, réduit à du babil courtois (la magie, pratique « païenne », pourrait courroucer l’Église catholique américaine). L’héritage celtique est brièvement visualisé à travers la présence de Stonehenge. Toute la sauvagerie, la piété et le mystère du roman arthurien, pour lesquels la MGM n’a aucune compréhension, ont été gommés au profit d’un cinéma prosaïque qui brasse les valeurs de l’ère Roosevelt ou Eisenhower, exaltant individualisme, sublimation du corps collectif (l’enceinte de la Table Ronde rappelle le Sénat au Capitole à Washington, surplombée d’une galerie pour le public féminin), fraternité virile (Arthur-Lancelot), naissance d’un État-nation impliquant patriotisme et obéissance aux autorités légitimes (il est question d’« Angleterre », non de Bretagne ou de Brittanie), annihilation des non-civilisés sévissant aux frontières (les Pictes hurlants qui attaquent par embuscade comme des Peaux-Rouges). En résumé, c’est, de manière encore voilée, l’incursion délétère de l’univers historique américain (le western) dans l’univers mythique anglo-saxon.
Mourant, Arthur confie l’épée Excalibur à Lancelot. – Perceval (à dr.) aperçoit le Graal que Lancelot ne peut voir.
 Le fondement mystique de la monarchie arthurienne est occulté, l’embarrassant épisode d’Excalibur liquidé en quelques plans furtifs, sans commentaires : Arthur est un roi constitutionnel dont l’autorité peut être contestée car, comme il le proclame lui-même, « le véritable monarque d’Angleterre est sa loi, aussi ancienne que ces pierres (de Stonehenge) ». Sa légitimité à travers le Conseil des Chefs est donnée comme indispensable, la désignation providentielle ne suffit plus. Son ennemi Mordred défend, lui, une monarchie autocratique (à l’instar d’un Staline). Dans le même ordre d’idées, la Table Ronde devient une pure institution humaine (symbole d’un idéal démocratique élitiste), sans extériorité mythique ou rattachement au concept du salut chrétien. Certes, les chevaliers font le signe de croix à chaque mention du Graal. Mais si le film de Thorpe est bien le seul à montrer (une petite minute) le Calice du Christ à l’écran, celui-ci reste un élément plus décoratif qu’inspirationnel, qui fait écho à la religiosité bon teint du Quo Vadis de la MGM deux ans plus tôt (soulignée par les violons de Miklós Rózsa) et sert ici de rassurante apothéose finale.
En plus de la laïcisation rampante des thèmes de la Table Ronde, l’autocensure du Code Hays, appliquée par le très catholique Joseph Breen (avec la bénédiction du cardinal Spellman), émascule sérieusement le scénario : hormis un furtif baiser entre Guenièvre et Lancelot, aucun signe d’infidélité n’apparaît à l’écran. L’adultère n’est jamais consommé, le scandale est factice, leur amour est « innocent », leur passion sublimée : le couple est victime des manigances de Mordred et Morgane qui cherchent à discréditer la couronne. Lancelot est du reste veuf, Elaine étant décédée en couches bien avant son retour à la cour. Pour la pudibonde MGM, Mordred (superbement incarné par Stanley Baker) n’est plus le fils incestueux qu’Arthur a eu de sa demi-sœur Morgause (mère de Gauvain), mais seulement le chevalier-servant ou l’amant de l’autre demi-sœur d’Arthur, la fée Morgane qui convoite le trône. Le mariage de raison de Lancelot avec Elaine est décidé par Merlin qui juge le paladin trop vulnérable aux charmes de sa souveraine (et inversement). Chrétien de Troyes ou Malory sont, eux, plus prosaïques que les prudes Californiens : Elaine de Corbénic, l’épouse légitime de Lancelot, utilisa la magie afin de prendre l’apparence de Guenièvre, passer une nuit avec le chevalier et se faire ensuite épouser par lui ! Gauvain comme Perceval font de la figuration, Galaad n’est qu’un nourrisson, Tristan a disparu. Lancelot est clairement le héros du récit (d’où l’éviction du nom d’Arthur dans le titre du film), placé au centre d’un univers masculin joyeusement tapageur dans lequel les trois femmes correspondent aux stéréotypes hollywoodiens de l’ingénue (Elaine), de la séductrice, fût-elle inconsciente (Guenièvre), et de l’intrigante malfaisante (Morgane). Guenièvre n’apparaît qu’après une demi-heure de turbulences à cheval – pour faire fondre les plastrons et saboter le jeu par son sex appeal. Dans la conscience moderne, elle devient la tentatrice qui précipite l’anéantissement du monde arthurien. Enfin, c’est Lancelot qui tue Mordred, une entorse au symbolisme fondamental du mythe qui veut que ce soit Arthur qui entraîne son double mortifère dans l’au-delà. Selon la légende, Lancelot châtie les héritiers de Mordred et décapite lui-même le plus jeune fils du traître.
La simplification outrancière de la trame, l’étalage du spectacle pur au détriment de toute caractérisation en révèlent plus d’une fois la vacuité. Les passages dialogués sont plats, figés, l’ensemble est dénué de lyrisme comme de réelle passion romantique et le film s’étant épuisé à trop embrasser d’épisodes et de tableaux, il ne parvient pas à maintenir la tension jusqu’au bout. Nonobstant, toutes ces réductions et fausses notes ne devraient pas gâcher le plaisir au premier degré d’une reconstitution indubitablement ambitieuse, chatoyante et dynamisée par une multitude de séquences d’action pleines de panache, menées avec brio (ce qui lui vaudra une nomination à l’Oscar pour les décors et de mirifiques recettes internationales de plus de 8 millions de $, dont 4,5 millions aux États-Unis). « Si la magie opère malgré tout, écrit Cécile Mury, c’est parce que cette geste lumineuse témoigne d’un cinéma conquérant et naïf. L’Amérique se raconte de nouvelles légendes, dont Ava Gardner est la reine » (Le Guide du cinéma chez soi, Paris, 2004, p. 243). À son actif également le fait que le script résume les épisodes les plus connus de la légende, respectant sa tonalité plutôt sombre, sa fatalité crépusculaire (presque tous les protagonistes périssent) au risque de s’aliéner un public plus jeune. Knights of the Round Table s’impose comme le prototype de la geste arthurienne vue par les foules d’un XXe siècle américanisé, auquel tous les films successifs devront se mesurer, en l’imitant ou, au contraire, en travaillant contre l’image qu’il propose. Sorti à Noël 1953, il sera présenté en compétition au Festival de Cannes en 1954. – DE : Die Ritter der Tafelrunde, IT : I cavalieri della Tavola Rotonda, ES : Los caballeros del rey Arturo.
1954**Prince Valiant (Prince Vaillant) (US) de Henry Hathaway
Robert L. Jacks/20th Century-Fox, 100 min. – av. Robert Wagner (Prince Valiant), Janet Leigh (Lady Aleta), Debra Paget (Lady Ilène, sa sœur), James Mason (Sire Brack, le Chevalier Noir), Brian Aherne (le roi Arthur), Sterling Hayden (Gauvain), John Dierkes (Tristan), Richard Webb (Galaad), Don Megowan (Lancelot du Lac), Jarma Lewis (Guenièvre), Victor McLaglen (Boltar), Primo Carnera (Sligon, roi des Vikings), Donald Crisp (le roi Aguar de Scandie), Barry Jones (le roi Luc d’Ord, père d’Aleta), Mary Philips (la reine mère de Thulé), Tom Conway (Sire Kay le Sénéchal), Howard Wendell (Morgan Todd), Michael Rennie (narration).
Synopsis : Chassé du trône de Scandie (l’actuelle Suède) par l’usurpateur Sligon qui veut rétablir le culte d’Odin, le roi chrétien Aguar s’est refugié en Angleterre et envoie son fils, le prince Vaillant, à la cour du roi Arthur à Camelot pour y être fait chevalier. En abordant la côte, le jeune homme surprend un conciliabule entre le maléfique Chevalier Noir et des Vikings de Sligon, puis assomme par erreur Sire Gauvain dont il devient l’écuyer. Blessé dans un guet-apens par de mystérieux archers, Vaillant est trouvé et soigné par les deux filles du roi d’Ord, la blonde Aleta (dont il s’éprend) et la brune Ilène, qui aime Gauvain. Lorsqu’un grand tournoi à Camelot doit déterminer qui épousera Aleta, Vaillant y participe incognito en endossant l’armure de son maître blessé. Scandale à la cour. Le roi Arthur est forcé de punir cet affront d’un simple écuyer, mais le jeune prince tombe dans un traquenard du Chevalier Noir, est enlevé avec Aleta et atterrit dans les geôles de Sligon en Scandie, qui s’est emparé du château familial. Vaillant s’échappe, délivre sa famille condamnée au bûcher ou à la crucifixion, incendie une partie de la citadelle et tue l’usurpateur avec l’aide de Vikings loyaux. De retour à Camelot, il démasque Sire Brack, le Chevalier Noir, prétendant illégitime au trône d’Arthur qu’il comptait renverser grâce à une armée de Vikings. Vaillant terrasse le félon avec son Epée Chantante (« Singing Sword ») lors d’un duel impressionnant autour de la Table Ronde. Armé chevalier au centre même de l’anneau formé par la Table, il peut épouser la princesse Aleta.
La bande dessinée Prince Valiant in the Days of King Arthur (Prince Vaillant) de Harold Foster est parue de février 1937 à 1979 dans le New York Journal pour King Features Syndicate (section tabloïd dominical en couleurs). Le fils du roi exilé de Thulé rejoint l’Angleterre où il devient d’abord l’écuyer de Gauvain à Camelot, puis chevalier de la Table Ronde après avoir démasqué les traîtres qui conspirent contre le roi Arthur et ont usurpé le trône de son propre père. Par la suite, et pendant quatre décennies, la saga héroïco-sentimentale de Hal Foster promène son héros nordique à travers toute l’Europe, les pays slaves, la Terre Sainte (même l’Amérique du Nord) pour y combattre chevaliers félons, Vikings, Huns, Byzantins, Romains dégénérés et autres barbares d’un Moyen Âge de haute fantaisie (bonjour les anachronismes), de légende et de folklore mâtinés de préraphaélisme, toujours flanqué de son épouse, la blonde princesse Aleta, et de sa progéniture qui grandit d’épisode en épisode. Le facteur fantastique, en revanche, est ignoré (la magie de Merlin ou de Morgane). C’est un des sommets de la bande dessinée ultra-réaliste (jusqu’à l’académisme) américaine, réputée pour le soin méticuleux apporté à la composition des cases et pages et son absence de bulles au profit de récitatifs. L’œuvre de Foster jouit d’un succès ininterrompu et international, suscitant traductions, rééditions, hommages, parodies (Bugs Bunny dans le dessin animé Prince Violent de Friz Freleng, 1961) ainsi qu’une variété de produits dérivés pour la jeunesse. (À partir de 1971, la série sera reprise par le dessinateur John Cullen Murphy.)
Lorsque Prince Valiant sort en salle, il s’agit de la deuxième reconstitution vraiment spectaculaire de l’univers arthurien à l’écran, une année à peine après Knights of the Round Table de Richard Thorpe, superproduction de la concurrente Metro-Goldwyn-Mayer. Les droits ont d’abord été acquis en novembre 1946 par Eagle-Lion, puis en mai 1952 par la MGM qui a jeté l’éponge faute de scénario satisfaisant (d’Alec Coppel) et les a revendus à la Fox ; celle-ci perçoit immédiatement les potentialités d’un sujet qu’elle envisage comme une réponse à l’Ivanhoé de la MGM (1951) ; le film est mis en chantier en novembre 1952, mais la production subit des retards dans l’écriture, Darryl F. Zanuck ayant exigé de mieux étoffer les personnages et de chercher un pendant à l’antisémitisme si judicieusement évoqué dans Ivanhoé afin de renforcer l’assise historique. Ceci explique les scènes de persécution des « bons Vikings » chrétiens par les méchants païens (l’antagonisme chrétien/païen est inconnu chez Foster), un élément du reste révélateur du climat de guerre froide et, implicitement, d’anticommunisme qui sévit alors à Hollywood. En revanche, la dimension magique est ignorée, à l’instar de Foster et des autres évocations arthuriennes au cinéma jusque vers 1980.
C’est Henry Hathaway qui hérite du projet (en maugréant). Vieux routier sous contrat, énergique, terriblement colérique mais talentueux, rompu aux westerns de catégorie A comme aux films noirs, il a dirigé Tyrone Power et Orson Welles au Maroc dans l’aventure médiévale The Black Rose (La Rose noire) en 1950 ; ancien caméraman, il est réputé ne laisser aucune initiative à ses chefs opérateurs… et détester l’écran large. Or, les travaux budgetés à 2,9 millions de $ sont freinés jusqu’à la généralisation du CinemaScope, le procédé révolutionnaire d’écran large acquis par la Fox (en janvier 1953, on envisage même la 3D !). Premier film en CinemaScope, le péplum The Robe (La Tunique) de Henry Koster va battre tous les records du box-office mondial en 1953/54 (17 millions de $) et il va de soi que le film Fox en costumes subséquent, Prince Valiant, doit également bénéficier du procédé mis au point par Henri Chrétien. Le tournage s’effectue du 16 juillet à mi-septembre 1953 aux studios Fox de Century-City à Westwood (intérieurs, la forteresse investie par Sligon) et dans la région de Los Angeles : Arroyo Sequit Park, Sherwood Forest, le Ranch de Rowland V. Lee à Chatsworth. Le travail est physiquement harassant et suscite une hécatombe parmi les cascadeurs ; les nombreuses acrobaties de Vaillant à cheval, suspendu dans le vide ou escaladant les murs d’une forteresse ne nécessitent pas moins de cinq doublures, du jamais vu à la Fox. Zanuck dépêche Hathaway en personne avec une seconde équipe sous la direction de Richard Talmadge et les doublures des acteurs principaux pour filmer autour de divers châteaux en Grande-Bretagne (printemps-été 1953) : Alnwick Castle pour Camelot (Northumberland), Warwick Castle et Caernarvon Castle (Pays de Galles), enfin en Ecosse avec Braemar Castle en Aberdeenshire, Eilean Donan Castle à Loch Duich, Duart Castle sur l’île de Mull (Argyll), les falaises de Claernarvon, la plage de Tenby et le village de Dornie, siège des Vikings. Hathaway, virtuose des raccords entre scènes de seconde équipe et reconstitutions en studio, réussit à harmoniser ses images de sources très variées en un ensemble qui donne une forte présence à la nature, soignant en particulier la profondeur de champ afin de conférer à l’environnement une réalité irrécusable (y compris dans les intérieurs tridimensionnels tels que la salle royale). Comme Hal Foster, le cinéaste attribue un rôle majeur aux paysages, d’où l’abondance d’extérieurs authentiques mis en valeur par la superbe photo en Technicolor de Lucien Ballard et Charles G. Clarke, des panoramas d’une Angleterre champêtre et encore peu peuplée.
Prince Valiant a longtemps passé pour un modèle d’adaptation d’une bande dessinée à l’écran, concoctée par Dudley Nichols, le scénariste oscarisé de quatorze films de John Ford. Nichols maîtrise pleinement la difficulté de transformer les innombrables péripéties du « comic strip », qui s’enchaînent sans répit ni ligne directrice, en un drame cohérent et structuré. Il invente les personnages de Sire Brack et Boltar, remplace Thulé par la Scandie, introduit le dilemme du christianisme et l’incendie du château. Avec l’usurpateur Sire Brack placé au cœur de la Table Ronde apparaît une constante du cinéma américain des années 1950, à l’époque de la chasse aux sorcières maccarthyste : l’obsession du traître occulte venant de l’intérieur. Rien de tel n’existe chez Foster, ni d’ailleurs dans la légende arthurienne. Brack s’empale dans l’épée de Vaillant sous un grand crucifix.
Muni de son épée chantante, le prince Vaillant (Robert Wagner) se mesure au traître, Sire Brack (James Mason).
 Conscient de l’immense popularité de l’œuvre graphique, Hathaway s’astreint à retrouver une ressemblance minutieuse entre les comédiens et les personnages de Foster, et à retranscrire sur l’écran, avec des décors, des cadrages et un chromatisme similaires, certaines « grandes scènes » des planches fosteriennes, dont des cases servent de fond graphique au générique (Foster collabora initialement au scénario, puis se fâcha avec Hathaway qui négligeait ses suggestions). Robert Wagner porte la perruque noire typique de Vaillant (coupe au carré), affiche une démarche identique, la même gaucherie juvénile ; Gauvain, lui, est timide, voire maladroit avec les femmes (c’est Sterling « Johnny Guitar » Hayden qui l’interprète après l’heureux désistement de Victor Mature qui a peur des chevaux !). James Mason fait l’intrigant et sournois Sire Brack, un cousin d’Arthur et le substitut, ici, de Mordred. Le résultat à l’écran est à la fois distrayant, visuellement somptueux et puéril, conforme, une fois de plus, dans ses clichés anachroniques à l’idée que l’Américain moyen se fait de la saga arthurienne – mais avec tout le savoir-faire du grand cinéma d’aventures hollywoodien.
Le prince Vaillant est adoubé par le roi Arthur et son épée Excalibur au centre de la Table Ronde.
 On retiendra en particulier le long et éblouissant duel final à l’épée lourde (réglé par Jean Heremans et rythmé par les vibrations sonores de l’Épée Chantante) ainsi que diverses scènes d’action au dynamisme très jouissif (le tournoi, les tourbillons de feu lors de l’assaut du château, au milieu des casques à cornes [sic] menaçants des Vikings). Aujourd’hui un classique du genre, un divertissement de qualité – pour autant que l’on accepte le postulat du comic strip et son imagerie naïve. En 1954 toutefois, le film est éclipsé par le rouleau compresseur de Knights of the Round Table, les recettes domestiques (2,6 millions de $) sont décevantes et enterrent une suite prévue pour 1955 dans les mêmes décors, *Valiant and Aleta, également avec Robert Wagner et Janet Leigh. – DE : Prinz Eisenherz, IT : Il principe coraggioso, ES : El principe valiente.
« The Black Knight » (1954) de Tay Garnett : Camelot assiégé par Saxons, Sarrasins et Vikings ! – A dr. : Sire John et Lady Linet.
1954The Black Knight (Le Serment du Chevalier Noir) (GB/[US]) de Tay Garnett
Irwing Allen, Albert R. Broccoli/Warwick Film Productions, Ltd. (London)-Columbia Pictures, 86 min. – av. Alan Ladd (John, le Chevalier Noir), Patricia Medina (Lady Linet de Yeonil), Peter Cushing (Sire Palamidès), Anthony Bushell (le roi Arthur), Harry Andrews (comte de Yeonil), Pauline Jameson (la comtesse de Yeonil), Jean Lodge (Guenièvre), Patrick Throughton (le roi Marc de Cornouailles), Andre Morell (Sire Ontzlake), Olwen Brookes (Lady Ontzlake), Bill Brandon (Bernard), Basil Appleby (Sire Hal), Laurence Naismith (le majordome), Ronald Adam (l’abbé), Elton Hayes (le ménestrel), Bob Simmons (le Chevalier Bleu).
Synopsis : Jeune armurier du château du comte de Yeonil, John est amoureux de la fille du châtelain, Lady Linet, qui répond à ses sentiments (« les droits de naissance ne sont qu’un accident »), quoique leur différence de condition rend un mariage impossible. Le soir de Pentecôte, des hommes déguisés en Vikings attaquent la citadelle par surprise, blessent le comte et tuent son épouse. Lina, qui s’est cachée, voit John s’éloigner à cheval et le prend pour un lâche. En vérité, celui-ci poursuit le chef des assaillants, Sire Palamidès, un Sarrasin qui est devenu par traîtrise chevalier de la Table Ronde et tente, avec la complicité du roi Marc de Cornouailles, de renverser le monarque chrétien et de restaurer le druidisme en Angleterre. Lors d’un festin, John s’introduit à Camelot et accuse publiquement Palamidès de meurtre. Il encourt la peine de mort pour son insolence de roturier et pour avoir calomnié un membre de la noble assemblée, mais le roi Arthur lui laisse un répit de trois mois afin d’apporter la preuve de son accusation. Ayant appris le maniement des armes, dissimulé sous une armure noire qu’il a lui-même forgée, le « Chevalier Noir » alias John se fait bientôt une réputation d’invincibilité. Il sauve Lady Linet sur le point d’être sacrifiée aux dieux païens par des druides à Stonehenge, déjoue le complot de la canaille saxonne, viking et sarrasine, enfin repousse l’armée des conspirateurs sous les remparts de Camelot. Il sera fait chevalier de la Table Ronde et pourra épouser la dame de son cœur.
Une grande niaiserie technicolorisée qui a au moins l’honnêteté de ne pas trop se prendre au sérieux, réalisée avec fougue par le vétéran hollywoodien Tay Garnett, cinéaste mieux inspiré par le mélodrame (l’inoubliable One Way Passage/Voyage sans retour, 1932), le film noir (The Postman Always Rings Twice/Le Facteur sonne toujours deux fois, 1946) ou la franche rigolade ; certes, Garnett connaît Camelot, mais sur le mode musicalo-parodique, ayant signé en 1949 A Connecticut Yankee in King Arthur's Court (Un Yankee à la cour du roi Arthur) avec Bing Crosby en chevalier chantant (cf. infra, chap. 5). Son nouveau film est fabriqué d’août à octobre 1953 en Angleterre, aux studios de Pinewood, au château de Coch (Pays de Galles), dans la forêt de Black Park à Iver Heath (Buckinghamshire) et pendant six semaines sous le soleil d’Espagne, aux studios de la Sevilla Films à Madrid, aux châteaux de Manzanares el Real et de Guadamur à Tolède (la demeure des Yeonil), enfin, pour représenter Camelot, à l’Alcazar de Ségovie (entouré par photomontage des phénoménaux remparts d’Avila !) ; la figuration engagée sur place n’est pas négligeable et les batailles plutôt bien agencées peuvent enchanter un parterre d’adolescents. Il s’agit au départ d’un projet de la Columbia à Hollywood que celle-ci finit par confier aux associés britanniques de Warwick Films (Albert R. Broccoli est le futur heureux producteur des James Bond).
Le titre de travail est Lochinvar car le film se base initialement sur la ballade éponyme de Sir Walter Scott (1808) qui se déroule en Écosse en 1513 et relate comment un jeune chef de clan sauve sa bien-aimée d’un mariage forcé en l’enlevant ; le scénario final d’Alec Coppel (Vertigo de Hitchcock) – scénario qui aurait donné passablement de fil à retordre et auquel a participé Bryan Forbes comme « script doctor » – ne retient que quelques menus détails de l’intrigue de Scott. Déplacé dans un Camelot sans Merlin ni Table Ronde, le récit se concentre sur le Chevalier Noir qui est a priori un personnage négatif dans la saga arthurienne (jaloux, défait par Perceval, tué par Yvain ou Gareth). On mobilise une dame et deux chevaliers de la Table Ronde peu connus, dénichés chez Thomas Malory (Le Morte d’Arthur) : Lady Linet (Linette, Lyonet), sœur de Dame Lyonesse, est selon Malory une créature sarcastique, moqueuse et mauvaise langue, or la voici dame de cœur du vaillant armurier ; Sire Ontzlake, frère cadet du fourbe Sire Damas, aida Arthur à retrouver la fée Morgane lorsque celle-ci s’empara du fourreau d’Excalibur et il devient ici le mentor du héros ; quant à Sire Palamidès (Palomides, Palamedes), fils du roi païen Esclabor, selon la légende, il s’éprit désespérément d’Iseut, fut battu en combat singulier par Tristan, se convertit au christianisme et devint un modèle de piété, parti à la quête du Graal. Dans le film, le voilà métamorphosé en pire ennemi d’Arthur, un diabolique intrigant moyen-oriental campé par le savoureux Peter Cushing, future vedette du cinéma fantastique, le teint basané, cheveux de jais longs et boucles d’oreille (serait-il gay ?), le scimeterre tranchant. Il périt trucidé – et on le regrette – par Alan Ladd, la star au visage d’ange déchu. Héros de westerns (Shane/L’Homme des vallées perdues) et de polars, Ladd est généralement mal à l’aise en costume et carrément ridicule en armure (il ne travaille qu’onze jours sur le film, une doublure le remplace pour tous les plans d’ensemble).
Enfin, que font ici les Vikings, qui n’ont débarqué dans le sud-est de l’Angleterre qu’à la fin du VIIIe siècle et … les Sarrasins (musulmans un siècle avant Mahomet !) parmi les mégalithes de Stonehenge, eux dont la pénétration au nord n’a jamais dépassé Poitiers ? À l’écran, le supposé haut-lieu du celtisme est la proie d’orgies païennes d’un kitsch grotesque « en honneur des dieux-soleil », où l’on rôtit vif des moines et prépare Lady Linet pour un sacrifice humain. Survient Arthur, monarque intégriste, qui ordonne à ses chevaliers de détruire l’énigmatique sanctuaire, « lieu maléfique des anciennes croyances » (ce qui explique l’état délabré du site aujourd’hui !) et occit les druides qui ont dirigé de si sauvages cérémonies, bien sûr en signe de la « colère divine ». Selon la plus ancienne des sources, l’Historia Britonnium de Nennius), Arthur portait bel et bien une icône de la Vierge sur ses épaules à la bataille de Castle Guinnion ; toutefois, le pape Grégoire le Grand avait expressément demandé à saint Augustin de Cantorbéry en 597 que les temples païens en Grande-Bretagne ne soient pas détruits mais adaptés au nouveau culte. L’Église du Haut Moyen-Âge s’est d’emblée montrée plus tolérante envers le druidisme que le cinéma ! Ce salmigondis dont l’héraldique et les heaumes ailés à mézail sont du XVe siècle et où l’on pratique l’escrime du XVIIe siècle n’a même pas l’excuse d’un référent externe, comme le Prince Vaillant sorti cette même année qui se veut le décalque scrupuleux d’un comic strip fantaisiste.
Ainsi que le souligne John Aberth, qui considère The Black Knight comme « le film médiéval le plus politiquement engagé, mis à part l’Alexandre Newski d’Eisenstein » (A Knight at the Movies, Routledge, 2003, p. 13), l’unique intérêt de ce joyeux nanar réside dans son déchiffrage idéologique. Qu’un obscur forgeron puisse devenir chevalier relève d’une vision chimérique, démocrate et libérale d’une chevalerie proche du concept du « self made man » à l’américaine, et celui-ci va réapparaître au cœur d’innombrables bandes d’aventures à cadre historique (en particulier dans First Knight de Jerry Zucker en 1995, cf. infra, ou A Knight’s Tale/Chevalier de Brian Helgeland en 2001). En 1953, dans le contexte paranoïaque de la chasse aux sorcières anticommuniste, John, le prolétaire justicier qui porte son heaume noir comme Zorro derrière son masque, représente les idéaux égalitaires du royaume-nation : son combat victorieux est une allégorie du triomphe des valeurs américaines. Honnête, travailleur, patriote (c’est-à-dire pilier de l’ordre établi), l’homme du peuple a deviné qu’à la cour d’Arthur, « il y a des traîtres partout » (comme à Washington selon McCarthy) et Sire Ontzlake, autre ancien roturier, transformé en une sorte de recruteur de la CIA, le somme d’y débusquer les espions, puis de s’infiltrer dans le repaire du roi Marc à Tintagel. John doit faire face à l’ennemi extérieur (les Saxons) comme à la « cinquième colonne » à l’intérieur (Sire Palamidès de la Table Ronde), à l’instar des États-Unis secoués par la guerre de Corée, les enquêtes sénatoriales diffamantes, l’affaire Rosenberg, etc. Le Chevalier Noir est le dernier espoir du christianisme menacé par l’invasion des impies. Sauf que, quand le film sort en salle, en octobre 1954, McCarthy est en chute libre et la guerre de Corée terminée. – DE, AT : Unter schwarzem Visier, ES : El caballero negro, IT : Il cavaliere del mistero.
1956/57(tv) The Adventures of Sir Lancelot (Le Chevalier Lancelot) (GB) de Ralph Smart (1,2,3), Bernard Knowles (4,6,11,12,20,21,30), Arthur Crabtree (5,7,9), Anthony Squire (8,13), Terry Bishop (10,16,18,19), Laurence Huntington (14,17,22,24,26,27), Peter Maxwell (15,23,28), George More O'Farrell (25) et Desmond Davis (29)
Hannah Weinstein, Sidney Cole, Dallas Bower, Bernard Knowles/Sapphire Films Prod.-ITC (ITV 15.9.56-20.4.57), 30 x 26 min. – av. William Russell (Lancelot du Lac), Bruce Seton/Ronald Leigh-Hunt (le roi Arthur), Jane Hylton (Guenièvre), Cyril Smith (Merlin), Andrew Crawford (Gauvain), Nigel Green (le roi Marc de Cornouailles), Mary Wood (Iseut), Alison Leggatt (Morgane), Brian Worth (Mordred), John Dearth (le roi Pell, père de Mordred), Peer Bennett (Leonides), Brian Worth (Sire Kay), Paul Hansard (Sire Lionel), Edwin Richfield (Sire Christopher), Derek Aylward (le roi Marhaus), Zena Walker (sa sœur Angela), Patrick McGoohan (Sire Glavin), Dan Cunningham (Sire Bernard), Robert Crewdson (le ménestrel), Noel Purcell (Liam d’Irlande), Michael Caine (Troisième Chevalier), Petula Clark.
Aventures pseudo-médiévales diverses mises sur pied par la productrice Hannah Weinstein (le vol d’Excalibur, rivalités entre baronets, tournois et enlèvements en tous genres) dans lesquelles sont placés les personnages de la geste arthurienne sans égard à leur rôles et attributs légendaires. Lancelot – dont on ne montre jamais le penchant pour Guenièvre – fait le justicier en armure pour un public d’adolescents parqués devant le petit écran noir et blanc, rien ne le distinguant de l’Ivanhoé cathodique avec Roger Moore ou du Robin des Bois avec Richard Greene que Hannah Weinstein produit simultanément pour ITC sur un plateau voisin. On reconstruit un village sur les terrains du studio de Nettlefold à Walton-on-Thames, des extérieurs sont photographiés dans la région d’Esher (Surrey) tandis qu’Allington Castle (Kent) sert de décor pour Camelot.
Parmi les 30 épisodes tournés en noir et blanc, à noter celui des murailles d’Hadrien (The Roman Wall d’A. Crabtree), que gardent des légionnaires romains sous les ordres du patricien Trullus (Gerald Cross), le gouverneur autoproclamé de Bretagne. Par ailleurs, malgré des conseillers de l’Université d’Oxford, on ne prend pas le contexte historique trop au sérieux : le cadre général est celui du XIVe siècle, Lancelot est vendu comme esclave par des Vikings et Guenièvre porte un fabuleux bijou que lui aurait donné un rajah indien ! Ni de magie ni d’images violentes. Les lourdes épées à deux mains sont bannies : leur maniement ralentit l’action. Pas de grand amour non plus : Iseut n’a pas encore rencontré Tristan. La production profite de la présence en Grande-Bretagne de scénaristes américains blacklistés par McCarthy, comme Ring Lardner Jr. (Laura d’Otto Preminger, 1944), pour s’offrir des épisodes à peu de frais. Elle lance la carrière du comédien Patrick McGoohan (épis. 4), qui deviendra célèbre avec la série s-f The Prisoner, tandis que Michael Caine et la chanteuse Petula Clark font de la figuration. Enfin, 14 épisodes sortis en 1957 sont en couleurs, afin de séduire le marché américain sur la chaîne NBC. L’écho public est satisfaisant, mais Lancelot reste loin derrière Robin des Bois dans l’audimat et ITC renonce à produire une seconde saison. Avec presque 13 heures d’antenne, la série bat le record de présence des héros arthuriens à l’écran, et ce jusqu’en 2008. Plusieurs de ses réalisateurs feront une carrière au cinéma (Arthur Crabtree, Bernard Knowles, Desmond Davis, Laurence Huntington). – IT : Lancillotto.
Episodes : 1. « Knight with the Reed Plume » – 2. « Ferocious Fathers » – 3. « The Queen’s Knight » – 4. « The Outcast » – 5. « Winged Victory » – 6. « Sir Bliant » – 7. « The Magic Sword » – 8. « Sir Lancelot’s Banishment » – 9. « The Roman Wall » – 10. « Caledon » – 11. « Shepherd’s War » – 12. « The Pirates » – 13. « The Black Castle » – 14. « Double Identity » – 15. « The Bridge » – 16. « The Witch’s Brew » – 17. « The Ruby of Radnor » – 18. « The Lesser Breed » – 19. « The Magic Book » – 20. « Knight Errant » – 21. « Theft of Excalibur » – 22. « The Mortaise Fair » – 23. « Maid of Somerset » – 24. « Sir Crustabread » – 25. « The Ugly Duckling » – 26. « Princes of Limerick » – 27. « The Lady Lilith » – 28. « Knight’s Choice » – 29. « The Missing Princess » – 30. « Thieves ».
1957[(tv) The Round Table (US) de Seymour Berns ; série « The Red Skelton Show » (CBS 10.12.57), 60 min. – av. Benny Baker (Lancelot du Lac), Hans Conried (le roi Arthur), Red Skelton (le page), David Rose et son orchestre. – Sitcom comique.]
1958(tv) Les Chevaliers de la Table Ronde (FR) de François Chatel
(1ère Chaîne RTF 1.4.58), 1h55. – av. Robert Hirsch (Merlin), Bruno Cremer (le roi Arthur [Artus]), Gil Vidal (Galaad), Christiane Lénier (Guenièvre), Jacques François (Lancelot du Lac).
Le château d’Artus est intoxiqué, drogué, mais l’arrivée de Galaad, le poète très pur, amène le désastre et le désordre parmi les partisans de Merlin l’enchanteur, car c’est ce dernier qui drogue le château et qui y trouve son compte ; esprit négatif, il emploie son jeune domestique, le démon Ginifer, pour semer la confusion, le transformant à sa guise en tel ou tel personnage. La force purifiante de Galaad l’emporte sur Merlin, mais la désintoxication est dure à vivre. La reine est humiliée, Merlin chassé : Artus perd l’épouse et l’ami. Galaad quitte la cour. Artus trouve la force d’affronter la vraie vie, sans artifices, et le retour du Graal à Camelot symbolise l’acquisition d’un état d’équilibre très rare avec soi-même.
Dramatique d’après la pièce en trois actes de Jean Cocteau, présentée le 14 octobre 1937 au Théâtre de l’Œuvre dans une mise en scène et des décors de l’auteur, des costumes de Coco Chanel et une interprétation réunissant Jean Marais (Galaad), Samson Fainsilber (le roi Artus), Michel Vitold (Merlin) et Anie Morène (Guenièvre). Les aspects négatifs de Merlin sont liés aux « enchantements » de l’opium que Cocteau consomme alors en abondance.
1959[inachevé :] (tv) Merlin the Magician (US) de George Huskin
George Huskin & Associates. – av. Richard Hearn (Merlin).
Parodie prévue pour une série télévisuelle, mais restée inachevée : Merlin est le soutien désespérément maladroit du roi Arthur, appliquant sa magie à tort et à travers, faisant apparaître un toaster électrique, etc. (script de Philip Rapp). La série était initialement envisagée avec Lou Costello en Merlin (le partenaire grassouillet de Bud Abbott), comique décédé en mars 1959.
1961[Animation : Prince Violent / Prince Varmint (US) de Friz Freleng et Hawley Pratt ; Warner Bros., 7 min. – av. la voix de Mel Blanc (tous les rôles). – Parodie de la bande dessinée de Hal Foster et du film Prince Valiant (cf. 1954) de Henry Hathaway : le méchant Viking Yosemite Sam tente vainement de conquérir le château de Bugs Bunny alias Prince Violent.]
Merlin tente de consoler Arthur (Brian Aherne) qui se découvre trahi. – Guenièvre (Jean Wallace) et Lancelot (Cornel Wilde), amants rongés par la mauvaise conscience (1962).
1962*Lancelot and Guinevere /US : Sword of Lancelot (Lancelot, chevalier de la reine) (GB/[US]) de Cornel Wilde
Cornel Wilde, Bernard Luber/Emblem Productions Ltd. (C. Wilde)-Universal Pictures, 117 min. – av. Cornel Wilde (Lancelot), Jean Wallace (Guenièvre), Brian Aherne (le roi Arthur), Mark Dignam (Merlin), George Baker (Gauvain), Michael Meacham (Mordred), John Longden (le roi Leodogran/Leodegrance, roi de Caméliarde et père de Guenièvre), Archie Duncan (Sire Lamorak), Adrienne Corri (Lady Vivian), Iain Gregory (Sire Tors), Reginald Beckwith (Sire Dagonet), John Barrie (Sire Belvedere), Richard Thorp (Sire Gareth, frère de Gauvain), Joseph Tomelty (Sir Kay le Sénéchal), Graham Stark (Rian), Bob Dryan (Sire Dorjak), Geoffrey Dunn (Edrick), Walter Gotell (Sire Cedric), Peter Prowse (Brandagorous), Christopher Rhodes (Ulfus).
Cet ouvrage méconnu de l’acteur-réalisateur et producteur américano-hongrois Cornel Wilde constitue une bonne surprise sous bien des aspects. Escrimeur émérite (il fut sélectionné à l’âge de 21 ans pour faire partie de l’équipe américaine aux Jeux Olympiques de 1936), Wilde a imposé dès 1940 sa silhouette de ferrailleur souriant, simple et désinvolte, dans une flopée de bandes d’aventures – des fils de Robin des Bois et de d’Artagnan à Omar Khayyâm – avant de passer lui-même à la mise en scène, las d’être dirigé par des tâcherons. On lui doit quelques réjouissants films d’action, où, comme ici, il donne la réplique à sa turbulente épouse, la blonde racée Jean Wallace née Walasek (une Guenièvre aux « cheveux d’or »). S’il reprend sans états d’âme l’imagerie convenue du Moyen Âge hollywoodien avec ses approximations, son ignorance du merveilleux (Merlin n’est qu’un vieillard d’une grande sagesse mais sans pouvoirs particuliers) et sa laïcisation (le Graal n’est jamais mentionné), il s’avère sur plusieurs points nettement plus fidèle à la trame de Malory, et surtout moins pudibond que la luxueuse production MGM de 1953. En fait, il apporte en toute modestie ce qui manque à cette dernière : vivacité, fraîcheur, rythme, profils psychologiques appuyés et un humour de bon aloi. Mais aussi un regard adulte, de la dignité, de l’érotisme et de la violence graphique (flèche plantée dans la tempe, exécutions en masse de villageois, le torse de Mordred fendu en deux à la hache). Camelot, la Table Ronde, les tournois sont bien au rendez-vous, mais relégués à l’arrière-plan : comme l’indique le titre du film, c’est le couple qui intéresse Wilde, les amants pris dans les rets de la passion.
Son Lancelot, un étranger à la cour de Camelot, vient de Bretagne et parle l’anglais avec un fort accent français, à la Maurice Chevalier (Wilde est polyglotte) ; c’est un érudit qui connaît le latin et le grec et lit les Odes de Horace dans le texte. Pire : le découvrant enduit d’une mousse suspecte, les preux de la Table Ronde craignent une épidémie bubonique … alors que leur compagnon se lave, et de surcroît avec un produit inconnu, le savon que lui a recommandé Merlin ! Par ailleurs, c’est lui seul qui se charge de toutes les besognes délicates ou risquées du royaume. Guenièvre est une femme de tête agressive, nullement prude (en route pour Camelot, elle se baigne à moitié nue dans un étang avec Lancelot), se défend dague à la main, s’ennuie ferme à la cérémonie nuptiale (où elle fait une tête d’enterrement), arrache à son chevalier servant des aveux tendres ; plus tard, en fuite, la sirène suggère même à son amant d’éliminer Arthur en combat singulier. Quant à son époux (Brian Aherne, qui a déjà interprété le monarque dans « Prince Valiant » en 1954), c’est un homme d’âge mûr, candide, labile et vaniteux qui aime rire mais se conduit comme un sot lorsqu’il réalise que son épouse lui préfère un rival plus jeune et plus dynamique.
Wilde a réuni un budget moyen de 2,5 millions de $ et réalise sa mini-fresque entièrement en Europe : Hollywood étant devenu trop cher pour ce genre de production, la tendance générale est à la délocalisation. Le tournage en Eastmancolor et Panavision se fait de mai à août 1962 aux studios britanniques de Pinewood (Iver Heath) et, avec l’assistance de Studio Belgrade, à l’ouest de la Serbie, à Divcibare et sur les flancs verdoyants du mont Maljen (district de Kolubara) où l’on érige l’enceinte ainsi qu’un pan des murailles de Camelot entourées de douves. L’armée de Tito prête quelque 2000 hommes pour deux batailles passablement spectaculaires, dirigées avec entrain et ingéniosité (la soldatesque yougoslave exécute ses manœuvres avec une discipline rigoureuse plus romaine que médiévale, mais il est vrai qu’elle est habituée à faire de la figuration dans les péplums italiens !).
Synopsis : Léodogran, roi de Caméliarde/Carmelide, fait savoir à la Table Ronde qu’il ne reconnaît pas le droit d’Arthur à la couronne de Brittanie mais qu’il se déclare prêt à lui céder et son trône et sa fille Guenièvre si Lancelot l’emporte en combat singulier contre son propre champion, Sire Tors. Lancelot sort vainqueur du tournoi et escorte sa future reine à Camelot, puis à l’autel, après l’avoir tirée d’un guet-apens des sbires de Mordred, le fils illégitime d’Arthur. Guenièvre, qui n’a d’yeux que pour son sauveur, lui avoue à voix basse son amour et est prise d’un malaise après la cérémonie ; Lancelot la porte dans ses appartements. Le roi, fort imprudent, le charge de la distraire quand il s’adonne à la vénerie ou à la politique. Devant faire face à une invasion massive et sanglante des barbares de Brandagorous (Saxons et Vikings), il charge Lancelot de compenser l’impréparation de l’armée arthurienne par son génie tactique. Tandis que les barbares achèvent sauvagement leurs prisonniers et festoient en violant leurs veuves, Lancelot les piège sur une presqu’île et les anéantit par le feu et les flèches. Croyant Lancelot mort, Guenièvre se trahit en éclatant en pleurs. Pour sa part, Lancelot se tourmente, pris dans un tissu de contradictions, se reprochant d’avoir perdu le sens de l’honneur, de l’amitié, du devoir, et il décide de regagner le continent pour s’opposer aux Huns qui ont envahi la Gaule (tiens, nous sommes à présent en l’an 451 ?). Guenièvre le supplie de passer une nuit avec elle pour sceller leurs adieux et administre sans scrupules un somnifère à son époux.
Au petit matin, les amants sont surpris par Mordred, Lancelot s’enfuit, non sans avoir tué par mégarde Gareth, le frère de Gauvain ; la moitié des chevaliers lancés à sa poursuite prennent parti pour le fugitif. Sous la pression de Mordred, Arthur condamne Guenièvre à être brûlée vive. Lancelot l’arrache aux flammes l’épée à la main et se terre dans son château de la Joyeuse Garde, bientôt assiégé par l’armée royale, tandis que sa bien-aimée se retire dans un donjon, rongée par les remords. Arthur et Gauvain provoquent Lancelot en combat singulier ; il refuse de se mesurer à son suzerain, bat Gauvain mais lui laisse la vie, se rend contre la promesse de pardon et s’exile tandis que Guenièvre, accompagnée par Merlin, se réfugie au monastère de Glastonbury. Les années passent. Gauvain traverse la Manche pour lui apporter des nouvelles : Arthur est mort assassiné, Merlin a disparu, la Brittanie est en guerre et Mordred a incendié Glastonbury. Lancelot écrase et tue ce dernier sur le champ de bataille à Camlann. Il revoit une dernière fois Guenièvre qui, à son grand désespoir, a pris le voile au monastère d’Almesbury et renoncé au monde. « Farewell, my Golden Hair... » (On ne précise pas que Lancelot s’est ensuite retiré dans un ermitage et n’a trouvé la consolation que dans la mort, une fin trop atypique pour un ferrailleur du XXe siècle.)
Signe des temps, du jeunisme dans le vent, de la pilule contraceptive ou de la nouvelle ère J. F. Kennedy : le film de Cornel Wilde est le premier dans ce registre mythique à traiter ouvertement de l’adultère (source de souffrance mais qui n’est pas décrié comme péché selon l’optique chrétienne), de l’attirance sexuelle (le sexe ennemi de l’idéalisme) et d’en éclairer les tourments comme les conséquences parfois tragiques pour les individus concernés (conflit entre amour et loyauté, entre mariage et amitié), enfin à prendre parti pour les jeunes amants contre un époux âgé (quoique les acteurs ne soient plus très jeunes : Wilde a 48 ans, Wallace 40 et Aherne 61). Alors que le film de Thorpe se cantonnait dans les limites prudes sinon chastes de l’« amour courtois », Wilde ose montrer (une première à l’écran) la condamnation de Guenièvre au bûcher, le coup de force de Lancelot pour la sauver et leur fuite ensemble. Le cinéaste réussit un curieux mais sympathique mélange de réalisme brutal, d’apartés intimistes, d’incongruités historiques et de timides élans poétiques. La critique réagit positivement ; le public moins, en revanche, et Wilde se fâche avec Universal qui a exploité son film comme une routinière aventure de cape et d’épée. Deux ans plus tard, Universal massacrera de la même manière la distribution de l’admirable The War Lord (Le Seigneur de la guerre) de Franklin J. Schaffner. – IT : Ginevra e il cavaliere di re Artù, DE, AT : Lancelot der verwegene Ritter, ES : La espada de Lancelot.
1962Jack the Giant Killer (Jack le tueur de géants) (US) de Nathan Juran
Edward Small, Robert E. Kent/Edward Small Productions-Zenith Pictures Inc.-United Artists, 94 min. – av. Kerwin Mathews (Jack), Judi Meredith (Elaine, fille du roi Marc), Torin Thatcher (le Prince Noir Pendragon), Dayton Lummis (Marc, roi de Cornouailles), Anna Lee (Lady Constance), Barry Kelley (Sigurd le Viking), Walter Burke.
Synopsis : Banni d’Angleterre et convoitant le trône de Cornouailles, le diabolique Prince Noir Pendragon, grand seigneur des sorcières, géants et gnomes, veut contraindre le roi Marc à abdiquer et épouser sa fille, Elaine. Il délègue le géant Cormoran pour enlever la princesse, mais celle-ci est sauvée par Jack, le fils d’un simple paysan en route pour la Normandie qui tue le monstre d’un coup de hache. Le roi Marc adoube Jack, le nomme protecteur de sa fille et le charge de l’emmener sur le continent, à l’abri dans un monastère. Elaine est néanmoins capturée en traversant la Manche, Jack est repêché par un vieux Viking qui l’aide à contrer les sortilèges du Prince Noir grâce à un lutin prisonnier dans une bouteille. Après moult mésaventures, Jack parvient à terrasser Pendragon qui s’est transformé en énorme dragon ailé afin de couler son navire.
Devant le succès qu’a remporté Le Septième Voyage de Sinbad (1958), son producteur Edward Small tente de réitérer l’exploit en engageant le même réalisateur (Juran), le même héros (Mathews) et le même méchant (Thatcher). Le scénario pêche cette fois dans les eaux opaques du cycle arthurien, puisque Arthur, comme son géniteur Uther, porte le titre celtique de Pendragon (« chef dragon ») et que le roi Marc (Marc’h) de Cornouailles, fils du roi Mérion et frère de Dame Blanchefleur (Bleunwenn), l’amoureuse de Perceval, n’est autre que l’oncle de Tristan. Et le dragon terrassé ne serait-il pas celui qu’affronte Tristan en Irlande pour obtenir la main d’Iseut, future épouse du roi Marc ? Quant à Elaine, c’est le patronyme de l’épouse de Galaad, mais aussi de l’amoureuse et de la mère de Lancelot, de la fille de Pellinore, de la fille d’Ygraine, enfin de la nièce d’Arthur éprise de Perceval. Qui dit mieux ? Cette grossière mixture de mythes celtiques et de contes repose pour les trucages sur un système d’animation par poupées nettement moins performant que celui du phénoménal Ray Harryhausen. Le résultat à l’écran n’est que plagiat et bricolage puéril, filmé en Fantascope (sic) et Technicolor aux Studios Samuel Goldwyn à West Hollywood et sur l’île de Santa Catalina (Calif.). – DE : Der Herrscher von Cornwall, IT : L’ammazzagiganti, ES : Jack y el gigante asesino.
1963The Siege of the Saxons / King Arthur and the Siege of the Saxons (BE : Le Siège des Saxons / L’Aventurier du roi Arthur) (GB) de Nathan Juran
Charles H. Schneer, Jud Kinberg/Ameran Films Ltd.-Columbia Pictures, 85 min. – av. Ronald Lewis (Robert Marshall), Janette Scott (Lady Katherine, fille du roi Arthur), Mark Dignam (le roi Arthur), Ronald Howard (Edmond de Cornouailles), John Laurie (Merlin), John Gabriel (le comte de Chatham), John Miller (l’archevêque de Canterbury), Richard Clarke (un prince saxon), Jerome Willis (le boiteux), Francis De Wolff (le forgeron), Charles Lloyd Pack (le médecin), Peter Mason (le jeune moine).
Synopsis : Pris d‘un malaise pendant une joute contre l’ennemi saxon, le roi Arthur se repose avec sa fille Katherine dans le château de son champion, Edmond de Cornouailles, ignorant que ce dernier complote avec des Saxons déguisés en Vikings pour s’emparer de Camelot. Une première tentative d’assassiner Arthur rate grâce à l’intervention salutaire de Robert Marshall, un archer hors-la-loi à la Robin des Bois (et légitimiste comme lui), mais le deuxième essai est fatal au monarque. Marshall parvient à sauver Katherine que le félon voulait épouser pour légitimiser son accession au trône, et alerte Merlin. En pleine cérémonie de couronnement, le magicien défie Edmond d’extraire Excalibur de son fourreau. Le félon échoue, tandis que Katherine brandit sans effort l’épée légendaire et est acclamée comme nouvelle reine. Edmond prend la fuite et revient à la tête de l’armée saxonne pour assiéger Camelot. Il est défait et tué par les barons anglais que mène Marshall. Katherine anoblit son vaillant archer et l’épouse.
Tâcheron américain et ex-décorateur qui eut son heure de gloire (il obtint l’Oscar 1941 pour How Green Was My Valley de John Ford), Nathan Juran a surtout été remarqué pour ses petites bandes d’aventures fantastiques mises en valeur par les trucages étonnants de Ray Harryhausen (Le Septième Voyage de Sinbad, 1958, Les Premiers Hommes dans la lune selon Jules Verne, 1964), deux autres productions de Charles H. Schneer. En fin de carrière, condamné aux recyclages et à la télévision, Juran dispose de quinze jours pour bricoler ce produit technicolorisé en mai 1963 aux studios de Bray, en extérieurs au château de Coch à Cardiff (Pays de Galles), dans les forêts de Burnham Beeches (Buckinghamshire), à Callow Hill (Surrey), à Oakley Court à Windsor et dans l’église de St. Michael à Bray (Berkshire) ; les images de la bataille finale et des cavalcades – tournées manifestement en Espagne, à l’Alcazar de Segovia, au château de Manzanares el Real – sont toutes extraites de The Black Knight de Tay Garnett (cf. supra, 1954), film qui semble aussi avoir inspiré ce scénario complètement à court d’idées. Ronald Lewis arbore du reste le chemisier blanc à aigle noire déployée que portait déjà Alan Ladd dans ce même film. Ultime avatar, en mode de série B pour collégiens, d’un cinéma en costumes périmé. Arthur Pendragon y est devenu un monarque vieux, faible et malade qui, entorse à une tradition séculaire, périt dans un complot. – DE : Das Schwert des Königs, ES : El asedio de los saxones ; La tizona del rey, IT : L’avventuriero di re Artù.
1963[Animation : The Sword in the Stone (Merlin l'Enchanteur) (US) de Wolfgang Reitherman ; Walt Disney Prod., 79 min. – av. les voix de Ricki Sorensen (Arthur enfant), Norman Alden (Kay), Sebastian Cabot (Sire Hector), Alan Napier (Sire Pélinore), Karl Swenson (Merlin). – Depuis longtemps, l’Angleterre est plongée dans la guerre, la violence et l’obscurantisme. Au cœur de Londres, Excalibur, l’épée magique scellée dans une enclume, attend qu’un être d’exception vienne la retirer et apporte ainsi à son pays la paix, la justice et l’harmonie. Le petit Arthur, un orphelin d’origine humble surnommé « le moustique », travaille dans les cuisines de Sire Hector. Lors d’une promenade dans les bois, il échoue dans la cabane de Merlin. Flanqué de son fidèle compagnon Archimède le hibou, le vieil enchanteur décide d’entreprendre l’éducation du garçon et le transforme successivement en divers animaux, puis le protège des pouvoirs maléfiques de la sorcière Mim. Au grand tournoi à Londres, où Arthur sert d’écuyer à son copain Kay (le fils de Sire Hector) qui a oublié son épée, il s’empare sans effort d’Excalibur fichée dans l’enclume. Ses compatriotes reconnaissent alors en lui le bon roi qu’ils appelaient de leurs vœux. – Adaptation partielle du roman L’Épée dans la pierre (1938), premier volet du cycle The Once and Future King de T. H. White, réduit à un conte d’enfants avec petits animaux chantants, magicien distrait et sorcières facétieuses – en plus de quelques concessions infantiles au temps présent : airs de jazz, Merlin en lunettes de soleil allant surfer en Floride, etc. Un film très mineur de Disney sorti pour les fêtes de Noël 1963 et qui récolte un succès limité.]
1966[Animation : (tv) Arthur, King of Camelot / Arthur! And the Square Knights of the Round Table (AU) de Zoran Janjic; Cannon Prod., 30 min. – av. les voix de John Meillon (Arthur), Lola Brooks (Guenièvre). – Dessin animé ressorti par Cannon en 1987.]
Les récits de Lancelot (Franco Nero) captivent Arthur (Richard Harris) et son épouse Guenièvre (Vanessa Redgrave) (Camelot, 1967).
1967Camelot (Camelot ou le Chevalier de la Reine / Camelot – La Légende du roi Arthur) (US) de Joshua Logan
Jack L. Warner, Joel Freeman/Warner Bros.-Seven Arts, 181 min./150 min. – av. Richard Harris (le roi Arthur), Vanessa Redgrave (Guenièvre, dite « Genny »), Franco Nero (Lancelot du Lac, dit « Lance »), David Hemmings (Mordred), Laurence Naismith (Merlin), Lionel Jeffries (le vieux roi Pellinore, dit « Pelly »), Pierre Olaf (Dap), Estelle Winwood (Lady Clarinda), Gary Marshal (Sire Lionel), Anthony Rogers (Sire Dinadan), Peter Bromilow (Sire Sagramore), Sue Casey (Lady Sybil), Gary Marsh (Tom de Warwick), Nicolas Beauvy (Arthur enfant), Fredric Abbott (Sire Geoffrey), Leon Greene (Sire Turloc), Michael Kilgarriff (Sire Paul).
En dépit de son titre, la comédie musicale – en réalité plutôt une « tragédie musicale » - de Frederick Loewe (musique) et Alan Jay Lerner (livret), les heureux créateurs de My Fair Lady, réduit le champ d’action de la légende au triangle amoureux Arthur-Guenièvre-Lancelot. Lancée à Broadway le 3 décembre 1960 dans une mise en scène de Moss Hart, avec Richard Burton (Arthur), Julie Andrews (Guenièvre), Robert Goulet (Lancelot) et Roddy McDowall (Mordred), elle est adaptée du cycle romanesque The Once and Future King (La Quête du Roi Arthur) de l’écrivain anglais Terence Hanbury White, dans lequel ce dernier dénonce les régimes fasciste et nazi par le biais de la fantasy. Le musical se base en particulier sur les livres The Ill-Made Knight/Le Chevalier mal adoubé et The Candle in the Wind/La Chandelle dans le vent, parus en 1940. Le spectacle musical fait un malheur à New York (873 représentations), suivi de deux ans de tournée où jouent successivement des vedettes de cinéma telles que Kathryn Grayson, Louis Hayward, Howard Keel et, à Londres en 1964, Laurence Harvey. Au vu de cet impact considérable, rien d’étonnant si Jack L. Warner, patron septuagénaire de la Warner Bros., tente de réitérer le « coup » de My Fair Lady, que George Cukor a signé pour lui trois ans auparavant. Et il s’adresse pour la réalisation à un vieux renard de Broadway qui a déjà plusieurs transferts de succès scéniques sur pellicule à son actif (Picnic avec Kim Novak, 1955, Bus Stop avec Marilyn Monroe, 1956, le pachydermique South Pacific, 1958), pour la plupart immensément appréciés du public anglo-saxon. Le Texan Joshua Logan, que B. Tavernier et J.-P. Coursodon qualifient de « régisseur égaré » (50 ans de cinéma américain, 1995), bon à organiser la mise en place technique d’un spectacle mais non à en être le créateur, se jette à l’eau avec le redoutable programme de fabriquer « one of the most beautiful-to-look-at pictures that will ever be made ». John Truscott, le décorateur-ensemblier du musical à Londres et à Melbourne, est sommé d’oublier tout ce qui s’est fait précédemment en matière d’évocation moyenâgeuse. Pas d’héraldique ni de bannières au vent, et, pour les couleurs, éviter à tout prix le rouge ou le bleu flamboyants. Bref : fabriquer du jamais vu. On retient son souffle…
Comme il se doit, la distribution des rôles provoque quelques psychodrames : Richard Burton et Julie Andrews sont logiquement les premiers choix pour Arthur et Guenièvre, mais tous deux sont à présent occupés ailleurs – et trop chers. Marianne Faithfull, Liza Minnelli, Petula Clark et Cher entrent en lice ; Logan impose l’Anglaise Vanessa Redgrave, muse du « Free Cinema » et bientôt l’égérie de la cause palestinienne que la presse US surnomme « la nouvelle Garbo ». Rock Hudson ou Robert Shaw sont envisagés pour Arthur, Terence Stamp pour Lancelot, rôle « latin » à la limite du satirique dont hérite finalement l’Italien Franco Nero (le futur époux de Vanessa Redgrave). David Hemmings, partenaire de Miss Redgrave dans Blow Up d’Antonioni, campe Mordred. L’Irlandais Richard Harris (un mémorable Homme appelé cheval trois ans plus tard) se démène pendant des mois pour décrocher le rôle du roi abusé, jusqu’à ce que Logan, de guerre lasse, cède. Ses caprices, ses éclats de caractériel comme son alcoolisme vont donner du fil à retordre à toute l’équipe. (En 1981/82, il rachètera les droits du musical pour l’interpréter à sa manière, à Broadway et ailleurs.)
Pour ce qui doit être son ultime production avant sa retraite, le nabab de la Warner engloutit la somme alors colossale de 17 millions de $, dont 2,6 millions sont investis dans 45 gigantesques décors d’Edward Carrere qui occupent 15 plateaux et le plus vaste « backlot » (Jungle Set) des studios à Burbank, comprenant une forêt, une prairie, un hameau et la cour du château avec larges terrasses, remparts et escaliers géants (cour qui sera recyclée en lamaserie pour le remake musical de Lost Horizon en 1973). Le Grand Hall des banquets fait à lui seul 42 x 80 mètres et 21 mètres de hauteur, la Table Ronde (sur laquelle à la fin des paladins se combattent à cheval) possède une circonférence de 37 mètres. Ces efforts ruineux sonnent le glas des vastes décors édifiés sur les terrains de studios californiens et marquent la fin d’une ère. Le tournage prend sept mois, de novembre 1966 à mai 1967. De nombreux extérieurs à insérer en plans d’ensemble sont enregistrés pendant six semaines en Espagne, au château d’Alcázar à Ségovie (Joyeuse Garde, la demeure de Lancelot en Bretagne) et à 50 km de là, au château de Coca, dont le donjon carré avec ses tourelles d’angle fut édifié par les Maures et qui prête ses doubles murailles du XVe siècle pour représenter Camelot vu de loin ; mais aussi à la forteresse de Manzanares el Real (Madrid), à Peñafiel et Medina del Campo (Valladolid), à Bilbao, Avila et au château de Bellver à Palma de Majorque. On confectionne 3500 costumes ; certaines armures ramenées de Madrid ont déjà servi dans El Cid d’Anthony Mann (1961). La nymphe des eaux Nimuë/Viviane (amoureuse de Merlin) et la fée Morgane, présentes sur scène, ont été éliminées du scénario.
Le film débute pendant le siège du château de Lancelot par l’armée d’Arthur. Ce dernier est découragé, tourmenté parce que contraint par son entourage de combattre son ancien ami. Merlin lui apparaît et l’invite à se remémorer le drame passé… Arthur rencontre dans les neiges de la forêt enchantée entourant Camelot celle qui va devenir son épouse (un mariage arrangé auquel Guenièvre a tenté en vain d’échapper). Euphorique, baignant dans le bonheur matrimonial mais un peu miné par l’inactivité (et las des pique-niques entre courtisans), il lui vient une idée. « Genny », annonce-t-il tout exalté à sa dulcinée, « et si l’on créait une nouvelle chevalerie, qui soit la Force au service du Bien ? Réunissant des hommes épris de justice et d’honneur autour d’une table ronde ? Une table sans place d’honneur, ronde pour qu’il n’y ait pas de bout de table ? » Ébahi par l’audace de son élucubration, le roi, grand enfant, se met à gambader, puis, inévitablement, à chanter. « J’ai ce qu’il faut pour la table », gazouille Guenièvre guillerette, « c’est un cadeau de mariage dont mon papa ne savait que faire, on peut y placer 150 personnes… » L’enthousiasme est à son comble, on envoie des invitations à travers le royaume, par pigeons voyageurs, et les héros affluent, toujours en fredonnant, enfouis dans leurs armures d’or et d’argent. Mais les idéaux sont trop hauts pour être atteints par le commun des mortels, ses paladins n’y comprennent rien (« ils rêvent le rêve impossible », comme nous l’assène un autre musical de 1964, Man of La Mancha, à propos de Don Quichotte). Ah, le Moyen Âge, séjour des songe-creux et de leurs chimères ! L’Arthur mythique d’un Geoffrey de Monmouth était un roi combattant, un conquérant ; l’Arthur du musical est un doux rêveur, un gentil pacifiste, un indécis qui doute de lui-même. Guenièvre s’ennuie et tombe dans les bras de son chevalier servant, goujat affecté et fat (« C’est moi ! » chante-t-il), avec les conséquences que l’on sait. La romance vire au drame, le beau « Lance » sauve sa dame du bûcher, ils s’enfuient en Bretagne, le royaume est miné par les machinations de Mordred. Retour au présent : Arthur apprend que « Genny » est entrée dans les ordres, le couple adultérin est pardonné. Le roi dissout la moribonde Table Ronde dont il n’a pas su gérer la destinée et se prépare au combat final la mort dans l’âme après avoir adoubé le jeune Tom de Warwick – auquel il ordonne de s’éloigner du champ de bataille et de transmettre ses idéaux à la postérité. (Ce garçon est censé être un caméo de Sir Thomas Malory, originaire du Warwickshire et auteur de La Morte D’Arthur rédigé vers 1469.) Sur ce point précis, c’est plutôt raté : rarement l’incompréhension pour l’authentique geste arthurienne aura-t-elle été aussi totale.
Comme l’a menacé Logan, tous les efforts de son film tendent exclusivement à la belle imagerie, servie, il faut l’admettre, par une photo superbe en Technicolor et Panavision 70 mm (la Table Ronde d’un brun-vert doré, vue d’en haut, comme un ancien dessin géométrique avec une croix romane ancrée au centre, l’énorme salle de banquet illuminée par des milliers de bougies). C’est un espace onirique où règne une opulence de nouveaux riches, détaché de tout souci d’authenticité ; costumes, mobilier, statues, accessoires et armures proviennent du XVe ou même du XVIe siècle, mêlés à des bibelots pseudo-gothiques, Renaissance, préraphaélites, « Sécession » viennoise et Art nouveau (Alfons Mucha). Une mixture d’un goût pour le moins chamarré. Si les interprètes – Redgrave et Harris en tête – ne manquent pas de charisme, l’atterrante inconsistance fleur bleue de leurs personnages, les airs plaisants mais facilement doucereux de cette trivialisation outrancière de Malory, la préciosité appuyée des tableaux, enfin le statisme empesé de la mise en scène (étirée sur trois heures !) transforment cette production en une pyramide de kitsch sacchariné. Le cumul insensé de pâtisserie compromet la « virilité » de ses chevaliers, aussi l’accueil des médias est-il féroce : « Camelot reduced to Camelittle » résume Time Magazine (3.11.67). En France, Louis Chauvet parle d’un « modèle d’emphase pleurnicharde » (Figaro, 18.3.68) et Tavernier/Coursodon estiment que « la prononciation anglaise de « Camelot » (le « t » n’est pas muet) définit mieux le film qu’une longue critique » … La Warner comptabilise une perte de trois millions de $ (des rumeurs parlent du triple), mais la société peut partiellement se renflouer grâce au jackpot surprise de Bonnie and Clyde d’Arthur Penn. Le film se voit quand même attribuer trois Oscars en 1968 (costumes, décors, musique) et deux nominations (photo, son). Harris obtient le Golden Globe Award.
Quels que soient les résultats du box-office lors de sa sortie en automne 1967, la matière, enrobée d’effluves « flower power » hippie (Guenièvre cheveux dénoués et libres, le couple royal roulé dans des couvertures en peaux de bêtes ou courant pieds nus parmi les ramiers du château), trouve une forte résonance populaire aux États-Unis. Militante trotskiste, Vanessa Redgrave est la passionaria du MLF et sa présence contribue à infléchir sensiblement la représentation de l’univers arthurien. Le règne de Camelot, qui s’étendit selon la légende sur plusieurs décennies, n’est dans le musical qu’une brève utopie « jeuniste », un intermède politico-philanthropique. Or l’héritage de Camelot vu par le musical est souvent mis en parallèle avec celui de John F. Kennedy, dont la lutte proclamée contre un monde corrompu et la promesse d’une « nouvelle société » jeune ont charmé la génération montante. Une semaine après l’assassinat de son époux, Jacqueline Kennedy a confié à un journaliste de Life Magazine que le musical était le spectacle préféré du président, qu’ils écoutaient fréquemment les airs de Lerner et Loewe et qu’en conclusion, Camelot et son rêve floué seraient comme une métaphore de l’ère Kennedy à la Maison Blanche, autre « rêve » qui n’aura duré que trois ans, de 1960 à 1963. L’épitaphe qu’elle dresse est certes problématique, mais le rapprochement avec le royaume disparu et son idéalisation implicite sont repris par toute la presse du pays. Les révélations ultérieures sur les turpitudes de la présidence JFK n’alterneront en rien ces parallèles hagiographico-nostalgiques, à présent solidement ancrés dans le subconscient collectif. (Cf. à ce propos les documentaires The End of Camelot de Steve Ruggi sur l’assassinat de Kennedy en 1993, Jackie, Ethel, Joan : The Women of Camelot (Les Femmes du clan Kennedy) de Larry Shaw en 2001, The Kennedy Mystique : Creating Camelot de Tracey Barry en 2004, Searching for Camelot : The Quest to Reclaim the Throne de Roger Paradiso en 2015, et JFK : The Road to Camelot, Alpha Video, 2015.) Les proches de Kennedy sont désignés sous le terme de « The Camelot School » ; ils représentent, aux yeux de leurs détracteurs, un courant d’idées qui a « plus de style que de substance, abrite plus d’illusions que de réalités » (John Aberth), comme le musical lui-même. En 1967, la fin du « rêve arthurien » qu’illustre le film coïncide avec la débâcle militaire au Vietnam, suivi d’émeutes raciales massives et de l’assassinat de Martin Luther King. La société est confrontée à ses échecs et à l’écran, l’amertume et la désillusion politique des Américains sont sensibles jusque dans les chansons du film : « What went wrong ? » (« Qu’avons-nous fait de faux ? ») se demande Arthur hébété face aux ruines de son royaume. Sur le plan fictionnel, cette évocation fantasmagorique d’un âge d’or irrévocablement révolu constituera dix ans plus tard la matrice de Star Wars (La Guerre des Étoiles).
1967(tv) Merlin the Magician (US) de Harry Harris
Série « The Time Tunnel », Irwin Allen-Kent Prod.-20th Century Fox (ABC 17.3.67), 50 min. – av. Christopher Carey (Merlin), James McMullan (le roi Arthur), Lisa Jak (Guenièvre), Vincent Beck (Wogan), Chuck Hicks, George Robotham, Paul Stader, Denver Mattson, Pete Peterson, Gene Silvani, Paul Kessler.
Science-fiction : les voyageurs à travers le temps (James Darren, Robert Colbert e.a.) sont engagés par Merlin pour aider le roi Arthur à combattre des envahisseurs vikings. Stock-shots en noir et blanc extraits de Prince Valiant (1954) de Henry Hathaway.
1969(tv) The Canterbury Tales: The Wife of Bath’s Tale (GB) de Roderick Graham
Ronald Travers/BBCtv (BBC Two 20.11.69), 50 min. – av. Hamilton Dyce (le roi Arthur), Noel Hood (Guenièvre), Philip Bond (le chevalier), Barbara Jefford (l’épouse de Bath), Peter Stephens (le moine), Kathleen Helme (Crone), William Squire (Geoffrey Chaucer).
L’épisode no. 5 de la télésérie britannique consacrée aux Contes de Canterbury (v. 1380) de Geoffrey Chaucer illustre le Conte de la bourgeoise de Bath. Il s’agit d’un astucieux remaniement du thème de Sire Gauvain et Dame hideuse : à Camelot, un jeune chevalier comparaît devant Arthur et Guenièvre afin d’être jugé pour le viol d’une jeune fille. La reine décide de lui laisser la vie sauve si, après un an et un jour, il revient lui dire « ce que les femmes désirent par-dessus tout ». Le chevalier part en quête de la réponse, mais ne trouve pas deux femmes pour s’accorder à ce propos. L’avant-dernier jour, il croise une vieille femme laide qui accepte de lui donner la réponse si, en retour, il jure de l’épouser. Lors de leur nuit de noces, la femme lui demande ce qu’il préfère : un laideron qui lui soit toujours fidèle ou une beauté jeune et volage. Il lui laisse le choix, lui donnant ce que la femme désire le plus au monde, à savoir « le pouvoir sans partage sur son mari et sur son amant ». Elle le récompense en devenant jeune, belle et sérieuse. Les dames de Camelot applaudissent et le chevalier est libéré.
1970**(tv) Lancelot du Lac (FR) de Claude Santelli
Robert Asso/ORTF (2ème Chaîne 25.12.70), 139 min. – av. Gérard Falconetti (Lancelot), Marie-Christine Barrault (Guenièvre), Anne Saint-Mor (la fée Viviane, la Dame du Lac), Marianik Révillon (Saraïde la pucelle, suivante de Viviane), Jean Chevrier (le roi Ban de Bénoïc, père de Lancelot), Arlette Tephany (la reine Élaine de Bénoïc, son épouse), Tony Taffin (le roi Artus/Arthur), Claude Santelli (Merlin), Paul Rieger (Guillaume), Jean-Pierre Bernard (Keu/Kay le Sénéchal), Patrick Verde (Yvain), Jacques Weber (Gauvain), Renée Faure (Bérangère), Marcella de Saint-Amant (la dame de Nohant), Muriel Baptiste (la princesse Hélène [Elaine] de Corbénic, fille de Pellès), Robert Favart (Pellès, le Roi Pêcheur), Jean Bouvier (le chapelain), Frédéric Sakiss (Bors/Bohort), Paule Noëlle (Brisane), Andrée Champeaux (la Dame), Gabriel Jabbour (Bélinant), Guy Delorme (Brandus des Îles), Jacques Lalande (le vieux Seigneur de Nohant), Régine Motte (la tentatrice), Jean Lanier (l’aveugle), Armand Meffre (le guetteur), Agathe Natanson (Laudine), Christine Chicoine (servante de la reine), Luc Florian (le chanteur), Françoise Béliard (la messagère), Alain Fourès et Philippe Noël (les écuyers de Lancelot), Marcel Pérès (le paysan), Guy Delorme (Brandus des Îles), Gérard Denizot (l’ermite), Jacques Bouvier (le chapelain), Valérie Stroh (la petite Florée), May Chartrette (la paysanne), le nain Roberto, Jimmy Karoubi (le Monstre Noir), Xavier Renoult (le seigneur), Jean-Claude Amyl, Bernard Musson, Emmanuel Pierson, Sébastien Keran et Sacha Pitoëff (le récitant).
Au moment de sa sortie, Lancelot du Lac est certainement un des téléfilms les plus originaux mais aussi les plus risqués de l’ORTF, signé par Claude Santelli, le téléaste qui a fait découvrir à des millions de Français le patrimoine littéraire mondial grâce au « Théâtre de la Jeunesse » et l’auteur de plusieurs superbes adaptations de Maupassant. Pour Santelli, ce projet apparemment insensé est la concrétisation d’un vieux rêve : réhabiliter des textes fantastiques mal connus pour le public français, trop cartésien et qui, affirme-t-il, « méjuge cette tradition romanesque où s’opère le mélange des genres. Il y a à l’origine de cette réalisation le désir de redécouvrir le Moyen Âge dont on a, de nos jours, une vision trop étroite mais fascinante, dominée tout entière par un christianisme intolérant » (Le Figaro, 24.11.70). Ici, au contraire, les mœurs sont libres : plongé dans un bac, le héros est baigné et savonné par des femmes qui, sous les éclats de rire de l’assemblée, lui font moult propositions coquines. Le réalisateur – qui interprète aussi le rôle de Merlin – reprend partiellement le style narratif haché, la linéarité non dramatique, certaines formulations archaïques et le ton faussement « naïf » des textes médiévaux qu’il traduit visuellement par une suite de plans séquence et de longs mouvements de caméra, tandis que les récitatifs occasionnels de Sacha Pitoëff servent de lien entre les segments, eux-mêmes magnifiés par une merveilleuse musique de Georges Delerue.
>En voyant que son château en Armorique a été incendié par des traîtres, le roi Ban de Bénoîc se jette au bas d’une falaise, laissant seule sa femme Élaine et son nourrisson. La fée Viviane, la Dame du Lac qui a assisté au drame, s’empare de l’enfant et l’emporte sous les eaux dans son palais de cristal – construit jadis par Merlin et menant vers l’île enchantée d’Avalon – pour l’élever comme son propre fils. Dix-huit ans passent. Lancelot, surnommé « Le Beau Trouvé » (car il ignore son nom et ses origines), rencontre Merlin dans la forêt de Brocéliande, enfermé à jamais dans une prison d’air. Le magicien captif lui prédit des « temps aventureux » et Lancelot persuade Viviane de le laisser partir, « voir le monde et recevoir la chevalerie du roi Artus ». La fée le présente au roi lors d’une chasse au sanglier à la Saint-Jean, Sire Yvain le prend sous sa houlette. La dame de Nohant étant menacée par les pillards du roi de Northumberland, Artus consent à adouber Lancelot pour qu’il aille combattre les intrus, accompagné de son sénéchal fanfaron, Sire Keu. Lancelot remporte son premier tournoi, les Anglais mordent la poussière et la dame de Nohant tente vainement de garder le bel inconnu à ses côtés. A Camelot, le vaillant « damoiseau à la blanche robe » fait grande impression sur les beautés de la cour, la reine Guenièvre le trouble profondément. La fée Saraïde, une suivante espiègle de Viviane, camarade de jeu et ange gardien de Lancelot, met ce dernier en garde contre les pièges diaboliques qui l’attendent, en particulier féminins ; elle lui joue des tours en se métamorphosant, annonce qu’il deviendra « le meilleur chevalier du monde » et lui offre un écu et une hache aux pouvoirs spéciaux. Le lendemain, Lancelot terrasse à lui seul dix adversaires en armes envoyés par Brandus, le seigneur malfaisant des lieux ; dans un cimetière magique, Saraïde lui révèle alors son identité qui figure gravée sur sa future tombe, parmi celles des autres compagnons de la Table Ronde. À la demande générale, Lancelot délivre les habitants du château maudit de la Douloureuse Garde, victimes des sortilèges de Brandus et de ses créatures infernales. Une fois l’ennemi anéanti dans les souterrains, il rebaptise le château « Joyeuse Garde » et s’y terre, souffrant en secret du mal d’amour pour Guenièvre. Celle-ci se languit aussi de lui ; lorsque le chevalier revient à Camelot, la reine se donne à lui.
Au petit matin, Saraïde l’enjoint de chercher une « échelle à gravir plus haut », là où « la chevalerie devient célestielle ». Errant au bord de l’eau, Lancelot découvre Corbénic, le « château aventureux » où il est reçu par Pellès, le Roi Pêcheur, et sa suite. Il assiste muet à la procession de la Lance qui saigne et du Graal que porte la princesse Élaine, fille de Pellès. On attend de lui des questions sur ce qu’il a vu, or Lancelot ne voit que la jeune femme et non ce qu’elle portait (« jamais je ne vis pucelle plus avenante »). Pellès et ses proches déchantent, la salle se vide : Lancelot n’est point l’élu attendu. Une servante, sorcière boiteuse, lui sert un breuvage qui lui fait croire qu’Élaine est Guenièvre ; il s’introduit dans sa chambre à coucher où ils font ensemble « douces choses » qui donneront naissance à Galaad (« et volontiers les referai toutes les nuits de ma vie », rajoute Élaine). Au réveil, Lancelot réalise qu’il a trahi la reine et s’enfuit, mais celle-ci le rejoint dans la forêt. Entre-temps, le roi s’est mis à douter de la fidélité de son épouse : le Grand Sanglier qu’il a tué dans les bosquets de Brocéliande l’a traité d’« aveugle » avant de mourir. Guenièvre comparaît en public devant la Table Ronde et jure qu’elle aime l’homme en face d’elle et lui est fidèle – or Lancelot, déguisé en pèlerin, s’est subrepticement placé derrière le roi assis... La princesse Élaine se rend à Camelot où Guenièvre la surprend un soir endormie, murmurant le nom du père de son enfant à venir. La reine est furibonde. Tourmenté par les remords, Lancelot disparaît. Il vit pendant dix ans en ermite, seul, caché, en haillons, la barbe hirsute, mais lorsque Sire Bors le retrouve enfin et lui annonce que Guenièvre a pardonné et que le roi le mande, il accepte de retourner à la cour.
C’est sur cette fin ouverte que se termine le récit. Contrairement à ce qu’affirment la majorité des sources filmographiques (générique excepté), le scénario de Santelli ne repose pas sur Lancelot ou le Chevalier de la Charrette, roman en vers de Chrétien de Troyes écrit vers 1180 dont aucun des épisodes clés ne figure ici, comme l’enlèvement de la reine par Méléagant, l’humiliation de la charrette d’infamie ou la traversée du Pont de l’Épée. En vérité, Santelli adapte très scrupuleusement divers chapitres du Lancelot-Graal, également connu comme Lancelot en prose, Cycle de la Vulgate ou Pseudo-Map (début du XIIIe siècle), volumineux manuscrit dont l’auteur est anonyme et qui a servi de source principale à Thomas Malory (Le Morte d’Arthur) ; l’ensemble forme huit tomes dans l’édition d’Alexandre Micha (1978/1983). Une autre source est le Lanzelet d’Ulrich von Zatzikoven qui décrit l’enfance enchantée du héros sous les eaux d’un lac ; quant au « faux » serment de fidélité que prête Guenièvre, il n’est pas sans rappeler celui d’Iseult face à son époux, le roi Marc, en présence de Tristan caché sous un capuchon de pèlerin.
Programmée pour les fêtes de Noël et s’adressant à un public familial élargi, la production est alors inhabituellement ambitieuse. Elle est filmée non pas, comme d’habitude, en noir et blanc dans les studios étriqués des Buttes-Chaumont, mais en couleurs, en décors naturels en Bretagne, sur les hauts lieux de l’art breton autour de Fort-la-Latte (Cap Fréhel) et le long des plages désertes bordées de lande, avec la participation des habitants de Saint-Nicolas-du-Pélem, du Faouët et de Dinan. Les moyens techniques et financiers sont importants (tournois, cascades), quoiqu’avec un minimum d’effets spéciaux, encore assez gauches. Santelli confie le rôle de son Lancelot tourmenté à un débutant un peu hésitant, Gérard Falconetti, le petit-fils de Renée Falconetti, l’inoubliable interprète de La Passion de Jeanne d’Arc de Carl Theodor Dreyer (1927). Acteur-fétiche d’Éric Rohmer avec quatre films, dont Perceval le Gallois (il y jouera le sénéchal Keu), l’acteur fera une carrière en dents de scie ; reconnu séropositif, il se suicidera en 1984, à l’âge de 35 ans. Autre habituée de Rohmer, Marie-Christine Barrault (la nièce de Jean-Louis Barrault, alors mariée à Daniel Toscan du Plantier) fait en revanche une Guenièvre très remarquée, souveraine passionnée, sensuelle et exigeante, aux antipodes de la jouvencelle ultracatholique qu’elle vient d’incarner dans Ma nuit chez Maud ; elle reprendra d’ailleurs le rôle de Guenièvre dans le Perceval de Rohmer huit ans plus tard (cf. infra, chap. 2). En fait, et à plus d’un titre, ce Lancelot du Lac peut être considéré comme une sorte de matrice du Perceval rohmérien, l’extrême stylisation en moins : loin de n’être qu’un joli recueil d’images pour fin d’année, il affiche un amour-respect identique de l’univers médiéval et sa littérature, un même refus de compromis dramaturgiques conjoncturels, fût-ce au prix d’une monotonie et d’une théâtralité voulues. Et aussi un même sort : formatés à Thierry la Fronde et au gentil Ivanhoé cathodique, les téléspectateurs se disent désorientés, rebutés par un spectacle « soporifique » d’une durée de plus de deux heures pour lequel ils n’ont aucune compréhension. Le film ne sera jamais rediffusé. Bien à tort.
1971[Morgane et ses nymphes / Les Sortilèges de Morgane (FR) de Bruno Gantillon ; Sofracima, 86 min. – av. Dominique Delpierre (la fée Morgane), Alfred Baillou (le nain Gurth), Mireille Saunin (Françoise), Régine Motte (Yaël), Ursule Pauly (Sylviane), Michèle Perello (Anna), Nathalie Chaine (Sarah), Velly Beguard, Solange Pradel, Patricia Lecarpentier. – Lors d’une promenade en Auvergne, deux étudiantes, Anna et Françoise, se perdent, tombent en panne d’essence et s’endorment dans une grange abandonnée. À son réveil, Françoise est seule. Gurth, un nain bossu, l’invite à le suivre. Elle monte à bord d’une barque magique qui la conduit jusqu’à un mystérieux château où l’accueille la fée Morgane. En échange de leur dévotion corps et âme, cette dernière offre la jeunesse éternelle aux jeunes femmes qui lui plaisent ; en cas de désobéissance, leur punition est la vieillesse, enfouies à jamais dans le donjon des lieux. Morgane étant attirée sexuellement par Françoise, ses trois favorites, Yaël, Sylviane et Sarah, complotent pour éloigner la rivale du château, manœuvre au cours de laquelle Gurth, le bourreau amoureux de Morgane, perd la vie. Françoise se réveille dans la grange aux côtés d’Anna : tout n’était qu’un rêve. – Film saphique fantastico-érotique tourné en partie au château de Val (Cantal) et à Bort-les-Orgues en Corrèze, avec une musique très évocative de François de Roubaix (Le Vieux Fusil d’Enrico). Premier long métrage du futur téléaste Bruno Gantillon, dont le climat et le style visuel onirique annoncent les films du surréaliste polonais Walerian Borowczyk (Contes immoraux) ou du Belge Harry Kumel (Les Lèvres rouges). – IT : Le diavolesse, GB/US : Girl Slaves of Morgana Le Fey.]
1972/73(tv) Arthur of the Britons / Arthur, Warlord of the Britons / King Arthur : The Young Warlord (Arthur, roi des Celtes / Le Roi des Celtes / Les Aventures du roi Arthur) (GB) de Sidney Hayers (épisodes 3,5,7,8,9,11,13,17,18,22,24), Patrick Jackson (2,6,10,12,15, 20), Patrick Dromgoole (4,14,16,19,23) et Peter Sasdy (1,21)
Peter Miller, John Peverall, Patrick Dromgoole/Harlech Television (HTV) Network Production-MTV Productions (Arthur Stelloff) (MTV 6.12.72-21.2.73 / 12.9.-28.11.73), 24 x 25 min. – av. Oliver Tobias (Arthur), Michael Gothard (Kay, fils de Llud), Jack Watson (Llud à la Main d’Argent/the Silver-Handed), Brian Blessed (Marc de Cornouailles}, Rupert Davies (Cerdig, roi des Saxons), Peter Firth (Corin), Gila von Weitershausen (Rowena, fille de Yorath), Georg Marischka (Yorath, roi des Jutes), Peter Stephens (Amlodd), Clive Revill (Rolf le Prêcheur), Catherine Schell (Benedicta, la princesse romaine), Nicky Henson (Garet), Ken Hutchinson (Gauvain), Valerie Ost (Freya), Mark Eden (Morcant), Esmond Knight (le roi Athel), Hilary Dwyer (Goda, sa fille), Michael Gambon (Roland), Tom Baker (Brandreth/Gavron), Michael Craig (Kurk le Saxon), Iain Cuthbertson (le roi celte Bavick), Madeline Hinde (Eithna, sa fille), Bernard Bresslaw (chef saxon), Mike Pratt (Mordant).
« La vérité derrière la légende : Arthur tel qu’il a dû être vraiment (Arthur as he must have been)… » annonce la publicité pour lancer cette télésérie britannique de HTV qui tranche alors sur tout ce qui s’est fait en la matière dans le domaine audiovisuel. Pas de Table Ronde ni de Guenièvre, de Lancelot, de Galaad ou de Merlin ! Pour la première fois, Arthur n’est pas un roi vénérable et barbu, mythe romantique entouré de ses chevaliers mystiques, mais un jeune chef tribal dont les exploits à l’aube du Moyen Âge, dans une île « qui n’avait pas de nom fixe ni de chef unique », en proie aux Saxons, aux Pictes, aux Angles, aux Scotts et aux Jutes, et où le christianisme est encore très peu répandu, sont passablement crédibles. Brodant à partir des faits rapportés dans les chroniques de Nennius et de Geoffrey de Monmouth, les scénaristes Terence Feely et Robert Banks Stewart tentent de documenter la vie authentique d’un souverain qui ne fut jamais couronné « roi d’Angleterre » et dont la légende a magnifié l’image. Leur initiative est dans le vent : en 1963, Rosemary Sutcliff a publié Sword at Sunset, qui raconte l’histoire du chef de guerre romano-britannique Artos et de sa patiente épouse Guenhumara. (Antoine Fuqua, dans King Arthur trente ans plus tard, tentera à son tour de replacer la légende dans un contexte post-romain vraisemblable, cf. infra, 2004.)
Synopsis : En 580, Arthur vit en compagnie de ses frère et père adoptifs, Kay (un orphelin saxon) et Llud, un païen ; ce dernier a perdu son bras droit au combat et porte une prothèse de fer. Arthur aspire à forger une union entre les diverses factions celtes de son pays ravagé par le pillage, le chaos et les massacres. Il ruse pour les réunir autour d’une même table et offrir un front solide à Cerdig le Saxon, l’ennemi commun, en faisant proclamer sa propre mort et en invitant les chefs voisins à assister à ses funérailles, puis il les garde en otage pour les forcer à l’écouter. La légende de sa mort et son retour annoncé de l’île d’Avalon n’est ici qu’une habile manœuvre politique. L’origine de la légende d’Excalibur serait du même bois : Arthur place l’arme « magique » sous un bloc de rocher ; ses compatriotes pourront soulever le rocher et saisir l’épée qui les délivrera des Saxons seulement s’ils sont unis, proclame-t-il. Le « miracle » destiné à démontrer le droit divin d’Arthur au trône devient ici une leçon de coopération et d’interdépendance mutuelle. Marc de Cornouailles, le fiancé de la princesse Rowena dont Arthur est amoureux, reste dubitatif. Pour soumettre les Celtes, les Saxons confient au moine Rolf le soin d’évangéliser le camp de Marc en prêchant la non-violence. Côté romance, c’est le calme plat : le roi butine mais ne peut se résoudre au mariage : pour l’instant, il a mieux à faire. Seule Rowena retient passagèrement son attention, au dam de son cousin cornouaillais ; à en croire l’Historia Regum Britanniae de Monmouth, cette fille de Hengist le Saxon et d’une sorcière païenne épousera Vortigern (un notable britto-romain du Kent). Dans le dernier épisode, après avoir créé les bases d’une fragile coexistence pacifique entre Celtes et Saxons, Arthur flirte avec une princesse romaine, Benedicta, survivante d’un naufrage et qui l’invite à vivre à ses côtés en Italie. Arthur ayant refusé de quitter les siens et sa terre natale, elle retourne à Rome avec son escorte.
Quelques personnages sortis de la chronique de Monmouth, tels que le philoromain Ambrosius Aurelianus ou Lludd à la Main d’Argent (Lludd Llaw Eraint, héros légendaire de la mythologie celtique galloise), sont intégrés au récit, mais par ailleurs, on ne trouve dans cette télésérie ni armures ni belles draperies médiévales, seulement des villages fortifiés, des bâtisses primitives en bois, de la saleté et de la boue ; quant aux « armées », elles n’excèdent guère une vingtaine de guerriers : la Nouvelle Histoire est passée par là, celle des mentalités, de l’anthropologie et de l’étude de la vie quotidienne. La série au budget serré a été entièrement filmée en extérieurs dans la région de Stroud et Frampton Mansell, dans les collines de Cotswolds, autour de Woodchester Mansion et au Woodchester National Trust Park (Gloucestershire). Formellement peu inventive, elle n’échappe pas, dans sa première partie, à une certaine monotonie (razzias et contre-razzias) et semble parfois décousue en raison de sa structure feuilletonesque ainsi que d’une fin abrupte, mais ces défauts sont compensés quelque peu par la nouveauté de l’approche. – Réédition américaine en 1975 : (tv) King Arthur : The Young Warlord / The Young Warlord (Les Aventures du roi Arthur) de Sidney Hayers (Heritage Enterprise, trois épisodes, 90 min.). – DE : König Arthur – ES : Arturo de Bretaña.
Épisodes (première saison) : 1. « Arthur Is Dead (Le Roi est mort) » – 2. « The Gift of Life (Le Don de la vie) » – 3. « The Challenge (Le Défi) » – 4. « The Penitent Invader (Le Prédicateur) » – 5. « People of the Plough » – 6. « The Duel (Le Duel) » – 7. « The Pupil (L’Élève) » – 8. « Rolf the Preacher (Rolf le pénitent) » – 9. « Enemies and Lovers (Ennemis et amoureux) » – 10. « The Slave (Esclaves) » – 11. « The Wood People (Le Peuple des bois) » – 12. « The Prize (Le Trésor) ». – Deuxième saison : 13. « The Swordsman » – 14. « Rowena (id.) » – 15. « The Prisoner (Le Prisonnier) » – 16. « Some Saxon Women (Les Femmes saxonnes) » – 17. « Go Warily (Le Roi éclat) » – 18. « The Marriage Feast (La Fête du mariage) » – 19. « In Common Cause (Cause commune) » – 20. « Six Measures of Silver (Six mesures d’argent) » – 21. « Daughter of the King (La Fille du Roi) » – 22. « The Games (Les Jeux) » – 23. « The Treaty (Le Traité) » – 24. « The Girl from Rome (La Fille venue de Rome) ».
Lancelot (Luc Simon) et Guenièvre (Laura Duke Condominas), amants maussades. – Bresson filme un final dérisoire pour ses paladins de la Table Ronde (1973).
1973/74*Lancelot du Lac / Lancillotto e Ginevra (FR/IT) de Robert Bresson
Jean Yanne, Jean-Pierre Rassam/Mara Films-O.R.T.F.-Laser Production-Gerico Sound (Rome), 85 min. – av. Luc Simon (Lancelot), Laura Duke Condominas (Guenièvre), Vladimir Antolek-Oresek (le roi Artus/Arthur), Humbert Balsan (Gauvain), Patrick Bernard (Mordred), Arthur de Montalembert (Lionel), Daniel Benoin (le chevalier Giflet), Joseph Patrick Le Quidre, Charles Balsan, Christian Schlumberger, Jean-Paul Leperlier, Guy de Bernis, Philippe Chleq, Jean-Marie Becar, Antoine Rabaud, Marie-Louise Buffet, Marie-Gabrielle Cartron.
Synopsis : Partis il y a deux ans à la quête du Graal, les chevaliers du roi Artus reviennent fourbus, harassés et surtout bredouilles à Camelot ; décimés dans de sauvages combats, ils sont désormais voués à l’inaction, le désespoir les guette. La Table Ronde de leurs réunions n’a plus de raison d’être : « Le Graal nous échappe, mais que de sang, que de morts ! » se lamente le roi. Lancelot est en proie au doute, persuadé que Dieu l’a puni d’aimer secrètement Guenièvre et qu’il doit sacrifier cet amour. Cette dernière cherche à le faire renoncer à la guerre (« Dieu n’est pas un trophée qu’on rapporte, Dieu ne demande pas qu’on renonce à l’amour »). Lancelot se résigne à ignorer le tournoi d’Escalot, puis se ravise. Quoique champion incontesté de la joute, il est grièvement blessé. Ne pouvant regagner le château, il est soigné en cachette par une vieille paysanne. Sans nouvelles, affolée, Guenièvre se trahit. En l’absence de Lancelot, Mordred apporte au roi la preuve de l’adultère de la reine et ce dernier la fait enfermer. Guéri, Lancelot accourt pour la délivrer. Ses amis et ceux d’Artus se font face ; en se retirant, Lancelot blesse mortellement son meilleur ami Gauvain, puis, gracié par le roi, il affronte l’armée rebelle de Mordred sur le champ de bataille où il meurt avec tous ses compagnons, le nom de Guenièvre à la bouche.
L’anti-spectacle par excellence, une œuvre qui, disons-le d’emblée, possède son lot d’admirateurs et de détracteurs aussi farouches qu’inconciliables. Jean-Pierre Rassam et Jean Yanne ont permis à Robert Bresson de tourner enfin ce film qu’il porte en lui depuis le début des années 1950 (date du premier découpage), soit au lendemain du Journal d’un curé de campagne d’après Bernanos, et pour lequel le cinéaste a cherché un producteur pendant plus de vingt ans. L’interprète de Guenièvre, Laura Duke Condominas, est d’ailleurs la fille de Niki de Saint Phalle, l’actrice pressentie autrefois par Bresson pour tenir ce même rôle. Comme à l’accoutumée, le casting bressonnien fait appel à des non-professionnels ; signalons dans le rôle de Gauvain un adolescent de 18 ans, Humbert Balsan, qui prend ainsi goût au cinéma : il deviendra le producteur providentiel de Youssef Chahine, Youri Nasrallah, Maroun Bagdadi, Elia Suleiman, etc. Luc Simon, l’interprète de Lancelot, est un artiste peintre, concepteur de vitraux et lithographe. Le tournage en Eastmancolor, rapide et souvent improvisé, se déroule de juin à septembre 1973 en décors naturels en Bretagne, au Fort-la-Latte (Côtes-d’Armor) pour Camelot, au château de Noirmoutier (Vendée) et à la métairie du Parc Soubise pour les scènes de joutes dont les cascades ont été réglées par Yvan Chiffre. Le chef opérateur n’est pas le premier venu : Pasqualino De Santis a signé les images inoubliables de La Mort à Venise et Les Damnés de Visconti, d’Une journée particulière de Scola, etc. Avec Le Procès de Jeanne d’Arc en 1962, c’est l’unique film d’époque de Bresson et une des plus grosses productions de sa carrière.
Cherchant l’exact contraire de la rhétorique hollywoodienne, le cinéaste nous refuse toute vision d’ensemble : il s’agit pour lui de ne pas montrer et expliquer, mais de créer un rythme d’images soutenu par une bande son surnourrie d’effets réalistes, propres à communiquer des impressions et des sensations. (À en croire Jean Yanne, Bresson aurait passé une journée entière en postsynchronisation à l’Auditorium Paris-Studio-Cinéma pour trouver le seul son d’un tisonnier qui tombe sur le sol.) Toute émotion est étouffée par la voix blanche des interprètes, tandis que le spectaculaire anecdotique est évacué, disloqué sous la précipitation cadencée des gros plans. Ce que Bresson prône sous le terme de « cinématographe-écriture » est l’art de ne rien représenter : la photo doit être un signe, dit-il, communiquer une sensation, une impression, et non pas se placer au service du théâtre photographié, du déguisement. Ainsi, la séquence du tournoi, où Lancelot en armure blanche comme la mort affronte ses compagnons afin de laver l’honneur de la reine soupçonnée d’adultère, n’existe qu’au travers de détails (les sabots des chevaux, un étendard, les chutes successives des cavaliers désarçonnés, les mains qui se tendent vers des lances neuves, les visages médusés des spectateurs, etc.). Il y a un seul tournoi, une seule bataille (la dernière) pour les symboliser toutes, des chocs ancrés dans un univers métallisé, alourdi par un cumul d’armures rigides et froides ; l’hécatombe aboutit à un amas de pantins désarticulés, des carapaces comme vidées de leurs corps. Faute d’avoir pu trouver une chance de salut, ces chevaliers déchus sont condamnés à périr dans un bruit dérisoire de vieille ferraille.
Comme le décrit le romancier Julien Gracq, qui a assisté au tournage : « Ce qui subsiste, étrangement, de ce massacre, ce qui en surgit de plutôt neuf et encore jamais vu, c’est ce que les romans de la Table Ronde eux-mêmes ne montrent jamais. Le sang. Les blessures. La fatigue. La boue. La brutalité du choc. Le ciel sans joie de la Bretagne, l’averse harassante. Et, flottant autour de la Table Ronde, je ne sais quel air de noblesse rugueuse et délabrée qui verdoie encore sur la ruine toute proche. (…) La matérialisation sans nulle complaisance féerique, presque pauvre même dans son dépouillement, d’une histoire qui n’a jamais eu ni modèle ni lieu réel, qui n’a jamais connu dès sa naissance d’autre climat que celui du mythe, ni d’autre séjour que celui de l’imagination » (Les Nouvelles littéraires, 23.9.74). Ancré dans sa phobie d’extériorité, Bresson semble à l’affût des signes les plus ténus de l’intériorité pour signifier, par exemple, l’apparition de la conscience chez Lancelot qui, propulsé d’abord dans une aventure aux relents fantastiques, en revient vaincu : un échec qui anticipe l’échec final de tout un univers. La mise en scène vise à la quintessence, non pas à l’abstraction. L’anachronisme des costumes et situations est voulu, car, prétend Bresson, « il faut remettre le passé au présent si on veut se faire croire ».
Le titre de travail du film était Le Graal, objet sacré totalement absent du film, une absence intentionnelle dont l’intensité est censée croître à mesure que le dénouement tragique approche. Les toutes premières images ne sont que guerriers décapités, étripés, pendus, carbonisés, giclures de sang, un autel profané ; on voit difficilement ce que les adoubés de la Table Ronde ont à faire dans ce contexte sinistre et sur quel épisode apocryphe se base le scénario. En fait, le symbolisme du Graal et de la quête initiatique à laquelle il invite reste foncièrement étranger à l’univers diégétique de Bresson : ses héros confondent combat armé et introspection, possession et éveil sapientiel ; ses tristes paladins verrouillés dans leurs cuirasses, en attente de quelque chose qui ne viendra pas, ne voient le salut que dans la vie violente, le sacrifice et le risque, Bresson se gardant bien d’évoquer d’autres preux dont la quête a bel et bien abouti, tels que Perceval, le « Très-Pur », Bohort ou Galaad, le propre fils de Lancelot (selon Chrétien de Troyes, Wolfram von Eschenbach ou la Queste du Saint-Graal du Pseudo-Gautier Map). Globalement, on peut lire son film comme une méditation apocalyptique sur la fin du Moyen Âge, suite à la perte du sens du sacré – mais cet âge « mythique » dont il illustre la banqueroute spirituelle ressemble à s’y méprendre à notre XXe siècle, bruyant, chaotique, sombre et oppressant.
Cloîtré dans sa particularité, le cinéaste exploite la geste arthurienne pour y projeter le désarroi existentiel de ses contemporains, la désertion des églises et les interrogations qu’il partage avec ses auteurs de chevet (Bernanos, Dostoïevski, Tolstoï). « Le silence de ce château vide n’est-il pas le signe que Dieu nous abandonne ? » se demande Arthur, errant sans but dans un lieu où règne l’incommunicabilité. Lancelot a perdu la foi, et même le désir (comme se lamente Guenièvre). A l’instar d’un Ingmar Bergman, Bresson livre ainsi la radioscopie d’un monde à l’agonie, façonnée toutefois par un parti pris d’austérité et de stylisation absolue qui a déconcerté, frustré ou agacé plus d’un spectateur et que seuls les tenants de la « modernité » portent aux nues, tentés par cette « dérisoire facilité d’un cinéma pur » (Roger Boussinot). Le film, martèle le réalisateur, « n’est pas fait pour une promenade des yeux, mais pour y pénétrer, y être absorbé tout entier » (Notes sur le cinématographe, Paris, 1975). Soit. Le procédé avait admirablement réussi, sonné juste à tous les niveaux une décennie plus tôt avec Le Procès de Jeanne d’Arc, chef-d’œuvre qui mariait l’absence de représentation avec l’émotion intense suscitée par les paroles mêmes de la Pucelle (dans les minutes de son procès). Ici, hélas, il frôle la platitude, l’opacité bressonnienne et sa cérébralité transforment l’œuvre en auberge espagnole. La commission de sélection du Festival de Cannes 1974 empêche le film de concourir ; il y est présenté hors compétition et provoque quelques remous, Bresson, furibond, ayant d’abord boycotté toute projection en protestation contre un festival qui « enfonce le cinéma dans la médiocrité et l’erreur » et dont la conception générale lui paraît contraire à l’idée qu’il se fait du cinématographe. Soutenus par Michel Piccoli et Gérard Blain, ses thuriféraires lui attribuent le Grand Prix de la Semaine internationale de la Critique (FIPRESCI), distinction que Bresson refuse. – DE : Lancelot, Ritter der Königin (tv), GB/USA : Lancelot of the Lake, ES : Lancelot del Lago.
Le roi Arthur (Graham Chapman) au milieu de ses paladins ébahis (Monty Python and the Holy Grail).
1975***Monty Python and the Holy Grail (Monty Python : Sacré Graal !) (GB) de Terry Gilliam et Terry Jones
Mark Forstater, Michael White, John Goldstone/Michael White Productions-Python (Monty) Pictures-National Film Trustee Company, 92 min. – av. Graham Chapman (le roi Arthur), Terry Gilliam (Gauvain/Patsy/le Chevalier Vert), Terry Jones (Sire Bedevere/Bédivère le Sage), John Cleese (Lancelot du Lac/le Chevalier Noir/Tim l’Enchanteur), Eric Idle (Sire Robin), Michael Palin (Galaad/le Chevalier qui dit « Ni ! »), Connie Booth (la sorcière), Carol Cleveland (Zoot), Neil Innes (le ménestrel), Bee Duffell (Old Crone), John Young (Frank, le grand historien), Rita Davies (l’épouse du grand historien), Avril Stewart (Dr. Piglet), Sally Kinghorn (Dr. Winston), Romilly Squire, Mark Zycon, Sandy Johnson, Julian Doyle, Richard Burton.
La parodie définitive, moins du mythe que de ses divers traitements cinématographiques. Responsables : les Monty Python, un groupe de six trublions anglo-saxons en partie diplômés d’Oxford et de Cambridge, dont l’insolence, la divagation et l’humour noir ont révolutionné le rire cathodique à la BBC (Monty Python’s Flying Circus) - Terry Jones, Terry Gilliam, Eric Idle, Michael Palin, John Cleese et Graham Chapman. La majeure partie de leur récit déjanté est narrée sous forme de sketches isolés, reliés par les animations farfelues de Gilliam.
Synopsis : L’histoire commence en l’an 932 lorsque le roi Arthur sillonne la Grande-Bretagne afin de recruter ses chevaliers de la Table Ronde. Arthur n’a guère de succès avec le Chevalier Noir qui se fait tailler littéralement en pièces (amputé des bras et des jambes, il déclare « match nul »), et encore moins avec de virulents paysans anarcho-syndicalistes, mais il est rejoint par Sire Bédivère le Sage, rencontré au cours du jugement d’une prétendue sorcière ; la malheureuse est brûlée pour trafic avec le diable, car son poids corporel serait identique à celui d’un canard. (Selon la légende, Bédivère fut le connétable et conseiller du roi.) Parmi les autres élus figurent Sire Lancelot le Courageux, Sire Galaad le Chaste et Sire Robin le Pas-tout-à-fait-aussi-courageux-que-Sire-Lancelot. Sautillant, chevauchant des montures imaginaires – sur des bruits de noix de coco qui s’entrechoquent (manipulées consciencieusement par le page Patsy) pour simuler le galop des chevaux – , le groupe chemine vers Camelot où des guerriers en cotte de mailles se livrent à un numéro dansant de musical (ils dansent le cancan sur la Table Ronde !), puis, ayant bavardé avec Dieu, il part à la recherche du Graal, quête qui s’avère complètement loufoque.
Première étape, un château tenu par de grossiers Français prétendant posséder « un Graal ». À la suite d’une offensive manquée (les adversaires se bombardent mutuellement d’animaux, vaches et dindons, avec leurs catapultes), les chevaliers construisent un immense « lapin de Troie » en bois, mais oublient de se cacher à l’intérieur. Ils renoncent au siège et se séparent, chacun pour soi. Robin rencontre un géant à trois têtes et profite des dissensions des trois entités pour prendre la fuite ; Galaad est hébergé dans le château d’Anthrax peuplé exclusivement de jeunes vierges nymphos « de seize à dix-neuf ans et demi » ; Arthur et Bedevere se mesurent aux terribles Chevaliers-qui-disent « Ni ! » (d’abord, puis « Ekke Ekke Ekke Ekke Plangya Ziiinnggggggg Ni ! »). Massacrant tout le monde sur son passage (son « style personnel de se battre l’amène quelquefois à certains excès », admet-il), Lancelot fait irruption dans une noce pour secourir une damoiselle mariée de force par son père, alors que la victime est un éphèbe homosexuel qui saute par la fenêtre. À nouveau réunis, les paladins foutraques tombent sur Tim l’Enchanteur qui les mène à la Cave de Caerbannog, une grotte contenant des indications quant à la localisation du Graal ; l’endroit est gardé par un terrible lapin tueur. Les pertes sont lourdes, mais l’animal est terrassé grâce à la « Sainte Grenade (explosive) d’Antioche » de Frère Maynard, l’arme réputée d’Attila. Poursuivis par un monstre, ils atteignent le Pont de la Mort surplombant la Gorge du Péril Éternel qu’ils ne peuvent traverser qu’après avoir répondu à trois questions. Ce qu’ils font non sans peine, pour se retrouver devant le château d’Aaaaarrrrrrggghhh tenu par les Français du début du film, possesseurs effectifs du Vase Sacré. Artur s’apprête à donner l’assaut avec son armée surgie de nulle part lorsque arrive un fourgon de la police qui appréhende le monarque, tandis qu’un inspecteur de Scotland Yard (enquêtant sur la mort d’un « célèbre historien médiéviste » trucidé par un cuirassé anonyme … à cheval) met sa main devant l’objectif de la caméra. La pellicule se casse, la projection est interrompue. Fin.
Grâce à la Film Finance Corporation et à quelques investisseurs privés, notamment les groupes de rock de Pink Floyd, Led Zeppelin et Genesis, nos joyeux zigotos parviennent à réunir le budget risible de 230'000 £. Pas de quoi se payer cavalerie ou échauffourées. Le tournage a lieu en majeure partie en Écosse (avril-juin 1974), mais, indigné par le traitement irrespectueux de la légende, le Département de l’environnement à Edimbourg limite ses autorisations d’utiliser le patrimoine historique à deux seuls châteaux, celui de Doune (Stirling), filmé sous tous les angles possibles, et, dans la séquence finale, celui de Stalker (Caisteal an Stalcaire, Portnacroish), situé sur un îlot du Loch Laich, où la centaine de figurants réunis sont des étudiants de l’université payés 4 £ par jour. D’autres extérieurs sont photographiés à Glen Coe dans les Highlands (le Pont de la Mort), dans les mines de cuivre de Tomnadashan (Ardtalnag), à Loch Tay, Loch Laich, Kidwelly, Aberfoyle, Sherriff Muir, Bracklinn Falls, Killin, Appin, puis en Angleterre dans la forêt d’Epping (Essex), au cœur d’un parc public à Londres, au pied du château de Bodlam (East Sussex), enfin en studio à Twickenham. Pour limiter les coûts de ce qui va être leur tout premier long métrage, les Monty Python décident d’interpréter eux-mêmes la quasi-totalité des rôles (Michael Palin détient le record avec douze personnages différents) ; mais à l’exception du Gallois Terry Jones et de l’Américain Terry Gilliam, mordus d’histoire médiévale, personne n’est intéressé à la mise en scène ; celle-ci ne va pas sans friction, Gilliam (Brazil, Bandits, bandits, Münchhausen) étant plus préoccupé par l’aspect visuel et technique de la réalisation, tandis que Jones (La Vie de Brian, Le Sens de la Vie), principal auteur du scénario, soigne surtout les gags et les comédiens. L’alcoolisme et l’acrophobie de Graham Chapman (qui campe Arthur) compliquent leur travail.
La fin abrupte du récit frustre le spectateur d’une scène de bataille à vaste figuration, initiée de manière très réaliste sur le modèle convenu d’Hollywood – mais ce court-circuit narratif totalement inattendu convie à quelques considérations plus générales. En plus de brocarder certains procédés techniques du cinéma – le bruitage cocasse pour la simulation des chevauchées, le sous-titrage délirant pendant le générique (les noms des acteurs défilent en même temps qu’une fausse publicité pour la Suède – « Wi not trei a høliday in Sweden this yër ? » et promettant « un élan dans des positions suggestives » – jusqu’à ce qu’un message annonce que les responsables du générique ont été virés), le film entretient la confusion des protagonistes et des légendes. Guenièvre et Merlin sont, pour une fois, absents du scénario : ni mélo ni magie. On découvre une galerie de protagonistes proprement incongrus, inventés ou tirés de sagas obscures que les scénaristes ont retrouvées et déguisées ; ainsi, le fameux « Lapin de Troie » est-il un renvoi désopilant à une légende galloise rapportée par Geoffrey de Monmouth selon laquelle le fondateur mythique de la Bretagne, un certain Brutus, serait, comme Énée, un rescapé de la guerre de Troie ; il en va de même pour le gardien du Pont de la Mort auquel Arthur décline l’identité de tous ses chevaliers, épisode tiré d’un ancien poème en gaëlique. La rivalité anglo-française et les angles narratifs divergents qu’elle induit dans la restitution du mythe entre Nennius, Monmouth, Chrétien de Troyes, etc. trouve un écho dans la confiscation du Graal par d’arrogants nobliaux bretons. L’étripage du Chevalier Noir par Arthur avec ses giclées de sang peut d’ailleurs être compris comme une allusion satirique à l’ouverture du Lancelot du Lac de Robert Bresson (cf. 1974). Certes, les prédicateurs lisent des textes idiots, les pouilleux qu’ils impressionnent sont très bas-de-plafond, les rois vont à pied, pompeux, le heaume de travers, l’épée en berne, errant sans états d’âme dans un univers aux confins du délire, mais les Monty Python assènent leur folie avec méthode, évitant les habituels anachronismes et toute parodie facile. John Aberth, qui pousse la provocation jusqu’à considérer le film comme « la meilleure interprétation de l’histoire et de la légende d’Arthur » à l’écran (Knights at the Movies, Londres, 2003, p. 24), relève pertinemment que Holy Grail s’en prend en toute priorité à notre imaginaire « culturel » fait de clichés, de chromos sans substance, et par conséquent au traitement que le cinéma (après l’opéra, le théâtre, les beaux-arts) a réservé à la geste arthurienne. Il se moque à la fois des efforts vains sinon farfelus des historiens et archéologues présomptueux cherchant à retrouver les traces concrètes de Camelot, des universitaires marxistes qui réinterprètent le Moyen Âge selon leur grille idéologique ou des cinéastes obsédés par l’authenticité. Ce n’est pas un hasard si l’érudit ergotant devant la caméra a le crâne défoncé. Et, en effet, à sa manière loufoque, la production des Monty Python pourrait bien, sciemment ou non, signaliser l’inutilité – voire l’impossibilité foncière – de toute tentative moderne pour comprendre le mythe, voire d’en saisir la portée. Un constat que la présente filmographie confirme à satiété.
Le film – aujourd’hui « culte » – est un triomphe quasi instantané : ce n’est sans doute pas du grand cinéma, mais sa débordante inventivité, son toupet et ses répliques nonsensiques provoquent des tourmentes de rire, tant parmi le public que dans la critique. Les recettes s’élèvent à cinq millions de $. En France, le lancement se fait avec le slogan : « Le film à côté duquel Ben-Hur ressemble à un documentaire » ! Projeté au Festival de Cannes, il est nommé au Prix Hugo 1976 et figure aujourd’hui en cinquième position dans la liste des cent meilleurs films comiques du monde publié par Time Out London. Pour sa ressortie en 2002, les Monty Python décident d’en réaliser une version augmentée de 24 secondes supplémentaires, ce qui en fait le plus court « director’s cut » de l’histoire du cinéma. Quant à la version dvd en édition DeLuxe, elle comporte des « sous-titres pour ceux qui n’aiment pas le film », sous-titres qui consistent en extraits du Henry IV de Shakespeare… En 2005, Eric Idle en signe une adaptation scénique sous le titre de Spamalot, un musical mis en scène à Broadway par Mike Nichols, récoltant 14 nominations aux Tony Awards. Le spectacle restera à l’affiche jusqu’en 2009 (1500 représentations), avant d’être repris à Paris en 2010 par Pierre-François Martin-Laval. – DE, AT : Die Ritter der Kokosnuss ; ES : Los caballeros de la mesa cuadrada y sus locos seguidores ; IT : Monty Python e il Sacro Graal.
1975(tv) Under the Round Table (GB) d’Allan Tarrant
Série « Carry On Laughing », saison 2, épis.1, Gerald Thomas/Thames Television (ITV 26.10.75), 24 min. – av. Joan Sims (Guenièvre), Bernard Bresslaw (Sire Pureheart), Jack Douglas (Sire Gay), Kenneth Connor (le roi Arthur), Peter Butterworth (Merlin), Oscar James (le Chevalier Noir), Victor Maddern (Sire Osis), Norman Chappell (Sire William), Valerie Walsh (Lady Ermintrude).
Parodie fadasse écrite par Lew Schwarz et tournée aux studios de Pinewood. Tout va mal à Camelot : Guenièvre est sexuellement frustrée, les chevaliers avinés se chamaillent à propos de leurs armures réciproques. Le Chevalier Noir insulte le roi, et Sire Pureheart, un nouveau venu, venge Arthur en terrassant le félon en combat singulier. Auparavant, il a cependant exigé de tous ses camarades de la Table Ronde un serment de chasteté, de tempérance et de vertu. La frustration est à son comble, quand Merlin verse un philtre d’amour dans la boisson du vertueux Sire Pureheart et le confie à une beauté de la cour.
1975(tv) Short Knight, Long Daze (GB) d’Allan Tarrant
Série « Carry On Laughing », saison 2, épis. 4, Gerald Thomas/Thames Television (ITV 16.11.75), 24 min. – av. Joan Sims (Guenièvre), Bernard Bresslaw (Lancelot du Lac), Jack Douglas (Sire Gay), Kenneth Connor (le roi Arthur), Peter Butterworth (Merlin), Norman Chappell (Sire William), Susan Skipper (Mabel).
Parodie du même acabit que la précédente, écrite par Lew Schwarz et tournée aux studios de Pinewood (le titre se veut un jeu de mots : « chevalier nabot, long abrutissement », ou, phonétiquement, « nuit courte, longues journées »). En revenant à Camelot, Arthur apprend que Sire Point-Of-No-Return a quitté la Table Ronde et s’est évaporé avec le trésor royal. Camelot est au bord de la ruine, mais Lancelot sauve le royaume au cours d’un tournoi truqué.
1978(tv) The Boy Merlin (GB) de Vic Hughes
Série « Shadows », saison 3, épis. 4, Pamela Lonsdale/Thames Television (ITV 11.10.78), 25 min. – av. Ian Rowlands (Merlin), Donald Houston (Dafydd le forgeron), Rachel Thomas (Myfanwy), Archie Tew (Octa), Margaret John (Blodwen), Cassandra Harris (Ismena).
Myfanwy, une sorcière celte, enseigne la magie à son petit-fils adoptif Merlin ; celui-ci met ses leçons à profit lorsqu’il est enlevé par un seigneur saxon. Une historiette imaginée par Anne Carlton, qui sera développée en feuilleton l’année suivante (cf. infra).
1979(tv) The Boy Merlin (GB) de Joe Boyer (1,5), Darrol Blake (2), Stewart Farrar (3,4) et Vic Hughes (6)
Pamela Lonsdale/Thames Television (ITV 23.4.-11.6.79), 6 x 25 min. – av. Ian Rowlands (Merlin enfant), Neil McCarthy (Vortigern, roi des Saxons), Donald Houston (Dafydd le forgeron), Margaret John (Blodwen, sa femme), Rachel Thomas (Myfanwy, grand-mère de Merlin), Meredith Edwards (le roi Conaan), Bryan Marshall (Iefan), Derek Smith (Grimbald), James Smith (Octa), Liam O’Callaghan (Dermot), Hilary Tindall (Rowena, reine des Saxons).
Fils illégitime d’une princesse et du petit-fils du roi Conaan, Merlin est mal vu à la cour. Il est élevé par le forgeron local, Dafydd, et son épouse qui lui enseignent la valeur d’un travail honnête. Sa grand-mère nourricière, Myfanwy, perçoit toutefois les qualifications et l’avenir exceptionnels du garçon et l’initie à la magie dont il aura besoin aux côtés du roi Arthur. Mais Vortigern, le roi des Saxons, apprend la chose et tente de saboter cet apprentissage qui pourrait devenir une menace pour ses propres desseins.
Une série pour la jeunesse créée par Anne Carlton, écrite par Stewart Farrar et filmée en couleurs sur un plateau de Thames Television à Londres, avec insertions d’extérieurs. - Episodes : 1. « Red Dragon, White Dragon » – 2. « The Book of Magic » – 3. « The Round Table of Destiny » – 4. « The Tide of Vengeance » – 5. « A Gathering of Armies » – 6. « The Lady and the Sword ».
1979*(tv) The Legend of King Arthur / The Tales of the Knights of the Round Table (GB/AU) de Rodney Bennett
Ken Riddington/BBC-TV Production-Time Life Television-Australian Broadcasting Commission (ABC) (BBC1 7.10.-25.11.79), 8 x 30 min. – av. David Robb (Lancelot du Lac), Felicity Dean (Guenièvre), Robert Eddison (Merlin), Andrew Burt/Richard Austin (le roi Arthur/Arthur enfant), Maureen O’Brien/Patsy Kensit (Morgane Le Fay/Morgane enfant), Brian Coburn (Uther Pendragon), James Simmonds (Galaad), Anne Kidd (Ygraine), Morgan Sheppard (le duc Gorlois, père de Morgane), Ivor Roberts (Leodogrance, père de Guenièvre), Godfrey James (Sire Bors/Bohort), Peter Burroughs (Branic), Archie Tew (Gareth), Niall Padden (Agravain), Denis Carey (Pellés de Corbénic, le Roi Pêcheur), Emma Jacobs (Elaine de Corbénic, sa fille, mère de Galaad), Geoffrey Beevers (Graminore), Jon Croft (Lot d’Orkney, père de Gauvain), Anthony Dutton (Accolon de Gaule), Martin Chamberlain (Sire Kay le Sénéchal), Richard Beale (Sire Ector de Maris), Tom Wylton (Guido de la Porte), Barry Halliday (Manor de la Porte), Amanda Wissler (Eléanor d’Escalot), Raymond Mason (Vavasour), Kevin Stoney (l’ermite Missien), Donald Eccles (Naciens, mentor de Galaad), David Henry (le Chevalier Obscur), Eileen Nicholas (Margaret, la suivante), Tom Kelly (Sire Bedivere), Hilary Minster (Arcon, roi des Saxons), Margot van der Burgh (la femme de Bors), Peter Guinness (Sire Girflet), Hilary Mason (la sage-femme), Terence Soall (le barde).
Deux ans avant l’Excalibur de John Boorman, la télévision britannique diffuse cette mini-série de quatre heures élaborée par le prolifique scénariste Andrew Davies, grand spécialiste des adaptations littéraires au petit écran (cinq Jane Austen, Thackeray, Tolstoï, Dickens, Pasternak), dont l’ambition sur le plan narratif – embrasser la majeure partie de la saga – égale à bien des égards celle du cinéaste de Delivrance. Marqué par les ouvrages de Roger Lancelyn Green (King Arthur and His Knights of the Round Table, 1953) et James Cable (la traduction de The Death of King Arthur, 1976), Davies livre un texte rédigé dans un anglais d’épopée, solennel et poétique, qui ne se cantonne pas uniquement aux épisodes connus tirés de Malory mais prend aussi en compte d’autres sources médiévales et des lais moins courants, jamais illustrés à l’écran. À ce jour, ce téléfilm reste le plus complet et le plus fidèle à la « matière de Bretagne » (l’ensemble des écrits de la tradition celtique autour du cycle arthurien).
Synopsis : En quête d’héritier, Uther Pendragon provoque et tue brutalement Gorlois, le duc de Cornouailles, afin de s’accoupler avec sa veuve, Ygraine ; le drame est vu à travers les yeux de la petite Morgane, qui jure de venger son père et d’anéantir toute progéniture de l’assassin. L’intelligence rouée, l’obstination haineuse et les dons paranormaux de la fillette attirent l’attention de Merlin qui la prend sous sa houlette et l’initie à la magie. Enfant secrète, forte tête, elle a tôt fait de provoquer la mort d’Uther qui s’étrangle sur un os de poulet, puis maudit à voix basse le nouveau-né, son demi-frère Arthur. En grandissant, Morgane échappe à Merlin et sa vindicte la transforme en créature solitaire et hypocrite, feignant la dévotion religieuse (elle porte l’habit monastique, marmonne les Évangiles), la voix basse et doucereuse, tout en préparant ses concoctions létales. Arthur ayant sorti l’épée magique fichée dans le rocher, ce qui le désigne comme roi, Merlin conduit le jeune élu à la Dame du Lac qui lui confie Excalibur (il s’agit bien de deux épées distinctes). L’Enchanteur voit l’arrivée de Guenièvre d’un mauvais œil, Lancelot devient officiellement le champion de la nouvelle reine. Accompagné de Bors, Arthur s’égare dans les bois et trouve abri dans la hutte de sa demi-sœur qui endort ses deux hôtes avec un breuvage. En se réveillant, Arthur constate qu’Excalibur a disparu. Morgane remet la lame à Accolon de Gaule, ennemi de Camelot, mais Arthur la récupère en se mesurant en duel contre lui. Âgé à présent de 300 ans, fatigué, Merlin prend congé du roi et se retire à Avalon. Arthur croit le remplacer en invitant Morgane à la Table Ronde, à titre de conseillère ; la magicienne y introduit ses quatre neveux, les frères Gauvain, Agravain, Gareth et Mordred. Le roi Pellés de Corbénic sollicite l’aide de Lancelot, sa fille Élaine étant ensorcelée et captive de l’usurpateur Graminore. Lancelot tue ce dernier après avoir résisté à son pouvoir magique. Reconnaissante, Elaine s’offre à lui, mais Lancelot ne pense qu’à sa reine ; Morgane donne subrepticement à Elaine les traits de Guenièvre et de leur unique étreinte nocturne naîtra Galaad. Aidée de Mordred et d’Agravain, Morgane sème le trouble et la suspicion dans le cœur d’Arthur. Éléanor d’Escalot, la sœur de Sire Kay dont Gauvain est épris, se suicide par amour pour Lancelot qui a refusé ses avances ; les rumeurs à la cour vont bon train. Lorsque Guenièvre offre candidement à un invité une pêche empoisonnée que Morgane lui avait destinée, la reine est accusée de meurtre. Mador de la Porte, le frère de la victime, demande réparation et Lancelot, qui seul a pris la défense de la reine, le terrasse en combat singulier mais lui laisse la vie.
L’arrivée du jeune Galaad à Camelot bouleverse la noble assemblée, aveuglée par la lumière du Graal qui l’accompagne. Âme pure, il s’assied sans risque sur le Siège Périlleux. Plusieurs chevaliers partent à la quête du Saint Calice. Lancelot et Bors arrivent au château de Corbénic, découvrent Pellés, le Roi Pêcheur, mutilé au visage et aux mains et apprennent qu’Élaine est morte en couches à la naissance de Galaad ; en s’approchant trop du Graal, Lancelot perd la vue et s’évanouit. Galaad arrive, guérit les plaies de son grand-père et les yeux de son père, puis, ayant bu dans le Calice et atteint l’état de perfection humaine, il rend l’âme. De retour à Camelot, Lancelot, ébranlé, gagne imprudemment les appartements de la reine où le couple (dont l’adultère n’est pas démontré) est surpris par les sbires de Mordred et d’Agravain. Suivent les épisodes connus : Lancelot sauve Guenièvre du bûcher, Arthur assiège son château en France, Gauvain se bat contre lui et succombe. À Camelot, Mordred s’empare du trône et harcèle Guenièvre qu’il veut épouser après lui avoir fait croire qu’Arthur et Lancelot sont décédés, mais elle se terre dans un couvent. Arthur revient avec son armée. Morgane abandonne Mordred, fou d’ambition, et ce dernier est lâché par son puissant allié saxon, Arcon, qui se contente d’occuper le royaume. Mordred périt aux côtés d’Arthur à Camlann. Morgane assiste, une larme à l’œil, au départ de la dépouille de son demi-frère sur une barque pour Avalon (« tu as détruit mon univers ») après la restitution d’Excalibur aux fées. Les années passent, Lancelot, les cheveux blanchis, s’est retiré dans la solitude et la prière. Vêtu d’un froc de bure, il revient dans l’île de Bretagne et se rend au chevet de Guenièvre mourante pour la réconforter.
Dans cette série d’indéniable qualité, la geste a été justement située dans le haut Moyen Âge (à l’instar d’un autre feuilleton anglais, Arthur of the Britons en 1972) : on n’y trouve ni armures rutilantes du XIVe siècle ni beaux costumes ou robes élaborées, mais au contraire un décorum à la fois rude et envoûtant, où le surnaturel est naturel. Les protagonistes portent de simples braies de tartan, bliauds, chainses et mantels, luttent avec boucliers ronds et casques coniques à nasal scandinaves ou angles ; les joutes se font à pied, à coups de massue ou d’épées en bois. Le tournage a eu lieu en Écosse du sud-ouest (peu ensoleillée), à Dumfries, sur les rives de la Nith, au Galloway Forest Park, à la tour d’Orchardton et à Gatehouse of Fleet, mais la grande majorité des prises de vue s’est faite en intérieurs (un peu étriqués) au Studio 6 du BBC Television Centre à Londres, dans une scénographie assez austère de Kenneth Sharp. L’écriture fleurie de Davies et un certain statisme dans la mise en scène (difficile de ne pas penser à l’artificialité recherchée du Perceval le Gallois d’Éric Rohmer) contrastent avec le naturalisme affiché par ex. au cours des combats qu’a arrangés le cascadeur B. H. Barry, où des ruffians aux gros bras s’affrontent de manière très peu chevaleresque, tous les coups étant permis. On ne peut que regretter la modestie des moyens à disposition, mais l’ensemble se suit sans ennui, soutenu par un casting souvent heureux où brillent notamment l’imposant Robert Eddison en Merlin, un sage d’une grande autorité, et les deux Morgane (enfant et adulte) sournoises à souhait de Patsy Kensit et Maureen O’Brien. Téléfilm nominé aux BAFTA Awards 1980.
1980(tv) Merlin. Das geheimnisvolle Leben eines Magiers (DE) d’Armin Dahlen
Zweites Deutsches Fernsehen (ZDF 12.1.-5.4.80), 13 x 25 min. – av. Thomas Orner / Ekkehardt Belle (Merlin jeune/vieux), Michael Klemm (le roi Arthur), Dieter Brammer (Ostar, roi des Britons et grand-père de Merlin), Edwige Pierre (Morgane), Achim Geisler (Hamor, l’oncle de Merlin), Britta Fischer (Alviga, mère de Merlin), Franz Günther Heider (le démon Rufus, père de Merlin), Roman Fromlowitz (Blaise, l’évêque de Canterbury), Philip Geigel (Odoacre), Grete Wurm (Amalia).
Au Ve siècle, Merlin, 13 ans, grandit à la cour de son grand-père, le roi Ostar. Sa mère Alvige est la fille du roi, son père est un démon qui, sous forme humaine, prend le nom de Rufus. Devenu adulte, Merlin défend le christianisme contre les barbares et son oncle, le perfide Hamor, son pire ennemi, puis disparaît avec l’elfe Ouza à la fin de sa vie. Série pour la jeunesse imaginée par Justus Pfaue.
Episodes : 1. « Rivalen » – 2. « Die Erde bebt » – 3. Gefährlicher Pakt » – 4. « Verräter » – 5. « Der unheimliche Gesandte » – 6. « In dieser Nacht » – 7. « Der Tod auf Camelot » – 8. « Die Vision » – 9. « Der Auserwählte » – 10. « Der schwarze Ritter » – 11. « Die Falle » – 12. « Die grosse List » – 13. « Der Duft des Weissdorns ».
La bataille de Camlann où Arthur terrasse son fils illégitime Mordred, un final apocalyptique, sanglant et baroque.
Merlin (Nicol Williamson, à dr.) aux prises avec les sortilèges de sa demi-sœur, la fée Morgane.
1981*Excalibur (Excalibur) (US/[GB]) de John Boorman
John Boorman, Michael Dryhurst, Robert A. Eisenstein, Edgar F. Gross/Orion Pictures-Warner Bros., 140 min. – av. Nigel Terry (le roi Arthur), Helen Mirren (Morgane Le Fay), Nicholas Clay (Lancelot du Lac), Cherie Lunghi (Guenièvre), Paul Geoffrey (Perceval le Gallois), Nicol Williamson (Merlin), Robert Addie (Mordred), Liam Neeson (Gauvain), Gabriel Byrne (Uther Pendragon, père d’Arthur), Katrine Boorman (Ygraine, mère d’Arthur), Keith Buckley (Sire Urien), Corin Redgrave (Gorlois, duc de Cornouailles, époux d’Ygraine), Patrick Stewart (le roi Léondegrance de Caméliard), Ciarán Hinds (Lot d’Orcanie), Niall O’Brien (Sire Kay le Sénéchal), Clive Swift (Sire Ector), Michael Muldoon (Astamor), Garrett Keogh (Mador), Mannix Flynn (le lieutenant de Mordred), Emmet Bergin (Ulfius), Brid Brennan (la dame enceinte), Eammon Kelly (l’abbé), Kay Peterson (Morgane âgée), Barbara Byrne (Morgane enfant), Charley Boorman (Mordred enfant), Telsche Boorman (Viviane, la Dame du Lac).
En plus d’être une œuvre très personnelle, originale et aux ambitions artistiques manifestes, Excalibur marque une étape nouvelle dans l’approche (public adulte, dimension fantastique assumée) et dans l’interprétation actualisée de la légende. C’est le fruit de longues réflexions esthético-philosophiques dont l’Anglais John Boorman est l’auteur complet, en tant que réalisateur, producteur et coscénariste. La crème des acteurs et les paysages magiques d’Irlande lui donnent une saveur particulière, et ce n’est pas un hasard si, à cette occasion, le cinéma aborde pour la toute première fois les circonstances fantasmagoriques conduisant à la naissance du souverain de Camelot. À ces titres divers, il s’agit ici en quelque sorte de l’antithèse de Les Chevaliers de la Table Ronde américain fabriqué par la Metro-Goldwyn-Mayer vingt-huit ans plus tôt. Pour le meilleur – comme, hélas, pour le pire.
Synopsis : Merlin remet au roi Uther Pendragon l’épée Excalibur, arme « forgée quand le monde était jeune, que l’homme ne formait qu’un avec les animaux », reçue de la Dame du Lac. L’épée doit permettre l’unification du royaume de Bretagne, mais la passion d’Uther pour Ygraine, l’épouse du duc de Cornouailles, ruine les espoirs de paix de Merlin. Ayant assiégé en vain le château ducal pour s’emparer de la belle, Uther exige de Merlin qu’il utilise sa magie afin de lui donner l’apparence du duc. Il peut ainsi s’introduire dans les appartements d’Ygraine en l’absence de son mari. En échange de son aide, l’Enchanteur réclame à Uther l’enfant qui naîtra de cette union. Cette même nuit, le duc est tué dans une embuscade. À son adolescence, alors qu’il assiste en écuyer à un tournoi entre Sir Ector et son fils Kay, Arthur libère sans effort Excalibur du rocher où Merlin l’a fichée. Le damoiseau est armé chevalier, couronné roi (« the Boy King ») et, toujours conseillé par Merlin, s’affaire à pacifier le pays. L’ordre succède au chaos. Alors qu’il repousse les assiégeants de la forteresse de Léondegrance, il fait la connaissance de la fille du seigneur local, Guenièvre, qui devient sa femme. Liesse dans le nouveau royaume. Mais sa rencontre avec Lancelot, l’invincible chevalier blanc venu de Bretagne armoricaine, qui lui barre la route et défait tous ses hommes en combat singulier, signifie la fin de l’harmonie. La liaison entre la reine et celui que le roi a choisi pour meilleur ami fait tout basculer. Arthur découvre les amants endormis au cœur de la forêt, renonce à les frapper, plante rageusement Excalibur entre les corps nus emmêlés dans la mousse et abandonne là son épée. À son réveil, Lancelot perd la raison et s’enfuit, tandis que Guenièvre, effondrée, se retire dans un couvent.
Morgane, fille d’Ygraine, a su charmer Merlin par ses sortilèges et s’empare de ses secrets (avec incantations en vieil irlandais), puis enferme l’Enchanteur dans une caverne de cristal. Utilisant ses nouveaux pouvoirs magiques, la belle sorcière séduit son demi-frère Arthur, affaibli, pour engendrer un enfant incestueux destiné s’emparer du trône, Mordred. Le pays est bientôt ravagé par la guerre civile, les épidémies et la famine. Arthur envoie ses chevaliers à la recherche du Graal, ultime espoir de rédemption du royaume. La plupart d’entre eux échouent et sont tués, seul Perceval, qui réalise que « le roi et la terre ne font qu’un », parvient à trouver le Calice et à le rapporter à son souverain. Ayant recouvré ses forces et suivi d’une poignée de chevaliers qui lui sont restés fidèles, Arthur part en guerre contre Morgane et son monstrueux rejeton en cuirasse d’or martelée. Le roi a auparavant rendu visite à Guenièvre qui lui a remis Excalibur, conservée précieusement depuis l’adultère silvestre. Puis il en appelle à Merlin, ce qui libère ce dernier partiellement de sa prison et c’est sous forme de spectre que le magicien court-circuite la stratégie de Morgane en vue de la bataille décisive à venir. Elle noie la vallée dans un immense brouillard – alors que Mordred comptait sur un temps clair pour les combats – , et perd sa force et sa jeunesse. Fou de colère, Mordred ne reconnaît pas cette vieille femme sous sa tente et la tue. La bataille fait rage, Lancelot surgit et inverse le cours de la mêlée avant de périr à son tour. Arthur et son fils se blessent mortellement l’un l’autre. Sentant la mort arriver, le roi demande à Perceval, seul survivant, de jeter Excalibur dans un lac proche ; une main sortant de l’eau saisit l’épée au vol. À son retour, Perceval aperçoit Arthur au loin étendu sur un navire qui s’éloigne, entouré par trois femmes vêtues de blanc. (Il s’agirait, ce que le film tait, de Morgane, d’Ygraine et de la Dame du Lac, Viviane, qui emportent le corps vers l’île sacrée d’Avalon.)
Boorman songe à la légende arthurienne depuis une décennie, mais en 1970, la United Artists à Hollywood lui offre la possibilité de filmer à sa place Le Seigneur des Anneaux de J. R. R. Tolkien (avec les Beatles prévus en Hobbits !) ; Rospo Pallenberg, le futur scénariste d’Excalibur, collabore déjà à ce projet initial qui sera abandonné après huit mois faute de financement satisfaisant. Mais les repérages effectués pour les Anneaux et le style visuel retenu vont resservir, car cinq ans plus tard, Boorman propose à la Warner Bros. un premier script arthurien d’une durée de quatre heures trente, structuré en une série de flash-backs autour de Perceval et de Merlin. Le texte doit être réduit à deux heures vingt (on sacrifie l’enfance d’Arthur et fusionne divers protagonistes, comme Morgane, Viviane et Morgause, Arthur et le Roi Pêcheur, Perceval et Galaad, etc.), car le budget très serré ne peut dépasser les 12 millions de $. Le succès récent de pseudo-péplums du domaine de la Heroic Fantasy tels que Conan the Barbarian et surtout, en 1977, le triomphe planétaire inattendu de Star Wars (La Guerre des étoiles) de George Lucas (qui s’inspire de Camelot comme de Tolkien) réveillent l’avidité des producteurs : « Obi-Wan Kenobi pourrait être Merlin et Luke Skywalker le jeune Arthur » souligne Boorman. Choisis pour caractériser leurs personnages sans trop de détours, ses acteurs sont quasi inconnus au cinéma, mais plusieurs vont accéder au vedettariat, comme Liam Neeson (Schindler’s List), Gabriel Byrne ou Patrick Stewart. Le couple antagoniste Merlin/Morgane, le devin bénéfique contre la mauvaise sorcière, est campé par deux ex-membres de la Royal Shakespeare Company, Nicol Williamson et Helen Mirren (Oscar pour The Queen), qui ne s’apprécient guère, contribuant ainsi, comme l’espère Boorman, à créer une certaine tension quand ils sont ensemble devant la caméra. Le cinéaste irlandais Neil Jordan (Michael Collins avec L. Neeson) débute en tant que consultant pour le scénario.
Le tournage de vingt semaines (titres de travail : Merlin ou Merlin Lives !) se déroule du 8 avril au 23 août 1980 en Irlande exclusivement, une manne pour l’économie locale. On filme en Technicolor dans les comtés de Wicklow (Powerscourt Estate près d’Enniskerry, Roundwood, forêt de Childer Wood, Wicklow Head, Sally Gap, chutes de Glendalough), de Kerry (la côte) et de Tipperary (le château normand de Cahir pour la séquence du siège), puis aux studios d’Ardmore à Bray (National Film Studios of Ireland), dont Boorman est codirecteur, où Anthony Pratt érige des pans de Camelot. Presque tout est tourné dans un rayon de 30 km autour de la maison du réalisateur à Annamoe ; celui-ci confie de petits rôles à son fils Charley et à ses deux filles Katrine et Telsche. La musique de Trevor Jones inclut des extraits des deux compositeurs favoris d’Hitler, Carl Orff (Carmina Burana) pour les séquences martiales qui scandent le film, et – on s’en serait douté – Richard Wagner (Tristan und Isolde, Götterdämmerung, Parzifal) pour les scènes d’amour ou celles impliquant l’épée mythique ; les airs de Wagner auraient d’ailleurs accompagné toute l’élaboration du script. Pallas Athene, une toile de « guerrière en armes » du Viennois Gustav Klimt (1898) sert de point de départ pour la création des costumes (Bob Ringwood), un croisement insolite de celtisme médiéval imaginaire et de Byzance privilégiant les ors bruns, les tons orangés sombres, les soies orientales et bijoux exotiques (les objets moyenâgeux d’origine ne s’harmonisent pas avec l’ensemble). L’armurier officiel de la Tour de Londres, Terry English, crée les armures et cottes de maille pour quelque 70 cavaliers.
Officiellement, le script repose sur Le Morte d’Artur de Sir Thomas Malory, mais, de leur propre aveu, les auteurs se sont servis aux sources les plus diverses et, quand cela ne suffisait pas, ont fait travailler leur imagination. Boorman situe son récit à l’« âge des ténèbres » (« the Dark Ages »), terme inventé au XIXe siècle par l’historiographie anglo-saxonne (Michelet l’adopte en France) pour dénigrer « l’obscurantisme » d’autrefois et qu’il prend à la lettre. En fait, le cinéaste – qui juge tout réalisme « vulgaire » – ne cherche pas à expliquer l’origine d’Arthur en historien par le vide politique en Bretagne à la suite du départ des Romains, etc. Tout repère historique est considéré comme une erreur à éviter : seul le mythe compte. Son film se veut sciemment anachronique, recréant un « âge de fer et de feu » en dehors du temps, ni VIe ni XIIe siècle, avec juste quelques allusions à l’authentique Moyen Âge. D’où le parti pris d’abord déroutant de présenter systématiquement ses paladins en armures étincelantes, en harnois plein, aux cuirasses à plaques métalliques rivetées, souvent dissimulés derrière des heaumes à masque facial ou des casques à bassinet des XIVe-XVe siècles. Ces guerriers mangent, se reposent, s’accouplent même en armure (Uther avec Ygraine) et leur accoutrement d’entités métalliques sans visages les rapproche parfois des extraterrestres de Star Wars.
Le film s’ouvre sur une orgie de violences, de grognements barbares, d’hurlements de fureur ou d’agonie, une nuit de boucherie sanglante éclairée par les flammes, animée par de sombres armures qui se heurtent aux arbres calcinés : sous la terre sommeille la puissance indomptée du dragon. Une époque mystérieuse, sauvage et brutale qui appelle la lumière d’Excalibur. De quoi faire frémir Aliénor d’Aquitaine et sa cour de troubadours... L’obscurité exprime la nature reptilienne de l’homme, martèle Boorman, qui alterne par la suite les transferts en partant d’une réalité concrète (dans la nature) à un plan magique (imagerie stylisée, décor peint). Instrument du pouvoir royal, Excalibur est censée « unifier tous les hommes, non pas servir la vanité d’un seul. » À l’âge des ténèbres succède donc l’âge d’or, puis celui du doute et de la trahison. Merlin démissionne, passe le relais à Arthur : c’est désormais « à l’humanité adulte de trouver en elle-même les ressources capables de soigner le Mal dont elle souffre » (F. Amy de la Bretèque). La triangulation attendue Arthur-Lancelot-Guenièvre n’intéresse pas l’auteur, elle n’est que la plus visible des failles humaines conduisant au déclin ; une seule rencontre, un regard intense échangé entre les futurs amants suffisent à déclencher la passion, suivie d’une séance d’automutilation lorsque Lancelot, tourmenté par le désir de la chair et la culpabilité, se plante l’épée dans une côte. Avec la décadence à Camelot, le film bascule dans l’onirisme préraphaélite, les allégories à coloration symbolique et les considérations philosophiques du cinéaste.
On connaît ses thèmes de prédilection, tels que l’harmonie perdue avec la nature (Délivrance, La Forêt d’émeraude) ou le triomphe de la magie sur la science (Zardoz, L’Exorciste II : L’Hérétique). Selon Boorman, Merlin symbolise le passage de l’humanité d’un âge d’entente avec les forces naturelles et surnaturelles à notre époque de froide raison, qui se languit du merveilleux disparu. Une étape inéluctable dont l’Enchanteur – à la fois un sage et un fou – est conscient : « Nos jours sont comptés, dit-il. Le dieu unique chasse les dieux multiples et les esprits des bois et des rivières deviennent silencieux. Ainsi vont les choses : le temps des hommes arrive. » Et par la même occasion celui de la dissociation de la culture avec la nature. Moins l’homme était conscient, plus il était lié à la nature et à ses forces magiques. (Merlin accomplit l’éducation d’Arthur sous le signe du Dragon, emblème de la Vie et du Bien, entouré de serpents, de hiboux et de lézards.) Le prix à payer pour sortir de l’inconscience, c’est la perte de l’unité primordiale. Aux yeux de Boorman, « le monde d’aujourd’hui a pris le mors aux dents et perdu contact avec lui-même. (…) Le passage de la Renaissance à l’âge atomique a été trop rapide ; aujourd’hui, c’est la panne, l’impasse et nous commençons à regarder en arrière. Je trouve cela très sain. (…) Carl Gustav Jung pensait que nous ne pouvions pas comprendre notre temps si nous ne comprenions par le Moyen Age. Pour Jung, son travail sur l’inconscient était la continuation de celui entrepris par Merlin. Le cri de Merlin (entendu dans les forêts encore longtemps après sa disparition), c’est le cri de l’inconscient » (Michel Ciment, Boorman. Un visionnaire en son temps, Calmann-Lévy, Paris, 1985, p. 192 ss).
Que Boorman se repose sur les filtres et archétypes de la psychanalyse jungienne pour appréhender la saga d’Excalibur est son droit, mais l’approche ne fait guère justice à un corpus de légendes aussi complexe, aussi polymorphe, et tendrait plutôt à le dénaturer. Les choses se gâtent vraiment lorsque le film aborde la question du Saint Graal et cette « quête » énigmatique qui aurait entraîné le « décès brutal » de tant de preux (le film nous montre un cauchemardesque arbre aux pendus sans rapport aucun avec la légende), quête dont il est souvent question mais dont on ne précise jamais ni l’objet ni la nature. Ladite recherche, explique Boorman, ne s’adresse pas « aux gens qui essaient de se découvrir eux-mêmes, mais à ceux qui veulent découvrir leur place dans le monde ». Son idéal mystique se réduit à une obsession politique : « Une seule terre, un seul roi ! », formulation peu féodale qui pourrait aujourd’hui passer pour une apologie suspecte du pouvoir. Ailleurs, le réalisateur précise que « si l’homme vainc les obstacles, ce n’est pas par la force physique, mais par la force spirituelle. Ainsi, c’est mourant, humilié, désespéré que Perceval réussira à trouver le Graal », un concept morbide, doloriste, suicidaire qui n’explique toujours pas ce que signifie cette fabuleuse découverte ou ce breuvage tant convoité. Ni ce qu’il faut entendre par « force spirituelle ». Enfin, conclut-il, « il est très important pour moi qu’Arthur goûte au Graal. Arthur est temporel, le Graal, éternel. Il fallait l’osmose de ces deux pouvoirs pour que l’harmonie du récit se justifie » (Télérama, 27.5.81). Nonobstant ce galimatias de savantes périphrases, le contenu symbolique de la chanson de geste, pourtant fondamental, a été éliminé au profit d’un merveilleux panthéiste, d’un vague magma surnaturel d’inspiration « sword & sorcery » dont Merlin serait le grand magicien blanc, l’autorité intemporelle qui finit par quitter le roi pour « d’autres mondes ». Tout rappel religieux trop prononcé, fût-il chrétien ou druidique, est ignoré (on note au mieux une lointaine croix celtique en bleu fluo, un prêtre qui bénit timidement l’union des souverains). Une fois débarrassé de sa dimension métaphysique, ce qui reste n’a pas de grande consistance. La déchristianisation de la légende du Graal, doublée de la présentation d’Arthur comme une sorte de « Christ laïc », nourrissent le sentiment de confusion générale qui suinte dans le dernier quart du récit. On eût souhaité que les brumes fatales à l’armée de Mordred ne soient pas également représentatives de la matière elle-même.
Cela dit, Excalibur reste une « étonnante transmutation d’un cinéma de genre par un authentique auteur » (Aurélien Ferenczi, Télérama, 11.2.09) et la réussite purement plastique du film est incontestable. Boorman a opté pour un flamboiement visionnaire baroque (soleil crépusculaire en boule orange géante, forêts en fournaise, grottes à maléfices extravagantes, noces fastueuses au milieu d’amandiers), qui se heurte à des plages d’un réalisme particulièrement cru (bras coupés, giclures de sang). Ses recherches chromatiques à prédominance verdâtre (pour renforcer les liens avec la nature et l’irréel) peuvent séduire, mais son sens pictural ne le protège ni de la redondance ni de l’hypertrophie, l’ambition du propos le poussant à l’emphase kitsch. Le film est parfois aussi desservi par des interprètes falots, voire peu crédibles et dépourvus de noblesse : son Arthur imberbe semble un parfait benêt auquel manque la modestie et la pureté d’âme du souverain de Camelot, Ygraine est vulgaire et Guenièvre une sauvageonne assez quelconque. Le Merlin de Nicol Williamson, faillible, en retrait, parfois drolatique sous sa discrète coiffe argentée (il tombe à l’eau en voulant attraper un poisson), fait au moins un démiurge original ; c’est lui qui domine le film face à la nécromancienne rouée de l’excellente Helen Mirren. Mais l’intrigue est trop touffue, on en perd le fil (Boorman s’est dit un peu débordé) : après un début fiévreux et imaginatif, le film s’essouffle et, ayant flambé toutes ses munitions, il peine à finir ; malgré leur gabarit apocalyptique, la quête désordonnée, interminable (dix ans) de Perceval, suivie des dernières vingt minutes du « règne de Mordred » tombent un peu à plat.
L’œuvre est présentée en compétition au Festival de Cannes 1981 où elle remporte le Prix de la meilleure contribution artistique. Elle décroche une nomination aux Oscars pour la photo et une aux BAFTA Awards pour les costumes. Le public apprécie : le film rapporte 34 millions de $ au box-office américain et réalise 2,3 millions d’entrées dans l’Hexagone. En revanche, l’accueil médiatique est mitigé. The New York Times estime que Boorman est « aveuglé par sa propre prétention » (10.4.81), Pauline Kael, la redoutable critique du New Yorker, reconnaît la « qualité hypnotique des images » qui font « qu’il y a toujours quelque chose à regarder à l’écran », mais regrette l’absence générale d’intensité dramatique et des « dialogues atroces » (20.4.81). Dans les Cahiers du Cinéma, Olivier Assayas s’insurge contre cette « renaissance du goût pompier » et ce « bric à brac d’utopies écologiques ou d’itinéraires alchimico-initiatiques » (no. 326, juillet-août 1981). Vu d’aujourd’hui, Excalibur peut en priorité être considéré comme une création assez représentative de la culture « pop » des années 1970-80, clinquante, creuse et anarchique. Accessoirement, le travail de Boorman inaugure le processus de tolkienisation du mythe arthurien : ce n’est désormais plus le haut Moyen Âge mais Tolkien qui donne le ton (cf. infra, Merlin de Steve Barron, 1998).
1981[Knightriders (US) de George A. Romero ; Laurel-United Films, 146 min. – av. Ed Harris (le “roi” Billy), Gary Lahti, Tom Savini, Patricia Tallman, Amy Ingersoll. – Un projet imaginé par Romero (Night of the Living Dead/La Nuit des morts-vivants, 1969) et écrit initialement pour le producteur Sam Arkoff qui exige que les chevaux du script soient remplacés par des motos... Mentor d’une troupe ambulante de motards qui va de ville en ville présenter un spectacle de joute motorisée d’inspiration médiévale et se costume en conséquence, Billy porte armure et couronne, se voit en roi Arthur et considère son clan pétaradant comme une survivance de l’esprit chevaleresque de la Table Ronde. Mais, perdu dans ses chimères, le groupe se heurte aux pouvoirs publics corrompus : son Camelot s’attaque à la société américaine qui gangrène l’entreprise et à des spectateurs indignes de ses idéaux. Les références au monde arthurien sont constantes, la trahison de Lancelot, la fidélité de Perceval, Excalibur, etc. Un film désenchanté sur les contradictions de la contre-culture des années 1960, et le préféré de son auteur qui, pour une fois, parvient à s’affranchir de ses sempiternels zombies. Un échec total au box-office.]
1981[Animation : (tv) King Arthur and the Knights of the Round Table (US/JP) de Max J. Ruderian, Irv Holender, Ronald Ruderian ; ZIV International-Toei Films, 120 min. – Série.]
1981[(tv) Mr. Merlin (Un certain monsieur Merlin) (US) de Bill Bixby, e. a. (feuilleton). – av. Barnard Hughes (Merlin). – Merlin et son apprenti à San Francisco au XXe siècle.]
1982(tv) Camelot (US) de Marty Callner
Don Gregory, Mike Merrick/« Showtime », Home Box Office (HBO 26.9.82), 150 min. – av. Richard Harris (le roi Arthur), Meg Bussert (Guenièvre), Richard Backus (Mordred), Barrie Ingham (le roi Pellinore), Robert Muenz (Lancelot du Lac), James Valentine (Merlin), William Parry (Sire Dinadan), Thor Fields (Tom de Warwick), Jeanne Caryl (Nimuë).
Une version télévisée de la fameuse comédie musicale d’Alan Jay Lerner & Frederick Loewe (portée à l’écran en 1967 par Joshua Logan, déjà avec Richard Harris, cf. supra), dans une nouvelle mise en scène datant de 1980 à Broadway (New York State Theatre, avec Richard Burton en Arthur et Christine Ebersole en Guenièvre). Le tournage s’est effectué au Winter Garden Theater à Manhattan. Au lieu de reprendre son livret original de 1960, Lerner a utilisé le scénario qu’il a rédigé pour le film de Joshua Logan, comprenant quelques rajouts et altérations : la structure en flash-back au début, la séquence dans laquelle Arthur rencontre Merlin dans la forêt, suvie de celle où Mordred persuade le roi de rester dans la forêt. Dans la conclusion, Arthur ordonne à un garçon du nom de Tom of Warwick d’écrire l’histoire de Camelot pour la postérité – une allusion à Thomas Malory, qui était originaire du Warwickshire. Deux Cable ACE Awards 1983 sont attribués à Richard Harris et à Meg Bussert, en plus de deux nominations pour Marty Callner et la production.
1982Excalibur, the Raising of the Sword (GB) de Dorian Cowland
Whaddon Boys Club Film Unit. – av. Adrian Lester (Merlin) et les membres du Whaddon Boys Club.
Jeune homme, Merlin utilise ses pouvoirs pour extraire l’épée magique du lac. Production d’amateurs en 16 mm à tendance pédophile (Cowland sera condamné pour indécence et pédophilie à quatre ans de prison en 1988).
1982[Stuck on You (US) de Michael Herz et Lloyd Kaufman; Troma Entertainment. – av. Patricia Tallman (Guenièvre), Mr. Kent (le roi Arthur). – Au XXe siècle, un juge évoque pour un couple sur le point de divorcer d’autres cas similaires dans l’Histoire.]
1982/83[sortie : 1985] (tv) Arthur the King / Merlin & the Sword (L’Épée du sorcier / Le Roi Arthur) (US/YU) de Clive Donner
Martin Poll/Comworld Productions-Jadran Film (CBS 26.4.85), 180 min./140 min./94 min. – av. Malcolm McDowell (le roi Arthur), Candice Bergen (Morgane), Edward Woodward (Merlin), Dyan Cannon (Katherine Davidson), Joseph Matchley (Mordred), Rupert Everett (Lancelot du Lac), Rosalyn Landor (Guenièvre), Liam Neeson (Grak, roi des Pictes), Patrick Ryecart (Gauvain), Philip Sayer (Agravain), Ann Thornton (Lady Ragnell), Lucy Gutteridge (Niniane [=Viviane]), Dannis Lill (le roi Pellinore), John Quarmby (Sire Kay), Michael Gough (l’archevêque).
Cathryn Davidson, une jeune New-Yorkaise en visite à Stonehenge avec des touristes, tombe accidentellement dans une cave cachée, chute qui lui fait traverser un tunnel du temps et découvrir la prison « éternelle » de Merlin et de sa bien-aimée Niniane, tous deux captifs de la maléfique Morgane. Le duo lui raconte la légende de Camelot, d’Arthur, de Guenièvre et de Lancelot, la lutte contre les Pictes et les Vikings (sic) (flash-backs), en prenant certaines libertés et tout en faisant avec elle divers aller-retour au XXe siècle. On apprend que Morgane et son fils illégitime Mordred planifiaient de faire enlever Guenièvre par Grak, roi des Pictes, et de la garder prisonnière dans un pays enchanté ; Candice Bergen mime Morgane sous une envahissante perruque orange, Rupert Everett fait un Lancelot pâlichon, à peine digne du dragon en caoutchouc qu’il est censé terrasser. Seul Patrick Ryecart, charismatique et spirituel en Gauvain, tire son épingle du jeu dans un sous-épisode apocryphe à l’intérieur d’un castel isolé où il doit affronter une abbesse transylvanienne, trois arrogantes princesses et Lady Ragnell, une dame au faciès de cochon, victime d’un terrible sortilège. Par ailleurs, cette production tournée en 1982 en Yougoslavie et dans les studios anglais de Pinewood à Iver Heath est un ratage général. Sa sortie restera bloquée pendant trois ans, probablement en raison de sa qualité médiocre (il y aura une diffusion hâtive sur CBS en 1985, puis une édition DVD amputée de moitié sous le titre de Merlin & the Sword). – DE : Merlin und das Schwert, ES : Merlin y la espada / Merlyn y Excalibur.
1984(tv) The Morte d’Arthur (GB) de Gillian Lynne
Robin Midgley/BBCtv Birmingham (BBC2 5.5.84), 85 min. – av. John Barton (Sir Thomas Malory), Jeremy Brett (le roi Arthur), Barbara Kellermann (Guenièvre), David Robb (Lancelot du Lac), Nickolas Grace (Mordred), Anton Dolin (l’évêque de Canterbury), Roland Alexander (Gauvain), Roy Jones (Sire Bors), Frederick Warder (Sire Agravain), Barrie Young (Sire Bedivere), Maurice Lane (Sire Pettipace), Jona Jones (Sire Gareth), Graeme Edler (Sire Gaheris), John Thornton (Sire Urre), Val Meredok, Cheryl Day, Judi Trott (les reines).
Moitié drame, moitié jeu mimé dans une suite séduisante de tableaux vivants. Emprisonné pour meurtre et viol dans la prison de Newgate à Londres en 1450, Sir Thomas Malory raconte le contenu des deux derniers tomes de sa Le Morte d’Arthur, tandis qu’une série de scènes chorégraphiées représentent le complot de Mordred, l’adultère de Guenièvre et Lancelot et la fin des idéaux de Camelot. Une adaptation ingénieuse du livre de Malory due à John Barton, tournée aux studios BBC de Pebble Mill à Birmingham dans des décors stylisés de Gavin Davies. David Robb rejoue Lancelot, rôle qu’il a déjà tenu dans la minisérie The Legend of King Arthur en 1979.
1986[(tv) The Last Defender of Camelot (GB) de Jeannot Szwarc ; Série « The Twilight Zone (La Cinquième Dimension) », épisode 24 (CBS 11.4.86), 45 min – av. Richard Kiley (Lancelot du Lac), Jenny Agutter (Morgane Le Fay), Norman Lloyd (Merlin), John Cameron Mitchell, Anthony LaPaglia, Don Stark, Charles Aidman (narration). – En 1996 à Londres, la fée Morgane somme Lancelot de rencontrer Merlin qui veut restaurer Camelot au XXe siècle.]
1989[(tv) Battlefield (GB) de Michael Kerrigan ; série « Dr. Who » (BBC 6.-27.9.89), 4 x 25 min. – av. Jean Marsh (la fée Morgane), Christopher Bowen (Mordred), Nicholas Courtney, James Ellis, Angela Douglas, Sylvester McCoy (Doctor Who). – Voyage dans le temps : des chevaliers de l’espace menés par Mordred et Morgane sont à la recherche d’Excalibur, l’épée d’Arthur disparue dans le lac Vortigern.]
1989/90Les Chevaliers de la Table Ronde (FR) de Denis Llorca
Pierre Braunberger/Les Films du Jeudi, 3h50. – av. Maria Casarès (Viviane), Michel Vitold (Bron, le Roi Pêcheur, père de Viviane), Alain Cuny (Merlin), Alain Macé (le roi Arthur), Nadine Darmon (Morgane), Mireille Delcroix (Amythe), Gilles Geisweiller (Perceval), Valérie Durin (Guenièvre), Benoît Brione (Gauvain), Denis Llorca (Lancelot du Lac), François Berreur (Galaad), Pierre Simon (Kay le Sénéchal), Anne Alvaro (la mère de Lancelot), Michel Favory (le chevalier d’Orgueil), Catherine Rétoré (Viviane jeune), Jean-François Prevand (Merlin jeune), Alain Enjary (Baudemagu, le pèlerin), Rémy Kirch (le moine inquisiteur), Didier Kersten (l’écuyer de Lancelot), Patrick Dupont (Méléagant).
Synopsis : Enchanteur né de la colère des Sept péchés capitaux et que la fée Viviane a détourné de son projet d’Antéchrist pour en faire une créature de l’Amour, Merlin guide les chevaliers de la Table Ronde lancés dans la quête inlassable du Graal. Ceux-ci errent sans fin et échouent un jour au château du Roi Pêcheur où se terre le secret qu’ils ne parviennent pas à deviner. Galaad, le fils caché de Lancelot et de la triste Amythe, vient à Camelot et s’assied sans coup férir sur le Siège Périlleux, où seul peut s’installer le chevalier parfait. Arthur, couronné à l’instigation de Merlin, vit un amour incestueux avec Morgane, sa jumelle, mais Merlin les condamne et Arthur épouse Guenièvre. Or celle-ci trompe son époux avec Lancelot qui l’a sauvée des griffes du chevalier d’Orgueil ; le roi veut les tuer mais refuse d’utiliser pour cela Excalibur, l’épée miraculeuse. Réconforté par sa marraine Viviane, Lancelot quitte le refuge où il s’était caché et sauve le roi et Guenièvre, assiégés par les armées de Morgane qui veut se venger de son frère. Après avoir vaincu Mordred, le fils de son amour interdit, Arthur jette Excalibur dans les eaux du lac tandis que, très loin de là, Galaad pénètre au château du Roi Pêcheur et découvre le mystère du Graal.
En novembre-décembre 1986, Denis Llorca présente au Centre Théâtral de Franche-Comté à Besançon un spectacle-fleuve d’une durée de douze heures intitulé Quatre Saisons pour les Chevaliers de la Table Ronde. Sa pièce, coécrite avec Philippe Vailèles, s’attaque à l’intégralité de la légende arthurienne en s’inspirant de Chrétien de Troyes et surtout du Cycle Vulgate (XIIIe s.). Chaque saison est centrée sur un protagoniste : Le Printemps ou Merlin, L’Été ou Lancelot, L’Automne ou Gauvain et L’Hiver ou le Graal. Le spectacle est également représenté à Dijon, à Saint-Étienne, à Marseille, à Alba-la-Romaine et à Paris (1989/90). C’est à partir de cette expérience follement ambitieuse que Llorca développe son scénario, condensé sur un peu moins de quatre heures. Les séquences du film ont été tournées entre les représentations des Quatre Saisons avec les mêmes acteurs. Des intertitres de cinéma muet (« le rêveur sort de son rêve… ») sont censés créer un phénomène de distanciation par rapport à la légende et, selon Llorca, « l’économie à la Méliès impose des décors en carton » (puisque les palais enchantés sont des constructions imaginaires). L’entrée en forêt, dans le règne du merveilleux, trouve un équivalent visuel avec le ralenti sur le chevalier, des arrêts sur image, des couleurs crues, des clair-obscur ornent cette suite de tableaux vivants dont la démesure cérébrale et expérimentale tient davantage d’un interminable récit mis en images que de cinéma.
1989/90[Animation : (tv) Sárkány és papucs [Dragons et pantoufles] (HU) de Tibor Hernádi ; Pannónia Filmstúdio, Magyar Televizió, 67 min. – av. les voix d’István Sztankay (le roi Arthur), Eva Almási (Guenièvre), János Gálvölgyi (Lancelot du Lac), Kamill Feleki (Merlin). – Guenièvre a demandé à Merlin de lui préparer un philtre d’amour destiné à son époux, mais c’est Lancelot qui l’avale et qui harcèle la reine. Pour le calmer, le roi l’envoie combattre un dragon inoffensif…]
1990Merlín (ES) d’Udolfo [=Adolfo Gonzáles] Arrieta
Miguel Angel Pérez Campos/Ruedo Films, 68 min. – av. Clara Sanchis (Guenièvre), Javier Grandes (Lancelot du Lac), Gonzalo Armero (le roi Arthur), Udolfo Arrieta (Merlin), Martín Puente (Galaad), Francis Lorenzo (Gauvain/le démon Ginifer), Gabriel Moreno, Angélica Barea.
L’histoire de Galaad et de Merlin, d'après la pièce Les Chevaliers de la Table Ronde de Jean Cocteau (1937, cf. la dramatique de 1958). Tourné en 35 mm dans la province de Huesca (au monastère Saint-Jean de la Peña et au château de Loarre) en onze jours par un cinéaste de l’underground madrilène, facétieux, minimaliste et expérimental, qui retient surtout les scènes faisant intervenir le personnage de Ginifer ; ce génie malin n’a pas de forme propre mais prend tout à tour celle de Gauvain et de la reine Guenièvre. Arrieta, qui s’amuse à jouer lui-même Merlin, se livre à un véritable numéro de prestidigateur avec escamotages à la Méliès et jeux d’éclairages fantastiques. Projections aux festivals de Barcelone (1990) et de Sitges (1996).
1990(tv) Artus – ein König wird gesucht (DE) de Günter Kunert
Zweites Deutsches Fernsehen (ZDF 9.12.90), 56 min. – av. Günter Kunert, Marianne Kunert, David Shaw, Christopher Herzfeld, Arthur Marshall, Kathryn Parsons, Trudi Valter, Tina Valter, Angus Klein.
Tourné avec le concours de « The Knights and Ladies of Escafeld Medieval Society », musique d’Ennio Morricone et de Richard Wagner. La mise en scène d’une documentation (« Elektronisches Tagebuch ») due au prolifique Günter Kunert, lauréat du prix littéraire de la ZDF, le Mainzer Stadtschreiber 1990.
1990 – [Animation : Merlin and the Dragons (US/TW) de Hu Yhong ; Shanghai Animation Film Studio-Lightyear Entertainment-Hi-Tops Video-Media Home Entertainment-Dutton Children’s Book-WGBH Boston, 27 min. – Dessin animé d’après les illustrations d’Alan Lee, images qui serviront également à la mini-série Merlin de Steve Barron en 1998 (cf. infra).]
1991(tv) Merlin of the Crystal Cave (GB) de Michael Darlow
Hilary Bevan Jones, Shaun Sutton/Noel Gay Television-BBCtv (BBC1 17.11.-22.12.91), 6 x 25 min./164 min. – av. George Winter / Jody David / Thomas Lambert (Merlin adulte / adolescent / enfant), Jon Finch (le roi Vortigern), Sam Hails (le roi Arthur), Don Henderson (Galapas), Trevor Peacock (Ralf, serviteur d’Arthur), Robert Powell (le prince Ambrosius, père de Merlin), Benedick Blythe (Carnlach), Roger Alborough (le prince Uther), Kim Thomas (Niniane, mère de Merlin), John Phillips (le roi Dafydd), Hefin Clarke (Dinias), Mark Williams (Cerdic), Mark Collingwood (le roi Gorlon de Lanascol), Julie Neubert (la reine Olwen), Christopher Quinn (Mabon), Emma Sutton (la reine Rowena).
Merlin raconte : un siècle après le départ des Romains, Vortigern s’empare du trône. Les héritiers légitimes, le prince Ambrosius et son frère aîné Uther, se réfugient en Brittanie où les mercenaires saxons de Vortigern tuent presque Ambrosius. Niniane soigne le prince, s’en éprend et conçoit un fils qu’elle nomme Merlin Emrys. Le jeune Merlin est initié par l’ermite Galapas qui vit dans une cave de cristal. Devenu adulte, il aide son père et Uther à reconquérir le trône.
Une télésérie fauchée mais bien renseignée, tournée en vidéo en mai-juin 1991 au Pays de Galles, près de Caernarvon (North Wales). Il s’agit de l’adaptation du premier volume de la trilogie de Mary Stewart (The Arthurian Saga : The Crystal Cave – The Hollow Hills – The Wicked Day, 1970-1979), destinée à un public jeune. Le récit, adapté pour la télévision par Steve Bescoby, repose moins sur les sources tardives d’un Sir Thomas Malory que sur les chroniques de Gildas le Sage, De Escidio et Conquestu Britanniae (XIe s.), Historia Ecclesiastica de Bède le Vénérable (VIIIe s.), Historia Brittonium de Nennius (IXe s.) et Geoffrey de Monmouth (Historia Regum Britanniae, XIIe s).
Episodes : 1. « The Cave » – 2. « The Flight » – 3. « Ambrosius » – 4. « The Return » – 5. « Reckoning » – 6. « The Raising of the Stones ».
1991-1993[Animation : (tv) The Legend of Prince Valiant (Prince Vaillant) (US) de David J. Corbett ; Hearst Entertainment (The Family Channel 3.9.91-25.6.93 [2 saisons]), 65 x 22 min. – av. les voix de Robby Benson (Prince Valiant), Tim Curry (Gauvain), Samantha Eggar (Guenièvre), Efrem Zimbalist Jr. (le roi Arthur), Alan Oppenheimer (Merlin), Michael Horton (Arn), Noelle North (Rowanne). – Dessin animé qui décalque maladroitement la bande dessinée de Harold Foster. Mieux vaut relire l’original.]
1991[Waxwork II : Lost in Time (US) d’Anthony Hickox. – av. John Ireland (le roi Arthur). – Un couple voyage à travers le temps pour lutter contre le mal.]
1991[Merlin : The True Story of Magic (US) de Paul Hunt. – av. Nadia Cameron (Crystal of the Lake, fille de Merlin), Rodney Wood (Merlin), Richard Lynch (Uther Pendragon), John Stone (Mordred). – Merlin et consorts dans la Californie du XXe siècle.]
1992[(tv) Ginevra / Guinevere (DE) d’Ingemo Engström ; Gerhard Theuring, I. Engström/Theuring-Engström-Filmproduktion (München)-Zweites Deutsches Fernsehen (ZDF 28.3.93), 157 min./142 min. – av. Amanda Ooms (Cecilia, dite Guenièvre), Serge Maggiani (Luc alias Lancelot), Gerhard Theuring (Artus), Michèle Addala (Nélida), Eliane Tonduit (la chanteuse), Diego Wallraff (Manuel). – Une actrice de cinéma qui se fait appeler Guenièvre fait une crise de nerfs et plaque tout pour parcourir l’Europe déchirée entre ses deux amants, Luc, un médecin, et Arthur, un peintre. Film d’art semi-expérimental tourné en Eastmancolor à Beaucaire (Gard), à Lacoste (Vaucluse) et au château cathare de Montségur (Ariège) et contenant diverses allusions à la légende arthurienne. Section « Panorama » du Festival de Berlin.]
1992[October 32nd / Merlin : The True Story of Magic (GB) de Paul Hunt. – av. Richard Lynch (Uther Pendragon), Rodney Wood (Merlin), Nadia Cameron-Blakey (Crystal of the Lake). – Un chevalier aux pouvoirs magiques traverse les siècles.]
1992-93[Animation : (tv) King Arthur and the Knights of Justice / King Arthur’s Camelot (rééd. de 1997) / Return to Camelot (rééd. de 1997) (US) de Jean Chalopin, Stephan Martiniere et Charlie Sansonetti ; Bohbot Entertainment-C&D—Golden Films-Sony Ent. (13.9.92), 26 x 22 min. (2 saisons). – Dessin animé avec les voix de Andrew Kavadas (le roi Arthur), Jim Byrnes (Merlin), Kathleen Barr (Morgane).]
1993/94(tv) Guinevere / Gvineveré (Guenièvre, l'autre légende) (US/LT) de Jud Taylor
Joe Broido, Mel A. Bishop, Les Alexander/Hearst Entertainment Inc.-Alexander/Enright & Associates-Lifetime Prod.-Weintraub/Kuhn Productions-Lietuvos Kino Studios (Lifetime Television 7.5.94), 96 min. – av. Sheryl Lee (Guenièvre), Noah Wyle (Lancelot du Lac), Sean Patrick Flanery (le roi Arthur), Donald Pleasence (Merlin), Brid Brennan (Morgane Le Fay), James Faulkner (Maelgwyn, roi de Gorre), Constantine Gregory (le roi Léodagan/Leodegrance, père de Guenièvre), Martin East (Gauvain), Ben Pullen (Kay le Sénéchal), Andrius Bobrovas (Perceval), Kestas Jakstas (Yvain), Anton Lesser (l’envoyé de Gore), Bruce Liddington (le forgeron), James Greene (l’évêque), Regina Share (Kaethi), Laura Girling (la mère de Guenièvre), Saulius Sipras (Damon), Jonas Pakulis (le roi Stater/Agricola de Dyfed), Ramunas Abukevicius (le roi Urien de Rheged), Irena-Marija Leonaviciute (la sage-femme), Eva Dubey (une élève de Morgane), Ervinas Peteraitis (le charpentier), Gediminas Storpirstis (un cavalier), Anaya Vasara (une princesse), Nanute Juronyte (Viviane), Vytas Sapranaukas (l’aide de Léodagan), Sarunas Puidoks (un serviteur).
Production à budget très restreint, ce Guinevere de télévision a été tourné en septembre 1993 à Vilnius, en Lituanie (le château gothique de l’île de Trakai, sur le lac de Galve, devient Camelot), et exploité surtout en vidéo. On y découvre la jeune Sheryl Lee dans le rôle-titre, elle qui fut l’énigmatique Laura Palmer, le cadavre exquis de Twin Peaks, la série culte et le film non moins culte de David Lynch (1990, 1992). À ses côtés, autre curiosité, Donald Pleasence en Merlin grassouillet. Le film se targue d’être une adaptation des romans à succès de l’Américaine Persia Wooley, la trilogie arthurienne Child of the Northern Spring (1987), Queen of the Summer Stars (1990) et Guinevere, the Legend in Autumn (1993). Or, ceux-ci collent de très près à la légende, tandis que le scénario qu’en tire Ronni Kern est une vaste tromperie, ne retenant des best-sellers de Wooley que son ton résolument féministe et le récit « rectificateur » à la première personne de Guenièvre, car « l’histoire est toujours écrite par les hommes ».
Synopsis : Sur l’île sacrée d’Avalon, sanctuaire de la Vieille Religion, deux enfants, Guenièvre, princesse de Camelot (sic), et l’orphelin Lancelot sont initiés au druidisme et instruits dans le métier des armes auprès de Morgane, la Grande Prêtresse. Celle-ci a jadis sauvé le futur chevalier de la noyade dans le lac, d’où son surnom, « la Dame du Lac ». Ennemie farouche du christianisme « dont le dieu unique est un mâle », Morgane rêve de venger sa mère Ygraine, violée jadis par Uther Pendragon, l’assassin de son père et le géniteur d’Arthur, son demi-frère « maudit ». Elle lie Guenièvre et Lancelot (couple qu’elle veut placer sur le trône d’Angleterre) par un pacte de sang et leur insuffle l’horreur de la guerre et des « héros qui s’entourent de cadavres ». Mais devenue adulte et sur le point de s’unir à Lancelot, Guenièvre souhaite l’accord de son père, le roi Léodagan, et elle quitte Avalon contre la volonté de Morgane. Arrivée à Camelot, elle voit son géniteur aux prises avec le cruel et bestial Maelgwyn de Gorre, qui exige et sa main et le royaume (sans gêne, le goujat tâte les seins, l’entre-jambe et les fesses de la princesse outrée). La bataille est indécise jusqu’au moment où interviennent Arthur, roi de Bretagne, et ses preux ; battues, les troupes de Maelgwyn se retirent à Gore, mais Léodagan est tué. Guenièvre, à présent reine de Camelot, accepte d’épouser Arthur par reconnaissance pour son appui militaire. Merlin encourage cette union, car il sait Guenièvre intelligente, instruite et sage ; même la nuit de noces ne l’intimide pas : elle a lu Ovide ! Elle terrasse seule, à la lutte orientale (!) et à l’épée, les trois assassins que Morgane a envoyés contre elle. La Grande Prêtresse change alors de tactique et lui assigne un champion pour la perturber et l’enlever : Lancelot. Mais Guenièvre refuse de fuguer avec celui qu’elle n’a jamais cessé d’aimer. Entre-temps, Arthur se laisse séduire par sa demi-sœur qui tombe enceinte, tout comme Guenièvre. Cette dernière met au monde une fille que Morgane cache sur l’île d’Anglesey et qui, dit-elle, « reviendra un jour ». Arthur s’ennuie dans ses murs, a soif d’en découdre avec ses ennemis, son épouse l’incite vainement à trouver des solutions pacifiques. Il part à la tête de ses chevaliers, laissant Guenièvre gérer seule le royaume. Six mois plus tard, un messager de Maelgwyn lui annonce qu’Arthur est captif, condamné à mort, et son armée anéantie. Ne se laissant pas intimider, Guenièvre invoque Boadicée et Cartinandua, les reines-guerrières celtes du passé, et se rend dans le pays de Gorre avec le solde de ses manants valides. Elle feint d’accepter les conditions humiliantes de Maelgwyn, puis, la nuit venue, se jette au cou de Lancelot pour l’éloigner de la maléfique Morgane et obtenir son soutien armé lors de l’échange des prisonniers au petit matin. Penaud, Arthur fait piètre mine, ligoté sur sa monture. Gauvain, Kay, Perceval et Yvain sont enchaînés, entassés en chemise et pieds nus dans un chariot. L’apparition surprise de Lancelot et le discours vigoureux de Guenièvre devant les remparts impressionnent les alliés rebelles de Maelgwyn qui déposent les armes et se rallient massivement à elle ainsi qu’à son idée d’une seule nation, forte et unie. Maelgwyn s’éclipse, Morgane hurle de rage. « Viens, Arthur, on rentre à la maison », murmure Guenièvre, satisfaite. Banquet final. Lancelot s’est retiré (emportant une rose blanche), Merlin est décédé, mais, conclut la reine, « notre Camelot est devenu un havre de paix et de prospérité, un phare pour les royaumes à venir ».
On reste ahuri devant pareil travestissement du mythe, devant la nonchalance de la scénariste à massacrer son matériau. Guenièvre n’a jamais été princesse de Camelot, mais de Caméliard ou Carmélide, et on ne lui connaît pas d’enfants (chez Persia Wooley, elle élève un temps le petit Mordred, fils d’Arthur et de Morgause). Cette fillette dont l’affuble le script disparaît d’ailleurs sans laisser de trace, et le nom de Mordred (ce fruit de l’accouplement incestueux d’Arthur dont Guenièvre, dans le film, est pourtant témoin) n’est jamais mentionné ; l’enfant infernal serait-il mort-né ? Enfin, petit détail : la Table Ronde et le Graal n’existent pas ! Ce cumul d’incohérences peut avoir été suscité par un manque de liquidités, un tournage en catastrophe, le récit se terminant sur une conclusion aussi hâtive que fadasse. La mise en scène se contente d’enregistrer passivement ces débats de post-adolescents poupins (Arthur et Lancelot ont au mieux 25 ans, « Gwin » alias Guenièvre arbore une coupe de garçonne) à des années-lumière de Chrétien de Troyes. – IT (vd) : Il grande amore di Ginevra / Ginevra, il coraggio di Camelot, AU (vd) : Bound in Blood.
1994[Seaview Knights (GB) de Richard Kurti. – av. James Bolam (Merlin), Clive Darby (Arthur), Gary Tippings (Lancelot). – Pitrerie : ayant reçu un coup sur la tête, un cambrioleur de Blackpool au XXe siècle se réveille et se prend pour le roi Arthur.]
Le Lancelot joué par Richard Gere (à dr.) est un roturier, un bateleur hardi et entreprenant qui va hériter du trône d’Angleterre.
1994/95First Knight (Lancelot, le premier chevalier) (US/GB) de Jerry Zucker
Jerry Zucker, Hunt Lowry, Gil Netter, Eric Rattray, Janet Zucker/Zucker Brothers-First Knight Productions-Columbia Pictures Corp., 134 min. – av. Sean Connery (le roi Arthur), Richard Gere (Lancelot du Lac), Julia Ormond (Guenièvre), Ben Cross (Méléagant), John Gielguld (Oswald [=Merlin ?]), Liam Cunningham (Agravain), Ralph Ineson (Ralf), Christopher Viliers (Sire Kay le Sénéchal), Valentine Pelka (Sire Patrise), Jean-Marie Coffey (Petronelle), Colin McCormack (Sire Mador), Jane Robbins (Elise),Tom Lucy (Sire Sagramore), Gwyn Davin (Gauvain), Paul Kynman (Mark), Ryan Todd (Lancelot jeune), John Blakey (Sire Tor), Sean Blowers (Sire Carados), Alexis Denisof (Sire Geheris), Daniel Naprous (Sire Amant), Jonathan Cake (Sire Gareth).
Synopsis : Arthur lutte contre le puissant et cruel prince Méléagant, un de ses anciens chevaliers, jaloux de sa gloire et dont les hommes terrorisent les campagnes. Pour sauver son domaine de Leonesse, Guenièvre s’allie à Arthur, un homme beaucoup plus âgé qu’elle, ami de son père, et accepte sa demande en mariage. Méléagant la fait enlever à peine arrivée à Camelot et enfermer dans sa forteresse. Lancelot, un simple roturier errant mais ferrailleur redoutable et volage, pénètre seul dans le repaire, la délivre et lui déclare sa flamme ; il lui vole un baiser, elle lui fait jurer de ne jamais recommencer. En guise de récompense pour ses exploits (doublés de prouesses athlétiques spectaculaires lors d’une joute), Arthur incorpore le jeune manant aux chevaliers de la Table Ronde. Ensemble, le roi et son chevalier favori affrontent victorieusement les armées de Méléagant, qui a mis Leonesse à feu et à sac. Lancelot ne peut s’empêcher de manifester son amour pour la reine. Celle-ci lui résiste obstinément, jusqu’au moment où il s’apprête à quitter Camelot pour toujours. Elle exige un baiser d’adieu… Arthur surprend leur étreinte passionnée. Trompé par sa femme et son meilleur ami, il ordonne un procès public et la mort du couple adultère. La ville, ouverte pour l’occasion, est envahie par les soldats de Méléagant. C’est l’échauffourée. Lancelot tue le félon et Arthur, mourant de ses blessures, lui pardonne en lui octroyant le titre de « premier chevalier » du royaume. Lancelot hérite ainsi de la reine (« veille sur elle »), de l’épée royale et du trône de Camelot.
Le film est initialement confié à Terence Young (réalisateur des premiers James Bond), qui devait ainsi retrouver Sean Connery après trente ans, mais Young décède durant les travaux de pré-production ; approché pour lui succéder, Mel Gibson renonce, préférant à raison se concentrer sur son Braveheart (1995), nettement plus réussi, et, allez savoir pourquoi, c’est l’Américain Jerry Zucker, fabricant de farces débridées (Y a-t-il un pilote dans l’avion ?, 1980), qui hérite du projet. La production est entièrement mise sur pied en Grande-Bretagne de juillet à novembre 1994, d’abord aux studios de Pinewood (intérieurs et les cours de Camelot et Leonesse). Au Pays de Galles, sur les rives du lac de Trawsfynydd, John Box, le décorateur de Lawrence of Arabia et Doctor Zhivago, édifie murailles, porte fortifiée et pont-levis de Camelot. D’autres extérieurs se tournent à Gwynedd (Blaenau Ffestiniog), au Parc national de Snowdonia (Maes y Pandy, Abergynolwyn, Hafon Rhisgl, Llyn Gwynant, mines d’ardoise de Gloddfa Ganol), dans les comtés de Hampshire (plaine de Stratfield Saye pour la bataille et le camp militaire d’Arthur), de Hertfordshire (Berkhamsted, Little Gaddesden, Tring, le village reconstruit entre Ashridge Park et Ivinghoe Beacon, la noce royale dans la cathédrale de Saint Albans), de Buckinghamshire (forêts de Burnham Beeches et Black Park Country Park, Marlow, Medmenham) et à la Tour de Londres. Bref, une entreprise aussi compliquée que coûteuse (60 millions de $). Après 007, Sean Connery a déjà fait plusieurs incursions dans le Moyen Âge (Robin Hood, Richard Cœur de Lion, le Chevalier Vert).
À première vue, le casting est élégant, Richard Gere (le bouddhiste de Hollywood) séduisant en cotte de mailles design, les duels à l’épée sont virevoltants (réglés par Bob Anderson, le maître d’armes de la série des Star Wars), et pourtant, le film ne décolle jamais, absolument tout y sonne faux malgré la splendeur des panoramas gallois et quelques impressionnantes images de bataille nocturne ; les décors sont gothiques, Arthur périt transpercé par trois carreaux d’arbalète ! Soucieux de mettre la matière au goût du jour, le scénariste William Nicholson (que rien ne prédestinait à ce type de besogne, et qui signera en 2000 le script de Gladiator pour Ridley Scott) se contente du squelette de la légende arthurienne, omettant soigneusement Merlin, Excalibur, Morgane, Elaine de Corbenic (l’épouse légitime de Lancelot), le Graal et l’eschatologie funèbre de la fin, ce qui enlève passablement de piment à l’intrigue, la réduisant à une banale histoire de cocufiage avec effets softs (les beaux amants). Mordred est remplacé par l’odieux Méléagant (ou Melwas) – un ex-chevalier d’Arthur, selon Thomas Malory, qui fut effectivement l’instigateur de l’enlèvement de Guenièvre, vaincu et décapité par Lancelot – dont l’unique motivation de nuire est sa volonté de puissance et son ego surdimensionné (l’enlèvement figure également dans le sérial The Adventures of Sir Galahad en 1950). L’épisode du rapt de la reine est tiré de Lancelot ou le Chevalier de la Charrette, troisième roman en vers conservé de Chrétien de Troyes, écrit vers 1180. Mais tout renvoi à une structure légendaire ou à un symbolisme celto-chrétien passe à la trappe : les paladins laïques d’Arthur prêtent serment « à la vie, à la mort, fidèles et fraternels », une formule quasi républicaine confirmée par la devise qui figure gravée sur la Table Ronde : « Serving Each Other to Become Free (Au service les uns des autres, nous gagnons la liberté) » ! Comme dans Camelot (cf. 1967), mais plus explicite encore, Arthur devient ici un précurseur idéaliste des droits de l’homme, le sage défenseur d’une « démocratie utopique » soutenue par un cercle de fraternité virile. Ses gardiens de la paix universelle sont les « casques bleus » d’un Moyen-Âge disneyifié.
Lancelot n’est pas un chevalier, fils du roi Ban de Bénoïc, élevé par Viviane, la Dame du Lac, et père du noble Galaad – mais un aventurier charmeur, sans attache et traumatisé (ses parents ont brûlé vifs, enfermés dans une église, lorsqu’il était enfant), un bateleur vivotant de tours de passe-passe et de démonstrations d’escrime dans les villages avoisinants. Accessoirement aussi un grand coureur de jupons, selon les clichés à la mode. Placé dans un no man’s land historique, ce plébéien juvénile est l’incarnation du Rêve Américain, le « solitaire » du western qui n’a besoin de personne pour subsister et qui « réussit » grâce à son intelligence, à sa dextérité, à sa créativité et à sa force physique. Sa bravoure fait sa noblesse, son image se réduit à celle du mâle occidental moyen du XXe siècle confronté à un modèle identitaire plus âgé et à une femme nettement plus jeune, dotée d’une forte sensualité. Dame Guenièvre fait un délicieux garçon manqué au comportement « populaire », qui rit et participe en toute familiarité à une sorte de match de football dans la boue avec ses sujets, mais qui, en donzelle émancipée, sait aussi estourbir un manant hostile d’un coup de dague en dessous de la ceinture. Se découvrant trahi, Arthur exige que Lancelot soit jugé en public, « car le peuple doit tout savoir ».
Comme le relève François Amy de la Bretèque (L’imaginaire médiéval dans le cinéma occidental, op. cit., p. 298), Arthur vieillit au fil de la chronologie de l’histoire du cinéma : dans le film MGM de 1953, Mel Ferrer avait encore le même âge que Robert Taylor. Quatre décennies plus tard, l’Arthur de Jerry Zucker, crinière et barbe blanches, est assurément beaucoup trop âgé pour sa jeune épouse, et le déséquilibre du couple régnant synthétise la faiblesse de Camelot. On peut y lire « la trace de l’ébranlement de l’image du couple qui a découlé de trente ans de révolution des mœurs ; dans une société devenue fragile, cet ébranlement est devenu comme l’image même de l’absence des repères et de la nostalgie de la société d’ordre. » Ultime incongruité : Arthur est incinéré, qui l’eût cru, selon le rituel viking, sur un radeau en feu... Le box-office de cet ouvrage est à la mesure de sa médiocrité, ses recettes domestiques aux USA atteignant à peine 37 millions de $. « Lancelot dans le lac », résume férocement François Forestier (TéléObs) : de tous les films visant à aborder la légende avec un minimum de sérieux, celui-ci constitue le nadir. – DE, AT : Der erste Ritter, ES : El primer caballero, IT : Il primo cavaliere.
1995[(tv) Kids of the Round Table (US/CA) de Robert Tinnell; Desert Music Pictures, 89 min. – av. Malcolm McDowell (Merlin), Johnny Morina, Maggie Castle. – Au XXe siècle, des enfants jouant aux chevaliers de la Table Ronde découvrent l’épée Excalibur enterrée dans la forêt et rencontrent l’authentique Merlin.]
1995Last Enchantment (US) de Dan Work
Havas Productions, 47 min. – av. Mike Wade (le roi Arthur), Dan Work (Merlin), Mark Kidd (Sire Prize), Dusty Baker, Jeromia Catt, Al Chicotel, Chad Knauer.
Devenu âgé, Merlin enseigne à Niniane les secrets de son art, et celle-ci en profite pour l’enfermer dans une cave de cristal où il se fait ermite, tandis que son élève prend sa place à la cour du roi Arthur. Adaptation du roman anglais The Last Enchantment (The Arthurian Saga, book 3) de Mary Stewart, paru en 1979.
1995[(tv) The Four Diamonds (US) de Peter Werner ; Disney Channel. – av. Jayne Brook, Kevin Dunn, Thomas Guiry, Sarah Rose Karr, Christine Lahti. – Mourant du cancer, Chris Millard, un adolescent de 14 ans, imagine un univers arthurien dans lequel il devient un chevalier à la quête des « quatre diamants » – le courage, la sagesse, l’honnêteté et la force – , vertus indispensables pour accéder à la Table Ronde. D’après une nouvelle de l’authentique Chris Millard, décédé en 1972.]
1995[Animation : (tv) Princess Gwenevere and the Jewel Riders (US) de Robert Mandell ; New Frontier Entertainment-Enchanted Camelot Productions (série), 4 x 44 min. – av. les voix de Corinne Orr (Guenièvre), Keri Butler, Debra Allison, Bob Kaliban, Henry Mandell.]
1995[The Dark Knight (GB) de Martin L. Andersen ; Nu Skin International (tv 15.4.95), 23 min. – av. Martin Crocker (Lancelot du Lac), David Hartley (le roi Arthur), Harry Rowell (Merlin), Simon Malkin (Arthur jeune), Peter Marshall (Dark Knight). – Court métrage pour la jeunesse : le Chevalier Ténébreux vole les rêves des enfants qui en appellent à Arthur.]
1996[(tv) Merlin’s Shop of Mystical Wonders (Les Nouvelles Aventures de Merlin l’Enchanteur) (US) de Kenneth J. Berton. – av. George Milan (Merlin), Ernest Borgnine (le grand-père). – Dans l’Amérique moderne, un grand-père raconte à son fils une histoire de Merlin : film d’horreur pour enfants.]
1996[(tv) Crystal Cave: Lessons from the Teachings of Merlin (US) de Stanley Dorfman, Karen F. McCarthy (prod.). – av. Robert Guillaume (Merlin), Martin Sheen (le roi Arthur), Joanna Cassidy (narration). – Deepak Chopra, gourou hindo-américain de la “santé spirituelle” anime des extraits de son livre The Way of the Wizard.]
1996[(vd) John Mysto : Boy Wizard (La Légende de Johnny Mysto) (US) de Jeff Burr; Kushner-Lock Col-Full Moon Entertainment. – av. Ian Abercrombie (Merlin), Jack Donner (le roi Arthur), Catalina Mustata (Guenièvre), Russ Tamblyn (Blackmoon). Michael Ansara, Toran Caudell. – Dans une banlieue des États-Unis, un garçonnet aux pouvoirs magiques rencontre Merlin et son roi.]
1996/97Prince Valiant / Prinz Eisenherz (Prince Vaillant) (IE/GB/DE/US) d’Anthony Hickox
Bernd Eichinger, Tom Rosenberg, James Gorman/Constantin Film Produktion GmbH (München)-Babelsberg Film (Berlin)-Lakeshore Entertainment (Beverly Hills)-Hearst Entertainment Productions (New York)-Celtridge Films (Dublin)-Legacy Films, 119 min./91 min. – av. Stephen Moyer (Prince Vaillant), Katherine Heigel (la princesse Ilène de Brenwyn), Edward Fox (le roi Arthur), Anthony Hickox (Gauvain), Zach Galligan (Sire Kay le Sénéchal), Ben Pullen (le prince Arn), Hamish Campbell-Robertson (Sire Eckar), Udo Kier (Sligon, roi des Vikings), Joanna Lumley (Morgane Le Fay), Ron Perlman (Boltar), Thomas Kretschmann (Thagnar, frère de Sligon), Gavan O’Herlihy (le roi Than), Jodie Kidd (la Dame du Lac), Peri Callimanopulos (Galaad), James Von Claer (Tristan).
Synopsis : Écuyer du chevalier Gauvain à Camelot, Vaillant ignore qu’il est l’héritier du trône de Thulé qu’ont usurpé les cruels Vikings, le roi Sligon et son frère Thagnar. Avec l’aide de la fée Morgane, ceux-ci profitent d’un tournoi pour s’emparer d’Excalibur et Vaillant est chargé par le roi Arthur de récupérer l’épée magique afin de sauver le royaume. La princesse Ilène est enlevée, Gauvain est tué, Thagnar assassine son frère Sligon, mais Vaillant pénètre dans la forteresse de Thulé, délivre la princesse captive dans le harem royal, retrouve Excalibur et tue Thagnar ainsi que Morgane.
Une sérieuse déception, comparé au classicisme et aux couleurs chatoyantes de la version d’Henry Hathaway de 1954 (cf. supra). Hickox qui s’est fait remarquer par de petits films d’horreur (il interprète ici le chevalier Gauvain) sert le tout à la sauce « Sword & Sorcery », montage clip avec effets spéciaux, sang et violence gratuite, et recours à l’animation, greffée à la va-vite, pour les plans larges sur des châteaux forts issus de la célèbre bande dessinée de Hal Foster, reprise en 1979 par John Cullen Murphy. L’Anglais Stephen Moyer, un habitué de séries tv, perpétue la coupe de cheveux « en page ». L’autoparodie est involontaire : c’est Conan le Barbare à Camelot, saupoudré de feux d’artifice chinois, d’un nain catapulté et d’un harem viking. Une aventure qui ne dépasse jamais le cadre d’une série B, visuellement laide, desservie par un budget réduit et des décors minimalistes (on filme surtout dans la pénombre), alourdie par un scénario qui ne sait jamais s’il veut être fidèle à l’œuvre de Foster ou s’en moquer. Tourné dans les studios de Berlin-Babelsberg et au Pays de Galles (cavernes de Llechwedd Slate à Blaenau Ffestiniog, Gwynedd, et Gwrych Castle à Abergele). Pas de sortie en salle aux USA (réservé au marché vidéo).
1997[Lancelot : Guardian of Time (Lancelot, le gardien du temps) (US) de Rubiano Cruz. – av. Marc Singer (Lancelot), Robert Chapin (Gauvain), Adam Carter (le roi Arthur), Leonard Auclair (Merlin), C. C. Pulitzer (Viviane). – Merlin envoie Lancelot à travers le temps pour aider Arthur à la veille de son couronnement, mais les deux atterrissent au XXe siècle à Los Angeles avec leurs ennemis. Neuschwanstein, le château de Louis II de Bavière bâti en 1886 fait Camelot.]
1997[Animation : Camelot (US) de Greg Garcia ; Diane Paloma Eskenazi/Sony Wonder, 48 min. – Dessin animé musical de la série « Enchanted Tales » destiné aux tout petits, Morgane est une gentille reine et Mordred ne trahit pas.]
1997[Animation : Camelot (AU) de Richard Slapczynski ; Anchor Bay Entertainment-Burbank Animation Studios, 50 min. – av. les voix d’Alistair Duncan, Robyn Moore, Lee Perry.]
1998[Animation : (tv) Camelot : The Legend (US) de William R. Kowalchuk ; Tundra Prod.-Good Times Merchandising, 70 min. – av. les voix de Long John Baldry (Merlin), Gary Chalk (le roi Arthur), Lee Tokar (Mordred), Kathleen Barr (Guenièvre), Scott McNeill (Lancelot du Lac), Saffron Henderson (Morgane).]
1998**(tv) Merlin / Merlino (Merlin) (US/GB/IT) de Steve Barron
Robert Halmi Sr., Chris Thompson, Dyson Lowell/Hallmark Entertainment-RHI Entertainment-NBC Studios-Mediaset (Milano) (NBC 26.-27.4.98 / Canale-5 27.+29.10.98), deux parties, 182 min. – av. Sam Neill (Merlin), Helena Bonham Carter (Morgane Le Fay), Sir John Gielgud (le roi Constantin II/Constans), Rutger Hauer (Vortigern, roi de Bretagne), Miranda Richardson (Mab, la fée maléfique/la Dame du Lac), Isabella Rossellini (Nimuë, l’amour de Merlin), James Earl Jones (le Roi de la Montagne, le géant de pierre), John McEnery (Lord Ardente, père de Nimuë), Martin Short (Frik aux Longues Oreilles), Paul Curran (le roi Arthur), Jeremy Sheffield (Lancelot du Lac), Lena Headey (Guenièvre), Billie Whitelaw (Ambrosia), Daniel Brocklebank (Merlin jeune), Mark Jax (le roi Uther Pendragon, père d’Arthur), Justin Girdler (Galaad jeune), Sebastian Roche (Gauvain), Rachel Colover [Rachel De Thame] (Ygraine, mère d’Arthur), Thomas Lockyer (Gorlois, duc de Cornouailles, l’époux d’Ygraine), Janine Eser (Lady Elaine, épouse de Lancelot), Alice Hamilton (Morgane Le Fay jeune), Agneszka Koson (Nimuë jeune), Jason Done (Mordred), John Turner (Sire Lot, père de Gauvain).
Un téléfilm qui marque un tournant dans la représentation imagée du cycle arthurien, et ce sur plusieurs points. Sa distribution de qualité, sa réalisation soignée, ses effets spéciaux très réussis en font une réelle surprise. Son humilité illustrative fait sa force et l’empêche de glisser dans les travers d’appropriation ou de décryptage excessifs du cinéma d’auteur. C’est la toute première fois que l’on a droit à la préhistoire passablement chaotique du mythe, en détail et avec un minimum de licence, le tout dans un contexte marqué par des luttes d’influences d’ordre spirituel et civilisationnel (The Legend of King Arthur, l’intéressante mini-série de la BBC en 1979 et Excalibur de John Boorman en 1981 s’ouvraient bien plus tardivement, avec la naissance d’Arthur).
L’étendard de l’ancienne Bretagne « païenne » représentée par Vortigern (Dragon Blanc sur fond noir) et la nouvelle d’Uther (Dragon Rouge sur fond blanc : le rouge du christianisme romain greffé sur le vieux fond breton, blanc) s’affrontent. Condenser l’intégrale de la saga en trois heures constitue déjà un exploit en soi. Le point de vue narratif est celui du Grand Enchanteur, sur lequel est centrée toute l’intrigue, autre nouveauté. C’est aussi la première fois que l’audiovisuel ambitionne avec sérieux, compétence et des moyens adéquats d’évoquer sa dimension proprement surnaturelle (on excluera les insignifiantes mini-séries pour enfants The Boy Merlin de 1979 et Merlin de 1980, qui racontent n’importe quoi). C’est enfin un des premiers films – mis à part la série Arthur of the Britons en 1973/73 qui, lui, ignore le tissu légendaire, et The Legend of King Arthur cité plus haut – à tourner le dos à l’imagerie médiévale classique du XIVe siècle en montrant (dans la première partie) des casques, cuirasses segmentées et vêtements du Bas-Empire romain.
Synopsis : Merlin, un vieillard, raconte son histoire, intimement liée à celle de son pays. Au Vième siècle, Constantin II, premier roi chrétien de Bretagne, est assassiné par Vortigern, le chef britto-romain des Gewissae (Wessex) qui usurpe sa place sur le trône. Au même instant, la ténébreuse reine-magicienne Mab (sœur de la diaphane Dame du Lac) émerge d’un rocher et crée Merlin, destiné à devenir le plus puissant magicien du pays afin de défendre les anciennes croyances celtes contre le christianisme qui s’étend sur l’île. La mère porteuse que Mab a fécondée meurt en accouchant ; l’enfant, sans père, à moitié humain (des elfes construisent son berceau), est confié à une nourrice, la fière Ambrosia, qui l’élève. Devenu adulte, Merlin découvre ses pouvoirs lorsqu’il sauve la belle Nimuë, fille du roi Ardente, de la noyade dans la vase. Mab convoque sa créature dans son royaume souterrain et charge son bras droit, le gnome Frik aux Longues Oreilles, de lui enseigner tous les secrets de la magie. Mais Merlin n’y prend pas goût et retourne auprès d’Ambrosia. Furieuse, Mab tue cette dernière par son cri strident, et Merlin jure d’utiliser dorénavant son savoir surnaturel et ses dons de prophéties contre sa créatrice malfaisante. Enfourchant Sire Rupert, son cheval doué de parole, il offre ses services à Vortigern qui s’apprête à stopper l’invasion du roi chrétien Uther Pendragon, fils du défunt monarque Constantin, dont l’armée vient de quitter la Normandie (sic) pour envahir l’île. Vortigern garde la princesse Nimuë en otage afin de s’assurer la fidélité de son géniteur et s’allie avec Mab ; celle-ci le persuade qu’Ardente l’a trahi et que seul le sacrifice de la jeune Nimuë (dont Merlin s’est épris) peut lui assurer la victoire contre Uther. Nimuë est livrée aux flammes du Grand Dragon ; quoique enchaîné à un arbre, Merlin parvient à anéantir le terrible monstre et à sauver la vie de sa bien-aimée, à présent défigurée par le feu. Il la transporte sur l’île sacrée d’Avalon (où se serait réfugié jadis Joseph d’Arimathie avec le Graal) pour la faire soigner par des moines. Puis il rallie les chrétiens d’Uther.
Après leur victoire à la bataille de Winchester où Vortigern périt englouti sous la glace, Merlin confie Excalibur, l’épée du Juste que lui a remise la Dame du Lac, au roi légitime. Mais, grisé par le pouvoir, celui-ci montre bientôt son vrai visage. Fou de désir pour Ygraine, la troublante châtelaine de Tintagel mariée au duc de Cornouailles, Uther sacrifie inutilement ses soldats pour la posséder. Déçu, Merlin plante Excalibur dans le Rocher de l’Éternité en attendant de trouver un propriétaire plus digne, puis, le temps d’une nuit, il se résigne à donner à Uther les traits du duc absent, à condition que l’enfant qui naîtra de ce viol déguisé – Arthur – lui soit confié et puisse plus tard assumer son rôle régénérateur, fédérateur et pacificateur du pays. Arthur grandit aux côtés de son ambitieuse demi-sœur Morgane, qui se sent flouée et a deviné ses véritables origines. Mab la transforme passagèrement en beauté et la jette dans le lit d’Arthur. Mordred, la fourberie incarnée, naît de cet inceste ; couvé par Mab, il devient adulte en quelques années. Uther est saisi de démence et se suicide.
Suit la récupération d’Excalibur, la consécration d’Arthur, la fondation de Camelot et les épisodes connus autour de Lancelot et Guenièvre auxquels Mab a inspiré une passion adultérine. Sur conseil de la Dame du Lac, Merlin a cherché un « cœur pur » pour veiller sur Camelot tandis que le roi et ses fidèles partaient à la quête du Calice Sacré. Fatalité : il s’est trompé en choisissant Lancelot plutôt que son fils Galaad. Mise au courant de l’infidélité de son époux par Mab (au travers d’un miroir ensorcelé), Elaine meurt de chagrin. Mordred, de son côté, révèle publiquement les frasques de Guenièvre et contraint Arthur à la condamner à mort. Les sortilèges de Merlin parviennent encore à éteindre le bûcher sur lequel devait brûler la reine, qui disparaît en exil avec Lancelot. Rattrapé par l’âge, le vieil enchanteur se retire dans une forêt idyllique au creux d’une caverne pour y vivre aux côtés de Nimuë, en dehors du temps. Mab a tué Morgane, devenue inutile, et lance la faction rebelle de Mordred contre l’armée de Camelot. Arthur et son fils illégitime s’entretuent lors de l’ultime bataille à Camlann. Mab se voit abandonnée par tous : on l’a oubliée, elle retourne au néant, le paganisme a vécu et les enchantements de la fée se diluent avec le temps. Merlin transporte le corps d’Arthur à Avalon et rend l’épée Excalibur à la Dame du Lac qui disparaît à jamais. Après des années d’errance sur les routes de Petite-Bretagne, il retrouve Nimuë dans un lieu invisible aux mortels. Le gnome Frik, repenti, leur rend leur jeunesse.
En structurant l’intrigue par l’affrontement entre Merlin, le magicien à moitié humain, et Mab, sa créatrice ténébreuse, le scénario d’Edward Khmara (Ladyhawke, 1985), David Stevens et Peter Barnes opère divers raccourcis et collisions. Personnage protéiforme, difficile à cerner tant sa représentation varie en fonction des éclairages, Merlin apparaît en particulier dans la tradition celtique galloise (Myrddin) ; il intervient dans le cycle arthurien au travers des écrits latins de Geoffroy de Monmouth (les Prophetiae Merlini et la Vita Merlini, vers 1135-45), où sa biographie obéit à des considérations politiques pour inciter les Normands à s’appuyer sur les Celtes contre les Saxons. Il est tantôt enchanteur bienveillant, prophète, tantôt guerrier, tacticien, conseiller du roi. Le personnage est ensuite fortement christianisé (le Lancelot anonyme de 1215 et les récits du poète franc-comtois Robert de Boron). Mais il a aussi sa part d’ombre. Merlin, dit-on, aurait été créé par un succube, un démon femelle, ou, selon les sources, serait l’enfant baptisé d’une vierge et d’un incube (l’équivalent masculin). La reine Mab, ici la sœur maléfique de ladite Dame du Lac, est un personnage inventé, plaqué sur le modèle de Mebd, la déesse irlandaise de la guerre (accessoirement, Mab est aussi la fée des songes du folklore médiéval, épouse d’Oberon et sage-femme des autres fées, mentionnée par Shakespeare dans Romeo and Juliet, Geoffrey Chaucer, Ben Johnson et Michael Drayton dans Nymphydia). Quant à la Dame du Lac, détentrice d’Excalibur, elle est devenue ici une créature blanchâtre, aquatique, évanescente et impuissante face aux bouleversements de l’époque (elle porte un collier de petits poissons vivants). La légende veut que Merlin soit tombé follement amoureux de cette fée, également appelée Viviane, Niniane ou Nimuë, qui, pour s’approprier les secrets de l’enchanteur, l’aurait séduit et se serait enfermée pour l’éternité à ses côtés dans une grotte (séjour enjolivé par un « happy end » dans le film) ; devin, Merlin savait d’ailleurs que Viviane-Nimuë se retournerait contre lui et qu’il mourrait dans sa prison d’amour. Enfin (à en croire Malory), le félon Mordred ne serait pas le fruit d’une liaison incestueuse d’Arthur avec Morgane, mais avec son autre demi-sœur Morgause, absente du générique. On peut objecter qu’il est un peu court de réduire la tradition druidique à de la magie, « démoniaque » de surcroît, comme le fait le film, mais cela correspond au travestissement qu’en donnent la majorité des écrits chrétiens. Quant au Graal, il est ici juste mentionné et la Table Ronde est montrée de loin, sans autre explication.
Le film fait de Merlin un protagoniste nuancé, ambivalent : il doute, hésite, tolère le mensonge et le viol (la procréation d’Arthur), se trompe dans ses choix (Uther, Lancelot). Ce n’est pas un ermite velu et poilu, il n’a ni rides ni barbe blanche (à l’exception des premières et dernières images), mais le charme de Sam Neill, généreux, vulnérable, envoûté non par une fée mais par une jeune princesse chrétienne dont le doux visage a été labouré par le feu. L’acteur néo-zélandais est né en Irlande du Nord, comme son réalisateur, Steve Barron. Remarqué pour l’originalité de ses clips avec Michael Jackson, Madonna, Bryan Adams, David Bowie, puis pour son téléfilm The Adventures of Pinocchio (1996) pour Hallmark Entertainment, Barron va signer, deux ans plus tard, une remarquable adaptation télévisée des Mille et Une Nuits (Arabian Nights), toujours pour Hallmark, suivi d’une illustration des mythes et légendes sioux avec Dreamkeeper (2003). Son Merlin (coût : 30 millions de $) est tourné en automne-hiver 1997 au Pays de Galles (Anglesey, Pembrokeshire, Snowdonia) et aux studios de Pinewood près de Londres ; sur le backlot du studio, où sont enregistrés le tournoi et la bataille dans la neige (hommage discret à l’Alexandre Nevski d’Eisenstein), le chef-décorateur Roger Hall fait ériger la façade d’un château de huit étages. Les fameux marionnettistes des « Muppets », le Jim Henson Creature Shop, s’appliquent avec brio aux trucages (le gigantesque dragon cracheur de flammes). Mais l’acquisition la plus déterminante de Barron est l’illustrateur anglais Alan Lee, qui élabore l’aspect visuel particulièrement riche du film, avec ses paysages à la fois enchantés et inquiétants, ses montagnes mouvantes et grommelantes, ses elfes virevoltantes, gobelins, lutins, gnomes taquins et griffons maléfiques, ses miroirs traîtres, etc. Ridley Scott a déjà fait appel à ses services pour sa fantaisie médiévale Legend (1985) et Alan Lee deviendra, consécration suprême, la cheville ouvrière des trilogies de Lord of the Rings/Le Seigneur des anneaux (2001-2003) et de The Hobbit (2012-2014) de Peter Jackson.
Le mélange de ces talents – auxquels il faut ajouter ceux de Miranda Jackson (dans le double rôle des deux fées sœurs) avec sa voix caverneuse, Helen Bonham Carter, Rutger Hauer, Isabella Rossellini – font que Merlin n’est à aucun moment un spectacle destiné aux petits enfants : l’univers qu’il propose est passablement violent, parfois terrifiant, la tragédie dans laquelle sombre Camelot étant égayée seulement par les apartés autoparodiques très « camp » entre la reine Mab et Frik aux Longues Oreilles, ce gnome distrait, désobéissant et finalement rebelle (Martin Short, vedette de la télévision canadienne), un champion de la métamorphose qui a le malheur de s’éprendre de la jeune mais perverse Morgane. Porté aux nues par la critique, le Merlin de Barron attire 58 millions de téléspectateurs aux USA et récolte une avalanche de prix, notamment quatre Emmy Awards (costumes, maquillages, décors, effets spéciaux) plus onze nominations (production, scénario, casting, photo, réalisation, montage, musique, son, S. Neill, M. Short, H. Bonham Carter), quatre nominations aux Golden Globe Awards (film, M. Richardson, S. Neill, H. Bonham Carter), le Gold Award du WorldFest-Flagstaff International Film Festival (S. Barron), etc. En 2006 (cf. infra), Hallmark sortira une suite fadasse intitulée Merlin’s Apprentice (L’Apprenti de Merlin) de David Wu, à nouveau avec Sam Neill et Miranda Richardson (la Dame du Lac).
1998(tv) Merlin : The Magic Begins / Merlin : The Quest Begins (La Légende de Merlin) (US/CA/GB) de David Winning
Bob Carruthers, Damian Lee, Lowell Conn/KMG Seagull Entertainment-Kaleidoscope Media Group-Wynn Entertainment-Abrams Gentile Entertainment-Cromwell Prod. (CBS 19.10.98), 89 min. – av. Jason Connery (Merlin jeune), Gareth Thomas (Blaze/Blaise, son mentor), Deborah Moore (Nimuë), Fiona Kempin (la princesse Leona), Lara Daans (Morgane Le Fay), Audrey Lupke (la fée Viviane), Graham McTavish (le magicien Rengal), Paul Curran (Sire Kay), Gordon Hall (Vidus), John Woodford (Gander), Corey Haim (Wilf).
Synopsis : Les débuts de Merlin dans la magie, alors qu’Uther Pendragon a été destitué par l’usurpateur Vidus, aidé du sorcier Rengal, son conseiller, et de mercenaires saxons. Frère Pierre, un jeune moine, apprend de son mentor, confident et scribe Blaze (Maître Blaise) qu’il est en réalité Merlin, le dernier des magiciens blancs, caché dans un monastère depuis que Rengal a tué sa mère. Rengal tente de s’emparer d’Excalibur, mais ne peut l’extraire du rocher sans la boule de cristal de Merlin. Tandis que Blaise instruit ce dernier dans les arts magiques, Rengal fait enlever les petits-enfants de Blaise, Kay et la guerrière Nimuë. Merlin ne peut éliminer Rengal sans absorber sa part de malignité et le sorcier en profite pour se débarrasser de Vidus et prendre le pouvoir. Merlin, Nimuë et Kay s’enfuient dans les bois où ils se réfugient dans le camp des rebelles menés par Blaise. Merlin extrait Excalibur du rocher et paralyse Rengal dans une prison de pierre. Tandis qu’il fête sa victoire avec ses joyeux hors-la-loi, la fée Morgane complote pour libérer le vilain sorcier…
Un téléfilm pilote puéril et bâclé à la hâte pour profiter du tapage médiatique autour du Merlin de Steve Barron qui sort cette même année (cf. supra). Il est joué par le fils de Sean Connery et la fille de Roger Moore (tous deux interprètes de James Bond), et tourné en seize jours en septembre 1997 à Peebles, en Écosse. L’interprétation de Jason Connery en jeune « Merlin des Bois » est aussi peu convaincante que celle de son Robin Hood télévisuel en 1986. L’accueil encourageant pousse néanmoins la production à développer une série de 22 épisodes d’une heure chacun, filmée au Canada (Toronto, New Brunswick), mais qui n’aurait pas trouvé d’acheteurs.
1998[The Excalibur Kid (CA) de James Head. – av. François Klanfer (Merlin), Mak Fyfe (le roi Arthur). – Zack, un adolescent du XXe siècle, est aspiré dans le passé par la demi-sœur d’Arthur, la fée Morgane, qui cherche à le placer sur le trône promis à son frère. Zack et Merlin doivent convaincre Arthur qu’il doit devenir le véritable roi de Camelot.]
1998[Animation : (vd) The Magic Sword – Quest for Camelot (Excalibur, l'épée magique) (US) de Frederik Du Chau; Warner Bros., 86 min. – av. les voix de Pierce Brosnan (le roi Arthur), Gabriel Byrne (Sire Lionel), Céline Dion, John Gielgud (Merlin), Gary Oldman (le baron Ruber), Jane Seymour (Lady Julianna). – Le maléfique Sir Ruber et son acolyte Griffin s’emparent d’Excalibur, mais la jeune Kayley retrouve l’épée grâce à l’aide de Garrett, un jeune ermite aveugle réfugié au cœur de la forêt interdite.]
1998[Animation : (vd) Quest for Camelot (US) de Peter Fitzgerald ; série « Sing Alongs », Fitzfilm-Warner Bros., 30 min. – Bugs Bunny, Daffy Duck, Elmer Fudd, Porky Pig et Tweety Pig rencontrent le roi Arthur et sa tablée.]
1999[(tv) Once Upon a Future King (US/NZ) de Mark Beesley; Sam Raimi, Rob Tapert/Renaissance Pictures, épisode de la série « Hercules : The Legendary Journeys », saison 5, épis. 19 (NBC Universal TV 26.4.99), 44 min. – av. Kevin Sorbo (Hercule), Neill Rea (le roi Arthur), Tim Faville (Merlin), Sara Wiseman (la fée Mab), Norman Forsey (Merlin vieux), Asa Lindh (la Dame du Lac). – Le jeune Arthur est manipulé par la maléfique fée Mab qui cherche à voler Excalibur à la Dame du Lac. Merlin demande de l’aide à Hercule qui se déplace en Bretagne. Série filmée en Nouvelle-Zélande.]
1999[Lancelot : Guardian of Time (US) de Rubian Cruz ; Alpine Pictures, 85 min. – Marc Singer (Lancelot du Lac), Adam Carter (le roi Arthur), Robert Chapin (Gauvain), Leonard Auclair (Merlin), C. C. Pulitzer (Viviane).Lancelot et certains personnages de la légende lancés à travers les siècles pour lutter contre le Mal.]
2000[Arthur’s Quest (US) de Neil Mandt. – av. Eric Christian Olsen (le roi Arthur), Arye Gross (Merlin), Catherine Oxenberg (Morgane), Zach Gallagan (Pendragon). - Science-fiction : pour sauver le jeune Arthur des griffes de Morgane, Merlin l’envoie dans l’avenir, aux États-Unis.]
2000[(tv) Merlin : The Return / Merlin 2000 (Le Retour de Merlin) (GB) de Paul Matthews ; Peakviewing Productions, 88 min. – av. Rik Mayall (Merlin), Julie Hartley (Guenièvre), Patrick Bergin (le roi Arthur), Craig Sheffer (Mordred), Adrian Paul (Lancelot du Lac), Grethe Fox (Morgane), Anthony Bishop (Gauvain). – Un savant du XXe siècle délivre accidentellement Mordred et sa mère Morgane, bannis jadis à Netherworld par Merlin. Les deux se préparent à déchaîner les forces du mal contre le monde moderne. Réveillés de leur sommeil à travers les siècles, Arthur et Merlin contrent les magiciens.]
2000[(tv) Dark Knight (La Légende d’Ivanhoé) (GB) de Mark Ezra, Terry Marcel et Keith Claxton ; Dark Knight Prod.-Palana. – av. Joanne Mildenhall (Morgane), Dwayne Cameron (Mordred), Ben Pullen (Ivanhoé). – Une série (un pilote de deux heures suivi de 24 épisodes d’une heure) qui commence par Ivanhoé, le héros du roman de Walter Scott, et dérape rapidement dans le n’importe quoi, cumulant sorciers et monstres, la quête du trésor du roi Arthur caché par Merlin, puis Mordred et la fée Morgane à la recherche d’Excalibur.]
2001[The Sorcerer’s Apprentice (L’Apprenti-sorcier) (GB) de David Lister ; Peakviewing Transatlantic PLC-Tanmarsh Communications Ltd., 86 min. – av. Robert Davi (Merlin), Kelly Le Brock (Morgane), Byron Taylor (Ben Clark), Greg Melvill-Smith, Anne Power, Sean Taylor. – Une fois par siècle, la fée malfaisante Morgane revient pour exiger de Merlin de lui restituer le talisman de Fingall, objet qui lui permettrait d’anéantir le monde. Au début du XXIe siècle, le jeune Ben Clark réalise que son voisin et mentor en magie n’est autre que Merlin, et c’est à ses côtés qu’il va lutter contre les puissances du Mal. Divertissement familial tourné en Afrique du Sud, à Johanniesbourg.]
2001(tv) Sir Caradoc at the Round Table (CA/DE) de Stefan Scaini
série « MythQuest », Josh Miller, Ray Sager, Knut Winkler/David Brown Prod.-Minds Eye Entertainment-MythQuest Productions Inc.-TiMe Film- und TV-Produktions GmbH-Vif Babelsberger Filmproduktion GmbH & Co. (PBS 29.9.01), 49 min. – av. Christopher Jacot (Alex Bellows/Sire Caradoc, neveu d’Arthur), Scott Hylands (le roi Arthur), Colette Stevenson (Guenièvre), David Gant (Merlin), Anthony De Longis (Lancelot du Lac), Daniel Libman (Gareth, frère de Gauvain), John Tench (Eliaures), Randy Brososky et Troy Rudolph (des chevaliers de la Table Ronde), Gillian Horvath (dame de la cour).
Le jeune Alex Bellow voyage dans le temps et assiste vainement Merlin dans ses efforts pour sauver Camelot en éloignant Lancelot de Guenièvre. Série pour adolescents filmée au Canada (Calgary, Alberta).
2001*(tv) The Mists of Avalon / Die Nebel von Avalon / Mihy Avalonu (Les Brumes d’Avalon / Les Mystères d’Avalon) (US/DE/CZ) d’Uli Edel
Lisa Alexander, Gideon Amir, Bernd Eichinger, David L. Wolper, Mark Wolper/Turner Network Television-Wolper Organization-Constantin Film Produktion (München)-Stillking Films-Warner Bros. (TNT 15.7.01 / Sat1 20.+21.1.02), 3 x 60 min./183 min. – av. Anjelica Huston (Viviane, la Dame du Lac, mère de Lancelot), Julianna Margulies (Morgane/Morgaine Le Fay, demi-sœur d’Arthur), Joan Allen (Morgause, mère de Gauvain), Samantha Mathis (Guenièvre/Gwenwyfar), Caroline Goodall (Ygraine), Edward Atterton (le roi Arthur), Michael Vartan (Lancelot du Lac), Michael Byrne (Merlin), Hans Matheson (Mordred), Mark Lewis Jones (Uther Pendragon, père d’Arthur), Clive Russell (Gorlois, roi de Cornouailles), Tamsin Egerton (Morgane jeune), Freddie Highmore (Arthur jeune), Noah Huntley (Gauvain), Christopher Fulford (Lot, roi des Orcades et mari de Morgause), David Calder (Uriens), Edward Jewesbury (Ambrosius), Hugh Ross (l’évêque Patricius), Ian Duncan (Accolon), Honza Klima (Sire Kay le Sénéchal), John Comer (Talbot), Karel Dobry (Rhiannon), Klára Issová (Raven), Biddy Hodson (Elaine, épouse de Lancelot), Philip Lenkowsky (Cuthbert), Elias Zerael Bauer (Mordred jeune), Justin Muller (Gareth), Tony Curran.
Dans la même optique que Guinevere (1993) de Jud Taylor, voici la saga d’Arthur vue et vécue par son entourage féminin : sa mère Ygraine, sa tante Viviane (la Dame du Lac), ses demi-sœurs Morgane et Morgause et la reine Guenièvre. Gavin Scott signe une adaptation en minisérie du best-seller de la prolifique féministe américaine Marion Zimmer Bradley, The Mists of Avalon (1983), roman sorti en quatre parties, Mistress of Magic (1), The High Queen (2), The King Stag (3) et The Prisoner in the Oak (4). Cette réécriture matriarcale de la légende arthurienne sera ensuite prolongée dans un Cycle d’Avalon comportant sept autres titres rédigés par Bradley, puis, après son décès, par Diana L. Paxson (de 1993 à 2009). La romancière a été ordonnée prêtresse de l’Église gnostique catholique, un cercle d’origine occultiste et spirite proche du sinistre Aleister Crowley ; ses écrits se situent dans la triple mouvance d’un féminisme radical (on remplace « Dieu » par « Déesse »), d’une écologie spiritualiste et du néodruidisme nourri de simulacres de rituels « païens », le tout présenté officieusement en alternative à la religion judéo-chrétienne abhorrée. Rappelons que la légendaire île d’Avalon (Yns Afallon, Avilion) est un sanctuaire paradisiaque celte (« l’île aux pommes »), terre d’éternelle jouvence mentionnée pour la première fois en 1136 par Geoffrey de Monmouth (Historia Regum Britanniae), un lieu où aurait été forgée l’épée Excalibur et où Arthur serait enseveli. Dans sa Vita Merlini, c’est Morgane que Monmouth désigne comme l’autorité suprême de l’île, la Dame du Lac entourée de neuf sœurs ; Thomas Malory (Le Morte d’Arthur) place l’endroit sous l’autorité de la fée Viviane ou Nimuë.
Synopsis : « Tout ce que vous croyez savoir sur Arthur, Camelot, Guenièvre, Lancelot et la diabolique sorcière connue sous le nom de Morgane la Fée n’est qu’un tissu de mensonges… », annonce la narratrice, qui n’est autre que Morgane elle-même. Sa tante Viviane, dite la Dame du Lac, est la Grande Prêtresse d’Avalon, une île embrumée difficile d’accès et invisible aux non-croyants, située au milieu d’un lac à côté du monastère chrétien de Glastonbury. Avalon est voué au culte orgiaque et tolérant de la Déesse-Mère, dont la majorité des habitants de la Bretagne se détournent peu à peu au profit d’une religion austère, intolérante et abstraite, à dominance masculine. Viviane est déterminée à perpétuer les traditions et mythes d’autrefois, fût-ce en s’alliant au christianisme, et en choisissant un roi qualifié pour résister à la barbarie de hordes saxonnes qui menacent les deux religions. Morgane est désignée pour lui succéder, tandis que son ambitieuse sœur Morgause, une magicienne, cherche, au prix des pires vilénies, à orienter l’héritage du Trône en faveur de son propre fils, Gauvain. À Tintagel, Ygraine, la femme de Gorlois, duc de Cornouailles, est attirée par le nouveau roi de Bretagne, Uther Pendragon, et lorsque ce dernier tue son mari à la guerre, elle l’épouse. Fille d’Ygraine et de Gorlois, Morgane se prend d’affection pour le nouveau-né, son demi-frère Arthur, rejeton d’Uther. Mais les enfants sont bientôt séparés : Morgane devient prêtresse à Avalon tandis qu’Arthur suit les enseignements mystiques du druide Merlin dans les bois. Morgane flirte avec son cousin Lancelot, fils de Viviane. Au cours d’une hiérogamie qui doit sanctifier la fête des Feux de Beltaine (le rituel de fertilité du 1er mai), la Dame du Lac manigance avec Merlin une passe d’amour entre Morgane et Arthur (couronné le meilleur chasseur de cerfs), tous deux masqués et ignorant l’identité du partenaire. Arthur présente sa fiancée Guenièvre (qu’il épouse par devoir) à Lancelot, mais à la veille de son mariage, il avoue à Morgane qu’il ne peut oublier la dame masquée d’une nuit ; Morgane se tait. Viviane explique à sa nièce, à présent enceinte, que cet inceste involontaire était nécessaire à la survie de leur tradition druidique.
Refugiée en Écosse, dans le château de Morgause et de son mari Lot, Morgane accouche de Mordred. Morgause décide de l’élever et de l’utiliser contre Ygraine, mère d’Arthur, qu’elle jalouse. Comme Guenièvre n’arrive pas à avoir d’enfants, Arthur se croit stérile et, ivre au cours d’une bacchanale nocturne effrénée, propose à la reine de partager sa couche avec Lancelot. Morgane s’éloigne pour épouser Urien, roi de Galles du Nord. Les années passent. Adulte et dévoyé, Mordred révèle à Arthur qu’il est son fils et le roi réalise qu’il a couché avec sa demi-sœur bien-aimée. Ayant appris cela, outrée, la très chrétienne Guenièvre fugue avec Lancelot. Ils sont confondus, Arthur refuse de les condamner ; le roi est déconsidéré, son royaume déstabilisé par Mordred qui prend le pouvoir. Les chrétiens sont condamnés à mort et suppliciés. Veuve, Morgane revient à Camelot en compagnie de sa tante pour exhorter Arthur, le « roi-cerf breton », à repousser l’invasion des « loups saxons ». Morgause et Viviane s’entretuent. Tandis qu’une éclipse marque la mort de la Grande Prêtresse d’Avalon, Mordred s’enfuit et rallie l’ennemi. Lancelot, de retour d’exil, et Arthur s’unissent à Camlann pour livrer bataille à Mordred, le traître vêtu d’une peau de loup. Tous trois périssent. Morgane veut ensevelir son demi-frère agonisant sur l’île d’Avalon (où s’est déjà éteint Merlin), mais celle-ci est désormais invisible. Lorsqu’elle restitue Excalibur au lac, l’épée reste en suspens en l’air pour s’y métamorphoser en une croix rayonnante. À Glastonbury, où elle rejoint Guenièvre qui est entrée dans les ordres, l’ex-druidesse découvre que la Déesse-Mère celtique a pris les traits de la Vierge Marie.
Soap opera grandiloquent à la sauce « New Age » (la production l’a heureusement excisé d’une interminable « prière mystique » proche du ridicule), cette télésérie ne serait qu’un Dallas à Camelot, n’étaient d’une part la reformulation relativement originale du mythe, d’autre part l’excellente prestation d’actrices du calibre d’Anjelica Huston (fille du grand John) en prêtresse hiératique, de Joan Allen et de Julianna Margulies. La gent masculine ne fait que de la figuration – pas toujours intelligente, mais bruyante. Dans la légende, Morgane est l’épouse de Lot, roi des Orcades ; ici, c’est sa sœur Morgause qui décroche le vilain rôle. Le parti pris féministe destiné à enfler les « gender studies » universitaires, au goût du jour en ce début de millénaire, limite un peu le propos général. Il est contrebalancé par une illustration acceptable du transfert spirituel de la tradition druidique à la chrétienne, même si la quête du Graal est totalement occultée. La réalisation – en mai-août 2000 aux studios Barrandov à Prague, dans les paysages vierges de la République tchèque et en Écosse – incombe au Rhénan Uli Edel qui, après des débuts remarqués dans le cinéma social (Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée…) s’est un peu égaré dans le téléfilm en costumes, entre Raspoutine, Jules César et les Nibelungen. Le budget est confortable (20 millions de $) et la photo souvent fort belle de Vilmos Zsigmond nous rappelle qu’il fut le chef opérateur oscarisé de John Boorman, Michael Cimino et Steven Spielberg. La première diffusion du film attire 30 millions de téléspectateurs, avec des critiques mitigées quoique relativement positives. Nominations à l’Emmy Award (film, J. Allen, A. Huston), au Golden Globe (J. Marguilies) et au Screen Actors Guild Award (A. Huston). – ES : Las brumas de Avalón, IT : Le nebbie di Avalon.
Episodes : 1. « Igraine and Uther » – 2. « Morgaine Is Taken to Avalon » – 3. « Arthur Is Crowned » – 4. « Mordred Is Born » – 5. « Morgaine Returns to Camelot » – 6. « Mordred Learns of his Birthright » – 7. « The Downfall of Camelot » – 8. « « A New Incarnation ».
2002(tv) Im Zeichen des Heiligen Bluts. König Artus und die Suche nach dem Gral (Le Roi Arthur et la quête du Graal) (DE) de Jens-Peter Behrend
Série « Sphinx » (Arte 4.5.02), 53 min. – Docu-fiction avec reconstitutions et comédiens anonymes.
2002(tv) Arthur, King of the Britons (Arthur, roi des Bretons) (GB) de Jean-Claude Bragard
J.-C. Bragard/BBC Manchester-TLC (BBC1 31.3.02), 59 min. – av. Andy J. Smart (le roi Arthur), Geoff Breton (Arthur jeune), Wayne Opie (Merlin), Carol Tapeley (la Dame du Lac), Jasmine Shadrake (Arthur enfant), Nicole Saunders (Ygraine), John Stanton (le duc de Cornouailles), George Buchanan (Uther Pendragon), Tessa Daniels (Guenièvre), Kevin Moxon (Gildas), Gwyn Aamd (Geoffrey de Monmouth), Richard Harris et Richard Denton (narration).
Docu-fiction cherchant à démontrer l’historicité de la légende située en Bretagne du Ve siècle, en visitant Tintagel, Glastonbury et Cadbury Hill.
2002(tv) Young Arthur (US) de Mikael Salomon
Michael R. Joyce, David Minkowski/NBC Studios. – av. Julian Morris (Arthur jeune), James Fleet (Merlin), Paul Wesley [=Paul Wasilewski] (Lancelot du Lac), James Hoare (Sire Kay le Sénéchal), Jo Stone-Fewings (Jack), Stephen Billington (Vortigern), Laura Rees (Morgane Le Fay), David Birkin (Mordred), Nick Brimble (Pelinore), Desmond Barrit (Bullwhit), Marc Small (Heflin), Tony Maudsley (Aloysius), Clive Swift (Illtud), Patrick Gordon (Grimthorpe), Christian Burgess (Sire Ector).
L’enfance d’Arthur Pendragon, téléfilm pilote tourné à Prague qui n’a pas trouvé d’acheteurs.
2002-03(tv) Sir Gadabout, the Worst Knight in the Land (GB) de Ian Emes, Angelo Abela, Rupert Jones, Jim Shields, Nick Wood
Lucy Goodman, Linda James, Roger Holmes/Alibi Pictures (ITV1 11.-22.2.02 / 28.2.-9.5.03), 20 x 24 min. (2 saisons) – av. Jason Thorpe (Sir Gadabout), Kim Wall (le roi Arthur), Tamsin Egerton (princesse Éléonora, sa fille / Sire Knight), Damien Goodwin (Lancelot du Lac), Ian Lindsay (Merlin), Vincent Franklin (Sire Rancid), Gillian Wright (Nanny), Will Theakston (Master Will Watford, écuyer), Asier Newman (Will/Juan de Frisco, l’écuyer), Don Klass (Sire Prise), Dickon Tolson (Sire Prano et Sir Real), Joseph Mawle (Sire Titicate), Richard James (Sire Gestion).
Série parodique pour enfants tirée des livres de Martyn R. Beardsley, illustrés par Tony Ross (1992 ss) et filmée avec des fonds européens dans les studios Ealing à Londres : Sire Gadabout, « le pire chevalier du pays », collectionne les catastrophes. C’est le Gaston Lagaffe de Camelot, le cauchemar de la cour : appliqué à protéger l’excentrique roi Arthur, il cumule les maladresses. Mais le souverain, un brave homme qui n’a pas inventé la poudre, l’apprécie. La princesse adolescente Éléonore, nettement plus intelligente que son royal géniteur et que sa mère défunte, Guenièvre, répare les pots cassés en accompagnant Gadabout et son écuyer Will dans leurs aventures, dissimulée (avec l’accord secret de Merlin) sous l’armure du mystérieux « Sir Knight ». Le royaume est constamment menacé par le tandem Sir Rancid, c’est-à-dire Sire Aigri, et sa « Nanny » (version comique de Mordred et de sa tante, la fée Morgane) qui cherchent à s’emparer d’Excalibur. Quant à Lancelot, le rival souvent malchanceux de Gadabout, il est pompeux, creux et un peu couard. Parmi les chevaliers de la Table Ronde, on trouve Sire Prise, un stagiaire japonais expert en arts martiaux. Bref, patronymes et titres des épisodes en jeux de mots prêtent à sourire. La série est moyennement amusante (pour un public très jeune), mais reste à des années-lumière des Monty Python. Nominé aux BAFTA Children’s Award 2002 (« Best Drama ») et lauréat du meilleur scénario aux BAFTA 2003.
Episodes : 1. « Lead Balloons » – 2. « Halibut in the Stone » – 3. « The Strike » – 4. « Love Potion » – 5. « Chiller » – 6. « Ogwozzle » – 7. « Elenora’s Betrothal » – 8. « Silent Knight » – 9. « The Ghost » – 10. « A Fishy Tale » – (2e saison) 11. « Teddy Ransom » – 12. « Decoy » – 13. « The King and Irene » – 14. « For Batter of for Worse » – 15. « Sir Badabout » – 16. « Five Knights and a Baby » – 17. « Interview with an Umpire » – 18. « Knight Fever » – 19. « Wild Nights » – 20. « Amateur Knights ».
2003Dies Irae (FR) d’Alexandre Astier
Alexandre Astier/Acting Studio-Télé Lyon Métropole (TLM 12.9.03), 14 min. – av. Alexandre Astier (le roi Arthur), Thomas Cousseau (Lancelot du Lac), Lionnel Astier (Léodagan, roi de Carmélide), Nicolas Gabion (Sire Bohort), Franck Pitiot (Perceval le Gallois), Jean-Christophe Hembert (Karadoc de Vannes), Tony Saba (Hervé de Rinel), Alexis Hénon (Galessin, duc d’Orcanie), Jean-Robert Lombard (Père Balise), Jacques Chambon (Merlin), Gaëlle Konaté (Guenièvre), Jeanne Astier (Morgause), Ariane Astier (Mordred), Alexia Sauvageon (Angharad).
Comme tous les jours, le roi Arthur reçoit ses chevaliers à Camelot pour savoir où en est leur quête du Graal. Mais aujourd’hui, rien ne va plus, la situation s’envenime rapidement : Lancelot développe un tic des sourcils, Arthur se rend compte qu’il est le seul à comprendre le latin, le scribe Père Blaise perd l’ordre du jour et les cuisiniers sollicitent l’aide des paladins pour équeuter les haricots… Arthur réalise que son élite de chevaliers n’est pas aussi vaillante et sérieuse que la légende le prétend. – Court métrage tourné à Saint-Quentin-Fallavier (Isère) par le futur auteur de la série comique Kaamelott (cf. infra, 2005) dont c’est une première ébauche. Prix du public au Festival Off-Courts de Trouville, Prix spécial du jury au Festival du court métrage d’humour de Meudon, Mention du jury au Festival du film d’action et d’aventures de Valenciennes (2003), Prix du public du court métrage francophone au Festival Comédia à Montréal (2004).
2003[Brocéliande (FR) de Doug Headline ; Éric Névé/Canal+-Gimages 6, 90 min. – av. Elsa Kikoïne, Cylia Malki, Alice Taglioni, Mathieu Simonet. – Au XXe siècle, une étudiante en Histoire celte découvre lors de fouilles archéologiques dans la forêt de Brocéliande, le pays des fées, jadis repaire de Merlin et de Nimuë, que les lieux sont propices à une série de meurtres inexpliqués commis par une créature mythique du folklore médiéval. Petit film d’horreur fantastique mobilisant quelques druides. Ridicule.]
2003[Animation : (tv) Merlin contre le Père Noël (BE/FR) de Serge Elissalde ; Les Films de l’Arlequin-Belvision-RTBF (FR2 31.12.03), 28 min. – Merlin enfant, d’après la bande dessinée de Joam Sfar et José-Luis Munuera, parue dès 1999 chez Dargaud.]
2003[(tv) Sword and the City (US) de Derek E. Johansen; série « Charmed », saison 6, épis. 8, Paramount-Spelling-Viacom (The WB 9.11.03), 42 min. – avec Danielle Bisutti (la Dame du Lac), Holly Marie Combs (Piper Halliwell), Mark Aiken (le Chevalier Noir), Scout Taylor-Compton (la fée). – Au XXe siècle à San Francisco, la Dame du Lac contacte les trois sœurs Halliwell, dotées de pouvoirs magiques, pour devenir les gardiennes d’Excalibur. L’une d’entre elles, Piper, parvient à extraire l’épée de la pierre, et tandis que la Dame du Lac se meurt, Excalibur est caché dans le grenier du manoir familial en attendant l’élu qui saura s’en servir contre les forces du Mal.]
2004Uther (FR) de Manuel Liminiana
Manuel Liminiana, Morgan Rauscent/Mac Guffin Production (Lyon)-Somosierra, 12 min. – av. Michel Le Gouis (Uther Pendragon), Elise Dano, Eric Chataney, Jorge Lorca, Carlos Bravo, Stéphane Devaud, Pierre Chapas.
Pris de doutes, Uther veut briser son serment et retrouver son fils Arthur, mais Merlin reste sourd à ses appels : la destinée d’Arthur est en marche... Présenté au Festival international de courts métrages de Clermont-Ferrand 2004.
2004King Arthur (Le Roi Arthur) (US/GB/IE) d’Antoine Fuqua
Jerry Bruckheimer, Ned Dowd, Chad Oman, Mike Stenson/Jerry Bruckheimer Film-Touchstone Pictures-Green Hills Productions-World 2000 Entertainment, 125 min. – av. Clive Owen (Lucius Artorius Castus, dit Arthur), Stephen Dillane (Merlin), Keira Knightley (Guenièvre), Ioan Gruffudd (Lancelot du Lac), Hugh Dancy (Galaad), Joel Edgerton (Gauvain), Stellan Skarsgård (Cerdic, roi des Saxons), Ray Winstone (Bors/Bohort), Ken Stott (Marcus Honorius), Ivano Marescotti (l’évêque Naius Germanius), Ray Stevenson (Dagonet), Til Schweiger (Cynric, fils du roi Cerdic), Charlie Creed-Miles (Ganis), Lorenzo De Angelis (son fils Alecto), Stefania Orsola Garello (son épouse Fulcinia), Clive Russell (Henzil, père de Lancelot), Stephanie Putson (la mère de Lancelot), Maria Gladkowska (la mère d’Arthur), Shane Murray-Corcoran (Arthur jeune), Laurence Fishburne (narration).
L’unique film du cycle arthurien qui fasse explicitement allusion aux Romains, l’action se déroulant en 467 devant les murailles d’Hadrien, superbement reconstituées sur 950 mètres. Selon Geoffroy de Monmouth, Arthur était à l’origine un officier de l’armée romaine. Rappelons du reste que dans le téléfilm Merlin de Steve Barron (cf. supra, 1992), Uther Pendragon, roi de la Bretagne insulaire et père d’Arthur, ainsi que ses guerriers portent des armures romaines. Quant à Cerdic, roi des Saxons, c’est déjà l’ennemi désigné de la télésérie Arthur of the Britons (cf. 1972-73), où apparaît également une princesse romaine.
Synopsis : En 452, tandis que les dernières légions romaines se préparent à quitter l’île, le chef de guerre Lucius Artorius Castus (Arthur), fils d’un noble romain et d’une Bretonne, disciple du moine chrétien Pélage (†418), affronte les envahisseurs saxons. Il est à la tête d’une poignée de cavaliers sarmates lourdement cuirassés (Lancelot, Gauvain, Tristan, Galaad, Bohort, Dagonet), ses camarades originaires de la mer Noire, tous des lanciers mercenaires au service de l’Empire auxquels Rome a promis la liberté. Délégué du pape (saint Hilaire ?), l’évêque Germanius a annoncé à Arthur son ultime et périlleuse mission sur l’île : ramener vivante la famille patricienne de Marius Honorius installée en territoire ennemi, alors que les Saxons du roi Cerdic massacrent tout sur leur passage. Arthur s’allie avec ses anciens adversaires, les Pictes d’Écosse que commande le chamane Merlin. Arrivé au domaine d’Honorius, il découvre horrifié des prisonniers pictes maltraités par Honorius sous prétexte qu’ils ne sont pas chrétiens et dont il exige la libération, le patricien ayant prévu de les faire emmurer vifs. Parmi eux se trouve la « douce » Guenièvre, la fille de Merlin qui se teint la peau au bleu de guède, transformée ici en amazone farouche, un mélange de Xénia et de Boadicée, archère redoutable qui va trucider personnellement le fils du chef saxon, Cynric. Honorius est trucidé par les Saxons, tandis qu’Arthur et ses compagnons anéantissent leurs poursuivants sur le chemin du retour. Sur le point de lever le camp, Germanius invite Arthur à l’accompagner à Rome, mais ce dernier suit les conseils de Merlin et reste sur place pour faire barrage aux impitoyables envahisseurs du Nord. Lors de la bataille finale contre l’armée de Cerdic, au pied du mur d’Hadrien puis sur le Mont Badon (Mons Badonicus), Tristan et Lancelot se font tuer, mais les Bretons remportent une victoire décisive. Cerdic est terrassé. Après les funérailles de ses deux compagnons, Arthur épouse Guenièvre. Il est couronné roi dans un cercle de mégalithes ressemblant à Stonehenge.
Pas de magie ni de surnaturel dans cette évocation où même la Table Ronde est au rendez-vous (construite, selon les scénaristes, sur ordre de l’évêque Germanius), mais un traitement hyperréaliste, des combats sanguinolents (les têtes tranchées volent à la douzaine), du spectacle plein l’écran, avec la traversée fort réussie d’un lac gelé où Arthur et les siens attirent les Saxons, puis font briser la glace. Hélas, ces solides scènes d’action mises à part, les distorsions et parti pris du XXIe siècle sont ici légion : Arthur voit en Rome un modèle de civilisation qui « aide l’humanité à devenir libre » et suit un enseignement prônant l’égalité, le droit de choisir son propre destin, etc. Les chrétiens sont représentés par des moines évidemment fanatiques et hypocrites qui font emmurer vivants leurs serfs pictes, des païens (dont Guenièvre) … alors qu’on ne trouvait sur place au Ve siècle guère plus que quelques inoffensifs ermites, plongés dans leurs méditations métaphysiques. Quant à représenter les Pictes comme des « patriotes britanniques », rien de plus absurde : après le départ des dernières légions en 410, la population romano-celte de l’île fit, au contraire, appel à des mercenaires saxons et angles pour les protéger des pillards pictes (écossais).
Selon Dion Cassius, il y avait bien un Lucius Artorius Castus qui était préfet de la VIe légion sur l’île de Bretagne, mais il vivait au IIe siècle, sous Marc Aurèle, en même temps que les 5500 auxiliaires sarmates stationnés derrière les remparts d’Hadrien. Ce ne fut pas Arthur, mais Ambrosius Aurelius qui remporta la victoire au Mont Badon. Le modèle historique de l’évêque Germanius est saint Germain d’Auxerre (378-448), qui séjourna deux fois en Bretagne pour y combattre l’hérésie de Pélage, un moine excommunié et exécuté à Rome. Les Saxons s’étaient déjà établis paisiblement au sud du mur, dans le Wessex, et l’authentique Cerdic n’arriva en Bretagne qu’en 495. Bref, King Arthur est une production typique de Jerry Bruckheimer, à l’affût de toc bruyant et de sujets à sensation qui plaisent à un public pas trop regardant (Pearl Harbour, Pirates of the Carribean I-II-III-IV). Écrit par David Franzoni (Gladiator), son film est tourné avec 750 figurants et cascadeurs en Irlande, aux Ardmore Studios à Bray, à Ballymore Eustace (comté de Kildare), près de Wicklow (Luggala Estate, Powerscourt), et en Angleterre, aux studios de Pinewood, à Burnham Beeches (Buckinghamshire) et dans le Pays de Galles (Llandeusant) pour un budget de 120 millions de $. Aguicheur mais moyennement divertissant, et une des rares, sinon la première tentative sérieuse d’« historiser » le légendaire monarque. – ES : El rey Arturo.
2004(tv) Quest for King Arthur (US) de Don Campbell
Doug Shultz/Partisan Pictures (History Channel 20.6.04), 120 min. – av. Ioan Gruffudd, Patrick Steward (narration).
Docu-fiction sur les véritables origines du roi Arthur et la localisation probable de Camelot (quelques reconstitutions avec comédiens anonymes).
2004(tv) King Arthur’s Britain / The Not So Dark Ages (GB) de Timothy Copestake
Série « Britain AD », Channel Four-Diverse Prod. (C4 6-13.9.04), 2 x 55 min.
Docu-fiction avec reconstitutions numériques et comédiens anonymes, présentation par Francis Pryor. L’époque supposée d’Arthur dans un univers de Brittons christianisés et éduqués qui auraient eu des relations diplomatiques et commerciales avec Byzance.
2004(vd-mus) Merlin (ES/GB) de John Dew (th) et Toni Bargalló (tv)
Angela Alvarez Rilla/Teatro Real de Madrid-Opus Arte-Televisión Española (TVE)-BBC Wales, 184 min. – av. David Wilson-Johnson (Merlin), Eva Marton (la fée Morgane), Stuart Skelton (le roi Arthur), Carol Vaness (Nivian/Niniane), Federico Gallar (Sire Pellinore), Victor García Sierra (le roi Lot d’Orkney), Juan Tomás Martínez (Sire Hector), Angel Rodríguez (Gauvain), Eduardo Santamaria (Sire Kay), Stephen Morscheck (l’archevêque de Cantorbury), Angel Odena (Mordred).
Captation de l’opéra en trois actes d’Isaac Albéniz (musique) et Francis Burdett Money-Coutts (livret) joué au Teatro Real à Madrid sous la direction musicale de José de Eusebio. Il s’agit de la première mondiale de la version complète et originale de l’œuvre, reconstruite par J. de Eusebio. Dans l’intention follement ambitieuse de créer un équivalent britannique au Ring de Richard Wagner, l’Anglais Money-Coutts écrivit pour Albéniz une trilogie arthurienne, Merlin, Lancelot et Guenevere, dont seul le premier volet fut achevé (entre 1898 et 1902). Le livret reprend la légende à partir de l’épisode d’Excalibur (arrachée de la pierre enchantée par Merlin), conte la guerre d’Arthur contre Morgane qui convoite le royaume pour son fils Mordred, puis l’emprisonnement de Merlin dans sa grotte par la faute de l’esclave sarrasine Nivian, manipulée par Morgane.
2004(vd-mus) King Arthur (AT) de Jürgen Flimm (th) et Hannes Rosacher (vd) ; EuroArts-Festival de Salzbourg, 169 min. – avec Michael Maertens (Arthur), Christoph Bantzer (Merlin), Dietmar König (Oswald, le roi saxon), Peter Maertens (Conon), Roland Renner (Osmond), Christoph Kail (Aurelius), Sylvie Rohrer (Emmeline, fiancée d’Arthur), Ulli Maier (Matilda), Alexandra Henkel (Philidel), Werner Wölbern (Grimbald) et le Chœur de l’Opéra de Vienne. – Soutenu par Merlin, Arthur part en guerre pour libérer Emmeline, sa fiancée aveugle, des griffes du chef saxon Oswald et de son vil magicien Osmond ; Cupidon, Vénus, Éole et saint Georges lui prêtent main forte… Paru en juin 1691 au Dorset Garden Theatre à Londres, le semi-opéra baroque en cinq actes King Arthur, or The British Worthy (Le Roi Arthur, ou le Héros britannique) du compositeur anglais Henry Purcell sur un livret du poète John Dryden célèbre la naissance du Royaume-Uni. Le rapport avec la légende est très tenu et la mise en scène de cette « première comédie musicale », qui joue sur le ressort humoristique de l’anachronisme avec un humour potache mais jamais méchant, mélange costumes et décors de toutes les époques. Une captation live effectuée les 24-28.7.04 dans la salle baroque de la Felsenreitschule de Salzbourg, sous la direction musicale de Nikolaus Harnoncourt.
2005-2006[Animation : King Arthur’s Disasters (GB) de Paul Parkes ; Zenith Entertainment (ITV 11.4.05-1.2.06), 26 x 24 min. – av. les voix de Rik Mayall (le roi Arthur), Matt Lucas (Merlin), Morwenna Banks (Guenièvre), Phil Cornwell (Lancelot du Lac).]
2005-2005[Stargate SG-1 (US/CA) – saison 9, épis. 1.-2. Avalon (Le Trésor d’Avalon) d’Andy Mikita (Sci Fi 15.+22.7.05) – 18. Arthur’s Mantle (Le Manteau d’Arthur) de Peter DeLuse (Sci Fi 24.2.06) – 20. Camelot (La Première Vague) de Martin Wood (Sci Fi 10.3.06), 4 x 42 min. – avec Matthew Walker (Merlin). – Série de science-fiction qui reprend noms et lieux de la saga arthurienne pour les transporter dans l’espace, parmi d’affreux extra-terrestres. Bof.
Dans « Kaamelott », Alexandre Astier est un monarque à bout de nerfs, las d’être entouré d’imbéciles et d’incapables.
2005-2009*(tv) Kaamelott (FR) d’Alexandre Astier
Jean-Yves Robin, A. Astier, Alain Kappauf, Hubert De Filippo, François Enginger/CALT Production (M6 3.1.05-31.10.09), 6 saisons de 459 épisodes : livres I-III (100 x 3,30 min.), livre IV (99 x 3,30 min., 1 x 7 min.), livre V (50 x 7 min./8 x 52 min.), livre VI (9 x 42 min.). – av. Alexandre Astier (le roi Arthur), Franck Pitiot (Perceval le Gallois), Thomas Cousseau (Lancelot du Lac), Anne Girouard (Guenièvre), Jean-Christophe Hembert (Sir Karadoc de Vannes), Jacques Chambon (Merlin), Lionnel Astier (Léodagan, roi de Carmélide), Audrey Fleurot (la Dame du Lac), Aurélien Portehaut (Gauvain), Joëlle Sevilla (Séli, mère de Guenièvre), Nicolas Gabion (Sire Bohort), Jean-Robert Lombard (le père Blaise), Simon Astier (Yvain, frère de Guenièvre), Caroline Pascal (Demetra), Josée Drevon (Ygerne de Tintagel, duchesse de Gorlais), Stéphane Margot (Calogrenant, roi de Calédonie), Brice Fournier (Kadoc, frère de Karadoc), Vanessa Guedj (Angharad), Elie Semoun (le Répurgateur), Antoine de Caunes (Sire Dragonet), Alain Chabat (le duc d’Aquitaine), Géraldine Nakache (la duchesse d’Aquitaine), Anouk Grinberg (Anna de Tintagel), Rachel Arditi (la Dame des Pierres), Eddy Letexier (Hoël, roi d’Armorique), Christian Clavier (le jurisconsulte), Guy Bedos (Anton, père adoptif d’Arthur), Josée Drevon (Ygerne de Tintagel), Claire Nadeau (Cryda de Tintagel, tante d’Arthur), Patrick Bouchitey (le pêcheur), Bruno Salomone (Caius Camillus), Christian Bujeau (le maître d’armes), François Rollin (Loth d’Orcanie, père de Gauvain), Guilllaume Briat (le roi burgonde), Pierre Mondy (César), Tchéky Karyo (gén. Manius Acrinius Firmus), Pascal Demolon (Cordius), Frédéric Forestier (Aulus Milonius Procyon), Patrick Chesnais (le sénateur Lucius Sillius Sallustius), Lou Bonetti (Licinia), Jean-Yves Chatelain (Vibius Pisentius Petrus), Philippe Nahon (Goustan de Carmélide), Manu Payet (Verinus), Acelia Cavalli (Aconia Minor), Jackie Berroyer (Pellinore).
Une série-culte de formats courts – des vignettes d’à peine plus de trois minutes – qui revisite le mythe arthurien en maniant humour loufoque et décalé. Dédiée à Louis de Funès, elle a été créée en totale liberté par le Lyonnais Alexandre Astier, scénariste, réalisateur, coproducteur et compositeur du générique. Les premiers temps, son sitcom parodique d’une indéniable cocasserie cartonne avec trois millions de téléspectateurs chaque jour à 19h40 et 20h40, et même un pic de 5,2 millions fin février 2005. Les saynètes, bien écrites, jouent en permanence sur le décalage entre les légendes du cycle breton et des acteurs parlant un argot contemporain (« vous avez fini de me payer ma fiole ! »), à mi-chemin entre les Monty Python (mais sans leur humour absurde) et les Nuls, alignant des dialogues influencés par Michel Audiard ainsi que des renvois discrets à Astérix & Obélix ou à La Guerre des étoiles de George Lucas. C’est la (toute) petite histoire de la Table Ronde, avec un roi Arthur débonnaire, un indécrottable crétin du nom de Perceval (« Bonjour Sire. Je trouve qu’il fait beau mais frais, mais beau »), une Guenièvre pimbêche et d’une naïveté décourageante (« À votre avis, le fait que vous ne me touchiez pratiquement jamais, ça a une influence sur la fécondité ? »), un Léodagan cupide et grincheux (« Moi, j’ai appris à lire. Eh ben je souhaite ça à personne ! ») et autres personnages plus couards que valeureux, plus bêtes que méchants, piteux et néanmoins drolatiques. Les tribulations caustiques du roi Arthur, seul sain d’esprit au cœur d’une galerie de pique-assiettes, de caractériels ou de bons à rien qu’il tente de civiliser (« Un peu de tenue quand même, la Table Ronde, c’est pas un barbecue ! ») démythifient joyeusement l’univers des chansons de geste. Pourtant, hormis le langage, tout anachronisme facile est banni et, comme le souligne avec pertinence Laurent Aknin, « le feuilleton aborde les problèmes contemporains de manière à la fois incisive et distanciée. Arthur est un réformateur qui a du mal à faire passer ses idées dans un monde encore en évolution. C’est ainsi qu’il salarie ses esclaves, mais en cachette… pour ne pas passer pour un faible » (Dictionnaire de la télévision française, Paris, 2007, p. 300) Le roi légendaire est entouré de réactionnaires et de passéistes qui contestent sa volonté d’abolir la peine de mort et la torture.
Après avoir débuté comme feuilleton quotidien au budget réduit, aux plans serrés, aux décors minimalistes (plongés dans un clair-obscur très « médiéval »), Kaamelott passe à partir de novembre 2007 en prime time et les moyens s’amplifient. Le tournage a lieu d’abord aux studios d’Arcueil, dans la banlieue parisienne (Livres I-III), puis, le succès aidant, au Studio 24 de Lyon-Villeurbanne et finalement – en juin 2008 – à Cinecittà au Forum romain érigé pour la série Rome. Au fil des épisodes, des extérieurs sont filmés notamment au château de Montmelas-Saint-Sorlin et au Plateau d’Herbouilly (Rhône-Alpes), au lac Vert de Passy (Haute-Savoie), au Mont Gerbier de Jonc (Ardèche) et en Bretagne (Camaret-sur-Mer, Ploemeur, Melrand).
La série débute avec l’achèvement de Kaamelott. La cour est établie, la grande Table Ronde installée, autour de laquelle les chevaliers se réunissent quotidiennement pour organiser la quête du Graal… Seulement voilà : ces derniers manquent parfois de motivation (« la quête du Graal, je veux pas y aller, j’ai une otite… », proteste l’un d’eux) ou, comme le constate Arthur, ils ne vont pas toujours dans le même sens que lui, ni à la même vitesse. Arthur ne supporte bientôt plus le rigorisme et l’élitisme arrogant de Lancelot, celui-ci répond par le mépris à la souplesse dont fait preuve – selon lui – le monarque. Lorsque Arthur s’éprend de dame Mevanwi, la femme du chevalier Karadoc, Lancelot claque la porte, et Guenièvre le rejoint – du moins pour un temps, car le roi la récupère sans peine. Lancelot fait une dépression : les tourments personnels et les affres sentimentales compliquent tout (« C’est difficile de parler d’amour aux cons », soupire Arthur).
À la fin du Livre IV, Arthur replante Excalibur dans son rocher (« c’est pas un couteau à beurre ») et se prélasse au fond de son lit : pour lui, c’est la fin de la quête de ce « fichu Graal » (mission dont l’avait chargé la Dame du Lac) et les interminables palabres autour de la ronde Table. Avec le Livre V, la série s’aventure sur un terrain plus dramatique : l’alignement de sketchs et de gags cède le terrain à une intrigue plus sombre, plus triste, moins entrecoupée de moments hilarants et étalée sur huit épisodes de 52 minutes. Déprimé, fatigué de devoir toujours justifier sa politique auprès de ses paladins imbéciles, Arthur a décidé d’abandonner le pouvoir, laissant le royaume de Bretagne en plein désarroi. À la cour, c’est la panique : faute d’héritiers et de textes de loi précis, sa succession s’engage dans la confusion la plus totale et un jurisconsulte ayant étudié les vieilles lois bretonnes (Christian Clavier) tente en vain de désigner rapidement un régent temporaire … qui ne soit pas obligé de retirer la fameuse épée de son rocher ! Léodagan, le beau-père, prend le pouvoir (programme politique : « la férocité avant tout »).
L’ultime saison, le Livre VI, compte neuf « tomes » de 42 minutes. On repart quinze ans avant le Livre I., soit tout au début, à Rome au Ve siècle où le jeune Arturus mène une vie de simple centurion dans la milice urbaine. Renfermé, bougon, il ne se souvient guère de son enfance sur l’île de Bretagne, jusqu’à ce que le sénateur Lucius Sillius Sallustius, un conseiller de César contesté par ses pairs et visant à redorer son blason, place Arturus, Breton intello, comme homme de paille sur le trône de Bretagne pour contenir les barbares en brandissant l’épée Excalibur fichée dans le roc. Arturus, dont l’arrivée est annoncée par Merlin, redécouvre ainsi sa patrie, épouse Guenièvre, édifie Camelot et finit par s’affranchir des Romains. Bref : « Comme un chef devient un chef sans le vouloir » (Astier). Mais la farce imprégnée de noirceur peine à décoller, trop de mots d’esprit tombent à plat : Kaamelott ne souffre pas la longueur. L’audimat très décevant de cette saison signe l’arrêt de mort de la série et annihile le projet d’un long métrage prévu pour 2010. Prix du Festival de la fiction TV de La Rochelle 2009. La production suscite une bande dessinée scénarisée par Astier et dessinée par Steven Dupré (huit albums, 2006-2015) et les dialogues des trois premières saisons paraissent en livre de poche.
Tomes du Livre VI : 1. « Miles ignotus (Le Soldat inconnu) » – 2. « Centurio (Le Centurion) » – 3. « Praeceptores (Les Précepteurs) » – 4. « Arturi inquisitio (La Recherche d’Arthur) » – 5. « Dux bellorum (Chef de guerre) » – 6. « Nuptiae (Les Noces) » – 7. « Arturus rex (Le Roi Arthur) » – 8. « Lacrimosa (Pleine de larmes) » – 9. « Dies Irae (Jour de colère) ».
2006(tv) Merlin’s Apprentice : The Search for the Holy Grail (L’Apprenti de Merlin / Camelot et la Quête du Graal) (US/CA) de David Wu
Robert Halmi Sr., Robert Halmi Jr., Christian Ford, Roger Soffer/Hallmark Entertainment-MA Productions-Reunion Pictures (Channel Four 14.4.06), 176 min. (2 parties). – av. Sam Neill (Merlin), John Reardon (Jack), Miranda Richardson (la Dame du Lac), Garwin Sanford (Lord Weston), Meghan Ory (Brianna), Alexander Kalugin (Rauskaug), Andrew Jackson (Maître Burton), Tegan Moss (Lady Yvonne, petite-fille de Gauvain), Jessica King (Yvonne jeune), Woody Jeffeys (le roi Arthur), Connor Stanhope (Arthur à l’âge de 6 ans), Brenna O’Brien (Brianna jeune), Evan Smith (Jack jeune), David Nykl (le père de Brianna), Andrew Kavadas (Griffyth, roi de Camelot), Jennifer Calvert (Maîtresse Deborah).
Synopsis : Merlin quitte le roi Arthur en pleine gloire pour se retirer du monde. Il s’endort dans les entrailles de la terre et ne se réveille que cinquante ans plus tard : Arthur est mort, Camelot est décrépit sous la corruption de ses seigneurs et les villages avoisinants sont en ruine. Le terrible barbare Rauskaug assiège Camelot, règne sur le pays et domine même la Dame du Lac qui l’assiste de ses pouvoirs magiques. Lord Weston, dernier seigneur de Camelot et fiancé à Lady Yvonne (une cousine d’Arthur et la petite-fille de Gauvain), charge Merlin de retrouver le Graal, disparu depuis lors : seul le Saint Calice peut annihiler la puissance de l’adversaire. Merlin délègue le travail à Jack, son jeune et turbulent apprenti, un peu voleur mais à l’âme pure et aux dons surnaturels. Futé, Jack découvre le Graal dans une caverne cachée par des chutes d’eau, annihile la Dame du Lac et l’ambitieux Weston. Le calice redonne la vie aux preux chevaliers trucidés par les barbares. Flanqué de son amoureuse, la guerrière Brianna, Jack peut édifier un nouveau Camelot « tourné vers l’avenir que nous désirons » … Son petit cochon lui transmet la formule pour retrouver Merlin dans l’au-delà, et ce dernier le félicite.
La suite (entièrement inventée) de l’excellent Merlin de Steve Barron (cf. supra, 1998), à nouveau avec Sam Neill dans le rôle-titre et Miranda Richardson en Dame du Lac, deux personnages qui disparaissent hélas assez vite pour céder leurs places aux jeunes Jack et Brianna. Reste un produit sans la moindre surprise, fadasse et bébête, tourné près de Vancouver (British Columbia, Canada). Un des nombreux méfaits de la série des Harry Potter, formaté pour un public de bambins merlinisés. – DE : Merlin 2 – Der letzte Zauberer, ES : El aprendiz de Merlin.
2006[The Last Legion / The Enchanted Sword / La Dernière Légion / L’ultima legione / Posledná légia (US/GB/FR/IT/SI/TN) de Doug Lefler ; Dino, Martha et Raffaella De Laurentiis-Ingenious Film Partners-Quinta Communications-Zephy Film-Kolba Prod., 101 min. – av. Thomas Sangster (Romulus Augustule [=Uther Pendragon]), Colin Firth (Aurelius), Ben Kingsley (Ambrosinus [=Merlin]), Aishwarya Rai (Mira), Peter Mullan (Odoacre, roi des Goths), Harry Van Gorkum (Vortgyn), Alexandra Thomas-Davies (Ygraine). – En été 476, L’Empire romain d’Occident s’effondre sous la poussée des Goths d’Odocacre qui revendiquent un tiers de la péninsule italienne. À Rome, le général Oreste, ancien secrétaire d’Attila, fait couronner empereur son jeune fils de douze ans, Romulus Augustule, et charge Aurelius, tribun de la IVe légion, de sa sécurité. Peu après, les Goths s’emparent de la ville, Oreste et son épouse Julia sont tués, le petit Romulus est enfermé dans la citadelle de Capri édifiée quatre siècles plus tôt par Tibère. Il parvient à s’enfuir avec l’aide de son mentor Aurelius et du devin Ambrosinus, non sans avoir découvert dans les souterrains une épée mythique forgée à partir d’une météorite et destinée jadis à Jules César. Le groupe s’embarque clandestinement pour la Grande-Bretagne afin d’y rallier les dernières troupes loyales de la IXe légion qui, elles, ont fort à faire contre les innombrables Saxons du druide dévoyé Vortgyn. Grâce à l’épée aux pouvoirs surnaturels, objet de toutes les convoitises et dont le propriétaire, dit-on, remporte toutes les victoires, les cohortes du mal sont annihilées au pied de la muraille d’Hadrien. Sans le savoir, le jeune empereur fugitif, ayant rallié les Romano-Bretons, crée les bases de la légende arthurienne… En quelque sorte, le film s’achève là où commence King Arthur d’Antoine Fuqua, sorti deux ans plus tôt (cf. supra, 2004), puisque Romulus, baptisé « chef dragon » (Pendragon), épousera la jeune Ygraine, qu’ils auront un rejeton du nom d’Arthur et que le sage Ambrosinus n’est nul autre que Merlin. Quant à l’épée de César, fichée dans un roc avant le mot « fin », c’est, on l’aura deviné, Excalibur. (En vérité, le sort ultérieur du dernier empereur romain après sa destitution et son confinement dans une villa de Campanie est inconnu.) Thomas Sangster, l’interprète de Romulus-Uther, a joué Tristan jeune dans Tristan + Isolde (The Red Sword) de Kevin Reynolds en 2003.]
2006[Animation : (tv) Merlin contre les Esprits d’Halloween (FR) de Moran Caouissin ; Les Films de l’Arlequin-FR2-TPS Jeunesse (FR2 31.10.06), 26 min. – Merlin enfant, d’après la bande dessinée de Joam Sfar et José-Luis Munuera.]
2007[Animation : Shrek the Third (Shrek le Troisième) (US) de Chris Miller, Raman Hui. – Dessin animé (images de synthèse) de Dreamworks Animation avec les voix de Justin Timberlake (le roi Arthur), Eric Idle (Merlin) et John Krasinski (Lancelot du Lac).]
2008(tv) Arthur – Die Erfindung eines Königs (Arthur – L’Invention d’un roi) (DE) de Wilfried Hauke
Christian Berg/dmfilm+tv Produktion Hamburg (Arte 15.2.09), 87 min. – av. Maik Elliger (le roi Arthur), Vanessa Tahal (Guenièvre), Uwe Schatton (Merlin), Johannes Beseler (Sir Thomas Malory) et les reconstituants du Thüringer Ritterbund à Ichtershausen.
Docu-fiction : le ménestrel fictif Wolfram (von Eschenbach ?) mène une enquête de détective sur les traces du roi Arthur et du Graal, dans le Pays de Galles et en Cornouailles (Tintagel, Glastonbury, Winchester), examine en les comparant les écrits – purement imaginaires selon le film – de Geoffrey de Monmouth (v. 1135) et de Chrétien de Troyes.
2008(vd) Pendragon : Sword of His Father / Kingdom of Swords (US) de Chad Burns
Aaron & Chad Burns/Burns Family Studios-Filmweavers, 111 min. – av. Aaron Burns (Artos Pendragon [=Arthur]), Chad Burns (Lailoken [=Merlin]), Andrew Burns (le roi Ambrosius), Marilyn Burns (Wenneveria, sa fille), Adrianne Burns (la mère d’Arthur), Nicholas Burns (Caydern), Raymond Burns (Justinien Pendragon, père d’Arthur), Erik Dewar (Brotus), Brian Ervin (Carasseus), Wally Patton (Hengest), Tim Quinlan (Quinlan), Howard Shepherd (Regeanhere), Rebekah Wixom (Adria, sœur d’Arthur).
Synopsis : Fils de Justinien Pendragon, un gouverneur au service de Rome, le jeune Arthur (Artos) est persuadé que le Ciel lui a réservé un destin hors normes. En l’an 411, un an après le départ des dernières légions romaines, les parents d’Arthur sont tués par des maraudeurs saxons. Sa petite sœur, Adria, disparaît et lui-même est emmené en esclavage, où il a une vision : il débarrasse le pays des Saxons. Arthur s’évade et Lailoken, un hors-la-loi romain, soigne ses blessures. Une fois remis, il se réfugie dans une forteresse celte au cœur des montagnes galloises où il devient un redoutable chef de guerre sous les ordres du roi Ambrosius. Son ascension suscite la jalousie d’un rival, Caydern, le chef de la Garde royale qui assassine Ambrosius et accuse Arthur de régicide. Trahi de toutes parts, Arthur parvient à s’échapper, mais doit-il sauver sa vie ou suivre le plan divin en s’impliquant dans la lutte contre Caydern et risquer la mort ? Arthur tue finalement son ennemi en duel.
Une mini-production de fabrication familiale (les douze membres du clan Burns) et à forte coloration religieuse, bricolée pour 88'000 $ dans cinq États américains (Michigan, Illinois, Indiana, Missouri et Ohio). Parfois de belles images, des paysages infographiques habilement recréés, mais un ensemble d’acteurs déplorables. – DE : Pendragon – Das Schwert seines Vaters.
2008(vd) Merlin and the War of the Dragons / Merlin and the Dragon Empire (US) de Mark Atkins
David Michael Latt, David Rimawi, Paul Bales/The Asylum, 101 min./92 min. – av. Simon Lloyd-Roberts (Merlin), Nia Ann (Lady Nimuë), Joseph Stacy (Vendiger), Dylan Jones (Uther Pendragon), Hefin Wyn (le roi Vortigern), Jürgen Prochnow (le Mage), William Huw (Torm), Gary Twomey (le roi Eringar), Carys Eleri (Lady Viviane), Iona Thonger (Ingraine), Dylan Thomas (Ambrosis), Iago McGuire (Hengest), Dennis Carr (Kelvern), Peter Hind (Arvel), Iwan Benneyworth (Beneforth).Hind (Arvel), Iwan Benneyworth (Beneforth), James Crogan (un chevalier).
Synopsis : Bien avant la naissance d’Arthur, Merlin est déjà actif sous le roi Vortigern ; au lendemain du couronnement de ce dernier, une vaste armée de dragons géants envahit le pays, semant la terreur dans la population et incendiant villes et villages : ce sont les créatures de Vendiger, un ancien confrère de Merlin qui veut s’approprier la Bretagne. Vortigern charge le jeune Merlin, encore apprenti auprès du Mage, de contre-attaquer et de libérer le royaume, aidé en cela du général Hengist, d’Ingraine et du prince Uther.
Production à budget limité, aux trucages minimalistes, mal fagotée (avec une surabondance de plans rapprochés), mal jouée, dont le tournage s’est déroulé dans le Pays de Galles (Dinorwig Quarry, Harlech Castle et Liechwedd State Caverns à Gwynedd). – DE : Merlin und der Krieg der Drachen, IT : Merlino e la battaglia dei draghi.
2008(tv) Camelot (US) de Lonny Price
Série « Live from Lincoln Center », John Goberman, Thomas Z. Shephard/Lincoln Center for the Performing Arts (PBS 8.5.08), 150 min. – av. Gabriel Byrne (le roi Arthur), Stacy Keach (Merlin), Marin Mazzie (Guenièvre), Nathan Gunn (Lancelot du Lac), Fran Drescher (Morgane Le Fay), Bobby Steggert (Mordred), Will Swenson (Sire Sagramore), Jane Brockman (Lady Anne), Marc Kudish (Sire Lionel), Christopher Lloyd (le roi Pellinore), Rishi Mutalik (Tom de Warwick), Christopher Sieber (Sire Dinadan).
Captation du musical d’Alan Jay Lerner et Frederick Loewe au Lincoln Center à Manhattan, New York (cf. le film de 1967).
2008-2012(tv) Merlin / The Adventures of Merlin / Merlin : The Magic Begins (GB) de Jeremy Webb (7,8,9 – saison 2 : 2,3,7,12,13 – saison 3 : 1,2,3,12,13 – saison 4 : 10,11), David Moore (10,13 – saison 2 : 1,4,5 – saison 3 : 4,6,7), James Hawes (1,2,3), Ed Fraiman (4,5,6), Stuart Orme (11,12), Metin Huseyin (saison 2 : 6,8,9), Alice Troughton (saison 2 : 10,11 – saison 3 : 5,8,9 – saison 4 : 1,2,3,12,13 – saison 5 : 7,8,9), Ashley Way (saison 3 : 10,11 – saison 5 : 4,5,6), Alex Pillai (saison 4 : 4,5,6), Justin Molotnikov (saison 4 : 7,8,9 – saison 5 : 1,2,3,12,13), Decian O’Dwyer (saison 5 : 10,11)
Julian Murphy, Johnny Capps, Julian Jones, Jake Michie/Shine Ltd.-BBC Wales (BBC One [saison 1] 20.9.-13.12.08 – [saison 2] 19.9.-19.12.09 – [saison 3] 11.9.-4.12.10 – [saison 4] 1.10.-24.12.11 – [saison 5] 6.10.-24.12.12 / NBC 21.6.09), 65 x 45 min. – av. Colin Morgan (Merlin), Angel Coulby (Guenièvre, dite Gwen), Bradley James (le prince Arthur), Katie McGrath (Morgane), Anthony Head (Uther Pendragon), Richard Wilson (Gaius, oncle de Merlin), John Hurt (la voix de Kilgharrah, le Grand Dragon), Asa Butterfield (Mordred), Santiago Cabrero (Lancelot du Lac), Michael Cronin (Geoffrey de Monmouth), Emilia Fox (Morgause, sœur de Morgane), Alice Patten (Ygraine), Georgia Moffett (Viviane), David Schofield (le roi Olaf), Rupert Young (Sire Léon), Michelle Ryan (Nimuë), Caroline Faber (Hunith), Tom Hopper (Perceval le Gallois), Ben Daniels (Tristan), Miranda Raison (Yseult), Nathaniel Parker (Agravain), Lindsay Duncan (la reine Annis), Ric English (le Chevalier Noir), Donald Sumpter (Fisher King/le Roi Pêcheur, gardien du Graal).
D’un point de vue sociétal, cette série britannique peut être considérée à la fois comme le sommet de l’infantilisation du mythe et l’aboutissement du fantastique rétro lancé en 1977 à Hollywood avec la saga de science-fiction Star Wars (La Guerre des étoiles) de George Lucas, genre peu à peu rodé sinon usé par une galaxie de sous-produits audiovisuels du même acabit et qui dorénavant s’adresse en toute priorité aux adolescents. Dans les décennies qui suivent, le petit écran nous a servi les années d’apprentissage d’Indiana Jones (Young Indiana Jones), d’Hercule et de Superman (Smallville). En 2008, les 65 épisodes de ce Merlin aux effluves disneyennes sont un produit dérivé type, né de l’engouement cumulé pour la pseudo-médiévalité de J. R. R. Tolkien telle que l’a popularisée au cinéma Peter Jackson à partir de 2001 (six films tirés de Lord of the Rings et The Hobbit), et de l’univers gentillet de l’apprenti-magicien Harry Potter, personnage juvénile de J. K. Rowling qui fait un malheur à l’écran avec neuf longs métrages, également dès 2001.
Ici, la Table Ronde ou la quête du Graal sont à peine effleurés : Merlin, 15 ans, arrive à Camelot où il fait la connaissance du prince Arthur dont il devient – à son cœur défendant – le valet, et surtout l’ange gardien. Ses pouvoirs le prédestinent à protéger le futur roi pour lui permettre d’accomplir sa destinée. Or nous sommes en un temps où l’utilisation de la magie est punie de mort (?), et le garçon exceptionnel doit passer pour ordinaire, cachant ses pouvoirs à la société (comme Clark Kent alias Superman). Derrière cette frustration d’un jeunot en pleine mue se dessine une réflexion sur l’affirmation de la personnalité et les transformations physiques. L’absence du père, quelques amis privilégiés (Arthur, jeune prince fat et brutal en conflit avec son père Uther), des élans affectifs encore difficilement contrôlables (Gwen alias Guenièvre, servante et meilleure amie de Morgane) se conjuguent pour éprouver un héros en herbe, une nature sensible à vocation forcément solitaire. Mystères, enchantements, sorcières, licornes, dragons et autres créatures maléfiques (création : Johnny Capps) alimentent une geste insipide et aseptisée.
Les puristes sont horrifiés, crient naturellement à la trahison, mais le succès cathodique considérable de la série – en Grande-Bretagne, aux États-Unis comme en France – donne raison aux producteurs et engendre cinq saisons consécutives. À la fin de la saison 3, Merlin découvre enfin Excalibur au fond des eaux d’Avalon et plante l’épée dans un rocher, tandis que les fugitifs chassés de Camelot par la magicienne Morgause trouvent une Table Ronde dans les bois. La facture est soignée (les effets visuels récoltent un BAFTA Award en 2011). En revanche, l’intrigue n’échappe ni aux répétitions ni à d’irritantes incohérences. Enfin, l’installation de Camelot au château de Pierrefonds (Oise), forteresse française qui présente la plupart des caractéristiques de l’ouvrage défensif du XIVe siècle et qui a été entièrement rénovée par Viollet-le-Duc en 1857, est pour le moins anachronique, mais comme le récit général n’a guère de liens avec l’arthuriana (les patronymes mis à part), peu importe ! Le reste de la série est enregistrée en studio à Cardiff (au Pays de Galles), à Goodrich Castle (Herefordshire), à Penhurst Place (Kent) et à Puzzle Wood/Forest of Dean près de Coleford (Gloucestershire). – DE : Merlin – Die neuen Abenteuer.
Episodes – Première saison (2008) : 1. « The Dragon’s Call (L’Appel du Dragon) » – 2. « Valiant (Le Chevalier Valiant) » – 3. « The Mark of Nimueh (L’Épidémie) » – 4. « The Poisoned Chalice (La Vengeance de Nimueh) » – 5. « Lancelot » – 6. « A Remedy to Cure All Ills (Le Remède à tous les maux) » – 7. « The Gates of Avalon (Les Portes d’Avalon) » – 8. « The Beginning of the End (Le Début de la fin) » – 9. « Excalibur » – 10. « The Moment of Truth (La Vérité) » – 11. « The Labyrinth of Gedref (Le Labyrinthe) » – 12. « To Kill the King (Le Complot) » – 13. « The End Is Near (La Mort d’Arthur) ».
Deuxième saison (2009) : 1. « The Curse of Cornelius Sagan (La Malédiction de Cornelius Sagan) » – 2. « The Once and Future Queen (Un assassin pour Arthur) » – 3. « The Nightmare Begins (Le Secret de Morgane) » – 4. « Lancelot and Guinevere (Lancelot et Guenièvre) » – 5-6. « Beauty and the Beast (La Belle et la Bête) » – 7. « The Witchfinder (Le Chasseur de sorcières) » – 8. « The Sins of the Father (Les Péchés du père) » – 9. « The Lady of the Lake (La Druidesse) » – 10. « Sweet Dreams (Un plan machiavélique) » – 11. « The Witch’s Quickening (Le Cristal de Neahtid) » – 12. « The Fires of Idirsholas (Les Sortilèges de Morgause) » – 13. « The Last Dragonlord (L’Attaque du grand dragon) ».
Troisième saison (2010) : 1-2. « The Tears of Uther Pendragon (Le Poison de la Mandragore) » – 3. « Goblin’s Gold (Le Gobelin) » – 4. « Gwaine (Le Cristal magique) » – 5. « The Crystal Cave (L’Antre de cristal) » – 6. « The Changeling (Le Complot des Sidhes) » – 7. « The Castle of Fyrien (Le Château des Fyrien) » – 8. « The Eye of the Phoenix (Les Terres des perils) » – 9. « Love in the Time of Dragons (L’Amour aux temps des dragons) » – 10. « Queen of Hearts (Un amour contrarié) » – 11. « The Sorcerer’s Shadow (Gilli) » – 12-13. « The Coming of Arthur (L’Aube d’un nouveau monde) ».
Quatrième saison (2011) : 1-2. « The Darkest Hour (L’Heure la plus sombre) » – 3. « The Wicked Day (Un jour funeste) » – 4. « Aithusa (Le Dragon blanc) » – 5. « His Father’s Son (Le Fils de son père) » – 6. « Servant of Two Masters (Possession) » – 7. « The Secret Sharer (L’Enlèvement) » – 8. « Lamia » – 9. « Lancelot du Lac (Un retour inattendu) » – 10. « A Herald of the New Age (Une âme tourmentée) » – 11. « The Hunter’s Heart (La Princesse de Nemeth) » – 12-13. « The Sword in the Stone (L’Épée dans la pierre ».
Cinquième saison (2012) : 1-2. « Arthur’s Bane (Le Fléau d’Arthur) » – 3. « The Death Song of Uther Pendragon (Le Spectre d’Uther) » – 4. « Another’s Sorrow (Le Sortilège de Morgane) » – 5. « The Disir (Profanation) » – 6. « The Dark Tower (Disparition) » – 7. « A Lesson in Vengeance (Morgane et son alliée) » – 8. « The Hollow Queen (Merlin et la jeune Druide) » – 9. « With All My Heart (Le Chaudron d’Arianrhod) » – 10. « The Kindness of Strangers (La Guerre est déclarée) » – 11. « The Drawing of the Dark (L’Approche des ténèbres) » – 12-13. « The Diamond of the Day (La Prophétie de Camlann) ».
2009(tv) Merlin and the Book of Beasts / Merlin : The Power of Excalibur (Merlin et le Livre des Sorts / Merlin et le Livre des Créatures) (CA) de Warren P. Sonoda
Harvey Kahn/The Sci-Fi Channel-Front Street Pictures-Magical Trail Productions (Super Channel 19.2.09), 92 min. – av. James Callis (Merlin), Patrick Sabongui (Tristan), Donald Adams (Galaad), Laura Harris (Avelyn), Jesse Moss (Lysanor), Jim Thorburn (l’Arkadien), Maja Aro (la méduse Gorgone), Megan Vincent (Minerva Gorgone), Monique Ganderton (Moïra Gorgone), Daniel Cudmore (le Chevalier Dragon), Lauro Chartrand (le Chevalier Armour).
Emmenés par Avelyn, la fille du roi Arthur, les chevaliers Tristan, Galaad et son fils Lysanor partent à la recherche de Merlin. Depuis la chute de Camelot et la destruction de la Table Ronde, le puissant enchanteur vit amer et reclus dans la forêt. Souhaitant restaurer l’Ordre de la Table Ronde, les trois chevaliers ont besoin de la magie de Merlin pour contrer celle du sorcier maléfique Arkadian, qui a pris possession du royaume grâce au Livre des Sorts (« The Books of Beasts »), un grimoire qui donne vie à des animaux terrifiants. Au cours de ses pérégrinations, le trio se mesure à des dragons soldats, des éperviers mortels et des gorgones… « Welcome to the dark side of Camelot », annonce la publicité de cette petite bande bâclée à la hâte au Canada (Langley et Maple Ridge, British Columbia) d’après un vague scénario de Brook Durham. – ES : Merlin y el Libro de las Bestias.
2009The Lady of Shalott (La Dame d’Escalot) (GB) de Nick Loven
Pauline Loven, Chris Roberts, Jo Sullivan, Nick Loven/WAG Screen Production (Lincolnshire Heritage Filmmakers), 14 min. – av. Jason Kingsley (Lancelot du Lac), Victoria Rigby (la Dame de Shalott [=Elaine d’Astolat/Escalot]), Az Dularne (Guenièvre), Chris Roberts (l’abbé), Peter Milne (le page), Jamie Rae-Smith et John Newman (chevaliers), Will Turland, Rick Palmer, Gemma Nuttall, Katie Johnson, Ebony-Jane Johnson, Alexa Thanni, Ben Martin, Scott Read, Gill Tyler, Ben Poole (Lord Alfred Tennyson).
Synopsis : Il est interdit à la Dame de Shalott de regarder directement la réalité du monde extérieur ; condamnée à le voir à travers un miroir, elle se met à tisser ce qu’elle voit sur une tapisserie et se languit en observant des couples amoureux enlacés. Ayant aperçu le reflet de Lancelot devant le miroir, elle l’épie et s’embarque dans un bateau pour le suivre – vers une mort certaine. Son corps gelé est retrouvé peu après par les dames et chevaliers de la cour de Camelot, dont Lancelot, qui prient pour le repos de son âme. La tapisserie qu’elle a tissée durant toute sa captivité recouvre un des bords de son embarcation.
La dame de Shalott serait identique à Élaine d’Astolat (ou Escalot), morte d’amour pour Lancelot après un tournoi où il portait sa broderie fixée à son heaume (cf. le film Lancelot and Elaine en 1909). Adaptation du poème romantique éponyme de Lord Alfred Tennyson (1833 et 1842), d’après une légende arthurienne et visuellement influencé par la peinture préraphaélite (Lady of Shalott de John William Waterhouse, 1888, et de William Holman Hunt, 1905). Musique de Dante Ferrara. Court métrage tourné en décembre 2008 dans le Lincolnshire (Hartsholme Park) à l’occasion du bicentenaire de la naissance de Tennyson. L’action-cadre du film montre Tennyson en train de réciter son poème dans un salon de la société victorienne.
2009[(vd-mus) King Arthur (Ze Roi Arthur) (FR) d’Olivier Simonnet ; Telmondis-Le Concert Spirituel-France Télévisions-Glossa, 112 min. – avec Julie Van Wanroij, Céline Scheen, Pascal Bertin, Emiliano Gonzalez Toro, Magnus Staveland, Deavid Lefort, Christophe Gay, Douglas Williams, Olivier Simonnet (récitant). – Mise en scène comique du semi-opéra baroque de Henry Purcell et John Dryden créé en 1691 (cf. supra, vidéo de 2004) et joué ici en costumes burlesques : humour déchaîné et calembours à l’emporte-pièce. Les personnages d’Arthur et de Merlin n’apparaissent pas. Enregistrement en mars 2009 à l’Opéra national de Montpellier (Languedoc-Roussillon), sous la direction musicale d’Hervé Niquet.
2010(tv) King Arthur (GB) de Joanne Lunt
Série « Mystery Files », saison 1, épis. 7, Richard Saltin, Carl Hall/Parthenon Entertainment-National Geographic Channel (NGC 4.2.10), 30 min. – av. Adrian Bouchet (Riothamus, roi des Bretons), Tim Seyfert (le roi Arthur), Philip Jennings (un chevalier), Struan Rodger (narration).
Enquête docufictionnelle : Riothamus, roi des Bretons au Ve siècle (Bretons d’Armorique ou de Grande-Bretagne romaine, ou d’un royaume situé àcheval sur les deux territoires ?) a formé en 468/69 une coalition avec les forces romaines de Gaule du Nord contre les Wisigoths d’Aquitaine. Certains historiens pensent que ses exploits, amplifiés et romancés, auraient constitué la base du personnage du roi Arthur.
2010[Avalon High (Avalon High, un amour légendaire) (US) de Stuart Gillard. – av. Britt Robertson, Samuel Levi, Gregg Sulkin. – Dans une université américaine, une adolescente se découvre mêlée à la réincarnation du roi Arthur attendue par une société secrète, « The Order of the Bear », et à la lutte contre Mordred.]
2011(tv) Camelot / Camelot. La Légende du Roi Arthur (IE/CA/GB/US) de Ciarán Donnelly (1,2), Jeremy Podeswa (3,4), Stefan Schwartz (5,6,10), Mikael Solomon (7,9,10), Michelle MacLaren (8)
Graham King, Morgan O’Sullivan, Michael Hirst/Starz Entertainment-GK Films-KA Television Productions-Take Five Productions-CBC-Ecosse Films-Octagon Films-World 2000 Entertainment (Starz Cable Network 25.2.11 (pilote), 1.4.-10.6.11), 10 x 45 min. – av. Joseph Fiennes (Merlin), Jamie Campbell Bower (le roi Arthur), Eva Green (Morgane Pendragon), Tamsin Egerton (Guenièvre), Claire Forlani (Ygraine), Chipo Chung (Viviane), Peter Mooney (Sire Kay le Sénéchal), Philip Winchester (Leontes), Diarmaid Murtagh (Brastias), Clive Standen (Gauvain), Jamie Downey (Ulfius), Sinéad Cusack (Sybil), Lara Jean Chorostecki (Bridget), Ed Cosgrove (Borin), Sean Pertwee (Sire Ector), James Purefoy (le roi Lot), Dara Devaney (Harwel), Sebastian Koch (le roi Uther Pendragon), Daragh O’Malley (Léodegrance), Adam Goodwin (le roi Pellinore), Paul McGlinchey (Wallace), Lauren Coe (Excalibur), Tyler Kennington (Albion), Elaine Fox (Hilda), Sebastian Spence (Lucan), Brian McGuinness (Nentes), Fergus Kealy (Scotland), Colin Maher (le duc de Cornouailles), Steven Mackintosh (Ewan), Lily Walsh (Guenièvre jeune), Shay Macleod (Arthur jeune), Oscar Quinn (Kay jeune), Joe Doyle (Uriens), John Lovett (l’archevêque).
Synopsis : À peine sortie du couvent où elle a été bannie, Morgane se rend auprès de son père, le roi Uther Pendragon, dans le fol espoir d’être reconnue par celui-ci. Uther la renie sans ménagements. Elle lave l’affront en l’empoisonnant et s’allie avec le roi Lot. Merlin arrive trop tard pour sauver Uther mais réussit à convaincre le souverain agonisant de reconnaître son fils illégitime, Arthur. Il emmène le jeune homme dans les ruines de Camelot ; Arthur découvre l’épée Excalibur, se fait couronner roi et épouse Guenièvre. Ivre de rage, Morgane use de ses pouvoirs surnaturels pour récupérer ce à quoi elle estime avoir droit…
Une télésérie aux prémisses ambitieuses, créée par le producteur Morgan O’Sullivan (Braveheart) et le scénariste Michael Hirst (séries The Tudors, Vikings) en s’inspirant évidemment de Le Morte d’Arthur de Thomas Malory. Le tournage a lieu en Irlande, dans le comté de Wicklow, au sud de Dublin : aux Ardmore Studios et à Kilruddery House à Bray, à Lough Tay, à l’impressionnante cascade Powerscourt (au sommet de laquelle se trouve Excalibur) et dans les hauteurs pittoresques des montagnes de Wicklow, suivi d’une vaste postproduction chez Starz Animation à Toronto. Concocté avec quelques moyens et des visées d’authenticité très prometteuses (bâtisses prémédiévales), le produit séduit par sa belle distribution (Eva Green, maléfique à souhait, Joseph Fiennes en grand chauve barbu, une sorte d’Obi Wan Kenobi machiavélique et cabotin) ainsi que l’inaltérable splendeur de la Verte Erin. Très vite, pourtant, les défauts s’installent : scénario bavard et incohérent, mise en scène sans ampleur, absence de vraie magie, « réalisme » cru à la mode, crépusculaire, qui ne dépasse jamais le stade du gore et de l’érotisme soft (jeune public), alourdi par des touches de féminisme et de multiculturalisme conjoncturels. Le jeu de certains acteurs est parfois outré jusqu’à l’hystérie. Alors que la Morgane d’Eva Green, dépassée par sa propre magie noire, est aussi racée que percutante, l’interprète sans charisme d’Arthur sape la crédibilité de l’ensemble : c’est ici un frêle teenager, maladroit et coureur de jupons qui accepte de monter sur le trône pour se voir entouré de damoiselles consentantes ! Coupable d’adultère de surcroît, car sa Guenièvre, apprend-on, serait déjà mariée au chevalier Leontes, un obscur inconnu dans la légende arthurienne. La série enregistre un lancement très prometteur (1,13 million de téléspectateurs), mais, écrasée par la concurrence directe de Game of Thrones, les défections se multiplient, de sorte que, les coûts étant trop élévés (7 millions de $ par épisode), Starz renonce à investir dans une seconde saison.
Épisodes : 1. « Homecoming (Retour au pays) » – 2. « The Sword and the Crown (Le Glaive et la Couronne) » – 3. « Guinevere (Guenièvre) » – 4. « Lady of the Lake (La Dame du Lac) » – 5. « Justice (Justice) » – 6. « Three Journeys (Sur la route) » – 7. « The Long Night (Piège nocturne) » – 8. « Igraine (Ygraine) » – 9. « The Battle of Bardon Pass (La Bataille du col de Bardon) » – 10. « Reckoning (Adieux) ».
2011(vd) The Outcast of Camelot (US) de Shane Faris King
Patrick King Prod., 20 min. – av. Jennifer Purcell (Guenièvre), Anthony Parvino (Gauvain), Kenwa Newell (Sybil), James Dean Moore (Warwick), Andrea Montgomery (Sagramore), Amber Ward (Pellinore), Shane Faris King (un chevalier du Graal), Karianne Flatthen (Ursula), Stepka Li (Alanna), Meghan Wren (Isobel), Lobo Elwood (le loup-garou).
Le roi Arthur est mort, la reine Guenièvre et ses fidèles doivent fuir la colère de Mordred. En quittant les murs de Camelot, le groupe affronte de multiples trahisons et même un loup-garou sanguinaire. Du bricolage d’amateurs.
2012-2016[(tv) Once Upon a Time (Il était une fois) (US) de Milan Cheylov, Romeo Tirone, Ralph Hemeker, Alrik Riley, etc. ; Edward Kitsis/Adam Horowitz Productions-ABC Studios (ABC 14.10.12, 4.10.15, 18.10.15 ss), 44 min. par épisode. – av. Liam Garrigan (le roi Arthur), Joana Metrass (Guenièvre), Eliott Knight (Merlin), Sinqua Walls (Lancelot du Lac), Caroline Ford (Nimuë), Andrew Jenkins (Perceval), Michael Soltis (le Chevalier Noir), Dalila Bela (Guenièvre jeune), Webb Hayes (Arthur jeune), Lee Madjoub (Sire Kay). – Dans la ville imaginaire de Storybrooke, une mère revit avec son fils biologique de 10 ans des aventures sorties de ses livres de contes préférés. Tournage au Canada.]
2012(tv) Merlin – 1. L’Enchanteur désenchanté – 2. Le Secret de Brocéliande (FR) de Stéphane Kappès
Véronique Marchat, Jean-Pierre Guérin, Marc Jenny/GMT Productions-TF1-Okko Production-Beta Film-Jan Mojto (RTB 27-28.10.12 / RTS2 27.2.12 / TF1 29.10.+5.11.12), 2h56. – av. Gérard Jugnot (Merlin), Marilou Berry (Morgane), Joséphine de Méaux (Viviane), Cristiana Capotondi (Guenièvre), Arthur Molinier (le roi Arthur), Jean-Baptiste Maunier (Lancelot du Lac), Jan Nemejovsky (le roi Léodogan), Wladimir Yordanoff (le roi Pendragon), Michel Vuillermoz (Vortigern), Alexandra Cismondi (Lancelote), Lou Chauvain (Camélia), Olivier Broche (Razmok 1), Benjamin Guillard (Razmok 2), Fred Epaud (Katan), Daniel Martin (Kantor), Corinne Masiero (Ferrosa), Marie Vincent (Jeanne), Fanie Zanini (Clotilde), Nathan Simony (Arthur à 13 ans), Louison Blivet (Morgane à 12 ans), Miljan Chatelain (Lancelot jeune).
Synopsis : Après cinq années passées auprès d’Arthur qui, au grand désespoir de sa cousine Morgane, va épouser la princesse Guenièvre, Merlin se retire dans la forêt de Brocéliande en Petite-Bretagne pour goûter une retraite paisible. Mais l’arrivée de Viviane, une fée au caractère bien trempé, et de son jeune fils Lancelot va pulvériser ses plans. La fée s’incruste en déployant ses charmes et sa malice. Plus Merlin en tombe amoureux (il raccourcit sensiblement sa barbe), plus il perd ses pouvoirs, dont il aurait pourtant bien besoin puisque Morgane, brûlante de dépit amoureux, vient de faire alliance avec Vortigern, le terrible roi barbare : ayant eu vent que seul Lancelot pouvait trouver le Graal, le couple maléfique transforme Guenièvre en statue de pierre, change Lancelot en fille et capture Viviane pour l’échanger contre le précieux calice. Merlin récupère sa bien-aimée contre un calice de substitution et, folle de rage, Morgane tue Vortigern. Merlin, quant à lui, essaie de retrouver ses pouvoirs en tentant de se persuader qu’il déteste Viviane. Cette dernière, afin de l’aider, lui fait croire qu’elle a une liaison avec Katan, un proche du roi. Arthur tue Morgane avec Excalibur, tandis que Merlin, redevenu magicien, libère Guenièvre de sa prison de pierre, puis tout finit en banquet … comme chez Astérix, les sangliers en moins.
Entre Tolkien et les farces du Splendid, le tandem Jugnot/Kappès livre une comédie conjuguant quiproquos, tours de magie et scènes de ménage à la gauloise en brodant en particulier – comme Kaamelott – sur le thème de l’incompétence de l’enchanteur de Brocéliande (scénario de Michel Delgado et Karine de Demo). Hélas, si le ton est décalé, l’humour tombe souvent à plat (quand il ne reste pas au ras du gazon synthétique) et l’ensemble de ce téléfilm trop gentillet tourné en République tchèque, avec ses décors en carton-pâte et ses effets spéciaux ridicules, est formaté, prévisible et fade. La première partie récolte un certain écho cathodique avec 7,1 millions de téléspectateurs dans l’Hexagone, mais le jugement global de la presse est sans appel : « Gérard Jugnot version camelote ». - IT : Merlin – L’incantatore disincantato.
2012(vd-mus) Excalibur – Live à Brocéliande (FR) d’Alan Simon
Pathé-Edition Digibook. – av. Christian Décamps (Merlin), Fairport Convention (Gauvain), Roberto Tiranti (Dun Aengus, chef celte), John Helliwell, Martin Barre, Jimme O’Neill, Jeremy Spencer, Jacqui McShee, Skilda, James Wood, Pat O’May, Maco Fadda, Moya Brennan.
Alan Simon, auteur-compositeur breton, et ses chevaliers-musiciens organisent un final de leur « opéra rock celtique » en trois parties inauguré sur disque en 1998 et sur scène à partir d’octobre 1999 (avec tournées dans toute la France et en Allemagne) ; initialement, Merlin, chargé d’introduire chaque tableau, a la voix de Jean Reno. L’ensemble est structuré comme une série de chansons et d’intermèdes instrumentaux reliés par la narration (on y rencontre Uther Pendragon, Arthur, Merlin, assiste à l’apparition d’Excalibur, à la rébellion de Morgane et Mordred, à la quête du Graal, aux embrassades de Lancelot et Guenièvre). Le final est tourné le 14 juillet 2012 à Paimpont, avec la forêt de Brocéliande en toile de fond ; mise en lumière par Yann Kersalé, la forêt est animée par un camp médiéval, des créatures féeriques, des danseurs irlandais. Pour fans.
Notons que ce spectacle au goût du jour va de pair avec une autre mégaproduction scénique du même genre, « Excalibur – La Légende du roi Arthur et des chevaliers de la Table Ronde », racontée par Robert Hossein et montée au Stade de France à Paris/Saint-Denis le 24 septembre 2011 (séance unique). Un spectacle équestre mis en scène par Christian Vallat (avec 450 costumes, 50 cascadeurs à cheval) et orchestré par Mario Luraschi ; l’orchestre symphonique de Skopje joue sous la direction de Fabrice Aboulker. (Pas d’enregistrement vidéo commercialisé.)
2014(vd) Dragons of Camelot (US) de Mark L. Lester
Mark L. Lester, Anthony Fankhauser/Titan Global Entertainment, 80 min.– av. Alexandra Evans (Dindrane), Mark Griffin (Lancelot du Lac), James Nitti (Galaad), Andrew Jarvis (Merlin), Sandra Darnell (Morgane Le Fay), Selina Giles (Guenièvre), Craig Ryder (Perceval le Gallois), William Huw (le roi Arthur), Nick Cornwall (Gauvain), Tom Latimer (Bors), Dylan Jones (Tybalt), Simon Blood DeVay (Gaius), Andy Butcher (Sire Brolin), Gwilym B. Hannabyx Ap Ionas (Sire Ekhart), Vin Hawke (Sire Kay).
Après la mort du roi Arthur, le royaume de Camelot est plongé dans les ténèbres sous le règne de la sœur du décédé, la cruelle sorcière Morgane. Celle-ci envoie ses trois dragons pour traquer et tuer tous les chevaliers survivants de la Table Ronde. Galaad réalise que pour y parvenir, les monstres doivent trouver son père, Lancelot, exilé depuis des années et dont lui seul connaît la cachette. Aux côtés de Perceval, Dindrane et Bors, Lancelot et Galaad partent à la reconquête de Camelot afin d’y délivrer Guenièvre et Merlin. Mais leur périple est dangereux et les terribles dragons veillent… Aventures sans surprises filmées au Pays de Galles (North Wales).
2014(vd) Knights of the Long Table (US) d’Andrew Burlinson
New Feelings Time, 10 min. – av. Scott Kruse (le roi Arthur), Meredith Bishop (Guenièvre), Erin Watkins (Tristan), Daniel Cummings (Badgemagus), Kurt Quinn (Sire Gareth), Merzel Meyers (Lancelot du Lac), Graham Douglas (Sire Caradoc), Andrew Burlinson (Phillip), Liam Manser.
Court métrage burlesque dans le style de Kaamelott : Arthur annonce l’attaque imminente des Saxons à ses chevaliers réunis autour d’une très longue table rectangulaire. Étant trop éloignés les uns des autres, ces imbéciles ne se comprennent pas et, ne sachant pas lire, les messages écrits sont inutiles. L’incompréhension dégénère en hostilité, les épées se croisent, le bois du mobilier vole. À la fin du combat, la table tailladée de toutes parts est devenue ronde, à la satisfaction générale.
2015(vd) Arthur & Merlin. The Legend Begins (Arthur et Merlin. La légende renaît) (GB) de Marco van Belle
Paul Osbourne, Marco van Belle, Rob Speranza, Joe Burrows/Myrrdin Prod.-Movie Works-Signature Entertainment, 104 min. – av. Kirk Barker (le roi Arthur/Arthfael), Stefan Butler (Merlin/Myrrdin), Nigel Cooke (le druide Aberthol), Charlotte Brimble (Olwen), Adrian Bouchet (Lucan, l’homme de main du druide), David Sterne (le roi Vortigern), Nicholas Asbury (Orin, oncle d’Olwen), Andrew Grose (Brian), Garth Maunders (Faelan), Joseph Attenborough (Eogan), Jack Rigby (Anyon), Alison Harris (Branwen), Helen Phillips (Nia), Jack May (Merlin jeune), Hattie Pardy-McLaughlin (Nia jeune, son amour), Harvey Walsh (Arthur/Arthfael jeune).
Synopsis : Enfant et doté de pouvoirs surnaturels, le jeune Myrrdin alias Merlin s’achoppe à la tyrannie du druide Aberthol, le représentant de l’autorité royale ; Vortigern, le vieux roi, a perdu toute volonté propre. Ayant aperçu sur la tempe de l’enfant la marque divine des Tuadaan, Aberthol ordonne de le sacrifier aux dieux. Le jeune Arthfael alias Arthur, bâtard d’un chef de clan écossais, aide Merlin à s’enfuir dans la Forêt des Brumes où personne n’ose le suivre. La mère de Merlin est égorgée à sa place. Quinze ans plus tard, Arthur est devenu le plus redoutable guerrier de l’armée de Vortigern, mais il est banni en Cornouailles lorsqu’il questionne la tactique désastreuse d’Aberthol face aux Saxons qui envahissent le pays et massacrent les Celtes. Il découvre que le druide tout-puissant, un persécuteur de chrétiens, pratique la magie noire et qu’il œuvre secrètement à l’éradication de la civilisation celte en préparant le retour du dieu des ténèbres. En chemin, Arthur trouve une épée magique dans un marais (le mot « Excalibur » n’est jamais prononcé) qui lui permet de découvrir la caverne de Merlin, où ce dernier vit en ermite, parfait son apprentissage d’enchanteur et soigne ses fleurs. Il le convainc non sans peine à unir leurs pouvoirs pour sauver leur peuple, assistés d’une poignée de rebelles, dont Olwen, la pupille du roi sénile, et son oncle Orin. Le groupe pénètre dans les souterrains de la ville de Dinas Affaraon où il surprend Aberthol, affairé à ouvrir les portes de l’Autre Monde et accueillir les puissances du Mal. Le druide est tué, les forces infernales sont repoussées « avant que le celtisme et son folklore ne disparaissent et qu’on ne s’en souvienne plus que sous forme de mythes… ». Mourant, Vortigern désigne Arthur comme son successeur sur le trône.
A priori, une approche originale, sans Table Ronde ni chevaliers (pas de chevaux en vue), sans amours tragiques ni Graal ni forteresses, située au VIe siècle et conçue par un jeune cinéaste irlandais formé à la BBC. Outre Arthur-Arthfael et Merlin-Myrrdin, le scénario reprend divers noms et patronymes du folklore celte : Olwen était une cousine par mariage d’Arthur, les Tuadaan (ou Tûatha Dê Dânann) des semi-divinités aux ordres de la déesse Dana et Dinas Affaraon (ou Emrys) une cité mythique, siège du druidisme et capitale du roi Vortigern ; quant au sinistre Aberthol, c’est un insert hybride emprunté à la série des livres de The Sorcerer’s Ring (L’Année du sorcier), de la littérature de gare concoctée par la romancière américaine Morgan Rice (2013). Le tournage de cette production indépendante au budget plutôt serré (2 millions de £) se fait en vingt-quatre jours, entièrement en extérieurs à Sheffield et dans le parc national de Peak District (Yorkshire du Sud), à Treak Cliff Cavern (Derbyshire), Butser Ancient Farm à Chalton (Hampshire), Clearwell Caves à Coleford (Gloucestershire), Cheddleton et The Roaches à Leek (Straffordshire). Le résultat se laisse voir, la photo est belle avec ses landes couvertes de bruyère en fleurs, les costumes et reconstitutions villageoises sonnent juste. Hélas, il manque ici une réelle mise en scène, les acteurs sont mal dirigés et le script, qui dérive dans la Fantasy, est aussi banal que bancal ; comme à l’accoutumée quand il s’agit de représentants religieux, le druide est une crapule ; quant à Arthur, en bon produit du XXIe siècle, le christianisme le laisse dubitatif. Les autres personnages sont psychologiquement inexistants. L’exploitation en ligne, en dvd et en VOD est toutefois assez rémunératrice pour encourager Marco van Belle à mettre sur pied une suite annoncée pour 2018, Arthur & Merlin : The Fire of Balor, avec les mêmes acteurs. – DE : Arthur und Merlin, IT : Arthur e Merlin. Le origine della leggenda.
2015[(vd-mus) Le Roi Artus (FR) de Graham Vick (th) et François-René Martin (vd) ; (Mezzo Live HD Opéra 18.11.16), 180 min. – av. Roberto Alagna (Lancelot), Thomas Hampson (Arthur), Sopie Koch (Guenièvre), Peter Sidhom (Merlin), Stanislas de Barbeyrac (Lyonnel), François Lis (Allan). - Le drame lyrique en trois actes et six tableaux d’Ernest Chausson (1903), enregistré le 2.6.2015 à l’Opéra Bastille à Paris, avec l’Orchestre et les Chœurs de l’Opéra national de Paris (direction musicale de Philippe Jordan). Une redécouverte musicale majeure, desservie par une mise en scène d’une rare laideur, en décors et costumes modernes.]
2016(vd-mus) La Légende du roi Arthur. Quand l’Amour change le cours de l’Histoire (FR) de Giuliano Peparini
Dove Attia/Décibels Production-Warner Music, 120 min. – av. Florent Mothe (le roi Arthur), Zaho (Morgane Le Fay), Camille Lou (Guenièvre), Fabien Incardona (Méléagant), Charlies Boisseau (Lancelot du Lac), David Alexis (Merlin), Dan Menasche (Gauvain), Julien Lamassonne (Urien), Tamara Fernando (Leïa), Yamin Dib (Sire Kay).
La comédie musicale de Giuliano Peparini du « Cirque du Soleil » (musique, livret, mise en scène), inaugurée au Palais des Congrès de Paris le 17 septembre 2015, offre un mélange de musique pop, de chorégraphies hip-hop et d’accents celtes. Avec plus de 350'000 spectateurs et 150 représentations à guichets fermés à travers la France, la Belgique et la Suisse, ce grand show sirupeux pour familles filmé en 4K, est le spectacle (vite oublié) de l’année. Le sous-titre est au diapason des chansons.
2016(tv) In Search of the Real King Arthur (GB) de Jamie Theakston
Série “Forbidden History”, saison 3, episode 6, HSP-Forbidden History Productions-UKTV-Like a Shot Entertainnt (tv 1.4.16), 44 min. – av. Guillaume Rivaud (le roi Arthur).
Docu-fiction assez superficiel avec reconstitutions. Quelques historiens (Ross Andrews, Heather Elizabeth Osborn) tentent de situer la légende dans l’Histoire.
2016[(tv) Aubrey Plaza Wears a Velvet Off-the-Shoulder Gown with Flowers in Her Hair (US) de Stoney Sharp; série “Comedy Bang! Bang!”, Abso Lutely Productions (tv 17.6.16), 21 min. – av. Dave Foley (le roi Arthur), Candace Brown (Guenièvre), Nate Corddry (Lancelot du Lac), Fred Willard (Merlin), Greg Worswick (un troubadour). – Talk Show comique (?) durant lequel les protagonistes sont expédiés dans le passé, à Camelot.]
2016[(tv) The Secret of Joy (US) de Max Bartoli et Fabiola Lopez Bartoli; MaXaM Productions Holding-Special Purpose Productions, 12 min. – av. Ava Ames (Joy/une fée), Jonathan Teale (le roi Arthur), Mia Christou (Morgane Le Fay), Maria Conchita Alonso (Lady Elizabeth), Massi Furlan, Doris Roberts, Loves Raymond, Sofia Milos, Carlos Antonio León, Jack Betts, Lindsay Wolf. - Joy, une enfant de 11 ans souffrant du cancer dans un hôpital rêve qu’elle fut dans une vie antérieure une fée à la cour du roi Arthur. Accueillie par Viviane à Avalon, elle se transforme en protectrice de Camelot et s’affaire à détruire la fée Morgane et ses creatures malfaisantes… Un court métrage en Technicolor tourné en faveur de la Kids’ Cancer Research Foundation avec l’assistance de professionnels et des décors de Giles Masters (The Mummy, The Da Vinci Code), qui tous participent gratuitement à la production (décembre 2015 à Los Angeles).]
2016[(tv) Les Chevaliers de la Table Ronde (FR) de Pierre-André Weitz (th), Nicolas Foulon (vd) (TV5 Monde 29.8.17), 120 min. – av. Théophile Alexandre (Lancelot), Arnaud Mazorati (Merlin), Chantal Santon-Jeffery (la fée Mélusine), Damien Bigourdan (le duc Rodomont), Antoine Philippot (Sacripant), Mathias Vidal (Médor), Ingrid Perruche (la duchesse Totoche), Lara Neumann (Angélique). – Opéra-bouffe en trois actes d’Hervé sur un livret d’Henri Chivot et Alfred Duru (1866). Surnommé le « compositeur toqué », rival et néanmoins ami d’Offenbach, Hervé alias Louis-Auguste Florimond Ronger écrivit cette pochade conjugale menée par quatre lamentables chevaliers d’Arthur non pour raconter les aventures connues de Lancelot ou de Merlin (« Nous consommons un nombre affreux de blondes et de brunes / Si l’on nous appelle des preux / Ce n’est pas pour des prunes ! », chante l’Enchanteur) mais pour dépeindre avec irrévérence et bouffonnerie les temps chevaleresques nimbés de féerie grotesque. Captation du spectacle de la Compagnie Les Brigands et du Centre de musique romantique française du Palazzetto Bru Zane, sous la direction musicale de Christophe Grapperon, recréé en 2015 à l’Opéra national de Bordeaux et enregistré en vidéo au Théâtre Malibran de Venise l’année suivante.]
2016/17Mordred (GB) de Laura Jay
Laura Jay, Mike Mitchell/South Devon Players Theatre & Film Company (Brisham)-Media Hound Films. – av. Richard Sandford IV (Mordred), Guillaume Rivaud (le roi Arthur), Megan Tarrant (Guenièvre), Hayley Tink Rushton (Morgane Le Fay), Tim Cartwright (Bors), Anthony Webster (Merlin), Edward Stewart (Galaad), Mike Mitchel (Drest, chef des bandits), Chris Barnicoat (Cynric, chef des Saxons), Joan Ian Dredge (Taliesin), Reece Whitehouse (Duran), David Trowt (Eadwulf), Poppy Goodburn (Melwyn), Michael Mirsadeghi (Aith), James Scott (Gauvain), Ritchie Crane (Lancelot du Lac), Lino Carlino (Owain), Karl Leofrsson (Sire Kay), Andrew Horigan (Perceval), Mark Bullwright (Bedivère), Darius Frost (Agravaine), Joe Evans (Mordred jeune), Jo Burgess (Kelwyn), Jodie Marsh (Kensa), Kev Start (Wulfric), Paul Potham (Iddawg), Jebediah Whatley (Naythen), Ulf Ulicksson (Jarl de Kernow).
La légende vue du point de vue de Mordred, reconstituée à partir des chroniques galloises, les Annales Cambriae, des Triades galloises (Trioedd Ynys Prydein), des Mabinogion (ou Quatre Branches du Mabinogi) et d’autres récits du Devon et de Cornouailles. En l’an 530, Arthur règne sur Dumnonée (Devon, Dorset, Somerset) depuis l’âge de 16 ans, après avoir écrasé les Saxons à Badon Hill. Morgane, sa sœur aînée, archi-druidesse de Dumnonée, est dévorée par la jalousie ; ayant comploté contre le trône, elle est bannie du royaume après le décès suspect de la première épouse d’Arthur, Anna, et de leur nouveau-né. Des années plus tard, un jeune noble est retrouvé inconscient dans les marais et guéri dans la ville fortifiée d’Isca. Il s’agit de Mordred, le fils illégitime d’Arthur que Morgane a tenté d’empoisonner à son tour. Père et fils se rapprochent, Arthur confie à Mordred la régence du royaume tandis qu’il repousse une deuxième invasion saxonne… Mordred est ici un personnage ambigu, pas entièrement mauvais. Filmé avec un budget réduit au château de Pengersick (Raleigh Estates) en Cornouailles, avec des troupes d’amateurs et de reconstituants (Brixham Berzerkers, Heritage Crafts And Education, Torbay Troopers, Wyvernstales Stories & Histories).
2017King Arthur : Legend of the Sword (Le Roi Arthur : La Légende d’Excalibur) (US/GB/AU) de Guy Ritchie
Akiva Goldsman, David Dobkin, Joby Harold, Guy Ritchie, Tory Tunnell, Lionel Wigram/Safehouse Pictures-Village Roadshow Pictures-Warner Bros.-Weed Road Pictures-RatPac-Dune Entertainment, 126 min. – av. Charlie Hunnam (le roi Arthur), Astrid Bergès-Frisbey (la Mage), Jude Law (Vortigern), Djimon Hounsou (Bédivère), Eric Bana (Uther Pendragon), Aidan Gillen (Goosefat Bill / Bill Graisse d’Oie), Mikael Persbrandt (Kjartan), Kingsley Ben-Adir (Tristan dit Wet Stick/Bâton mouillé), Neil Maskell (Backlack / Fesse d’huître), Michael McElhatton (Jack’s Eye/Oeil de Jack), Bleu Landau (Blue), Mikael Persbrandt (Greybeard), Geoff Bell (John), Tom Wu (George), Freddie Fox (Rubio), Craig McGinlay (Perceval), Peter Ferdinando (le comte de Mercie), Katie McGrath (Elsa), Annabelle Wallis (Maid Maggie), Hermione Corfield (Syren), Lorraine Bruce (Syrena), Millie Brady (la princesse Catia), Kamil Lemieszewski (Merlin), Poppy Delevingne (Ygraine), Rob Knighton (Mordred), Jacqui Ainsley (la Dame du Lac), David Beckham (le chef Blackleg), Nicola Wren (la prostituée Lucy).
En janvier 2014, Warner Bros. met officiellement en chantier Knights of the Roundtable : King Arthur (titre de travail d’un projet annoncé en 2010 déjà et que devait d’abord réaliser David Dobkin). Il s’agit du premier volet (« les origines ») d’une franchise complète – dans la veine de La Guerre des étoiles ou des Pirates des Caraïbes – sur la Table Ronde, destinée aux salles de cinéma et qui devrait totaliser six longs métrages … pour autant que le succès soit au rendez-vous. Aux commandes, le producteur, réalisateur et scénariste britannique Guy Ritchie, adepte des arts martiaux (ceinture noire), ex-mari richissime de Madonna, publicitaire pop, promoteur sous amphétamines d’un cinéma tapageur et responsable (ou faut-il dire coupable ?) de deux Sherlock Holmes modernisés avec Robert Downey Jr. et Jude Law. Au premier abord, l’affiche d’Arthur semble amusante (Jude Law, Eric Bana, le mannequin franco-espagnol Astrid Bergès-Frisbey, le footballeur David Beckham en caméo), mais la rumeur selon laquelle Charlie Hunnam (The Lost City of Z), qui interprète le roi mythique, aurait subi pour ce rôle un entraînement physique rigoureux et pris dix kilos de muscles fait froncer les sourcils. Y aurait-il confusion avec Conan le Barbare, Thor ou quelqu’autre malabar issu des Marvel Comics ? On apprend avec inquiétude que Guenièvre, sans doute trop ringarde, aurait été écartée du script en faveur d’une inconnue surnommée « la Mage », maîtresse d’une vipère géante de cent mètres, et que le fidèle Sire Bédivère serait campé par un acteur noir. Le tournage dure de février à juillet 2015, en Galles du Nord, dans les paysages de Snowdonia (Tryfan, Nant Gwynant, Capel Curig, Gwynedd), en Écosse (Shieldaig, Loch Torridon, Westser Ross, île de Skye), au Windsor Great Park (Berkshire) ainsi qu’aux studios Warner Bros. de Leavesden à Watford (Hertforshire). A l’écran, on découvre ces paysages défigurés sous une avalanche d’effets spéciaux, de démultiplications CGI, de tourbillons de flammes infernales, de précipices abyssaux, de mastodontes et de bâtisses cyclopéennes noyés dans l’habituelle sauce bleutée du numérique et assénés à un rythme Death Metal. Yeah !
Quant à la saga arthurienne, Ritchie s’en soucie comme d’une guigne, ou plutôt, il cherche à lui tordre le cou. Rien d’un dépoussiérage ou d’une relecture, car il n’en reste guère plus que deux pourcents. « Je voulais fusionner mon style avec un monde et un genre que je ne connais pas », admet notre narcisse en se servant des personnages comme d’un miroir : « Je nourris les héros de mes interprétations ou de mes fantasmes » (Première, mai-juin 2017). Le résultat est à la hauteur de ces ambitions : consternant. L’action, servie à la sauce Dark Fantasy, est située entre l’âge de pierre et la Renaissance. Expédié en quelques images, un prologue évoque comment le sorcier Mordred et ses créatures infernales ont assiégé Camelot pour asseoir la domination des magiciens du Mal sur l’humanité. Une horde d’éléphants de combat gigantesques, d’une hauteur de cinquante mètres (merci Tolkien), a réduit la citadelle en bouillie. Uther Pendragon, le géniteur d’Arthur, a réussi à décapiter Mordred, mais il a lui-même été assassiné par son propre frère, l’odieux Vortigern, tandis que son épouse Ygraine finit harponnée par un Chevalier Démon au service du traître. Mais Uther a eu le temps de confier son garçonnet à la Tamise (merci Moïse). Les années passent. Chef de gang dans les faubourgs de Londinium, Arthur a grandi dans un bordel, élevé par des prostituées au grand cœur et ignorant tout de son lignage royal. Entouré de ses copains de caniveau (Bill « Graisse d’oie », Tristan dit « Bâton mouillé », c’est-à-dire froussard, « Fesse d’huître » et autres gents damoiseaux), ce roi de la pègre rosse une bande de malotrus Vikings, hôtes de Vortigern, ce qui attire l’attention du tyran. Lorsque Arthur est sommé, comme tous les freluquets du royaume, de tenter d’extraire l’épée magique du rocher et qu’il y parvient, Vortigern reconnaît son neveu. Il le condamne aussitôt à mort, mais la Mage, une mystérieuse acolyte de Merlin, organise sa fuite. Arthur gagne le refuge de la Résistance (merci Robin des Bois) où, après quelques tergiversations, l’ex-malfrat hypermacho fait un choix existentiel, apprend à contrôler ses instincts des bas-fonds (merci Maître Yoda), prend la tête des opposants et utilise les pouvoirs exceptionnels d’Excalibur, cette arme absolue qui provoque des tempêtes de sable, pour conquérir ce qui lui revient de droit. Vortigern, son hermaphrodite obèse à tentacules, son zoo de créatures abnormes et ses ninjas capuchonnés sont annihilés.
En résumé, ce conte rock’n’roll sur la revanche sociale d’un déshérité balaie huit siècles de tradition courtoise celto-chrétienne pour aboutir à un blockbuster inintelligent, épuisant et laid, reflet frappant de l’ère Trump qui l’a produit. Mais Arthur, le vrai, celui de Malory, de Chrétien de Troyes, peut savourer sa revanche : budgété à 175 millions de $ (frais de marketing et publicité non compris, estimés à 80 millions), King Arthur fait une sortie proprement désastreuse en salle ; Variety prophétise une perte sèche de 150 millions de $, un flop historique. Selon The Guardian (16.5.17), cet échec spectaculaire est mis sur le compte d’une apathie générale de la génération Z pour ce type de récit (saturée après sept saisons de Game of Thrones), de l’incohérence fourre-tout du concept et du manque de présence féminine. La critique n’est pas en reste, des deux côtés de l’Atlantique. « La surenchère d’effets spéciaux et sonores abrutit, au point de plonger l’auditoire dans une inéluctable léthargie », résume L’Express (Paris), tandis que Télérama parle d’une « invraisemblable ratatouille » (27.5.17) et Le Temps (Genève) d’un « coup d’épée dans l’eau putride » (17.5.17). Pour l’anecdote : le producteur exécutif du film est le républicain Steven Mnuchin, membre de « Skull and Bones », société secrète pour parvenus (Bush père & fils), banquier chez Goldman Sachs, puis Secrétaire au Trésor de l’administration Donald Trump dont il a géré financièrement la campagne présidentielle. – IT : King Arthur : Il potere della spada, ES : Rey Arturo : La leyenda de Excálibur.
2017King Arthur : Excalibur Rising (Le Roi Arthur : Le Pouvoir d’Excalibur) (GB) d’Antony Smith
Antony Smith, Emmet Cummins/Excalibur Rising Prod., 100 min. – av. Simon Armstrong (Merlin), Adam Byard (Owain Ddantgwyn/Yvain), Gavin Swift (Mordred), Nicola Stuart-Hill (Morgane Le Fay), Joshua Richards (Sire Kay le Sénéchal), Annes Elwy (Ada), George Naylor (Lucius), Dwi Rhys Williams (Sire Bedivere le Porteur de coupe), Kerry Joy Stewart (Lilly), Phylip Harries (Bran), Tomos Gwynfryn-Evans (Sire Lamorak), Rhodri Miles (Lord Antonius), Chris O’Reilly (Marius), Alexandra Weaver (la Dame du Lac), Paul Abertson (Arth-yr), Wolfie Hugues (un prêtre), Chris Barnicoat (un guerrier saxon).
Synopsis : Arthur meurt de ses blessures à la bataille de Camlann et à sa demande, Sire Bedivere rend Excalibur à la Dame du Lac. Dix-neuf ans plus tard, à Viroconium, Bedivere assiste au décès de Sire Kay et décide de rechercher Merlin pour contrer l’avancée des Saxons avec lesquels pactise le seigneur des lieux, le sanguinaire Antonius. Ce dernier obéit en réalité à Mordred, le bâtard d’Arthur qui a survécu au carnage de Camlann et se maintient en vie grâce à sa mère, la fée Morgane et au sang des vierges que celle-ci lui fait ingurgiter. Bedivere est mortellement blessé par les sbires d’Antonius, mais il a le temps de reconnaître en Owain, 19 ans, l’autre fils naturel d’Arthur, dont l’existence est restée ignorée de tous (il fut caché pendant son enfance dans une maison de joie). Blessé à son tour, Owain est jeté au lac ou la Dame lui rend la vie et l’épée miraculeuse qui va lui permettre de reconquérir le trône. L’héritier « légitime » d’Arthur affronte et tue son demi-frère après avoir décapité Antonius ; le peuple applaudit.
La légende arthurienne centrée autour d’Owain (ou Yvain), fils du roi Urien de Rheged et de la fée Morgane (demi-sœur d’Arthur) – transformé dans ce scénario en un rejeton illégitime d’Arthur et le concurrent direct de l’affreux Mordred pour le trône de la Bretagne insulaire. Ce qui tient lieu d’intrigue serait inspiré d’un roman homonyme d’Eileen Enwright Hodgetts (2014), bien sûr sans rapport aucun avec l’Yvain ou le Chevalier au lion de Chrétien de Troyes. Alors que Bedivere se signe devant Sire Kay alité, ce dernier grogne en rendant l’âme : « Garde ces simagrées pour tes amis chrétiens ! » – des propos martiens dans la bouche de l’ex-sénéchal de Camelot. Tourné avec une quinzaine de figurants au Pays de Galles (Weobley Castle à Gower, Penllergare Valley Woods, site de Candleston, studios Tornados à Port Talbot), ce produit d’une rare crétinerie – et très mal joué – sort en dvd et en blu-ray en même temps que la première en salle du King Arthur de Guy Ritchie (cf. supra) pour perturber les spectateurs. Torses nus, giclures de sang, combats et coups d’épée ad infinitum, servis avec une brutalité excessive (on s’arrache les oreilles à coups de dents pour les recracher ensuite). Lamentable.
2017(tv-mus) King Arthur (DE) de Sven Eric Bechtolf et Julian Crouch ; Staatsoper im Schillertheater Berlin (Mezzo 30.12.17), 170 min. – avec Michael Rotschopf (Arthur), Hans-Michael Rehberg (Merlin), Max Urlacher (Oswald), Oliver Stokowski (Osmond), Tom Radisch (Grimbald), Axel Wandtke (Conon), Meike Droste (Emmeline), Annett Fritsch (Cupidon), Johannes Weisser (Eole). – Le semi-opéra baroque d’Henry Purcell et John Dryden créé en 1691 (cf. supra, vidéo de 2004). Captation à la Berliner Staatsoper, sous la direction musicale de René Jacobs. Un mélange de baroque et de moderne (le père d’Arthur, mort durant la Seconde Guerre mondiale, pilotait un bombardier), toute référence aux temps légendaires étant éliminée et les renvois chauvins du XVIIe siècle mis à distance.
2017[Transformers: The Last Knight (US) de Michael Bay; Steven Spielberg/Paramount-Hasbro-Di Bonaventura Pictures, 189 min./149 min. – av. Stanley Tucci (Merlin), Liam Garrigan (Arthur), Martin McCreadie (Lancelot), Rob Witcomb (Perceval), Marcus Fraser (Gauvain), John Hollingworth (Tristan), Ed Manner (Kay le Sénéchal), Peter Rooney et Jack Vinova (des guerriers saxons). – Cinquième épisode de la franchise science-fictionnelle « Transformers » (en tête d’affiche : Anthony Hopkins) avec ses robots-mutants géants débarqués de l’espace. On y mélange nazisme, la bataille d’Arthur contre les Saxons en l’an 484 et les enchantements de Merlin dont le bâton magique retrouvé dans sa tombe sauve l’humanité, le tout entre Chicago, Oxford et la Namibie. No Comment.]
2017[King Arthur and the Knights of the Round Table / King Arthur’s Sword. The Legend of Excalibur (US/TH) de Jared Cohn; David Michael Latt/Benetone Films-Global Asylum-The See, 88 min. – av. Sara Malakul Lane (Morgana Lee Fay), Russell Geoffrey Banks (Mordred), Byron Gibson (Arthur), Eoin O’Brien (Penn, son descendant), Harold Diamond (Merlin), Ron Smoorenburg (Galaad), Asia Marie Burnett (Elaine), Alexander Winters (Lucas, descendant de Lancelot), Kelly B. Jones (Jenna, descendant de Guenièvre), Jon Nutt (Gunner), Svitlana Zavialova (Tasha, descendante de Tristan). – Bannis par Merlin aux confins de l’univers et condamnés à y errer pour l’éternité, la magicienne Morgane et son fils Mordred jurent vengeance. Privé d’héritier, son royaume effondré, Arthur survit dans les cavernes souterraines de Camelot où il s’est réfugié. Au XXIe siècle, la fée maléfique et son rejeton s’acharnent contre les descendants des chevaliers, dont un groupe pratique les arts martiaux en Asie. Nouveau Rambo, Penn, l’héritier moderne d’Arthur (un marine et ancien footballeur), jongle avec mitraillettes, karaté, robots et vaisseaux spaciaux pour récupérer Excalibur et le Graal... Une ânerie majeure fabriquée à la hâte afin de profiter du tapage publicitaire autour du film de Guy Ritchie (cf. supra). Tournage en Thaïlande (Bangkok, grottes de Khao Bin à Chom Bueng).]
2017[Projet en développement : Man At Arms (US) de Jonathan Liebesman; Basil Iwanyk, Adam Goldworm, Bryan Brucks/Thunder Road Pictures-Aperture Entertainment. – Un epilogue à la légende arthurienne selon un scenario de Jeremy Lott : vieilli et pétri de remords après la chute de Camelot, Lancelot cherche à racheter ses fautes.]
2019[Hellboy 3 – Call of Darkness (US/GB/BG) de Neil Marshall ; Summit Entertainment-Milenium Film-Boyana Film Studios, 121 min. – av. David Harbour (Hellboy), Milla Jovovich (Nimuë, the Blood Queen), Mark Stanley (le roi Arthur), Brian Gleeson (Merlin). – Hellboy affronte dans le Londres d’aujourd’hui la sorcière Nimuë qui veut assouvir sa vengeance sur la descendance d’Arthur et de Merlin. N’importe quoi.]
2019[The Kid Who Would Be King (Alex, le destin d’un roi / L’Enfant qui voulut être roi) (GB) de Joe Cornish ; 20th Century Fox-Big Talk Productions-Working Title, 120 min. – av. Louis Ashbourne Serkis (Alex), Dean Chaumoo (Bedders), Tom Taylor (Lance), Rhianna Dorris (Kaye), Rebecca Ferguson (Morgane), Angus Imrie (Merlin), Patrick Stewart (Merlin âgé). – Londres au XXIe siècle. Alex, un écolier de 12 ans, découvre Excalibur et doit se transformer en héros ; à l’incitation de Merlin, il forme une équipe de chevaliers composée de ses camarades de classe pour vaincre la maléfique fée Morgane, venue du Moyen Âge pour détruire le monde… La Table Ronde en culotte courte, un désastre commercial.]