I - LE ROYAUME DE FRANCE

L’assassinat du duc de Guise à Blois en 1588, revu par Sacha Guitry dans « Si Paris nous était conté » (1955).

10 . LA FRANCE DÉCHIRÊE: LES GUERRES DE RELIGION (De la Saint-Barthélemy à Henri IV)

Pendant toute la seconde moitié du XVIe siècle, le royaume est déchiré par huit guerres de religion successives entre catholiques et protestants (ou huguenots), soit 36 ans de guerres civiles plus politiques que religieuses, interrompues par deux périodes d’accalmie relative. Ces troubles coïncident avec l’affaiblissement de l’autorité royale, suite au décès accidentel d’Henri II : ses fils sont trop jeunes pour imposer leur autorité. En 1561, plus du quart de la population du pays est huguenot, l’animosité devient extrême. Les deux camps belligérants cherchant à prendre le pouvoir, la reine-mère Catherine de Médicis hésite entre tolérance religieuse et répression. Pour affaiblir la France des Valois, Élisabeth Ière d’Angleterre intervient en soutenant financièrement et militairement les protestants, tandis que le roi d’Espagne, Philippe II, appuie de la même manière le clan des Guise, partisans d’un catholicisme intransigeant et, à partir de 1576, chefs de la Sainte Ligue. Les guerres s’échelonnent comme suit : 1562-1563 ; 1567-1568 ; 1568-1570 ; 1573 (conséquente à la Saint-Barthélemy) ; 1575-1576 ; 1577 ; 1579-1580 ; 1585-1594, la guerre la plus longue (dont « la guerre des Trois Henri », 1586/87), qui se termine lorsqu’Henri IV abjure le calvinisme en 1593 et entre dans Paris l’année suivante. La pacification religieuse est assurée par l’Édit de Nantes (13 avril 1598) qui reconnaît le catholicisme comme religion d’État mais accorde des privilèges considérables aux protestants.

FRANÇOIS II 1559 / 1560
Né en 1544, fils aîné d’Henri II et de Catherine de Médicis. Épouse: Marie Stuart (1542-1587). Monté prématurément sur le trône après la mort accidentelle de son père, il règne à peine plus d’une année et décède à l’âge de seize ans. Les pleins pouvoirs sont confiés aux Guise (François et Louis, cardinal de Lorraine), les oncles de son épouse Marie Stuart, reine d’Écosse.

CHARLES IX
1560 / 1574
Né en 1551, second fils d’Henri II et de Catherine de Médicis. Épouse: Elisabeth d’Autriche (1555-1592). En 1562, début des guerres de Religion. Il accède au trône à l’âge de neuf ans, Catherine de Médicis gouvernant le pays de 1560 à 1564 en tant que reine-mère et régente ; elle écarte les Guise du pouvoir et cherche avec le chancelier Michel de l’Hospital un terrain d’entente interconfessionnel, mais lorsqu’en 1567, les protestants de Condé tentent de s’emparer de la famille royale par la force, Catherine de Médicis abandonne sa politique de tolérance. Le règne de Charles IX voit le massacre de la Saint-Barthélemy (24 août 1572), une boucherie non programmée où périssent plusieurs milliers de huguenots, et l’assassinat de leur chef, Gaspard de Coligny. Après Paris, la vague des tueries gagne les provinces : Orléans, Lyon, Bordeaux, Toulouse sont, durant l’été et l’automne 1572, le théâtre d’assassinats collectifs. Dominé par sa mère, faible, colérique et cyclothymique, Charles IX meurt d’une leucémie à l’âge de vingt-quatre ans.

HENRI III
1574 / 1589
Né en 1551, troisième fils d’Henri II et de Catherine de Médicis (son préféré). Duc d’Anjou, il est d’abord roi de Pologne pendant une année (1573). Épouse: Louise de Lorraine-Vaudémont (1554-1601). Intelligent, distingué (1), mais versatile et très dispendieux, il ne s’impose pas comme chef capable de résister aux factions qui divisent le pays. Ayant concédé d’importants avantages aux protestants, il provoque en 1576 la formation de la Sainte Ligue, confédération du parti dévot catholique qui a pour chef le duc Henri de Guise et pour inspirateur spirituel le frère de celui-ci, le cardinal Louis de Lorraine. Affaibli par la défaite contre l’Union calviniste à Coutras (1587) et par la popularité grandissante des Guise (loués comme « champions de la foi ») qu’appuient les Espagnols, le roi doit fuir la capitale après la journée de Barricades en 1588. À Blois, il fait assassiner le duc de Guise et son frère, opposés à toute paix avec les protestants et devenus une menace concrète pour le trône. La Sainte Ligue se venge : sept mois plus tard, le roi périt à son tour sous le poignard de Jacques Clément, un moine fanatique, alors qu’il assiège Paris. Dernier des Valois (son frère cadet, François d’Alençon et d’Anjou, étant décédé en 1584), il reconnaît son cousin Henri de Navarre, un Bourbon et chef des réformés, comme successeur légitime.

Dynastie des Bourbons:
HENRI IV dit « le Vert Galant »
1589 / 1610
Né en 1553, fils d’Antoine de Bourbon (branche des Capétiens dite Aînée des Bourbons) et de Jeanne d’Albret, reine de Navarre. Épouses: Marguerite de Valois, dite la Reine Margot, sœur de Charles IX (1553-1615) (2), mariage annulé en 1599 ; Marie de Médicis (1573-1642). Roi de Navarre, installé à Nérac, il échappe au pogrom grâce à son mariage avec une Valois (et à une conversion forcée mais temporaire au catholicisme). Retenu en semi-captivité pendant trois ans à la cour de France, il s’enfuit et prend la tête de l’armée protestante. À la mort d’Henri III (avec lequel il s’est réconcilié contre les Guise), il est de jure roi de France, mais doit combattre les ligueurs et les Espagnols pour défendre son trône. Sa conversion au catholicisme (1593), le sacre à Chartres et la soumission de Paris (1594) rallient progressivement la population à « son panache blanc ». En 1598, ayant écrasé les Espagnols et les dernières forces armées de la Ligue en Bourgogne, après trente-six ans de guerre de religion, un siège pénible de Paris de quatre ans et sept traités de pacification sans lendemain, Henri IV ouvre les bras aux protestants en promulguant l’Édit de Nantes. Deux ans plus tard, il meurt poignardé à Paris par Ravaillac, fanatique catholique.

(1) – L’extrême raffinement qu’Henri III introduit à la cour (cérémonial complexe, utilisation des couverts à table, hygiène poussée, recherche vestimentaire, fards, parfums et bijoux pour les hommes), mais aussi ses plaisirs futiles (nains, petits chiens, bilboquet) ont été utilisés par la Sainte Ligue pour discréditer auprès de ses sujets un « souverain efféminé » et aux mœurs dégénérées, et empêcher en même temps un rapprochement avec les calvinistes. La faveur politique et financière dont il comble ses amis les plus fidèles, de redoutables bretteurs baptisés « mignons » (c’est-à-dire « préférés »), est mis sur le compte d’une homosexualité affichée sans vergogne, facteur que la littérature, le théâtre et le cinéma exploiteront à satiété. L’historiographie moderne récuse violemment cette assertion : les contemporains d’Henri III ont décrit le roi comme un homme très entreprenant avec les femmes, même si aucune d’elle ne reçut le titre de maîtresse officielle. Parmi ses conquêtes connues figurent Marie de Clèves, Louise de La Béraudière, la poétesse vénitienne Veronica Franco, la mère et une des sœurs de Gabrielle d’Estrées, etc. La fréquentation assidue mais discrète du sexe faible lui aurait, dans sa jeunesse, même attiré quelque « maladie ». Enfin, en 1575, son union – qui consterna la reine-mère – avec Louise de Lorraine, jeune femme sans fortune ni royaume en héritage, fut un mariage d’amour et non d’État (aucune postérité).

(2) – Pour Marguerite de Valois/de Navarre, l’enfant terrible, cf. infra, sous le roman La Reine Margot d’Alexandre Dumas (10.1). Quant à la fille aînée d’Henri II et de Catherine de Médicis, Élisabeth de Valois (1546-1568), elle devient reine d’Espagne en épousant Philippe II en 1559.
1897Assassinat du duc de Guise (FR) de Georges Hatot
Etablissements Frères Lumière (Lyon), catal. no. 752, 15 m. – Synopsis : Au château de Blois en 1588, Henri III donne ses dernières instructions à sa garde, puis sort de la pièce dans laquelle entre le duc de Guise. Les assassins surgissent de toutes parts et le poignardent au moment où il se rend dans la chambre du roi, son cousin. – Une « vue » historique d’une durée de 57 secondes filmée par l’opérateur Alexandre Promio devant un décor en toile peinte de Marcel Jambon érigé dans un atelier parisien (septembre 1897). Le sujet, très en vogue, est probablement inspiré par le tableau Assassinat du duc Henri de Guise au château de Blois de Paul Delaroche, toile accueillie avec enthousiasme au Salon de 1835.
1902L'Assassinat du duc de Guise (FR)
Pathé Frères S.A. (Paris) no. 559, 20 m./ 1 min. – Une « scène historique » en un plan-tableau similaire à celle des Frères Lumière (cf. supra).
1905La Saint Barthélemy (FR) de Lucien Nonguet
Pathé Frères S.A. (Paris) no. 1288 (3 tabl.), 95 m. – Scène historique en trois tableaux et un avant-propos, d’une durée approximative de 5 minutes. Le premier tableau, « Le Massacre », montre la Saint-Barthélemy. Charles IX y assiste du balcon du Louvre et participe au bain de sang en tirant à l’arquebuse sur ses sujets. Le deuxième montre « L’assassinat de l’Amiral Coligny ». Dans le troisième, intitulé « Le gibet de Montfaucon », le roi, sa mère, quelques dames de la cour et leurs acolytes viennent reconnaître les corps des courtisans huguenots. Charles IX fait pendre le cadavre de l’amiral.
Une production de la société Film d’Art qui fait date : « L’Assassinat du duc de Guise » de Le Bargy et Calmettes (1908).
1908*L'Assassinat du duc de Guise / La Mort du duc de Guise (FR) de Charles Le Bargy et André Calmettes
Le Film d'Art (Paul et Léon Lafitte)-Pathé Frères S.A. (Paris) no. 2499, 314 m./18 min. – av. Raphaël Albert-Lambert fils (Henri de Guise, dit le Balafré), Charles Le Bargy (Henri III), Gabrielle Robinne (Charlotte de Sauve, marquise de Noirmoutiers), Berthe Bovy (le page), Raphael Duflos, Albert Dieudonné, Jean Angelo, Rolla Norman, Charles Lorrain.
Synopsis : « Au château de Blois, vendredi, 23 décembre 1588, cinq heures du matin… » Le duc de Guise, chef de la Sainte Ligue catholique, généralissime des armées du royaume et Grand maître de la maison du roi, n’écoute pas les recommandations de sa maîtresse, la marquise de Noirmoutiers, et se rend aux États généraux. Pendant ce temps, le roi Henri III, qui a réuni ses derniers fidèles pour préparer l’assassinat du duc, leur distribue les armes destinées à commettre leur forfait. Il poste ses hommes, puis se dissimule derrière une tenture. Dans la salle du Conseil où il est chaleureusement accueilli, le duc de Guise est mandé par le roi. Arrivant dans un cabinet privé, il se retrouve face à une dizaine de gardes (les « Quarante-Cinq ») qui l’assaillent et le tuent à coups de dagues. Le roi vient constater la mort de son rival, puis le cadavre est emmené au corps de garde afin d’être brûlé dans une grande cheminée. Sans regrets, ni remords. Affolée, la marquise accourt, laisse éclater sa douleur (« Il est encore plus grand mort que vivant ! ») et s’évanouit en voyant le roi triompher.
Fondée en novembre 1908, la société du Film d’Art réunit dans cette célèbre « pièce cinématographique » les plus grands noms de la scène nationale, de la Comédie-Française (Le Bargy, Lambert, Robinne, Bovy, Calmettes) au Théâtre de la Renaissance (Dieudonné, le futur Napoléon de Gance). Les détails de l’intrigue ont été imaginés par l’auteur dramatique Henri Lavedan, de l’Académie Française. L’écrivain n’est pas en odeur de sainteté dans les milieux ecclésiastiques et son scénario en six tableaux (dont il en tirera une pièce) prend clairement parti pour le roi, contre le chef de la Ligue catholique : Henri III découvre sur le cadavre de Guise un billet qui prouve sa trahison (« Pour entretenir la guerre en France, il faut 700 000 écus ») et justifie politiquement son élimination (1). Le roi insulte le défunt et, resté seul, il s’agenouille à son prie-Dieu … Lavedan a pris ses distances avec ses amis antidreyfusards de la Ligue de la Patrie (dont plusieurs sont actifs dans le Film d’Art), quoique le sujet de l’assassinat politique d’un chef de ligue catholique, victime d’un guet-apens, « martyr de la vraie foi », ne cadre guère avec la recherche de réconciliation nationale de la République radicale si sensible dans la majorité des autres films historiques au début du XXe siècle. Le meurtre de Guise fait partie de l’imagerie des manuels scolaires catholiques, tandis que les manuels laïcs retiennent plutôt celui de l’amiral de Coligny.
André Calmettes, « directeur de scène », et Le Bargy qui dirige les acteurs, tournent au théâtre du Film d’Art à Neuilly, rue Chauveau, dans des décors fignolés en toile peinte d’Emile Bertin, le décorateur attitré d’Antoine et de Firmin Gémier, plus tard de Gaston Baty et de Jean-Louis Barrault. Camille Saint-Saëns compose à cette occasion la toute première partition écrite pour le cinéma, musique que Calmettes lui aurait commandée pour couvrir le babil des spectateurs ! (Elle ne sera d’ailleurs guère utilisée après la première.)
Le nom même de la nouvelle firme en indique les ambitions et les desseins : film-manifeste, « L’Assassinat du duc de Guise » vise à relever le niveau du cinématographe en faisant appel à des artistes reconnus, en cumulant les garanties culturelles (Académie, Comédie Française, Institut) et en adaptant des sujets « nobles » issus de l’Histoire ou de la littérature. Calmettes fera également jouer Sarah Bernhardt, Réjane et Mounet-Sully pour la caméra. Ces sujets légitimisants possèdent de surcroît une identité française et leur représentation repose souvent sur la peinture pompière du XIXe siècle – en l’occurrence L’assassinat du duc de Guise au château de Blois (1835) de Paul Delaroche, l’initiateur de l’anecdote historique dans les beaux-arts. Il ne s’agit pas seulement de conquérir le public des classes aisées, mais de démontrer que le cinématographe, à peine sorti de son âge forain et déjà organisé industriellement, est une nouvelle forme d’art. « S’en être aperçu avant n’importe qui en France, voilà qui est un fier titre de gloire », remarquera Louis Delluc. Rétrospectivement, le cinéaste Henri Fescourt parle, lui, de l’étonnement qu’il aurait ressenti « à la vue d’acteurs de noble prestance, rasés de frais, bien peignés, portant à merveille des costumes anciens choisis ailleurs que chez de bas fripiers, évoluant à l’aise dans des décors purgés d’anachronismes » (La foi & les montagnes, Paris 1959, p. 40).
Sur le plan international, l’influence du film est considérable, à en juger par l’admiration que lui portent notamment D. W. Griffith ou Carl Theodor Dreyer, et par la création du Film d’Art Italien, du Kunstfilm allemand, de Gaumont British, etc., qui ouvrent la voie aux projets les plus ambitieux d’avant-guerre. Dans les décennies qui suivent, il sera de bon ton de considérer ce film avec commisération, comme le produit ridicule de l’annexion du cinéma par le théâtre, un jugement révisé de fond en comble à partir de la restauration du film en 1980. Certes, le cadre de l’écran se confond avec le cadre de scène d’un théâtre, la caméra est immobile, mais le découpage en six tableaux introduit une continuité qui permet de suivre l’action sans de longs intertitres et à laquelle participe le mouvement des acteurs. La succession habile d’espaces contigus lors de la scène de l’assassinat donne l’impression d’une souricière. Enfin, les comédiens ne gesticulent pas ou peu ; ils jouent sans courir, restent parfois immobiles, cherchent même à psychologiser leurs rôles par des attitudes ou des détails justes. – GB, US : The Assassination of the Duke of Guise, DE : Die Ermordung des Herzogs von Guise.

(1) - Rappelons que le duc de Guise avait incité la population de Paris à chasser Henri III de la capitale, où il s’était auto-proclamé Gouverneur général, protégé par une garnison espagnole. Le clan des Guise avait le soutien indéfectible de Philippe II à Madrid et du pape. Mais la destruction de l’« invincible » Armada dans la Manche en juillet 1588 déclencha celle des Guise : désormais inutiles en Angleterre, les armées d’invasion espagnoles stationnées en Flandre devenaient une menace pour la France, pouvant, sur un simple signal de la Sainte Ligue, entrer dans le pays et détrôner Henri III. Guise devait donc disparaître. Par la suite, la Ligue rompit tout contact avec le roi, déclaré tyran et traître à la cause catholique. Charles de Guise, duc de Mayenne, frère des deux victimes (soit le duc et le cardinal de Lorraine) et nouveau chef de la Ligue, prit alors le contrôle de Paris, soutenu par sa sœur Catherine de Montpensier. Consternée par le meurtre des Guise, Catherine de Médicis décéda dix jours plus tard.
1908Bernard Palissy (FR) d’Etienne Arnaud
Etablissement Gaumont S.A. (Paris), 135 m. – Ruiné au bout de vingt ans de recherches, Bernard Palissy (1510-1589?), potier, émailleur, peintre, verrier et savant, devient célèbre en découvrant le secret des émaux après avoir brûlé ses derniers meubles pour y parvenir. Arrêté comme huguenot sur ordre de la Sainte Ligue des Guise, il meurt à la Bastille, de faim, de froid et de mauvais traitements. Les Lumières verront en lui le type même du « génie persécuté par l’Église ».
1909Ordre du Roy (FR) de Michel Carré
Société Cinématographique des Auteurs et Gens de Lettres (S.C.A.G.L.)-Pathé Frères S.A. (Paris) no. 3048, 175 m. – av. Jean Angelo (Henri IV), Dupont-Morgand (le meunier), Mathilde Caumont (sa fille), Andrée Marly. – Synopsis : Un jour de chasse, le Vert Galant s’arrête pour s’y reposer au moulin de Mireloup où il apprend que le meunier veut marier sa fille à un « monsieur ». Le roi la charge d’un message pour le colonel de ses gardes, lui enjoignant de marier la porteuse au plus beau sous-officier de son régiment. La fille s’attarde cependant au village et prie une vieille bûcheronne de faire parvenir la lettre … Surpris, le colonel obéit. Lorsqu’Henri IV apprend le méfait du hasard et le douloureux sacrifice de l’un de ses braves, il lui passe au cou sa propre croix d’honneur. – Inspiré par la comédie La partie de chasse d’Henri IV de Charles Collé, créée à la Comédie-Française en 1774, et très populaire pendant tout le XIXe siècle. Premier film d’une série célébrant le mythe du bon roi fort galant, certes, mais aussi rassembleur et soucieux des problèmes de ses sujets. – DE : König Heinrich IV und die Bauern.
1909Le Huguenot (FR) d’Étienne Arnaud
Etablissement Gaumont S.A. (Paris), 310 m. – Synopsis : Sur la route de Paris en 1572, Raoul de Nangis se bat en duel contre deux catholiques pour ne pas avoir salué la Vierge. Grièvement blessé, il est soigné par Gaspard de Saulx, maréchal de Tavannes, un des chefs catholiques, et sa fille Valentine, qui découvrent sur lui une lettre de recommandation pour l’amiral de Coligny. Guéri, Raoul arrive à Paris au moment où Charles IX déclenche la Saint-Barthélemy ; à l’hôtel de Tavannes, Valentine drogue le jeune homme et lui fixe une écharpe blanche au bras, signe de reconnaissance des papistes. Quand il se réveille, Coligny est mort. Raoul et Tavannes se mettent en garde, quand surgit Michel de L’Hospital qui les réconcilie au nom du message d’amour du Christ.
Film erronément attribué à Louis Feuillade. En contant les amours tragiques du protestant Raoul et de la catholique Valentine, dame d’honneur de la reine Margot, Arnaud esquisse l’intrigue d’un des opéras les plus populaires du XIXe siècle, Les Huguenots de Giacomo Meyerbeer, Eugène Scribe et Emile Deschamps (1836). Il en modifie toutefois la fin (sur scène, les tourtereaux périssent) en faisant intervenir un deus ex machina, Michel de L’Hospital (1505-1573), chancelier de France et ennemi des Guise très engagé dans une politique de tolérance civile. Décors de Ben Carré.
1909Floriana de Lys (Floriane de Lys) (IT)
Aquila Films, Torino, 226 m. – Synopsis : Les serviteurs de Floriane de Lys, une jeune femme appartenant à une famille de huguenots, ont protégé un abbé des voleurs qui voulaient l’assassiner. En 1572, ce même abbé est maintenant à la tête des massacres. Floriane le reconnaît et provoque son repentir. Mais elle refuse de se convertir et part en exil avec son père.
1909Enrico III (IT) de Giovanni Pastrone (?)
Itala Film, Torino, 197 m. – Film dont le sujet est à ce jour inconnu, qui pourrait traiter du dernier Valois. – US : Henry the Third.
1910La Dette (FR)
« Série d’Art » Pathé Frères S.A. (Paris), no. 4005, 175 m. – av. Berthe Bovy (Francis de Montauran). – Épisode des guerres de Religion dans le Limousin. Des huguenots épargnent le marquis de Montauran dont ils ont investi le château parce que l’un d’eux reconnaît en Francis le fils du châtelain, son sauveur d’autrefois: l’enfant l’avait soigné alors qu’il était blessé après une escarmouche.
1910Carlo IX / Caterina de' Medici e Carlo IX / Caterina de' Medici (Charles IX et Catherine de Médicis) (IT) de Giuseppe De Liguoro
Milano Films, Milan, 290 m./340 m. – La Saint-Barthélemy vue par les Italiens. – GB : Charles IX and Catharine de Medici.
1910Caterina, duchessa di Guisa (Catherine, duchesse de Guise) (IT)
Itala Film, Torino, 299 m. – Synopsis : En juillet 1578. Henri de Lorraine, duc de Guise, est persuadé que son épouse Catherine de Clèves aime son pire ennemi, le comte de Saint-Mégrin, un « mignon » du roi Henri III, et cherche à le compromettre. De la fenêtre de la chambre à coucher d’Henri III, il jette un billet pour l’attirer dans un guet-apens, mais le comte le dénonce au roi. Guise attire alors Saint-Mégrin dans un piège en forçant Catherine à lui demander un rendez-vous, et il le fait assassiner par ses spadassins.
Adaptation de Henri III et sa cour, un drame en cinq actes d’Alexandre Dumas (1829) exploitant la passion de Paul Estuert de Caussade, comte de Saint-Mégrin (?-1578), pour l’épouse du « Balafré » dont il est devenu l’amant. Chez Dumas, c’est Catherine de Médicis qui est à l’origine du guet-apens qui lui coûtera la vie : voulant retrouver auprès de son fils toute l’influence politique qu’elle avait du temps de la Régence, elle cherche à éloigner Saint-Mégrin de la cour et en même temps à discréditer Guise. La pièce de Dumas, sortie une année avant l’Hernani de Victor Hugo, donna le coup d’envoi des grandes batailles du théâtre romantique. – AT : Katharine, Herzogin von Guisa, GB, US : Catherine, Duchess of Guise.
1910Ravaillac (FR) de Gérard Bourgeois (?)
Henri Joseph Joly/Société des Phonographes & Cinématographes Lux (Paris), 13 tableaux. – av. Pierre Bressol (François Ravaillac). – Synopsis : Chassé après avoir été précepteur chez un riche seigneur, Ravaillac est reçu par des moines et s’occupe des mendiants. Il rencontre des nobles huguenots qui refusent de donner l’aumône à un catholique. De retour dans sa cellule au cloître, il croit entendre une voix qui lui dit de tuer Henri IV. Il prend alors un couteau, se rend au Louvre, attend le carrosse royal et poignarde le souverain. Il est écartelé en Place de Grève.
Le film, tourné dans une verrière à Gentilly, reste curieusement ambigu sur le plan idéologique, reflétant en cela un demi-siècle de conflits autour de la séparation de l’État laïc et de l’Église, l’édification d’une mythologie nationale républicaine et les efforts conciliatoires sur le plan religieux : Ravaillac est dépeint comme un chrétien fondamentalement compatissant, sensible à la misère d’autrui, tandis que sa victime est un bon père de famille (il joue à quatre pattes avec le dauphin sur son dos), bon époux (sic) et un monarque à l’écoute de ses ministres bourgeois (Sully, Epernon).
1910L’Assassinat de l’amiral de Coligny (FR) de Maurice de Féraudy
Société générale des cinématographes Eclipse (Paris)-Radios Film, 992 ft./360 m. – av. Georges Saillard (Gaspard II, amiral de Coligny), Louis Delaunay, Roger Karl, Suzanne Rissler. – Synopsis : Le 22 août 1572, Charles de Louviers, seigneur de Maurevert, tire sur l’amiral huguenot Gaspard de Coligny depuis une maison appartenant aux Guise. Charles IX se rend au chevet du blessé, lui promettant justice. Mais l’assassinat de tous les chefs protestants est alors décidé et le massacre de la Saint-Barthélemy éclate dans la nuit du 23 au 24. Coligny est achevé dans son lit, à coups de dague, et son corps jeté par la fenêtre dans la cour. Il est ensuite exhibé au gibet de Montfaucon, pendu par les pieds.
Dans la lignée des Films d’Art, une des dernières réalisations de Féraudy, qui poursuivra sa carrière devant la caméra, notamment dans « La Dame de Monsoreau » (1913) et plus tard dans « Crainquebille » (1922) de Jacques Feyder et « Les Deux Timides » (1928) de René Clair. – GB, US : The Assassination of Admiral Coligny, DE: Katharina von Medici.
1911La Petite Béarnaise (FR) de Léonce Perret
Etablissement Gaumont S.A. (Paris) (colorisé), 300 m./10 min. – av. Yvette Andréyor (la jeune paysanne), Léonce Perret (Henri de Navarre, futur Henri IV), Marc Mario. – Synopsis : Pour célébrer la visite du roi Charles IX à la cour de Navarre à Nérac, en 1566, Henri de Navarre organise une partie de tir à l’arbalète. Il y croise une jeune paysanne et entame une idylle, mais sa mère Jeanne d’Albret et son vieux conseiller lui présentent sa fiancée, la future reine Margot. Henri obéit à la « raison d’État » et se sépare de la paysanne. Apprenant la nouvelle du mariage royal, cette dernière se jette désespérée dans les eaux de la Baïse, et le Vert Galant est en proie à des remords. – Scénario inspiré par la pièce Fleurette ou les premières amours d’Henri IV, créée au Théâtre-Français pendant la Restauration mais rapidement interdite. Le drame romantique de Fleurette, fille séduite et abandonnée du jardinier du château de Nérac (et qui donna naissance à l’expression « conter fleurette ») fut à plusieurs fois repris en estampe, en tableau ou sur les planches, du XVIIe au XIXe siècle. Au château de Nérac, on peut admirer la « Fontaine de Fleurette », sculpture de Daniel Campagne (1896). L’historiographie place l’idylle plutôt dans les années 1571/72. L’authentique Fleurette survécut à l’abandon royal, se maria, eut des enfants et décéda en 1592.
1911Henri IV et le bûcheron (FR) de Georges Denola
Pathé Frères S.A. (Paris) no. 4541, 245 m. – av. Camille Dumény (Henry IV), Jeanne Bérangère (Fleurette), Jean Jacquinet (le bûcheron, son père). - Synopsis : Un jour de chasse, égaré dans la forêt près de Nérac, Henri IV rencontre une jeune bergère, Fleurette, qui le conduit à son père, un bûcheron. En route, il lui « conte fleurette » et la belle est séduite par la prestance de l’aristocrate, au point d’en oublier son fiancé. En échange de son accueil chaleureux, le père de Fleurette demande à l’inconnu de lui faire connaître le roi si populaire. Plus tard, à la fête du village, Henri IV se fait reconnaître, et en souvenir de Fleurette, la dote du moulin du Bois-Joly. – Une variante de l’idylle avec Fleurette (cf. supra, « La Petite Béarnaise »). – US : Henry IV and the Woodchopper.
1911L'avventura di Enrico IV (Une aventure de Henri IV) (IT)
Società Italiana Cines, Roma, 218 m. – Synopsis : Accompagné du fidèle Théodore Agrippa d’Aubigné, le Vert Galant visite incognito une auberge de campagne où il tente d’arracher un baiser à Yvonne, la jolie fille de l’aubergiste qui se défend et le gifle. Puis elle se fâche avec son père qui ne veut pas la laisser épouser Pierre, son bien-aimé sans le sou. Le lendemain, d’Aubigné apporte à Yvonne une bourse de pièces d’or. Elle reconnaît dans l’effigie du roi sur les pièces de monnaie le profil de l’inconnu de la veille. Henri IV apparaît et Yvonne dépose un baiser de reconnaissance sur la joue royale qu’elle avait giflée. – DE : Ein Abenteuer Heinrichs IV, GB : An Adventure of Henry IV of France.
1911Une conspiration sous Henri III – 1578 / La Reine Margot (FR) de Camille de Morlhon
Pathé Frères S.A. (Paris) no. 4266, 300 m. (dont 242 m. en couleurs). – av. Louis Ravet (le comte de Rancy), Georges Wague (Henri III), Mylo d'Arcylle (Marguerite de Valois, dite la reine Margot). – Synopsis : Apprenant que le duc de Guise se rend à Alençon pour y conspirer contre lui, Henri III donne l’ordre de l’arrêter. Amoureuse de Guise, la reine Margot prévient le comte de Rancy de ce complot et celui-ci met les sbires royaux en déroute. Henri III soupçonne une manœuvre de sa sœur et afin d’identifier l’espion dans son propre palais, il insulte Margot devant la cour. Dévoué corps et âme, Rancy se démasque et le roi le fait assassiner à sa sortie du palais. – Un sujet de Georges Fagot pour lequel Camille de Morlhon, escrimeur émérite au Cercle d’Anjou depuis 1903, aurait aussi fonctionné comme maître d’armes, en soignant tout particulièrement les scènes de fleuret. – US : An Episode Under Henry III.
1911La Dernière Signature de François II, roi de France (FR)
Catherine de Médicis empêche François II de donner les pleins pouvoirs au duc de Guise qui a l’intention de faire la guerre aux protestants. – Production française inconnue distribuée aux États-Unis par la Urban Trading Company. – US : The Last Signature of Francis II / The Last Edict of Francis II.
1912L'Assassinat d’Henri III (FR) d’Henri Desfontaines et Louis Mercanton
Société générale des cinématographes Eclipse (Paris)-Radios Film, 314 m. – av. Gaston Roudès (Henri III), Jeanne Grumbach (Catherine de Médicis), Constant Rémy, Georges Saillard, Henri Desfontaines, Germaine Dermoz. – Synopsis : Le 1er août 1589 à Saint Cloud (dans l’attente du siège de Paris), Henri III est poignardé sur sa chaise percée par le moine dominicain Jacques Clément, un fanatique de la Sainte Ligue catholique décidé à tuer tous les hérétiques et qui s’est introduit auprès du monarque en prétextant la remise d’un message confidentiel. Les gardes royaux (les « Quarante-Cinq ») transpercent Clément de leurs épées avant de le jeter par la fenêtre. Son corps sera écartelé, puis brûlé. Henri III, dernier des Valois, trouve la force de désigner son cousin Henri de Navarre comme successeur et décède le lendemain après une lente et douloureuse agonie. – Les débuts de Gaston Roudès, scénariste et acteur chez Eclipse, avant de passer à la réalisation et diriger Sarah Bernhardt dans « Adrienne Lecouvreur » et « La Reine Elisabeth » (1912). Tournage à Boulogne-sur-Seine. – US : The Last Days of Henry III, King of France / An Eye for an Eye ; or, The Last Days of King Henry III of France.
1912Le Reître (FR)
« Série d’Art », Pathé Frères S.A. (Paris), 285 m. – av. Louis Ravet. – Synopsis : Au service de François II, le capitaine Ozzardo enlève avec ses reîtres la fille du marquis de Tosti qui l’a accueilli après un accident de cheval. Son complice Godefroy le dénonce au châtelain et Ozzardo finit dans les oubliettes.
1913Le Treizième Convive (FR) de Georges-André Lacroix
Etablissement Gaumont S.A. (Paris), 381 m. – av. Georges Melchior (le chevalier Di Borgio). – Synopsis : Quelques temps après le massacre de la Saint-Barthélemy, Catherine de Médicis et Charles IX sont confrontés aux spectres de la nuit du 24 août. La reine-mère s’est éprise de son neveu, le chevalier Di Borgio, dont elle a fait assassiner le père protestant. Le mage Ruggieri la met en garde contre le chiffre 13. Lors d’un banquet de carnaval au Louvre, un treizième convive masqué surgit. Catherine de Médicis le fait tuer et, soulevant le masque, reconnaît son bien-aimé Di Borgio. Pleine de remords, elle demande pardon au Ciel.
1913Le Martyr calviniste (FR) d’Adrien Caillard
Société Cinématographique des Auteurs et Gens de Lettres (S.C.A.G.L.)-Pathé Frères S.A. (Paris) no. 5668, 640 m. – av. Léon Bernard (Jehan Lecamus, pelletier du roi). – Synopsis : Sous François II, à la veille des guerres de Religion, dans la maisonnée de Jehan Lecamus, bourgeois parisien et fourreur de la cour. Le fils de la maison, Christophe, a embrassé la religion réformée à l’insu de sa fiancée Babette. Le jour des fiançailles (où assiste Ambroise Paré, médecin du roi), les calvinistes chargent le jeune tailleur, qui doit se rendre à Blois pour porter à la reine-mère Catherine de Médicis deux surcots d’hermine, d’un message secret. Cette dernière est surprise par son fils et sa très catholique épouse, Marie Stuart, à l’instant où elle répond au message des protestants. Afin de ne pas être accusée de complicité avec l’ennemi, la reine-mère sacrifie Christophe qui, soumis à la torture, ne la trahit pas. François II meurt, terrassé par la maladie, et à la faveur de l’émotion générale, Ambroise Paré arrange la fuite de Christophe qui retourne à son foyer.
Adrien Caillard livre la réduction d’un roman d’Honoré de Balzac, Le Martyr calviniste (1841), première partie de Sur Catherine de Médicis. Le texte de Balzac met surtout en scène les deux duchesses d’Étampes, Anne de Pisseleu, maîtresse de François Ier, et Diane de Poitiers, maîtresse de son fils et successeur.
1914The Fatal Night (US) de Constance Crawley et Arthur Maude
Crawley-Maude Features Co., New York, 4 bob. – av. Constance Crawley (Marie de Mornay), Arthur Maude (Raoul de Tournay). – Synopsis : Tandis que Catherine de Médicis prépare la Saint-Barthélemy, Marie de Mornay, une huguenote, cherche à sauver son vieux père de la banqueroute en se mariant avec un riche ami de la famille. Mais le massacre est déclenché avant le début de la cérémonie nuptiale et Marie est sauvée d’une mort certaine par un noble catholique, Raoul de Tournay, qui l’épouse sur le champ. Le carnage continue pendant vingt-quatre heures et Marie apprend à aimer son sauveur. – Film produit par la tragédienne britannique Constance Crawley, active à Broadway.
1914Molodost’ Genrikha IV (La Jeunesse du roi Henri IV) (RU) de Boris Sergeïevitch Glagoline
Studio Russkaïa Lenta/Rouss, 1500 m. – av. Konstantin Yakovlev (Henri de Navarre), Axel Nirov, Klara Karatygina, Boris Glagolin. – L’auteur dramatique, homme de théâtre et comédien Glagolin(e), du Théâtre d’Art à Moscou, produit un long métrage inspiré de La jeunesse du roi Henri, un feuilleton de cape et d’épée de Pierre Alexis de Ponson du Terrail (1865) qui relate sur 2300 pages, et avec passablement de fantaisie la vie mouvementée du Béarnais jusqu’à l’assassinat d’Henri III.
Catherine de Médicis (Josephine Crowell) incite ses proches à massacrer les protestants (« Intolerance », 1916).
1916**Intolerance. Love’s Struggle Throughout the Ages (Intolérance)épisode : La Saint-Barthélemy (US) de David Wark Griffith
Triangle Film Corp.-Wark Producing (D. W. Griffith), 14 bob./3h40 min. – av. Margery Wilson (Yeux Bruns/Brown Eyes), Spottiswoode Aitken (son père), Ruth Handforth (sa mère), Eugene Pallette (Prosper Latour [ou Jean Étienne]), Josephine Crowell (Catherine de Médicis), Frank Bennett (Charles IX), Maxfield Stanley (le duc d’Anjou, futur Henri III), W. E. Lawrence (Henri de Navarre, futur Henri IV), Constance Talmadge (Marguerite de Valois, dite la reine Margot), Allan Sears (le mercenaire), Joseph Henabury (Gaspard II, amiral de Coligny), Chandler House (un page), Morris Levy (Henri, duc de Guise), Howard Gaye (le cardinal Lorraine), John Bragdon, Jewel Carmen, George James, Daisy Jefferson, Louis Ritz, Douglas Fairbanks (un cavalier).
Synopsis : Paris en août 1572. Le duc d’Anjou, frère du Roi (Monsieur de France) est reçu à la cour de Charles IX, à l’occasion du mariage de Marguerite de Valois avec Henri de Navarre. Catherine de Médicis évoque le massacre des catholiques à Nîmes et pousse son fils labile à ordonner la tuerie de la Saint-Barthélemy. Au même moment, Yeux Bruns, son fiancé Prosper Latour et toute sa famille huguenote s’installent à Paris pour assister aux festivités. Deux soldats l’importunent dans la rue. Au son du tocsin, les soldats tuent la famille huguenote, non sans avoir préalablement violé Yeux Bruns. Prosper Latour arrive trop tard, il est lui-même exécuté.
Les protestants pieux et vertueux se recueillent à la veille de la Saint-Barthélémy (« Intolerance », 1916).
 Un monument du septième art : quatre épisodes fustigeant l’intolérance à travers les siècles, reliés par l’image d’une femme berçant un enfant, s’entrecroisent par un montage alterné en une vaste symphonie en quatre mouvements. Le segment consacré aux guerres de Religion en France est le plus court (14% du film complet), hormis celui du Christ qui fut mutilé à la demande des milieux juifs (les deux autres parties se déroulent dans l’ancienne Babylone et au XXe siècle). Pour son récit, Griffith fait recréer un vaste salon de réception au Louvre, où sévit une Catherine de Médicis diabolisée (à la paroi, la tapisserie de la « Dame à la licorne »), et un carrefour de Saint-Germain, le tout échafaudé au Fine Arts Studio sur Sunset Boulevard et autour d’Inceville (Baldwin Hills), au canyon de Santa Inez, à 20 kilomètres d’Hollywood. Les scènes montrant le duc de Guise et l’assassinat de Coligny sont coupées au montage. L’œuvre, qui s’achève en apothéose pacifiste, prendra à revers l’opinion publique américaine à quelques mois de l’intervention des États-Unis dans le conflit européen et provoquera la débâcle des studios de Griffith. En France, l’épisode de la Saint-Barthélemy sera expurgé lors de la première exploitation du film (mai 1919), la censure de l’Hexagone invoquant « l’union sacrée » de la nation et estimant peu souhaitable de rappeler aux Français qu’il fut une époque où ils se massacraient entre eux pour des raisons confessionnelles.
1916An Enemy to the King (US) de Frederic A. Thomson
Vitagraph Co. of America (« Blue Ribbon Feature »), 6 bob. – av. Edward Hugh Sothern (Ernanton de Launay), Edith Storey (Julie de Varion), John Robertson (Claude Le Chastre), Fred Lewis (Guillaume Montignac), Charles Muzitt (Henri de Navarre, futur Henri IV), Denton Vane (Henri III), Adrizonu (Henri Ier de Lorraine, duc de Guise), Brinsley Shaw (Henri, vicomte de Bergin), Roland Buckstone (Blaise Tripault), Mildred Manning (Jeanotte), Pierre Colone (Rougin, un spadassin).
Synopsis : Le duc de Guise annonce à Julie de Varion qu’on libérera son père, un aristocrate huguenot, en échange de sa collaboration pour capturer Ernanton de Launay, ennemi déclaré de la couronne et ami d’Henri de Navarre. Julie rencontre le beau fugitif, les deux tombent amoureux. Ayant refusé de révéler la cachette d’Ernanton, Julie est emprisonnée. Ernanton se livre pour sauver M. de Varion. Les huguenots prennent le Louvre d’assaut (sic), Varion, Julie et Ernanton peuvent s’échapper vers le Sud de la France. – Un scénario délirant tiré de la pièce éponyme de Robert N. Stephens (1896), déjà interprétée sur scène à New York par deux des acteurs du film, E. H. Sothern et R. Buckstone. Tournage aux studios de Flatbush à Brooklyn.
1921A Gentleman of France (GB) de Maurice Elvey
Stoll Film Co. Ltd. (Sir Oswald Stoll), 1928 m. – av. Eille Norwood (Gaston de Marsac), Madge Stewart (Mlle de la Vere), Hugh Buckler (le vicomte de Turennes), Sydney Seaward (M. de Bruhl), Pardoe Woodman (Henri III), Allan Jeayes (Henri de Navarre, futur Henri IV), Harvey Braban (le baron de Rosny), Faith Bevan (Mme de Bruhl), Teddy Arundell (Fresnay), William Lenders (Simon Fleix), Robert Vallis (le bouffon), Mme d’Esterre (Mme de Marsac).
Synopsis : La France en 1589. De Bruhl emprisonne sa pupille, Mlle de la Vere, quand celle-ci découvre le complot qu’il a forgé pour assassiner Henri III. Le vaillant Gaston de Marsac la sauve in extremis, et le roi avec elle, mais ce dernier n’échappera pas au poignard d’un fanatique. – Une mise en scène assez statique signée Maurice Elvey, un des plus prolifiques réalisateurs britanniques, avec quelque 300 films à son actif depuis 1913, dont une quinzaine de drames historiques (cf. « Henry, King of Navarre », 1924 – cf. infra). Ce sujet emprunté à un roman de cape et épée de William James Elliott est filmé dans les nouveaux studios Stoll à Cricklewood, les plus grands du pays.
Henri IV (Henri Baudin, centre) à quelques jours de son assassinat (« La Bouquetière des Innocents », 1922).
1922La Bouquetière des Innocents (FR) de Jacques Robert
Films Gaumont Série-Pax, 2000 m. – av. Jacques Guilhène (Henriot), Albert Decoeur (Jacques Bonhomme), Henri Baudin (Henri IV), Liliane Constantini (Marie Concini), Gaston Modot (François Ravaillac), Genica Missirio (Concino Concini, maréchal d’Ancre), Claude Mérelle (Leonora Galigaï, maréchale d’Ancre / Margot la bouquetière), Suzy Beryl (la Belle Corysande, comtesse de Graumont), Deny Delile (Marie de Médicis), Robby Guichard (le jeune Louis XIII), Simone Vaudry (Gloriette), Céline James (Martine), Vouthier (Vitry, capitaine des Gardes), Claude Bénédict (Villars-Houdan), Fernand Mailly (Tavannes), Desmarest (Jean Louis de Nogaret, duc d’Epernon), Polthy (Drapier), Boyer (Courtois), Halma (Barbet).
Synopsis : Margot, bouquetière aux Halles (le Marché des Innocents) et filleule de Henri IV, est le parfait sosie de Leonora Galigaï, la femme de Concini, sœur de lait, confidente et âme damnée de la reine de France, Marie de Médicis. La bouquetière a pour voisin le peintre Henriot et pour fiancé Jacques Bonhomme, fripier de son état. Au Louvre, Henri IV est furieux, la reine a trop de faiblesses pour l’intriguant florentin Concini et il lui fait une scène de ménage. Il recommande son bâtard Henriot au dauphin Louis, puis monte en carrosse où Ravaillac le poignarde. La régence de Louis XIII commence. Henriot, Margot, Bonhomme et Gloriette, sœur de lait du roi, veulent prouver l’infamie de Concini, dont Louis XIII supporte de plus en plus mal l’insolente tutelle et que le peuple hait. Bonhomme parvient à démontrer la complicité des Concini avec Ravaillac, mais il est blessé grièvement par la Galigaï (qui s’est fait passer pour Margot). Le roi ordonne à son capitaine des Gardes d’abattre Concini tandis que la Galigaï est brûlée en Place de Grève.
Pour sa deuxième réalisation, Jacques Robert (qui fut l’Edmond Dantès du « Comte de Monte-Cristo » d’Henri Pouctal en 1918) opte pour un improbable mélo historique d’Auguste Anicet Bourgeois et Ferdinand Dugué (1862), grand succès populaire d’autrefois. Flairant la bonne affaire, Louis Gaumont lui donne les moyens de son choix : un casting de qualité, dominé par la resplendissante Claude Mérelle (Milady des « Trois Mousquetaires » de 1921) dans le double rôle de Margot et de l’ambitieuse Galigaï ; à ses côtés, Gaston Modot campe le régicide fanatique et inquiétant, jouet inconscient des rancunes de Concini. Le tournage se fait avec 600 figurants au vieux village de Cordes (Tarn), dans l’Albigeois, à Figeac et à Rocamadour (Lot), à Salers (Cantal), puis à Paris : au Musée Cluny (qui figure l’Hôtel du maréchal d’Ancre), au guichet du Louvre, à Belleville en face des Buttes-Chaumont, enfin en intérieurs au studio de La Villette. Des moyens importants qui contribueront aux bonnes recettes de l’entreprise. – US : The Innocent Flower Girl, IT : La floraia del mercato, ES : El bastardo del rey.
1923Ashes of Vengeance (Cendres de vengeance) (US) de Frank Lloyd
Joseph M. Schenck/Norma Talmadge Film Corporation-First National, 10 bob./1h51 min. – av. Norma Talmadge (Yolande de La Roche), Conway Tearle (Rupert de Vrieac), Courtenay Foote (Charles, comte de La Roche), Wallace Beery (le duc de Tours), Josephine Crowell (Catherine de Médicis), André de Béranger (Charles IX), Boyd Irvin (Henri, duc de Guise), Betty Francisco (Margot de Vancoire), Claire McDowell (sa tante), Howard Truesdale (le vicomte de Briège), Jeanne Carpenter (Anne), Forrest Robinson (Père Paul), James Cooley (Paul), Winter Hall (l’évêque), William Clifford (André), Murdock MacQuarrie (Carlotta), Hector Sarno (Gallon), Earl Schenck (Blais), Lucy Beaumont (Charlotte), Mary McAllister (Denise de Briège), Kenneth Gibson (Philippe de Vois), Carmen Phillips (Marie), Frank Leigh (Angelo Lupi, le bourreau).
Synopsis : En 1572, au bal de mariage de Marguerite de Valois avec Henri de Navarre, le comte de La Roche donne libre cours à la haine ancestrale de son clan pour les De Vrieac, des huguenots. Il flirte avec Margot de Vancoire et provoque en duel son fiancé, Rupert de Vrieac. Celui-ci désarme son adversaire mais lui laisse la vie en le ridiculisant. Au même instant éclatent les massacres de la Saint-Barthélemy et le comte de La Roche, en position de force, décide d’épargner Rupert et sa fiancée à condition que le premier serve chez lui pendant cinq ans comme domestique. Au château La Roche où il se fait quotidiennement humilier, Rupert s’éprend de la sœur du comte, Yolande, qui le traite de haut. Il sa sauve des crocs d’un loup. Accompagné par son serviteur, Yolande se rend au château Briège où sa cousine Denise est révoltée à l’idée de devoir épouser le duc de Tours, un ignoble coureur de jupons. Arrivé au château, le duc, ivre, ignore Denise et tente de prendre Yolande de force. Rupert s’interpose et la brute menace de le faire aveugler par son bourreau si elle ne cède pas à ses caprices quand Anne, un servante abusée par lui, le poignarde. Yolande persuade son frère de rendre la liberté à son gentilhomme-domestique et de bénir leur union.
L’Anglais Frank Lloyd, spécialiste des sujets historiques (« The Sea Hawk » en 1924, « Mutiny on the Bounty » en 1935), adapte un obscur roman d’aventures de H. B. Somerville, Ashes of Vengeance, a Romance of Old France (New York, 1914), pour le compte de Norma Talmadge. La plus grande star américaine du moment après Mary Pickford possède son propre studio à la East 48th Street de Manhattan, géré par son époux Joseph M. Schenck. Elle porte ici des costumes somptueux, mis en valeur par la photo veloutée de Tony Gaudio, mais c’est le numéro de Wallace Beery en crapule couarde et violente qui retient toute l’attention, ainsi que quelques jolis coups de rapière réglés par Fred Cavens. Un honnête spectacle dirigé avec savoir-faire, quoique beaucoup trop long compte tenu de la ténuité de l’argument. La Saint-Barthélemy et les conflits politico-religieux ne sont ici que le catalyseur de l’action et s’évaporent après la première bobine. – DE, AT : Die Bluthochzeit, ES : Cenizas de odio.
1923® The Loves of Mary, Queen of Scots (GB) de Denison Clift. – av. Fay Compton (Marie Stuart), Donald McCardle (François II), Irene Rooke (Catherine de Médicis). – Marie Stuart, reine d’Écosse et nièce de Charles de Guise, passe sa jeunesse en France (de 1548 à 1561) où elle épouse le dauphin, futur François II, en 1558, âgée de 17 ans. Après le décès de son royal époux, elle cède le trône de France au jeune Charles IX et à sa mère-régente, Catherine de Médicis, puis retourne en Écosse. – cf. Angleterre : Ecosse.
1924*Le Vert-Galant (FR) de René Leprince et Louis Nalpas (direction artistique)
Société des Cinéromans, 9000 m./8 épisodes d’env. 65 min. – av. Aimé Simon-Girard (Henri de Navarre dit le Vert-Galant, futur Henri IV), Renée Héribel (Dolorès de Mendoza), Claude Mérelle (Catherine de Guise, duchesse de Montpensier), Carlos Avril (Antoine d’Anglerays, dit Chicot le bouffon), Raoul Praxy (Henri III), Pierre de Guinguand (Louis de Gonzague), Albert Mayer (l’astronome Cosimo Ruggieri), Jean Peyrières (Maximilien de Béthune, duc de Sully), Suzy Beryl (Diane d’Andouins, comtesse de Graumont, dite la Belle Corisande), Maurice Schutz (le Grand Inquisiteur), André Marnay (le duc de Mendoza), Fernand Mailly (Louis des Balbes de Berton de Crillon), Ruy Dhorgans (Charles de Lorraine, duc de Mayenne), Madeleine Erickson (Concepción), Anna Lefeuvrier (la Tia), Jean de Sauvejunte.
Synopsis : Après l’assassinat d’Henri III, Henri IV le protestant, surnommé le Vert-Galant, doit conquérir la couronne de France, fille aînée de l‘Église romaine, par la force des armes. La Sainte Ligue catholique trouve des appuis en Espagne, ce pourquoi le duc de Mendoza fiance sa fille Dolorès à Louis de Gonzague. En route, Dolorès est arrêtée par les troupes d’Henri IV et menée au château de Saint-Germain où elle se défend avec une dague contre les avances du Béarnais, éperdu de désir. Le roi la laisse partir, elle est troublée par sa galanterie, mais à Paris, la duchesse de Montpensier estime que la belle Espagnole a l’étoffe d’une Dalila biblique. Mendoza s’oppose à ces basses besognes et la Montpensier envoie son astronome Ruggieri pour assassiner Henri IV. Ruggieri ayant été démasqué, la Montpensier contraint Dolorès à attirer le Vert-Galant dans un piège, mais ce dernier s’en sort à la pointe de sa rapière. Dolorès est tombée amoureuse du Béarnais. Mendoza et Gonzague, indignés par les méthodes déloyales de la Montpensier, se « rallient au panache blanc » du Béarnais. Mais Ruggieri fait séquestrer la belle dans son repaire, l’Inquisition prend la relève. Henri IV assiège Paris. En s’introduisant clandestinement dans la ville pour revoir sa bien-aimée, le monarque est capturé et contraint de signer son abdication pour éviter à Dolorès la torture. Mais le signataire n’est autre que Chicot, le bouffon du roi adroitement grimé. Henri IV survient à la tête de sa cavalerie, arrête l’Inquisiteur et libère ses amis. Gonzague lui sauve la vie au cours des combats (un coup d’arquebuse du félon Ruggieri, son dernier) et, par gratitude, le roi renonce à lui enlever Dolorès. Ayant sacrifié son amour, il met fin au siège de la capitale et abjure le protestantisme. Dolorès épouse Gonzague, tandis qu’Henri IV entre solennellement dans Paris.
Henri IV en héros de feuilleton rocambolesque à la Zévaco, mi-Don Juan, mi-Scaramouche, affronte pendant plus de huit heures de suspense découpées en tranches hebdomadaires dagues, tortures, déguisements, oubliettes, filtres, miroirs magiques et poisons ! Pour passer inaperçu, le roi sans trône se cache même dans un tonneau de farine faisant partie d’un convoi de vivres destiné aux Parisiens affamés … par ses propres troupes. « Le Vert-Galant » est un de ces grands films à épisodes en costumes dont la mode s’est imposée dans l’Hexagone avec le triomphe des « Trois Mousquetaires » et « Vingt ans après » d’Henri Diamant-Berger en 1921/22, dont justement Aimé Simon-Girard (d’Artagnan), Claude Mérelle (Milady) et Pierre de Guinguand (Aramis) étaient les vedettes. Leprince, champion du genre, va réutiliser Simon-Girard dans ses « cinéromans » suivants, « Mylord l’Arsouille » et « Fanfan la Tulipe » (1224/25). Le scénario de Pierre Gilles-Veber inclut dans ses cavalcades et renversements de situations quelques grands moments d’histoire, comme les batailles d’Arques et d’Ivry, le tout tourné dans le plus vaste studio de France à Joinville-le-Pont, en extérieurs à Pierrefonds, Azay-le-Rideau, Fougères, Bourges (maison de Jacques Cœur), au château de Fontainebleau, à Versailles (intérieurs) et dans les parages de Compiègne avec 300 soldats et 200 chevaux.
Episodes : 1. « Le Roi sans royaume » – 2. « Le Miroir magique » – 3. « Les Gants empoisonnés » – 4. « L’Inquisiteur et le sorcier » – 5. « Le Message d’amour » – 6. « L’Envoûtement » – 7. « Au secours de l’ennemi » – 8. « Le Triomphe du Béarnais ». – IT : Il re galante. Titre de la réédition en 4 épisodes : Henri IV.
1924Henry, King of Navarre (GB) de Maurice Elvey
Stoll Film Co. Ltd. (Sir Oswald Stoll), 1600 m. – av. Matheson Lang (Henri de Navarre, futur Henri IV), Gladys Jennings (Marguerite de Valois, dite la reine Margot), Henry Victor (Henri, duc de Guise), Stella St. Audrie (Catherine de Médicis), Humberston Wright (Charles IX), H. Agar Lyons (Pierre), Mme d’Esterre (Jeanne d’Albret, mère d’Henri de Navarre).
Synopsis : En 1572, Henri de Navarre est appelé à Paris au chevet de sa mère mourante, Jeanne d’Albret, empoisonnée par Catherine de Médicis. Des amis le mettent en garde contre un complot d’assassinat. Henri fait le naïf et échappe ainsi aux dagues. A la veille de son mariage arrangé avec Marguerite de Valois, il feint de s’enivrer et s’éloigne, laissant la porte de la chambre nuptiale ouverte. Le duc de Guise s’y engouffre mais il est repoussé par Marguerite. A la Saint-Barthélemy, dans les rues de Paris, Henri défait Guise en duel (sic), puis, blessé, se réfugie auprès de Marguerite qui a appris à l’aimer et le protège.
Maurice Elvey, routinier du cinéma anglais et homme à tout faire de Stoll Pictures, filme un scénario d’Isabel Johnstone tiré d’une pièce du comédien-metteur en scène londonien Lewis Waller (1860-1915), étoffé de quelques lointains emprunts à La reine Margot d’Alexandre Dumas (cf. infra). Son Henri de Navarre manie l’épée comme Douglas Fairbanks pour échapper aux foules catholiques fanatisées et atteindre le Louvre au dernier moment, quand on hisse le pont-levis. C’est avec sa rapière que le Canadien Matheson Lang – interprète très populaire du bandit Dick Turpin (1922), du conspirateur Guy Fawkes (1923) et du Mouron Rouge (1928) – défend ici des huguenots menacés par les sbires des Guise. Le tournage s’effectue aux studios Stoll à Cricklewood, avec de nombreux extérieurs en France, dans les châteaux de la Loire et dans le Midi. Le film, inédit dans l’Hexagone, est jugé théâtral et peu dramatique, malgré de fort belles images et des effets d’éclairage à l’allemande. (Rappelons qu’Elvey a déjà mobilisé le futur Henri IV dans « A Gentleman of France », trois ans auparavant.)
Catherine de Médicis (Blanche Bernis) au cœur d’un film peu connu de Renoir, tourné à Carcassonne (1928).
1928*Le Tournoi / Le Tournoi dans la cité (FR) de Jean Renoir
Société des Films Historiques (Henry Dupuy-Mazuel), 2635 m./1h53 min. – av. Aldo Nadi (François de Baynes), Jackie Monnier (Isabelle Ginori), Enrique de Rivero (Henri de Rogier), Blanche Bernis (Catherine de Médicis), Gérald Mock (Charles IX), Suzanne Desprès (la comtesse de Baynes), Manuel Rabinovitch (le comte Ginori), Viviane Clarens (Lucrèce Pazzi, la Florentine), Philippe Janvier (l’officier des gardes), William Aguet (le grand écuyer), le nain Marval (Antonio, le bouffon), Max Dalban, Albert Rancy, Pierrette Debrèges, Paul Jorge.
Synopsis : En 1565, Catherine de Médicis voyage dans le Midi de la France avec le roi Charles IX, encore un enfant, et s’arrête deux jours dans la ville de Montpeyroux pour y assister à un tournoi organisé en son honneur (1). Isabelle Ginori aime Henri de Rogier, un gentilhomme catholique. Par malheur, François de Baynes, un seigneur huguenot arrogant, bretteur aussi redoutable que volage, la rencontre et déclare péremptoirement qu’elle lui appartiendra. Le comte Ginori, frère de la jeune femme, relève le propos et de Baynes le tue en duel, bravant l’interdit absolu de se battre décrété par la reine durant son séjour, sous peine de mort. Ignorant ces faits, et par calcul politique, Catherine de Médicis accorde la main d’Isabelle au belliqueux protestant, mais François, épée à la main, exige l’arbitrage de la reine-mère. Celle-ci annonce que le vainqueur du tournoi sous forme de « jugement de Dieu » sera l’époux d’Isabelle. Le lendemain, dans la lice, de Baynes se bat comme un fauve. Il est sur le point d’achever son rival quand le cadavre de Ginori est découvert et le coupable démasqué, Lucrèce Pazzi, sa maîtresse florentine, étant passée aux aveux. De Baynes refuse de se rendre. Ferraillant seul contre vingt, il succombe à la charge du guet royal qui vient l’arrêter, tandis qu’Isabelle et François peuvent enfin se fiancer.
Entrepris à l’occasion du bimillénaire de la Cité de Carcassonne, ce mélodrame en costumes est une curiosité dans la filmographie de Jean Renoir. Rappelons que la vieille ville, vouée jadis à la destruction totale, fut sauvée de la démolition et de l’oubli dès 1854 grâce aux travaux de restauration considérables menés par Viollet-le-Duc. Ainsi réhabilitée, elle devenait le cadre idéal pour de nombreuses manifestations historiques ; ses 52 tours et ses trois kilomètres de remparts attirèrent vite les cinéastes, à commencer par Louis Feuillade (« Le Retour du croisé », 1908), suivi de Raymond Bernard (« Le Miracle des loups », 1925) et Marc de Gastyne (« La Merveilleuse Vie de Jeanne d’Arc », 1928). Le comité des journées de commémoration ayant prévu comme clou des festivités (auxquelles assisteront Gaston Doumergue, Président de la République, et le sultan du Maroc) la reconstitution d’un grand tournoi, avec l’appui prestigieux des écuyers du Cadre Noir de Saumur et les spahis de la Cavalerie française, il est décidé d’intégrer cette joute spectaculaire à une œuvre de fiction (mi-juillet 1928). Les combats devant la tribune royale sont précédés, ainsi que l’exigeait la coutume, de jeux du dard, jeux des plumets, jeux de la bague, puis de la bénédiction des lances dans la basilique romane de Saint-Nazaire. Comme « Le Miracle des loups » (cf. 8), film dont il est une sorte de produit dérivé, « Le Tournoi » est tiré d’un texte d’Henry Dupuy-Mazuel, promu par sa Société des Films Historiques et tourné en extérieurs autour des impressionnantes fortifications médiévales de la ville.
Champion du monde de fleuret, l’Italien Aldo Nadi règle les duels et se défend avec virtuosité dans « Le Tournoi ».
 Jean Renoir entre en lice à Carcassonne
Un premier découpage du film est élaboré par Raymond Bernard, qui devait initialement aussi le réaliser. Les très beaux intérieurs conçus par Robert Mallet-Stevens sont réalisés aux studios de Saint-Maurice et à ceux des Réservoirs à Joinville où les compositions picturales multiplient les renvois à Jan et Hubert Van Eyck ou Vermeer de Delft. Renoir, qui s’est fait remarquer avec le « Nana » de Zola deux ans auparavant (un échec public retentissant), considère le film comme une simple commande, honorée sans conviction mais acceptée de bonne humeur. Comme le relèvera Jacques Rivette, « Renoir joue ici le franc jeu du mélodrame historique, et s’y divertit le premier. Rien d’affecté ni de guindé, mais, dix ans avant « La Marseillaise », le même souci de traiter l’Histoire au présent, grâce à la familiarité du ton dans les jeux de scène, à la vivacité d’allure des personnages » (Cahiers du Cinéma, Noël 1957). Le récit ne pèche pas par excès de psychologie, certes, mais tel n’est pas le propos : les scènes de la vie de cour au XVIe siècle ont de la tenue – les costumes ont été créés par le peintre Georges Barbier (du blanc pour les catholiques, du noir pour les protestants) – et les fougueux affrontements dans la poussière de la lice, enregistrés par une caméra agile et baladeuse (sur une plate-forme équipée de roues), sont visuellement très gratifiants, même s’ils ralentissent plus d’une fois l’action. (Ils attirèrent la réprobation de quelques pédants historiens affirmant qu’il n’y eut point de tournoi lors de la visite royale de 1565.) Après une avant-première à la cour royale de Belgique, le film fait cinq semaines d’exclusivité à Paris. Champion du monde de fleuret, d’épée et de sabre aux Jeux olympiques de 1920, l’Italien Aldo Nadi débute ici à l’écran en interprétant l’invincible de Baynes et en déployant une phénoménale virtuosité à la rapière et à la dague. Nadi émigrera en 1935 aux États-Unis et fera une carrière de maître d’armes à Hollywood (il travaillera notamment sur « Frenchman’s Creek » de Mitchell Leisen, 1944, et sur « Captain of Castile » de Henry King, avec Tyrone Power, 1947). L’année suivante, Renoir réunira les mêmes acteurs et techniciens pour commémorer le centenaire de la colonisation de l’Algérie par la France en 1830 avec « Le Bled », son dernier film muet. – Titre international : The Tournament.

(1) L’étape figurant dans le film fait partie du grand « tour de France » que Catherine de Médicis organisa, une fois proclamée la majorité de Charles IX, de janvier 1564 à avril 1566. Dans chaque province, dans chaque ville, le souverain en personne signifiait à ses sujets les nouveaux objectifs de la politique royale : pacification religieuse et rétablissement de l’ordre public. À la colère des ultras catholiques menés par les Guise.
1937® Les Perles de la couronne (FR) de Sacha Guitry et Christian-Jaque. – av. Marcelle Samson (Catherine de Médicis en 1550), Marguerite Moreno (Catherine de Médicis en 1560), Colette Borelli (Marie Stuart enfant), Jacqueline Delubac (Marie Stuart, épouse de François II), Derrick de Marney (Henry Darnley), Yvette Pienne (Elisabeth d’Angleterre), Aimé Simon-Girard (Henri IV), Germaine Aussey (Gabrielle d'Estrées), Andrews Engelmann (James, le soldat). – (Épisode précédent, cf. François Ier(øøø)) Ayant reçu le collier de perles de Catherine de Médicis, sa belle-mère, Marie Stuart, à présent reine de France, fait formellement valoir ses droits à la couronne d’Angleterre, suscitant ainsi l’ire de la reine Elisabeth. Mais en 1560, François II meurt et son frère Charles IX lui succède. Veuve et orpheline, Marie Stuart se dit détestée par la reine mère qui la fait renvoyer en Écosse… – En septembre 1589, alors qu’Henri IV fête avec Gabrielle d’Estrées la victoire qu’il vient de remporter contre les Ligueurs sur le champ de bataille d’Arques, près de Dieppe, un soldat blessé, un volontaire anglais, lui remet avant de rendre l’âme une perle qu’il a volée. Le roi en fait cadeau à sa favorite.
Guillemette Babin, héroïne d’un film-provocation sur la sorcellerie, se donne à Satan et finit sur le bûcher (1947).
1947*Le Destin exécrable de Guillemette Babin (FR) de Guillaume Radot
G. Radot-Union Générale Cinématographique, 1h37 min. – av. Helena Bossis (Guillemette Babin), Jean Davy (le procureur Salavert), Edouart Delmont (Maître Pierre Pasquier), Germaine Kerjean (Radegonde, mère de Guillemette), Paalmyre Levasseur (Dame Pasquier), Michel Barbey (Jean-François Pasquier), Renaud Mary (Charles Perrin, l’avocat), Paul Demange (Maître Nicolas), Jacky Flynt (Mathilde), Colette Fleuriot (Clotilde), Aldred Baillou (le geôlier), Jean Carmet (Etienne), Robert Seller (Louis le Noble), Jacques Torrens (Jacques Fouquembières), Frédéric Ray (le diable), Mathevet (l’escholier), Sylvain (l’idiot), Charlotte Vallendier (Marie), Jacques Dufilho, Philippe Clay.
Synopsis : Dans une bourgade de France à la fin du XVIe siècle, devant un tribunal de l’Inquisition. Guillemette Babin, vingt ans, est accusée de sorcellerie, à l’instar de sa mère Radegonde (jadis lynchée par la foule). Elle confesse ses crimes, son attirance pour l’Esprit du Mal, inefficacité du secours de la religion. Comment, engagée comme fille de ferme chez Maître Pasquier, elle poussa au suicide le fils de son patron qui ne voulait pas d’elle et acheva sa maîtresse malade. Comment elle se fit épouser par le veuf, un vieillard pitoyable et paillard, et subit l’initiation au Sabbat, son union avec Belzébuth pendant sa nuit de noces. Las de sa vie de débauche satanique, son époux la dénonce à l’Inquisition. Son avocat, Perrin, veut la faire passer pour une mythomane à l’imagination débordante, mais le procureur la condamne au bûcher.
Un film-provocation qui sort du lot, encore inconcevable avant-guerre, mais explicable en 1947 après le cauchemar du conflit mondial et le désarroi général entraîné par la perte des repères chrétiens ou simplement humanistes. Guillaume Radot, un des rares réalisateurs français passionnés de fantastique (« Le Loup des Malveneurs », 1945), adapte ici La vie exécrable de Guillemette Babin, sorcière (1925), un roman de l’écrivain et juriste Maurice Garçon (élu à l’Académie française en avril 1946). Spécialiste de l’histoire de la sorcellerie et passionné de littérature diabolique, Garçon a fabriqué son récit (qu’enrichissent des gravures fort suggestives de Bernard Zuber) à partir de la chronique criminelle de l’Inquisition. Il s’interroge sur le cas de la « possédée », sur la véracité de ses témoignages, sans apporter de réponses : Babette subit le sort que lui réserve son temps. Soumise à la torture et rejetée sanglante dans sa cellule, elle se plaint d’être abandonnée du diable ; aussitôt ses plaies se referment et elle vit une scène d’amour torride avec Satan invisible. Quand Salebert la fait exorciser et asperger d’eau bénite, ses plaies se rouvrent. Radot écrit les dialogues du film en collaboration avec le comédien et metteur en scène Yves Brainville (de son vrai nom Yves René Marie de La Chevardière de La Grandville), la musique est de Maurice Thiriet, Philippe Clay et Jacques Dufilho font partie de l’affiche. On tourne à Castelnaudary (Aude), Monpazier, Sarlat, Carsac (Dordogne), Rocamadour (Lot) et au studio des Buttes-Chaumont.
Radot est doté d’un talent visuel certain. Original à défaut d’être pleinement réussi, son film jouit d’une petite réputation pour ses scènes de Sabbat assez voluptueuses et osées, du moins pour l’époque. A travers ses évocations très colorées des rituels sataniques, agrémentées de divers trucages optiques (disparitions, transformation d’un homme en âne), il rappelle quelque peu « La Sorcellerie à travers les âges (Häxan) » de Benjamin Christensen (1918). Babette alias Helena Bossis exhibe sa sensualité troublante en déshabillé vaporeux parmi des couples demi nus, suscitant fatalement les foudres de la censure et l’anathème de l’Église. La comédienne a déjà un mini-palmarès sulfureux : fille de la directrice de théâtre Simone Berriau, elle a tenu le rôle-titre de La Putain respectueuse de Sartre sur scène, et quelques mois auparavant, campé la garce de « Le Diable souffle » d’Edmond T. Gréville. À ses côtés, Frédéric Ray, danseur aux Folies-Bergères, fait un démon en chef fort séduisant.
1953® Si Versailles m'était conté (FR) de Sacha Guitry. – av. Gaston Rey (Henri IV), Claude Chapeland (le dauphin âgé de cinq ans, futur Louis XIII), Yves Deniaud (un paysan). – Égaré aux cours d’une partie de chasse, Henri IV découvre en compagnie de son jeune fils la colline boisée de Versailles. Ce dernier décidera plus tard d’y faire construire un pavillon de chasse...
La cour de Henri III (Jean Weber), une vignette de Sacha Guitry pour « Si Paris nous était conté » (1955).
1955® Si Paris nous était conté (FR) de Sacha Guitry. – av. Jean Weber (Henri III), Jean Martinelli (Henri IV/Firmin Lefebvre, son sosie), Michèle Morgan (Gabrielle d'Estrées), André Chanu (Maximilien de Béthune, duc de Sully), Henri Bosc (Henri de Luxembourg, baron de Vendeuvre), Jacques Dumesnil (Armand du Plessis, duc de Richelieu), Claudy Chapelan (le dauphin Louis XIII), René Bernard (François Ravaillac). – Épisodes précédents, cf. Jeanne d’Arc (7.7), Louis XI (8) et Henri II (9). Le 1er août 1589 au Louvre, Henri III devise avec ses mignons et avec Henri de Navarre, évoque mélancoliquement la mort inattendue de ses deux frères, l’assassinat du Prince de Condé par M. de Montesquiou, celui de l’amiral de Coligny et le massacre de la Saint-Barthélemy (auquel il affirme mensongèrement n’avoir pas assisté), enfin le meurtre du duc de Guise à Blois. Qui sera le prochain ? A cet instant, Jacques Clément entre dans la pièce et le poignarde.
Gabrielle d’Estrées (Michèle Morgan) séduit Henri IV (Jean Martinelli) (« Si Paris nous était conté » de S. Guitry).
 En juillet 1593, sur la terrasse de l’Abbaye de Saint-Denis, le roi contemple Paris et hésite à se convertir. Gabrielle d’Estrées lui ayant annoncé qu’elle est enceinte de lui, il décide que « Paris vaut bien une messe » et reçoit l’archevêque de Bourges et l’évêque d’Évreux. Quinze ans plus tard, au Louvre, il accueille Armand du Plessis, duc de Richelieu, puis se fait poignarder rue de la Ferronnerie.
1959(tv) La Pavane de Blois (FR) de René Dupuy (th) et Claude Dagues (tv)
(RTF 8.9.59), 1h35 min. – av. Georges Audoubert (Henri, duc de Guise), Michel Bouquet (Henri III), Germaine Dermoz (Catherine de Médicis), Jean-Paul Coquelin, Evelyne Dassas, Philippe Kellerson. – Un texte de l’auteur dramatique André Josset reconstituant l’assassinat du duc de Guise, présenté sur une scène construite dans le cadre du château de Blois, le tout en hommage au film muet de 1908. Michel Bouquet dans un de ses premiers rôles à la télévision.
1960*(tv) L’Énigme Ravaillac, ou qui a tué Henri IV ? (FR) de Stellio Lorenzi 
série « La caméra explore le temps », Stellio Lorenzi, André Castelot, Alain Decaux/Radio-Télévision Française (RTF) (1e Ch. 16.4.60), 1h55 min. – av. Francis Claude (Henri IV), Nelly Benedetti (Marguerite de Valois, dite la reine Margot), Anna Gaylor (Jacqueline d’Escoman), Jean-Roger Caussimon (Nicolas de Harlay), Michel Trévières (François Ravaillac), Julien Bertheau (Maximilien de Béthune, duc de Sully), François Chaumette (Jean Louis de Nogaret, duc d'Épernon), William Sabatier (François, maréchal de Bassompierre), Jean-Marie Fertey (Concino Concini), Judith Magre (la marquise de Verneuil), Nicole Kessel (Leonora Galigaï), Christine Caron (Charlotte du Tillet), Hélène Tossy (Marie de Médicis), Robert Porte (l’ambassadeur d’Espagne), Jacques Monod (le père procureur).
Synopsis : Le régicide Ravaillac était-il un halluciné ou le jouet d’une puissante faction de conspirateurs ? Ne fut-il pas hébergé à Paris chez Charlotte du Tillet, maîtresse du duc d’Épernon ? La reine Marie de Médicis avait intérêt à voir disparaître son mari – qui avait beaucoup d’ennemis : Henriette d’Entragues, sa maîtresse délaissée ; le duc d’Épernon, ancien mignon d’Henri III, mis à l’écart ; les Concini, favoris de la reine à qui Henri IV adressait de fréquentes demandes d’argent. D’autre part, Jacqueline d’Escoman, mi-suivante mi-servante chez Henriette d’Entragues, essaya en vain de protéger le roi…
Une enquête imaginée par Alain Decaux, André Castelot et Stellio Lorenzi, filmée en direct en noir et blanc aux studios des Buttes-Chaumont, dans le cadre de leur mythique série conçue en 1957. C’est le produit d’une télévision qui refuse la facilité et parvient à captiver les spectateurs les plus réticents à l’Histoire à des horaires de grande écoute. Cette anthologie de dramatiques historiques, pédagogiques sans être scolaires, se veut aux antipodes du cinéma hollywoodien, leurs auteurs rappelant régulièrement leurs sources : archives, mémoires, témoignages. Dans le même registre, Lorenzi produit et écrit « L’Assassinat du duc de Guise » de Lessertisseur, diffusé six mois plus tard. Quant à Francis Claude, il est tellement convaincant en Béarnais qu’il reprendra ce rôle par trois fois (cf. infra, « Vive Henri IV… vive l’amour ! » d’Autant-Lara).
Le duc de Guise (Georges Descrières) prend congé de sa maîtresse (Judith Magre) avant de se faire trucider (1960). ©INA
1960*(tv) L’Assassinat du duc de Guise (FR) de Guy Lessertisseur
série « La caméra explore le temps », Stello Lorenzi, André Castelot, Alain Decaux/Radio-Télévision Française (RTF) (1e Ch. 13.12.60), 1h34 min. – av. Georges Descrières (Henri de Guise le Balafré), François Maistre (Henri III), Jacques Castelot (Louis de Guise, cardinal de Lorraine), Eléonore Hirt (Catherine de Guise, duchesse de Montpensier), Judith Magre (Charlotte de Sauve, marquise de Noirmoutiers), Jacques Monod (Nicolas d’Angenne, seigneur de Rambouillet), Maria Meriko (Catherine de Médicis), Raymond Pélissier (M. d’Aumont), Catherine de Seynes (Louise de France, la reine), Philippe Nyst (Louis des Balbes de Berton de Crillon), Philippe Mareuil (le duc d’Elbeuf), Noël Darzal (M. de Maintenon), David Tonelli (Venetianelli), Raphaël Albert-Lambert (Pericard), Roger Trecan (Larchant), Max Amyl (Laugnac, chef des Quarante-Cinq).
Le sujet a été traité pour la première fois en 1908, dans la légendaire production des Films d’Art (cf. supra). Il est présenté ici selon le point de vue d’Henri III, un « roi honni et mal compris » dont les téléastes justifient entièrement le comportement. Le 15 octobre 1588, ayant été contraint de fuir les barricades à Paris, Henri III, fantoche entre les mains du clan des Guise, s’est réfugié dans son château à Blois. Il a été contraint de nommer son pire ennemi, le duc de Guise, dit le Balafré, Lieutenant général du royaume. Ce dernier et son frère Louis, cardinal de Lorraine, exigent qu’il rétracte ses propos critiques sur la Ligue, cet État dans l’État. Le roi se tait, feint de céder (« j’ai l’air de signer mon testament – et celui de la France »), puis reproche à sa redoutable mère, Catherine de Médicis, d’avoir soutenu une faction qui cherche à vendre le pays aux Espagnols ; fort heureusement, l’Armada (« flotte bénite du pape mais maudite de Dieu ») vient de couler. Soupçonnant le pire et n’ayant que l’anéantissement du huguenot Henri de Navarre en tête, la reine-mère demande à Charlotte de Sauve de devenir la maîtresse du Balafré afin de le surveiller et, si nécessaire, l’avertir des dangers qu’il court (« si tu l’aimes, sauve-le des embrassades de mon fils »). Dévoré d’ambition mais vaniteux et naïf, Guise refuse de prendre le roi (« ce pleutre ») au sérieux et hésite longuement à usurper le trône comme le souhaite son clan à l’unisson, appuyé par Philippe II d’Espagne, le trésorier de la Sainte Ligue. On fomente un coup d’État pour renverser cette « dynastie pourrie » et enfermer le roi dans un cloître. Henri III, lui, se montre conciliant, même affectueux et « avale des couleuvres jusqu’à l’indigestion » en attendant l’occasion de se débarrasser des comploteurs. Arrêter Guise est impensable, police et juges, même une partie de la population le protègent, ce serait la guerre civile. Seul l’assassinat peut en éviter beaucoup d’autres et sauver le royaume. Plus Médicis que Valois, Henri retient Guise à Blois en le flattant à excès, jure sur le crucifix qu’il lui est bien intentionné, puis fait appel à Laugnac et à ses 45 Gascons pour la basse besogne. Guise et son frère, le cardinal de Lorraine, périssent sous les poignards.
Une distribution de qualité – ici Georges Descrières (le futur Arsène Lupin du petit écran), François Maistre, Éléonore Hirt – pour un des plus célèbres épisodes de la série d’André Castelot, Alain Decaux et Stellio Lorenzi, filmé en direct en noir et blanc aux studios des Buttes-Chaumont. Les téléastes s’affairent à restituer le plus exactement possible le lieu du crime, le premier étage du château de Blois, et le dernier quart d’heure de l’émission respecte dans son minutage et ses moindres incidents celui de l’assassinat, créant ainsi un réel suspense. Quelques mois plus tôt, Lorenzi a écrit et mis en scène « L’Énigme Ravaillac, ou qui a tué Henri IV ? » pour la même collection (cf. supra).
Francis Claude fait un Vert Galant très convaincant, à l’accent méridional appuyé, dans la comédie de Claude Autant-Lara.
1961*Vive Henri IV… vive l'amour ! / I celebri amori di Enrico IV (FR/IT) de Claude Autant-Lara
Ray Ventura/Hoche Productions, Paris-Da.Ma. Cinematografica, Rome, 1h58 min. – av. Francis Claude (Henri IV), Melina Mercouri (Marie de Médicis), Danielle Gaubert (Charlotte Marguerite de Montmorency, princesse de Condé), Jean Sorel (Henri II de Bourbon-Condé), Danielle Darrieux (Henriette de Balzac d'Entragues), Bernard Blier (Maximilien de Béthune, duc de Sully), Roger Hanin (François Ravaillac), Armand Mestral (François, maréchal de Bassompierre), Pierre Brasseur (le connétable de Montmorency), Simone Renant (Charlotte-Catherine de la Trémoille), Nicole Courcel (Jacqueline de Bueil, comtesse de Moret), Vittorio De Sica (Don Pedro, ambassadeur d’Espagne [=Don Iñigo de Cardenas]), Francis Blanche (le prieur), Julien Carette (Jean Louis de Nogaret, duc d’Epernon), Jean Tissier (le médecin espagnol), Robert Dalban (l’officier de la garde), Lise Delamare (Mme de Monglat), Jean Danet (Concino Concini, maréchal d’Ancre), Marie Mergey (Leonora Galigaï, maréchale d’Ancre), Moustache (La Ferrière), José-Luis de Villalonga (l’envoyé d’Espagne), Annick Allières (Philippote), Daniel Ivernel, Paul Demange, Piéral.
Synopsis : Petit bonhomme barbichu, agité et volubile, Henri IV, en dépit de ses 57 ans et de ses crises de goutte, est toujours porté sur la bagatelle. Ses nombreuses favorites lui ont donné une ribambelle d’enfants, connus et inconnus, mais le monarque trouve les exigences des mères accablantes et songe à se ranger. Puis, en janvier 1609, il remarque l’éclatante beauté de Charlotte de Montmorency, 15 ans à peine, déguisée en « nymphe de Diane » pour un ballet composé par la reine et promise au maréchal de Bassompierre. Plus intéressé par la chasse (et les éphèbes) que par la gent féminine, le prince de Condé, un des rejetons du roi, admet le principe d’un mariage en blanc permettant à la donzelle de se glisser dans le lit du Vert Galant, ce qui ne déplait pas à cette dernière : la fine mouche a de l’ambition. En revanche, Condé n’apprécie guère son rôle de cocu et, à peine marié, fugue aux Pays-Bas espagnols, enlevant son épouse à la barbe du roi. A force de mauvais traitements et de sévérité, il la rend amoureuse de lui. Furieux, Henri IV est prêt à déclarer la guerre à l’archiduc Albert, prince des Pays-Bas, si Charlotte ne lui est pas restituée. Mais lorsque Condé apprend le complot tramé contre la vie du roi, il revient en France. Il arrive trop tard. Marie de Médicis, veuve et régente, fait embastiller le prince avec son épouse – dans la même cellule.
Charlotte de Montmorency (Danielle Gaubert) n’est pas insensible aux avances du roi, barbon lubrique (1961).
 L’amour d’un barbon pour un fruit vert
Criblé de dettes à la suite du tournage cauchemardesque de « Tu ne tueras point » (1961), film sur l’objection de conscience qui sera boycotté dans plusieurs pays, Autant-Lara accepte de réaliser cette coproduction fastueuse mais fort éloignée de ses préoccupations. Le producteur en est l’ex-chef d’orchestre Ray Ventura, qui dirigea aussi « En cas de malheur » du même Autant-Lara. A l’origine, le film d’abord intitulé « Jeu de Roi », devait être joué par la star autrichienne O. W. Fischer (Condé) et Françoise Dorléac (Charlotte), et tourné à Vienne où la Hofburg aurait remplacé le Louvre alors interdit aux caméras. Les Autrichiens ayant fait faux-bond, le cinéaste réalise son film avec des capitaux franco-italiens en Eastmancolor et Dyaliscope aux studios de Joinville et d’Epinay (Max Douy y reconstruit la rue de la Ferronnerie où fut assassiné le roi), aux studios Riviera à la Victorine (Nice), dans le domaine de Versailles (Étoile royale, ferme de Gally) et la région parisienne. Pour Henri IV, on pensa successivement à Fernand Gravey, François Périer, Fernandel, Alec Guiness, Louis de Funès et Yul Brynner … avant de se décider pour le chansonnier-cabarettiste Francis Claude, plus vrai à l’écran que légende et nature réunies. Un bon choix : Claude, l’accent méridional appuyé, avait déjà campé le Béarnais dans le téléfilm « L’Énigme Ravaillac » de Stellio Lorenzi et il reprendra ce rôle dans « Hardi ! Pardaillan » (1963) de Bernard Borderie, puis une quatrième fois dans « La Bouquetière des innocents » de Roger Iglésis (tv 1967). Celui de Mlle de Montmorency revient à Danielle Gaubert qu’Autant-Lara a fait débuter dans « Les Régates de San Francisco » en 1959. Le générique abonde en célébrités, les plus grands interprètes français (parfois méconnaissables sous leurs postiches) venant faire trois petits tours et disparaître, à la mode de Sacha Guitry. Quant au scénario, il est signé Jean Aurenche et Henri Jeanson, quoique Jeanson désavouera ses dialogues qu’Autant-Lara aurait fait modifier par Aurenche ; il exigera en vain que son nom soit retiré du générique. Avec cette comédie vaudevillesque de l’amour d’un barbon pour un fruit vert, le cinéaste livre un divertissement gaillard, grivois et aimable, à la verve parfois vengeresse, mené avec un savoir-faire évident. Soit : son film ne s’adresse pas aux délicats, mais aux amateurs de viande rouge et de vin fort (ce qui n’aurait pas déplu au Vert Galant), on s’y distrait sans constipation intellectuelle et certains histrions surjouent à satiété (Melina Mercouri en Marie de Médicis volcanique). Obnubilée par la découverte de Godard et Truffaut, la presse parisienne parle de « guignolade historique » et remarque, courroucée, que « la technique cinématographique y semble contemporaine du bon roi Henri » (Le Canard enchaîné, 12.4.61). Mais le meilleur gag n’est pas à l’écran : en RFA, les distributeurs sortent le film un premier temps sous le titre cocasse de « Süsses Leben in Versailles » – la dolce vita à … Versailles. Qu’en aurait dit Louis XIV ?
L’épisode de la dernière passion du Béarnais rapporté ici sous forme de comédie bouffonne est parfaitement authentique, quoiqu’il ait pris un tournant nettement plus dramatique : le couple princier en fuite vers le Nord avait les capitaines des gardes du roi à leur trousses. Charlotte put résider à Bruxelles chez la princesse d’Orange, tandis que son mari partait se réfugier à Cologne. Les historiens insistent sur le fait qu’Henri II de Bourbon-Condé, pair de France, était le neveu du roi et non son rejeton (1). Pendant son séjour de semi-captive à Bruxelles, Charlotte échangea nombre de billets d’amour passionnés avec le roi et il y eut même tentative d’enlèvement de la princesse sous la direction du marquis de Coeuvres, rapt que Condé empêcha en faisant monter la garde à cinq cents hommes d’armes autour de la demeure de son épouse. Là-dessus, Henri IV envoya un ultimatum à l’archiduc Albert et ordonna la mobilisation de ses troupes sous le prétexte de soutenir les alliés protestants en Flandre ; aux yeux de la cour, la princesse de Condé était une nouvelle Hélène de Troie. Une semaine plus tard, Henri IV périssait. Condé retourna effectivement en France à la mort du roi en 1610, mais il s’opposa bientôt à la politique pro-espagnole de la Régente (qui contraignit le jeune Louis XIII à épouser l’infante Anne d’Autriche) ainsi qu’à Concini et à sa clique italienne qui prétéritaient les princes de sang français. C’est pour ces raisons qu’il fut embastillé en 1616 sur ordre de Richelieu et resta trois ans en prison à Vincennes, où le rejoignit son épouse. – DE : Das Bett des Königs, US : Long Live Henry VI… Long Live Love, BE : Si Henri IV m’était conté.

(1) – Fils posthume de Henri Ier de Bourbon-Condé, il ne connut pas sa mère, Charlotte de La Trémoille, celle-ci ayant été emprisonnée suite aux soupçons d’empoisonnement soulevés par la mort subite de son mari. C’est Henri IV qui prit en charge l’éducation du jeune prince.
1961® La Princesse de Clèves (FR/IT) de Jean Delannoy. – av. Léa Padovani (Catherine de Médicis), Alain Féral (François II), Renée Marie Potet (Marie Stuart, la reine). – (cf. 9)
1961® (tv) Sir Francis Drake (GB) de David Greene. – av. Pamela Brown (Catherine de Médicis), Patrick Allen (Henri de Navarre, futur Henri IV), Leon Peers (François, duc d’Alençon/duc d’Anjou), Michael Ripper (M. de Caylus), Jean Kent (Élisabeth Ière d’Angleterre), Terence Morgan (Sir Francis Drake). – Catherine de Médicis cherche un allié contre l’Espagne et envisage un mariage entre son quatrième fils, François d’Alençon, et la reine Élisabeth d’Angleterre (épisode : « Mission to Paris »). – cf. Angleterre.
1962(tv) Les Trois Henri (FR) d’Abder Isker
Radio-Télévision Française (RTF) (1e Ch. 19.11.62), 1h30 min. – av. Jean Muselli (Henri III), Luce Feyrer (Louise de Lorraine, la reine), Magali Noël (Marguerite de Navarre/de Valois, dite la reine Margot), Bernard Woringer (Henri, duc de Guise), Jean-Pierre Bernard (Henri de Navarre, futur Henri IV), Roland Rodier (Roger de Saint-Lary de Bellegarde), Pierre Rieger (Du Halde), Alain Franco (M. d’Arques), Alain Quercy (Jean Louis de Noguaret, duc d’Épernon), Léonce Corne (Dumont, le valet), Pierre Richard (Loignac), Pierre Constant (Jacques Clément), Serge Sauvion (Louis des Balbes de Berton de Crillon), Bernard Véron (Poullain), Jacques Cousin (le marquis François d’O), Bernard La Jarrige (d’Aumont).
La pièce du journaliste et dramaturge André Lang (sortie en 1930 à la Comédie-Française) adaptée pour le petit écran par Jacques Chabannes. Au Louvre en 1578. Henri III cache son anxiété sous des dehors frivoles. Devant lui se dressent deux puissances : Henri de Navarre et Henri de Guise… Une interprétation psychologique qui jette sur un roi méprisé à tort une lumière nouvelle.
1965(tv) La Maison de la Reine (Une journée à la cour d’Henri IV) (FR) de Jean Pignol
série « L’Histoire pittoresque », ORTF (TF2 3.4.65), 40 min. – av. Claire Duhamel (Marie de Médicis), Marc Melford (Concino Concini), Jacques Mauclair (Henri IV), Raymond Baillet (François de Malherbe), Tony Jacquot (François de Bassompierre), Georges Riquier (Maximilien de Béthune, duc de Sully), Jacques Grello (Drouin), Michèle Vardier (Catherine), Jacques Berger (Subtil), Martine Vatel (Selvegia), Robert Blome (Haudricourt). – Synopsis : La dépensière Marie de Médicis rêve d’un beau collier, mais Henri IV et Sully s’opposent à cet achat, la politique étant à l’économie. Heureusement pour la reine, son époux va être victime d’une tentative d’assassinat et reviendra sur sa décision.
1966(tv) The Massacre of St. Bartholomew’s Eve / The Massacre (GB) de Paddy Russell
série « Doctor Who », saison 3, nos. 22-25, John Wiles-BBC tv (BBC 5-26.2.66), 4 x 25 min. – av. Joan Young (Catherine de Médicis), Leonard Sachs (Gaspard, amiral de Coligny), Barry Justice (Charles IX), Annette Robertson (Anne Chaplet), William Hartnell (l’abbé d’Amboise/Doctor Who), Peter Purves (Steven Taylor), Clive Cazes (le capitaine de la garde), Eric Thompson (Gaston), André Morell (Gaspard de Saulx, maréchal de Tavannes), Jackie Lane (Dorothea Chaplet), Edwin Finn (l’aubergiste).
Série classique de la science-fiction télévisée britannique, Doctor Who promène ses héros dans le temps. Ici, le docteur et son compère Steven Taylor visitent Paris à l’aube de la Saint-Barthélemy en 1572 (scénario de John Lucarotti et Donald Tosh). Steven se lie avec Anne Chaplet, une huguenote qui travaille chez les Coligny, mais il est incapable d’empêcher la boucherie dont elle sera aussi une des victimes. Episodes concernés : 1. « War of God » – 2. « The Sea Beggar » – 3. « Priest of Death » – 4. « Bell of Doom ».
Le jeune Patrick Dewaere et Ludmila Mikaël, un amour interdit entre un catholique et une protestante (1967). ©INA
1967(tv) Jean de la Tour Miracle (FR) de Jean-Paul Carrère
Maurice Faure/ORTF (1e Ch. 23.12.67-1.1.68), 10 x 22 min. – av. Patrick Dewaere (Jean de la Tour Miracle), Ludmila Mikaël (Magdeleine de Castillac), Jacques Balutin (Pierrot, valet de Jean), Jean Paredès (Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantôme), Mony Dalmès (Diane de Poitiers), Robert Party (Charles de la Rochefoucauld, comte de Randan, chef huguenot), Robert Murzeau (le baron Marc Aurèle Agrippa), Philippe Lemaire (César de Bourbet), Anne Doat (Corisande de Peyrecave), Roger Trapp (Augustin), Paul Coqueline (capitaine Fleurdelys), Colette Proust (Mme de Largebaston), Claude Brosset (Poitrot de Méré), Alexandre Rignault (M. de Castillac).
Synopsis : En Béarn vers 1560, pendant les guerres de Religion. Jean de la Tour Miracle, fils du baron catholique Marc Aurèle Agrippa, aime Magdeleine de Castillac, la fille d’un huguenot. Furieux, son père l’envoie de force auprès de sa marraine, Diane de Poitiers, au château d’Anet. Il s’enfuit, est pris dans les troubles de la guerre de Religion, tombe sous la coupe de la belle Corisande de Peyrecave qui cherche à l’impliquer dans le complot d’assassinat du duc de Guise. Après la mort de ce dernier, il est arrêté et condamné à mort par le roi, Charles IX, mais Diane de Poitiers organise son évasion et parvient à l’innocenter.
Tirée du roman-feuilleton Le Prisonnier chanceux de Joseph Arthur de Gobineau (1846) et adaptée par Michel de Ré, cette série télévisée en noir et blanc met en scène un gentilhomme provincial entraîné malgré lui dans les combats entre catholiques et protestants, et qui, capturé par les uns comme par les autres, rencontre divers personnages historiques (dans une auberge de village, il tombe sur Messire Brantôme, en mal d’inspiration pour rédiger ses Dames galantes). Une aventure de cape et épée agréable et sans prétention, aux duels réglés par A. Gardère. Premier succès public de Patrick Dewaere, dans le rôle de ce héros qui n’en a pas la carrure (il n’est pas invincible et se prend facilement les pieds dans le tapis), un joli cœur naïf et courageux plus proche de Tom Jones que de Fanfan la Tulipe. Dewaere, 20 ans, percera à l’écran l’année suivante avec « Les Mariés de l’An II » de Rappeneau. Tournage en extérieurs dans les manoirs et paysages du Béarn ainsi qu’au château d’Anet (Eure-et-Loir).
Episodes : 1. « Le fils de Messire Aurèle Agrippa » – 2. « Aux couleurs de Monsieur de Castillac » – 3. « Jolie Madame de Peyrecave » – 4. « Le collier du Sire de Brantôme » – 5. « Les embûches de la route d’Anet » – 6. « Heureux au jeu et chez les dames » – 7. « La trahison de la Vilaine » – 8. « Les divertissements de Madame Diane » – 9. « Roué vif et écartelé » – 10. « Haut les cœurs et vive l’amour ».
1967(tv) Le Serment d'Amboise : Agrippa d'Aubigné (FR) d’Olivier Ricard
série « Hommes de caractère », Roger Vrigny/ORTF (1e Ch., 2.5.67), 1h40 min. – av. Jean-Pierre Kalfon (Théodore Agrippa d'Aubigné), Pierre Tabard (Henri IV), Hélène Manesse (Diane Salviati), Jean Galland (Jean Salviati), Jean-Luc Moreau (Pierre de l'Estoile), Pierre Bataille (Charles de La Rochefoucauld), Guy Kerner (Jean d'Aubigné), Florence Emery (Gabrielle d'Estrées), Raoul Perret (le surintendant François d'O), Pascal Dufar (Agrippa, 15 ans), Michel Naulet (Agrippa, 10 ans), Edith Perret (Mme Aubette), Roger Jacquet (d’Achon Bercade), Robert Bazil (Pinceteau), Fred Personne (Demochares), Nicole Vasset (Catherine), Pierre Mirat (La Napoule), André Rousselet (Laverdin), Serge Moisson (Jean de Noyr), François Leccia (Richard de Gastine), Jean-Pierre Lituac (Turenne), Jean Lanier (Jean Achade), Gaston Floquet (l’évêque d’Evreux).
Synopsis : Trois périodes de la vie du poète et soldat protestant d’Aubigné (1552-1630). En mars 1560, le jeune Agrippa, 8 ans, regarde avec terreur les pendus du complot manqué contre François II à Amboise et jure de venger ces morts. Envoyé à Genève en 1565, il étudie sous la direction de Théodore de Bèze, puis s’engage dans l’armée protestante dès qu’éclate la deuxième guerre de Religion (1567/68). Il est de tous les combats contre les catholiques, de toutes les tueries. Compagnon du jeune roi de Navarre, qui le nomme son écuyer en 1573, il s’évade de Paris avec lui. Nommé maréchal de camp, puis gouverneur d’Oléron et de Maillezais, enfin vice-amiral de Guyane et de Bretagne, d’Aubigné devient l’adversaire d’Henri IV quand ce dernier se convertit, une abjuration ressentie comme une trahison. Contraint de quitter la France en 1620, il passera ses dernières années à Genève.
Francis Claude incarne pour la quatrième fois Henri IV à l’écran (« La Bouquetière des innocents »). ©INA
1967(tv) La Bouquetière des Innocents (FR) de Roger Iglésis
ORTF (1e Ch. 23.12.67), 1h50 min. – av. Francis Claude (Henri IV), Rosy Varte (Margot la bouquetière/Leonora Galigaï), Jean-Claude Bouillon (Henriot), Claude Titre (Concino Concini), Jean Davy (Vitry, capitaine des Gardes), André Daguenet (François, maréchal de Bassompierre), Madeleine Lebeau (Marie de Médicis), Didier Haudepin (Louis XIII), Antoine Biery (Jacques Bonhomme), Tristan Sévère (Gaspard de Saulx, maréchal de Tavannes), Antoine Marin (Barbet), Jacques Charby (Courtois), Dominique Tirmont (Souvre), Claude Richard (Galaty), Marcel Champel (Tiange), Pierre Liotte (Villars), Michèle André (Gloriette).
Synopsis : Fiancée à un jeune fripier, Jacques Bonhomme, la bouquetière Margot, fille du peuple et filleule d’Henri IV, enrage de ressembler à la Galigaï, soupçonnée de comploter la mort du roi avec son amant Concini. Après l’assassinat du roi, Bonhomme est emprisonné et devient à moitié fou dans son cachot. Relâché, il complote contre Concini... – Remake du film muet de 1922 de Jacques Robert (cf. supra), tiré du mélo en costumes d’Auguste Anicet-Bourgeois et Ferdinand Dugué (1862). Adapté pour le théâtre de la télévision par Roger Iglésis, qui tourne aux studios des Buttes-Chaumont, en extérieurs à Sarlat (Dordogne) et en Périgord.
1971® Mary, Queen of Scots (Mary Stuart, reine d’Ecosse) (GB) de Charles Jarrott. – av. Vanessa Redgrave (Marie Stuart), Richard Denning (François II), Katherine Kath (Catherine de Médicis), Vernon Dobtcheff (Charles, duc de Guise). – Marie Stuart est reine de France de 1559 à 1560 (voir film de 1923). – cf. Angleterre : Écosse.
1971(tv) L'Exécution du duc de Guise (FR) de Pierre Bureau
ORTF (1e Ch. 17.7.71), 1h25 min. – av. Roger Coggio (Henri III), Stephan Frey (Henri de Guise le Balafré), Germaine Ledoyen (Catherine de Médicis), Colette Teisseire (Charlotte de Sauve), Raymond Jourdan (Mendoza), Pierre Laffont (Michel Eyquem, seigneur de Montaigne), Roland Monod (Morosini), Maria Laborit (Catherine de Guise, duchesse de Montpensier).
Dramatique d’après un texte de Philippe Erlanger adapté par Jean-Claude Brisville et Denise Lemaresquier. Le cinéaste-comédien Roger Coggio, futur spécialiste de Molière à l’écran, interprète avec conviction le monarque hésitant.
1971® (tv) Elizabeth R (GB) de Roderick Graham. – av. Margaretta Scott (Catherine de Médicis), Michael Williams (François, duc d’Alençon/duc d’Anjou), Glenda Jackson (Élisabeth Ière). – Par deux fois, en août 1579 et en novembre 1581, François d’Alençon, le quatrième fils de Catherine de Médicis, se rend à Londres dans l’espoir d’épouser Élisabeth d’Angleterre. Celle-ci lui fait bonne figure, joue les amoureuses et, en 1581, fait même organiser de grandes fêtes à Westminster pour annoncer officiellement son mariage. Les noces n’auront jamais lieu, Henri III se révélant peu pressé de s’allier formellement à l’Angleterre (épisode 3 : « Shadow in the Sun »). – cf. Angleterre.
1973Δ On the Game / Sex through the Ages (GB) Stanley A. Long.
av. Allen Morton (Henri III), Peter Duncan (François, un mignon du roi). – Gaudriole costumée dont une scène se gausse de la (prétendue) homosexualité du roi de France.
1974(tv) Henri III et sa cour (FR) de Jean Hennin
ORTF (1e Ch. 30.10.74). – av. Jean-Pierre Bouvier, Yves-Marie Maurin. – Adaptation du drame éponyme d’Alexandre Dumas (1829). Afin de retrouver auprès du jeune roi toute l’influence politique qu’elle avait au moment de la régence, Catherine de Médicis doit affaiblir Guise et éloigner Paul Estuert de Caussade, comte de Saint-Mégrin, le « mignon » de son fils. Aidé de Cosimo Ruggieri, elle organise un rendez vous secret entre Saint-Mégrin et sa maîtresse Catherine de Clèves, épouse du duc de Guise. Averti, ce dernier le fait étrangler par ses sbires et se discrédite aux yeux du roi. Sujet déjà filmé sous le titre de « Caterina, duchessa di Guisa » en 1910.
1977(tv) Henri IV (FR) de Paul Planchon
série « Les samedis de l’Histoire », FR3-Vidéo Organisation (FR3 3.12.77), 1h30 min. – av. André Pomarat (Henri IV), Alain Mottet (Feria), Sophie Barjac (Gabrielle d'Estrées), Claude Evrard (Charles de Lorraine, duc de Mayenne), André Thorent (Rosny/Maximilien de Béthune, duc de Sully), Maryvonne Schiltz (Catherine de Guise, duchesse de Montpensier), Fernand Guiot (le comte de Bussy), Michel Beaune (le père Boucher), Jean Le Mouel (Jacques Clément), Gilles Béhat (Bellegarde), Bernard Salvage (Théodore Agrippa d'Aubigné), Alain MacMoy (le marquis François d'O), Jean Leuvrais (Michel Eyquem, seigneur de Montaigne), Robert Ohniguian (Henri III), Christine Datnowski (Antoinette), Jacques Lalande (Pierre de L’Estoile), Jean Mermet (Pithou), Rudy Laurent (Givry), Pierre Fabien (Sancy), Raoul Guillet (l’évêque), Jean Lescot (Le Héraut).
Synopsis : En 1589, après avoir été désigné par Henri III comme son héritier, Henri de Navarre, devenu Henri IV, entame la conquête du pouvoir. Chef du parti huguenot, mais partisan de la tolérance, il essaie de reconquérir Paris, qui reste aux mains de Ligueurs, assistés par les troupes du roi d’Espagne, Philippe II. Roi de droit, non de fait, il décide d’abjurer sa foi protestante et de devenir catholique pour se faire sacrer.
1977® (tv) Richelieu, le cardinal de velours (FR) de Jean-Pierre Decourt. – av. Marco Perrin (Henri IV), Maria Wimmer (Marie de Médicis). – En 1606, à l’instigation de Marie de Médicis, Henri IV nomme Armand Jean du Plessis de Richelieu (1585-1642), 22 ans, évêque de Luçon. Devenu premier évêque de France, Richelieu met en œuvre les réformes institutionnelles que le Concile de Trente avait prescrites en 1545 et 1563. – cf. Absolutisme : France (1).
1978*(tv) Le Tumulte d'Amboise (FR) de Serge Friedman
série « Les grandes conjurations », Philippe Erlanger/FR3-Télécip (FR3 7.10.78), 1h30 min. – av. Alida Valli (Catherine de Médicis), Jean-Pierre Kalfon (Henri, duc de Guise), Pierre Clémenti (Louis Ier de Bourbon, prince de Condé), Philippe Villiers (François II), Véronique Delbourg (Marie Stuart), Philippe Desboeuf (Jean Calvin), Jean-Pierre Lituac (Gaspard, amiral de Coligny), Loïc Baugin (Charles IX), Sady Rebbot (Louis de Guise, cardinal de Lorraine), Daniel Prévost (Cosimo Ruggieri), Jacques Monod (Henri Ier, connétable de Montmorency), Hubert de Lapparent (le chancelier Michel de L’Hospital), Antonia Berkof (Mme de Boeldieu), Laure Casteil (Mlle de Gournay), Jean-Marc Albert (François de Coligny d’Andelot), Claude Beauthéac (Jean du Barry, seigneur de La Renaudie), Bernard Bireaud (Avenelles), François Timmerman (Antoine de Condé, roi de Navarre).
Deuxième téléfilm d’une série conçue par Philippe Erlanger et consacrée aux conjurations ayant marqué l’Histoire. Celui-ci relate le complot ourdi par des calvinistes en 1560 pour arracher le trône à la tutelle des Guise et porter au pouvoir Louis de Bourbon (1546-1569), premier prince de Condé, converti au protestantisme. En mourant, Henri II a laissé la couronne à un adolescent faible de constitution et de volonté, François II, dominé par son épouse écossaise, Marie Stuart, et la passion de la chasse. Visant le trône, les Guise s’appuient sur la reine, tandis que les protestants misent sur Condé. Un noble calviniste, La Renaudie, recrute cinq cents gentilshommes et organise l’enlèvement du roi au château d’Amboise, mais l’action échoue à la suite d’une trahison. « Capitaine muet » de la révolte, Condé participe à son écrasement pour donner le change, assiste à l’exécution de ses amis puis, fait prisonnier, il est libéré parce que les Guise au pouvoir n’ont pas de preuve de sa participation à la conjuration. Condamné à mort en été suite à un nouveau complot, il est libéré par Catherine de Médicis, qui a besoin du contrepoids que représente un prince de sang face aux Guise, après la mort du roi François II. – Une réalisation d’un soin extrême et d’une grande probité, soutenu par un casting peu ordinaire : Alida Valli, Pierre Clémenti, Jean-Pierre Kalfon.
1978*(tv) La Guerre des trois Henri (FR) de Marcel Cravenne
série « Les grandes conjurations », Philippe Erlanger/FR3-Télécip (FR3 21.10.78), 1h30 min. – av. Jacques Rosny (Henri III), François Beaulieu (Henri de Guise le Balafré), Jean-Pierre Bernard (Henri de Navarre, futur Henri IV), Christiane Minazzoli (Catherine de Guise, duchesse de Montpensier), Maria Meriko (Catherine de Médicis), Hugues Quester (Jacques Clément), Jacques Frantz (Louis de Guise, cardinal de Lorraine), François-Eric Gendron (Roger de Saint-Lary de Bellegarde), Catherine Lachens (Charlotte de Sauve), André Reybaz, Gérard Caillaud, Hubert Gignoux.
Troisième téléfilm d’une série conçue par Philippe Erlanger et consacrée aux conjurations ayant marqué l’Histoire (cf. film précédent). Celui-ci porte sur la brève mais décisive période qui sépare l’assassinat du duc de Guise (décembre 1588) de celui du roi Henri III (août 1589). Ce dernier est un homme seul : ses frères et prédécesseurs sont morts. Il est marié par raison d’État à Louise de Lorraine, sans successeur, en butte à l’hostilité dédaigneuse des Guise. La journée des Barricades l’ayant chassé de la capitale, il convoque à Blois les États généraux du royaume, dont les trois ordres sont à la botte des Guise. S’il s’incline devant eux, il s’aliène la France protestante. Se réconcilier avec leur adversaire, Henri de Navarre, signifie la guerre contre la Sainte Ligue catholique. Pour sortir de ce dilemme, Henri III fait assassiner Henri de Guise et son frère Louis, cardinal de Lorraine. Les manœuvres de leur sœur, la duchesse de Montpensier, contraint le roi à mettre le siège devant Paris avec les protestants où il se fait trucider par Jacques Clément, un jeune dominicain fanatique. En mourant, il lègue sa couronne à Henri de Navarre, futur Henri IV, un Bourbon huguenot.
Une réalisation modèle, instructive, pédagogique, d’une intensité dramatique sans faille et agrémentée de beaux décors naturels. Cravenne, qui dirigea jadis Erich von Stroheim avec brio dans « La Danse de mort » (1946), d’après Strindberg, s’est recyclé dans la télévision intelligente.
1979(tv-mus) Le Roi malgré lui (FR) de Dominique Delouche
FR3 Toulouse (17.2.79), 2h10. – av. Michel Philippe (Henri de Valois, duc d’Anjou et futur Henri III), Georges Liccioni (le comte de Nangis), Michel Trempont (le duc de Fritelli), Juan Soumagnas (le Grand Palatin Laski), Jean-Jacques Doumène (Villequier), Jean-Jacques Terrey (Basile), Jean-Marie Joye (Maugeron), Roger Trentin (Elbeur), Gérard Garino (Liancourt), Pierre Le Hémonet (Caylus), François Garner (Minka), Michèle Le Bris (la duchesse Alexina de Fritelli).
Synopsis : En hiver 1574 dans un château près de Cracovie. À la veille de son couronnement comme roi de Pologne, Henri de Valois, futur Henri III, entouré de ses favoris, contemple avec morosité les plaines enneigées de cette contrée sauvage. Il n’est pas apprécié du peuple et rêve de la France, « où les femmes sont moins sérieuses »… Ce qui arrange l’archiduc Ernest de Habsbourg, qui voudrait bien prendre sa place. Le Valois se prête avec joie à un complot qui devrait le réexpédier en France. Après un cumul d’amourettes, de changements d’identités et de maris bafoués, il doit pourtant se résigner à accepter (jusqu’à nouvel ordre) le trône polonais – en attendant que meure son frère, Charles IX, trois mois plus tard.
Captation de l’opéra-comique en trois actes d’Emmanuel Chabrier (1887), une œuvre qui enthousiasma Ravel et Stravinsky sur le plan musical, mais qui reste plombée par un livret inepte d’Émile de Najac et de Paul Burani, tiré d’un vaudeville plus grotesque encore de Virginie Ancelot, malgré une révision sérieuse d’Albert Carré (1929). Cette mise en scène au Capitole de Toulouse est un festin pour l’œil et l’oreille, servi dans une orgie de couleurs.
Henri IV, le « roi qui vient du sud » (Henri Virlojeux), dans une adaptation du roman d’Heinrich Mann (1979). ©INA
1979*(tv) Le Roi qui vient du sud / Heinrich, der gute König (FR/DE/CH) de Marcel Camus (épis. 1-3) et Heinz Schirk (épis. 4-6)
Télécip, Paris (Guy Lacourt)-André Libik Filmproduktion, München-TF1-WDR-SRG (TF1 8.2.-15.3.79 / ARD 3.-5.80), 6 x 52 min. – av. Jean Barney/Henri Virlojeux (Henri de Navarre/Henri IV), Ellen Schwiers (Catherine de Médicis), Katerina Jacob (Marguerite de Valois, dite la reine Margot), Gérard Berner (Charles IX), Roger Carel (Michel Eyquem, seigneur de Montaigne), Nicolas Silberg (Henri de Guise), Jacques Frantz (Louis de Bourbon, prince de Condé), William Coryn (François, duc d'Alençon), Pierre Forest (Agrippa d'Aubigné), Hubert Laurent (Charles de La Rochefoucauld), Jean Mourat (Gaspard II, amiral de Coligny), Monique Rigoult-Barye (Elisabeth de France), Michel Morano (le poète Philippe Desportes), Claude Milon (Nostradamus), Jean Turlier (le marquis François d'O), Claire Vernet (Diane d’Andouins, dite la Belle Corisande), Guy Michel (le duc d’Anjou, futur Henri III), Muriel Catala (Charlotte de Montmorency), Laurence de Monaghan (Louise de France), Béatrice Agenin (Catherine de Guise, duchesse de Montpensier), Paul-Emile Deiber (Don Francisco, duc de Mendoza), Constanze Engelbrecht (Gabrielle d'Estrées), Amadeus August (Roger de Saint-Lary de Bellegarde), Klaus Grunberg (Maximilien de Béthune, baron de Rosny et duc de Sully), Marie-Christine Demarest (Marie de Médicis), Gérard Hernandez (Concino Concini), Maud Rayer (Leonora Galigaï), Luc Charpentier (François Ravaillac), Sébastien Foure (le dauphin Louis, futur Louis XIII), Henri Crémieux (l’ambassadeur d’Espagne), Raoul Curet (le secrétaire d’Éparnon), Pierre Maguelon (Louis des Balbes de Berton de Crillon), Maxence Mailfort (Philippe de Mornay).
Synopsis : (épisode 1) Henri de Navarre épouse Marguerite (Margot) de Valois à la veille de la Saint-Barthélemy. Il abjure le protestantisme pour sauver sa vie, reste en otage au Louvre auprès de Catherine de Médicis. Charles IX meurt d’une leucémie, son frère Henri III n’a pas de fils et son cousin Navarre est une menace pour les Guise qui veulent et le pouvoir et sa peau. Henri s’enfuit à Nérac avec la complicité de la reine-mère. – (épisode 2) Roi de Navarre et gouverneur de Guyenne, il applique une politique de tolérance qui le rend trop populaire et que les séides du redoutable maréchal de Biron n’arrivent pas à enrayer. Henri répudie Margot. À la mort du duc d’Alençon, frère d’Henri III, le Béarnais devient l’héritier officiel du trône. – (épisode 3) Paris envoie une armée contre lui qui est défaite à Coutras. Guise chasse Henri III de la capitale. Celui-ci le fait assassiner, provoquant une insurrection générale. Navarre vole au secours de son royal cousin et assiège avec lui Paris, occupé par les Espagnols. Henri III est assassiné, il a désigné le huguenot Navarre comme son successeur. – (épisode 4) Henri IV se fait catholique, entre dans sa capitale en liesse et écrase la dernière armée de la Ligue. Il lui aura fallu sept ans pour reconquérir son royaume. – (épisode 5) Il restaure « labourage et pâturage », redonnant vie à un pays dévasté, proclame la tolérance religieuse par l’édit de Nantes. Gabrielle d’Estrées lutte contre le projet de mariage du roi avec la richissime Marie de Médicis. Sur le point d’être couronnée reine, elle meurt mystérieusement. – (épisode 6) Pour dompter la noblesse qui s’acharne contre lui, le roi fait décapiter Biron. Les complots s’accumulent. Amoureux de la jeune Charlotte de Montmorency, il multiplie les imprudences et se réfugie dans un projet grandiose : une Europe unie, pacifiée et prospère. Entre-temps, la reine Marie de Médicis a donné un héritier à la couronne et assuré sa position à la cour en se faisant couronner ; son entourage commandite un assassin. Le 14 mai, Ravaillac frappe.

Pour Heinrich Mann, le duc de Guise est un précurseur d’Adolf Hitler
Relégué à la télévision après plusieurs échecs commerciaux, Marcel Camus, l’auteur acclamé d’« Orfeu negro » (Palme d’or à Cannes en 1959), ancien assistant de Becker et de Buñuel, dirige la première moitié de ce grand feuilleton historique franco-allemand, tandis que Heinz Schirk en signe la seconde. Le petit écran de l’Hexagone vient de consacrer une série importante à « Richelieu » (1977), puis à « Mazarin » (1978), et Claude Brûlé est chargé cette fois d’adapter les 1500 pages du Roman d’Henri IV, une biographie rédigée jadis en exil par Heinrich Mann, le frère aîné de Thomas (Die Jugend des Königs Henri Quatre, 1935, et Die Vollendung des Königs Henri Quatre, 1938). Francophile et fervent démocrate, admirateur des idées révolutionnaires de 1789, Heinrich Mann livre à la fois une biographie très documentée et un roman métaphorique engagé contre le nazisme, établissant des parallèles entre l’intolérance de la Sainte Ligue catholique, sa soif de persécutions, d’inquisition, ses velléités dictatoriales, son immoralisme intrinsèque, et la nouvelle Allemagne qui tyrannise l’Europe. Guise ressemble à Hitler et Boucher, le populiste haineux du roman, à Goebbels. La Saint-Barthélemy annonce la Nuit de cristal. Montaigne enseigne au Béarnais le scepticisme et les bienfaits du pouvoir quand celui-ci s’allie à la bonté. Dans cette perspective, déclarer que « Paris vaut bien une messe » n’est pas de l’opportunisme politique mais du pragmatisme qui tient compte des intérêts vitaux réels de la population. La reine, Marie de Médicis, et sa suite florentine manœuvrent pour saboter tous ses efforts de réforme, et il ressent l’empoisonnement et les souffrances atroces de Gabrielle d’Estrées comme un signe annonciateur de sa propre mort violente. Représentant d’un humanisme pugnace, le Henri IV de Mann est en avance sur son temps et préfigure le socialisme révolutionnaire du XXe siècle (1). L’écrivain ayant toujours préconisé un rapprochement franco-allemand comme étant la meilleure chose qui puisse arriver à l’Europe, cette coproduction binationale en Eastmancolor un peu criard est mise en chantier dans le sillon politico-culturel de réconciliation et de coopération concrète inauguré en 1963 par le chancelier Adenauer et le général de Gaulle (Traité de l’Élysée). Les allusions dépassées au Troisième Reich sont gommées, le roman-parabole – salué jadis comme un chef-d’œuvre de la littérature antifasciste – livre matière à prôner d’autres tolérances, à fustiger d’autres dictatures, à proposer d’autres modèles.
Camus et Schirk transportent leurs caméras en Dordogne, aux châteaux de Puyguilhem (Villars) et de La Filolie (Thiviers), à Tours, Nantes, Chartres, dans la basilique de Saint-Denis et sur le parvis de Notre-Dame. Le résultat, diffusé en six soirées sur le petit écran, est plaisant, même s’il dérape occasionnellement dans le théâtre de boulevard (acteurs surcostumés, barbes postiches) et que trente figurants et deux canons ne font pas une bataille ! Mais le téléfilm est sauvé par sa profusion de décors naturels et son texte solidement charpenté que soutient une interprétation assez convaincante, notamment la double incarnation du monarque par Jean Barney et Henri Virlojeux (clin d’œil à Sacha Guitry). Un chanteur ambulant fait le lien entre les divers épisodes, commentant la situation sur les airs d’une ballade à la Brecht. Le Vert Galant de Barney, passionné, exubérant, joyeux drille, apporte une note ludique : on le voit lutiner une meunière avant de se battre contre son mari jaloux, pêcher à la main dans le ruisseau, plaisanter avec les bûcherons tout en essayant d’échapper aux tueurs envoyés du Louvre ; ses coreligionnaires courroucés froncent les sourcils, lui reprochent son hédonisme. À Paris, il joue la comédie avec la gent féminine afin d’endormir la méfiance des Guise (« l’honnêteté m’a coûté trop cher »), puis rate une tentative de fuite costumé en demoiselle. Virlojeux relaie Barney à partir du quatrième épisode (l’abjuration), la cinquantaine lunetteuse et ridée, mais toujours verte, plus proche de l’imagerie traditionnelle. Il explique malicieusement la stratégie aboutissant à la victoire de Fontaine-Française contre les Espagnols (1595) sur les « collines » dénudées d’une de ses maîtresses. Ces interminables amourettes, qui « rapetissent un grand roi » (lui explique l’austère Sully), sont du reste une aubaine pour ses ennemis et précipiteront sa fin ; délaissée, Henriette de Balzac d’Etrague, marquise de Verneuil (elle lui a donné deux enfants), s’allie avec la Galigaï, Concini, d’Épernon et le clergé intégriste financé par Madrid pour contacter Ravaillac.

Terroristes de part et d’autre
Les digressions anecdotiques mises à part, la durée de 5h20 permet de fouiller les caractères et de mieux expliciter enjeux et aléas politiques de l’époque, ce qui ne sera pas le cas du remake beaucoup plus onéreux de 2010 (cf. infra). La reine Margot, vraiment attachée au Béarnais en dépit de sa boulimie sexuelle (et que l’on voit plus d’une fois les seins nus, une nouveauté à l’ORTF) supplie son époux de quitter Paris, puis, après le bain de sang, se jette aux pieds de son frère pour qu’Henri soit épargné. De son côté, le « petit Navarrais » souffre de voir sa Margot à ce point prisonnière de ses sens. Le scénario de Brûlé ne s’aventure pas à déterminer si le décès soudain de Jeanne d’Albret (mère d’Henri) et de Gabrielle d’Estrées fut naturel ou provoqué, car des doutes persistent. De même, le pogrom de la Saint-Barthélemy est amené avec circonspection. Catherine de Médicis, qui par ailleurs ment comme elle respire, s’efforce d’abord sincèrement de réconcilier catholiques et huguenots, utilisant ses dames d’honneur pour séparer les esprits belliqueux. Elle pressent toutefois la vengeance des protestants après la disparition jugée « suspecte » de Jeanne d’Albret et l’attentat manqué contre le belliciste Coligny, au même instant où les ultras réformés réunis autour du prince de Condé à Paris se proposent justement de rompre la trêve et de tuer tous les papistes au Louvre, y compris la reine Margot. La reine-mère, d’Anjou et Guise organisent le massacre préventif des chefs, Charles IX donne son aval « pour échapper à la mort », puis la mécanique s’emballe … Forcé de participer au siège de La Rochelle sous d’Anjou après avoir abjuré, Henri se lie durablement avec Montaigne qui calme ses tourments en rappelant aussi le rôle de l’Espagne et de l’Angleterre dans le conflit : « Combien se battent vraiment pour leur religion ? Les grands veulent le pouvoir, les petits veulent piller : Dieu n’est qu’un prétexte. » C’est finalement Catherine de Médicis elle-même qui arrange sa fuite vers le Sud, pour tenir en échec les Guise et, derrière eux, les Espagnols. De retour en Navarre, Henri doit réprimander ses propres terroristes qui, sous Condé, violent et tuent sans états d’âme la population « papiste ».
Le mariage avec Marie de Médicis (« un joli cheval de bataille », selon l’incorrigible Henri) répond avant tout à des préoccupations dynastiques et financières, sa dot permettant d’annuler la dette faramineuse contractée par la France auprès de la banque Médicis à Florence. Le film illustre quelques bruyantes (et authentiques) scènes de jalousie entre le roi et son épouse. En revanche, l’assassinat d’Henri IV par Ravaillac – le deuxième régicide réussi de l’histoire de France en mille ans (après celui d’Henri III) – n’est ici pas, comme le suggère Heinrich Mann, l’œuvre de « la grosse banquière », mais celle de son entourage immédiat (2) ; même le père confesseur du roi participe à la conspiration en faisant disparaître Jacqueline Escoman, une servante qui voulait alerter la cour. C’est dans ce type de détails que réside l’apport le plus méritoire de cette honnête télésérie. Le meurtre lui-même est à peine montré : le petit peuple s’assemble choqué et triste autour du carrosse royal, les pavés sont rougis par le sang, tandis qu’au Louvre, le dauphin, neuf ans, tapote bruyamment sur son tambour.
Episodes : 1. « Le Prisonnier du Louvre / Der Gefangene im Louvre (1572-1676) » – 2. « Le Panache blanc / Der weisse Federbusch (1576-1584) » – 3. « Le Chemin du trône / Der Weg zum Thron (1584-1589) » – 4. « Le Saut périlleux / Der gefährliche Sprung (1589-1596) » – 5. « Construire la France / Der grosse Plan (1596-1601) » – 6. « La Course à la mort) / Der Wettlauf mit dem Tod (1602-1610) ».

(1) – C’est oblitérer le fait qu’à travers sa politique, Henri IV a permis le rétablissement de la puissance de l’État, combat que poursuivra et mènera à son terme Richelieu, et qu’à ce titre, le Béarnais peut aussi être considéré comme le « père » de l’absolutisme… Son assassinat créa d’ailleurs un traumatisme profond qui a fortement contribué à renforcer l’absolutisme monarchique, le culte du secret et le mystère de l’État. C’est du geste de Ravaillac que date aussi le développement du « droit divin » : désormais, désobéir au trône, c’est désobéir à Dieu lui-même.
(2) - En fait, Marie de Médicis – qui donna à son mari une nombreuse progéniture : six enfants en l’espace de neuf ans – n’a jamais été lavée du reproche d’avoir connu l’assassin du roi. Elle a eu pour intime le duc d’Épernon qui, assis à côté du roi dans le carrosse, n’a point paré le coup de Ravaillac, alors qu’il connaissait cet homme de longue main et auquel il avait déjà confié plusieurs missions. Ravaillac a été hébergé à Paris par une amie d’Épernon et de la marquise de Verneuil, ex-maîtresse du roi qui était en outre dame d’honneur de la reine.
1979(tv) La Maréchale d'Ancre (FR) de Jean Kerchbron
Antenne 2 (A2 11.6.79), 1h35 min. – av. Silvia Monfort (Leonora Galigaï, maréchale d'Ancre), Jean-Pierre Bisson (Michel Borgia), Anne Canovas (Isabella Borgia, son épouse), Philippe Clay (Concino Concini), Jean-François Poron (Charles de Fiesque), Nicolas Silberg (Henri de Bourbon, prince de Condé), Jean Cassies (Crequi), Jean-Philippe Ancella (Monglat), Gilles Léger (Themines), Sacha Pitoëff (Samuel), Jacques Monod (Deageant), Robert Benoit (Charles d’Albert de Luynes), Igor de Savitch (Vitry), Jacques Alric (Picard), Christine Melcer (Mme de Rouvres), Monique Delaroche (Mme de Moret), Renaud Guillemin (le comte de la Pène), Nadège Clair (la comtesse de la Pène), Jean-Pierre Helbert (le conseiller).
Synopsis : Après l'assassinat de Henri IV, la reine Marie de Médicis, régente du royaume, prend pour confidente Leonora Galigaï, une compagne de jeunesse devenue sa femme de chambre et confidente. Celle-ci en profite pour faire la fortune de son mari, le Florentin Concino Concini qui prend le titre de maréchal d’Ancre. Le prince de Condé, à la tête des opposants, est emprisonné. Le Corse Michel Borgia, naguère épris de Leonora, la revoit à la cour, exprime sa haine pour Concini mais met le Maréchale en garde contre une révolte imminente. Leonora est arrêtée. De son côté, Concini s’éprend d’Isabella, la femme de Borgia. Quand il apprend d’elle que Borgia revoit Leonora, il incite Isabella à témoigner contre sa rivale au tribunal, la condamnant comme sorcière. Disgracié, Concini tue Borgia en duel, puis, blessé, il est achevé par les gardes du roi et meurt à la place où il a fait assassiner Henri IV (sic).
L’intrigue du drame en prose d’Alfred de Vigny (1831), écrit dans la droite ligne du romantisme et adapté pour le petit écran par Kerchbron lui-même, est basée sur la vendetta à l’italienne. Le support historique en est faible, mais le caractère de la Galigaï bien dessiné. Accueilli jadis par un succès d’estime, le drame fut vite oublié, malgré l’interprétation de la fameuse Mlle George. Kerchbron fait appel à de fortes personnalités comme Silvia Monfort, Philippe Clay et Sacha Pitoeff pour faire passer les exubérances mélodramatiques du texte.
1981[Brantôme 81 : Vie de dames galantes (FR) José Bénazéraf ; Thanatos Film, 2h03 min.
av. Antonella Interlenghi (Anne de la Mazière), Jacques Bleu, Pierre Chareu, Olivier Mathot (le ministre), Barbara Kramer, Marcel Portier, Robert Constant, Corinne Brodbeck, Valérie Kaprisky. – Le pape du cinéma porno à la française donne son premier rôle à Valérie Kaprisky – qui percera dans L’année des méduses de Christopher Frank (1984) – dans une actualisation de Brantôme située à Paris au XXe siècle.]
1982® (tv) Richelieu ou la journée des dupes (FR) de Jean-Dominique de La Rochefoucauld. – av. Luigi Miserotti (Henri IV), Dominique Blanchar (Marie de Médicis), Didier Sandre (Richelieu). – Voir supra, sous « Richelieu, le cardinal de velours » (1977). – cf. Absolutisme : France (1).
1983® Klejnot wolnego sumienia [Le Joyau de la conscience libre] (PL) de Grzegorz Królikiewicz. – av. Olgierd Lukaszewicz (Henri de Valois, duc d’Anjou et roi de Pologne, futur Henri III), Krzysztof Kursa (Sigismond II Auguste), Janusz Krawczyk (Stefan Báthory). – En juillet 1572, le roi Sigimond II Auguste de Pologne meurt sans descendance, entraînant l’extinction de la dynastie des Jagellon. Afin de maintenir l’unité de l’État (la Pologne et la Lituanie catholique et orthodoxe), qui, outre le protestantisme, abrite de nombreuses minorités religieuses persécutées dans la reste de l’Europe, 40’000 nobles se réunissent dans la plaine de Wola le 18 janvier 1573 pour fixer les termes de la « Confédération de Varsovie » relatifs aux conditions d’élection du roi de Pologne. Cet accord historique, liant la couronne au respect de la liberté et de la tolérance religieuse, débouche sur l’élection au trône polono-lituanien de l’héritier du trône de France, Henri de Valois (sous le nom de Henri Ier). Le film de Królikiewicz illustre ce processus alors révolutionnaire. En juin 1574, quelques mois seulement après son ascension au trône à Cracovie, Henri retourne secrètement en France en raison de la mort subite de son frère, Charles IX. Stefan Báthory lui succède en Pologne. – cf. Pologne.
1984(tv) Une rébellion à Romans (FR) de Philippe Venault
KR Productions-Antenne 2 (A2 27.7.84), 1h36 min. – Sami Frey (le juge Antoine Guérin), Philippe Léotard (Jean Serve, dit « Paulmier »), Monique Chaumette (Catherine de Médicis), Philippe Lehembre (Laurent de Maugiron), Jean-Pierre Bagot (Laroche), Philippe Moreau (Loyron), Michel Robin (un notable), Noëlle Chatelet (la narratrice).
Synopsis : En 1579/80, le Dauphiné est le théâtre de violences allumées par des pressions fiscales trop fortes et trop injustement réparties. A Romans, Jean Serve, dit « Paulmier », marchand drapier, groupe derrière lui les classes laborieuses, paysans, commerçants et employés. Ils affrontent les possédants du pays représentés par le juge Antoine Guérin, la plus haute autorité de la ville. De provocations pendant le carnaval, la lutte politique tourne à la guerre de clans et à l’affrontement des deux chefs. A trop entendre dans la bouche des hommes de Paulmier que les « pauvres iront manger les riches et s’emparer de leurs femmes », les riches prennent peur, finissent par s’armer et massacrent les mutins. Sur ordre de Guérin, Paulmier est tué d’un coup de pieu dans l’œil, ses principaux comparses sont pendus.
Disciple de l’éminent médiéviste Emmanuel Le Roy Ladurie, le cinéaste Venault adapte à l’écran le livre qu’il a publié en 1980 avec Philippe Blon et son confrère Joël Farge, Un soulèvement populaire : Romans 1580. Il s’agit de l’édition critique du compte rendu (évidemment très partial) du juge Guérin, texte qui a déjà inspiré à Le Roy Ladurie l’ouvrage Le Carnaval de Romans (1979). Plutôt que de suivre à la lettre la tragédie que rapporte Guérin, Venault interroge les sources écrites par la voie de l’image, pour mieux comprendre comment s’élabore le récit d’un événement. Les questions dérangeantes qu’il soulève ainsi rappellent la démarche de « La Chanson de Roland » de Frank Cassenti (1979, cf. 2.1). Le résultat est aussi passionnant qu’aride et malgré Sami Frey et Philippe Léotard à l’affiche, le film, prévu pour le grand écran, ne fait pas carrière en salle ; il faut se contenter d’une diffusion télévisée trois ans plus tard, pendant les vacances d’été 1984. Censure politique ? Venault (jeune réalisateur de l’un de sketches de « Paris vu par… 20 ans après ») poursuivra sa carrière à la télévision.
1984® (tv) Willem van Oranje (Guillaume d’Orange) (NL) de Walter van der Kamp. – av. Huub Stapel (François, duc d’Alençon/duc d’Anjou), Jeroen Krabbé (Guillaume d’Orange), Hans van der Woude (Saint Luc), Machteld Ramoudt (Louise de Coligny), Nele van den Driessche (Charlotte de Bourbon, épouse de Guillaume d’Orange). – Favorable à une conciliation avec les protestants, le quatrième fils de Catherine de Médicis intrigue avec Guillaume d’Orange et se fait proclamer duc de Brabant et comte de Flandre (1582/83). – cf. Espagne : Flandre occupée.
Yves-André Hubert signe une réhabilitation partielle de Catherine de Médicis (Alice Sapritch, au centre) (1989). ©INA
1989*(tv) Catherine de Médicis (FR) d’Yves-André Hubert
Parties : 1. Le Tocsin de la Saint-Barthélemy : 1568-1572 – 2. Le Rendez-vous de Blois : 1584-1588
Antenne 2 (A2 18+19.4.89), 2 x 1h30 min. – av. Alice Sapritch (Catherine de Médicis), Aurélien Recoing (Henri, duc de Guise), Simon Eine (Gaspard II, amiral de Coligny), Vincent Gauthier (Charles IX), Jean Dalric (le duc d’Anjou/Henri III), Isabelle Gélinas (Marguerite de Valois, dite la reine Margot), Vincent Garanger (Henri de Navarre, futur Henri IV), Emmanuelle Riva (Jeanne d’Albret, sa mère, reine de Navarre), Dominique Ollivier (François d’Alençon), Jean Bollery (Henri de Bourbon, prince de Condé), Roland Lacoste (M. de Bezons), André Thorent (Gaspard de Saulx, seigneur de Tavannes), Philippe Desboeuf (Michel de l’Hospital), Jean Alric (Louis de Guise, cardinal de Lorraine), Toni Cecchinato (Albert de Gondi), Hélène Roussel (la duchesse de Nemours), Emmanuelle Grange (Marie Touchent), Christian Cloarec (Louis de Bérenger, seigneur de Guast), Jean-Pierre Moreux (l’ambassadeur d’Espagne), Serge Hureau (l’astronome Cosimo Ruggieri), François Montagut (M. de Lignerolles), Didier Raymond (François de Clèves, duc de Nevers), Edouard Hastings (Blaise de Montesquiou).
Synopsis : Nièce du pape Clément VII, fille de banquiers florentins, Catherine de Médicis, dite « l’étrangère », a épousé la France à l’âge de quatorze ans. Ayant du accepter beaucoup d’humiliations sous un masque impassible, elle est à présent veuve de son bien-aimé Henri II et inconsolable de la grandeur perdue de feu son beau-père, François Ier. Son fils Charles IX est sur le trône, faible et colérique. Le frère de ce dernier, l’éclatant duc d’Anjou (futur Henri III) batifole entre sa sœur Margot et ses mignons. Mais au Louvre, c’est Catherine qui règne. Les chefs protestants Condé et Coligny résistent, assiégés à La Rochelle. Anjou exécute froidement Condé après sa victoire à Jarnac. Aux yeux des catholiques comme des protestants, la tolérance de l’autre est un « péché ». Pour amadouer les huguenots et sceller la paix, Catherine donne sa fille Marguerite à Henri de Navarre, propose son fils Anjou en mariage à Élisabeth d’Angleterre et rappelle Coligny à la cour, mais la Saint-Barthélemy annihile tous les projets de réconciliation. Nostradamus ayant prédit qu’un protestant, Henri de Navarre, hériterait de la couronne, les ultras catholiques menés par les Guise arment la Sainte Ligue avec l’appui de l’Espagne. A soixante-cinq ans, Catherine, malade, légèrement à l’écart du pouvoir, reprend du service pour négocier une paix avec les Guise, qui acceptent à condition que le roi déclare la guerre à son cousin Henri de Navarre. L’armée d’Henri de Guise s’installe à Paris, et face aux atermoiements royaux, la population voit en lui le seul rempart solide contre les hérétiques. Catherine finit par laisser programmer l’assassinat de Guise pour sauver son fils.

Une seule religion : le pouvoir
Hubert et son scénariste Paul Savatier adaptent pour le petit écran, en couleurs, la remarquable biographie éponyme de Jean Orieux (Flammarion, 1986), illustrant la dégénérescence des Valois, la rouerie des alliances de part et d’autre, et le peu de religion qu’on trouvait dans ces guerres de pouvoir. Leur téléfilm a le mérite d’éviter l’écueil complaisant des turpitudes qui ont fait le succès et le scandale de séries historiques comme « I, Claudius », « Les Rois maudits » ou, plus tard, « The Tudors », au risque de frustrer les spectateurs qui ne connaîtraient pas tous les rouages politiques du XVIe siècle, car il eût fallu, pour éclairer cette période si agitée, une durée d’antenne beaucoup plus importante. On ne peut cependant que saluer cette tentative de réhabiliter la redoutable Italienne qui gouvernait la France dans l’ombre de sa progéniture (qu’elle avait la faiblesse de trop aimer), de corriger les clichés, d’expliquer sa psychologie. La cour la craignait et la méprisait (« une fille de marchand », selon Marie Stuart). Machiavélique et sans scrupules, sans doute, gouvernant par la dissimulation et la ruse, mais véritable chef d’État, soucieuse en priorité de préserver la couronne des Valois, la régente a durant toute sa vie préféré une paix plus ou moins bien négociée (des « édits de tolérance ») à la perpétuation de massacres – elle qui vécut horrifiée le sac de Rome par les reîtres de Charles Quint. Sa seule religion était le pouvoir.
Débordée par la violence des haines religieuses, elle laissa faire plutôt qu’elle n’inspira la Saint-Barthélemy, dont le point de départ, justement, est explicité ici en détail : à la cour à Paris, le protestant Coligny a pris un dangereux ascendant sur Charles IX, qu’il presse de déclarer les hostilités au très catholique et intransigeant Philippe II d’Espagne. Puis, comme il prépare un coup de force, Catherine se résout à le faire assassiner. Coligny en réchappe, blessé, sur quoi la reine-mère parvient à convaincre son fils du complot protestant. La fureur de Charles IX, cyclothymique notoire, éclate dans un cri : « Tuez-les tous ! », et alors qu’il s’agissait d’occire sans mollir une dizaine de chefs, l’opération dérape en un pogrom généralisé ... (1). En revanche, les historiens récusent toute implication de Catherine, vieille, gravement malade et tenue à l’écart par Henri III, dans le meurtre des Guise en 1588. Alice Sapritch, dont c’est le dernier rôle à l’écran (elle décédera en mars 1990), domine la distribution par sa silhouette et son jeu maîtrisé, sans jamais sombrer dans la caricature ; dommage qu’elle ait renoncé à l’accent italien qu’exécrait tant la cour. Elle avait déjà campé la « reine veuve » (elle porta le deuil de son époux jusqu’à la mort) dans « La Reine Margot » (tv 1961, cf. infra).

(1) – Selon l’historiographie moderne, les responsables de l’attentat et du massacre qui s’ensuivit seraient les Guise, les agents espagnols de Philippe II, la population exarcerbée de Paris et, peut-être le duc d’Anjou (futur Henri III), qui aurait pu chercher par ce crime d’État à s’imposer dans le gouvernement. Le lendemain du déclenchement de la boucherie, Catherine de Médicis fait condamner ces crimes par une déclaration de Charles IX et menace les Guise de la justice royale. Mais l’implication du duc d’Anjou, son propre fils, lui lie les mains.
1990(tv) La Fessée (FR/BE/NL) de Harry Kümel
« Série Rose », FR3-Hamster Prod. (Pierre Grimblat) (FR3 31.3.90), 28 min. – av. Lucienne Bruinooge (Marietta), Tina Shaw (la femme du tisserand), Michael Redfern (le tisserand), Mark Legein (Lucas), Mieke Uitterlinden (la cuisinière).
Synopsis : Mariette, une jolie tisserande, se laisse courtiser par un serviteur. La tante, aussi attirée par le garçon, la fait fouetter par son amant devant tout l’atelier. Mariette se venge en organisant dans la grange un rendez-vous galant entre sa tante et le serviteur et convoque discrètement l’oncle à la fête, ce qui nous vaut une deuxième séance de fessée.
Divertissement érotique inspiré par une nouvelle licencieuse de L’Heptaméron de Marguerite de Navarre (Marguerite d’Angoulême, reine de Navarre) publiée en 1558 et filmée pour la télévision par un spécialiste belge du cinéma fantastique (« Les Lèvres rouges », « Malpertuis »). La série initiée en novembre 1986 tente une alliance entre lettres classiques, réunissant des textes libertins de grands écrivains, et poses sybarites (puisque la nudité totale est proscrite au petit écran). Le résultat est généralement inepte, et seule l’interprétation peut réserver des surprises.
1990(tv-mus) Les Huguenots (AU) de Lotfi Mansouri (th),et Virginia Lumsden (vd)
Australian Broadcasting Corporation, 3h20 min. – av. Joan Sutherland (Marguerite de Valois, dite la reine Margot), Amanda Thane (Valentine de Saint-Bris), Anson Austin (Raoul de Nangis), John Pringle (le comte de Nevers), John Wegner (le comte de Saint-Bris), Clifford Grant (Marcel), Suzanne Johnston (Urbain), Sergei Baigildin (Bois-Rose), Kirsti Harms (Léonard).
Synopsis : En août 1572, au château du comte de Nevers, les seigneurs catholiques accueillent amicalement le jeune huguenot Raoul de Nangis, un protégé de l’amiral Coligny. A Chenonceau, Marguerite de Valois planifie le mariage de Raoul avec la très catholique Valentine de Saint-Bris, ex-fiancée du comte de Nevers, afin de sceller la paix entre partis religieux. Raoul refuse cette union, provoquant un scandale et l’ire de Maurevert, partisan catholique qui décide de le faire assassiner. Pendant le massacre de la Saint-Barthélemy, Nevers est tué par ses coreligionnaires pour avoir refusé de prendre les armes. Éprise de Raoul, Valentine embrasse le protestantisme et meurt avec son bien-aimé, tuée par les sbires de son propre père.
Captation de l’opéra en cinq actes de Giacomo Meyerbeer, d’après un livret d’Eugène Scribe et Émile Deschamps (1836), un des opéras les plus populaires du XIXe siècle. Il est mis en scène par Lotfi Mansouri (directeur de l’Opéra de San Francisco) à l’Australian Opera de Sydney sous la baguette de Richard Bonynge, avec des décors de John Stoddart. Après 32 saisons, la soprano australienne Joan Sutherland fait là ses adieux à la scène lyrique de son pays.
1990[(vd-mus) Die Hugenotten (DE) de John Drew (th) et Brian Large (tv) ; Arthaus DVD, 2h36 min.
av. Angela Denning (Marguerite de Valois, dite la reine Margot), Lucy Peacock (Valentine de Saint-Bris), Richard Leech (Raoul de Nangis), Lenus Carlos (le comte de Nevers), Harmut Welker (le comte de Saint-Bris), Martin Blasius (Marcel), Camille Capasso (Urbain). – Captation de l’opéra Les Huguenots de Giacomo Meyerbeer et d’Eugène Scribe (cf. supra), représenté à la Deutsche Oper Berlin sous la direction musicale de Stefan Soltesz. La mise en scène place l’intrigue dans le décor moderne de Berlin, établissant des parallèles entre la bigoterie d’hier et celle d’aujourd’hui.]
1990(tv) La Dame galante (FR) de Don Kent
« Série rose », FR3-Hamster Prod. (Pierre Grimblat) (FR3 10.3.90), 28 min. – av. Martine Jolivet (Caliste), Hervé Bellon (François), Gilles Guelblum (Richard), Michel Godon (Guillaume), Yvette Caldas, André Lourdella.
Synopsis : Dans une auberge, trois gentilshommes, dont un marié, vantent les attraits d’une femme sans savoir qu’il s’agit de la même… Divertissement érotique pour le petit écran inspiré par une histoire d’alcôve des Vies des dames galantes de Brantôme (Mémoires, 1665). – cf. supra, « La Fessée ».

Brantôme (Richard Bohringer) « muguète » une dame galante, à dr. chez Mme de Retz, dans le film de Tacchella (1990).
1990*Dames galantes / Donne di piacere / Romantic Ladies (FR/IT/CA) de Jean Charles Tacchella
CFC (Cyril de Rouvre)-Gaumont-Cecchi Gori-Cinévidéo Plus-SGGC-Tiger Cinematografica, 2h25 min. – av. Richard Bohringer (Pierre de Bourdeille, abbé et seigneur de Brantôme), Isabella Rossellini (Victoire), Marianne Basler (Marguerite de Valois, dite la reine Margot), Laura Betti (Catherine de Médicis), Robin Renucci (Henri III), Astrid de Richemonte (Louise de Lorraine, reine de France), Marie-Christine Barrault (Jacquette de Bourdeille, belle-sœur de Brantôme), François-Eric Gendron (Louis de Bussy d’Amboise), Anne Létourneau (Mme de la Rivière), Alain Doutey (La Paloterie), Eva Grimaldi (Jeanne de Tignonville), Arielle Séménoff (Mme de Retz), Alix de Konopka (Charlotte de Sauve), Nathalie Mann (Louise de Charençonnay), Roland Lesaffre (Canillac), François Greze (François d’Alençon, duc d’Anjou, frère du roi), Valérie Necheva (Mlle d’Angoulème), Christine Deschaumes (Mme de Saint-Luc), Fulbert Janin (M. de Mareuil), Victoire Theismann (Mlle de Negrepelisse), Marine Falk (Mlle de Châteauneuf), Frédéric d’Angelo (Balzac d’Entragues), Jean-Philippe Ancelle (M. de Mangan), Catherine Hubeau (Mme de Houde), Catherine Verlor (Gillonne de Thorigny), Bertrand Lacy (Laurenzio, valet de Brantôme), Caméla Valente (Mme de Montal), Olivier Lebeau (le peintre Louis de Caullery).
Synopsis : En 1574, Pierre de Bourdeille, dit Brantôme, qui se bat pour son roi catholique, Henri III, se trouve isolé de ses soldats dans une forêt. Il y rencontre son ami La Paloterie, échange des propos amers sur l’époque, puis, abandonnant les armes, retourne à la Cour sans le sou. Sur la route le ramenant à Paris, il évoque ses aventures amoureuses. Victoire, amante et amie de cœur, lui conseille de faire un riche mariage en épousant Louise de Charençonnay, dont l’homosexualité fait le désespoir de sa famille. Celle-ci se laisse séduire mais refuse le mariage. La reine Margot, mal vue par Henri III et reléguée en province, le réclame. Au cours du voyage, Brantôme se blesse au dos lors d’une chute de cheval et reste cinq ans immobilisé sur son lit. Encouragé par Margot, il écrit alors ses souvenirs, à publier après sa mort. Une fois guéri, à la cour, le chevalier se heurte à l’hostilité du roi : la nouvelle mode est à l’austérité. Des émeutes menées par les Guise éclatent contre le trône. Henri III s’enfuit à Chartres et fait assassiner le duc de Guise. Soupçonné d’avoir soutenu ce dernier, Brantôme quitte la capitale et se rend au chevet de Victoire, mourante, empoisonnée par sa belle-famille. Après une longue confession à deux curés et à un pasteur choqués, la belle rend l’âme dans les bras du poète, qui se retire ensuite dans son château de Richemont en Aquitaine.
En suivant Brantôme et ses conquêtes féminines, Tacchella cherche à évoquer « la gaieté des temps tragiques ».
 Ode aux joies de la chair
La Vie des dames galantes de Brantôme est l’œuvre d’un mémorialiste d’exception, une sorte d’anthologie socio-sexuelle de la Renaissance française traversée d’anecdotes disparates sur les bonnes fortunes de leur auteur et ses considérations sur la gent féminine. Aspirant à tracer un portrait vivant de ce mémorialiste d’exception, historiographe de la cour de Catherine de Médicis, et éviter la répétition désordonnée de saynètes, Jean Charles Tacchella, lauréat du prix Jean Vigo (1971), du prix Louis Delluc et de trois nominations à l’Oscar (1975), auréolé du Grand Prix du Jury à Montréal pour « Il y a longtemps que je t’aime » (1979), choisit de rechercher directement l’esprit de l’œuvre à sa source, chez l’écrivain même, qui devient ainsi le fil conducteur de l’intrigue (centrée sur la seconde partie de sa vie). Une première version, rédigée vers 1965, était destinée à un film à sketches.
Brantôme est d’abord un amoureux, de la vie, de l’amour, des femmes. Cette approche hédoniste se solde pour le poète comme pour Tacchella par un hommage à la femme, considérée comme une libre partenaire bien d’avantage qu’une conquête, et pour laquelle on ne sépare jamais l’estime, l’humour et l’érotisme réunis en une seule passion. Le cinéaste brosse ainsi le portrait d’un poète obnubilé par les femmes à « savourer », celles qu’il a conquises et les autres. Si la paillardise n’est pour lui qu’une forme de gourmandise, les performances d’alcôve sont accessoires. Brantôme aime la compagnie féminine sans tentative de domination ou de possession : un amant qui sait être ami. Contrairement à Casanova ou à Don Juan, la consommation sexuelle (qu’il appelle « se concerter en jouissance ») ne lui suffit pas, il veut garder toutes les femmes, ne pouvant se résigner à les quitter, et elles passeront effectivement à la postérité avec son œuvre. Simultanément, Tacchella souhaite évoquer « la gaieté des temps tragiques » où l’on essaie d’être heureux malgré tout. Mais aussi rendre hommage à une époque où, « pour se saluer, les hommes et les femmes s’embrassaient sur la bouche », une période réellement libre de mœurs qui a duré jusqu’à la fin du XVIe siècle, notamment pour les femmes (de la noblesse, s’entend). Emporté par son zèle provocateur, le cinéaste de « Cousin, cousine » dessine un Brantôme moins geignard, plus gai et léger que l’authentique : tel qu’il aurait voulu être, plutôt que tel qu’il a été. Car Pierre de Bourdeille, abbé laïc et seigneur de Brantôme (1535-1614) était plutôt batailleur, massacreur d’infidèles huguenots, flamands, turcs ou italiens pendant douze ans. Or ici, il dépose les armes à peine le film commencé, affichant un pacifisme guère imaginable pour l’époque.
Richard Boringer joue son rôle de chroniqueur séducteur avec rondeur et appétit, entouré de la lumineuse Isabella Rossellini, l’énigmatique Victoire, et des interprètes favoris de Tacchella, Marie-Christine Barrault (« Cousin, cousine », 1975) et Robin Renucci (« Escalier C », 1985), ce dernier tourmenté et ambigu en Henri III, loin de sa légende égrillarde. Croyant faire des économies, le producteur Cyril de Rouvre refuse toute reconstitution en studio, ce qui force le réalisateur à investir et à transformer diverses demeures seigneuriales, de sorte que le film devient quatre fois plus cher (32 millions de francs). On tourne aux châteaux d’Ancy-le-Franc (Yonne), de Châteaudun (Eure-et-Loir), de Chambord (Loir-et-Cher), de Montbard et de Beynac (Bourgogne), à Pierrefonds (Oise) qui remplace le Louvre, à Le Mans, à Sarlat (Dordogne), à Semur-en-Auxois (Bourgogne) et sur les rives de la Loire. Le siècle n’est pas l’objet de déploiements spectaculaires mais d’une évocation à petites touches, marquée visuellement par la peinture flamande d’un Louis de Caullery.
Pour son scénario, le cinéaste s’inspire des souvenirs de la reine Margot, de la correspondance de Catherine de Médicis et en priorité, bien sûr, des écrits de son héros dont il prélève dans ses dialogues la langue drue et savoureuse (« que vous m’avez bien déverginé », une dame « difficultueuse », « cessez de mugueter ma femme »). Tacchella, qui a toujours eu un goût prononcé pour le tableau de mœurs et la comédie tendre et satirique, désamorce malheureusement son propos par une mise en scène très sage, et, en dépit de quelques jolis portraits féminins (Margot, Victoire), sans réelle sensualité. L’entreprenant hobereau passe d’un lit à l’autre, dispensant les bienfaits de sa virilité avec quelques aphorismes ; cependant, cette illustration alerte, jamais déplaisante, salace sans être vulgaire (pas de scènes de nus à la mode) ne peut éviter une certaine monotonie – et finalement l’indifférence du grand public. Ayant fait faillite (ruiné en Formule 1), le producteur revend tout à UGC qui se désintéresse de l’exploitation. Le film est présenté hors compétition en première mondiale au Festival de Montréal 1990 et en ouverture du Festival international du cinéma européen à La Baule. – Titre international : Gallant Ladies.
1990® Una vita scellerata (Cellini, l’or et le sang) (IT) de Giacomo Battiato. – av. Sara Bertelà (Catherine de Médicis), Wadeck Stanczak (Benvenuto Cellini). – Catherine de Médicis réclame Cellini à la cour de France.cf. Italie.
John Boorman éclaire l’origine du fameux tableau « Gabrielle d’Estrées et l’une de ses sœurs au bain » (1994).
1994*Two Nudes Bathing / Gabrielle d'Estrées and one of her Sisters (Gabrielle d'Estrées et l'une de ses sœurs) (US/IR/GB) de John Boorman
Norman Jewison/Yorktown Productions-Skyvision Partners-Merlin Pictures (Showtime 29.11.94), 33 min. – av. John Hurt (le comte de Chevreau/le marquis de Prey), Charley Boorman (le peintre), Juliette Caton (Blanche), Jocelyn West (Gabrielle [d’Estrées]), Angeline Ball (Simone), Britta Smith (Nana).
Une investigation pleine d’esprit sur l’origine du tableau anonyme intitulé « Gabrielle d’Estrées et l’une de ses sœurs au bain », exposé au Louvre (Ecole de Fontainebleau, vers 1594). On suppose qu’il représente la maîtresse d’Henri IV et sa sœur, la duchesse de Villars. Boorman imagine, lui, l’histoire d’un jeune peintre chargé d’immortaliser Gabrielle et Blanche, les deux filles d’un comte acariâtre et tyrannique dans toute leur beauté et leur innocence virginale. L’artiste a l’interdiction de leur parler, mais, curieuses, les damoiselles contournent la surveillance d’un chaperon et le harcèlent de questions sur le sexe et le plaisir des sens. En découvrant peu après le tableau scandaleux (une des femmes nues pince le téton de l’autre), son commanditaire meurt d’une crise cardiaque (ce qui arrange la maisonnée) et le peintre s’évapore avec une domestique, Simone, devenue sa maîtresse pendant les séances de pose.
Une saynète allégorique sur le pouvoir libératoire de l’art, tournée au château de Fontainebleau et projetée dans la section « Un certain regard » du festival de Cannes 1995. Le peintre anonyme est interprété par le fils du cinéaste. Le moyen métrage fait partie de la série télévisuelle « Picture Windows », d’une durée totale de trois heures, présentant six films inspirés par des toiles célèbres et réalisés en outre par Joe Dante, Norman Jewison, Peter Bogdanovich, Jonathan Kaplan et Bob Rafelson.
1996® Dangerous Beauty – A Destiny of Her Own / The Honest Courtesan (Beauté dangereuse / La Courtisane) (US) de Marshall Herskovitz. – av. Jake Weber (Henri III), Catherine McCormack (Veronica Franco). – De visite à Venise en juillet 1574, où il est au centre des éblouissantes festivités organisées en son honneur par le doge Alvise Mocenigo, Henri III prend pour maîtresse la courtisane-poétesse Veronica Franco (1546-1591), dont il conservera le portrait sur médaillon. Il profite de son séjour de dix jours sur la lagune pour rendre visite au Titien et au Tintoret.cf. Italie.
1998® Elizabeth (GB) de Shekhar Kapoor. – av. Vincent Cassel (François, duc d’Alençon/duc d’Anjou), Cate Blanchett (Élisabeth Ière), Eric Cantona (Paul de Foix). – Voir supra, le film « Elizabeth R » (1971). – cf. Angleterre.
2000® (tv) Elizabeth (GB) de Steven Clarke, Mark Fielder. – av. Alain Bourgoin (François, duc d’Alençon/duc d’Anjou), Imogen Slaughter/Karen Archer (Élisabeth Ière). – Voir supra, le film « Elizabeth R » (1971). – cf. Angleterre.
Henri de Mesmes (Jean Rochefort) négocie à Saint-Germain un traité qui mettrait fin aux guerres de religion (2003). ©INA
2003*(tv) Saint-Germain ou la négociation (FR) de Gérard Corbiau
Dargaud Marina-France 3-Arte (FR3 20.12.03), 1h29 min. – av. Jean Rochefort (Henri de Mesmes, seigneur de Malassise), Marie-Christine Barrault (Catherine de Médicis), Adrien de Van (Charles IX), Michel Favory (Gaspard II, amiral de Coligny), Rufus (Armand de Gontaut, baron de Biron, maréchal de France), Jean-Paul Farré (M. d’Ublé), Didier Sandre (M. de Mélynes), Caroline Veyt (Marie), Yohan Salmon (Blaise), Jean-Claude Durand (l’abbé précepteur), Vincent Grass (Chazal), Philippe Noël (le cardinal Charles de Lorraine), François Toumarkine (Elzéard), Michel Prud’Homme (le conseiller de la reine), Jean-Pol Dubois (Gonfaron), Idwig Stephane (Monluc), Michel Crémadès (Claudius), Michel Chalmeau (Capitaine du Sarrage).
Synopsis : En 1570, deux ans avant la Saint-Barthélemy, le diplomate Henri de Mesmes, seigneur de Malassise, est requis par Charles IX et Catherine de Médicis pour négocier avec les huguenots un traité mettant fin à la (troisième) guerre de Religion qui ensanglante le royaume. Réunis à Saint-Germain, Malassise, flanqué du baron de Biron (grand maître de l’artillerie et futur maréchal de France), et les deux envoyés du camp protestant de l’amiral de Coligny, MM. d’Ublé et de Mélynes, troquent places fortes contre paix civile. Mais cette paix enfin conclue le 8 août sera appelée « boiteuse et mal assise » par allusion à la claudication de Biron et au nom de la seigneurerie (Malassise) d’Henri de Mesmes…
Un téléfilm adapté très librement (par Alain Moreau) du roman du diplomate belge Francis Walder (prix Goncourt 1958), et tourné dans le Val d’Oise, aux châteaux de Pierrefonds, Saint-Germain, Alincourt, Villarceaux, d’Arthies, à l’abbaye du Val et à l’Hôpital CHU du Kremlin-Bicêtre. Jean Rochefort incarne avec force l’ambassadeur, discret, sûr de son intelligence, de la redoutable Régente (Marie-Christine Barrault, machiavélique). Tandis qu’une joute oratoire fascinante se déroule à huis clos, l’entourage de Malassise se modifie. Gentilhomme aveuglé, manipulé par le Louvre, celui-ci sacrifie les siens à son devoir dérisoire envers la couronne. Sa femme délaissée, son fils avide d’amour paternel et ses domestiques sont peu à peu gagnés par les idées réformées, et ses intendants profitent de la crise économique pour le gruger. Quant à ce soudard de Biron (magnifique Rufus), il s’égare dans un monologue bouleversant dénonçant les horreurs de la guerre et révélant son humanité cachée. Gérard Corbiau (auteur de « Le Maître de musique », « Farinelli » et « Le Roi danse » pour le grand écran) choisit une fois de plus un sujet historique ayant des résonances d’actualité, les affrontements à caractère confessionnel se multipliant dans le monde, tandis qu’en France la place de la religion au sein de l’État est de nouveau en discussion. Un mélange raffiné de rigueur et de jubilation qui, compte tenu de la qualité de la mise en scène, aurait mérité mieux que le petit écran.
2005(tv) The Conquest of America : The Southwest (US) de Rocky Collins
Lone Wolf Documentary Group, épisode no. 2 (History Channel 3.4.05), 45 min. – av. Lisa Wolfinger (Catherine de Médicis), Julian Bailey (Gaspard, amiral de Coligny), Gregg Trzaskowski (Jean Ribault), Sabin Lomac (Jacques Le Moyne), Sean Demers (René Laudonnière).
Un docu-fiction portant sur l’exploration hasardeuse et la conquête de l’Amérique du Nord. On y voit notamment Jean Ribault († 1565) explorant les côtes de la Floride en 1522 pour y établir une colonie de huguenots français et fonder Fort Charles (Port Royal). Il sera tué par les Espagnols de Pedro Menéndez de Avilés. Le tournage à Jacksonville et St. Augustine, en Floride, est bousculé par l’ouragan de 2004.
2005® (tv) The Virgin Queen (GB) de Coky Giedroyc. – av. Matthias Gibbig (François, duc d’Alençon/duc d’Anjou), Anne-Marie Duff (Élisabeth Ière). – Voir supra, le film « Elizabeth R » (1971). – cf. Angleterre.
2005® (tv) Elizabeth I (GB) de Tom Hooper. – av. Jérémie Covillault (François, duc d’Alençon/duc d’Anjou), Helen Mirren (Élisabeth Ière). – Voir supra, le film « Elizabeth R » (1971). – cf. Angleterre.
2007Δ Commedia dell’Arte : The Story, the Style (AU) de Richard Di Gregorio, Niniane Le Page.
av. Donna De Palma (Catherine de Médicis). – En 1563, la reine-mère introduit la « commedia dell’arte » à Paris, suscitant les foudres du clergé qui y voit un spectacle de débauche. La troupe professionnelle investit durablement l’Hôtel de Bourgogne.
Amoureux et imprudent, Henri IV périt assassiné par un fou de Dieu, Ravaillac (Tibo, à dr.) (2008).
2008*(tv) L’Assassinat d’Henri IV : 14 mai 1610 (FR) de Jacques Malaterre
série « Ce jour-là tout a changé », Frédéric Fougea-Boréales Prod.-Expand Drama-Télécran-FR2 Planète-France 2 (FR2 13.1.09), 1h28 min. – av. Arnaut Bédouët (Henri IV), Chiara de Luca (Marie de Médicis), Tibo (François Ravaillac), Jean-Baptiste Malarre (Maximilien de Béthune, duc de Sully), Olivier Augrond (François, maréchal de Bassompière), Marc Saez (Jean Louis de Nogaret, duc d’Épernon), Priscilla Bescond (Charlotte de Montmorency), Anatole de Bodinat (Henri de Bourbon, prince de Condé), Didier Menin (le père d’Aubigny), Frédéric Sauzay (le duc de Caumont La Force), Alain Payen (le maréchal Antoine Gaston de Roquelaure), Jean Donagan (Hercule de Rohan, duc de Montbazon), Frédéric Haddou (Charles de Gontaut, duc de Biron), Elodie Varlet (Gabrielle d’Estrées), Jean-Romain Vesperini (l’écuyer Liancourt), Tom Méziane (le dauphin, futur Louis XIII), François Macherey (Renaud de Beaune).
Synopsis : A 14h15, Henri IV se fait assassiner par un fou de Dieu, Ravaillac. Ce jour-là, le roi n’a qu’une idée en tête : retrouver celle qu’il aime, Charlotte de Montmorency, et l’empêcher de partir. Pressé de toutes parts pour régler les affaires du royaume, il s’échappe en carrosse dans Paris, sans escorte, au mépris du danger qui rôde à chaque coin de rue. Sa mort, fomentée par les radicaux religieux (avec la complicité du duc d’Épernon, peut-être aussi de la reine) pour attiser la haine, apaisera, contre toute attente, les conflits entre catholiques et protestants et soudera les Français.
France Télévision lance une ambitieuse collection de fictions historiques pour marquer sa différence d’avec le privé. La nouvelle série « Ce jour-là tout a changé » a pour but de faire revivre, heure par heure, une journée fatidique de l’histoire de France – ici, pour le premier volet, la dernière journée d’Henri IV, une production budgétée à 3,2 millions d’Euros. Jacques Malaterre, ancien éducateur devenu documentariste, auréolé des succès de ses téléfilms sur la préhistoire (« L’Odyssée de l’espèce » en 2003, « Le Sacre de l’homme » en 2007) est en charge de la reconstitution qui ne manque ni de faste ni de panache. On tourne aux châteaux de Pierrefonds et de Fontainebleau (l’écartèlement de Ravaillac), ainsi que dans les rues du Mans (l’assassinat). La réalisation est dynamique – sur le modèle trépidant de « 24 heures chrono » – et Arnaud Bédouët campe le roi avec une réjouissante énergie, truculent, bon enfant, mais aussi proie aux cauchemars prémonitoires et angoissé par les perspectives de guerre contre les Habsbourg, alors qu’en France, catholiques et protestants restent sur la défensive. Seul le scénario d’Emmanuel Bézier, avec ses dialogues surchargés d’informations, au point de nuire au naturel des scènes, pèche un peu par didactisme. Le récit, ponctué de retours en arrière plutôt anecdotiques, livre cependant à travers Ravaillac le portrait saisissant – et fort actuel – d’un terroriste religieux après lavage de cerveau par les prélats, un taliban chrétien à vous donner froid dans le dos. Et dont l’action a paradoxalement servi l’image du « bon roi Henri », l’empêchant de vieillir et peut-être, à la longue, de déplaire.
2008(tv) Catherine de Médicis et les intrigues des châteaux de la Loire (FR) de Jean-Christophe de Revière
série « Secrets d’Histoire »-Société Européenne de production (Jean-Louis Remilleux)-France 2 (FR2 31.7.08), 1h47 min. – av. Eva Quinto (Catherine de Médicis). – La Médicis est l’Italienne à laquelle le Français xénophobe attribue tous les malheurs du royaume, qui vit en période de remise en cause de la légitimation du pouvoir des femmes, d’où sa stratégie de marketing politique pour le garder : se présenter toujours comme la veuve d’Henri II, en portant le deuil jusqu’à la fin de ses jours. Docu-fiction avec reconstitutions muettes en costumes, interventions d’historiens reconnus ou de passionnés, dont Jack Lang (qui tentent de réhabiliter « la veuve noire »), visites guidées bavardes menées par Stéphane Bern (à Chambord, à Chenonceau, à Chaumont-sur-Loire) et de brefs extraits des films « La Reine Margot » de Jean Dréville (1954) et Patrice Chéreau (1994), « Catherine de Médicis » d’Yves André Hubert (tv 1989), « Diane » de David Miller (1956) et « Nostradamus, Prophet des Untergangs » de Hans Christian Huf (tv 1999).
Pendant vingt-deux ans, Henri IV (Julien Boisselier) est de toutes les batailles et perd ses plus fidèles compagnons (2010).
2010(tv+ciné) Henri 4 / Henri de Navarre / Henri IV / Henry of Navarre (FR/DE/CZ/ES/AT) de Jo Baier
Regina Ziegler Film-Gétévé (Christian Charret)-B.A. Production-Institut del Cinema Català-Wega Film-MMC-Maya-Arte-Bayerischer Rundfunk-Degeto-MDR-NDR-SWR-WDR-France 2-ORF-TVC (BR 4.3.10 / FR3 11.+18.3.10), 2h33 min./tv : 2 x 1h30 min. – av. Julien Boisselier (Henri IV), Joachim Król (Théodore Agrippa d’Aubigné), Andreas Schmidt (Guillaume de Salluste du Bartas), Roger Casamajor (Maximilien de Béthune, baron de Rosny, futur duc de Sully), Armelle Deutsch (Marguerite de Valois, la reine Margot), Chloé Stefani (Gabrielle d’Estrées), Sven Pippig (Beauvoise), Hannelore Hoger (Catherine de Médicis), Ulrich Noethen (Charles IX), David Striesow (Henri, duc d’Anjou, futur Henri III), Adam Markiewicz (François, duc d’Alençon), Sandra Hüller (Catherine de Navarre, sœur d’Henri IV), Gabriela Maria Schmeide (Marie de Médicis), Christine Urspruch (Leonora Galigaï), Marta Calvó (Jeanne d’Albret, reine de Navarre), Karl Markovics (Gaspard II, amiral de Coligny), André Hennicke (Charles de Gontaut-Biron), Wotan Wike Möhring (Henri, duc de Guise), Antoine Monot Jr. (Charles de Lorraine, duc de Mayenne), Pep Anton Muñoz (Antoine d’Estrées), Matthias Walter (Anne, duc de Joyeuse), Karin Neuhäuser (la nourrice), Johannes Silberschneider (un médecin à Nérac), Manfred Schmid (Zamet), Aida Folch (Henriette de Balzac d’Entragues), Frank Kessler (François Ravaillac), Fritz Marquardt (Nostradamus), Kristo Ferkic (Henri de Navarre, 11 ans), Maximilian Befort (Henri de Navarre, 16 ans), Lukas T. Berglund (César, 7 ans), Frank Voss (Ambroise Paré), Amon Robert Wendel (le dauphin, futur Louis XIII), Katharina Thalbach (une crieuse), Paulus Manker (un légat).
Cette deuxième adaptation du roman biographique de Heinrich Mann – après « Le Roi qui vient du Sud / Heinrich, der gute König » (1979) de Marcel Camus et Heinz Schirk en 1979 – est à nouveau une coproduction majoritairement franco-allemande. Le réalisateur munichois Jo Baier, qui s’est fait remarquer par quelques solides téléfilms sur la folie hitlérienne et ses conséquences – « Verlorenes Land » (2002), « Stauffenberg » (2004), « Nicht alle waren Mörder » (2006) – met l’accent sur le combat du roi pour imposer la liberté religieuse et éradiquer les intégrismes ; en 2010, alors que les valeurs humanitaires sont à nouveau foulées du pied, où le nom de Dieu sert de caution aux pires exactions terroristes, où les dictatures se justifient par la foi, le combat du Béarnais a valeur d’exemple, démontrant que le pouvoir politique comme la religion peuvent aussi être utilisés positivement, pour la réconciliation ; c’est ce message que Baier et son scénariste Cooky Ziesche veulent transmettre aux Européens ébranlés par la crise, l’islamisme, la xénophobie et les conflits d’intérêts au Moyen Orient. Baier veut un film moderne en costumes anciens, mouvementé, rapide, agressif, qui ne s’attarde ni aux habits ni aux décors, qui toucherait plutôt au documentaire. Il se dit peu intéressé par les beautés de la Renaissance, mais plutôt par la proximité des gens de l’époque avec nos contemporains.
Henri IV épouse Marguerite de Valois (Armelle Deutsch), une liaison sado-maso, à en croire Jo Baier (2010).
 Berceau de la Réforme, l’Allemagne a un faible pour Henri IV. Regina Ziegler, productrice des films de R. W. Fassbinder, Andrzej Wajda et Ken Russell, a racheté les droits du roman de Mann en 2001 déjà, mais le film est mis en chantier dans le cadre de la commémoration du 400e anniversaire de l’assassinat du roi (en 1610), avec un budget de vingt millions d’Euros, dont 70% proviennent de capitaux allemands. Seuls trois acteurs sont français : Boisselier (Henri IV), Armelle Deutsch (Margot) et Chloé Stephani (G. d’Estrées). Le film se fait majoritairement en République tchèque : 300 figurants et 40 chevaux participent à la bataille de Coutras (1587) reconstituée à Bilina. Duchcov sert pour les jardins du Louvre, Vysluni pour la basilique de Saint-Denis et l’Invalidovna (l’Hôtel des Invalides) à Prague pour les appartements du Louvre, avec l’appui logistique des studios Barrandov. La France prête les châteaux de Buranlure (Berry), de Bannegon, de Meillant (Cher) et le quartier historique de Bourges. L’Allemagne participe avec le port de Lübeck, Garmisch-Partenkirchen, Loisach bei Kochel et Jachenau (Bavière) et les studios MMC à Cologne (rues et marché de Paris). Les intérieurs des palais sont photographiés à Kommern, Myllendonk, Adendorf et Bubenheim près de Cologne.

La montagne accouche d’une souris
En dépit de déclarations d’intention tonitruantes et de cet impressionnant déploiement de logistique sur trois pays, le résultat est maigre. Alors que la télésérie de 1979 disposait d’une durée plus que confortable, Baier est d’abord forcé de bâcler la narration pour parler des cinquante-sept ans de la vie de Henri de Navarre (de son enfance campagnarde à Nérac au régicide) en un temps record. Ainsi, l’exil de la reine Margot, l’assassinat de Guise, la mort de la reine-mère, l’attentat contre Henri III et l’accession du Béarnais au trône sont liquidés en sept minutes ! La mise en scène est saturée d’éclairages rétro-baroques pour spots publicitaires, une esthétique de « soap opéra » faite d’esbroufe et de facilités. Les parties de jambes en l’air abondent, plus complaisantes qu’utiles (les rapports sado-maso entre le roi et Margot, qu’il cherche à sodomiser). Cependant, la principale faiblesse de l’ouvrage tient à son manque de vraisemblance psychologique et de sensibilité pour la période représentée. Julien Boisselier compose un roi trop naïf pour être vrai, joli garçon (quoique malodorant), le sourire béat, pacifiste dans l’âme, guerrier malgré lui, amoureux fleur bleue : quelques secondes avant d’être poignardé, il rêvasse, croyant apercevoir à une fenêtre sa Gabrielle (d’Estrées) adorée, son unique amour, fatale distraction dont profite Ravaillac, le tueur payé par la reine. Pour un monarque qui a survécu à 32 attentats, changé six fois de religion (1) et auquel on prête 73 maîtresses, favorites ou passades entre 1569 et 1610 (litanie qui exprime surtout l’incapacité du Vert Galant à établir une relation harmonieuse avec les femmes), c’est un peu court … Pas un mot de l’ultime passion du royal quinquagénaire, la jeune Charlotte de Montmorency, 15 ans, pour laquelle il faillit déclencher une nouvelle guerre (cf. supra : « Vive Henri IV, vive l’amour ! » d’Autant-Lara, 1961). Quant à la dite Gabrielle, c’est une gentille blondinette qui offre ses économies pour financer la campagne militaire contre les Espagnols (on oublie toutefois de signaler qu’elle est l’instigatrice de l’Édit de Nantes) et périt empoisonnée, quelle injustice ! à la veille de donner enfin un héritier à Henri et de monter, comme prévu, sur le trône à ses côtés (2).
Pour conquérir le trône de France, Henri IV fait amende honorable devant les autorités catholiques (2010).
 Le script nous révèle que Nostradamus, encore lui, aurait prophétisé et le couronnement et la fin d’Henri IV. Soit : que n’a-t-il pas tout prédit ? Les instances encapuchonnées du Vatican sont filmées comme des suppôts de Satan, toujours tapis dans l’ombre, à l’affût d’un coup bas. Que le siège des Valois soit un repaire de demi-fous dominés par Catherine de Médicis, voilà qui passe fort bien chez Alexandre Dumas, notamment à travers le filtre esthétique d’un Patrice Chéreau (cf. « La Reine Margot », 1994). Chez Baier, qui, lui, se veut sérieux, la cour n’est qu’une arène de gargouilles, des monstres blafards que l’absence de chandeliers pendant la nuit du massacre rend fantomatiques. Le Louvre est un palais aux parois percées de petits trous et survolé, comme il se doit, par des milliers de corbeaux. Ulrich Noethen compose un Charles IX sérieusement hystérique : il hurle de rage, rugit ou pleurniche en se roulant sur les tables, fesse sa sœur Margot (elle a couché avec Guise) ou lui plante ses dents dans la cuisse. Son frère Henri est un punk gay adonné aux délices de l’autoflagellation publique, jusqu’au sang, pour le plaisir de ses amants décadents. Pendant la Saint-Barthélemy, séquence cauchemardesque et pour une fois au diapason du style glauque et tape-à-l’œil de l’ensemble, Henri se barricade dans la chambre du roi paniqué (« je saigne comme Jésus au Mont des Oliviers »), l’hémoglobine coule à flot sous la porte devant laquelle une quinzaine de huguenots se sont sacrifiés pour protéger leur maître. Les couloirs sont encombrés de corps et tandis que la chasse aux hérétiques se prolonge dans la rue, la reine-mère ordonne musique et danse. Pour rester en vie, Henri fait le bouffon devant elle (suscitant des éclats de rire) et embrasse « la vraie foi ». Enfin, Marie de Médicis, la nièce et l’épouse « recommandée » par le pape (selon le film, le Vatican aurait aussi arrangé l’assassinat de Gabrielle), est une matrone grotesque que l’on découvre en train d’uriner dans la neige, qui cherche son Henri à quatre pattes sous le lit d’une gueuse et le surprend nu, caché dans une armoire sortie d’un vaudeville de Feydeau. Les dialogues, bâclés, sont à l’avenant : « Nous avons le devoir de défendre notre religion », dit Sully à Henri IV, et celui-ci de répondre : « C’est ainsi qu’on justifie chaque guerre, pour que les sots y croient, mais qu’en est-il de l’humanité ? » Et des spectateurs ?
Présenté en première mondiale au festival de Berlin en 2010, le film sort en salles en Allemagne, où il est éreinté par la critique. En France, son exploitation se limite au petit écran, avec un score décevant sur FR3 (10,6%). – GB : Henry of Navarre.

(1) – Né catholique, Henri suivit ses parents dans le protestantisme ; son père, Antoine de Bourbon, se reconvertit au catholicisme et l’emmena à Paris en 1561 où il fit ses études. Jeanne d’Albret, sa mère demeurée protestante, le récupéra en 1567 pour la cause de la Réforme. La suite est connue.
(2) – En vérité, Gabrielle d’Estrées (v. 1570-1599), favorite du roi pendant huit ans, lui donna deux fils et une fille. Elle fut d’abord la maîtresse de Roger de Bellegarde ; Henri IV la maria par souci des conventions à Nicolas de Liancourt, puis fit divorcer le couple pour la rendre libre. Elle reçut du roi les titres de marquise de Montceaux et de duchesse de Beaufort. Son projet de mariage avec elle était impopulaire en raison de la « mauvaise vie », du divorce et du rang nobiliaire insuffisant de l’élue. Marguerite de Valois (la reine Margot) s’y opposait, le Vatican aussi. Sa mort subite après un copieux dîner, alors qu’elle était enceinte de quatre mois du quatrième enfant d’Henri IV, laissa penser qu’elle fut empoisonnée, mais les historiens penchent aujourd’hui plutôt pour l’hypothèse d’une apoplexie foudroyante.
Gérard Jugnot et Bernard Le Coy, créateurs de mode dans la satire « Rose & noir » (2009).
2009Rose & noir / Rosa y negro (FR/ES) de Gérard Jugnot
Gérard Jugnot/Les Films Manuel Munz-Novo Arturo Films-Flamenco-Films-France 2 Cinéma-France 3 Cinéma-Europa Corp., 1h40 min. – av. Gérard Jugnot (Pic Saint-Loup), Bernard Le Coy (Castaing), Assaad Bouab (Flocon), Stéphane Debac (Myosotis), Elodie Frenck (Philipotte), Arthur Jugnot (Henri III), Françoise Remont (Catherine de Médicis), Rubén Tobías (Philippe II d’Espagne), Raphaël Boshart (le prince Frédéric de Montmirail), Juan Diego (Don Poveda, Grand Maître de l’Inquisition), Aixa Villagrán (Magarita de Poveda, sa fille), Saïda Jawad (Amalia), Mohamed Hicham (Jamel Hammamouche), Salah Teskouk (Ahmed Hammamouche), Patrick Haudecoeur (Sergio), Javivi Gil (Miguel), Philippe Duquesne, Thierry Heckendorn (les inquisiteurs).
Synopsis : Au Louvre en 1577. Henri III charge Pic Saint-Loup, grand couturier sur le déclin, excentrique et homosexuel, d’une mission diplomatique cruciale à Madrid. Il doit confectionner sa plus belle robe de cérémonie pour le mariage du neveu du roi, l’insolent prince Frédéric, onze ans, avec l’héritière d’un grand d’Espagne, une vieille fille sèche. L’ennui, c’est que le cerveau créatif dans l’équipe de Saint-Loup est maure (Flocon, grimé en blond normand), que Myosotis, son parfumeur, est un juif marrane et que son coiffeur est une folle extravertie, fière et bruyante. Or, en Espagne ultracatholique dominée par la toute-puissante Inquisition, les Arabes, les Juifs et les homosexuels n’ont pas bonne presse. Pour ne rien arranger, Castaing, le secrétaire privé du couturier, est un terroriste protestant qui cherche à venger les siens du massacre de la Saint-Barthélemy en cachant une bombe dans sa robe, et le père de la mariée, Don Poveda, n’est personne d’autre que le Grand Inquisiteur de Séville… Tombés dans la gueule du loup, ils tentent de sauver leur peau. Poveda explose avec la bombe destinée à Philippe II, Castaing est poignardé. Les autres sont condamnés au bûcher, mais Amalia, une suivante espagnole qui a du sang maure et s’est éprise de Flocon, les libère. Indésirable en France, le groupe choisit l’exil et embarque à bord d’un galion. Saint-Loup imagine une nouvelle carrière en Amérique, pays de la liberté. Il ignore que dans les cales du navire croupissent des esclaves noirs…
Pour sa deuxième incursion satirique dans l’histoire de France (après « Sans peur ni reproche ») (cf. 9), Gérard Jugnot et son co-scénariste Philippe Lopes Curval fustigent les excès pseudo-religieux qui noircissent l’actualité (talibans, terrorisme islamiste). Estimant qu’en tant que phénomène civilisationnel, la mode est un domaine de résistance naturel aux intégrismes de tout acabit, ils catapultent un parangon de la libération des mœurs sous les derniers Valois, ayant lancé la mode des fraises et des mignons, dans une Hispanie d’une austérité macabre, régie par des déséquilibrés fanatiques qui passent leur temps à nier le désir et le plaisir. Leur comédie, une coproduction franco-espagnole calibrée pour séduire les foules et qui se voudrait un prolongement de la « Cage aux folles » d’Edouard Molinaro (1978) dans le terreau de « La Folie des grandeurs » (1971) de Gérard Oury, est tournée en scope dans les châteaux d’Écouen et d’Ambleville (Val-d’Oise), dans le Val-de-Marne (Grand Réservoir au Centre hospitalier universitaire du Kremlin-Bicêtre), à Séville et au cœur de l’Andalousie. Juan Diego, ex-militant anti-franquiste, fait le Grand Inquisiteur délirant, et Saîda Jawad, la compagne marocaine du réalisateur, est la salvatrice terrée dans son fief. Jugnot lui-même campe un Karl Lagerfeld rondelet du XVIe siècle, bouffon poudré, en rose de la collerette aux chaussures à pompons. « Une comédie contre l’intolérance », affiche la publicité. La tentative est méritoire, mais hélas, Jugnot voit trop grand : ses pitreries de folles de la mode chez les « fous de Dieu » sont plus balourdes que jubilatoires et en fin de compte, sa dénonciation ronflante s’appuie sur les mêmes stéréotypes qu’elle voudrait combattre. « Le manichéisme de la situation, la découpe caricaturale des personnages, l’absence de rythme, le pilotage automatique de la mise en scène à partir d’une idée somme toute assez pauvre, tout conduit le film à sa perte », résume Jacques Mandelbaum (Le Monde, 13.10.09). Le public espagnol apprécie peu de se voir dépeint comme une nation obscurantiste de tortionnaires laids et ennuyeux, tandis que les Français sont, eux, tous avant-gardistes, tolérants, libéraux, créatifs et héroïques. Un échec sur tous les fronts (108'000 entrées pour un budget de 15,6 millions d’euros). – US : Fashion Victim.
Guise et le duc d’Anjou, futur Henri II, rivalisent pour les beaux yeux de la princesse de Montpensier (B. Tavernier, 2010).
2010***La Princesse de Montpensier / Die Prinzessin von Montpensier (FR/DE) de Bertrand Tavernier
Paradis Films (Eric Heumann)-Studio Canal-France 2-France 3-Pandora Filmproduktion, 2h19 min. – av. Mélanie Thierry (Marie de Mézières, princesse de Montpensier), Lambert Wilson (François, comte de Chabannes, seigneur de Maucombe), Grégoire Leprince-Ringuet (le prince Philippe de Montpensier), Gaspard Ulliel (Henri de Lorraine, duc de Guise), Raphaël Personnaz (Henri, duc d’Anjou, futur Henri III), Anatole de Bodinat (Anne, duc de Joyeuse), Eric Rulliat (M. de Queylus), Samuel Theis (Jean-Louis de Nogaret de La Valette, futur duc d’Épernon), Michel Vuillermoz (Louis de Bourbon, duc de Montpensier), Judith Chemia (Catherine de Guise, duchesse de Montpensier), Philippe Magnan (le marquis de Mézières), César Domboy (Charles de Lorraine, duc de Mayenne), Jean-Pol Dubois (Louis de Guise, cardinal de Lorraine), Florence Thomassin (la marquise Marie de Mézières), Josephine de la Baume (Jeanne), Christine Brücher, Nathalie Krebs, Olivier Loustau.
Synopsis : En 1567/68, pendant la deuxième guerre de Religion. N’en pouvant plus des horreurs de part et d’autre, le comte de Chabannes déserte. Il est proscrit par Charles IX pour avoir choisi la Réforme, et par ceux de la Réforme pour les avoir quittés. Banni, ruiné, il trouve refuge chez le jeune prince de Montpensier dont il fut autrefois le précepteur et l’ami. L’espiègle Marie de Mézières, une des plus riches héritières du royaume, aime le flamboyant Henri de Guise. Son père, le marquis de Mézières, guidé par le souci d’élévation de sa famille, la force cependant à épouser Montpensier, gauche et peu causant. Au lendemain de la nuit de noces, le couple se rend dans l’un de leurs châteaux les plus reculés, à Mont-sur-Brac. Lorsque le prince est mobilisé contre les huguenots, il charge Chabannes de parfaire l’éducation de la jeune princesse en son absence, pour qu’elle puisse un jour paraître à la cour. Marie tente d’oublier la vive passion qu’elle éprouve toujours pour Guise. Les hasards de la guerre font que Guise et le duc d’Anjou, futur Henri III, séjournent à Mont-sur-Brac alors que Montpensier y a rejoint son épouse. Anjou s’enflamme à son tour pour la princesse dont Chabannes est secrètement épris, lui aussi. Marie devient l’enjeu de ces passions rivales et violentes. Les Montpensiers sont invités à la cour. Lors d’un bal costumé au Louvre, Marie croit fixer un rendez-vous à Guise alors qu’elle s’adresse par erreur à Anjou. Scandale. Humilié et malheureux, Montpensier assigne son épouse à résidence. Mais grâce à la complicité de Chabannes, Marie se donne auparavant à Guise, qui a affirmé avoir renoncé pour elle à épouser la sœur du roi, Margot. Le prince chasse Chabannes et exile Marie à Mont-sur-Brac, où, en 1574, il lui rend brièvement visite. Il lui annonce la mort de Chabannes, tué à la Saint-Barthélemy, et le prochain mariage de son trop ambitieux amant avec la riche Catherine de Clèves. Marie brave une ultime fois son époux en se rendant à Blois pour essayer de reconquérir Guise. Puis, après avoir lu la lettre posthume de Chabannes, elle renonce au monde et va se recueillir sur la tombe du seul homme l’ayant aimée pour ce qu’elle est.

Tavernier contemporain des sentiments de ses personnages
Bertrand Tavernier et Jean Cosmos adaptent ici une courte nouvelle de Marie-Madeleine de La Fayette écrite en 1662, texte qui précède de 16 ans La princesse de Clèves. Sachant que l’auteure – qui a d’abord publié le texte sous le nom de son secrétaire, Jean Regnault de Segrais – vivait dans un siècle devenu très prude et collet monté (alors que le XVIe ne l’était pas), les scénaristes suppriment certains filtres et introduisent des modifications qui à la fois dépoussièrent l’intrigue et la rendent plus crédible, plus proche. Quoiqu’enrichi magnifiquement par des dialogues d’une belle élégance classique, le film traque l’inhumanité derrière les mots, la grande brutalité suintant à travers un langage hyperpolicé. Le statut particulier d’une jeune fille noble à l’époque, affirme Tavernier, est comparable à celui d’une fille issue d’une famille turque, mormone, juive ou protestante fondamentaliste aujourd’hui. En outre, la nuit de noces, la première pénétration étaient publiques : les parties contractantes s’assuraient ainsi que la mariée était vierge et que son époux n’était pas impuissant. En montrant ce type de détails gênants mais authentiques (et évidemment passés sous silence dans la nouvelle), les personnages acquièrent aux yeux des spectateurs une dimension singulière, qui éclaire leur comportement à venir.
« Elle ne put résister à la douleur d’avoir perdu l’estime de son mari, le cœur de son amant et le plus parfait ami qui fut jamais. Elle mourut en peu de jours, dans la fleur de son âge, un des plus belles princesse du monde, et qui aurait été sans doute la plus heureuse, si la vertu et la prudence eussent conduit toutes ses actions. » Cette fin moralisatrice de la nouvelle, sanctionnant un péché jamais commis (car l’héroïne y reste vertueuse jusqu’au bout), Tavernier la refuse. Contrairement à la princesse de Clèves, sa Marie finit, elle, par céder à la passion, pour se retrouver trahie, rejetée, aussi seule que sa célèbre sœur littéraire. Le cinéaste se dit passionné par la métamorphose de cette jeune fille non préparée aux événements qui vont s’imposer à elle (« l’amour, cette chose la plus incommode du monde »), et la répercussion de ce changement sur son entourage. Tiraillée entre son éducation et le désir que Guise lui inspire, entre frivolité et sagesse, sa princesse est plus fière, plus rebelle et plus forte que l’héroïne du texte, assumant ses choix jusqu’au bout, aussi déraisonnables fussent-ils. En même temps, Tavernier en fait un personnage déchiré, touchant, désemparé, s’obstinant à se croire assez forte pour résister à l’appel des sens. Mais aussi une femme avide d’instruction (elle apprend à écrire), de s’ouvrir au monde, qui cherche à comprendre pourquoi son mari et le reste de la France se battent. Féministe avant l’heure, cette biche est cernée par trois jeunes coqs et un philosophe : Guise le sensuel, Montpensier le jaloux, Anjou le puissant, Chabannes le sage mélancolique. Prédateur-né, charismatique en diable, Guise est sincère de manière intermittente. Démuni affectivement, Montpensier tombe fou amoureux de sa femme, puis, souffrant de ne pas être aimé en retour et de plus en plus méfiant, il se transforme en despote vindicatif et injuste ; son immaturité est toutefois compensée par ses talents militaires. Le duc d’Anjou, que Tavernier a voulu « à mille lieues de l’image de folle tordue inventée par la propagande catholique extrémiste, et remise en question par Dumas et les récentes biographies » (Positif, novembre 2010), est un cynique qui dissimule son goût du pouvoir derrière sa culture et son ironie, mais aussi un général courageux.
Le comte de Chabannes (Lambert Wilson) et son élève, l’espiègle princesse de Montpensier (Mélanie Thierry).
 C’est toutefois la relation délicate de Marie avec Chabannes, l’entremetteur et le confident, le maître et le serviteur, qui est au cœur du film. Lassé par une barbarie qui lui semblait soudain dénuée de sens, le comte a déposé les armes, geste que Tavernier justifie astucieusement en confrontant son héros à un acte infâme, irréparable, considéré alors comme un crime de guerre (1), et qui va déterminer son destin : il a tué une femme enceinte (catholique) qui l’agressait. Cinq ans plus tard, à la Saint-Barthélemy, il a la possibilité de s’échapper, mais apercevant une huguenote enceinte poursuive par les tueurs, il voit l’occasion de racheter son péché, intervient et périt dans la mêlée. Désenchanté tout en gardant l’espoir, cet érudit humaniste incarne le « regard » du cinéaste : il est le point d’ancrage du récit, faisant figure de grand frère du commandant Dellaplane (Philippe Noiret) dans l’admirable « La Vie et rien d’autre » (1989) du même tandem Tavernier/Cosmos. Mêlé à toutes les intrigues, Chabannes en est le témoin impuissant ou l’acteur, quand il n’y participe pas malgré lui. Il a dompté son amour pour la princesse (qui l’a repoussé en raison de son physique, de son âge ou de son lignage insuffisant), mais le harcèlement des trois rivaux ravive ses blessures, au point où ses agissements, dit le cinéaste, obéiraient « à des motivations secrètes ou compliquées » (protéger Marie ou la perdre en jouant la politique du pire ?). « La Princesse de Montpensier » développe ainsi une intrigue passionnelle d’une rare profondeur psychologique.

Le meilleur film historique de la décennie.
Fin portraitiste, Tavernier a tenu à ce que tous les comédiens aient l’âge du rôle, et la majorité a en effet moins de trente ans : Mélanie Thierry, César du meilleur espoir féminin 2010, devient lumineuse par la fulgurance des sentiments qui l’habitent ; Gaspard Ulliel (Guise), Grégoire Leprince-Ringuet (Montpensier) et Raphaël Personnaz (Anjou) séduisent par leur fougue et leur vulnérabilité. Cette extrême jeunesse des interprètes principaux (Lambert Wilson excepté, d’une sobriété exemplaire) permet au cinéaste de confronter la juvénilité et la fragilité des visages au poids des convenances. À l’écran, ses protagonistes possèdent une innocence, révèlent un côté encore enfantin, mais aussi des situations où, meurtris, ils sont contraints d’être des adultes. Le fait d’avoir grandi dans une sorte de désert affectif, d’être mal armés face aux complexités de l’existence les rend émouvants et attachants. L’ancrage dans l’Histoire s’opère au travers de menus détails quotidiens, servis sans insistance, comme ce fut déjà le cas dans « Que la fête commence » (1975), « La Fille de d’Artagnan » (1994) ou « La Passion Béatrice » (cf. 7.1). Catherine de Médicis, très impressionnante face à une Marie intimidée, apparaît une seule fois, Charles IX pas du tout (on l’entend tousser, malade, derrière un paravent). Comme Patrice Chéreau avec sa « Reine Margot » (cf. 10.1), Tavernier rejette tenues d’apparat, fraises, broderies et autres influences picturales (2). Au lieu de se complaire dans les dorures d’une salle de bal fastueuse, il filme la fête au Louvre depuis les coulisses, dans des couloirs encombrés de domestiques, de chiens, d’enfants, de gardes suisses et de jongleurs. Le budget est serré (12 millions d’euros), les extérieurs sont triés sur le volet : Angers (Maine-et-Loire), Auvergne, les châteaux de Blois, de Meillant (Cher), de Plessis-Bourré et de Messilhac (Cantal), le Palais Jacques-Cœur à Bourges (intérieurs « parisiens »), l’abbaye de Noirlac pour le Louvre, enfin Chinon pour la Saint-Barthélemy.
L’intrigue a été remaniée selon les codes du film d’action et du western : filmée en format panoramique, à l’ancienne, avec d’amples mouvements d’appareils à travers les prairies, des batailles en plans-séquences, sans la facilité (et le factice) des effets spéciaux que le cinéaste estime être une béquille, un instrument de paresse, et qu’il préfère remplacer par l’ingéniosité de la mise en scène. Pour dynamiter le statisme des reconstitutions, la fluidité prime tous azimuts : le film ne tient pas en place, il cavale, même dans ses scènes intimes. Le déplacement des protagonistes détermine les cadrages et le rythme (ne sachant pas monter à cheval, Fabrice Luchini et Louis Garrel ont été écartés), de sorte que le récit semble plongé dans la vitesse de notre siècle tout en captant l’âme d’un temps révolu. Pour les combats, Alain Figlarz a appliqué une chorégraphie moderne, loin de l’habituel cliquetis de rapières. Dans cette cohabitation de lyrisme, de romanesque et de vraisemblance, même les paysages, magnifiques (photo : Bruno de Keyzer), semblent d’époque ! « La Princesse de Montpensier » est présenté en compétition au festival de Cannes 2010, mais ne récolte aucun prix. Qu’importe : c’est un film parfait, un chef-d’œuvre d’équilibre et de justesse que les journalistes redécouvriront à tête reposée et encenseront après coup. – US : The Princess of Montpensier, IT : La principessa di Montpensier, ES : La princesa de Montpensier.

(1) – Les deux autres « crimes de guerre » punissables alors de la peine de mort étaient la destruction d’un four à pain ou d’une charrue.
(2) – « Dans les tableaux, explique Tavernier, les personnes étaient spécialement habillées pour l’occasion. Le résultat ne reflétait pas la réalité. (…) Essayer de singer des cérémonies d’époque est comparable à quelqu’un qui voudrait filmer des paysans dans les champs en se basant sur les photos de leur mariage ! » (Studio Ciné Live, juin 2010, p. 85).
2010/11(tv) L’Énergumène (Possédée du démon) (FR) de Jean-Loïc Portron
JBA Production-Arte G.E.I.E. (Jacques Bidou, Marianne Dumoulin) (Arte 2.1.11), 1h17. – av. Anna Mihalcea (Marthe Brossier), Serge Merlin (Jacques Brossier), Serge Feuillard (le cardinal Arnaud d’Ossat), Mélissa Barbaud (Madeleine Brossier), Thierry Bosc (Michel Marescaut), Thierry Perkins-Lyautey (Pierre de Bérulle, le prêtre exorciste), Stanislas Grassian (Henri de Gondi, évêque de Paris), Philippe Awat (Alexandre de La Rochefoucault), Thibaut Corrion (Benoït de Canfeld), Benjamin Lanlord (un médecin).
Synopsis : Quelques semaines seulement après la signature de l’Édit de Nantes (avril 1598) établissant la tolérance religieuse dans tout le royaume, un cas étrange de possession en Sologne dégénère en affaire d’État. Marthe Brossier, 25 ans, fille d’un tisserand, vit à Romorantin, petite ville que les guerres de Religion ont dévastée. La ruine de son père l’ayant privée de dot et empêchée de se marier, elle est condamnée à rester recluse dans la maison familiale où la jeune femme vit comme une domestique. Le couvent la refuse. En désespoir de cause, elle coupe ses cheveux, prend des vêtements d’homme et s’enfuit, mais on la retrouve. Devenue objet de honte, Marthe présente bientôt les premiers symptômes d’une « énergumène » (possédée du démon). Elle tombe par terre, se débat en convulsions et grimaces et les voix infernales qui sortent de sa bouche affirment que les protestants sont fils de Satan. Sensation et scandale. On l’exorcise trois fois en 1598, sans résultat. Ses parents ont tôt fait d’exploiter la situation, et plus encore la Compagnie de Jésus (un attentat contre Henri IV en 1595 par un élève des jésuites ayant provoqué leur expulsion passagère de France). Marthe devient l’enjeu d’une âpre polémique entre les intégristes catholiques et la justice royale. Les médecins, d’abord partagés sur son état, prononcent qu’il y a beaucoup de fraude, peu de maladie et que le diable n’y est pour rien. Michel Marescot (1539-1605), de la faculté de Paris, publie un opuscule pour dénoncer la supercherie (Discours veritable sur le faict de Marthe Brossier de Romorantin, pretendue demoniaque, 1599), tandis que le prêtre Pierre de Bérulle maintient dans ses écrits la véracité de la possession dont seule l’Église pourrait légitimement discerner les signes. Sully dénonce d’anciens Ligueurs hostiles à la réconciliation nationale. Craignant une provocation à l’égard des huguenots, Henri IV ordonne au Parlement d’envoyer la fille au Châtelet, avant d’être rendue à sa famille. La Solognote passe sous l’influence de l’abbé Alexandre de La Rochefoucault à Avignon, puis est emmenée à Rome et à Milan. Ne tenant pas à s’aliéner le roi de France à cause de la question jésuite, le pape Clément VIII met un terme au scandale. Abandonnée de tous, Marthe Brossier est contrainte à la mendicité pour survivre.
C’est à ce cas, qui fit couler beaucoup d’encre, suscita plusieurs pièces de théâtre (notamment dans l’Espagne baroque de la Contre-Réforme) et sera repris par Diderot dans son Encyclopédie, que Jean-Loïc Portron consacre un passionnant docu-fiction. Filmée en images dépouillées (gros plans ou plans rapprochés) dans l’abbaye de Pontlevoy (Loir-et-Cher), l’enquête restitue avec un bonheur rare, grâce à une savante mise en perspective, cette histoire emblématique des débats politico-religieux d’une époque et des rapports entre État et Église. Quatre historiens venus d’Angleterre, d’Australie, d’Israël et de France décryptent l’affaire. – DE : Vom Teufel besessen.
2013® Mary Queen of Scots (CH/FR) de Thomas Imbach. – av. Camille Rutherford (Marie Stuart), Sylvain Levitte (François II), Joana Preiss (Marie de Guise), Stephan Eicher (Henri II). – Marie Stuart est reine de France de 1559 à 1560 (voir film de 1923). – cf. Angleterre : Écosse.
2013(tv) Reign (US) de Holly Dale, Matthew Hastings et Brad Silberling
Laurie McCarthy, John Blair/CBS Television Studios-World 2000 Entertainment-Octagon Films-CW (The CW 17.10.13 / M3 16.10.13), 13 x 42 min. – av. Adelaide Kane (Mary Stuart), Megan Follows (Catherine de Médicis), Toby Regbo (François II), Rossif Sutherland (Nostradamus), Alan Van Sprang (Henri II), Peter DaCunha (Charles de Valois, son frère, futur Charles IX), Caoimhe O’Malley (Elisabeth de Valois), Torrance Coombs (Bash, demi-frère de François), Jordan Lee (Philippe II d’Espagne), Manolo Cardona (le prince Tomas de Portugal), Jackson Hodge-Carter (prince Henri), Torrance Coombs (Sébastien), Jenessa Grant (Aylee), Celina Sinden (Greer), Caitlin Stasey (Kenna), Anna Popplewell (Lola), Anna Walton (Diane), Ashley Charles (Colin), Vanessa Carter (Madeleine), Luke Roberts (Simon Westbrook), Jonathan Keitz (Leith), Shawn Doyle (Claude, oncle de Marie), Katie Boland (Clarissa).
Synopsis : En 1557, après avoir passé plusieurs années dans le couvent de Mont Saint-Michel, la jeune Mary Stuart, 15 ans, reine d’Écosse depuis la mort de son père alors qu’elle n’avait que six jours, fait son entrée à la cour de France, où son futur mari, François de Valois, l’attend. Elle est accompagnée de ses quatre demoiselles d’honneur et amies, Greer, Aylee, Kenna et Lola. Son futur mariage doit assurer l’alliance stratégique entre le royaume d’Écosse et la France. L’Angleterre observe ces manœuvres avec méfiance et envoie des troupes armées aux frontières de l’Écosse ; Mary supplie Henri II de porter secours à ses compatriotes, mais celui-ci s’y oppose. Elle prend des leçons de « Realpolitik » auprès de sa future belle-mère, Catherine de Médicis, et subit la fascination de Nostradamus qui, tous deux, en veulent à sa vie, ou du moins à sa réputation. Mary est espionnée de toutes parts, on tente de l’empoisonner, puis de la violer…
Télésérie nunuche pour adolescents concoctée par Laurie McCarthy et Stephanie Sengupta sur le modèle soap des « Tudors », mais adoucie à l’eau de rose, avec un zeste de sexe : l’épisode pilote est censuré aux USA en raison d’une scène un peu trop explicite de masturbation. L’innocente Mary – campée par la starlette australienne Adelaide Kane – et ses copines débarquent dans une France très, très débauchée. Sur le plan historique, c’est n’importe quoi (Bash, demi-frère de François II ?), les décors n’ont rien de français (et pour cause, la série a été tournée en Irlande, à Dublin et au château de Charleville Forest à Tullamore), les robes de ces damoiselles sortent de Fashion Week et les personnages les plus âgés (Nostradamus) ne dépassent guère la trentaine. Bref, le vide. - Episodes : 1. (pilote) – 2. « Snakes in the Garden » – 3. « Kissed » – 4. « Hearts and Minds » – 5. « A Chill in the Air » (à suivre, hélas).

10 .1 . « La Reine Margot » d’Alexandre Dumas

Paru en 1845, le roman de Dumas (et Auguste Maquet) constitue le premier volet de la trilogie « Les Guerres de Religion ».
Paris entre le 24 août 1572 et le 30 mai 1574. Reine-mère toute-puissante, Catherine de Médicis règne sur la France et ses quatre enfants, le roi Charles IX, Henri duc d’Anjou, François duc d’Alençon et Marguerite de Valois, sa fille cadette, dite Margot. Cette dernière est mariée de force par sa mère à son cousin, le jeune Henri de Navarre, un Bourbon protestant, dans le but affiché de mettre fin à la guerre de religion qui déchire le royaume. En réalité, ce mariage, qui fâche la faction catholique, vise à attirer à Paris tous les chefs huguenots pour s’en débarrasser à la Saint-Barthélemy. Deux gentilshommes provinciaux, le comte de La Mole, un huguenot servant l’amiral de Coligny, et le comte de Coconnas, un catholique aux ordres des Guise, s’installent dans la même auberge. La Mole s’échappe par les toits lorsque des assassins veulent sa peau et tente, trop tard, de prévenir Coligny du danger qui le guette. Blessé, il trouve refuge chez Margot qui le cache dans un cabinet secret au Louvre et en fait son amant. Coconnas, blessé par un huguenot, est pris en charge par Henriette de Nevers, l’amie de Margot. Tandis que la chasse aux protestants s’intensifie, La Mole et Coconnas, rapprochés par leurs amours respectives, deviennent des amis inséparables. Henri de Navarre s’est placé sous la protection personnelle du roi dont il a sauvé la vie lors d’une chasse. Un astrologue prédit à Catherine de Médicis la fin des Valois. Afin d’éliminer Henri, successeur potentiel de son fils, la reine-mère exploite son goût de la vénerie et lui fait parvenir un livre sur la chasse dont les pages sont enduites d’arsenic. Par accident, c’est le roi qui feuillette l’ouvrage en tournant les pages de son doigt mouillé de salive. Sauvés par La Mole et Coconnas, Henri et Margot fuient le Louvre et se réfugient à Vincennes où se meurt Charles IX ; ce dernier le nomme régent, mais le Huguenot juge plus prudent de regagner la Gascogne. Accusés de régicide pour détourner les soupçons, La Mole et Coconnas sont condamnés à mort ; Margot tente de les faire évader, mais, soumis à la question, La Mole a eu les jambes broyées et Coconnas refuse de l’abandonner. Ils sont décapités en place de Grève, leurs têtes remises à Margot et à Henriette. Margot fuit sur les terres de son époux, tandis que le duc d’Anjou (sacré passagèrement roi de Pologne), rentre d’urgence à Paris et monte sur le trône sous le nom de Henri III.

Nota bene :
- La « reine Margot » est un surnom familier popularisé par Dumas. Marguerite de France ou de Valois (1553-1615), première épouse d’Henri de Bourbon, roi de Navarre (futur Henri IV), célébrée par Ronsard, figurait parmi les princesses les plus élégantes et les plus instruites de son temps ; elle parlait l’italien, l’espagnol, le grec et le latin. Elle fit connaître en France Le Tasse et Monteverdi. Admiratrice de Plutarque et de Cicéron, elle se passionnait pour les auteurs hermétiques et les néo-platoniciens tout en étant une catholique fervente, accomplissant moult pèlerinages à pied. Libertine d’un insatiable appétit sexuel, Marguerite additionna les amants (de Guise, La Mole, Bussy d’Amboise, d’Entragues, etc.). Après que son non moins volage époux se fut enfui de Paris en 1576, elle ne tarda pas à le rejoindre et ils animèrent ensemble à Nérac une cour frivole et galante qui scandalisa les contemporains. Ayant fomenté des troubles contre son mari dans le Midi, elle connut vingt années de résidence forcée à Usson, en Auvergne, où elle mena une vie intellectuelle brillante aux côtés de Brantôme et des frères d’Urfé. Devenu roi de France, Henri IV fit annuler son mariage avec Marguerite (qui ne pouvait lui donner d’héritier) et épousa Marie de Médicis.

- Amant de Marguerite de Valois et de vingt ans son aîné, l’authentique Joseph Boniface de Lérac de La Mole fut décapité avec son complice Coconnas le 30 avril 1574. Impliqué dans la conjuration des « Malcontents » destinée à écarter du pouvoir les conseillers italiens de Catherine de Médicis et à favoriser la succession au trône de François d’Alençon (au détriment de son autre frère, Henri d’Anjou, futur Henri III) avec le soutien du clan protestant des Montmorency, il était accusé d’avoir attenté à la vie du roi Charles IX en usant de la sorcellerie. Les corps des condamnés furent ensuite écartelés et les morceaux exposés en place publique. Une romance raconte que Marguerite et la duchesse de Nevers, les amantes respectives des deux suppliciés, se seraient procuré leurs dépouilles pour les mettre en terre, conservant par amour leurs têtes embaumées.

- Contrairement aux affabulations de Dumas, Charles IX n’est pas mort d’un empoisonnement à l’arsenic, mais d’une pleurésie faisant suite à une pneumonie tuberculeuse (selon le diagnostic d’Amboise Paré), un mois avant son vingt-cinquième anniversaire.

- Dumas (assisté de Maquet) transforme son roman en drame en cinq actes et treize tableaux, pour inaugurer son Théâtre-Historique, Paris 1847). En Italie, le roman a également fait l’objet d’un opéra, Regina e favorita (1871), doté d’une musique de Luigi Sangemano. Sur le même sujet : Margot, une pièce en deux actes d’Edouard Bourdet, a été créée au théâtre Marigny avec Pierre Fresnay et Yvonne Printemps, dans une mise en scène de Fresnay, pourvue d’une musique de scène signée Georges Auric et Francis Poulenc.
1914La Reine Margot (FR) d’Henri Desfontaines
Société Cinématographique des Auteurs et Gens de Lettres (S.C.A.G.L.)-Eclectic Films-Pathé Frères S.A. (Paris), cat. no. 6667, 2165 m. (2 époques). – av. Léontine Massart (Marguerite de Valois, dite la reine Margot), Jeanne Grumbach (Catherine de Médicis), Marcelle Schmitt (la duchesse Henriette de Nevers), Henri Desfontaines (Charles IX), Paul Numa (Henri de Navarre), Rolla Norman (Henri, duc d’Anjou, futur Henri III), Romuald-Joubé (le comte Joseph Boniface de Lérac de La Mole), Paul Cervières (Marc-Annibal de Coconnas), Pierre Magnier (M. de Mouy de Saint-Phale, un huguenot), Léon Bernard (Caboche, le bourreau), Claude Bénédict.
Desfontaines, qui a réalisé deux ans auparavant un « Assassinat d’Henri III », signe ici une adaptation très fidèle du roman, d’après un scénario de Paul Garbagni ; la durée originale du film est de plus de deux heures (en six parties et 102 tableaux). – US : Queen Margaret (More Than Queen /Queen and Adventurer).
La jeune Jeanne Moreau dans son premier rôle important à l’écran, la troublante reine Margot (1954).
1954*La Reine Margot / La regina Margot (FR/IT) de Jean Dréville
Adolphe Cosso, Claude Pessis/Lux Films Paris-Films Vendôme, Paris-Lux Film Rome, 2h02/1h45 min. – av. Jeanne Moreau (Marguerite de Valois, dite la reine Margot), Armando Francioli (Joseph Boniface de Lérac de La Mole), Henri Génès (Marc-Annibal de Coconnas), Françoise Rosay (Catherine de Médicis), Robert Porte (Charles IX), Daniel Ceccaldi (Henri, duc d'Anjou, futur Henri III), André Versini (Henri de Navarre, futur Henri IV), Louis Arbessier (l’amiral Gaspard de Coligny), Guy Kerner (Henri, duc de Guise), Vittorio Sanipoli (Louviers de Maurevel), Fiorella Mari (Henriette de Nevers), Patrizia Lari (Charlotte de Sauve), Louis de Funès (René Bianchi le Florentin), Jacques Eyser (Maître Caboche, le bourreau), Nicole Riche (Gillonne), Jean Temerson (La Hurière, aubergiste de La Belle Etoile), Robert Moor (le procureur), Olivier Mathot (Pierre), Jean-Roger Caussimon (le gouverneur de la prison), Jean Lanier (Ambroise Paré, le chirurgien), Serge Sauvion (le garde de la chapelle), Jean Tielment (l’aide du bourreau).
En 1951, Marcel Carné orchestre un faux départ pour le compte de la Silver-Film (Robert Dorfman), à partir d’un texte de Jacques Viot et soutenu par Anna Magnani qui, enthousiaste, a accepté d’interpréter Catherine de Médicis ; hélas, la faillite de Dorfman fait tout capoter. La première version sonore (et en Eastmancolor) de « La Reine Margot » voit donc le jour trois ans plus tard, sous la férule de Jean Dréville, un solide artisan du cinéma d’avant-guerre auquel on doit notamment « Le Joueur d’échecs » avec Conrad Veidt et Françoise Rosay (1938). Le scénariste crédité au générique, le grand Abel Gance (qui souhaitait tourner le film), rédige en fait un découpage d’une telle ampleur qu’il nourrirait dix à douze heures de projection et dont Dréville, selon ses propres dires, n’aurait pratiquement rien gardé ; Jacques Companeez signe le « remaniement » radical de son script (1). La production s’installe aux studios Éclair à Epinay-sur-Seine (Gance y tourne simultanément « La Tour de Nesle ») pour pouvoir profiter du canal creusé en 1935 pour « La Kermesse héroïque » de Feyder et qui est métamorphosé ici en douves du Louvre, surplombé de la Tour Carrée avec son pont-levis. En modèle réduit dans le lointain, le palais du Louvre et ses tourelles. Dans la cour du studio, Henri Schmidt édifie l’hôtel Coligny ainsi que les maisons de la place de Grève ; un arrière-plan en trompe-l’œil de Paris vu depuis la citadelle du Louvre peut être déplacé sur rails en fonction des mouvements d’appareils. Les rares extérieurs sont photographiés en forêt de Rambouillet (Saint-Léger-en-Yvelines) ; Rosine Delamare dessine de splendides costumes. Le tout ayant été budgété à 170 millions d’anciens francs, Dréville et son producteur Adolphe Osso ont prévu, afin d’amortir les dépenses, de réutiliser immédiatement édifices et accessoires pour un autre Dumas, « *La Dame de Monsoreau » (cf. 10.2), projet qui n’aboutira pas.
Catherine de Médicis (F. Rosay) et Charles IX (H. Desfontaines), à dr. : l’amiral de Coligny blessé dans un attentat.
 Jeanne Moreau dans son premier grand rôle
Les décors restent d’abord immobilisés pendant plusieurs mois, car les travaux peinent à démarrer en raison de difficultés financières ; c’est la coproduction avec Lux Film à Rome qui sauve la mise, imposant toutefois dans les rôles-clé de Margot et de son amant deux comédiens de Vittorio Cottafavi, la vamp blonde Barbara Laage (« Traviata ’53 ») et Armando Francioli (« Il boia di Lilla/Milady et les mousquetaires », 1952). Mais Barbara Laage a la bonne idée de tomber malade et c’est Jeanne Moreau, 24 ans, une des jeunes actrices les plus en vue du théâtre de l’Hexagone (Comédie-Française, TNP à Avignon) qui reprend le flambeau, son premier engagement important au cinéma, contre un cachet important de 5 millions de francs. La Moreau est une Margot resplendissante, dont la chemise de tulle fera scandale. La comédienne joue de ses yeux, de sa bouche, du mouvement de la tête, de ses gestes grâcieux avec une économie aussi subtile que suggestive. Pendant quelques secondes, la caméra la montre nue, de dos ; même s’il s’agit, dans ce plan précis, d’une doublure, l’actrice affirme tout au long de l’intrigue un potentiel érotique très fort, qui culminera dans « Les Amants » de Louis Malle cinq ans plus tard. Françoise Rosay campe sa mère, marâtre odieuse, maléfique, dominatrice et volubile (« Depuis quand, dans nos familles, les femmes couchent-elles avec leurs maris ? »). Par ailleurs, Dréville dispose d’acteurs encore peu connus à l’écran, dont certains sont une révélation, notamment le jeune Robert Porte, venu, lui aussi, du théâtre et qui sera unanimement encensé pour son Charles IX, couard halluciné, fiévreux et labile (« Exterminer, exterminer, c’est tout ce qu’elle sait faire ! », reproche-t-il à sa mère. « Je ne veux pas qu’on tue dans mon Louvre. Dehors, je ne dis pas… ») ; au lendemain du massacre, il vide ses fusils de chasse sur tout ce qui l’entoure (historiquement une absurdité). Autre inconnu qu’André Versini en Vert Galant, « mangeur d’ail » subtilement enjoué. Louis de Funès, même pas mentionné au générique, fait un curieux mage empoisonneur.
Le scénario affiche un parti-pris de légèreté proche du style de Dumas, qui aimait faire sourire avec des choses graves. Les personnages sont plutôt bien typés, quoique certains basculent carrément dans l’autoparodie ; Daniel Ceccaldi (d’Anjou) minaude en mignon ahurissant. On nous régale d’une vaudevillesque scène de famille où la « mamma » furibonde et ses rejetons royaux se houspillent mutuellement en italien (avec sous-titres). Bons mots et situations de cet ordre ne sont cependant pas vraiment en phase avec le tragique des événements. La mise en scène de Dréville reste décorative, les maquettes sont un peu trop visibles, et en plein air, la couleur affadit plus qu’elle ne dramatise. Malgré les corps empilés sur les pavés et la dominance de teintes vert-pâle et de cramoisi, la séquence de la Saint-Barthélemy manque nettement d’ampleur, quelques cadrages furtifs exceptés (par ex. des soldats suspendus aux cordes du tocsin, filmés en plongée). À la lueur rougeâtre des incendies, une demi-douzaine de cadavres de femmes nues, cheveux au vent, la corde au cou, sont jetés dans les eaux de la Grange-Batelière, images choquantes pour les écrans de 1954 dans lesquelles les critiques de l’époque (dont Hervé Bazin) verront une « faute de goût » … Autres temps, autres sensibilités. Par ailleurs, on reste dans les alcôves, la galanterie, les messages secrets, les portes dérobées, le poison et les jeux d’épées. Une œuvre plaisante mais inégale, sauvée surtout par ses interprètes – et la verve de Dumas. En France, le film attire 2,6 millions de spectateurs. – US : Queen Margot, GB : A Woman of Evil, DE, AT : Bartholomäusnacht.

(1) – Avec une petite entorse au roman à la fin : tandis que le bourreau s’apprête à exécuter La Mole et Coconnas, Margot se jette dans la foule sur la place de Grève en hurlant de douleur. De son côté, Henri de Navarre fait demi-tour avec ses huguenots et galope sur Paris pour sauver les condamnés. Il arrivera quelques minutes trop tard et emmènera Margot vers le Sud.
1961(tv) La Reine Margot (FR) de René Lucot
Radio-Télévision Française (RTF) (1e Ch. 27.5.61), 2h12 min. – av. Françoise Prévost (Marguerite de Valois, dite la reine Margot), Marc Cassot (Le comte Joseph Boniface de Lérac de La Mole), Danielle Vile (Henriette de Nevers), Alice Sapritch (Catherine de Médicis), Alain Quercy (Henri de Navarre, futur Henri IV), William Sabatier (Marc-Annibal de Coconnas), Véronique Silver (Charlotte de Sauve), Michèle Moretti (Guillonne), Gilette Barbier (la fleuriste), Jean-Marc Tennberg (René Bianchi le Florentin), Georges Géret (La Hurière), Roland Grégoire (Henri, duc d’Anjou, futur Henri III), Louis Lyonnet (Caboche, le bourreau), R. Vidalin (le juge), Jacques Balutin (Friquet), Jacques Echantillon (Picard), Marcel Champel (Grégoire), Jenny Doria, Bernard Pizani, Pierre Risch, Gérard Buhr.
Une dramatique en noir et blanc adaptée par Louis Chavance d’après la pièce de Dumas et Maquet, enregistrée aux studios des Buttes-Chaumont et au parc du Château du Rocher à Mézangers (Loire). Alice Sapritch interprétera aussi la redoutable reine-mère des Valois dans le téléfilm « Catherine de Médicis » en 1989 (cf. 9) ; elle remplace ici au pied levé Maria Meriko, annoncée dans les programmes, et qui avait incarné Catherine de Médicis dans « L’Assassinat du duc de Guise » (tv 1960) et la jouera dans « La Dame de Monsoreau » (tv 1971).
Les épousailles avant le bain de sang : Henri de Navarre (D. Auteuil) épouse Marguerite, dit Margot (Isabelle Adjani).
1994***La Reine Margot / Die Bartholomäusnacht / La regina Margot (FR/DE/IT) de Patrice Chéreau
Parties : 1. La Main de Dieu – 2. La Cuiller du diable
Berri-Renn-France2-D.A.Films-Nef-Degeto-RCS, 2h39 min./2h23 min. – av. Isabelle Adjani (Marguerite de Valois, dite la reine Margot), Daniel Auteuil (Henri de Navarre, futur Henri IV), Virna Lisi (Catherine de Médicis), Jean-Hugues Anglade (Charles IX), Vincent Pérez (Joseph Boniface de Lérac de La Mole), Pascal Greggory (Henri, duc d’Anjou, futur Henri III), Miguel Bosé (Henri, duc de Guise), Jean-Claude Brialy (Gaspard, amiral de Coligny), Dominique Blanc (Henriette de Nevers), Asia Argento (Charlotte de Sauve, marquise de Noirmoutiers), Claudio Amendola (Marc-Annibal de Coconnas), Julien Rassam (François de France, duc d’Alençon), Jean-Philippe Ecoffey (Louis de Bourbon, prince de Condé), Thomas Kretschmann (Nançay), Johan Leysen (Louviers de Maurevel), Dörte Lyssewski (Marie Touchet, maîtresse de Charles IX), Emmanuel Salinger (Guillaume du Bartas), Jean-Marc Stehlé (La Hurière), Bruno Todeschini (Armagnac), Bernard Verley (Charles X, cardinal de Bourbon), Ulrich Wildgruber (René Bianchi le Florentin), Philippe Duclos (M. de Téligny), Tolsty (Cabochon, le bourreau), Laure Marsac (Antoinette), Michelle Marquais (la nourrice), Hélène de Fougerolles (une courtisane), Albana Guaetta (Orthon), Otto Tausig (Mendès), Carlos López (Gaede Nancay), Valeria Bruni Tedeschi, Marc Citti, Jean Douchet, Hélène de Fougerolles, Daniel Breton, Cécile Caillaud, Nicolas Vaude.
Ce n’est plus du Dumas, peut-être pas de l’Histoire, mais c’est assurément du Patrice Chéreau – et de grande cuvée. En dépit de sa brochette impressionnante de stars et de ses velléités de cinéma populaire, cette « Reine Margot » (dont la fabrication a englouti près de 22 millions d’euros et coûté passablement de nuits blanches au producteur Claude Berri) est d’abord un film du cinéaste avant d’être celui du public auquel il est censé s’adresser. Prestigieux directeur du Théâtre des Amandiers à Nanterre, disciple de Giorgio Strehler et metteur en scène universellement encensé d’opéras à Paris, Bayreuth, Milan, Berlin et Tokyo, Chéreau a quatre films à son actif (dont « La Chair de l’orchidée », 1974, et « L’Homme blessé », 1983) quand il se lance dans cette aventure qui constitue pour lui un défi, lui qui aspire à la consécration en tant que cinéaste à part entière. D’entente avec Berri – qui lui avait d’abord proposé une adaptation des Trois mousquetaires – Chéreau veut réaliser un film populaire porté par « les immenses solistes d’un très grand orchestre », et auquel il peut apporter sa sensibilité shakespearienne. La matière lui est familière, puisqu’il a, en 1972, monté sur scène The Massacre at Paris (Massacre à Paris, 1593) de Christopher Marlowe et dévoré dans ce contexte Le roman d’Henri IV de Heinrich Mann, deux sources non négligeables pour la rédaction du scénario. Celui-ci, élaboré avec Danièle Thompson (fille et collaboratrice de Gérard Oury), a été remis dix fois sur le métier avant de trouver une forme satisfaisante. Le projet lui-même a exigé sept ans de préparations, et a été repoussé deux fois (de cette attente sont nés, du côté de Chéreau, quatre pièces et deux opéras). Pour Isabelle Adjani, prévue dès le départ, c’est le grand film du retour après cinq ans d’absence des écrans (son dernier étant « Camille Claudel »).
Tandis que les protestants se font massacrer, Margot (Isabelle Adjani) parvient à sauver la vie de son époux (Daniel Auteuil).
 Les Atrides de la Renaissance française
Dumas centre son récit autour du protestant La Mole et du catholique Coconnas, les inséparables bourlingueurs amis-ennemis ; sa Margot n’est qu’une femme à la réputation sulfureuse (« Perle de la France » ou « reine des putains » ?) qui vit un grand amour romantique au cœur d’une époque troublée ; elle n’existe qu’à travers sa réaction aux événements. Pour Chéreau-Thompson, Margot est une héroïne qui se transforme : son cheminement intérieur la mène de l’arrogance à la compassion. C’est une femme libre, moderne, mais aussi maudite, car consciente des atrocités de son camp et impuissante à lui échapper : du sang d’assassins coule dans ses veines. Elle est un otage, son mariage un alibi (1). Victime et révoltée, Margot fait son apprentissage de la persécution, de l’injustice, de la haine à travers Henri de Navarre et La Mole : venue du camp des oppresseurs, elle aide les opprimés. Au premier, elle a juré alliance politique à la suite d’un long conciliabule ; ce « paysan des Pyrénées » (Auteuil, formidable faux naïf) qui échappe miraculeusement à une dizaine d’attentats, erre à la cour comme une bête traquée, alors que c’est justement la chasse qui, par deux fois, fera son salut : il y sauve la vie du roi en terrassant un sanglier, puis le roi s’approprie le traité de vènerie empoisonné qui lui était destiné. Quant à La Mole, c’est un idéaliste farouche et masochiste, broyé par la grande ville, lieu de perdition. Ce Don Quichotte à Babylone découvre pourtant l’amour auprès de l’impure, la nymphomane, et celle-ci découvre la justice et le droit auprès du pur. Dans les dernières images, elle s’en va vers sont destin, avec, sur ses genoux, la tête embaumée de son bien-aimé ; le sang coule sur sa robe. « Aucune importance, murmure-t-elle, pourvu que j’aie le sourire sur les lèvres… »
À la place de la dévergondée de Dumas, le film veut montrer une « femme prise dans une tragédie de l’enfermement, la douleur interne de ces êtres qu’on déshumanise » (D. Thompson). Le scénario invente des situations qui perturbent les portraits trop lisses du roman. Ainsi, la Margot d’Adjani est-elle partagée entre trois hommes, son nouvel époux qu’elle n’aime point, ou pas dans l’immédiat (mais en lequel réside son seul espoir de liberté), son amant passager qu’elle s’est cherché dans la rue pendant sa nuit de noces (point de galantes pâmoisons mais un coït brutal, frénétique, animal, contre un mur), et Charles IX auquel elle reste attachée par des liens vraisemblablement incestueux : à la fin, elle pardonne à son frère d’avoir tué son amoureux ; tous deux sont vêtus de blanc, Charles agonise dans ses bras comme un enfant handicapé, suant tout le sang protestant qu’il a fait verser. Dans la peau de ce frérot pervers et adoré, Jean-Hugues Anglade, l’acteur fétiche de Chéreau, brosse un portrait de versatilité psychotique saisissant. L’autre frère, d’Anjou (futur Henri III), semble également avoir partagé les faveurs de Margot (« deux cents ans de crimes ont asséché les couilles de la famille », leur lance-t-elle lorsqu’ils cherchent à l’humilier en la déshabillant publiquement). Catherine de Médicis – Virna Lisi, le visage de cire, féroce et terrifiante – se venge à travers eux d’une vie de frustrations et d’infidélités maritales. Seul compte pour elle le pouvoir de ses fils (« la trahison, c’est l’habileté de marcher dans le sens des événements »). Ce sont les rapports venimeux de cette famille de morts-vivants – et sans descendance – qui intéressent Chéreau. Il assimile les derniers Valois à un clan mafieux maladif, sanguinaire, dont les membres seraient habités par une envie de faire le mal (références cinéma : Scorsese, Visconti, « The Godfather/Le Parrain » de Coppola). Leur première victime, l’amiral de Coligny (Jean-Claude Brialy), n’est du reste pas flatté non plus : le film le présente comme un va-t-en-guerre autocrate cherchant à dominer et à retourner Charles IX contre la Médicis (« ma mère n’est plus reine depuis que Coligny est mon père », susurre celui-ci à l’oreille du huguenot). Son but, qu’il affiche imprudemment, est de renverser les alliances du royaume : guerre à l’Espagne, accord avec l’Angleterre. Si le script ne dédiabolise pas la reine-mère (que Dumas, à l’instar de la propagande protestante, présente comme la principale instigatrice de la Saint-Barthélemy), il rétablit au moins une vérité : le pogrom n’était pas prémédité, mais la conséquence d’une série de dérapages (2).

Une approche visuelle qui fascine et dérange
Chéreau promène ses caméras aux quatre coins du pays : l’archevêque de Reims, Mgr Balland, ayant refusé l’accès de la cathédrale pour un sujet aussi scabreux (la hiérarchie catholique est opposée au film), c’est à la collégiale de l’abbaye Saint-Quentin (Aisne) que se tiennent les noces royales avec 800 figurants ; la séquence de la Saint-Barthélemy est tournée dans la rue Saint-Éloi à Bordeaux, d’autres scènes aux châteaux de Champs (Seine et Marne) et Maisons-Lafitte (Yvelines), à Compiègne (pour les sous-sols du Louvre) et à Senlis (Oise), à Cadillac (Gironde), à Nanterre (Hauts-de-Seine), à Saint-Valery-Le Crotoy, à Vélizy, à la Conciergerie à Paris, à la bibliothèque de l’Ancien Collège des Jésuites à Reims, dans la forêt de Rambouillet et aux studios Éclair à Épinay-sur-Seine. La cour du Palais National Mafra, au Portugal, remplace celle du Louvre. Mais cette abondance de repères patrimoniaux indiffère le cinéaste, déterminé à tourner le dos au côté illustratif de la fresque historique courante et à ne pas s’attarder sur des descriptions : pourquoi photographier ostensiblement ce qu’on ne montre pas dans les films contemporains ? Il s’agit de « faire du mouvement, pas des images », une leçon de stratégie politique et non une reconstitution. Chéreau limite donc ses déplacements d’appareils sur l’environnement, aussi séduisant fût-il, brimant décorateurs et costumiers, qui, eux, sont soumis à divers anachronismes revendiqués (meubles, habits, couvre-chefs proscrits afin de valoriser les visages).
Isabelle Adjani et Dominique Blanc au cœur d’un opéra des passions animé par des « charognes en habit de soie ».
 Pour saisir l’Histoire à bras-le-corps, mettre en scène à l’arraché une Renaissance raffinée et monstrueuse « qui est aussi notre époque, notre barbarie » (Studio 5/1993), le cinéaste cherche un langage moderne, qui soit contemporain tout en gardant la marque d’un siècle. Avouant une « fascination pour la violence des corps les uns contre les autres », il cadre serré, effleure les protagonistes de son objectif et obtient ainsi cette densité physique dont le théâtre, dit-il, est incapable, une proximité oppressante qui crée tension et malaise. Cela n’empêche pas une entrée en matière proprement fabuleuse pour illustrer la violence sous-jacente de ces noces « contre-nature » qui servirent de détonateur au plus grand massacre de l’histoire de France. Chéreau y déploie une habilité étourdissante à diriger les foules, un sens prodigieux de la mise en place, orchestrant un tourbillon enivrant de formes et de couleurs d’où se détachent les groupuscules protestants habillés de noir tels des corbeaux, menaçants. « C’est un jour de deuil », assène Anjou au jeune marié. « Et pour moi c’est un jour de honte, rétorque le Béarnais, j’ai reçu en dot le cercueil de ma mère et j’épouse la putain qui sort de ton lit ! »

Le pays où plus rien ne s’agite hormis les gibets
Le tournage, avoue Chéreau, a été tout entier imprégné des déchirements politiques d’aujourd’hui : funérailles de Khomeyni, mise au jour des charniers de Timisoara, dépeçage de la Bosnie. La déchéance des Valois, ère païenne et fanatique derrière ses alibis religieux, est une métaphore de l’intolérance qui ensanglante la fin du XXe siècle. Pour capter l’Histoire qui broie les êtres, introduire bruit et fureur dans l’imagerie d’Épinal, il filme la mort sous toutes les coutures, naturelle ou répugnante, orchestrant un opéra des passions convulsif et baroque qu’animent « des charognes en habit de soie ». Les miasmes et les ravages de la Saint-Barthélemy forment des tableaux d’une puissance visuelle inégalée ; les têtes coupées sont bleues, les cervelles à l’air gluantes, la sueur est rougeâtre, les charrettes de cadavres jetés dans une fosse commune sont autant de renvois à Auschwitz ou aux actualités d’aujourd’hui. La violence épidermique de la narration est ici plus proche de Marlowe que de Shakespeare, mâtinée des Horreurs de la guerre de Goya et du Radeau de la Méduse de Géricault. Toute jouissance sexuelle est pimentée par la présence de Thanatos (ce que traduit fort bien l’affiche du film, révélant sur fond cramoisi une Margot diaphane, à la fois putain et ange, se couvrant le visage d’effroi, et l’incarnat de sang qui tache sa robe virginale). Glauque et somptueuse, l’œuvre « brille par son esthétisme morbide », par ses « chairs pâles, visages de suie, regards égarés, crépuscules ombreux », relève Antoine Duplan. « Sous l’œil pessimiste de Chéreau, Dumas l’amuseur se mue en prophète de l’Apocalypse » (L’Hebdo, 11.5.94).
Ce constat souligne l’originalité artistique d’un film d’une extrême noirceur, plus soucieux, peut-être, de toucher la tête que le cœur. Sous la débauche stylisée de costumes, cette « Reine Margot » aux effluves nauséeuses déborde d’émotion brute, quoique certains s’affirment lassés de son hystérie comme de son agitation. La critique est divisée et en fin de compte, le film perd de l’argent, même s’il attire quelque deux millions de spectateurs. Présenté au festival de Cannes 1994, il décroche une nomination à la Palme d’Or, le Prix du Jury pour Chéreau et celui de l’interprétation pour Virna Lisi. Suivent cinq Césars en 1995 (Adjani, Lisi, Anglade, photo et costumes) ainsi que sept autres nominations. L’Oscar à Hollywood (nomination pour les costumes), le BAFTA Award (meilleur film), le Golden Globe Award (nomination film) et le Prix David di Donatello pour Virna Lisi complètent un palmarès plutôt impressionnant. Pour l’exploitation aux États-Unis, Miramax (qui voudrait mettre en avant la romance entre Margot et La Mole et modifier la fin) obtient 16 minutes de coupures ; ce « lifting » plus consensuel n’occasionne pas pour autant un triomphe outre-Atlantique (l’œuvre y est classée dans la catégorie « art et essai »), mais il permet à Chéreau de revoir sa copie et de redonner au film un second souffle en France même. Incontournable. – ES : La reina Margot, US : Queen Margot.

(1) – Fruit de longues négociations, le mariage est l’œuvre des mères respectives, Catherine de Médicis (bravant l’interdit du pape) et Jeanne d’Albret, avec, pour but avoué, de déboucher sur une réconciliation obligée entre les ennemis d’hier. Les noces sont fixées au 18 août 1572, Henri de Navarre arrive à Paris le 29 juillet, accompagné d’une armée de huit cents gentilshommes protestants, tous vêtus de noir : il portent le deuil de la reine, Jeanne d’Albret, décédée d’une violente fièvre pendant les préparatifs. À l’instar de la propagande calviniste, Dumas suggère que Catherine de Médicis l’aurait fait empoisonner.
(2) – La boucherie puise ses sources dans la panique provoquée par l’attentat manqué contre l’amiral de Coligny (22 août), un chef protestant devenu proche du roi et qui voulait entraîner l’armée des deux clans dans une guerre aux Pays-Bas contre le catholique Philippe II d’Espagne, afin de venger les troupes protestantes décimées à la frontière. Paris est alors une ville assiégée de protestants. « C’est moi, moi seule qui ai fait tuer Coligny ! Il ne fallait pas le rater, maintenant il faut aller jusqu’au bout », s’exclame la reine-mère chez Dumas (ce que conteste l’historiographie moderne). « Il faut les tuer tous », dit le roi sans préciser s’il parle des chefs réunis au Louvre ou de tous les protestants du pays. Sans avoir pris de décision claire, le roi, dépassé par sa droite, déclenche une dynamique meurtrière ; l’élimination du huguenot tourne aux règlements de compte personnels, et Chéreau introduit la terrible phrase que l’on attribue à Charles IX : « Pas un seul ne doit rester, pas un seul qui puisse venir m’en faire le reproche ! » Les assassinats sont perpétrés par les gardes suisses du duc d’Anjou (futur Henri III), la milice bourgeoise placée sous la conduite du prévôt des marchands de Paris et les Parisiens eux-mêmes, fanatisés et affamés, dans un grand défoulement collectif. On compte entre deux mille et dix mille victimes dans la capitale seule. Le film de Chéreau montre d’Anjou, d’Alençon et même Henriette de Nevers (belle-sœur de Guise) participant activement au massacre, ce qui ne correspond ni à Dumas, ni aux faits historiques. En réalité, la famille royale, terrorisée par les déchaînements de haine dans la population chauffée à blanc par certains prédicateurs, demeura pendant trois jours enfermée au Louvre d’où le roi donna, sans aucun résultat, des ordres au prévôt, aux échevins et à la milice pour qu’ils fassent cesser le carnage.
Yevgeniya Dobrovolskaya, la somptueuse reine Margot du feuilleton russe de 1996, filmé en Ukraine.
1996*(tv) Koroleva Margo (La Reine Margot) (RU) d’Aleksandr Muratov
Studiya Shans, Odessa (Sergei Zhigunov, Olga Rumyantseva)-Telefabrica Studio-TV Center Company (TV : 7.9.96), 10 x 56 min. – av. Yevgeniya Dobrovolskaya (Marguerite de Valois, dite la reine Margot), Yekaterina Vasilyeva (Catherine de Médicis), Viktor Abolduyev (François, duc d’Alençon), Dimitri Kharatyan (Joseph Boniface de Lérac de La Mole), Sergei Zhigunov (Marc-Annibal de Coconnas), Yevgeni Dvorzhetsky (Henri, duc d’Anjou, futur Henri III), Dimitri Pevtsov (Henri de Navarre, futur Henri IV), Mikhail Yefremov (Charles IX), Sergei Yursky (René Bianchi le Florentin), Boris Kliuyev (Henri, duc de Guise), Igor Romanov (le chirurgien Ambroise Paré), Vera Sotnikova (Henriette de Nevers), Mikhail Boyarskiy (Louviers de Maurevel), Nikolai Karachentsov (M. de Mouy de Saint-Phale), Vladimir Ilin (La Hurière, aubergiste), Olga Drozdova (Charlotte de Sauve), Armen Dzhigarkhanyan (Caboche, le bourreau), Olga Kabo (Marie Touchet, maîtresse de Charles IX), Vera Novikova (Guillonne), Tatyana Augskap (Claudette), Yevgeniya Glushenko (Madelon, la nourrice du roi), Ekaterina Zhemchuzhnaya (la gitane).
L’engouement des Russes pour Alexandre Dumas ne date pas de hier, et le cinéma comme la télévision russes se sont plus d’une fois penchés sur son œuvre (1). Ce mégafeuilleton de neuf heures et demie, mis en chantier par le producteur Sergei Zhigunov à partir d’un script de Marina Mareyeva, est un des grands moments de la télévision populaire russe post-soviétique. Tourné avec le concours des studios de la Mosfilm « Ritm » Kinokonsern et du Studio Gorki « Central » (films pour la jeunesse) à Moscou, il va non seulement fasciner des milliers de téléspectateurs mais être remarqué à plusieurs festivals : en 1998, Aleksandr Muratov sera nominé pour la meilleure réalisation aux « Prix Tafy » (Académie Russe de la Télévision), après que son travail ait été primé au International Film and TV Festival à New York, suivi d’une nomination au Festival de télévision de Monte Carlo (1997). Sur la durée, la narration traîne et l’on souhaiterait plus de tempérament, mais l’ensemble ne manque pas d’une certaine joliesse, l’image est travaillée et les intérieurs du Louvre remarquablement restitués. Bien avisé, Zhigunov va immédiatement enchaîner avec une suite, « Grafinya de Monsoro » (1998) (cf. 10.2).
La rue est à feu et à sang, Charles IX menace Henri de Navarre, prince huguenot réfugié au Louvre (1996).
 Du Dumas prude et anticatholique
Même si le récit dumasien gomme sérieusement tout facteur religieux (les enjeux de l’intrigue étant surtout politiques), les atrocités des guerres de Religion françaises réveillent dans la Russie de Boris Eltsine une méfiance ancestrale, sinon la rancœur des chrétiens orthodoxes face au prosélytisme catholique à nouveau agressif de Rome, ce qui rend les péripéties de cette « Koroleva Margo » d’autant plus compréhensibles. En revanche, la dimension érotique, charnelle qui imprègne les versions d’un Dréville ou d’un Chéreau est escamotée, séquelle de 70 ans de pruderie communiste ; les baisers sont chastes, les égarements d’alcôve à peine esquissés. La Margot de Yevgeniya Dobrovolskaya (du Théâtre d’Art à Moscou) n’a rien d’une nymphomane ; fine, précieuse, à l’aise à la cour, elle sait être rouée et se dépare rarement de son masque hypocrite qui lui permet de survivre. Guise la désire, mais elle lui préférerait son époux si celui-ci était capable de sentiments amoureux. Elle se console avec l’adulation de La Mole, tandis qu’Henri de Navarre se distrait dans les draps de Charlotte de Sauve. Margot a des visées ambitieuses (« je suis une Médicis ») qui l’incitent à protéger son mari : le royaume de Navarre, dont elle veut devenir la souveraine, pourrait réunir un jour tous les huguenots de France. Quant au Vert Galant, candide, gauche (« tu es trop naturel, cela attire l’attention », lui susurre son épouse), il cherche en premier lieu des alliances. Son portrait est étonnamment ambivalent : la Saint-Barthélemy (séquence bâclée) et ses lendemains le montrent lâche, geignard, ivre. Son chien a été égorgé, comme ses coreligionnaires. Plus tard, alors qu’il se morfond de honte d’avoir abjuré sa foi et que M. de Mouy veut le persuader de diriger la contre-attaque huguenote à La Rochelle, en Béarn et au Roussillon, il refuse dans un premier temps de « revenir en arrière », de vivre dans l’angoisse constante du souverain (« le trône signifie la mort »). Pour se mettre à l’abri des innombrables attentats fomentés par la reine-mère, il se fait même enfermer dans le donjon de Vincennes. La prédiction du mage-empoisonneur René le Florentin (qui lui évite plusieurs fois la mort) concernant la future couronne de France le laisse incrédule jusqu’à la dernière image.
Catherine de Médicis (Yekaterina Vasilyeva) au cœur du complot, à dr. l’exécution de La Mole et Coconnas.
 L’action est principalement pimentée par Yekaterina Vasilyeva qui compose une Catherine de Médicis certes caricaturale (donc fidèle à Dumas) mais psychologiquement très étoffée. Mère omniprésente, intrusive, ouvertement criminelle – elle insulte Charles IX qui, de sa fenêtre, décharge ses mousquets sur des hérétiques dans la rue au lieu de faire sauter la cervelle de son cousin Henri, témoin gênant à sa droite -, le dragon se laisse aller au désespoir avec son mage, complice secret de tous ses crimes, qui cependant ignore ses témoignages discrets de tendresse. Rejetée de toutes parts, bafouée par l’insolente « chuzpa » du Béarnais, l’Italienne, épouvantail maternel, terrorise même son royal rejeton qui se réfugie dans les bras de sa vieille nourrice. La comédienne reprendra le même rôle dans « La Dame de Monsoreau » deux ans plus tard (cf. infra).

(1) – Notamment avec des adaptations de Les trois Mousquetaires (1938, 1978, 1992, 1993), Le comte de Monte Cristo (1988) et La Dame de Monsoreau (1998, cf. infra). Même le voyage aventureux d’Alexandre Dumas en Russie en 1858/59 a eu droit à un long métrage signé Hasan Khazhkasimov en 1980, « Dyuma na Kavkaze (Dumas dans le Caucase) », avec Karl Sebris dans le rôle du romancier français.
2001(vd) La Reine Margot (BE) de Stephen Shank (th) et Vitold Grand-Henry (tv)
RTBF-Del Diffusion-Rinus Vanelslander-P. de Longrée, 2h21 min. – av. Catherine Conet (Marguerite de Valois, dite la reine Margot), Françoise Oriane (Catherine de Médicis), Pascal Racan (Charles IX), Louis Prest (Joseph de Lérac de La Mole), Patrick Brüll (Marc-Annibal de Coconnas), Jean-François Rossion (Henri, duc de Guise), Olivier Massart (Henri de Navarre, futur Henri IV), Stéphane Custers (François d’Alençon), Delphine Charlier (Henriette de Nevers), France Bastoen (Charlotte de Sauve), Victor Scheffer (René Bianchi le Florentin), Jacques Cappelle (Louviers de Maurevel), Noël Baye (La Hurière, aubergiste), Thierry Donk (M. de Mouy de Saint-Phale), Olivier Francart (M. de Téligny), Marcel Gonzalez (de Nancey), Alexis Goslain (Louis de Bourbon, prince de Condé), Arnaud Crèvecoeur (Charles X, cardinal de Bourbon), Sylvie Pederejew (Gillonne), Olivier Charlet (M. de La Rochefoucault).
Captation de la pièce de Dumas et Maquet, un spectacle créé et filmé en août 2001 dans les ruines cisterciennes de l’abbaye de Villers-la-Ville (Belgique) par la troupe virevoltante de Stephen Shank (metteur en scène, comédien et écrivain bruxellois d’origine américaine). Shank, également adaptateur et co-scénographe (avec Patrick de Longrée) donne à l’ensemble rythme et limpidité, soutenu par des effets d’éclairage ingénieux.
Affiche du film d'Henri Desfontaines pour SCAGL/Pathé (1914).