I - LE ROYAUME DE FRANCE

Henri II (Roger Moore) et sa favorite, Diane de Poitiers (Lana Turner) dans « Diane » de David Miller (1956).

9 . RENAISSANCE FRANÇAISE ET CHIMÈRES D’ITALIE (autour de François Ier)

Au sortir de la guerre de Cent Ans, la France s’enivre des vestiges de l’Antiquité classique. Tandis que l’Espagne et le Portugal envoient leurs navigateurs découvrir (et asservir) le monde, les derniers Valois, se prévalant d’héritages lointains, embarquent leur royaume dans soixante-cinq ans de sanglants et ruineux rêves transalpins, croyant que la Péninsule italienne, morcelée en petits États disparates, serait facile à conquérir. Prise entre Venise, la papauté, les Habsbourg de Vienne à Madrid, l’Angleterre et le jeu aléatoire des alliances locales, la France se heurte à une résistance dont elle ne viendra pas à bout. La véritable conquête se fait en sens inverse, et sans armes : à travers les idées et les arts de la Renaissance.

CHARLES VIII dit « l’Affable » 1483 / 1498
Né en 1470, fils de Louis XI et de Charlotte de Savoie. Reine: Anne de Bretagne en 1491 (1477-1514). Il devient roi à treize ans (sous la régence de sa sœur, Anne de Beaujeu). Prince romanesque nourri des récits de chevalerie, il rêve d’Italie. Son père ayant hérité le titre de roi de Naples, il consacre énergie et fortune à la reconquête de ce trône virtuel. La première campagne d’Italie avec Bayard (1494/1497) se solde par un échec. Il meurt accidentellement à 28 ans, sans enfants, après 15 ans de règne.

LOUIS XII dit « le Père du Peuple »
1498 / 1515
Né en 1462 (Louis d’Orléans), gendre de Louis XI et beau-frère de Charles VIII. Reines : Jeanne de Valois, fille de Louis XI (1464-1505) ; Anne de Bretagne en 1499 (1477-1514) ; Marie Tudor/Mary of York en 1514 (?-1533), sœur d’Henry VIII. Héritier du duché de Milan par sa grand-mère, une Visconti, il lève une armée pour en chasser le duc, Ludovic Sforza le More, monte jusqu’à Naples et reperd le tout après quatorze ans de guerre (quatre campagnes d’Italie, 1499/1500, 1500/1504 et 1508/1513). Ces expéditions militaires éloignent toutefois la noblesse turbulente du territoire national et ramènent le calme dans le royaume.

FRANÇOIS Ier
1515 / 1547
Né en 1494, cousin et gendre de Louis XII, décédé à 53 ans. Épouses : Claude de France (1499-1524) ; Éléonore d’Autriche (1498-1558), sœur de Charles Quint. Raffiné, dépensier et homme de goût, il fait venir en France les meilleurs artistes transalpins (Léonard de Vinci, Benvenuto Cellini), achète des œuvres de Michel-Ange, de Raphaël, du Titien, fait bâtir ou rénover divers châteaux de la Loire (Blois, Chambord, Fontainebleau), crée un protocole de la cour et pose les bases de la monarchie absolue : on passe de la suzeraineté à la souveraineté, le royaume devient la propriété du roi. En 1530, il fonde le Collège de France et remplace le latin et les langues régionales par le français dans les textes officiels dès 1539. Sur le plan extérieur, il aime le fracas des armes, mais se révèle un stratège déplorable pendant les quarante ans de guerre qui l’opposent aux armées de Charles Quint, empereur germanique, héritier des maisons d’Autriche, de Bourgogne, de Castille et d’Aragon : au total, six campagnes en Italie, avec des victoires éphémères à Milan, Naples, Marignan (1515), puis une défaite écrasante à Pavie (1525). Fait prisonnier, François Ier passe une année en captivité à Madrid, puis, libéré, renie ses engagements forcés et s’allie avec les princes protestants allemands (1531) et même avec le « Grand Turc », Soliman le Magnifique (1536), toujours dans le vain espoir de terrasser Charles Quint et les cités italiennes. Il contracte en 1543 l’alliance du croissant et du lys avec les armées du corsaire Barberousse (dont la marine ottomane est basée à Alger) qui s’installent à Toulon. La France est alors la seule nation d’Occident à faire alliance avec l’empire ottoman … tout en dénonçant les « Sarrasins » qui sont aux portes de Vienne !

HENRI II
1547 / 1559
Né en 1519, fils de François Ier et de Claude de France. Épouse : Catherine de Médicis (1519-1589). Favorite : Diane de Poitiers (1499-1566). Après l’échec d’une onzième et dernière campagne en Italie, il abandonne les prétentions territoriales de ses prédécesseurs pour se concentrer sur les finances exsangues du pays et signe la paix du Cateau-Cambrésis avec les Habsbourg en 1559. Il décède à 40 ans des suites d’un accident de tournoi, au moment critique où le pays a besoin d’un pouvoir fort pour résister à la famille de Guise (qui dirige la puissante Sainte Ligue catholique et fait de l’ombre à la couronne) ainsi qu’à la poussée menaçante des huguenots.
1908François Ier et Triboulet (FR) de Georges Méliès
Star-Film (no. 1040-43), 95 m./5 min. – av. Georges Méliès (Triboulet). – Synopsis : Le bouffon Triboulet peine à dérider son souverain renfrogné à cause d’une mauvaise digestion, jusqu’au moment où il métamorphose une dame de la cour en beauté grecque de l’Antiquité après l’avoir dénudée et placée sur un tabouret. Quelques tours de magie plus tard, François Ier s’anime, prend la femme dans ses bras et s’apprête à lui donner un baiser quand, horreur !, il se retrouve en train d’embrasser son bouffon. Ils sortent en riant, bras dessus, bras dessous.
Nicolas Ferrial ou Le Févrial alias Triboulet (1479-1536) est le bouffon de la cour de France sous Louis XII et François Ier. Simple d’esprit, le fou du roi devient célèbre pour ses bons mots ; il est le personnage principal du drame Le roi s’amuse de Victor Hugo (cf. infra), de l’opéra Rigoletto de Giuseppe Verdi (cf. infra) et de deux romans d’aventures de Michel Zévaco (cf. 1923).
1909Sœur Angélique (FR) de Michel Carré
Société Cinématographique des Auteurs et Gens de Lettres (S.C.A.G.L.)-Pathé Frères S.A. (Paris) no. 2897 (« scènes féeries et contes »), 220 m. – av. Marguerite Ninove (Jeanne de Chazal), Paul Capellani (André de Santis). – Synopsis : André de Santis, un jeune officier de François Ier, est appelé à la guerre en Italie et abandonne sa fiancée, Jeanne de Chazal, qui, de désespoir, entre dans les ordres sous le nom de sœur Angélique. André revient mortellement blessé et agonise non loin du couvent, mais la religieuse a l’interdiction de le rejoindre. La Vierge descend de son socle, prend l’apparence de sœur Angélique et la remplace afin que celle-ci puisse passagèrement quitter le couvent pour recueillir le dernier soupir de son bien-aimé. – US : Sister Angelica.
1909Le Coup de Jarnac (FR)
Etablissement Gaumont S.A. (Paris), 105 m. – Synopsis : Guy Chabot de Saint-Gelais, baron de Jarnac (il deviendra en 1569 premier gentilhomme de la chambre du roi Charles IX), passe à la postérité grâce à sa célèbre botte, « le coup de Jarnac », un coup de revers inconnu jusque-là qui lui permet de vaincre en duel François de Vivonne, un colosse réputé par sa force et son adresse à la rapière, mais dont il sectionne le jarret en se découvrant. Le combat a lieu sur l’esplanade du château de Saint-Germain-en-Laye (juillet 1547), en présence d’Henri II et de 300 gentilshommes. Une ancienne querelle entre les maîtresses royales Diane de Poitiers et la duchesse d’Étampes, dernière favorite du défunt François Ier, est à l’origine de ce duel judiciaire autorisé à titre exceptionnel par la couronne. Le vainqueur sauve son honneur, Vivonne décède durant la nuit. Chabot sera lui-même tué en duel en 1584. – US : Jarnac’s Treacherous Blow.
Une dame (Mary Cléo Tarlarini) de la cour de François Ier humilie son amoureux dans « Il guanto » (1910).
1910Il guanto / Il guanto da festa (Le Gant) (IT) de Luigi Maggi
S. A. Ambrosio Film, Torino (« Série d’Or »), 225 m. – av. Mary Cléo Tarlarini (Cunégonde), Alberto A. Capozzi (le chevalier de Lorges), Mario Voller Buzzi (François Ier), Giuseppe Gray, Mirra Principi. – Synopsis : Le chevalier de Lorges aime Cunégonde, une dame de la cour de François Ier, mais n’ose se déclarer. Comme la belle se moque publiquement de sa timidité, il lui demande de mettre son amour à l’épreuve. Le lendemain, le roi fait organiser un combat de lions dans l’arène. Cunégonde jette son gant parmi les fauves et défie son amoureux d’aller le récupérer. A l’admiration générale, le chevalier ramasse le gant au péril de sa vie et en gifle l’orgueilleuse propriétaire avant de lui tourner le dos pour toujours.
Le scénariste Arrigo Frusta adapte ici une des plus célèbres ballades de Friedrich Schiller, Der Handschuh (1797), inspirée par un fait divers rapporté dans les Essais historiques sur Paris de Germain-François Poullain de Saint-Foix, parus en 1754-57. Le sujet a été repris ultérieurement par les poètes James Leigh Hunt (The Glove and the Lions) et Robert Browning (The Glove, 1845). – US, GB : The Glove, DE : Der Handschuh.
1911Bayard à Brescia (FR)
Etablissement Gaumont S.A. (Paris), 265 m. – Lors de la deuxième campagne d’Italie menée par Louis XII, Bayard, le « chevalier sans peur et sans reproche », est blessé au siège de Brescia en 1512.
François Ier (Claude Garry) rentre fourbu et blessé d’Italie, dans « Raison d’État » (1911). ©INA
1911Raison d’État. Après la bataille de Pavie (1525) (FR)
Paul Gavault/Le Film d’Art (Paris), 318 m. – av. Claude Garry (François Ier), Dorival/Monteaux (Charles Quint), Suzanne Revonne (Béatrix). – Synopsis : En 1525, François Ier est blessé alors qu’il combat les troupes de Charles Quint à Pavie. Recueilli par un châtelain du voisinage, il s’éprend de Béatrix, la fille de son hôte. Alors qu’il se constitue prisonnier à Madrid, le roi ne parvient pas à oublier celle qu’il aime et la fait venir à ses côtés. Mais pour sauver l’honneur de la France, il est contraint d’épouser la sœur de Charles Quint. Béatrix se sacrifie à la raison d’État et se suicide dans un bassin.
1911Une mésaventure de François Ier (FR) de Paul Garbagni
Société Cinématographique des Auteurs et Gens de Lettres (S.C.A.G.L.)-Pathé Frères S.A. (Paris), 375 m. – av. Louis Ravet (François Ier), Aimée Tessandier (la châtelaine), Constant Rémy. – Synopsis : Réputé pour ses aventures amoureuses, François Ier séjourne dans le château d’un de ses vassaux où il s’éprend de l’hôtesse. Pour ne pas tromper son époux ni courroucer le souverain, celle-ci se fait administrer par sa gouvernante un puissant narcotique. Le roi s’enfuit, la croyant morte. Lorsqu’il découvre la mystification, il se montre bon prince et vole vers d’autres amours.
1912Un caprice de François Ier (FR) d’Henri Desfontaines (?)
Société générale des cinématographes Eclipse (Paris)-Radios Film, 309 m. – av. Germaine Dermoz. – Variation sur les péripéties galantes du roi, tournée à Boulogne-sur-Seine.
1912Un tragique amour de Mona Lisa (La Joconde) (FR) d’Albert Capellani
Société Cinématographique des Auteurs et Gens de Lettres (S.C.A.G.L.)-« Série d’Art » Pathé Frères S.A. (Paris) no. 5008, 550 m. (dont 467 m. en couleurs). – av. Claude Garry (François Ier), Jacques Grétillat (Léonard de Vinci), Aimée Raynal (Mona Lisa Del Giocondo), Blanche Barat (la Belle Ferronnière), Stacia Napierkowska.
Synopsis : À Florence vers 1506, François Ier, las de l’amour de la Belle Ferronnière, s’est épris de Mona Lisa, surnommée la Joconde, femme du seigneur Francesco Del Giocondo. Tandis que Léonard de Vinci cherche à fixer sur la toile le sourire de la belle, le roi, trompant la vigilence de sa maîtresse, assiste en cachette aux séances de pose. La Ferronnière les surprend et accuse sa rivale d’hérésie devant le Conseil des Dix. Mona Lisa est emprisonnée. Léonard, qui l’aime en secret, supplie le roi de France d’intervenir, ce qu’il accepte en échange du tableau. Ne pouvant se résigner à la perte de son chef-d’œuvre, le peintre s’introduit furtivement chez le roi pour récupérer sa toile et arrive à temps pour empêcher la Ferronnière de le détruire dans un accès de fureur jalouse. Mona Lisa parvient à s’échapper, dénonce la Ferronnière qui tombe en disgrâce auprès du roi et assiste dépitée au triomphe de sa rivale.
Filmé aux studios de Vincennes, le scénario du jeune Abel Gance, 21 ans, montre avec humour et un certain à-propos comment le célèbre tableau, alors disparu du Louvre et recherché mondialement (il a été dérobé en août 1911 par le vitrier italien Vincenzio Perugia et ne sera retrouvé qu’en décembre 1913), est venu enrichir les collections nationales. En réalité, peinte entre 1503 et 1506, La Joconde ne quitta jamais Léonard de son vivant. Il l’emporta probablement à Amboise en 1516 où François Ier, son nouveau mécène, le fit venir, acheta la toile et l’installa à Fontainebleau. – IT : Un tragico amore di Monna Lisa, la Gioconda.
1912Le Quart d’heure de Rabelais (FR) de Louis Feuillade
Etablissement Gaumont S.A. (Paris), 190 m. – av. Gaston Séverin (François Rabelais). – Episode de la vie de François Rabelais (1483?-1553) : pour pouvoir quitter la ville de Lyon gratuitement sans avoir à payer son aubergiste, le poète met deux paquets en évidence dans sa chambre avec les inscriptions « poison pour le roi » et « poison pour la reine ». L’aubergiste alerte la maréchaussée qui conduit Rabelais à Paris. François Ier rit de cette plaisanterie faite par son ami, et lui pardonne en le faisant relâcher. (Le « quart d’heure de Rabelais » est devenu une expression courante pour signifier un mauvais moment à passer, une situation dont seul un stratagème astucieux peut nous sortir.)
1913Le Ménestrel de la reine Anne / Le Ménestrel d’Anne de Bretagne (FR) de Louis Feuillade
Etablissement Gaumont S.A. (Paris), 300 m. – av. Jean Ayme, André Luguet. – Saynète autour du personnage historique le plus populaire de Bretagne, en raison de son rôle charnière dans l’union de son duché au royaume de France et de la destinée d’Anne de Bretagne (1477-1514) qui épousa trois monarques, dont deux rois de France, Charles VIII et Louis XII, ainsi que (en premières noces) le futur Maximilien Ier, empereur romain germanique.
Louis XII se meurt, et Marie Tudor, la reine de France (Mary Fuller), sera bientôt libre d’épouser celui qu’elle aime (« A Tudor Princess », 1913).
1913® A Tudor Princess (US) de Walter Edwin. – av. Herbert Yost (Louis XII), Mary Fuller (Marie Tudor, reine de France), Rex Ingram (le dauphin François d’Angoulème, futur François Ier), Benjamin F. Wilson (Charles Brandon, duc de Suffolk), Henry Grady (duc de Longueville). – En octobre 1514, Henry VIII contraint sa sœur, Marie Tudor, 18 ans, à épouser Louis XII de France, 52 ans, alors qu’elle aime Charles Brandon. Elle épousera ce dernier à Cluny une année plus tard, après le décès de son royal époux en janvier 1515, affaibli par l’âge, les excès et la goutte. Une curiosité : le futur réalisateur irlandais Rex Ingram (« Les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse » avec Rudolph Valentino, 1921) interprète le jeune François Ier. D’après le bestseller When Knighthood Was in Flower de Charles Majors (1898), également porté à l’écran en 1922 et en 1952 (cf. infra).
1922® When Knighthood Was in Flower (US) de Robert G. Vignola. – av. William Norris (Louis XII), Marion Davies (Marie Tudor, reine de France), William Powell (le dauphin François d’Angoulême, futur François Ier), Macey Harlam (Louis Ier d’Orléans-Longueville), Forrest Stanley (Charles Brandon, duc de Suffolk), Gustav von Seyffertitz (Gabriel de Gramont). –En 1514, Henry VIII contraint sa sœur, Marie Tudor, 18 ans, à épouser Louis XII de France, 52 ans, alors qu’elle aime Charles Brandon. Elle épousera ce dernier à Cluny en 1515, après le décès de son royal époux. – cf. Moyen Âge : Angleterre.
Triboulet (Umberto Zanuccoli), le bouffon de François Ier, est le héros malmené d’un sérial italien tiré de Michel Zévaco (1923).
1923Triboulet – I misteri della Corte di Francia 1505 (Triboulet) (IT) de Febo Mari
Società Italiana Cines, Roma (sérial de 6 épisodes), 8301 m. – av. Umberto Zanuccoli (Fleurial dit Triboulet), Achille Vitti (François Ier), Elena Sangro (Gillette), Gino Viotti (M. de Monclar, Grand Prévôt de la Police du roi), Tina Ceccacci (Margentine), Giovanni Schettini (Manfred), Vivina Ungari (Ignace de Loyola, le Grand Inquisiteur), Alfredo Menichelli (Lanthenay), Giulia Cassini-Rizzotto (Avette Dolet), Carlo Gualandri (Etienne Dolet, l’imprimeur), Totò Majorana (le comte de Ragastens).
Synopsis : En compagnie de ses favoris, et malgré les supplications de Triboulet, François Ier a décidé d’enlever Gillette, la fille que son bouffon a recueillie enfant et qu’il aime comme un père. Il doit pour cela se débarrasser de sa maîtresse du moment, Madeleine Ferron, que le mari trompé livre au bourreau à Montfaucon. Mais le rapt de Gillette est un échec : son amoureux secret, Manfred, benjamin des truands de la Cour des Miracles, court sus au roi et lui enlève sa proie qu’il cache chez l’imprimeur Etienne Dolet. Entre-temps, le souverain a appris que Gillette est sa fille naturelle (qu’il a eue de Margentine) et la récupère en la nommant duchesse de Fontainebleau. Enfermé dans le charnier de Montfaucon par le guet après avoir sauvé Madeleine Ferron de la corde, Manfred s’échappe, déterminé à retrouver sa bien-aimée, et insulte le roi au Louvre. Son compagnon Lanthenay et ses truands accourent à sa rescousse en boutant le feu au palais. Ayant pris Gillette pour une rivale en amour, la duchesse d’Etampes, favorite royale, la livre à Margentine, qui a sombré dans la folie et parvient presque à défigurer sa propre fille à l’acide. Lanthenay, Triboulet et Manfred se liguent pour libérer Etienne Dolet, accusé d’avoir imprimé des ouvrages hérétiques et enfermé à la Conciergerie où l’attend le bourreau. Le trio entend par la même occasion défendre la Cour des Miracles dont le Grand Prévôt prépare l’assaut et retrouver Gillette, que le roi a emmenée à Fontainebleau. Au fil d’innombrables péripéties et retournements de situation, Dolet périt sur le bûcher, Manfred s’avère le fils perdu du comte de Ragastens et Lanthenay celui du Grand Prévôt. Margentine recouvre la raison et reconnaît Gillette que Manfred dispute au roi avec son épée. Triboulet se sacrifie pour la sauver. Brisé, François Ier rentre au château de Rambouillet et y décède, sous le regard vengeur de Madeleine Ferron, dite la Belle Ferronnière.

Michel Zévaco adapté par un provocateur italien
Avec ses deux romans-feuilletons, Triboulet et La cour des miracles (1910), l’intarissable Michel Zévaco, le père de Pardaillan, s’appuye lointainement sur l’intrigue imaginée par Victor Hugo dans Le roi s’amuse (cf. infra), en partant du fameux bouffon de la cour de France (cf. film de 1908). Pourfendeur de monarques et de curés, l’anarchiste républicain Zévaco mêle à son récit rocambolesque des personnages historiques tels que la Belle Ferronnière, Ignace de Loyola, Monclar ou Anne de Pisseleu, duchesse d’Étampes, mais c’est surtout l’écrivain humaniste, poète, philologue et imprimeur Étienne Dolet (1509-1546) qui retient son attention et toute sa sympathie. Il s’attarde sur son exécution, que ses héros ferrailleurs tentent en vain d’empêcher : le malheureux est torturé, étranglé et brûlé avec ses livres sur la Place Maubert en tant que défenseur d’un rationalisme antichrétien (ou selon d’autres, en tant que partisan de Martin Luther, quoique Calvin l’ait formellement condamné). Febo Mari, cinéaste et scénariste sicilien réputé pour son goût de la provocation (« Judas » en 1917, « Attila » en 1918), atténue à peine la charge de Zévaco, malmenant non seulement le roi de France, mais aussi Loyola, fondateur des Jésuites et ardent promoteur de la Contre-Réforme que l’Église a canonisé en 1622. Quand sort ce feuilleton en costumes fabriqué à l’économie aux studios Cines de la Via Appia Nuova à Rome, le genre est passé de mode. Sa carrière est aussi brève que discrète, et il subit de nombreux remontages. La censure italienne fait extirper toute allusion à Calvin.
Épisodes : 1. « Il buffone del re » – 2. « Il re dei pezzenti » – 3. « I misteri del Louvre » – 4. « La corte dei miracoli » – 5. « La vendetta dell’Innominato » – 6. « Delirio d’amore ». – Distribution en 8 épisodes en France : 1. « Le gibet de Montfaucon » – 2. « Au milieu des flammes » – 3. « Le masque tragique » – 4. « Traqués » – 5. « La ruée » – 6. « Le supplice d’Etienne Dolet » – 7. « La mort qui rôde » – 8. « Le passé qui revient ».
1934® Willem van Oranje (NL) de Gerardus Jan Teunissen. – av. Eduard Palmers (Henri II), Cor Van der Lugt Melsert (Guillaume d’Orange). – En 1559, lors d’une chasse dans le bois de Vincennes, Henri II révèle à Guillaume d’Orange que le roi d’Espagne, Philippe II, a le projet de tuer tous les protestants de France et des Pays-Bas pour « extirper le venin de l’hérésie ». – cf. Moyen Âge : Espagne, Flandre occupée.
En 1518 à Fontainebleau, François Ier (Sacha Guitry) donne sa cousine en mariage à Laurent de Médicis (« Les Perles de la couronne », 1937).
1937**Les Perles de la couronne (FR) de Sacha Guitry et Christian-Jaque
Cinéas (Serge Sandberg), 2h. – av. Sacha Guitry (François Ier), Renée Saint-Cyr (Madeleine de La Tour d’Auvergne, sa nièce et épouse de Laurent de Médicis), Romuald Joubé (Jean Clouet, le peintre), Lyn Harding (Henry VIII), James Craven (Hans Holbein), Lautner (le Titien), Colette Borelli (Catherine de Médicis à 8 ans), Paulette Elambert (Catherine de Médicis à 14 ans), Marcelle Samson (Catherine de Médicis en 1550), Ermete Zacconi (le pape Clément VII, son oncle), Roland Catalano (Giovanni Spanelli), Laurence Atkins (Anne de Pisseleu d’Heilly, duchesse d’Etampes), Léon Walther (le duc Anne de Montmorency), Barbara Shaw (Anne de Boleyn), Rosine Deréan (Catherine d’Aragon), Jacqueline Pacaud (Jane Seymour), Percy Marmont (le cardinal Wolsey).
Synopsis : En 1937, un écrivain français (Guitry), un officier de la maison royale britannique et un camérier du pape évoquent simultanément et séparément l’histoire d’un collier de sept perles fines, dont quatre pendent à présent aux arceaux de la couronne royale d’Angleterre. En 1533, le pape Clément VII remit ce collier à Catherine de Médicis, sa nièce, lorsque celle-ci épousa le dauphin de France, Henri d’Orléans, fils de François Ier et futur Henri II. Quand Marie Stuart épousa François II, Catherine lui fit don de ce collier. Lorsque Marie Stuart mourut, quatre de ces perles tombèrent entre les mains de la reine Elisabeth d’Angleterre, et c’est la reine Victoria qui les fit placer aux arceaux de la couronne royale. Accessoirement, le film imagine le destin ignoré des trois autres perles.

Une éblouissante et spirituelle promenade à travers le temps
La narration de Sacha Guitry, spirituelle, cocasse, parfois féroce, toujours émaillée de trouvailles visuelles et de fantaisie, abolit les frontières tant géographiques que temporelles du récit, au rythme d’un éblouissant kaléidoscope historique. Cette première fresque à grand spectacle, mêlant imagerie d’Épinal, revue satirique et roman picaresque (bientôt une spécialité du Maître), reprend et développe ainsi la construction en flash-back avec commentaires en off qui firent sensation dans « Le Roman d’un tricheur », l’année précédente. Après le désistement de Raymond Bernard, Guitry se fait seconder techniquement par Christian-Jaque, artisan chevronné rompu aux caprices de la caméra, car « Les Perles de la couronne » est une superproduction à la française qui a coûté, pour les seuls décors, la somme coquette de neuf millions de francs de l’époque (le plus gros budget d’avant-guerre pour l’auteur). L’affiche comporte plusieurs stars, Raimu, Arletty, Jean-Louis Barrault, Cécile Sorel, Jacqueline Delubac (dans trois rôles), etc. On tourne aux Studios Cinéma Billancourt et en extérieurs au château de Royaumont (Asnières-sur-Oise), sous le titre de travail de « L’Histoire merveilleuse de sept perles fines ». Chaque comédien parle dans sa langue maternelle, du jamais vu (Lyn Harding joue en anglais, Ermete Zacconi en italien), Guitry ayant refusé catégoriquement toute forme de doublage par respect de la voix des comédiens – et tant pis pour les ignares ! Après une projection spéciale réservée au gouvernement (le président de la République Albert Lebrun, Léon Blum) et au corps diplomatique, la sortie mondiale a lieu en même temps à Paris, à Londres et à New York ; Guitry présente lui-même le film à Vienne, à Venise et à Rome. La production, dans laquelle l’histoire de l’Angleterre et celle de la France sont constamment entremêlées, a été mise en chantier pour apporter au sacre de Georges VI (mai 1937) un hommage du cinéma français ; elle obtient le Prix du meilleur scénario à la Mostra de Venise de 1937 et récoltera un grand succès populaire.
Le premier segment en costumes du film – et le plus long – se déroule au XVIe siècle, commençant en 1518 au château de Fontainebleau, quand François Ier décide de donner sa cousine Madeleine de La Tour d’Auvergne en mariage à Laurent de Médicis. De leur union naît Catherine de Médicis. Les géniteurs décèdent peu après et le pape Clément VII place la petite Catherine, sa nièce, dans un couvent. Les années passent, François Ier se fait peindre par Jean Clouet et le Titien, tandis que Holbein achève le portrait de Henry VIII à Londres ; chaque monarque est persuadé qu’il possède de plus belles jambes que son cousin, point de départ d’une longue rivalité. En France, la jeune Anne de Boleyn, dame d’honneur de la reine Éléonore, donne des leçons d’anglais au dauphin récalcitrant avant de regagner l’Angleterre, où elle devient la maîtresse du roi, tandis que la duchesse d’Etampes devient celle de François Ier. A Marseille, le dauphin de France rencontre sa future épouse, Catherine, 14 ans, et en 1544 naît leur fils, le futur François II (suite sous son règne, cf. 10). – US, GB : The Pearls of the Crown, DE, AT : Die Perlen der Krone / Die wunderbare Geschichte der sieben Perlen, IT : Le perle della corona, ES : Las perlas de la corona.
Voyageur dans le temps, Honorin (Fernandel, à g.) introduit le Petit Larousse à la cour de François Ier (1937).
1937François Ier (FR) de Christian-Jaque
Prod. M. J. Calamy, 1h40 min. – av. Fernandel (Honorin), Aimé Simon-Girard (François Ier), Alexandre Rignault (Henry VIII), Nicolas Amato (Pierre Terrail LeVieux, seigneur de Bayard), Charles Lemontier (Jacques de Chabanne, seigneur de La Palisse), Jacques Vitry (Charles III, connétable de Bourbon), Paul Delon (le duc Anne de Montmorency), Jeanne Lamy (la duchesse de Montmorency), Mona Goya (la belle Ferronière), Henri Bosc (Ferron), Alice Tissot (Alfredine), Sinoël (le fantôme), Alexandre Mihalesco (Cagliostro), René Génin (Cascaroni/Carpalin), Marconi (Lautrec), Henry Valbel (le moine), Teddy Michaux (le bourreau), Claire Saint-Hilaire (Mme de Montchenut).
Synopsis : Régisseur du petit théâtre Cascaroni qui joue en tournée François Ier ou Les amours de la belle Ferronnière, Honorin rêve d’y interpréter le rôle du chevalier. Ce qui arrive, mais comme il a le trac, il se fait hypnotiser par son ami Cagliostro. Dans son sommeil, il se retrouve à la cour de François Ier ("Majesté, votre sire est trop bonne"), un exemplaire du Petit Larousse illustré sous le bras… En le consultant, il peut prédire l’avenir, éblouit courtisans et grandes dames par sa science, se fait amis et ennemis qui l’accusent de magie, initie la cour au tango, propose le jeu de sweepstake (fort en vogue en 1937) pour assainir les finances du royaume, subit l’épreuve du « Jugement de Dieu » et endure l’insoutenable « Supplice de la Chèvre » sous les yeux d’un bourreau patibulaire (l’animal lèche la plante des pieds du condamné !). De retour au XXe siècle, Honorin se sent mal dans sa peau et demande à Cagliostro de le renvoyer au plus vite en l’an 1520, à la cour d’Amboise.
Tiré d’une idée de Paul Fékété, cette inusable « fantaisie burlesque » pulvérise les recettes des triomphes précédents du team Christian-Jaque/Fernandel et continue, à ce jour, d’être exploitée. Son réalisateur vient de seconder Sacha Guitry sur « Les Perles de la couronne » (cf. supra), œuvre dans laquelle les deux monarques français et anglais jouent également un rôle prépondérant, et on pourrait considérer cette farce parodique bricolée sur mesure pour Fernandel dans les studios parisiens G.F.F.A. comme un pied de nez en direction de l’imagerie d’Épinal raffinée à la Guitry. Petite bande rigolarde et fauchée, mais à l’indéniable puissance comique, « François Ier » reprend le schéma éprouvé d’un benêt d’une inaltérable placidité qui s’endort, prend son rêve pour la réalité et se réveille au moment où les choses se gâtent. Fernandel affronte comme il se doit « les plus ténébreuses conspirations, les amours les plus folles, l’intimité avec les grands de ce monde, et même la vertigineuse remontée dans le temps avec, en toutes circonstances, le sourire le plus large, la belle humeur la plus béate. » (Raymond Chirat, Olivier Barrot, Travelling no. 47/1976, p. 37) Une apologie franchouillarde du système D qui cumule allégrement les anachronismes. – IT : Francesco I, US : Francis the First.
1938® Ettore Fieramosca (IT) d’Alessandro Blasetti. – av. Gino Cervi (Ettore Fieramosca), Osvaldo Valenti (Guy de La Motte), Gianni Pons (Gaston de Foix, duc de Nemours), Vasco Cataldo (Pierre Terrail LeVieux, seigneur de Bayard). - Épisode de la guerre d’Italie : en février 1503, devant Barletta (Pouilles), cité italienne tenue par les Espagnols et assiégée par les Français, treize chevaliers français menés par Guy de La Motte affrontent treize Italiens sous le légendaire condottiere Fieramosca. Le combat est arbitré par le chevalier Bayard et Prospero Colonna. Les Français perdent. Le même exploit est évoqué, mais sans mention de Bayard, dans « Ettore Fieramosca, ovvero La disfida di Barletta » (1909) d’Ernesto Maria Pasquali, « Ettore Fieramosca » (1915) d’Umberto Paradisi et « Il soldato di ventura (La Grande Bagarre) » (1976) de Pasquale Fiesta Campanile. – cf. Moyen Âge : Italie.
Marguerite de Navarre (Elsa Merlini) visite et soutient son frère François Ier, prisonnier à la cour d’Espagne (1942).
1942La regina di Navarra (IT) de Carmine Gallone
Raffaele Colamonici/Juventus Film-Ente Nazionale Industrie Cinematografiche (ENIC), 1h26 min. – av. Elsa Merlini (Marguerite de Navarre/Valois-Angoulême), Renato Cialente (François Ier), Gino Cervi (Charles Quint), Leonardo Cortese (Henri d’Albret), Clara Calamai (Isabelle de Portugal), Valentina Cortese (Éléonore d’Autriche/de Habsbourg), Paolo Stoppa (Babieca), Nerio Bernardi (le chancelier Mercurin de Gattinara), Greta Gonda (Conchita Babieca), Margherita Bagni (la duchesse d’Ossuna), Wanda Capodaglio (une dame de la cour), Oreste Fares (le prêtre), Enzo Musumeci Greco (le maître d’armes), Adriano Vitale.
Synopsis : Après l’écrasante défaite de Pavie en 1525, François Ier est prisonnier de l’empereur Charles Quint à Madrid. Il reçoit la visite de sa sœur aînée, Marguerite de Valois, qui s’est attiré les sympathies de la cour espagnole et manœuvre pour le faire libérer. Elle y parvient à force d’habileté et de diplomatie. Redoutable entremetteuse de charme, elle finit même par arranger trois mariages : un premier entre François Ier et Éléonore d’Autriche, la propre sœur de l’empereur ; un deuxième entre ce dernier et Isabelle, l’infante du Portugal ; enfin un troisième, en guise de récompense personnelle : elle séduit Henri d’Albret, le futur roi de Navarre, qu’elle épousera à Nérac une fois son frère de retour en France.
 Cette comédie facétieuse, légèrement parodique – tournée à Cinecittà par un des chantres du cinéma mussolinien (« Scipione l’Africano », 1935) et inédite en France – est une adaptation des Contes de la reine de Navarre, ou la revanche de Pavie, une pièce en cinq actes d’Eugène Scribe et Ernest Legouvé (1861). Outre Gino Cervi, futur Peppone, on y découvre Clara Calamai, qui sera l’année suivante la femme fatale d’ « Ossessione (Les Amants diaboliques) » de Visconti, et la stupéfiante Valentina Cortese (l’épave alcoolique de « La Nuit américaine » de Truffaut). C’est du vaudeville en costumes (titre de tournage : « L’allegre regina »), statique, bavard, mais aussi l’unique film consacré à Marguerite de Navarre/Valois-Angoulême ou d’Orléans (1492-1549), sœur de François Ier, grand-mère d’Henri IV et l’une des rares femmes de lettres de son temps (L’Heptaméron, Marguerites de la Marguerite des princesses, etc.). Elle devint le centre de la cour où elle jouit d’un ascendant très supérieur à celui des épouses successives du roi. Son premier mari, Charles d’Alençon, rescapé de Pavie, décéda peu avant son départ pour Madrid, où elle fut effectivement envoyée pour négocier la libération de son frère. Mais Charles Quint ne voulut pas entendre parler de rançon et exigea la rétrocession de la Bourgogne dont il était théoriquement héritier par sa grand-mère. Sur ce point, la mission de Marguerite fut un échec, mais elle permit d’apporter à François Ier un sérieux réconfort et elle en tira prestige et popularité. Peut-être le traitement de cette matière, quinze mois après la défaite française de mai 1940, n’est-il pas innocent : faut-il y lire une invitation à collaborer dans la bonne humeur avec le vainqueur du moment ? – GB : Queen of Navarra.
1946/47Monsieur de Falindor (FR) de René Le Hénaff
Bertrou & Cie.-André Hugon-Raymond Borderie, 1h15 min. – av. Pierre Jourdan (Maxime de Falindor), Jacqueline Dor (Annette de Royval-Simeuse), Gil Roland (Maître Basilius Aldocenti, astrologue de la cour), Michel Gudin (Saturnin de Royval), Marcelle Duval (dame Hermance), Janine Viénot (Diane de Vimeuil), Françoise Féron (Gabrielle de Savoisy), Arlette Gleize.
Synopsis : La Touraine en 1550. Saturnin de Royval ayant pris épouse depuis peu et devant partir en ambassadeur dans le duché de Mantoue sur ordre de Catherine de Médicis (à laquelle il a eu l’outrecuidance de refuser un souper galant), apprend par le truchement d’une prophétie que son honneur risque d’être écorné. La prophétie propagée par l’astrologue de la cour est en fait une invention de la reine qui veut se venger en le faisant cocu. Saturnin confie donc Annette, sa charmante femme, à son frère d’armes et meilleur ami, le séduisant Maxime de Falindor, justement de retour des Marches du Milanais. Celui-ci, en dépit d’embûches (menaces de la reine), de tentations (Annette s’offre à lui), de mensonges (il affirme avoir reçu un coup d’arquebuse entre les jambes à la bataille de Pavie) respecte le serment et rend au jeune époux sa femme et son honneur intacts.
Contes et joyeux propos de la Renaissance est le sous-titre de la pièce libertine Monsieur de Falindor de Georges Manoir et Armand Vérhylle qui a, depuis 1942, cumule 1300 représentations au Théâtre Monceau à Paris. Gil Roland et Pierre Jordan, directeurs-propriétaires du Théâtre, en confient la transposition cinématographique à Le Hénaff, ancien collaborateur de René Clair. Les trop grandes libertés de langage de la pièce sont élaguées. On tourne au studio de Billancourt et en extérieurs au château d’Esplemont près de Chartres, avec tous les interprètes de la scène. Comme on pouvait le craindre, le résultat est du théâtre filmé.
Le futur réalisateur Gérard Oury campe François Ier dans « The Sword and the Rose » (1952), une production Walt Disney.
1952® The Sword and the Rose / When Knighthood Was in Flower (La Rose et l’Épée) (GB) de Ken Annakin. – av. Jean Mercure (Louis XII), Glynis Johns (Marie Tudor, reine de France), Gérard Oury (le dauphin François d’Angoulême, futur François Ier), Richard Todd (Charles Brandon, duc de Suffolk), Fernand Fabre (Gabriel de Gramont). – En 1514, Henry VIII contraint sa sœur, Marie Tudor, 18 ans, à épouser Louis XII, 52 ans, alors qu’elle aime Charles Brandon. Elle épousera ce dernier à Cluny en 1515, après le décès de son royal époux. Une production de Walt Disney en Grande-Bretagne dont le sujet a déjà été filmé en 1913 et en 1922. – cf. Moyen Âge : Angleterre.
François Ier (Jean Marais) détaille les trésors arrivés d’Italie dans « Si Paris nous était conté » (1955) de Sacha Guitry.
1955® Si Paris nous était conté (FR) de Sacha Guitry. – av. Jean Marais (François Ier), Nadine Olivier (Anne de Pisseleu d’Heilly, duchesse d’Étampes), Janine Grenet (Marguerite de Valois), Jacqueline Plessis (la reine Éléonore d’Autriche), Ariane Lancell (Diane de Poitiers), Claude Sylvain (Catherine de Médicis jeune), Alex Archambault (Léonard de Vinci), Pierre Vernay (Henri II), Germaine Dermoz (Catherine de Médicis adulte), Gérard Boka (Henri III enfant). – Épisodes précédents, cf. Jeanne d’Arc (7.7) et Louis XI (8). Dans une salle au Louvre vers 1538, François Ier, entouré de son épouse et de ses favorites, sur le point de marier son fils Henri avec Catherine, la fille de Laurent de Médicis, détaille joyeusement les trésors considérables arrivés d’Italie, statuettes, vases, émaux, broderies et « La Joconde » de Léonard de Vinci (Guitry développe ici une scène déjà illustrée en 1937 dans « Les Perles de la couronne », cf. supra). – En 1568 au Louvre, Catherine de Médicis met Henri II, son royal époux, en garde contre les protestants et le duc de Guise qui s’organiseraient en secret pour prendre le pouvoir. Suite, cf. Henri III et Henri IV (10).
Le dauphin Henri (Roger Moore), Diane de Poitiers (Lana Turner) et François Ier (Pedro Armendariz) (1956).
1956*Diane (Diane de Poitiers) (US) de David Miller
Edwin H. Knopf/Metro-Goldwyn-Mayer, 1h50 min. – av. Lana Turner (Diane de Poitiers, comtesse de Brézé), Pedro Armendariz (François Ier), Roger Moore (Henri II), Marisa Pavan (Catherine de Médicis), Torin Thatcher (Louis, comte de Brézé), Ronald Green (le dauphin François, duc de Bretagne), John O’Malley (Jacques II de Chabannes de La Palice, maréchal de France), Sir Cedric Hardwicke (Cosimo Ruggieri, l’astrologue), Taina Elg (Alys), John Lupton (Regnault), Henry Daniell (Albert de Gondi), Sean McClory (Gabriel de Lorges, comte de Montgomery), Geoffrey Toone (Emmanuel-Philibert, duc de Savoie), Michael Ansara (le comte Niccolo Ridolfi), Paul Cavanagh (Lord Bonnivet), Ian Wolfe (Louis de la Trémoille), Melville Cooper (le médecin de la cour [Ambroise Paré]), Percy Helton (Triboulet, le bouffon), Peter Gray (Sardini), Mickey Maga (Charles), Ronald Anton (Francis), Christopher Dark (Giancarlo), Marc Cavelli (Piero), Basil Ruysdael (le chambellan).
Synopsis : Diane quitte son château d’Anet, en Eur-et-Loire, pour plaider auprès de François Ier la cause de son mari, le comte de Brézé, accusé d’avoir participé à la conspiration du connétable de Bourbon. Découvrant la sagacité politique de la jeune femme, celui-ci accepte de gracier le comte et, en échange, la charge de servir de préceptrice à son fils cadet Henri, duc d’Orléans. Diane et Henri tombent amoureux, mais Diane, fidèle à son mari, se refuse à sa pupille qui doit épouser Catherine de Médicis (fille de Laurent II de Médicis) pour raison d’État. Lorsque François Ier décède en mars 1547 des suites de blessures reçues au cours d’une bataille en Italie, où le comte de Brézé a également trouvé la mort, elle devient la maîtresse d’Henri. Amoureuse de son époux, Catherine supporte difficilement l’omniprésence de la favorite à la cour, mais se console à l’idée que ses enfants monteront sur le trône de France, comme le lui a prédit l’astrologue Ruggieri. Peu après, le dauphin François meurt empoisonné par le clan des Médicis (à l’insu de Catherine) et Henri devient roi. Sa favorite l’aide à gouverner le pays, au mépris du protocole. Catherine est bafouée publiquement. Sept ans plus tard, Diane ayant préconisé un rapprochement avec le duché de Savoie, le roi invite le duc à la cour et organise un tournoi en son honneur. Mais les cousins florentins de Catherine, Gondi et le comte Ridolfi, complotent pour faire assassiner le souverain. Une lance du tournoi est trafiquée, l’attentat réussit : Henri II périt au cours d’une joute contre son ami, le comte de Montgomery, la lance fichée dans l’œil. Veuve et reine-mère du nouveau roi, François II, Catherine de Médicis rompt avec son clan, pousse Gondi au suicide et convoque Diane qui s’attend au pire. Mais émue par la douleur de celle-ci, Catherine lui accorde la vie sauve et la bannit à jamais de la cour.

Quelques rectificatifs à l’attention des historiens frustrés
Diane de Poitiers, comtesse de Saint-Vallier, sénéchale de Normandie et duchesse de Valentinois et d’Étampes (1499-1566), que les chroniqueurs de la Renaissance ont surnommée « la femme la plus belle du siècle », fut pendant vingt-deux ans la favorite toute-puissante d’un roi de nature plutôt taciturne et hypocondriaque, qui riait rarement (1). Plus érudite, mieux informée des affaires du royaume et plus apte à les prendre en main, elle exerça sur lui un ascendant considérable. Elle finit sa vie à soixante-sept ans dans son château d’Anet, après avoir rendu les joyaux de la Couronne à la reine. Soit, Hollywood accommode fortement l’Histoire à sa sauce – ou plutôt à ses impératifs tant commerciaux que dramaturgiques. On triche d’abord sur les âges : Louis de Brézé, que Diane épousa à quinze ans, était de près de quarante ans son aîné, de physique ingrat et bossu (Diane lui donna deux filles, Françoise et Louise) (2). Le futur Henri II avait onze ans lorsque Diane devint sa préceptrice et bientôt sa confidente ; vingt ans la séparaient de lui, et elle en avait soixante quand il mourut tragiquement. Sur l’initiative de Diane, Henri épousa Catherine de Médicis à l’âge de quatorze ans. Quant à François Ier, il mourut d’une septicémie le 31 mars 1547 au château de Rambouillet, et non de blessures de guerre ; Louis de Brézé était mort depuis seize ans. Henri ne succéda pas à son frère aîné François (le premier dauphin était déjà décédé en 1536, peut-être empoisonné), mais directement à son père. En revanche, il est tout à fait exact que c’est Cosimo Ruggieri et non l’illustre Michel de Nostredame (Nostradamus) qui fut l’astrologue personnel de Catherine de Médicis à la cour de France (3). Et non moins exact que cette dernière fit preuve d’une certaine clémence envers sa rivale, en ne la privant ni de la vie ni de ses biens.

Les derniers feux de la firme au lion
Le scénario a choisi à la fois de réhabiliter la grande courtisane (« si j’ai perdu mon honneur, mon amant est un roi ») et de blanchir la jeune reine, qui semble ici encore tout ignorer des complots ourdis à la cour par sa famille et dont on décrit le lent apprentissage des réalités : ne jamais partager le pouvoir, empêcher la mainmise mafieuse des Médicis et du Vatican sur la couronne de France. La mort d’Henri II, qui fut vraisemblablement accidentelle, est présentée comme un meurtre, un acte de vengeance des Florentins pour les années d’humiliation subies par leur compatriote et destiné également à saborder une alliance politique avec l’ennemi savoyard (4). On n’insiste guère sur le rôle de femme d’État que joua Diane, ni sur son sens aigu des intérêts financiers et encore moins sur le splendide château de Chenonceau dont le roi lui fit cadeau (et qu’elle dut rendre par la suite). Pas un mot non plus sur la persécution des huguenots dont elle fut une des grandes instigatrices – aux côtés de sa rivale florentine, nièce des papes Léon X et Clément VII.
Ces réserves mises à part, le film surprend agréablement. L’intrigue, ni pire ni meilleure que quantité de bandes prétendument historiques des deux côtés de l’Atlantique (à commencer par Sacha Guitry), provient d’un texte demeuré inachevé de John Erskine qui fut acheté par la MGM en 1936 pour Greta Garbo. Le scénario, intelligemment écrit, dialogué avec maestria, provient du romancier britannique Christopher Isherwood (auquel on doit le livre Goodbye Berlin qui inspirera « Cabaret » de Bob Fosse en 1972). À présent que la MGM est aux abois, elle joue son va-tout avec une certaine flamboyance, tentant de renouer avec les succès des fresques en costumes du début de la décennie, en CinemaScope et Eastmancolor. Nombre de talents hors pair qui travaillaient jadis pour les grands studios sont réunis en une sorte de chant du cygne.
Ménage à trois : Lana Turner (Diane de Poitiers), Roger Moore (Henri II) et Marisa Pavan (Catherine de Médicis).
 Ava Gardner partie et Elizabeth Taylor indisponible, Lana Turner, 35 ans, est la dernière grande star sous contrat et le rôle-titre lui échoit naturellement (c’est du reste aussi son dernier film à la MGM, après dix-huit ans de loyaux services). Son image de séductrice « glamour », ses nombreuses liaisons et mariages qui ont fait les gorges chaudes de la presse à scandales la prédestinent à tourner la tête couronnée d’un Valois. Manipulant les hommes avec une élégance que Hollywood lui a rarement accordée, elle est somptueusement parée d’atours signés Walter Plunkett (qui habilla Clark Gable et Vivien Leigh dans « Gone with the Wind »). Son royal amant – Lana Turner ayant refusé Edmund Purdom – est campé par le Britannique Roger Moore (encore très loin de James Bond), chien fou aux cheveux bouclés auquel la voluptueuse préceptrice enseigne les bonnes manières, l’escrime, la poésie italienne et la danse. Pedro Armendariz, célèbre vedette mexicaine remarquée en Cesare Borgia dans « Lucrèce Borgia » de Christian-Jaque, fait un François Ier truculent et autocrate. Dans la peau de Catherine de Médicis, l’Italienne Marisa Pavan, 23 ans, sœur de Pier Angeli, est la seule dont le physique et l’accent aient quelque vraisemblance immédiate (elle vient de jouer la fille d’Anna Magnani dans « The Rose Tattoo », d’après Tennessee Williams) ; elle a lutté pour ce rôle, peut-être le meilleur de sa carrière à l’écran, et on la découvre d’abord fragile, puis durcie par une lucidité croissante, angoissée, envieuse, raidie face à une adversaire au charme dévastateur.

Deux portraits de femmes d’une subtilité inattendue
Curieusement, cette interprétation très disparate ne nuit jamais au récit, un mérite à mettre au compte du réalisateur David Miller, auquel on doit le très émouvant « Lonely Are the Brave (Seuls sont les indomptés », 1962) avec Kirk Douglas. La même année que « Quentin Durward » (cf. 8.2), la MGM fait donc à nouveau appel aux châteaux de la Loire, à bon escient cette fois, mais aussi plus furtivement. Miller délègue Roger Moore entouré d’une équipe réduite sous la direction de Yakima Canutt en extérieurs au château de Maintenon, dans les forêts de l’Ile-de-France (scènes de chasse) et dans les parcs de six autres châteaux historiques en Normandie. En revanche, toutes les séquences à Chenonceau sont reconstituées à grands frais dans les studios MGM à Culver City, avec cette débauche de costumes et de couleurs si typique de la firme au lion ; le décorateur anglais Hans Peters s’est distingué auparavant avec des classiques comme « Scaramouche » (1952) ou « The Knights of the Round Table » (1954). Le tournoi tragique de la rue Saint-Antoine à Paris – séquence pleine de panache et de suspense – est réalisé sur le « backlot » no. 2 (« Verona Square ») dans les restes du décor de « Romeo and Juliet » de George Cukor (1935). Ces atouts font de « Diane » un drame romantique prisonnier des conventions hollywoodiennes, certes, mais néanmoins somptueux, fouetté par la musique lyrico-angoissée de Miklos Rozsa, le « grand tzigane wagnérien ». Miller réussit en particulier ce qui constitue le cœur de son film, à savoir l’affrontement entre la « blonde amoureuse » et la « noiraude rouée », deux beaux portraits de femmes qui se jalousent sans pouvoir se haïr totalement. En recevant pour la première fois sa rivale, Catherine coupe une pomme dont elle offre la moitié à Diane après lui avoir expliqué que les Médicis étaient spécialistes dans l’art d’empoisonner leurs ennemis sans éveiller de soupçons, grâce à des couteaux dont la lame était enduite de venin que d’un seul côté… Diane croque le fruit après quelques secondes d’hésitation, Catherine affiche l’ombre d’un sourire (elle était la cousine de Diane par sa mère, Madeleine de la Tour d’Auvergne). L’ultime rencontre est un duel de sensibilité à fleur de peau qui vaut les plus beaux cliquetis de rapières. Hélas, ces déploiements ne suffiront pas à attirer le public de 1956, séduit dorénavant par des sujets plus réalistes et contemporains. Un gros échec commercial. – DE, AT : Diane – Kurtisane von Frankreich, IT : Diane la cortigiana.

(1) – On le disait très marqué par les quatre ans de captivité qu’il passa en Espagne comme otage pendant son enfance (de 1526 à 1530). Selon le traité de Madrid, c’était la caution à payer pour la libération de François Ier, son père, prisonnier de Charles Quint après la défaite française à Pavie, en février 1525.
(2) – Ce n’est du reste pas Brézé, mais le propre père de Diane, Jean de Poitiers, qui fut accusé de complicité dans la trahison du connétable de Bourbon en 1524 ; Louis de Brézé alerta le roi du complot. Poitiers fut gracié in extremis sur l’échafaud et finit confortablement ses jours à la forteresse de Loches.
(3) – Contemporain de Nostradamus, Cosimo ou Cosme Ruggieri ( ?-1615) était considéré comme le « magicien » de Catherine de Médicis. Fils de médecin, astrologue et devin, il lui prédisit dix enfants et le titre de reine de France auquel rien ne la prédestinait. Catherine se maria en 1533 et resta stérile pendant onze ans, constamment menacée de répudiation (elle reçut sur ce point l’appui inattendu de Diane de Poitiers). La naissance de François, en 1544, marqua le début de la concrétisation de la vision ; neuf autres enfants suivirent, dont trois régnèrent. Michel de Nostredame, quant à lui, aurait prédit dans sa première édition des Centuries en mai 1555, en des termes très voilés, l’accident mortel auquel succomba Henri II (quatrain 35).
(4) – Le tournoi au cours duquel le roi trouva la mort en affrontant Montgomery, capitaine de sa garde, fut en réalité organisé à l’occasion du mariage de sa fille Élisabeth avec Philippe II d’Espagne. Quant au Florentin Albert de Gondi (1522-1602), seigneur du Perron et marquis de Belle-Isle, un des conseillers les plus influents de Catherine, il ne fut pas un traître, et il finit maréchal de France sous Henri IV.
1959I cavalieri del diavolo (Le Cavalier à l’armure d’or) (IT) de Siro Marcellini
Argy et Eduardo Robelli/Galassia Cinematografica (Giulio Fiaschi), 1h30 min. – av. Frank Latimore (cpt. Richard Stiller), Gianna Maria Canale (la baronne Elaine de Faldone), Emma Danieli (la comtesse Louise de Valancy), Andrea Aureli (le duc de Vars), Antonio De Teffé (Henri de Valency), Gabriella Palotta (Darriola), Andrea Fantasia (Dumesnil), Franco Fantasia (Richemont), Mirko Ellis (Germain), Federico Ranchi, José Aspe, Oreste Lionello, Nunzio Gallo.
Synopsis : Faible et irrésolu, Henri II laisse à Catherine de Médicis le soin de gouverner et le pays sombre dans les luttes politico-religieuses. En 1555, le duc de Vars, gouverneur huguenot du Dauphiné, un homme dévoré d’ambition, rallie les nobles de la région contre la couronne, tout en demandant la main de Louise de Valency. Richard Stiller, un gentilhomme de fortune revenu de la guerre d’Espagne, prend la défense de la belle, son amie d’enfance, et s’oppose à la dictature du duc. Lors d’un tournoi, ce dernier terrasse Henri de Valency, le frère de Louise, qui meurt à l’insu du public. Richard revêt l’armure du défunt et débarrasse le trône de France d’un rebelle. – Petit film de cape et d’épée, avec la superbe Gianna Maria Canale dans le rôle d’une baronne intrigante et confidente de Nostradamus. Tournage en Ferraniacolor à La Torraccia, dans le domaine de la productrice Argentina La Torracia, à Monte Gelato et au château d’Ostie (Latium). – US : Devil’s Cavaliers, DE : Musketiere des Teufels, ES : El caballero del diablo, US : The Devil’s Cavaliers.
Le tournoi fatal qui coûte la vie à Henri II, reconstitué par Jean Delannoy pour « La Princesse de Clèves » (1961).
1961*La Princesse de Clèves / La principessa di Clèves (FR/IT) de Jean Delannoy
Robert Dorfmann/Cinétel-Silver Films (Paris)-Produzione « Méditerranée »-Enalpa Films (Roma), 1h55 min. – av. Jean Marais (le prince de Clèves), Marina Vlady (la princesse de Clèves), Jean-François Poron (Georges, duc de Nemours [=Jacques de Savoie, duc de Nemours]), Raymond Jérôme (Henri II), Léa Padovani (Catherine de Médicis), Annie Ducaux (Diane de Poitiers), Alain Féral (le dauphin François, futur François II), Renée Marie Potet (la dauphine Marie Stuart), Ivan Dominique (le chevalier de Guise), Hubert de Lapparent (Ambroise Paré, le chirurgien), Piéral (Chastelard, le bouffon), Henri Piégay (François de Vandôme, prince de Chabanois et vidame de Chartres), Léa Gray (Mme de Mercœur), Josée Steiner (Mme de Martigues), Antony Stuart (l’ambassadeur d’Angleterre), Jacques Hilling (le médecin), Georges Lycan (le majordome), Pierre Moncorbier (le peintre).
Synopsis : Un soir de mai 1559 au Louvre, à la cour d’Henri II. Un bal s’y tient à l’occasion des noces du prince de Clèves, quarante ans, et de sa jeune et belle épouse de dix-huit ans, une union qui fait beaucoup jaser. Catherine de Médicis, dont le vidame de Chartres est l’amant et le confident, est follement jalouse de Diane de Poitiers, la maîtresse de son royal époux. Marie Stuart, la dauphine, mal mariée à un prince somnolent (le dauphin François), guette l’arrivée du beau duc de Nemours qu’elle aime en secret, comme tant d’autres dames du château. La princesse de Clèves danse la pavane avec le duc et c’est le coup de foudre mutuel. À la cour, la moindre rumeur d’adultère est colportée avec une malveillance jouissive. Mais la princesse a juré fidélité à son époux qui l’adore et ne sera pas parjure. Sa passion pour le duc s’exprime à la faveur d’incidents futiles en apparence, mais lourds d’un sens que seuls perçoivent deux êtres qui doivent taire leur inclination : des écharpes échangées, une déclaration d’amour rédigée en commun pour le compte d’un tiers (le vidame de Chartres et Marie Stuart), compromis par une lettre perdue mais retrouvée par le perfide bouffon du roi. Pour se garder des élans incontrôlés de son cœur, la princesse confie son trouble à son époux, lui demande de la protéger et s’isole dans leur propriété de Coulommiers. Henri II périt au cours d’un tournoi à l’hôtel de Tournelles et Catherine de Médicis chasse Diane de Poitiers de la cour. Une nuit, resté trop longtemps sans nouvelles, Nemours s’introduit à Coulommiers et observe en adoration sa bien-aimée en train de dormir. Le bouffon, qui a tout observé, rapporte la scène à Clèves. Foudroyé, le prince meurt, convaincu d’avoir été trahi. La princesse rend Nemours responsable de son deuil et lui ferme sa porte. Devenue reine, Marie Stuart tente en vain de la faire changer d’avis. Pourtant, de Chartres ménage dans son hôtel une rencontre entre les deux jeunes gens qui s’avouent enfin leur inclination mutuelle. Puis la princesse le supplie de ne plus la voir et retourne à sa solitude. Une année plus tard, elle renonce à sa réclusion volontaire et donne rendez-vous à Nemours – à la chapelle ardente, où elle repose, morte à son tour.

Jean Cocteau scénariste
Publié anonymement par Marie-Madeleine de La Fayette en 1678, La princesse de Clèves passe pour un des premiers romans d’analyse psychologique de la littérature française, et le porter à l’écran était une ambitieuse et louable tentative. Au lendemain du triomphe de « L’Éternel retour », en automne 1943, le tandem couronné, Jean Delannoy et son scénariste Jean Cocteau, en forment le projet, pour lequel sont retenus Jean Marais (Nemours), Danielle Darrieux (la princesse) et Alain Cuny (le prince). Cocteau retrouve là son grand thème de l’amour sublimé, et sans doute est-ce également l’occasion de brandir le pavillon de la culture nationale face à l’occupation allemande. Mais les aléas de la guerre réduisent ces efforts à néant. Une nouvelle mise en chantier suit en mai 1946 (après « La Belle et la Bête » de Cocteau), une production d’André Paulvé envisagée en Technicolor, avec Jean Marais (Nemours) donnant cette fois la réplique à Josette Day ou à Michèle Morgan. Les accords Blum-Byrnes et l’invasion du cinéma américain font tout capoter (1).
Le prince et la princesse de Clèves (Jean Marais et Marina Vlady), le couple mal assorti de Mme de La Fayette.
 Quatorze ans plus tard, alors que sévit la mode des « blousons noirs », du rock’n’roll et l’exaltation de la violence juvénile, Delannoy, qui s’est plus d’une fois perdu dans la confection commerciale, veut aller à contre-courant et « redonner au public le goût des sentiments nobles. » Il pousse Cocteau (non sans peine, car le poète écrit alors sous l’emprise de l’opium et du whisky) à remettre le scénario sur le métier, version revue, corrigée, complétée ensemble. L’affiche prestigieuse est à nouveau dominée par Jean Marais, non plus en Nemours, mais en Clèves, ce qui amène à introduire un prince de vingt ans plus âgé que celui du roman (où la princesse épouse un homme jeune, mais qu’elle n’aime point). Cocteau est en revanche indigné par le choix de Marina Vlady, une belle slave blonde, ex-épouse de Robert Hossein spécialisée dans les rôles de fille facile et dont la réputation serait déplorable ; il menace de retirer son texte, puis se rétracte en découvrant son visage à la Botticelli et sa grâce naturelle à l’écran. Delannoy voit grand : il tourne à Chambord, dans le parc, dans la forêt, dans les salles et dans la cour du château où il recrée – pour la deuxième fois au cinéma, après « Diane de Poitiers » (1956) et avec un faste peu courant dans la production française – le tournoi fatal de la rue Saint-Antoine qui coûta la vie à Henri II. La chapelle de Coulommiers est construite dans les jardins du château de la Bourdaisière (Indre-et-Loire) et les intérieurs se font aux Paris-Studios-Cinéma à Billancourt. Les robes de la princesse, de Catherine de Médicis et de Diane de Poitiers sont exécutées par Pierre Cardin.

De la belle imagerie sur papier glacé
Dans son ensemble, l’adaptation reste fidèle au chef-d’œuvre de Mme de La Fayette, cette femme du monde languissante et maladive, plus moderne, toutefois, que sa princesse : elle en décrivit les tourments moraux durant sa propre liaison adultérine avec La Rochefoucauld ! Le cinéaste a rajouté quelques morceaux de grand spectacle (le bal initial, le jeu de paume, le tournoi), mobilisé Piéral qui fait à nouveau le nain maléfique, cette fois en bouffon du roi (« une personnification du Destin et à lui seul une sorte de caricature de la cour » selon Delannoy), enfin légèrement modifié la fin : la princesse du roman finit ses jours dans un couvent, manifestation d’un refus de la vie conforme au XVIIe siècle. Ce récit de toutes les frustrations au nom de la bienséance et de la noble vertu est ancré dans la réalité de son temps (2), quoique le scénario esquisse une lecture plus contemporaine du comportement de cette « héroïne du non » (Marie Darrieussecq). Le film comme le roman la montrent tel un pion dans un univers orwellien, où l’on est constamment observé et surveillé, et où les aristocrates à la cour sont réduits à jouer les domestiques du roi ; face à ce milieu, la princesse, dame d’honneur de la dauphine, applique une stratégie de repli. Le scénario insiste sur la méchanceté de la cour, unique divertissement d’un monde en perpétuelle représentation et où l’on s’ennuie. Dans ses dialogues, Cocteau ne manque ni d’à-propos ni de cinglant : « La duchesse est une mère pour lui » dit Catherine de Médicis à propos de la favorite de son époux (Diane de Poitiers avait vingt ans de plus qu’Henri II). Alors que d’autres exhibent leur préciosité dans des pavanes minutieusement codifiées, la Florentine initie sa bru, Marie Stuart, au jeu des apparences : « Tous les bals sont des bals masqués, et chacun porte un masque. » Ce constat, Delannoy l’étend aussi à ce tournoi factice du XVIe siècle, jeu folklorique de courtisans déguisés, emplumés et harnachés à la manière de leurs aïeuls, amusement létal sacrifiant à la nostalgie des temps et des valeurs (dé)passés.
La princesse de Clèves (Marina Vlady) sur son lit de mort, tel que la découvre le duc de Nemours.
 Estimant qu’une recherche picturale est « absolument nécessaire aux sentiments exprimés, à la fois subtils et extraordinairement guindés chez ces personnages engoncés dans leurs fraises espagnoles » (Jean Delannoy, éd. Dujarric, 1985), le cinéaste croit trouver dans la peinture maniériste la splendeur de la beauté interdite. À la caméra (en Eastmancolor et Dyaliscope), Henri Alekan est prié de bannir tous les tons vifs, les couleurs dominantes sont le gris, le beige et le mauve. Mais son goût pour la (trop) belle image entraîne Delannoy vers l’académisme, les compositions glacées, élégantes et fastidieuses. Si le protocole figé de la cour s’accorde bien avec la froidure du style, le statisme de la mise en scène et la monotonie qui en découle étouffent les moindres frémissements du cœur, à commencer par la « passion chaste » qui anime l’héroïne. Marina Vlady est une princesse retenue, distinguée, d’une indéniable séduction, mais son comportement n’est jamais naturel, même loin des regards. Grave et digne, sans affectation aucune, Jean Marais traduit en revanche jusqu’à l’heure du trépas la loyauté et la discrétion de son personnage : lui seul est vraiment émouvant. Ouvrage méticuleux, « La Princesse de Clèves » trouve son public (du moins en France), mais la critique sérieuse ne cache pas sa déception, voire sa colère. Dans Cinéma 61 (no. 55), Philippe Esnault, d’humeur féroce, parle carrément d’« une exhumation », d’un Film d’Art récemment retrouvé, datant probablement de 1909, bref, d’une véritable pièce de musée, « témoignage d’un art défunt sur les ruines duquel le cinéma moderne s’est édifié. » Delannoy se console avec le Prix Femina en Belgique. Renée-Marie Potet, interprétant une Marie Stuart alerte et curieuse, reçoit le Prix Suzanne Bianchetti qui récompense la jeune actrice la plus prometteuse. (3) – US : Princess of Cleves, DE, AT : Die Prinzessin von Cleve /RDA (tv) : Prinzessin Cleve, ES : La princesa de Cleves.

(1) – En 1953/54, Robert Bresson travaille à une adaptation de son cru, prévue en couleurs pour l’Union générale cinématographique (UGC), et qui ne verra hélas pas le jour.
(2) – Ou plutôt du XVIIe siècle, marqué par le jansénisme et un nouveau puritanisme, Mme de Lafayette écrivant 120 ans après les événements mentionnés dans son roman. Si Mademoiselle de Chartres, future princesse de Clèves, est un personnage imaginaire, le prince de Clèves a, lui, réellement existé. Jacques de Clèves, marquis de l’Isle, plus tard duc de Nevers (1544-1564) épousa Diane de La Marck, petite-fille de Diane de Poitiers, et mourut avant d’avoir atteint sa vingtième année. Il avait, raconte Brantôme, beaucoup de vertu mais une santé chancelante. Son apparition à peine remarquée à la cour permit à l’auteure de broder un peu. L’authentique duc de Nemours, Jacques de Savoie-Nemours (1531-1585), cousin germain de François Ier, se distingua durant les guerres de Religion contre les huguenots. Séducteur et libertin notoire, il épousa en 1566 Anne d’Est, la veuve du duc de Guise et petite-fille du roi Louis XII, qui lui donna quatre enfants.
(3) – Le roman de Mme de La Fayette a fait l’objet de trois autres adaptations cinématographiques, mais toutes transposées du XVIe siècle à l’époque contemporaine. La plus proche dans l’esprit est « La Lettre / A carta / La carta » (PT/FR/ES) de Manoel de Oliveira en 1999, avec Chiara Mastroianni (Mme de Clèves), Antoine Chappey (M. de Clèves), Françoise Fabian (Mme de Chartres) et Stanislas Merhar (François de Guise). Tournée aux châteaux de Chambord et La Bourdaisière (Indre-et-Loire) sous le titre de « A Princesa de Clèves », l’œuvre du vétéran portugais Oliveira transforme le soupirant de l’héroïne en un chanteur pop, Pedro Abrunhosa. Les deux autres versions, situées XXIe siècle, sont plus libres encore : « La Fidélité » (2000) d’Andrzej Zulawski, avec Sophie Marceau, et « La Belle Personne » (2008) de Christophe Honoré, avec Léa Seydoux. Cf. le feuilleton télévisé espagnol « La Princesa de Cleves » en 1968 (infra).
Jean-Claude Pascal, Michel Galabru (l’alchimiste) et Madeleine Robinson (la reine Louise de Savoie) dans « La Salamandre d’or » (1962).
1962La Salamandre d'or / Il paladino della corte di Francia (FR/IT) de Maurice Regamey
Georges Mathiot/Donjon Film, Paris-Da.Ma. Cinematografica, Rome, 1h37 min. – av. Jean-Claude Pascal (Antoine de Lettes-Desprez de Montpezat), Valérie Lagrange (Anne de Pisseleu d’Heilly, duchesse d’Etampes [Anne de Guise]), Claude Titre (François Ier), John Justin (M. de Vandoeuvre), Madeleine Robinson (Louise de Savoie, la Régente), Scilla Gabel (Béatrice), Antoine Balpêtré (l’évêque), Rellys (Clotaire, le valet), Michel Galabru (l’alchimiste Cornelius), Jacqueline Riche (Perrine), René Génin (le père Cavanac), Albert Dagnant (Pablo), Jacky Blanchot (Darcan), Georges Lycan (Walter), Robert Le Béal, François Florent, Pierre Stéphen, Jacques Degor, Jo Davray.
Synopsis : En 1525, François Ier est fait prisonnier par les troupes de Charles Quint en Italie et incarcéré à Madrid. Le chevalier Antoine de Montpezat, compagnon d’armes de François Ier à Pavie, est chargé par Louise de Savoie, la Régente, de remettre à l’empereur Charles Quint le montant de la rançon royale. Accompagné d’Anne d’Heilly, la favorite du roi, il gagne Madrid. Soutenant le connétable Charles III de Bourbon qui brigue le trône vacant de France, le gouverneur du Languedoc, Vandoeuvre, réussit à s’emparer de la rançon avec laquelle il compte financer une armée qui s’opposera aux partisans du roi commandés par Montpezat. La fiancée de Vandoeuvre, Béatrice, qui a aimé Montpezat, lui révèle la cachette de l’argent. Poursuivi par le conspirateur, Montpezat atteint enfin les Pyrénées où, dans une tempête de neige, les deux hommes se livrent à un combat à mort. Vainqueur, Montpezat tue le félon et assure la libération de François Ier en versant la rançon à l’empereur.
Maurice Regamey, acteur, scénariste et réalisateur occasionnel (il est coupable d’une poignée de nanars avec Fernandel, Louis de Funès et Eddie Constantine, dont l’immortel « Cigarettes, whisky et petites pépées », 1959) se recycle passagèrement dans le film de cape et épée à la française, en marchant sur les traces du tandem en vogue Jean Marais-André Hunebelle. Avec toutefois un apport incongru au générique : la partition musicale est signée Joseph Kosma et Charles Aznavour ! Cette production au demeurant fort banale, en Dyaliscope et Eastmancolor, est tournée à Toulouse, à Bruges (Belgique) et sur le plateau de Lannemezan (Hautes—Pyrénées). La presse corporative l’a annoncée d’abord sous le titre de « François Ier », Jean-Claude Pascal étant prévu pour interpréter le monarque français, ce qui laisse subodorer quelques sérieux remaniements du scénario. On sait qu’après une carrière ultra-commerciale en séducteur romantique, le comédien, ancien héros de guerre, a su se reconvertir avec succès dans la chanson, puis s’orienter vers la rédaction d’ouvrages historiques (La Reine maudite, sur Marie Stuart, ou L’amant du roi, sur Louis XIII et le duc de Luynes).
Son intérêt marqué pour l’Histoire pourrait expliquer la présence, dans un film aux libertés scénaristiques usuelles, de divers personnages ayant réellement existé. Ainsi, l’authentique Antoine de Lettes-Desprez, seigneur de Montpezat en Quercy (1490-1544), Chevalier de l’Ordre du Roi, fut nommé gouverneur du Languedoc en 1541 et Maréchal de France en 1543. Fait prisonnier à la bataille de Pavie en février 1925, Montpezat se proposa comme valet de chambre à François Ier, captif comme lui. Le roi, qui paya sa rançon, se servit de lui pour donner des nouvelles à la reine régente et lui faire parvenir ses ordres secrets. Il le dépêcha ainsi plusieurs fois auprès de Charles Quint et le fit capitaine de 50 hommes d’armes de ses ordonnances. Quant à Anne de Pisseleu d’Heilly (1508- ?), elle ne fut la maîtresse de François Ier qu’au retour de la captivité madrilène. Il la maria au duc d’Étampes et lui fit construire un château à Angervilliers. Elle devint la favorite en titre du roi jusqu’à la mort du souverain, en 1547. Elle tomba alors en disgrâce et fut poursuivie par le ressentiment de Diane de Poitiers qui avait souffert de ses années de pouvoir ; elle dut restituer les bijoux que le roi lui avait offerts et subit même un procès en haute trahison pour ses relations avec Charles Quint avant d’être bannie de la cour. – ES : La corona encadenada.
1963® Il magnifico avventuriero / L’Aigle de Florence (IT/ES/FR) de Riccardo Freda. – av. Jacinto San Emeterio (François Ier), Brett Halsey (Benvenuto Cellini), José Nieto (Charles III, duc et connétable de Bourbon). – Benvenuto Cellini à la cour de François Ier en 1540. – cf. Moyen Âge : Italie.
René Roussel, le vigoureux chevalier Bayard « sans peur et sans reproche » du feuilleton de 1964.
1964(tv) Bayard / Le Chevalier Bayard (FR) de Claude Pierson
Crécifilms-Radio-Télévision Française (RTF) (1e Ch. 16.1.-9.4.64), 13 x 25 min. – av. René Roussel (Pierre Terrail LeVieux, seigneur de Bayard), Michel Forain (Georges Terrail LeVieux dit Piquet, son frère aîné), Philippe Drancy (Charles VIII), Anne Tonietti (Blanche de Savoie), Jacques Maréchal (Charles Ier, duc de Savoie), Paul Bonifas (Aymon Terrail LeVieux, père de Bayard), Thérèse Godon (Dame Hélène, son épouse), Clément Thierry (Jacques de Mailles), Bernard Murat (Coligny), Jean Degrave (le marquis de Mantoue), Michel Bertay (Gonzalve de Cordoue), Bernard Lajarige (l’abbé d’Aynay), Georges Aminel (Ludovic le More), Michel Bertay (Gonzalve de Cordoue), Yves Arcanel (comte de Ligny), Georges Beauvilliers (Jacques Greysin), Marius Malbruit (Amyot), Fernand Berset (Guillaume), Claude Aldier (la marquise de Saluces), Victor Lanoux (Bellabre), Roland Danyck (Monjoie), Dominique Valensi (Ghislaine de Pontcharpa), Charles Millot (l’astrologue Centenius).
Synopsis : Les exploits de Pierre Terrail, fils cadet d’Aymon Terrail, seigneur de Bayard en Dauphiné, qui rêve de devenir un grand chevalier. Issu d’une famille pauvre, il entre comme écuyer au service du comte de Ligny, grand chambellan du roi Charles VIII en 1483 et sort vainqueur du tournoi de Vauldray. En 1494, il combat à Florence pendant la première campagne d’Italie, puis retourne en Dauphiné en 1496, à Carignan en 1499, puis se rend à Milan en 1500 lors de la deuxième campagne d’Italie. Il y est fait prisonnier par Ludovic le More, s’évade et combat les Espagnols à Voghera et à Minervino. En décembre 1503, après la défaite de Cérignole, l’armée française de Louis XII se regroupe près de Naples, sur la rive nord du Garigliano, face au camp espagnol que commande Gonzalve de Cordoue. Ayant défendu seul l’accès d’un pont contre deux cents Espagnols, Bayard est nommé écuyer du roi de France.
Série en noir et blanc destinée à la jeunesse, dont le héros est campé par René Roussel, un comédien qui s’est mesuré à l’épée contre Jean Marais dans « Le Bossu », « Le Capitan » et « Le Miracle des loups » d’André Hunebelle (1959) et que l’on retrouvera grimé en Jean de Marigny dans « Les Rois maudits » (1972) (cf. 6). « Bayard » est un des tout premiers feuilletons historiques de la télévision française, fruit du triomphe cathodique de « Thierry la Fronde », l’année précédente. Quant à Claude Pierson, dont c’est la troisième réalisation, il va bifurquer dès 1966 dans le cinéma érotico-pornographique, genre où il se signalera par une cinquantaine de navets.
Si Du Guesclin est le héros de la guerre de Cent Ans, au XIVe siècle, Bayard (1476-1527) est son pendant pour les bien inutiles guerres d’Italie ; tous deux occupent une place de choix dans les manuels scolaires de l’Hexagone. Après l’épisode légendaire du pont de Garigliano qui clôt ce feuilleton, Bayard obtient la soumission de Gênes (1507), participe à la bataille d’Agnadel, est blessé au siège de Brescia (1512) et prend part à la bataille de Ravenne. Il s’illustre au siège de Pavie, lutte contre les Anglais en Artois, sacre François Ier chevalier à Marignan (1515), tient tête à Charles Quint durant le siège de Mézières et finit tué en Italie par un arquebusier en traversant la Sesia. Contrairement à la plupart de ses pairs, Bayard ne fut jamais avide de pillages et fit preuve de beaucoup d’humanité. Dans ses grandes lignes, le scénario de Daniel Martin s’inspire de La très joyeuse et très plaisante histoire du gentil seigneur de Bayart, le bon chevalier sans peur et sans reproche rédigé en 1527 par Jacques de Mailles, compagnon d’armes, archer et secrétaire de Bayard, récit qui est à l’origine de la renommée de ce personnage hors pair symbolisant les valeurs de la chevalerie française de la fin du Moyen Âge. Disons charitablement qu’on ne peut en dire autant du présent feuilleton, condamné aux oubliettes. – Diffusion en 11 épisodes à la télévision ouest-allemande (ARD 12.9.66).
Episodes: 1. « L’ours » – 2. « L’épreuve » – 3. « Piquet le page » – 4. « Le message » – 5. « Le tournoi de Vauldray » – 6. « La provocation » – 7. « Une affaire criminelle » – 8. « Le manchon » – 9. « Ludovic le More » – 10. « Les révoltés de Voghera » – 11. « Le duel » – 12. « Le trésorier espagnol » – 13. « Le pont de Garigliano ». – DE : Der Ritter Bayard.
1968(tv) La princesa de Cleves (ES) de Juan Guerrero Zamora
série « Novela », Radio-Televisión Española (TVE1 25.-29.5.68), 5 x 20 min. – av. Paloma Valdés (la princesse de Clèves), Julio Nuñez (Georges, duc de Nemours), Miguel Palenzuela (le prince de Clèves), Asunción Balaguer (Diane de Poitiers), Fernando Cebrian (François de Vandôme, prince de Chabanois et vidame de Chartres), Nuria Carresi (la dauphine Marie Stuart), Javier Loyola (Henri II), Nelida Quiroga (Mme de Chartres), Carmen Sáenz (Catherine de Médicis), Lorenzo Ramírez (le duc de Guise), Eduardo Martínez (le dauphin François, futur François II), José María Escuer (le médecin), Mary González, Margarita Calahorra, Pepa Paláu, Elisa Bigoni, Elena Arnao (dames de la cour).
Le roman de Mme de La Fayette adaptée en une télésérie de 3h20 par le réalisateur Guerrero Zamora, dans le cadre de l’émission quotidienne « Novela » et enregristrée (vidéo) dans les studios TVE de Prado del Rey à Madrid. Synopsis, cf. le film de Jean Delannoy en 1961.
1968(tv) Ambroise Paré (FR) d’Eric Le Hung (1) et Jacques Trébouta (2)
Parties : 1. Les Défaites – 2. Les Victoires
« Théâtre de la Jeunesse », ORTF (1e Ch. 13+16.4.68), 2 x 1h40 min. – av. Jean-François Poron (Ambroise Paré), Didier Audepin (Ambroise enfant), Noël Roquevert (Maître Vialot), Christian Lude (le chanoine Dorsay), François Chaumette (le duc René de Montjean), Jean-Louis Le Goff (Messire Charpin), Claude Pieplu (Goupil), Claude Brosset (un valet), Bernard Verley (Thierry), Jean-Roger Caussimon (Turpin), Marcelle Ranson (sœur Marguerite), Marguerite Valmont (sœur Agnès), Maud Royer (Palombe), Patrick Lemaître (Guillaume), François Germain (René), Hervé Watting (chanteur des rues), François Maistre (Xantrès).
Synopsis : La vie exemplaire d’Ambroise Paré (v. 1510-1590), le père de la chirurgie moderne, racontée aux jeunes par Yves Jamiaque. Au Bourg-Hersent, Paré fait son apprentissage dans la boutique de Maître Vialot, le barbier de son village. Il ne songe alors qu’à soigner ulcères, plaies et fractures, s’intéressant fort à l’anatomie. Grâce à la protection d’un maître-chirurgien, il gagne Paris et entre à l’Hôtel-Dieu en 1529. Placé au service du duc René de Montjean, il l’accompagne au feu en Italie (1537) où il devient le chirurgien des champs de bataille. La généralisation des armes à feu crée des plaies d’une sorte nouvelle, pour lesquelles Paré met au point la ligature des artères, qu’il substitue à la cautérisation dans les amputations. Il entre au service du comte René de Rohan, d’Antoine de Bourbon, roi de Navarre, enfin d’Henri II de France. En 1551, il est nommé Premier Chirurgien du Roi et à la Saint-Barthélemy, Charles IX comme les Guise protègeront le savant huguenot.
1969(tv) Jeanne de Piennes (FR) d’Albert Riera
ORTF (2e Ch. 30.5.69), 1h50 min. – av. Marie-Hélène Breillat (Jeanne de Piennes), Raoul Guillet (Anne de Montmorency, connétable de France), Henri Virlojeux (le cardinal Charles de Lorraine), Jacques-François Zeller (Henri II), Roger Bontemps (Florimond Robertet), Christian de Lanaut (Pierre Senier), James Thor (Gaspard Coligny), Jean-Paul Thizat (François de Montmorency), Chantal Broquet (Tiennette), Charles Mallone (d’Ardoy), Alain MacMoy (Mathieu de Longjone), Pierre Liote (Benoit), Michel Ferré (l’ambassadeur d’Espagne), Martine de Breteuil (la mère supérieure).
Synopsis : En 1556, François de Montmorency (1530-1579) rentre à Ecouen, près de Paris, où il retrouve celle à qui il a fait promesse de mariage, Jeanne de Piennes et qu’il épouse en secret. Mais le connétable de Montmorency a choisi pour son fils une autre jeune fille, Diane de Castro, fille naturelle d’Henri III. Après avoir subi les foudres de la colère paternelle, François se soumet, laissant Jeanne humiliée et résignée. – Une adaptation de la pièce inédite de Romain Rolland (1894]. Notons que le mariage secret entre Montmorency et Jeanne de Piennes est notamment développé dans L’Epopée d’amour (1907), premier cycle des « Pardaillan », le roman-feuilleton de Michel Zévaco. Bafouée et devenue mère, elle y souffrira pour élever sa fille, Loïse de Montmorency (qui, elle, s’éprendra de Jean de Pardaillan).
1970® Carry on Henry (GB) de Gerald Thomas. – av. Peter Gilmore (François Ier), Sidney James (Henry VIII), Patsy Rowlands (Anne de Clèves). – Parodie (voir infra, « The Tudors », 2007/08). – cf. Moyen Âge : Angleterre.
1971® (tv) La vita di Leonardo da Vinci (Léonard de Vinci) (IT) de Renato Castellani. – av. Philippe Leroy (Léonard de Vinci), Christian de Tillière (Louis XII), Riad Golmia (François Ier), Ottavia Piccolo (Béatrice d’Este), Germano Longo (Charles d’Amboise). – Léonard de Vinci travaille au service de Louis XII en 1507 et s’installe à la cour de François Ier à Amboise en 1516. – cf. Moyen Âge : Italie.
1971(tv) La Feuille d’érable ou Les Pionniers du Saint-Laurent / Das Ahornblatt (CA/FR/BE/CH) de Jean-Louis Colmant
Parties : 1. Le Canayen – 2. La Canayenne
Société Radio Canada (Québec)-ORTF-Pathé-RTBF-SSR (SRC 28.12.71-27.12.73 / 1e Ch. ORTF 10.7.-11.9.72), 2 x 55 min. – av. Yves Lefèbvre (François Bellerose), Léo Ilial (Jacques Cartier), Anne Pauzé (Marie Bellerose), Ronald France (Agonna), Marcella Saint-Armand, Ronald Frace, Jean-Louis Paris, Roger Garceau, Monique Miller.
Chronique familiale des Bellerose en Acadie/Canada, de l’arrivée de François Bellerose, venu de France avec l’explorateur Jacques Cartier (1491-1557) en juillet 1534, à la chute de Québec en 1760 et au décès de l’un de ses descendants, Julien Bellerose. Les deux premiers épisodes de cette ambitieuse télésérie tirée d’un roman d’André-Paul Antoine racontent comment François, un jeune menuisier, se joint à l’expédition de Cartier. Commissionné par François Ier, ce dernier va diriger aux frais du roi trois voyages vers l’Amérique du Nord, espérant y trouver un passage pour l’Asie, sinon des richesses. Il atteint Terre-Neuve en mai avec ses deux navires, puis accoste à Gaspé, région qu’il revendique pour la Couronne de France. Blessé par deux flèches, François est emmené dans le village iroquoien de Stadaconé (golfe Saint-Laurent, l’emplacement de l’actuelle ville de Québec) où il est soigné par le chef Agonna (=Donnacona). Il peine à s’habituer au mode de vie amérindien, dur et très différent du sien. Cinq ans plus tard, en France, sa fiancée Marie n’arrive pas à croire qu’il est mort, comme l’affirment certains, et elle traverse à son tour l’Atlantique avec Cartier lors du deuxième voyage de l’explorateur français en 1541/42. Elle retrouve François parmi les Iroquois et l’épouse. En Europe, Henri III est assassiné et son successeur, Henri de Navarre, développe le commerce avec le Canada, les émigrants affluent, les Amérindiens ripostent par les armes... – Une coproduction en couleurs entre le Canada et divers pays francophones d’Europe, le Québec investissant 50% d’un budget de 1,3 millions de $. Pas moins de 450 comédiens et 700 figurants amérindiens participent au tournage qui s’étire sur douze mois. Les onze épisodes suivants sont réalisés notamment par Gilles Carle, Aimée Danis et Jean-Pierre Decourt. Suite de la télésérie, cf. Absolutisme : Amérique du Nord, Nouvelle-France.
Marie Tudor, éphémaire reine de France, interprétée par Mireille Delcroix dans « La Reine galante » (1974). ©INA
1974(tv) La Reine galante (FR) de Michel Roux (th) et Georges Folgoas (tv)
« Au théâtre ce soir », ORTF (A2 31.12.74), 1h20 min. – av. Mireille Delcroix (Marie Tudor, reine de France et soeur d'Henry VIII), Gérard Barray (François, duc d’Angoulême, futur François Ier), Georges Riquier (Louis XII), Jacques Dannoville (Henry VIII), Anne Marbeau (Catherine d'Aragon), Marcelle Ranson-Hervé (Louise de Savoie), Annie Jouzier (Claude de France), Alain Hitier (le duc de Longueville), Yvan Varco (Charles Brandon, duc de Suffolk), Jacques Lorcey (le médecin), Sonia Sariel (Jane), Muriel Verdoy (Diane), Claude Rio, Claude Sandoz, Claude d’Yd, Jean-Jacques Steen, Lise Romy, Christine Parrat-Roblin.
Synopsis : Sœur d’Henry VIII, âgée de 18 ans, Marie Tudor (1496-1534) épouse en novembre 1514 le roi de France, Louis XII, 52 ans. Si un fils était né de cette union, le règne de François Ier n’aurait pas eu lieu. Ce dernier, cousin germain du roi, est conscient du danger, mais Charles Brandon, duc de Suffolk, amant de Marie avant son mariage royal, ne la quitte jamais des yeux, et François tombe à son tour amoureux de la belle Anglaise – qui flirte avec lui. Fleurant le péril, Louise de Savoie, mère de François, oblige Marie à partager son lit avec la baronne d’Aumont lorsque son mari ne la rejoint pas. Deux mois plus tard, la jeunesse de Marie et un rythme de vie accéléré ont raison de la santé fragile du souverain : Louis XII  meurt. Sur ordre de François Ier, Marie épouse Suffolk à Cluny et quitte la France dont elle aura été la reine de quelques mois. Un règne court semé d’intrigues amoureuses et politiques, conté par André Castelot à la manière d’un extravagant vaudeville (en couleurs), quoique historiquement exact. Dans le rôle de François Ier, on retrouve Gérard Barray, jeune premier un peu oublié qui ferrailla en Pardaillan, Surcouf, Scaramouche et d’Artagnan pour le grand écran dans les années 1960.
1974(tv) La Main enchantée (FR) de Michel Subiela
série « Les classiques de l’étrange », ORTF (1e Ch. 5.10.74.), 1h30 min. – av. Pierre Maxence (Eustache Bouteroue), Nathalie Juvet (Javotte), Alain Mottet (Maître Chevassut), Thierry Dufour (Joseph), Roland Monod (Maître Gonin), Serge Lhorca (Goubard). – Synopsis : A Lyon, sous François Ier. Pour éliminer en duel un rival en amour, Eustache, un jeune commis drapier maladivement jaloux, s’assure l’aide d’un magicien, Maître Gonin, qui rend sa main droite invincible, mais aussi incontrôlable… Un récit fantastique écrit par Subiela et Francis Lacassin, d’après un conte de Gérard de Nerval.
1975(tv) Deux enfants sous la Renaissance (FR) d'Yves Gautier
émission "Histoire des enfants", Claude Couderc, Thierry Nolin/ORTF-France Régions 3 Lyon (FR3 11.12.75), 18 min. - av. Olivier Nolin, Dominique Bayle, Didier Rapaud, Catherine Masselot, Thierry Nolin (présentateur).
La vie quotidienne de deux enfants de douze ans, Marguerite et Nicolas, qui vivent en France vers 1540, sous François Ier. Marguerite est la fille d'un riche marchand et Nicolas, un orphelin fils de paysan pauvre.
1977® (tv) Les Borgia ou le sang doré (FR) d’Alain Dhénaut. – av. Georges Ser (Charles VIII), André Dumas (Louis XII), Jean-Claude Bouillon (Cesare Borgia), Julien Guiomar (le pape Alexandre VI Borgia). – En 1495, Charles VIII et le pape Alexandre VI Borgia signent la paix à Rome ; le fils naturel du pape, Cesare, est pris en otage par l’armée française qui marche sur Naples. En 1498, Louis XII cède à Cesare Borgia, qu’il fait duc de Valentinois, les comptés de Valence et de Die (Dauphiné), en échange de quoi le pape Alexandre VI fait annuler son mariage avec Jeanne de France, dite Jeanne la Boiteuse, disgraciée et stérile, afin qu’il puisse épouser Anne de Bretagne. Cesare apporte personnellement la dispense papale au roi de France à Chinon. Ce dernier l’unit à Charlotte d’Albret, sœur du roi de Navarre (mai 1499), puis se détourne de lui à la nomination du pape Jules II. – cf. Moyen Âge : Italie s. Borgia.
1978(tv) Le Connétable de Bourbon (FR) de Jean-Pierre Decourt
série « Les grandes conjurations », FR3-Télécip (FR3 23.9.78), 1h30 min. – av. Nicolas Silberg (Charles III, duc de Bourbon), Jacques Frantz (François Ier), Judith Magre (Louise de Savoie, mère du roi), Daniel Colas (Charles Quint), Bernard Lavalette (Saint-Vallier), Yolande Folliot (Diane de Poitiers), Laurence de Monaghan (Claude de France), Lise Delamare (Anne de France [Anne de Beaujeu]), Daniel Grimm (Pierre Terrail, seigneur de Bayard), Jean Leuvrais (le vice-roi de Lannoy), Robert Party (M. de Beaurain), Thierry Dewavrin (Matignon), Patrick Laval (Pomperant), Robert Benoît (Philibert de Châlon), Henri Villerouge (le médecin), Henri Marteau (Monseigneur Le Veneur), Jean-Pierre Bernard (Bonnivet), Lionel Vitrant.
Synopsis : Premier épisode d’une série de six téléfilms conçue par Philippe Erlanger et retraçant les complots ou alliances ayant failli changer l’histoire. Celui-ci, écrit par Jean-François Chiappe, est consacré à Charles III de Bourbon (1490-1527), le dernier des grands féodaux français pouvant s’opposer au roi lui-même, son cousin. Dépourvu d’héritier et ses possessions bourbonnaises et auvergnates ayant été confisquées scandaleusement par la Couronne, Charles III engage des négociations avec Charles Quint (1523) et doit s’enfuir, accusé de trahison. Il est nommé lieutenant général de l’Empereur en Italie, combat les Français, remporte la bataille de la Sesia (où meurt Bayard), envahit la Provence, assiège Marseille, enfin bat et fait prisonnier François Ier à la bataille de Pavie. Abandonné par Charles Quint qui ne veut pas satisfaire ses ambitions, il met le siège devant Rome et meurt pendant l’assaut. – Une évocation somptueuse, un peu lourde mais d’une rigoureuse exactitude historique, illustrant la naissance d’une ère où la raison d’État prime sur la foi jurée : le connétable, homme du serment au suzerain, n’obéit que si ce dernier respecte cette foi.
1981® (tv) The Borgias (GB) de Brian Farnham. – av. Yves Beneyton (Louis XII), Oliver Cotton (Cesare Borgia). – Épisode des guerres d’Italie (voir supra, le film « Les Borgia ou le sang doré », 1977). – cf. Moyen Âge : Italie.
Une étude minutieuse du milieu rural au XVIe siècle : Nathalie Baye et Gérard Depardieu dans « Le Retour de Martin Guerre ».
1982**Le Retour de Martin Guerre (FR) de Daniel Vigne
SFPC-Films Marcel Dassault-FR3, 2h03 min. – av. Gérard Depardieu (Arnauld du Thil dit « Pansette »/le faux Martin Guerre), Nathalie Baye (Bertrande de Rols), Bernard Pierre Donnadieu (Martin Guerre, le vrai), Stéphane Péan (Martin Guerre à 13 ans), Sylvie Meda (Bertrande de Rols à 12 ans), Roger Planchon (Jean de Coras), Maurice Jacquemont (le juge de Rieux), Isabelle Sadoyan (Catherine Boëre), Maurice Barrier (Pierre Guerre, l’oncle), André Chaumeau (le curé), Chantal Deruaz (Jeanne), Valérie Chassigneux (Guillemette), Tchéky Karyo (Augustin), Dominique Pinon (Antoine), Adrien Duquesne (Sanxi Guerre), Neige Dolsky (Jacquemotte, l’aveugle).
Synopsis : « Non un conte aventureux ou une fabuleuse invention mais une pure et vraie histoire » … Dans le village pyrénéen d’Artigat (comté de Foix en Ariège), en avril 1542, Bertrande de Rols, 12 ans, épouse Martin Guerre, 13 ans. Un mariage d’intérêt qui unit deux familles paysannes aisées, mais le jeune Martin s’avère incapable d’honorer son épouse. Une nuit, Martin disparaît sans crier gare. Il réapparaît huit ans plus tard, totalement transformé, beaucoup plus fort et viril. Il est fêté et reconnu pas les habitants, reprend sa place dans le village et s’entend parfaitement avec sa femme. Mais certains de ses propos surprennent et des soldats de passage mettent en doute son identité : ils auraient connu le vrai Martin, qui a perdu une jambe lors du siège de Saint-Quentin (1557). En 1560, la justice est saisie, Jean de Coras à Toulouse et le juge de Rieux font éclater la vérité : le soi-disant Martin a usurpé la personnalité du vrai, avec la complicité de Bertrande qui l’a protégé par amour. Le vrai Martin survient, effectivement amputé d’une jambe, et l’imposteur, de son vrai nom Arnauld du Thil, est pendu sur la place du village.

Depardieu au centre d’une authentique démarche historico-ethnologique
Fruit d’une authentique démarche historienne et ethnologique qu’on peut situer dans le cadre plus général de ce « révisionnisme » salutaire issu de la « nouvelle histoire » des Annales et de la crise des idéologies, le film a beaucoup fait parler de lui lors de sa sortie, notamment en ce qui concerne son recours appuyé aux panoramas naturels et à l’étude minutieuse du milieu rural. Pourtant, le décor, daté et situé, n’est pas là seulement pour faire médiéval, mais pour donner une assise temporelle, un ton spécifique à des conflits psychologiques d’hier comme d’aujourd’hui. Daniel Vigne installe ses caméras sur les lieux mêmes du drame, en Ariège, en priorité au village de Ballagué dans vallée de Balaguères où subsistent encore des fermes du XVIIe siècle (celle qui servit au tournage date de 1736) et un lavoir à trois bacs, ainsi qu’à Rieux-Volvestre (Haute-Garonne). Les splendides intérieurs d’Alain Nègre sont érigés aux studios de Boulogne, les costumes du terroir signés Anne-Marie Marchand. Les matériaux, les tissus, la vie quotidienne et les attitudes de l’époque ont fait l’objet d’une recherche poussée que Vigne enrobe d’une lumière très vraie, produite par le feu de la cheminée ou des bougies grâce à pellicule plus sensible (technique inaugurée en 1975 par Stanley Kubrick dans son « Barry Lyndon »). Malgré la propension du cinéaste à « faire des tableaux », à composer des scènes de genre empruntées à Breughel ou à Georges de Le Nain, l’image n’est jamais figée, le folklore évité avec adresse. C’est une paysannerie cossue qui ressuscite à l’écran, dont les représentants sont vivants et prenants.
Le cas Martin Guerre : chapitre insolite de la chronique judiciaire et réflexion universelle sur l’identité (Nathalie Baye, Gérard Depardieu).
 Coupe au bol, blond, fort comme un bœuf, Depardieu porte le film sans faire ombrage aux autres ; Nathalie Baye lui donne la réplique avec retenue naturelle, subtilité et sensibilité. Emmanuel Le Roy Ladurie a mis Daniel Vigne (ils ont collaboré ensemble pour « L’Inventaire des campagnes » à la télévision) en contact avec une collègue américaine, Natalie Zemon Davis, de l’université de Princeton, qui, justement, étudie depuis des années le procès de Martin Guerre. Vigne la nomme conseillère historique de son film. La chronique judiciaire rapporte qu’en 1538, âgé de 24 ans, Guerre (ou Aguerre) fut accusé de vol de grain envers son père, un crime grave selon le code basque, et décida d’abandonner sa famille ; il combattit effectivement à la bataille de Saint-Quentin, mais du côté des Espagnols. Quant à l’imposteur, il fut condamné au bûcher (et non au gibet). Selon la thèse de N. Zemon Davis, Bertrande de Rols aurait silencieusement ou explicitement pris part à la fraude, car elle avait besoin d’un mari et était bien traitée par le remplaçant du disparu.
Outre se présenter comme une réflexion universelle sur l’identité, l’œuvre centre son intérêt sur Bertrande, déterminée à mener sa vie selon ses propres jugements : elle accepte spontanément le retour de Martin, découvrant un homme mûr, travailleur, responsable, robuste, avec lequel elle apprend le langage du cœur et des corps. Faisant fi des manipulations ancestrales des individus à des fins d’intérêts divers (comportement dans lequel se retrouve la génération post-soixante-huitarde), elle balaye ses doutes : cet homme est son homme, peu importe son identité réelle. Vigne et son collaborateur Jean-Claude Carrière font de Jean de Coras le pivot de leur scénario : conseiller au Parlement de Toulouse, celui-ci donna dans son Arrêt mémorable du Parlement de Toulouse (1561) une description précise et détaillée du procès (auquel Montaigne assista). Cruelle ironie du sort, Coras (remarquablement campé ici par Roger Planchon), qui était huguenot, finit à son tour pendu lors de la Saint-Barthélemy.
« Le Retour de Martin Guerre » récolte trois Césars en 1983 (scénario, musique, décor). Aux États-Unis, où il devient un véritable film-culte, il est nominé pour l’Oscar 1984 récompensant les costumes, et pour le BAFTA Film Award à titre de meilleur film étranger (1). – US : The Return of Martin Guerre, DE : Die Wiederkehr des Martin Guerre, IT : Il ritorno di Martin Guerre, ES : El regreso de Martin Guerre.

(1) – Le sujet n’est d’ailleurs pas inconnu Outre-Atlantique : en 1967, William Bergsma a composé The Wife of Martin Guerre, un opéra en trois actes tiré d’un roman de Janet Lewis (1956), qui en rédige aussi le livret. Martin Guerre est en outre une comédie musicale d’Alain Boublil et de Claude-Michel Schönberg (1996) jouée à Londres et à Broadway. Hollywood fabriquera un remake du film de Daniel Vigne situé pendant la guerre de Sécession, intitulé « Sommersby » (1993) de Jon Amiel, avec Richard Gere et Jodie Foster.
1985*(tv) Le Serment (FR) de Roger Kahane
série « L’Histoire en marche », Stellio Lorenzi/France 2-Conseil régional du Languedoc-Roussillon (A2 12.6.85), 1h40 min. – av. Bertrand Lacy-Penot (Thomas Platter), Catherine Wilkening (Zani la juive), Michel Aumont (Guillaume Rondelet), Pierre Clémenti (l’illuminé Segarelli), Pascale Rocard (Catherine Rondelet), Jean-Claude Drouot (Saint-Tibery), Didier Sauvegrain (Jean de La Salle), André Weber (Loyseleur), Marc Cassot (De Sernhac), Michel Tourailles (Lattes), Jean-Claude Sachot (Alzone), Maurice Chevit (frère Bernard), Jacques Rispal (Maître Catalan), Jean Negroni (Saporta), Guy Vassal (Pierre de Sas), Coraly Clément (Myriam), Jean-Pierre Castaldi (Barrabas).
Synopsis : En 1555, Thomas Platter, fils d’un notable à Bâle, poursuit ses études de médecine à Montpellier, havre de tolérance à l’abri de l’Inquisition, géré par un consulat réformé. Il est fiancé avec Catherine, fille du chirurgien Guillaume Rondelet et vit chez Maître Catalan, apothicaire juif marrane. Dans la campagne, des bandes sanguinaires pseudo-religieuses appelés « fous de Dieu » et dirigées par un illuminé, Segarelli, sèment la terreur. Henri II envoie son commissaire Jean de La Salle, dit « l’ange exterminateur », pour tuer le monstre et faire plier les huguenots de la ville. Or Thomas, le protestant, est tombé amoureux d’une jeune juive un peu sauvageonne, Zani, une liaison qui n’est guère favorisée par le climat ambiant.
Ne pas confondre ce Segarelli, psychopathe terrifiant et cynique parfaitement campé par Pierre Clémenti (nu sur son cheval), avec le prédicateur millénariste Gherardo Segarelli, le fondateur du mouvement apostolique, brûlé comme hérétique par l’Inquisition à Parme en 1300 (cf. Le Nom de la rose d’Umberto Eco). « Le Serment » offre un scénario remarquablement agencé par Stellio Lorenzi (« La caméra explore le temps ») et Marcel Jullian, où il est surtout question de liberté et de tolérance, même si on ne nous épargne pas des scènes crues, voire violentes (le sang et les tripes des condamnés étalés sur l’estrade du bourreau, des femmes enfourchées sur des pieux de bois). La rigueur et la nervosité de la réalisation, une reconstitution frisant la perfection en font un téléfilm à part, premier d’une coûteuse collection d’Antenne 2 intitulée « l’Histoire en marche » et produite par Lorenzi, qui souhaite des « films d’aventures pris au sens large, dont la conception serait la résultante d’une collaboration entre Alexandre Dumas pour les intrigues et le contexte historique, Georges Simenon pour les reflets des milieux sociaux et Leroy-Ladurie pour ce qui est de la nouvelle histoire au niveau du peuple » (Télérama 5.6.85). Lorenzi célèbre par la même occasion le millénaire de la faculté de médecine de Montpellier, la plus vieille du monde occidental (le tournage, financé en grosse partie par le Conseil régional du Languedoc-Roussillon, s’est déroulé à Montpellier même).
Au XVIe siècle, la syphilis se répand en Europe, succédant à la lèpre qui ravagea la fin du Moyen Âge (« La Mal d’aimer »).
1986Le Mal d’aimer / La coda del diavolo (FR/IT) de Giorgio Treves
Sandor Produzioni-Selena Audiovisuel (Lise Fayolle)-Alliance Film Communication, Paris-FR3/Cinema & Cinema (Paolo Zaccaria)Selena-Istituto Luce, Rome-RAI, 1h31 min. – av. Robin Renucci (Robert Briand), Isabelle Pasco (Marie-Blanche), Carole Bouquet (Eléonore), Piera Degli Espositi (Thérèse), Erland Josephson (le père de Robert), Andrzej Seweryn (le colporteur), Gianfranco Barra (le sodomite), Franco Citti (Cigal), Maurizio Donadoni (Philippe), Paolo Rossi (Laurent Vita), Philippe du Janerand (l’archiviste), Gérard Hardy (Maurice), Valeria Magli (Olivia), Jean-Paul Muel (l’archevêque), Daniel Jegou (le médecin des aliénés), Donald O’Brien (le chef des lépreux), Jacques Pater (le prêtre de Pâques), Serg Spira (François le garde).
Synopsis : Au début du XVIe siècle, la syphilis se répand en Europe, succédant à la lèpre qui ravagea la fin du Moyen Âge. A Paris sous Louis XII, on isole tous les malades et les suspects de débauche sont arrêtés. Un tribunal de médecins condamne Marie-Blanche, 17 ans, à la réclusion dans la léproserie de Saint-Clément. Une sous-humanité s’obstine à y survivre sous les coups des gardiens, sous–alimentée, ramenées à la bestialité. Robert Briand, le jeune prêtre-médecin qui dirige cet endroit sordide, est troublé par la jeune femme sur laquelle il ne relève aucun symptôme de la maladie. Il en tombe éperdument amoureux, au point de renoncer à une carrière dans la capitale. Abandonner Marie-Blanche signifierait pour lui l’échec de sa science. Il décide de rester avec elle, au risque d’être atteint par le mal, pour toucher à la seule connaissance qui vaille la peine : l’amour.
Lorsque le film sort, on veut voir dans cette syphilis inguérissable au début de la Renaissance une métaphore du sida, nouveau fléau de la fin du XXe siècle. Mais c’est sur le cas de conscience du médecin, fragile, tourmenté (remarquable Renucci), balloté entre sa science et sa passion, que se concentre le vrai propos du film, et le personnage étonnant de l’aristocrate (Carole Bouquet) qui s’est laissée contaminer par amour et se retrouve au ban de la société est représentatif du dilemme. Treves, ex-assistant de Visconti et De Sica, signe avec son premier film une œuvre au romantisme morbide, insolite et attachante, tournée en Bourgogne (château de Pisy, Epoisses, Précy-sous-Thil) et à Filetto, dans les Abruzzes. Le scénario de Vincenzo Cerami et Pierre Dumayet soulève des questions qui font oublier l’approximation de la reconstitution, le racolage d’une photo trop léchée et son style télévisuel qui le prive un peu d’envolées lyriques.
La légende de Bayard, chevalier « sans peur et sans reproche », revue et corrigée par Gérard Jugnot (1988).
1988*Sans peur et sans reproche (FR) de Gérard Jugnot
Gérard Jugnot, Jean-Claude Fleury/GPFI-Arturo Productions-Images Investissements-TF1 Films, 1h36 min. – av. Gérard Jugnot (Poquiert de Bellabre), Rémi Martin (Pierre Terrail LeVieux, seigneur de Bayard), Victoria Abril (Jeanne), Patrick Timsit (Charles VIII), Josiane Balasko (la servante), Romain Bouteille (François de Paule), Gérard Darmon (Jacques de Mailles), Ann Gisel Glass (Blanche de Savoie), Carole Brenner (Bernardine, sa dame de compagnie), Martin Lamotte (le dauphin Louis d’Orléans/Louis XII), Gérard Klein (de Fougas), Jean-Louis Foulquier (Louis d’Ars), Roland Giraud (le marquis Alonzo de Soto Mayor, dit le Charognard), Anémone (Rose), Ticky Holgado (l’inventeur Mignard de Parthode), Michel Blanc (Verdiglione, le chirurgien), Bruno Carette (Grégoire), Alain Doutey (d’Urfé), Marie-Christine Delafosse (une nonne).
Synopsis : En 1494 au château de Carignan. En route pour Naples, Poquiert de Bellabre, un des capitaines de Charles VIII, est ridiculisé au cours d’un tournoi par un jeune inconnu, l’écuyer Pierre de Terrail. Rageur, teigneux, Bellabre décide de le prendre sous son aile afin de pouvoir se venger de lui à loisir et d’endiguer l’amour insensé que celui-ci éprouve pour l’inatteignable Blanche, duchesse de Savoie. Mais au fil des batailles, Bellabre est impressionné par les prouesses de son protégé qui, de plus en plus performant, devient le légendaire Bayard, « chevalier sans peur et sans reproche » (non sans un coup de pouce de son scribe gay, Jacques de Mailles). Abandonné par la gloire, le capitaine décide de se consacrer à celle de son poulain et devient ainsi le premier imprésario de l’histoire de France. Mais Charles VIII décède accidentellement et son successeur, Louis XII, promet Blanche au démoniaque Alonzo de Soto Mayor, un passionné de torture et d’Inquisition, afin d’unir la Savoie à la Castille. Or, Blanche est enceinte de Bayard, et ce dernier massacre Soto Mayor en combat singulier. Les alliances politiques étant renversées, Bayard et Bellabre commandent l’arrière-garde de l’ost français, talonnés par les Aragonais. Blanche accouche d’une petite fille dans un chariot bâché immobilisé sur le pont de Garigliano, pont que Bayard défend seul contre l’armée espagnole … qu’il finit par mettre en déroute (1503). Puis il contraint un curé à bénir son union secrète avec Blanche, contre la volonté du roi.
Une légende revue et corrigée par Gérard Jugnot, entre Charlie Hebdo et Hara Kiri (« on pille, on tue, on viole et on finit par s’attacher »). Cette troisième réalisation du comédien (après « Pinot simple flic » et « Scout toujours », 1984/85) sent toujours l’école du café-théâtre, la troupe du « Splendid », et Michel Blanc-Dumont crée à cet effet une jolie affiche style bande dessinée. Mais s’agissant d’une comédie historique, le budget a grimpé (32 millions de francs) et la logistique est nettement plus lourde. Le tournage s’effectue au Portugal, au cœur de l’Estrémadure, dans la ville et la forteresse d’Óbidos et dans l’enceinte de l’abbaye cistercienne de Santa Maria de Alcobaça (Leira), dont les galeries ressemblent à celles du château d’Amboise édifié par Charles VIII.
Gérard Jugnot, coupe au bol, en chevalier teigneux et imprésario de Bayard, contacte Blanche de Savoie (1988).
 Un Bayard qui manipule mieux l’épée que la cervelle
Partant du constat que la réalité historique peut être extravagante, sinon grotesque (du moins aux yeux du XXe siècle) – le décès de Charles VIII qui se fracasse le crâne en glissant sur un étron dans ses galeries d’Amboise transformées en latrines par les courtisans (détail authentique), l’hygiène et les soins médicaux délirants (le « bain de bouche avec de l’urine portugaise ») – Jugnot opte pour une sorte de « burlesque crédible ». Et comme l’époque baigne dans le sang, il cherche à détourner les horreurs par le rire. Les mercenaires français trucident allégrement tout ce qui bouge, les têtes décapitées volent, les arbres plient sous les grappes de pendus (le chroniqueur Jacques de Mailles embellit le tableau pour la postérité, parlant de « branches chargées de fruits muris par le soleil ») et l’Espagnol vante sa monstrueuse salle de torture en affirmant : « c’est ici que se dissipent les ténèbres du Moyen Âge. » Les sodomites y sont découpés à la scie. Le film montre des chevaliers empêtrés dans leurs armures rouillées (le tournoi de Carignan se fait sous une pluie battante). À la cour, les nobles ont tous des dents noires, leurs costumes sont aussi imposants que poussiéreux. Le roi, surnommé « l’Affable », est petit, rond, avec une verrue poilue, de la couperose et des cheveux roux ; quant au dauphin, souffreteux, il s’étrangle dans les quintes de toux. Mignard de Parthode, un émule de Léonard de Vinci, invente des machines de guerre redoutablement contre-productives. Bellabre – qui fut effectivement le compagnon de Bayard et possède ici un crochet en guise de main droite – bascule de son cheval sous le poids de sa trop lourde masse d’armes quand il ordonne l’assaut. L’héroïsme de Bayard a, lui aussi, quelque chose de fou, lui qui « manipule mieux l’épée que sa cervelle ». Ayant littéralement taillé l’ennemi en pièces, le sourire toujours goguenard, il s’accouple à sa vénérée Blanche dans un confessionnel pendant la messe mortuaire du roi, puis affronte son rival aragonais dans un combat qui relève plus de la boucherie que de la joute.
La reconstitution est étonnamment documentée et soignée pour ce type de comédie, et ce n’est pas dans le non-sens parodique des Monty Python qu’il faut chercher ici une parenté un peu facile, mais dans la démythification irrévérencieuse d’un Richard Lester (« The Three Musketeers » version 1973). Si les gags portent, les rires fusent, Jugnot, contrairement à Lester, n’évite cependant ni la vulgarité ni le graveleux. Son film est sympathique mais hybride à force de partir dans tous les sens, de ne pas savoir choisir entre bouffonnerie déjantée et dénonciation caustique de l’Histoire, d’où son échec public. Pourtant, la citation en ouverture – « La gloire est le deuil éclatant du bonheur … » (Mme de Staël) – promettait.
1990(tv) Plus folle que reine (FR) de Bernard Toublanc-Michel
(FR3 27.7.90), 1h30 min. – av. Hester Wilcox (Marie Tudor), Henri Garcin (Louis XII), Paule Noelle (Louise de Savoie), Flaminio Corcos (François, duc d’Angoulème), Christine Sireyzol (Claude de France), Franck Beckmann (Charles Brandon, duc de Suffolk), Eric Colin.
Synopsis : En 1514, Louis XII, las comme un vieillard, cherche en vain à avoir un fils et refuse de léguer son trône au jeune duc d’Angoulème (futur François Ier), son cousin. En épousant Marie Tudor, la petite sœur d’Henry VIII, il dissipe les fantômes de la guerre de Cent Ans. Les dix-huit ans de la reine lui rendent sa vigueur, et Charles Brandon, ambassadeur extraordinaire d’Henry VIII, supplée le roi dans sa tâche en son absence. Même le duc François est sous le charme de Mary, au point de risquer de donner à la reine l’enfant qui le priverait du trône…. Ecrit par André Castelot, ce téléfilm reprend le sujet de « La Reine galante » (cf. 1974), mais sur mode du vaudeville. Plaisant, bien joué et fourmillant de détails instructifs.
1990® Una vita scellerata (Cellini, l’or et le sang) (IT) de Giacomo Battiato. – av. Bernard Pierre Donnadieu (François Ier), Wadeck Stanczak (Benvenuto Cellini). – Benvenuto Cellini à la cour de François Ier en 1540.cf. Moyen Âge : Italie.
1998Ever After : A Cinderella Story (A tout jamais : une histoire de Cendrillon) (US) d’Andy Tennant
Mireille Soria, Tracey Trench/20th Century-Fox, 2h01 min. – av. Drew Barrymore (Danielle de Barbarac), Anjelica Huston (baronne Rodmilla de Ghent, la marâtre), Judy Parfitt (la reine Marie [=Éléonore d’Autriche ?]), Dougray Scott (le dauphin Henri, futur Henri II), Patrick Godfrey (Léonard de Vinci), Jerone Krabbé (Auguste de Barbarac, le père), Megan Dodds (Marguerite de Ghent), Melanie Lynskey (Jacqueline de Ghent), Timothy West (le roi Francis [=François Ier]), Christian Marc (Charles Quint), Elvira Stevenson (Isabelle de Portugal). Richard O’Brien (Pierre Le Pieu), Joerg Stadler (Wilhelm Grimm), Andy Henderson (Jakob Grimm), Jeanne Moreau (la Grande Dame).
Synopsis : Au début du XIXe siècle, une aristocrate âgée (Jeanne Moreau) raconte aux frères Wilhelm et Jakob Grimm la véritable histoire de Cendrillon, sa lointaine ancêtre, histoire embellie par Charles Perrault (1729) … Auguste de Barbarac, le père de la petite Danielle, meurt d’un infarctus peu après avoir épousé la baronne Rodmilla de Ghent, qui amène ses deux filles, Marguerite et Jacqueline. La marâtre confine Danielle, un garçon manqué, aux travaux de cuisine et des champs et tente de marier une de ses filles à la cour de François Ier. Le dauphin Henri, qui refuse d’épouser l’infante d’Espagne qu’on lui destine, fugue et sauve Léonard de Vinci (ainsi que sa dernière peinture, la « Mona Lisa ») des brigands. Il a été mis en garde contre les mauvais mariages, le divorce n’étant autorisé qu’en Angleterre (allusion à Henry VIII). Danielle le séduit en citant l’Utopia de Thomas More (lecture favorite de son père) et en intervenant en faveur du peuple brimé et des gitans. Des clins d’œil de cet ordre, voire une certaine autoparodie (Anjelica Huston s’amuse à jouer à la pimbèche perverse, l’infante d’Espagne est une hystérique qui pleure et hurle devant le prêtre au moment de la cérémonie nuptiale, les parents royaux sont impuissants, etc.) ne compensent pas la guimauve qui déborde tous azimuts dans ce divertissement léché, ruineux (26 millions de $), réservé aux adolescents américains. Potelée et gauche, Drew Barrymore fait une Cendrillon bien insignifiante, et Andy Tennant (qui se rattrapera passagèrement l’année suivante avec « Anna and the King ») ne tente à aucun moment de faire ressembler les monarques à leurs modèles historiques. Un film bâtard, aux séduisants extérieurs en Dordogne, notamment à Sarlat et aux châteaux de Hautefort (le palais royal), de Fénelon, de la Roussie, de Lanquais, de Beynac et de Losse (intérieurs aux studios britanniques de Shepperton). – DE : Auf immer und ewig, IT : La leggenda di un amore : Cinderella, ES : Por siempre jamás.
2000(tv) Canada : Une histoire populaire / Canada : A People’s History – 1. Au début du monde / When the World began… (CA) d’Andrew Gregg 
Andrew Gregg, Gail Gallant/CBC-Bell Canada Enterprise-Sun Life (CBC 25.10.00), 120 min. – av. Yvan Ponton (Jacques Cartier), Jack Burning (Donnacona), Levi Aguonie (Domagava), Sid Bobb (Taignoagny), Lorne Cardinal (guerrier huron), René-Daniel Dubois (André Thevet), Michael Mahonen (John Jewitt), Jonathan Jacobson (Maquinna), August Shellenberg (conteur des Woodlands), Tantoo Cardinal (conteur des Plaines), Lucie Idlout (conteuse des Inuit), Roger Honeywell (William Cormack).
L’épisode initial de cette télésérie en 16 parties qui retrace la destinée du Canada depuis la préhistoire jusqu’aux temps modernes relate notamment les deux voyages de Jacques Cartier, commissionné par François Ier. L’explorateur français y rencontre Donnacona, le chef du village iroquoien de Stadaconé (l’emplacement de l’actuelle ville de Québec), sur les rives de Gaspé, en juillet 1934. En mai 1536, à l’occasion d’une fête donnée par les colons, Cartier emmène Donnacona de force en France avec neuf autres Amérindiens, où le chef iroquois rencontrera à plusieurs reprises François Ier, tissant des relations diplomatiques avec les Français sur fond de rivalités entre chefs indigènes, et où il mourra en 1539. Cf. à ce sujet aussi la télésérie « La Feuille d’érable » (supra, s. 1971) et le docu-fiction ci-dessous. (Pour la suite de cette série, cf. Absolutisme : Amérique du Nord, Nouvelle-France.)
2003(tv) A la découverte du Nouveau Monde (FR) de Pascal Léonard
série « Quelle aventure ! » (FR3 23.2.03), 52 min. – av. Frédéric Courant, Vincent Winterhalter, Alaln Reibel, Eugénie Gaillard. – Docu-fiction avec acteurs et reconstitutions: la découverte du Québec par Jacques Cartier vers 1542 et l’évangélisation des Hurons. Cartier avait atteint en août 1534 l’embouchure du Saint-Laurent, accosté près du lieu où sera plus tard bâtie la ville de Montréal, et baptisé le pays environnant du nom de « Canada », d’après un mot indien signifiant « village ». Il en prit possession au nom de François Ier. Mais la nouvelle colonie n’intéresse guère la couronne, faute de métaux précieux.
2007/08® (tv) The Tudors (Les Tudors) (GB) de Ciaran Donnelly. – av. Emmanuel Leconte (François Ier), Gabriella Wright (la reine Claude de France), Jonathan Rhys Meyers (Henry VIII), Sarah Bolger (Marie Tudor), Henry Cavill (Charles Brandon, duc de Suffolk), Lothaire Bluteau (Charles de Marillac), Joss Stone (Anne de Clèves). – En juin 1520, François Ier organise en Flandre la fastueuse rencontre du Camp du Drap d’Or avec Henry VIII, mais échoue à concrétiser un traité d’alliance avec l’Angleterre contre Charles Quint. Il obtient en revanche la confirmation du mariage du dauphin de France avec Marie Tudor. – cf. Moyen Âge : Angleterre.
2010(tv) Diane de Poitiers, la reine des favorites (FR) de Jean-Christophe de Revière
série « Secrets d’histoire » no. 2 (FR2 11.8.10), 1h40. – Docu-fiction présenté par Stéphane Bern, avec reconstitutions et comédiens anonymes (rôles muets) qui entend « percer le mystère de l’illustre beauté » de la royale maîtresse, dont Catherine de Médicis, veuve d’Henri II, aurait salué la mort en s’exclamant : « Elle a enfin vieilli ! » Le film nuance l’hostilité de Diane vis-à-vis de la reine et voit, sans doute abusivement, en cette ambitieuse courtisane un symbole d’émancipation féminine.
Le vaillant Philibert (Jérémie Renier), héros d’une parodie réussie du film de cape et épée (2011).
2011*Les Aventures de Philibert, capitaine puceau (FR) de Sylvain Fusée
Nicolas et Eric Altmayer/Mandarin Films-Gaumont-M6 Films, 1h43 min. – av. Jérémie Renier (Philibert Le Fillanchiaux, alias Eudes, comte Bérendourt de Saint-Avoise), Manu Payet (Martin, son valet), Alexandre Astier (Clotindre d’Artois), Élodie Navarre (Inès de Bazouges de la Tour-en-Pendois), Éric Savin (le gratteur/Comédon), Aurelie Montea (Pénélope), Ludovic Bethillot (Gliture, le chef d’escadron), Vincent Haquin (le grand Turc chauve), Gaspard Proust (le troubadour), Yves Gasc (Flaviolles), Walter Schnorkell (le comte Fulgence Bérendourt de Saint-Avoise), Guillaume Briat (le garde-chiourme), Mathieu Ledoux (Pierrick), Michel Robin (Le Fillanchiaux), Mauricette Gourdon (Madeline), Sandy Lobry (Jeannick), Louse Lourdel (Louison), Louis de Leusse (Ornave), Gérard Thirion (le notaire).
Synopsis : La Bretagne en 1550. Robuste et idéaliste gaillard, Philibert se prédit un avenir glorieux dans la culture de l’artichaut et préserve sa virginité pour celle qu’il ne connaît pas encore mais que Dieu lui destine. En mourant, son père, Le Fillanchiaux, lui apprend cependant qu’il n’est pas son vrai père : celui-ci était un gentilhomme, le comte de Saint-Avoise, lâchement trucidé par un Bourguignon. Philibert quitte son village pour accomplir sa vengeance et retrouver son rang. En route, il rencontre l’amitié avec Martin, l’amour avec Inès et la haine avec Clotindre, l’assassin de son géniteur. Il triomphera de la bassesse des vilains et la tentation de ribaudes libidineuses.
Une parodie réussie des films de cape et épée d’antan, hommage-pastiche à Errol Flynn, à Jean Marais et à Angélique, marquise des Anges (comme il se doit, le duel final entre Philibert et Clotindre dure dix minutes). Les producteurs et le scénariste (Jean-François Halin) des récents « OSS 117 » avec Jean Dujardin, appuyés par la co-scénariste Karine Angeli (« Brice de Nice »), s’efforcent de retrouver l’esprit des films de Michael Curtiz, remis au goût du jour, pour rire. Le réalisateur, Sylvain Fusée, l’un des fondateurs de l’émission irrévérencieuse « Groland » sur Canal+, tourne ses hilarantes péripéties aux studios Barrandov à Prague. L’acteur belge Jérémie Renier, révélé dans les films des frères Dardenne (« La Promesse », « L’Enfant »), compose un Lagardère naïf et exalté qui croise le fer avec le félon Alexandre Astier, le père de « Kaamelott », tandis que Manu Payet lui sert de Sancho Pancha bas-breton. Ces efforts débouchent sur « une affectueuse relecture du genre qui oscille entre premier et douzième degré » (Télérama, 6.4.11), infiniment supérieure aux farces franchouillardes du style des « Visiteurs ».
2011® (tv) The Borgias (CA/IR/HU) de Neil Jordan. – av. Michel Muller (Charles VIII), François Arnaud (Cesare Borgia). – Épisode des guerres d’Italie (voir supra, le film « Les Borgia ou le sang doré », 1977). – cf. Italie.
Eric Elmosnino et Michel Aumont interprètent Français Rabelais respectivement jeune et âgé dans le téléfilm de 2011.
2011(tv) La très excellente et divertissante histoire de François Rabelais (FR/BE/LU) d’Hervé Baslé
Françoise Charrier-Baslé/Asterina Films-BE Films-Delux Productions (Luxembourg)-Motion Investment Group-France 2 (FR2 8.7.11), 2 x 1h40 min. – av. Eric Elmosnino (François Rabelais), Michel Aumont (Rabelais âgé), Bernadette Lafont (Amandine, sa bonne), Claire Thill (Sœur Angèle), Gilles Mathéron (Boysonné), Benjamin Egner (l’abbé Gravot), Anne Azoulay (la jolie veuve), Jacques Boudet (Jean du Bellay), Marcel Bozonnet (Jean Schyron), Hervé Briaux (Tiraqueau), Olivier Broche (le Frère libraire), Jean-Noël Brouté (Guillemette), Patrick Catalifo (Gryphe), Yan Collette (le chef des lépreux), Paul Crauchet (le pape Paul III), Roger Dumas (l’accusateur), Philippe Duquesne (Frère Souillard), Marilyn Even (Margot l’accoucheuse), Thierry Hancisse (Antoine Rabelais, le père), Cylia Malki (Catherine Dussouls), Fernando Cardoso, Carimiro Fernandes (deux cardinaux), Tim Rauhut (un paysan).
Synopsis : Trois jours avant sa mort, en avril 1553, Rabelais revit en compagnie de son confesseur, l’abbé Gravot, et de sa bonne Amandine les étapes de sa turbulente existence : une enfance auprès de son père, un avocat qui se ruine pour l’éduquer ; sa jeunesse, moinillon au couvent des Cordeliers, puis moine vagabond avide de découvertes. Il abandonne la tenue des Franciscains pour échapper aux « farfadets » qui pourchassent les frères impies s’adonnant à l’étude des lettres grecques. Protégé par François Ier et sa sœur Marguerite de Navarre, Rabelais trouve refuge chez les Bénédictins, puis quitte la soutane une deuxième fois, revêt la tenue des prêtres séculiers et s’enfuit à Paris, puis à la Faculté de Montpellier pour y étudier la médecine. Devenu médecin, il s’installe à Lyon, rend enceinte une jeune veuve et part pour l’Italie avec Jean du Bellay, à Rome où il rencontre les papes Clément VII et Paul III. Son fils Théodule vient au monde lors de son retour à Lyon, mais meurt à l’âge de deux ans. Facétieux, satirique et railleur, il invente dans son roman parodique Gargantua l’Abbaye de Thélème où l’on enseigne une philosophie aux accents libertaires qui s’attaque à toutes les claustrations de la morale religieuse, à l’ascétisme catholique comme au rigorisme huguenot.
« Il lutta sa vie entière, disent les scénaristes Hervé Baslé et Claude Gaignebet, contre les dogmes des théologiens de la Sorbonne, tout en réussissant à échapper au bûcher. Par l’intelligence et le rire, il nous enseigne le bien vivre, le libre-arbitre, le désir et la curiosité. » Cette biographie télévisée en deux parties de l’écrivain humaniste français est tournée à l’Abbaye de Fontfroide (Aude), à la Chartreuse du Val de Bénédiction à Villeneuve-les-Avignon, à Avignon et au Pont du Gard, à la forteresse de Salses (Pyrénées-Orientales), à Tours et en studio au Luxembourg. Las ! Le résultat est tout sauf « excellent » ou « divertissant » : le récit traine, engourdi de maladresses, de cabotinage et de répétitions, de sorte que l’unique mérite de ce téléfilm reste son sujet même, inédit à l’écran (si l’on excepte « Le Quart d’heure de Rabelais », film perdu de 1912).
2011(tv) François Ier, le roi des rois (FR) de Laure Delalex
« Secrets d’Histoire » (FR2 9.8.11), 1h37. – Docu-fiction présenté par Stéphane Bern, avec reconstitutions et comédiens anonymes (rôles muets, scènes d’alcôves bien inutiles). Bâtisseur effréné, mécène, jovial et frondeur, François Ier a marqué les mémoires autant par son charisme que par ses frasques de roi séducteur. Le magazine historique revisite les innombrables lieux habités et bâtis par le monarque, évoque l’amour, le sexe (il aurait eu une trentaine de maîtresses), l’argent, l’ambition, soigne le côté « people » qui fait de l’audimat, mais passe sous silence les désastres de la politique extérieure et les relations embarrassantes avec le puissant « païen » Soliman le Magnifique.
En 1555, sur ordre de Henri II, les Chevaliers de Malte débarquent dans la baie de Rio (« Rouge Brésil »).
2012*(tv) Rouge Brésil / Vermelho Brasil (FR/BR/PT/CA) de Sylvain Archambault
Nicolas Traube, Leonel Vieira, Christian Duguay, António da Cunha Telles/France 3-Conspiração Filmes-Pampa Production-IDL Films Inc. (Canada)-Stopline Films (Brésil)-Sunflag-Globo Filmes-Riofilme-France Télévisions-RTP-CNC (FR3 22-23.1.13 / Brésil 6.9.13), 1h29 et 1h41 min. – av. Stellan Skarsgård (Nicolas Durand de Villegagnon, vice-amiral de Bretagne), Sagamore Stévenin (cpt. Don Gonzague de Ladru, son second), Théo Frilet (Just Clamorgan), Juliette Lamboley (Colombe/Colin Clamorgan, sa sœur), Joaquim de Almeida (cpt. João da Silva), Olivier Chantreau (Martin Delacroix), Didier Flamand (Père Thévet), Vlasta Vrana (Pierre Richer, pasteur protestant), Liana Balaban (Aude Richer, sa fille), Pietro Mário Bogianchini (Pay Lo/Old Sea Do), Tatsu Carvalho (le chevalier Gustave), Giselle Motta (Paraguaçu), Agnès Soral (Eléonore Rouen), Bruno Wolkowitch (cpt. Des Granges), Hélène Hardouin (Emilienne), Paulo Campani (horloger).
Synopsis : En août 1555, Just et Colombe Clamorgan, deux adolescents français, décident de partir au Brésil pour y rechercher leur père disparu. Ils sont embauchés comme interprètes dans l’expédition coloniale menée par un chevalier de Malte, le vice-amiral Nicolas Durand de Villegagnon (1510-1571), qui est secondé par le capitaine Gonzague, un homme violent et d'une discipline rigoriste ; les femmes n'étant pas bienvenues dans les expéditions, Colombe doit se déguiser en garçon et devient Colin. Villegagnon a été chargé par Henri II d’installer une colonie sous les tropiques, au Brésil, en terre portugaise, où les protestants français pourront exercer librement leur religion. Arrivés dans la baie de Guanabara (Rio de Janeiro), sur l’île de Serigipe, les Français se trouvent rapidement confrontés aux populations indigènes, certaines restées traditionnelles et cannibales, d'autres soumises au malfrat portugais João da Silva. Colombe est capturée par des Indiens, mais réussit à se lier d'amitié avec eux au sein d'une tribu dirigée par le vieux Français Pay Lo qui a fait sa vie parmi eux. Villegagnon fait construire un fort en pierres pour résister aux Portugais, Fort Coligny, mais faute de moyens humains, il est amené à négocier avec Da Silva le prêt d'esclaves indiens, contrairement aux principes dictés par son humanisme, sa foi religieuse et un certain respect envers les populations locales. Malgré les difficultés, Villegagnon poursuit son objectif de bâtir une colonie française régie par l'humanisme. Pour pouvoir rivaliser avec la puissance de Da Silva, il demande des renforts au roi de France et à Jean Calvin à Genève. Villegagnon s'est pris d'amitié pour Just, fils de son ancien compagnon d'armes pendant les guerres d’Italie, et forme à la chevalerie ce jeune homme qui croit en la mission civilisatrice de l’Europe chrétienne. Cachée dans la tribu de Pay Lo, Colombe s'adapte, elle, avec plaisir au mode de vie des indigènes. En mars 1577, l'arrivée d’une deuxième fournée de colons protestants envoyés par Jean Calvin, accompagnés de leurs femmes et nettement plus radicaux que la première, avive les tensions religieuses. Ce nouveau groupe est commandé par le pasteur Pierre Richer (qui annonce le décès accidentel de Henri II), un homme intolérant et autoritaire, bien décidé à « apporter aux sauvages la bonne parole » et à extirper la corruption. Villegagnon et le calviniste se disputent au sujet de Just qui a demandé la main d’Aude Richer, la fille du pasteur ; le vice-amiral veut faire du jeune homme un chevalier de Malte, soumis au vœu de chasteté, tandis que Richer refuse tout mariage mixte avec un catholique. L’île se transforme en champ de bataille théologique, Richer cherche une alliance avec Da Silva pour renverser Villegagnon, mais ses émissaires se font massacrer. Ayant appris l’arrivée prochaine de vingt-quatre navires portugais envoyés pour détruire Fort Coligny, le vice-amiral cherche à s’allier avec la tribu de Pay Lo, mais celui-ci n’est pas dupe (« la seule chose que le Blanc offre aux Indiens, c’est l’extermination »). Just retrouve sa sœur qu’il croyait morte, métamorphosée en « sauvage », épanouie et qui cherche même à le séduire sexuellement (elle ne croit plus au péché, dit-elle). Colons et chevaliers s’unissent pour anéantir Da Silva, devenu de plus en plus menaçant et que Just abat au pistolet. Pris en tenaille entre Français et Portugais, les Indiens détruisent leur camp et disparaissent dans la jungle après le décès de Pay Lo ; Colombe rentre auprès des siens. Just refuse d’être adoubé chevalier et, résigné, le vice-amiral lui révèle que Colombe n’est pas sa sœur, mais une enfant trouvée par son père jadis en Italie. La flottille portugaise est en vue, il est urgent d’abandonner l’île et son fort. Les chevaliers de Malte décident de mourir en défendant la place. Just, Colombe et les colons protestants s’enfoncent dans la forêt vierge sous la guidance des Indiens Topinamboux, tandis que résonnent les premiers coups de canon... Carton final : « Villegagnon et ses chevaliers perdirent la bataille pour la sauvegarde du fort. Il survécut et rentra en France. Frustré de n’avoir pu établir la paix entre chrétiens, il combattit avec sauvagerie dans les rangs catholiques, au cours des guerres de religion qui durèrent plus de 20 ans. Just, Colombe et les autres colons s’unirent aux Indiens et prospérèrent sur la terre qui devint la leur. » Fondu sur Rio aujourd’hui.
Juliette Lamboley et Théo Frilet, sœur et frère déchirés entre deux mondes irréconciliables (« Rouge Brésil »).
 « Sauvages » et civilisateurs à la veille des guerres de religion
Adapté du roman éponyme de Jean-Christophe Rufin de l’Académie Française, prix Goncourt 2001, ce téléfilm raconte la fondation au Brésil de l’éphémère colonie baptisée « France antarctique » par les chevaliers de Malte, un épisode mal connu, rapporté par le théologien protestant Jean de Léry, un membre de l’expédition (Histoire d’un voyage fait en la terre de Brésil, 1578). Villegagnon et le pasteur Richer ont bien existé, ainsi que les disputes entre chevaliers, Portugais, Indiens et colons calvinistes. Les jeunes Just et Colombe sont les porte-parole fictifs de l’auteur, leur découverte de ce nouveau monde proche de la nature et leur lente maturation à son contact fait toute la trame du roman, centré sur ce choc de civilisations. Le titre du livre évoque directement le bois brésil découvert dans le pays et dont on tire une teinture rouge. Dans les faits, Villegagnon, contesté par les siens, retourna en France en 1559. Fort Coligny et le bourg voisin d’Henriville furent attaqués par les Portugais en 1560 et les Français qui les occupaient se réfugièrent dans les forêts environnantes et s'installèrent avec les Indiens. Ils parvinrent à maintenir une relation commerciale avec la France jusque vers 1567, période à laquelle les Portugais se décidèrent à une occupation véritable de la région. Aujourd'hui, l’île qui abritait le fort est appelée Ilha Villegaignon et abrite l'École navale brésilienne. Dans le roman de Rufin, Villegagnon est un utopiste aux idées généreuses, un croyant tourmenté par ses actes qui dérive dans la violence lorsque son projet de communauté s’effondre. Le téléfilm de Sylvain Archambault, plus porté sur la joliesse des images que sur l’exotisme tape-à-l’œil ou la vision politico-religieuse de la colonisation, adoucit le portrait du vice-amiral en faisant de Gonzague son double inquiétant, l’homme des sales besognes. La matière extrêmement dense du récit doit être réduite à trois heures et on ne peut que survoler les thèmes passionnants développés dans le livre (la confrontation de deux mondes, le « sauvage » et le « civilisateur », les rivalités entre puissances coloniales, le début des guerres de religion). On passe comme chat sur braise sur l’exploitation portugaise qui suivit. Mais Archambault mène son récit d’aventures tambour battant, avec efficacité et une certaine flamboyance (on songe plus d’une fois à la « Forêt d’émeraudes » de John Boorman), soutenu par la justesse de la reconstitution ethnologique et la fougue des interprètes, Stellan Skarsgård, Juliette Lamboley et Théo Frilet en tête. Le tournage s’est effectué sur place au Brésil, sur le littoral de Rio de Janeiro, avec de la figuration tupi provenant des villages indigènes de Maracana, Camboinhas, Sapucaia et Paraty. Jouissif malgré ses limites.
Mads Mikkelsen, le justicier ombrageux de Kleist déplacé dans les Cévennes protestantes (« Michael Kohlhaas », 2012).
2012Michael Kohlhaas (FR/DE) d’Arnaud des Pallières
Serge Lalou, Martina Haubrich, Gunnar Dedio/Les Films d’ici (Paris)-Looks Filmproduktionen GmbH (Berlin)-Arte France Cinéma-Arte Deutschland TV GmbH-ZDF/Arte-Rhône Alpes Cinéma-Hérodiade-K’ien Productions, 122 min./117 min. – av. Mads Mikkelsen (Michael Kohlhaas), Delphine Chuillot (Judith Kohlhaas, son épouse), Mélusine Mayance (Lisbeth Kohlhaas, leur fille), David Kross (le prédicateur luthérien), Bruno Ganz (le gouverneur), Denis Lavant (le théologien), Roxane Duran (Marguerite de Navarre), Paul Bartel (Jérémie), David Bennent (César, le palefrenier), Swann Arlaud (le baron), Sergi López (le manchot catalan), Amira Casar (l’abbesse), Jacques Nolot (l’avocat), Guillaume Delaunay (le géant), Christian Chaussex, Serge et Nicolas Capelle (les jumeaux).
Synopsis : Première moitié du XVIe siècle. Réformé d’origine allemande, éleveur prospère, Michael Kohlhaas s’est établi dans les Cévennes protestantes avec sa femme Judith et sa fillette Lisbeth. Alors qu’il va vendre des bêtes à une foire, il se heurte à un baron local qui a décidé arbitrairement d’installer un péage sur ses terres. N’ayant pas d’argent sur lui, Kohlhaas doit laisser en gage deux chevaux et un valet, César. Lorsqu’il revient, les animaux sont méconnaissables, écorchés et fourbus ; César, qui a tenté de s’opposer aux mauvais traitements, a été mutilé par les molosses que les sbires du baron ont lâchés sur lui. Kohlhaas tente vainement d’obtenir réparation avec l’aide d’un avocat, mais il est débouté trois fois par le tribunal, le baron crapuleux bénéficiant de l’influence d’un parent à la cour. Judith se propose de plaider la cause de son mari auprès de Marguerite de Navarre, sœur du roi François Ier, estimant qu’elle aura plus de facilité, en tant que femme, à approcher la princesse. Un valet ramène son corps ensanglanté, elle meurt peu après. Kohlhaas vend tous ses biens, confie sa fille à un ami pasteur allemand et attaque à l’aube le château du baron avec ses valets, tuant tous les occupants ; le nobliau est absent. Le rebelle lève une armée de gueux et de paysans en colère et, défiant le pouvoir féodal, il ravage les propriétés voisines. Ayant appris que le baron s’est caché dans une abbaye catholique, il incendie les lieux, puis s’en prend aux soldats du gouverneur. Marguerite de Navarre mande un théologien protestant pour le convaincre d’entrer en pourparlers. Quoique ébranlé par les arguments du prédicateur qui lui refuse la bénédiction (« la mort est un choix : qui ne tue pas ne meurt pas »), Kohlhaas s’abstient d’obtempérer tant que justice ne lui sera pas rendu et que le baron l’ait dédommagé des préjudices subis. Lorsque la princesse se dit prête à réexaminer son cas s’il renonce aux pillages, il dépose les armes, dissout son armée, rentre chez lui et attend son procès. Mais quelques jours plus tard, il est arrêté et jeté en prison à la suite de brigandages commis par des hommes démobilisés de sa troupe. Le gouverneur lui annonce qu’il sera dédommagé financièrement, que le baron coupable a été incarcéré pour deux ans, mais que lui-même est condamné à mort pour sédition. Kohlhaas se livre sans résistance au bourreau qui le décapite ; sa fille, présente sur les lieux de l’exécution, s’en va après un dernier adieu.
Une entreprise déroutante à plusieurs titres. La nouvelle Michael Kohlhaas. Aus einer alten Chronik de Heinrich von Kleist (1810) se déroule en Allemagne, dans le Brandebourg et à Dresde, en Saxe, à l’époque des jacqueries et de Martin Luther ; le réformateur joue d’ailleurs un rôle non négligeable dans le récit. Kleist a pris pour modèle des incidents et un personnage authentiques, le marchand Hans Kohlhase, exécuté à Berlin en mars 1540. Le texte a fait l’objet d’une première adaptation au cinéma signée Volker Schlöndorff en 1969, en RFA (cf. Allemagne au XVIe siècle). Réalisateur confidentiel et exigeant, porté sur l’expérimental et une certaine radicalité stylistique, Arnaud des Pallières rêve depuis vingt-cinq ans de s’attaquer à la trajectoire de cet homme « pour lequel la victoire morale l’emporte sur la défaite physique, mais qui gagne autant qu’il perd ». Il décide de transposer l’histoire, pourtant fortement imprégnée par la culture protestante et les conflits sociaux de la Renaissance germaniques, en France ; Luther y est remplacé par un prédicateur anonyme, l’Électeur de Saxe s’efface en faveur de Marguerite de Valois et Kohlhaas conserve sa droiture tout au long du film, alors qu’il perd en modestie au fil du récit kleistien. L’unique petite fille dont l’affuble le scénario (Kleist lui attribue cinq enfants), délaissée par son père et qui fait un coup de force en le rejoignant à l’heure de l’exécution, jette sur lui un regard critique, sans réponse : sa révolte autodestructrice et mortifère en valait-elle la peine ?
Des Pallières installe ses caméras à Pierre-Châtel (Isère), sur le plateau du Vercors, au château d’Aujac (Gard) et à la Chartreuse Pierre-Châtel (Ain). Caracolant à travers un paysage aussi sauvage et accidenté que son personnage, Mads Mikkelsen, justicier émacié et ombrageux, l’épée au dos, est confondant de prestance : il a la grâce d’un héros de Kleist, transformé en ange exterminateur par idéalisme forcené. La prédominance des éléments qui envahissent la bande sonore soulignent la rudesse des conditions de vie, et des Pallières élève le vent, le brouillard, la pluie, la brûlure du soleil, même le bruit d’une mouche au rang d’acteurs, préférant (à l’instar d’un Bresson) la sensation à la reconstitution naturaliste, la sueur aux gestes. Les décors sont approximatifs, les ruines filmées telles quelles, de loin ou de trop près. Cependant, muselé par la rigueur du contexte comme par l’austérité raide de l’approche, le cinéaste oublie ce qu’il voulait transmettre. A force de minimalisme, la monotonie et l’ennui s’installent ; le récit perd de force et surtout de clarté, noyé dans une succession de gros plans esthétisants qui égarent le spectateur, déjà en manque d’information élémentaire quant aux lieux et aux diverses activités des protagonistes. Les dialogues sont marmonnés et Mikkelsen, qui a appris son texte phonétiquement, ne peut dissimuler un fort accent danois, ce qui ne renforce guère la compréhension générale. Kleist place son « Don Quichotte de la moralité rigoureuse bourgeoise » (Ernst Bloch) à la charnière de deux époques : l’ordre sociétal moyenâgeux d’une part, qui encourage l’individu à faire lui-même valoir ses droits là où les autorités ont failli, et la conception absolutiste de l’autre, qui impose l’État avec son arbitraire comme unique recours. Or, en situant son récit loin de toute collectivité, de tout centre urbain, dans un cadre dénudé, sans références concrètes ni temporelles ni géographiques, en privant ses personnages d’identité (hormis cette princesse de Valois-Angoulême qui se déplace curieusement sans la moindre escorte), le cinéaste saborde son propos, car l’histoire d’une injustice sociale nécessite préalablement un tissu social. Sinon, le destin tragique du marchand de chevaux spolié n’est qu’anecdote, et la réflexion proposée sur la justice reste aussi abstraite que stérile. – Film présenté aux festivals de Cannes (compétition officielle), Rio de Janeiro, Vancouver, Stockholm et St. Louis (USA) en 2013. – US : Age of Uprising : The Legend of Michael Kohlhaas.
2011-14® Niccolò Machiavelli - Il Principe della politica (IT) de Lorenzo Raveggi. - av. Francesco Grifoni (Louis XII), Elissabetta Pellini (la reine Anne de Bretagne). - cf. Italie.
2014(tv) Anne de Bretagne, deux fois Reine (FR) de David Jankowski et Vanessa Pontet
série "Secrets d'Histoire", Jean-Louis Remilleux/France Télévisions-Société Européenne de Production (SEP) (FR2 14.10.14), 90 min. - av. Julia Gratens (Anne de Bretagne). - Docu-fiction sur la duchesse de Bretagne, mariée contre son gré à quatorze ans au roi Charles VIII, puis sept ans plus tard au roi Louis XII. Présenté et commenté par Stéphane Bern, avec reconstitutions et extraits de films.
2015(tv) Il cielo di Marignano (Marignan, mémoires en bataille) (CH) de Ruben Rossello
Luca Jaeggli/SRG SSR-RSI (RSI1 4.10.15 / TSR2 8.11.15), 55 min. - av. Massimo Foschi (le condottiere Gian Giacomo Trivulzio/Jean-Jacques de Trivulce), Susanna Marcomeni (Béatrice de Avalos, son éouse), Teco Celio (Messire Giovan Antonio Rebucco, son chroniqueur), Aaron Hitz (le réformateur Ulrich Zwingli), Piero Mega (le peintre Bernardino de Conti), Ettore Metrangolo (G. A. Rebucco à 30 ans), Diego Benzoni (le roi François Ier).
Docu-fiction de la télévision suisse-italienne produit à l'occasion de la commémoration des 500 ans de la bataille de Marignan, dite "la bataille des géants" (13-14 septembre 1515). Le film illustre les origines politiques du conflit, les raisons de la présence helvétique à Milan (en tant que troupe d'élite d'une alliance mise sur pied par le pape pour chasser les Français de la Lombardie) et la défaite des redoutables mercenaires suisses qui perdent dix mille hommes sous le feu des Français et des Vénitiens. Pour élucider la question, le film donne la parole à un témoignage rarement évoqué, celui du vainqueur de la bataille, chef des armées mercenaires au service de François Ier, le condottiere Gian Giacomo Trivulzio (Jean-Jacques de Trivulce, 1440-1518). Son ami et chroniqueur G. A. Rebucco narre les aléas du conflit. Du travail honorable mais sans relief, tourné sur place en Lombardie, à Melegnano, à San Giuliano, Sant'Angelo Lodigiano (Lodi), au château Bolognini, à Wildhaus (la maison natale du réformateur Ulrich Zwingli) et dans le Jura suisse.

9 .1 . « Le Roi s’amuse » de Victor Hugo et « Rigoletto » de Giuseppe Verdi

Durant son règne, François Ier n’a jamais caché son goût immodéré pour les plaisirs courtois et l’infidélité (on lui prête la phrase : « Une cour sans femmes, c’est comme un jardin sans fleurs »), et c’est à partir de ce trait de caractère que Victor Hugo imagine la tragédie de son bouffon pathétique Triboulet, intitulée Le Roi s’amuse (1832). Ce drame historique en cinq actes (synopsis, cf. le film de Mario Bonnard en 1941) subit cependant les foudres de la censure, l’écrivain malmenant l’image du « Magnifique » en le montrant volage et pervers. La pièce, mal accueillie, est interdite au lendemain de la première pour hostilité à la monarchie (Louis-Philippe) et à la noblesse. Elle ne sera reprise par la Comédie-Française qu’un demi-siècle plus tard, en 1882, sous la Troisième République, pourvue d’une musique de scène de Léo Delibes.
Entre-temps, Francesco Maria Piave en réutilise la trame pour le livret de Rigoletto (1851) mis en musique par Verdi et destiné au Teatro La Fenice. C’est cette version lyrique, écrite vingt ans plus tard, qui vaudra au drame maudit d’Hugo une célébrité universelle. La censure autrichienne à Venise s’est toutefois opposée à une adaptation fidèle du texte hugolien, jugeant à son tour qu’on ne pouvait présenter sur scène un monarque absolu face à un misérable bouffon, et estimant que la malédiction lancée par les courtisans contre ce dernier offensait les âmes religieuses. Verdi et Piave déplacent donc l’action de la cour de France au duché indépendant de Mantoue, transforment le roi François Ier en duc, Triboulet devient Rigoletto (nom découvert dans une parodie de la pièce de Hugo !), Blanche est rebaptisée Gilda, et le sicaire Saltabadil, Sparafucile. Ces modifications permettent d’éliminer le thème délicat du régicide. – Le même sujet a été repris au théâtre par d’autres auteurs : The Fool’s Revenge de Tom Taylor (USA 1859) et La vendetta del buffone d’Enrico Montazio (Italie 1865).
1908Rigoletto: « Sì, vendetta » (IT) de Pasquale Pagliej
Cinemofono Pagliej, Roma-Itala Film, Torino. – av. Enrico Caruso (?). – Une tentative de cinéma sonore par disque (« cinematografo parlante »), selon le brevet de synchronisation du professeur Pasquale Pagliej (1906). On entend l’air de la fin du deuxième acte de l’opéra de Verdi, lorsque le bouffon jure de venger l’honneur bafoué de sa fille.
1908Rigoletto / Il buffone di Corte (IT) de Giovanni Vitrotti
S. A. Ambrosio, Torino, 214 m. – Cette première adaptation (muette) de l’opéra de Giuseppe Verdi et Francesco Maria Piave comporte huit tableaux photographiés par Vitrotti dans les studios Borgo Dora à Turin : 1. « L’oro del Duca » – 2. Maledizione di un padre » – 3. « La seduzione » – 4. « Il mandato dei sicari » – 5. « Travestimento fatale » – 6. « Amor guidavami, mi colse morte ! » – 7. « Hanno ucciso mia figlia ! » – 8. « La mia, è pur la tua vendetta’ ».
1909Rigoletto: Quartett, No. 77 (DE)
Deutsche Bioscop, 4 min. - av. Hermine Kittel (Maddalena), Erik Schmedes (le duc de Mantoue), Gerhard Stehmann (Rigoletto), Grete Forst (Gilda). - Un Tonbild illustrant le quartet de l'acte 3 de l'opéra de Verdi ("Bella figlia dell'amore").
1909Rigoletto : « Miei signori » e « Piangi fanciullo » (IT)
Itala Film, Torino, 3 min. + 3 min. – Synchronisation des airs de Verdi par disques.
1909Le Bouffon (FR) de Victorin Jasset
Société Française des Films Éclair (Paris), 285 m./14 min. – av. Henri Gouget, Teddy. – Une variation sur le thème de Le roi s’amuse d’Hugo, fabriquée au théâtre de prises de vues Eclair à Epinay-sur-Seine, dans le parc de l’ancien château de Lacepède, par le futur créateur du « sérial » cinématographique (le détective Nick Carter).
1909Le Roi s'amuse (FR) d’Albert Capellani
Société Cinématographique des Auteurs et Gens de Lettres (S.C.A.G.L.)-Pathé Frères S.A. (Paris), 350 m./17 min. (20 tableaux). – av. Henri Sylvain (Triboulet), Paul Capellani (François Ier), Marcelle Geniat (Blanche), Armand Numès, Albert Dieudonné, Mlle Trouhanova (Maguelonne, sœur du spadassin Saltabadil).
Une première rendition, fidèle quoique bien sûr très condensée, du drame homonyme d’Hugo (synopsis cf. 1941), filmée aux studios de la Société cinématographique des Auteurs et Gens de Lettres à Joinville-le-Pont à l’aide d’une brochette de vedettes de la scène : Sylvain et Geniat de la Comédie-Française, Trouhanova de l’Opéra, Capellani du Théâtre de la Renaissance, etc. Capellani soigne en particulier les détails historiques, le cinéma devient respectable. – US : Rigoletto.
1909A Fool’s Revenge (US) de David Wark Griffith
American Mutoscope & Biograph Co., 1000 ft./324 m./17 min. – av. Owen Moore (le duc [François Ier]), Charles Inslee (le bouffon [Triboulet/Rigoletto]), Marion Leonard (sa fille [Blanche]), Anita Hendrie, Herbert Prior (les bohémiens complices du bouffon), Dorothy West, John R. Cumpson, David Miles, Arthur Johnson, Linda Arvidson, Harry Solter, Raymond Hatton.
Une adaptation libre de Le roi s’amuse d’Hugo, du Rigoletto de Verdi et de la pièce américaine The Fool’s Revenge de Tom Taylor (1859) qui s’en inspire directement. Des courtisans enlèvent la fille du bouffon pour distraire un duc qui souffre de mélancolie. Le duc s’éprend d’elle, refuse de la séduire et la reconduit à son domicile. Mais le bouffon se méprend sur ses intentions et organise l’assassinat du duc. Sa fille sacrifie sa vie pour le sauver. – Projet culturel de qualité, destiné aux couches moyennes et tourné à New York (près de Union Park), le film est jugé par la presse comme étant un exemple digne du Film d’Art français. Accompagnement musical de Verdi.
1909The Duke’s Jester or A Fool’s Revenge (US) de James Stuart Blackton
Vitagraph Co. of America, 945 ft./287 m. – av. Maurice Costello (le duc), William Humphrey (le bouffon). – Filmé à New York City sur le toit du Morse Building par le fondateur de la Vitagraph, plongé alors dans diverses adaptations historico-littéraires d’envergure (Shakespeare, « Les Misérables » et « Napoléon » avec William Humphrey dans le rôle de l’empereur). Comme chez Griffith (cf. supra), Hugo, Verdi et Tom Taylor parrainent le scénario.
1910Rigoletto (IT) de Gerolamo Lo Savio
Film d'Arte Italiana (Roma), 350 m. – av. Ferrucio Garavaglia (Rigoletto), Vittoria Lepanto (Gilda). – Adaptation du sujet traité par Verdi, jouée par les deux interprètes d’« Otello » d’Ugo Falena (1909), sous l’égide alors prestigieuse du Film d’Arte à l’italienne.
Une scène festive du drame de Victor Hugo filmée dans l’Hôtel de Ville de Vienne en 1918.
1918Der König amüsiert sich (Rigoletto) (AT) de Luise Kolm-Veltée et Jakob Fleck
Wiener Kunstfilm-Industrie Ges.m.b.H., 1710 m./4 actes./env. 60 min. – av. Liane Haid (Blanche [Gilda]), Wilhelm Klitsch (François Ier), Hermann Benke (Rigoletto), Eduard Sekler (Saltabadil, un pêcheur), Anka Sandro (sa sœur), Karl Ehmann (comte Saint-Vallier), Eugenie Bernay (sa fille), Josefine Joseffy (Berarde).
En 1917/18, la Wiener Kunstfilm dirigée par le couple Kolm-Fleck, responsables des débuts de la fiction cinématographique en Autriche, lance la ballerine Liane Haid, 22 ans. Elle va devenir la grande star du cinéma viennois, puis berlinois. « Der König amüsiert sich » (le roi s’amuse) est un de ses premiers succès à l’écran, un sujet emprunté à Hugo et à Verdi, réalisé en décors naturels à l’Hôtel de Ville de Vienne et dans la forteresse de Kreuzenstein, au nord de la capitale. Le film sera suivi d’autres adaptations d’œuvres théâtrales françaises (Don César de Bazan de Dumanoir et d’Emery, La Juive d’Emery, etc.). Accompagnement musical de Verdi. A Prague, la censure exige que le monarque du titre soit transformé en duc.
1922Rigoletto (GB) de George Wynn
Master Films (Harry B. Parkinson)-Gaumont [série « Tense Moments from Opera »], 1124 ft./365 m./12 min. – av. Wyn Richmond (Gilda), Clive Brook (le duc de Mantoue), A. B. Imeson (Rigoletto). – Projeté en salle avec orchestre et solistes.
1926Rigoletto, Act Two (GB)
De Forest Phonofilm London (Lee De Forest, M. B. Schlesinger), 30 min. – Enregistrement sonore sur pellicule du deuxième acte de l’opéra de Verdi, court métrage de démonstration.
1927Rigoletto (GB) de Harry B. Parkinson
John E. Blakeley-Song Films (série « Cameo Operas »), 1669 ft. – av. Herbert Langley (Rigoletto), Mme Karina (Gilda), A. B. Imeson (le duc de Mantoue). – L’opéra de Verdi condensé et présenté en salle avec orchestre et solistes.
1927Rigoletto / Quartet from Rigoletto (US)
Vitaphone Corporation-Warner Bros.-First National, 9 min. – av. Benjamino Gigli (le duc de Mantoue), Marion Talley (Gilda), Jeanne Gordon (Maddalena), Giuseppe De Luca (Rigoletto). – Tourné à l’ancien Manhattan Opera House à New York, avec le Vitaphone Symphony Orchestra. Marion Talley, primadonna du Metropolitan Opera, a déjà chanté « Caro nome » dans un court métrage Vitaphone de 1926 sorti en avant-programme du premier film sonore, « Don Juan » d’Alan Crosland. Dans un autre produit Vitaphone de 1927, Charles Hackett, premier ténor du Chicago Civic Opera, interprète « Questa o quella » et « La donna è mobile » en italien (9 min.).
Michel Simon en Rigoletto/Triboulet, le bouffon trompé et humilié de François Ier dans le film de Mario Bonnard (1941).
1941*Il re si diverte (Le Roi s'amuse) (IT) de Mario Bonnard
Scalera Film, 1h32 min. – av. Michel Simon (le bouffon Rigoletto [=Triboulet]), Rossano Brazzi (François Ier), Maria Mercader (Gilda [=Blanche]), Doris Duranti (Margot, la prostituée), Paola Barbara (la duchesse de Cossé), Elli Parvo (Maddalena, la bohémienne [=Maguelonne]), Carlo Ninchi (Jean de Poitiers, comte de Saint-Vallier), Juan de Landa (Sparafucile [=Saltabadil]), Loredana (Diane de Saint-Vallier [Diane de Poitiers]), Franco Coop (le duc de Cossé), Corrado Racca (M. de Brion), Giacomo Moscini (M. de Pardaillan), Adele Garavaglia (Constance, la gouvernante), Guido Morisi (le duc de La Tour), Gemma D’Alba (Mme de Pardaillan), Edoardo Toniolo (le poète Clément Marot).
Synopsis : Débauché et coureur, François Ier rôde tous les soirs incognito dans les tavernes avec une bohémienne [Maguelonne], où il échappe à un assassinat en jouant de la dague. Des malfrats le piègent dans une fosse aux ours, il sauve sa vie en terrassant l’animal avec sa dague. Le lendemain au Louvre, il accorde la grâce du comte de Saint-Vallier, condamné à mort pour trahison, en échange des faveurs de sa fille, Diane (de Poitiers). A la cour, le comte maudit le monarque et son âme damnée, le bouffon Rigoletto [Triboulet]. Ce dernier, haï, difforme, sarcastique, encourageant le roi au libertinage, n’a qu’une raison de vivre : Gilda [Blanche], sa fille unique qu’il tient cachée, à l’abri des séducteurs, ignorant que le roi en personne, déguisé en étudiant, lui a déjà déclaré sa passion. Des courtisans humiliés prennent Gilda pour la maîtresse du bouffon et décident de la lui ravir lors du carnaval, avec son aide involontaire. Rigoletto découvre trop tard la supercherie, sa fille passe la nuit avec le roi. Il jure vengeance, et aidé par Sparafucile [Saltabadil], un tueur à gages qui ignore l’identité de sa future victime, il prépare un guet-apens. Ayant deviné ses intentions et sincèrement amoureuse du roi, Gilda menace Sparafucile de tout révéler. Celui-ci la poignarde et l’enfouit dans un sac destiné au cadavre du monarque, sac que Rigoletto veut ensuite jeter dans la Seine. Quand ce dernier entend François Ier chantonner en riant depuis une terrasse du Louvre (« la donna è mobile ») et ouvre le sac, il perd la raison.

La « France décadente » du cinéma mussolinien
L’unique adaptation parlante de la pièce de Victor Hugo à ce jour nous vient curieusement de l’Italie mussolinienne, d’une industrie cinématographique à son âge d’or, plongée dans l’évasion euphorisante, le romanesque et la canzonetta. Michel Simon est alors bloqué à Rome par la déclaration de guerre ; il vient d’achever pour les frères Scalera « La Tosca » de Carl Koch et Jean Renoir, le drame de Victorien Sardou auquel l’opéra de Puccini fournit la musique, et il se reproche d’avoir refusé le rôle de Quasimodo à Hollywood. Mais Triboulet, autre bossu, fera l’affaire, et Simon (qui collabore au scénario) marche ainsi dans les pas de son rival britannique Charles Laughton. Serviteur des basses œuvres du roi, son bouffon grotesque est le destructeur en puissance de sa propre fille ; il a deux élèves : le roi qu’il encourage au vice, et Blanche-Gilda qu’il élève dans la vertu. L’un perdra l’autre. L’œuvre d’Hugo est réputée moralement condamnable et idéologiquement dangereuse par sa condamnation des élites au pouvoir et l’appel au régicide. Or le sujet de Hugo est ancré dans une France décadente, nation que les producteurs romains n’ont plus besoin de ménager après la défaite de 1940, tandis que l’intrigue de Rigoletto, située dans le duché d’une Italie divisée et primitive, ne flatte pas l’amour-propre des nationalistes et pourrait même irriter le régime au pouvoir.
Difforme, amoral et sarcastique, Rigoletto (Michel Simon, dr.) est haï à la cour de France.
 En définitive, le film présente un mélange de données hugoliennes et verdiennes, le public restant attaché aux personnages rendus familiers par l’opéra. On conserve donc certains noms – Rigoletto, Gilda, Sparafucile – mais l’on insère sur la trame hugolienne des scènes nouvelles, exposant avec complaisance le dévergondage de François Ier (l’épisode initial de la taverne et sa fosse aux ours), souverain briseur de cœurs que campe Rossano Brazzi, « latin lover » par excellence. A la cour apparaît, également peu flatté, Clément Marot (1496-1544), un des premiers grands poètes classiques français, protégé de Marguerite de Navarre, la sœur du roi. Le dénouement diffère légèrement d’Hugo comme de Verdi, chez lesquels Blanche-Gilda surprend la conversation des assassins bohémiens payés par son géniteur, prêts à trucider l’inconnu qui, cette nuit-là, passera par la porte d’une auberge isolée. Ne pouvant avertir le roi sous peine d’incriminer son père, elle se cache sous le manteau de son bien-aimé et se sacrifie pour lui. On élimine aussi les derniers instants : chez Hugo, Triboulet, hystérique, ameute la population avoisinante qui accourt avec flambeaux, méprisante, puis apitoyée. Le peuple témoin, voilà une dimension politique qui n’est pas la bienvenue en Italie fasciste. Bonnard la remplace donc par un crescendo visuel plutôt réussi, avec déchaînement des éléments et éclairages expressionnistes traduisant la frénésie de l’instant (le film, assez opulent, est entièrement tourné aux studios Scalera à Rome). L’insertion obligatoire de la musique de Verdi (quelques airs chantés par Toti Dal Monte et Ferruccio Tagliavini) est opérée par le propre frère du réalisateur, Giulio Bonnard, compositeur et chef d’orchestre. – DE : Eines Königs Zeitvertreib (Rigoletto), US : The King’s Jester, ES : El rey se divierte.
1946/47Rigoletto (Rigoletto) (IT) de Carmine Gallone
Excelsa Film [Livio Pavanelli]-Grandi Film Storici-Minerva Film, 1h40 min. – av. Tito Gobbi (Rigoletto), Marcella Gavoni [voix de Lina Pagliughi] (Gilda), Mario Filippeschi (le duc de Mantoue), Giulio Neri (Sparafucile), Anna Maria Canali (Maddalena), Marcello Giorda (Monterone), Giuseppe Varni (le comte de Ceprano), Roberto Bruni (Borsa), Virgilio Gottardi (Marcello), Emilia Carlino (Giovanna).
Vétéran du cinéma commercial et du péplum, Carmine Gallone, qui a signé en 1938 un biopic de « Giuseppe Verdi », est passé spécialiste de l’opéra filmé, genre apolitique qui lui permet, loin des rodomontades militaristes, de rattraper son dérapage fasciste (le péplum « Scipione l’Africano ») tout en restant au service des gloires artistiques du pays. Rassemblant les plus grands chanteurs italiens du moment, il filme scrupuleusement leurs prestations à l’Opéra de Rome (sans le public), sous la direction musicale de Tullio Serafin. La fosse d’orchestre est visible pendant le générique du début ; une fois le rideau levé, la caméra pénètre sur la scène et y reste en circulant jusqu’au dénouement. Les aficionados considèrent son film comme la meilleure rendition de l’opéra à l’écran, et elle fait d’excellentes recettes dans la Péninsule (210'600'000 lire). Vu l’engouement des Italiens pour le film d’opéra, Gallone continuera sur cette voie avec « La Traviata » (1947), « Il Trovatore » (1949) et « La Forza del destino » (1950), etc.
1954Rigoletto et la sua tragedia (L'Esclave du roi) (IT) de Flavio Calzavara
Granata Vigo/Diva-Film Padova, 1h31 min. – av. Aldo Silvani [voix de Tito Gobbi] (Rigoletto), Janet Vidor [voix de Giuseppina Arnaldi] (Gilda), Gérard Landry [voix de Mario Del Monaco] (le duc de Mantoue), Franca Tamantini (Maddalena), Nietta Zocchi (Giovanna), Cesare Polacco (Sparafucile), Vittorio Vaser (Marcello), Loris Gizzi (le comte de Ceprano), Gualtiero Tumiati (Monterone), Renato Chiantoni (le poète de la cour), Mario Terribile (Borsa).
Verdi en Ferraniacolor, filmé aux studios Tirrenia à Pisorno. Pour éviter la formule « opéra filmé », les adaptateurs ont imaginé des dialogues entrecoupés des airs les plus typiques de l’opéra (avec l’orchestre de l’Opéra de Rome). La formule, introduisant une rencontre incongrue entre théâtre, art lyrique et cinéma, n’est pas toujours convaincante. – DE : Rigoletto / Der Hofnarr.
1958(tv-mus) Rigoletto (US) de Samuel Chotzninoff (th) et Kirk Browning (tv)
S. Chotzinoff Prod. (NBC 16.2.58), 2 h. – av. Igor Gorin (Rigoletto), Oreste Kirkup (le duc de Mantoue), Dorothy Coulter (Gilda), Joshua Hecht (Sparafucile), Gloria Lane (Maddalena). – Captation de l’opéra de Verdi et Piave sous la direction musicale de Jean Morel (Symphony of the Air Orchestra et NBC Opera Theatre Chorus).
1977(tv-mus) Rigoletto (US) de John Dexter
Metropolitan Opera-PBS Television (PBS 7.11.77), 2 h. – av. Cornell MacNeil (Rigoletto), Placido Domingo (le duc de Mantoue), Ileana Cotrubas (Gilda), Justino Diaz (Sparafucile), Isola Jones (Maddalena). – Captation de l’opéra de Verdi et Piave filmée au Metropolitan Opera à New York sous la direction musicale de James Levine.
1980(tv-mus) Rigoletto (FR) de Pierre Cavassilas
(FR3 2.2.80). – av. Kostas Paskalis (Rigoletto), Ottavio Garaventa (le duc de Mantoue), Britt-Marie Aruhn (Gilda), Gianfranco Casarini (Sparafucile), Gillian Knight. – Captation de l’opéra de Verdi et Piave.
1981(tv-mus) Rigoletto (IT) de Carlo Lizzani (th) et Brian Large (tv)
RAI, 1h55 min. – av. Vicenzo Bello (le duc de Mantoue), Garbis Boyagian (Rigoletto), Alida Ferrarini (Gilda), Antonio Zerbini (Sparafucile), Franca Mattiuci (Maddalena), Gigliola Caputi, Bruno Grella. – Le cinéaste Carlo Lizzani (« Cronache di poveri amanti », 1954) filme l’opéra de Verdi et Piave dans l’Arène de Vérone avec des décors gigantesques de Carlo Savi, direction musicale de Donato Renzetti.
1981(tv-mus) Rigoletto (US) de John Dexter (th) et Brian Large (tv)
Metropolitan Opera-PBS Television (PBS 16.12.81), 2h30 min. – av. Luciano Pavarotti (le duc de Mantoue), Louis Quilico (Rigoletto), Christiane Eda-Pierre (Gilda), Ara Berberian (Sparafucile), Isola Jones (Maddalena). – Captation de l’opéra de Verdi et Piave filmée au Metropolitan Opera à New York sous la direction musicale de James Levine.
1982(tv-mus) Rigoletto (AT/DE/IT) de Jean-Pierre Ponnelle 
Wiener Staatsoper-Unitel Film, 2h08 min. – av. Ingvar Wixell (Rigoletto/Monterone), Edita Gruberova (Gilda), Luciano Pavarotti (le duc de Mantoue), Ferruccio Furlanetto (Sparafucile), Victoria Vergara (Maddalena), Fedora Barbieri (Giovanna), Kathleen Kuhlmann (la comtesse Ceprano), Louis Otey (Marullo), Rémy Corazza (Borsa). – Captation de l’opéra de Verdi et Piave filmée au Palais ducal de Mantoue, sous la direction musicale de Riccardo Chailly (Orchestre philarmonique de Vienne). Récompensé de l’Emmy Award 1985.
1982(tv-mus) Rigoletto (GB) de Jonathan Miller (th) et John Michael Phillips (tv)
English National Opera-Thames Television, 2h20 min. – av. John Rawnsley (Rigoletto), Marie McLaughlin (Gilda), Arthur Davies (le duc de Mantoue), John Tomlinson (Sparafucile), Jean Rigby (Maddalena), Terry Jenkins (Matteo Borsa), Myrna Moreno (Giovanna), Seam Rea (Monterone), Mark Richardson (Ceprano), Malcolm Rivers (Marullo). – Captation de l’opéra de Verdi et Piave filmée au National Opera à Londres sous la direction musicale de Mark Elder ; l’action est transposée à New York, Little Italy, au XXe siècle, le duc transformé en parrain de la Mafia.
1987(tv-mus) Rigoletto (IT) de Pier Luigi Samaritani
Teatro Regio di Parma, 2h18 min. – av. Leo Nucci (Rigoletto), Alfredo Kraus (le duc de Mantoue), Luciana Serra (Gilda), Michele Pertusi (Sparafucile), Ambra Vespasiani (Maddalena). – Captation de l’opéra de Verdi et Piave filmée à Parme sous la direction musicale d’Angelo Campori (Orchestra Sinfonica dell’Emilia-Romagna).
1988(tv-mus) Rigoletto (US) de Tito Capobianco (th) et Kirk Browning (tv)
New York City Opera (21.9.88), 3 h. – Brent Ellis (Rigoletto), Richard Leech (le duc de Mantoue), Faith Esham (Gilda), Mark S. Doss (Sparafucile), Susanne Marsee (Maddalena). – Captation de l’opéra de Verdi et Piave filmé à New York sous la direction musicale d’Elio Boncompagni.
1989(tv-mus) Rigoletto (ES) Teatro Nacional La Zarzuela-Televisión Española
(TVE 19.3.89). – av. Alfredo Kraus (le duc de Mantoue), John Rawnsley (Rigoletto), Patricia Wise (Gilda), Miguel A. Zapater (Sparafucile), Eleonora Jankovic (Maddalena), Lola Casariego (Giovanna). – Captation de l’opéra de Verdi et Piave filmée au Teatro Nacional de La Zarzuela à Madrid.
1993Mest Shuta / The Joker’s Revenge [Vengeance d’un bouffon] (RU) de Boris Blank
Erma International-International Cinema Schools Development Foundation-Mosfilm Servis-TSK, 1h20 min. – av. Boris Moiseyev (Rigoletto), Kakhi Kavsadze (le duc de Mantoue), Yekaterina Golubeva (Gilda), Vyacheslav Razbegayev, Olga Koposova, Nikolai Dobrynin, Aleksandr Domogarov, Yekaterina Golubeva. – Une adaptation filmique de Le Roi s’amuse de Victor Hugo par Pavel Finn et Youri Saulsky (musique), tournée en Sovcolor à Moscou mais restée inédite en dehors de la Russie.
2000(tv-mus) Rigoletto (GB) de David McVicar (th) et Sue Judd (tv)
Royal Opera House London-BBCtv, 2h49 min. – av. Paulo Gavanelli (Rigoletto), Marcelo Alvarez (le duc de Mantoue), Christine Schäfer (Gilda), Eric Halfvarson (Sparafucile), Graciela Araya (Maddalena), Giovanni Battista Parodi (Monterone), Elizabeth Sikora (Giovanna). – Captation de l’opéra de Verdi et Piave filmée au Royal Opera House à Londres sous la direction musicale de Sir Edward Downes, et qui contient des scènes explicites de sexe et de nudités.
2001(vd-mus) Rigoletto (IT) de Charles Roubaud (th) et Pierre Cavassilas [tv]
RAI-Arena di Verona (RAI 21.7.01), 2h14 min. – av. Leo Nucci (Rigoletto), Aquiles Machado (le duc de Mantoue), Inva Mula (Gilda), Mario Luperi (Sparafucile), Sara M’Punga (Maddalena), Milena Josipovich (Giovanna), Giuseppe Riva (le comte de Monterone), Andrea Piccini (Marullo), Giovanni Floris (Matteo Borsa), Angelo Nardinocchi (le comte de Ceprano), Alessandra Canettieri (la comtesse de Ceprano). – Captation de l’opéra de Verdi et Piave filmée dans les Arènes de Vérone sous la direction musicale de Marcello Viotti.
2004(tv-mus) Rigoletto (NL) de Corina Van Eijk
Stichting Spanga het Verona van Westellingwerf, 1h40 min. – av. Peter Michailov (Rigoletto), Jasmin Besig [voix de Karen Wierzba] (Gilda), Charles Alvez da Cruz (le duc de Mantoue), Mourad Amirkhanian (Sparafucile), Klara Uleman (Maddalena), Egidius Pluymen (le comte de Monterone), Brian Green (Marullo), Wil van der Meer (Matteo Borsa), David Levi (le comte de Ceprano), Mieke Doeschot (Giovanna). – Captation de l’opéra de Verdi et Piave filmée au Wisseloord Studio’s, à Hilversum, Pays-Bas.
2005(vd-mus) Giuseppe Verdi’s Rigoletto Story (IT) de Gianfranco Fozzi
Maurizio De Santis, David Guido Pietroni/Roadhouse Movie, 2h06 min. – av. Roberto Servile (Rigoletto), Inva Mula (Gilda), Marcelo Àlvarez (le duc de Mantoue), Andrea Silvestrelli (Sparafucile), Andrea Cortese (Marullo), Emilia Bertoncello (la comtesse de Ceprano), Giulio Boschetti (le comte de Ceprano), Cesare Lana (le comte de Monterone), Paola Leveroni (Giovanna), Giovanni Maini (Matteo Borsa). – Enregistrement de l’opéra filmé en extérieurs à Sienne, avec une direction musicale de Keri-Lynn Wilson (Toscanini Foundation Orchestra) et des costumes de Vivienne Westwood.
2010(tv-mus) Rigoletto a Mantova (IT/GB/FR/JP/US/DE) de Marco Bellocchio (th) et Pierre Cavassilas (tv)
Andrea Andermann/Rada Film-Rai Uno-BBC-France Télévision-Montparnasse Spectacle-TV5 Monde-NK-PBS-ZDF (RAI Uno+FR3 4-5.9.10), 2h05 min. – av. Plácido Domingo (Rigoletto), Yuliya Novikova (Gilda), Vittorio Grigoro (le duc de Mantoue), Nino Surguladze (Maddalena), Ruggero Raimondi (Sparafucile), Caterine Di Tonno (Giovanna), Gianfranco Montresor (le comte de Monterone), Giorgio Caoduro (Marullo), Leonardo Cortellazzi (Matteo Borsa), Giorgio Gatti (le comte de Ceprano), Kassandra Dimopoulou (la comtesse de Ceprano). – L’opéra de Verdi et Piave enregistré en direct (retransmission planétaire) au Palais ducal et au Palazzo Te de Mantoue, dans une mise en scène du cinéaste Marco Bellocchio, jadis un des grands contestataires du 7e Art (« I pugni in tasca », 1965, « Nel nome del padre », 1971), et sous la direction musicale de Zubin Mehta (Orchestra Sinfonica Nazionale della RAI).
2010(tv-mus) Rigoletto (DE) de George Blume
Teatro La Fenice-Arte-Westdeutscher Rundfunk (WDR/Arte 2.10.10), 2h20 min. – av. Eric Cutler (le duc de Mantoue), Roberto Frontali (Rigoletto), Désirée Rancatore (Gilda), Marco Spotti (Sparafucile), Daniela Innamorati (Maddalena), Rebaka Lokar (Giovanna), Alberto Rota (le comte de Monterone), Jorio Zennaro (Matteo Borsa), Armando Gabba (Marullo), Luca Dall’Amico (le comte de Ceprano), Elena Traversi (la comtesse de Ceprano). – Captation de l’opéra de Verdi et Piave filmée au Teatro La Fenice sous la direction musicale de Myung-Whun Chung.