IV - LA GRÈCE
2. LE CYCLE DE TROIE
| 1910 | rajout livre p. 195: Elektra (US) Vitagraph Company of America. - Réalisation de J. Stuart Blackton, dans les studios de Morse Building sur Nassan Street à New York.. |
| 1924 | correctif livre p. 180 : Helena, der Untergang Trojas (DE) de Manfred Noa. - av. Karel Lamac (Patrocle). |
| 1948 | rajout livre p. 203 : [Ulysse ou les Mauvaises Rencontres / Aller et retour (FR) d'Alexandre Astruc ; Prod. Anet Label. – av. Daniel Gélin (Ulysse), Jean Cocteau (Homère / le récitant), Christian Bérard (Poséidon), François Chalais (Ménélas), France Roche (Hélène de Troie), Jean Charles Tacchella (le chef des Lotophages), Juliette Gréco (Calypso), Anne-Marie Cazalis (Nausicaa), Jean Genet (le Cyclope), Yvonne de Bray (Circé), Alexandre Astruc (un Lotophage), Boris Vian, Danièle Delorme, Marc Doelnitz, Sylvia Bataille, Henri Troyat. – Ulysse s’égare dans les nuits de Paris au XXe siècle. – « L’Odyssée » d’Homère parodiée sur le mode burlesque, à partir d'un scénario d’Astruc et d'un commentaire de Jean Cau. Cocteau signe aussi les costumes. Le film, un court métrage 16 mm en noir et blanc, semble perdu. Il n’est jamais sorti, le producteur s’étant enfui en Suisse après avoir fait faillite. Si la participation de Boris Vian n’est pas confirmée par Astruc dans ses mémoires (« Le montreur d’ombres », 1996), elle l'est en revanche par J. C. Tacchella, que HD a interviewé à ce sujet en 2009.] |
| 1954 | Rajout livre p. 192 (tv) Troilus and Cressida (GB) de George Rylands et Douglas Allen (BBC). - distribution aussi av. Donald Eccles (Priam), Paul Hansard (Enée), Helen Shingler (Hélène), Jill Balcon (Cassandre), Joseph O'Conor (Agamemnon), John Vere (Ménélas), Geoffrey Toone (Achille), Michael Brennan (Ajax), Walter Hudd (Ulysse), Andrew Leigh (Nestor), Leo Cicero (Patrocle). |
| 1954 | correctif livre p. 205 : (tv) The Return of Ulysses (US) de Sidney Lumet, série « You Are There », prod. Charles Russell. – av. Neva Patterson (Hélène de Troie), Beatrice Straight (Pénélope), John Baragrey, Philip Bourneuf, Augusta Dabney, Frederic Downs, Bruce Gordon, Milton Selzer, Douglass Watson, Jack Bittner, Richard Casey, Walter Conkrite (le journaliste). - Scénariste non crédité : Abraham Polonsky, alors sur la “liste noire” maccarthyste. |
| 1954 | rajout livre p. 192 : (tv-th) The Face of Love (GB) d'Alvin Rakoff (BBC 5.10.54), 90 min. - av. Mary Morris (Cressida), Laurence Payne (Troilus), Hugh Sinclair (Hector), John Breslin (Enée), Maurice Colbourne (Pandare), Peter Cushing (Mardian), Joan Miller (Hélène), Janet Butler (Philomène), Paul Whitsun-Jones (Agamemnon), AlanTilvern (Ajax), Ronald Lewis (Diomède), Eileen Peel (Phrynia), Brigid Lenihan (Phyllida), Janet Butler (Philomène). - "Troilus and Cressida" de Shakespeare adapté par Ian Dallas. |
| 1955 | rajout livre p. 192 : (tv) Iliad (US) de Tad Danielewski série "Omnibus" (série 3, épis. 25), Robert Saudek/Affiliated Film Producers-American Broadcasting Company (ABD)-CBS Studios-Ford Foundation (CBS 3.4.55), 55 min. - av. Dorothy Hart (Hélène), Jason Evers (Paris), Paul Sparer (Achille), Alexander Scourby (Ulysse), Roger Evan Boxill (Patrocle), Michael Higgins (Hector), LeRooi Operti (Nestor), Frederic Tozere (Agamemnon), Frederick Rolf (Priam), Susan Douglas Rubes (Andromaque), Grant Sullivan (Ajax), Edgar Stehli (Idaios), Florence Reed (la servante d'Andromaque), Michael Kane (Homère), Alistair Cooke (présentation). - La dixième année du siège de Troie, épisode filmé dans les studios CBS à New York. |
| 1965 | rajout livre p. 206 : (tv) The Odyssey – Part 1: The Structure of the Epic – Part 2: The Return of Odysseus – Part 3: The Central Themes (US) de John Barnes John Barnes, Jeanne Barnes/Encyclopaedia Brittanica Films, Inc., 3 x 27 min. - av. Simon Lack (Ulysse), Ann Morrish (Pénélope), Dyson Lovell (Télémaque), Michael Gwynn (Zeus). - Gilbert Highet présente la structure et le fond historique du texte de Homère, discours animé par des scènes reconstituées. |
| 1966 | rajout livre p. 196 : (tv-th) Electra (ES) de Fernando Delgado "Teatro de siempre" (TVE 20.11.66). - av. Berta Riaza (Electre), Paco Valladares (Oreste), María Asquerino (Clitemnestre), Enrique Cerro (Egisthe), Mercedes Borqué (coryphée), Pedro Sempson (précepteur), Lola Cordón, Concha Leza, Trinidad Rugero. - La tragédie de Sophocle. |
| 1968 | complément d’information livre p. 196 (tv-th) Ifigenia (ES) de Pedro Amalio López. - av. Ana Maria Vidal (Iphigénie), Luis Prendes (Agamemnon), Mary Carrillo (Clitemnestre), Paco Morán (Achille), Maite Brik, Carlos Ibarzábal, Manuel Peiró, Julio Sanchidrian, Vicente Soler. |
| 1968 | rajout livre p. 206 : (tv-th) Odysseus auf Ogygia (DE) de Ludwig Berger (th) et Günther Meyer-Goldenstädt (vd) Akademie der Künste-Zweites Deutsches Fernsehen (ZDF 31.5.68), 60 min. - av. Alexander Kerst (Ulysse), Heidemarie Theobald (Calypso), Jochen Schröder (Hermès), Heinz Giese (Athens), Ralf Schermuly (Télémaque), Edith Schneider (Athéna). - Une pièce parue en 1968, drame de l'aristocrate prussien farouchement antinazi Fritz von Unruh, poète et romancier, jadis un des phares de l'expressionnisme littéraire. |
| 1971 | rajout livre p. 197 : (tv-th) No habrá guerra de Troya (ES) « Estudio 1 » (TVE 30.4.71). – av. Carlos Ballesteros, Jaime Blanch, Tomás Blanco, Javier Escrivá, Florella Faltoyano, Alicia Hermida, María Massip, Andrés Mejuto, Juan José Otegui. – La pièce La Guerre de Troie n’aura pas lieu de Jean Giraudoux en traduction espagnole. |

| 2008 | complément d’information livre p. 209 : Odysseus and the Isle of Mists (GB) de Terry Ingram. - titre français (dvd): Odysseus - Voyage au coeur des ténèbres. |
******************* NOUVEAUX FILMS *********************
| 2009 | (tv-df) Clash of the Gods – 6. Odysseus: Curse of the Sea (US) de Christopher Cassel et Jessica Conway Scott Miller, Christopher Cassel/Dreamaker KPI-Lightworks Producing Group for History (A&E Television 14.9.09), 45 min. - av. Stan Bernard (narration). - Les héros d’Homère face aux dieux de l’Olympe (tournage au Maroc). |
| 2009 | (tv-df) Clash of the Gods – 7. Odysseus: Warrior’s Revenge (US) de Christopher Cassey et Jessica Conway Scott Miller, Christopher Cassel/Dreamaker Productions-KPI-Lightworks Producing Group for History-A&E Television (History Channel 21.9.09), 45 min. - av. Stan Bernard (narration). |
| 2010 | The Legend of Awesomest Maximus / 301 : The Legend of Awesomest Maximus Wallace Leonidas (La Légende de Superplus Maximus) (US) de Jeff Kanew National Lampoon-Farah Films-Vision Entertainment-Velvet Steamroller, 90 min. - av. Will Sasso (Superplus Maximus), Sophie Monk (Hélène de Troie), Gary Lundy (Orlando [=Pâris]), Rip Torn (le roi Foldingus/Looney [=Priam]), Ian Ziering (Testuculès/Testiclees [=Achille]), Khary Payton (le roi Eroticus/Erotic [=Ménélas]), Kristanna Loken (Vénalia/Hottessa), Russell Peters (Pervius). - Foldingus, le roi de Troie, charge le général Superplus Maximus, un imbécile obèse, de repousser les Grecs sous les murs de la cité, mais laisse entrer un phallus géant de bois fabriqué par l'ennemi. Parodie paillarde et débile des péplums, en particulier de 300 de Zack Snyder, auquel le film se réfère explicitement. |
| 2011 | (tv-th) Andromaque (FR) de Muriel Mayette (FR2 17.6.2011), 90 min. - av. Cécile Brune (Andromaque), Eric Ruf (Pyrrhus), Elsa Lepoivre (Cléone), Céline Samie (Céphise), Léonie Simaga (Hermione), Clément Hervieu-Léger (Oreste), Stéphane Varupenne (Pylade), Aurélien Recoing (Phoenix). La tragédie de Jean Racine enregistrée au Théâtre antique d'Orange. Une réussite qui témoigne d'un respect et d'une compréhension profonde du texte, sans "modernisations" ni adaptations douteuses. |
| 2012 | (tv) Ulises (ES) d’Eulogio Romero Série « Mitos y leyendas », Koncept Company (RTVE 21.10.12), 23 min. – Iván Ugalde, Salomé Jiménez Diego Olivares, Lucia Moreno, Claudia Yarnell, Fransisco Gregoris. – Le retour d’Ulysse. |
| 2012 | (tv) Aquiles y la Guerra de Troya (ES) d’Eulogio Romero Série « Mitos y leyendas », Koncept Company (TRVE 15.10.12), 22 min. – av. Raúl Tejón (Achille), Paula Serrano (Brisée), Alvaro Cea Alverez (Patrocle), Iván Ugalde, Teresa Soria, Sergio Sánchez de Blas, Alba Jose, Pedro Bea, Pablo Doblas. – Achille n’échappe pas à la destinée tragique que lui a prédite Thétis. |
| 2012 | (tv) Eneas (ES) d’Eulogio Romero Série « Mitos y leyendas », Koncept Company (TRVE 11.12.12), 22 min. – av. Carlota Callén (Didon). |

Caterina Murino (Pénélope) et Niels Schneider (Télémaque)
| 2012/13 | (tv) Odysseus. La Vengeance d’Ulysse (FR/DE/IT/PT) télésérie de Stéphane Giusti Animatógrafo II-GMT Productions-MakingProd (Stéphane Drouet, Matthieu Viala)-Arte-RAI Fiction-RTP-TV5 Monde (Arte 13.6.-11.7.13), 12 x 45 min. - av. Caterina Murino (Pénélope), Niels Schneider (Télémaque), Alessio Boni (Ulysse), Amr Waked (Eukharistos), Florence Thomassin (Hélène de Troie), Victor Gonçalves (Ménélas, roi de Sparte), Karina Testa (Cléa), Bruno Todeschini (Léocrite), Nuno Lopes (Amphymonos), Salim Kechiouche (Orion, fils d’Antinoos), Carlo Brandt (Laërte, père d’Ulysse), Joseph Malerba (Mentor), Augustin Legrand (Antinoos), Frédéric Quiring (le devom Thyoscos), Vittoria Scognamiglio (Eurynomée), Karina Testa (Cléa, sa fille), Joseph Malerba (Mentor, le précepteur), Ugo Venel (Liodès), Amr Waked (Eukharistos, conteur), Jérémie Petrus (Homère, scribe), Philipe Maymat (le prince Palamède), Fanny Paliard (Maïa, prêtresse), Nicolas Robin (Aristes), Luis Lucas (Alcinoos, roi de Phéacie), Sofia Grillo (Arété, reine de Phéacie, son épouse), Capucine Delaby (Nausicaa, leur fille), Vincent Haquin (Kiros), David Carreira (Xenon). Synopsis : Pendant dix ans d’attente, Pénélope subit les caprices de ses prétendants (anciens compagnons d’armes d’Ulysse qui comptent la forcer à se remarier et ainsi à désigner un nouveau roi). Parmi ceux-ci, Léocrite et Antinoos sont les plus insistants, et Télémaque, fils d’Ulysse, est en danger permanent ; il subit des brimades et peine à s’affirmer comme un vrai guerrier. Léocrite surprend Pénélope avec le barde Eukharistos, amoureux de la reine. Convoquée devant l’assemblée des hommes libres d’Ithaque, Pénélope est accusée d’adultère et risque la destitution. Eukharistos est assassiné dans sa cellule. Des esclaves troyens (dont Eurynomée) sont tentés de tirer parti des tensions sur l’île pour venger la mort de leurs proches et la destruction d’Ilion. Entre-temps, le devin Thyoscos découvre Ulysse, naufragé sur la plage, mais à sa demande, il se tait. Pour gagner du temps, Télémaque et son précepteur Mentor font croire au retour secret d’Ulysse sur ses terres. Excédé, Antinoos perd patience et prend le pouvoir par la force. Isolée et épuisée, la famille royale prend la fuite, mais elle est ratrappée. Antinoos est sur le point de faire exécuter tous les proches d’Ulysse, Télémaque compris, lorsque, prévénu par Léocrite, Ménélas, roi de Sparte et cousin de Pénélope, débarque sur l’île en sauveur. Il est venu, affirme-t-il, pour rétablir l’ordre et la justice à Ithaque « sous la protection de Sparte », car les hommes libres de l’île ont besoin « d’un roi, non d’un barbare ». Télémaque le soupçonne de vouloir s’emparer du trône. Hélène, couverte d’un voile blanc, battue quotidiennement par son époux, s’installe dans le palais où la reine lui témoigne de la compassion. Ayant conclu un pacte avec Léocrite, Ménélas le proclame souverain d’Ithaque sans autre forme de procès. Mais, dans l’ombre, Ulysse, déguisé en mendiant, attend son heure. Télémaque bat le séide de Léocrite dans l’arène pour reconquérir le trône. Ulysse se démasque, tous les prétendants qui refusent de lui prêter serment d’allégeance périssent. La paix et l’harmonie semblent revenir sur l’île, mais Ulysse se remet difficilement de ses blessures, ses ennemis préparent leur vengeance. Afin de créer une alliance avec la Phéacie, Ulysse envisage un mariage de Télémaque avec la princesse Nausicaa, bien que celui-ci aime l’esclave Cléa. Se croyant trahi par tous, traumatisé par les longues années de guerre et d’errances, aveuglé par la rage et ses peurs, le roi sombre dans la paranoïa. Il élimine ceux qui lui sont fidèles, renie ceux qui l’aiment (son fils et son propre père Laërte), et, en tyran brutal, dissout l’assemblée des hommes libres. Il voit trop tard que le royaume est en péril, menacé par les navires de Ménélas. Télémaque le fait emprisonner, prend le commandement et réunit ses troupes. Par amour pour lui, Nausicaa s’offre à Ménélas en échange de la paix. Le roi de Sparte lui brise la nuque. L’armée spartiate est en surnombre, la bataille tourne court. Mais ayant retrouvé ses esprits, Ulysse affronte Ménélas en combat singulier et se tue avec lui. « Je n’aurais pu avoir meilleur fils » dit-il en mourant à Télémaque, qui monte sur le trône et épouse Cléa. Une série européenne – Arte oblige - de 14 millions d'euros (soit l’équivalent d’un épisode pilote de Rome !) créée par Frédéric Azémar, l’auteur de l’excellente série Un village français. Le récit est centré sur le personnage de Pénélope et ceux qui sont restés à Ithaque en l'absence du roi guerrier, parti il y a vingt ans pour détruire Troie. Le jeune Télémaque sera-t-il capable de défendre le trône de son père ? Comment Ulysse vit-il l'épreuve du retour, lui qui a longtemps surfé sur sa nostalgie ? Ces extrapolations, cette face cachée de la légende, Stéphane Giusti les filme au Portugal, dans un studio improvisé à 30 km de Lisbonne, avec la James Bond girl de Casino Royale en sublime Pénélope. Certes, les quatre-cinq premiers épisodes prennent leur temps pour présenter les personnages, parce que l’action s’y passe en creux, dans l’attente du retour, dans la projection d’actions et la construction des caractères ; certes, les moyens ne sont pas toujours à la hauteur des ambitions (images de synthèse repérables, décors dépouillés et figurants limités), mais dès le retour d’Ulysse, le récit se corse, s’intensifie à tous les niveaux et se suit sans ennui jusqu’au combat final, proprement homérique. L’ensemble se situe dans une Grèce plus historique que légendaire (au 8e siècle préarchaïque), avec des personnages psychologiquement plus réalistes, qui se débattent sur une île en huis clos pour un trône vide – symbole de toutes les luttes de pouvoir. Au-delà des intrigues familiales s’y dessinent l’affrontment entre la tyrannie autocratique (Ulysse, Ménélas, Antinoos) face à la montée d’une démocratie balbutiante incarnée par Télémaque, mais aussi la rencontre douloureuse entre un fils et le père qu’il n’a pas connu et qui est devenu une sorte de barbare sanguinaire. La thématique père-fils se répercute jusque dans le fait que les enfants des prétendants tués viennent demander réparation (Orion). Tout en brodant sur les intrigues et personnages du mythe (Ménélas, Hélène, Nausicaa), le scénario – cosigné notamment par Frédéric Krivine et Olivier Kohn – ne manque pas d’astuce et d’éclairages originaux, de sorte que, le point de départ étant admis, l’ensemble s’avère à la fois intelligent, adulte et attrayant, en cela aisément supérieur à bien des nanars en jupettes et autres « muscle operas » d’antan ou d’aujourd’hui. Jolie idée aussi d’assigner à Ulysse un jeune scribe sans expérience, chargé de noter tous ses exploits, et qui répond au nom d’Homère… Épisodes : 2. « De l’autre côté de la mer » - 2. « Le Duel » - 3. « Ulysse est vivant » - 4. « Faut-il tuer Télémaque ? » - 5. « La Démocratie contre les barbares (Ménélas) » - 6. « Le Retour d’Ulysse » - 7. « La Paix et les Jeux » - 8. « Les Troyennes » - 9. « La Vengeance d’Orion » - 10. « Le Mariage de Télémaque » - 11.+12. « Télémaque affronte Ulysse ». |

| 2017/18 | (tv) Troy : Fall of a City (Troie: La chute d’une cité) (GB/US/ZA/AU) télésérie de Mark Brozel, Owen Harris et John Strickland Barney Reisz, Derek Wax, David Farr/Wild Mercury-Kudos-BBC One-Netflix (BBC1 17.2.-7.4.18 / Netflix 16.2.18), 8 x 58 min. – av. Louis Hunter (Pâris), Bella Dayne (Hélène), David Threlfall (Priam), Christiaan Schoombie (Troilus), Johnny Harris (Agamemnon), Tom Weston-Jones (Hector), Joseph Mawle (Ulysse), Jonas Armstrong (Ménélas), Alfred Enoch (Énée), Lex King (Aphrodite), David Kwaku Asamoah Gyasi (Achille), Lemogang Tsipa (Patrocle), Hekeem Kae-Kazim (Zeus), Garth Breytenbach (Ajax), Chloe Pirrie (Andromaque), Aimee-Ffion Edwards (Cassandre), Alex Lanipekun (Pandare), Amy Louise Wilson (Briseis), Lauren Coe (Iphigénie), Grace Hogg-Robinson (Hermione), Frances O’Connor (Hécube), Diarmaid Murtagh (Hermès). Hélène a ici les cheveux noirs et non blonds comme dans la légende... Soit, mais la série provoque la controverse (notamment en Grèce) en confiant les rôles d’Achille, de Patrocle, de Nestor, d'Enée, de Pandare, d'Artemis, d'Athéna et de Zeus à des acteurs noirs d’origine africaine, une absurdité bricolée pour séduire la multiethnicité des téléspectateurs anglo-américains, alors que ces personnages issus de l’imaginaire hellénique n’ont aucun rapport avec l’Afrique ! (Homère dit bien qu’Achille était blond.). Le récit concocté par David Farr et tourné en Afrique du Sud, près de Cape Town, commence par la division entre les dieux de l’Olympe, origine du conflit humain à venir, et on pourrait saluer l’initiative de représenter les divinités pour les placer au cœur des relations terrestres – mais on déchante vite, car le script ne tient ensuite plus compte de leurs diverses interférences : tandis qu’Achille est transpercé par une flèche au cou (et non dans le talon), à la fin, le rusé Ulysse fait même croire aux assiégés affamés que le cheval de Troie serait rempli de blé…. les Troyens pragmatiques de l’audiovisuel au XXIe siècle n’étant pas aussi stupides de s’imaginer qu’il s’agirait d’une naïve « offrande aux dieux ». La série illustre aussi les efforts des assiégés pour contrer l’embargo ennemi sur la nourriture ainsi que l’attaque surprise d’Achille et de ses Myrmidons sur la Cilicie (Anatolie méridionale), région alliée et garde-manger de Troie, puis leur pillage de la cité de Lymesse. Enfin, on est tenté de croire que les rois grecs ont voulou détruire Troie pour des raisons commerciales (ce que dénonçait déjà Helen of Troy de Robert Wise en 1956) et qu’ils aient, dès le début, envoyé Hélène, qui joue un double jeu, séduire Pâris pour avoir un prétexte afin de déclarer la guerre et, par la même occasion, placer un complice dans la ville. L’imagerie est correcte (costumes, armes et décors sont même remarquables), manifestement influencée visuellement par Game of Thrones, mais l’ensemble traine, restant sans éclat ni imagination malgré sa timide tentative d’introduire un brin de psychologie et quelques épisodes précédant les neuf années de conflit. Enfin, les dialogues sont parfois d’une vulgarité embarrassante. – Episodes : 1. “Black Blood” – 2. “Conditions” – 3. “Siege” – 4. “Spoils of War” – 5. “Hunted” – 6. “Battle on the Beach” – 7. “Twelve Days” – 8. “Offering”. |
| 2018 | (tv-df) Superhelden – 1. Odysseus (Héros de légende – 1. Ulysse roi d’Ithaque) (DE) de Robert Schotter Clemens Schaeffer, Alexander Thies, Iris Schaeffer-Flechtner/Neue Fernsehproduktion Berlin (NFP)-ZDF-Arte (Arte 17.2.18), 53 min. – av. Stephan Käfer (Ulysse), Nancy Rahmann (Calypso), Manos Papadopoulos (le poète aveugle), Philip Schepmann (narration). - Un docu-fiction sur trois héros mythiques du passé (Ulysse, Beowulf et Perceval) avec reconstitutions et acteurs anonymes dans les rôles muets. |
| 2018 | [Troilus & Cressida (GB) de Gregory Doran; Royal Shakespeare Company-Trafalgar (9.11.18 Ireland / 14.11.18 Great-Britain), 210 min. - av. Adjoa Andoh (Ulysse), Andy Apollo (Achille). Daisy Badger (Hélène), Geoffrey Lumb (Paris), Gavin Fowler (Troilus), Amber James (Cressida), Charlotte Arrowsmith (Cassandre), Suzanne Bertish (Agamemnon), James Cooney (Patrole), Amanda Harris (Enée), Andrew Langtree (Ménélas), Daniel Hawksford (Hector), - Le drame de Shakespeare transposé spectaculairement dans un temps s-f post-atomique similaire au décorum de la série des Mad Max de George Miller, mais en costumes antiques.] |
| 2024 | The Return (The Return, le retour d'Ulysse) (IT/GR/GB/FR/US) d'Uberto Pasolini James Clayton, Konstantinos Kotovrakis, Uberto Pasolini, Roberto Sessa/Heretic-Ithaca Films-Kabo Films-RAI Cinema-Bleecker Street-Red Wave Films-HanWay Films-Picomedia-Marvelous Production, 116 min. - av. Ralph Fiennes (Ulysse), Juliette Binoche (Pénélope), Charlie Plummer (Télémaque), Claudio Santamaria (Eumaes), Marwan Kenzari (Antinous), Roberto Serpi (Melanthius), Chris Corrigan (Polybus), Maxim Gallozzi (Dulicheus), Wael Habib (Aristratos), Paolo de Candia (Ctesippus), Francesco Dwight Bianchi (Amphimedon), Jamie Andrew Cutler (Eurymachus), Cosimo Desii (Eurydamus), Angela Molina (Eurycleia). Une production européenne réalisée par un neveu de Luchino Visconti. Elle n'aborde, comme la série précédente, que le dénouement du récit d'hombre, présenté dans une tonalité austère et tragique. L'Olympe est inexistant. Brisé, hanté par l'horreur de ses méfaits passés, l'anti-héros qu'incarne avec brio Ralph Fiennes n'est plus que l'ombre du puissant roi d'antan, qu'un survivant plein de contradictions pour lequel les notions de pouvoir ou d'héroïsme sont devenus synonymes de dérision et de vanité. Ses exploits peu reluisants l'empêchent longtemps d'affronter sa famille (son nom est "Personne", affirme-t-il). Or le destin ne lui épargne pas l'épreuve d'un terrible carnage final qui épouvante même sa compagne Pénélope, ambiguë, tandis que Télémaque, rebelle, hésite à reconnaître son géniteur. Couvert du sang de ses ultimes victimes, le survivant Ulysse tente non sans peine d'oublier ses démons comme sa culpabilité et de retrouver goût à la vie. Le décor reflète ce désenchantement: pas de palais décoratif ici, mais un ensemble de ruines. Hélas, la narration hésitante et les dialogues parfois lourdingues ne sont pas toujours à la hauteur des performances des interprètes. Tournage sur l'île de Corfou et dans le château de Chlemoutsi (Grèce), avec un casting multiethnique. |
| 2026 | [(tv-df) Le Voyage d'Ulysse en Méditerranée: du mythe à la science (FR) d'Alexandra Barbot et Jean-Luc Guidoin. - Série "Science grand format", Gregory Schnebelen, Sonia Ruspini/Mediatika-France Télévisions-Ubisoft-Studio Happy Flamingos (FR5 5.2.26), 88 min. - av, Pierre Tissot (commentaire). - Un documentaire instructif mais maladroit abondant d'hypothèses plus ou moins fumeuses (avec animations de style "héroïc fantasy") qui cherche derrière Ulysse et son périple ymbolique divers faits historiques, géographiques ou culturels. Diverses animations assez réalistes sont tirées du jeu vidéo "Assassin's Creed Odyssey" (Mediatika-Ubisoft Prod., Québec).] |
| 2026 | (tv-df) L'Odyssée d'Ulysse, le premier héros (FR) de Thomas Cirotteau et Guillaume Viscogliosi (reconstitutions) Antoine Henriquet/Ah! Productions (Boulogne-Billancourt)-Satisfaction Group-Focus Mediaset-RMC Découverte (RMC Découverte 18.6.26), 60 min. - Docu-fiction avec reconstitutions numériques IA et la participation de Joel Christensen, Edith Hall, Andrea Marcolongo, Violaine Sebillotte, Laure Vergniolle de Chantal, Anne Cardona (Voice over) et Alexis Victor (narration)... Une introduction acceptable en la matière pour un public vastement ignare: tous les épisodes s'y trouvent, l'action est trépidante et mobilise 1,1 millions de téléspectateurs. Le visuel archi-boosté à l'IA est assez kitsch mais soigné, du jeu vidéo pompier avec moult effets horrifiques, mi-Batman mi-Beowulf & Grendel ou Hulk. On précise que, contrairement aux autres figures de la guerre de Troie, le roi d'Ithaque n'est pas issu de l'aristocratie, mais d'une famille modeste vivant sur une petite île à l'ouest du Péloponnèse. Selon les exégètes actuels, Ulysse ne serait pas un modèle mais un miroir de l'homme, capable du pire comme du meilleur; dépourvu de superpouvoirs (à l'opposé d'Achille, trempé par sa mère dans le Styx et donc rendu quasi invulnérable), Ulysse ne serait donc qu'un mortel, il serait même le "premier héros humain de l'Histoire" (pourtant, Hermès, admet-t-on, est son "ancêtre"...). Cette interprétation lambda réfute toute la dimension spirituelle du mythe pour réduire le récit à une cascade d'aventures spectaculaires (avec quelques touches dans le vent, marxistes, féministes - rôles de Calypso, Circé, Ino et Athena - ou écologiques). |
| 2026 | * The Odyssey (L'Odyssée) (US/GB[CA/NZ/IS]) de Christopher Nolan Christopher Nolan, Emma Thomas, Thomas Hayslip/Syncopy Films-20th Century Studios-Universal Pictures. - av. Matt Damon (Ulysse), Tom Holland (Télémaque), Anne Hathaway (Pénélope), Zendaya (Athena et sa prêtresse), Lupita Nyong'o (Hélène de Troie / Clytemnestre), Robert Pattinson (Antinoos), Charlize Theron (Calypso), Jon Bernthal (Ménélas), Benny Safdie (Agamemnon), Mia Goth (la servante Melantho), John Leguizamo (Eumée), Elliot Page (Sinon), Samantha Morton (Circé), Himesh Patel (Eurylochus), Bill Irwin (Polyphème), Jimmy Gonzales (Cepheus), Corey Hawkins (Polybew), Himesh Patel (Euryloque), James Remar (le devin Tirésias), Ryan Hurst (Mentor), Katerina Antemel Mpa (Iphigénie), Travis Scott (le barde à Ithaque). En avril 2003, le cinéaste britannico-américain Christopher Nolan, 33 ans, est prévu pour réaliser à Malte, Londres et au Mexique la superproduction Troy - la guerre de Troie menée par Brad Pitt en Achille bodybuildé, véritable Terminator en jupette -, mais des collusions d'agenda l'en empêchent et la fresque est confiée à Wolfgang Petersen, avec le résultat à la fois boiteux et tonitruant que l'on sait (cf. livre pp. 190-192). Après s'être attelé à une attrayante trilogie modernisée de Batman alias Dark Knight, révélant sous couverture de science-fiction la corruption des gouvernants et leur incapacité à résoudre les problème sociaux, suivi d'autres succès planétaires qui vont le propulser au sommet de la profession (Dunkerque en 2017, récit traumatisant de survie, Oppenheimer en 2023, biopic désenchanté du "père de la bombe atomique"), Nolan s'avère bientôt le "réalisateur du grandiose, du compliqué, du solennel" (Marie Sauvion), très original mais facilement tenté par la narration alambiquée et la surcharge tant visuelle que sonore. Tous ses personnages semblent prisonniers de leur mémoire, du temps you de leurs obsessions. Pas étonnant donc si Nolan, fasciné par les labyrinthes mentaux de son écrivain de chevet, l'Argentin Jorge Luis Borgès, continue à rêver d'Homère. Très cultivé, plusieurs fois oscarisé, président du syndicat des réalisateurs américains (Directors Guild of America) et anobli par le roi Charles III, c'est un cinéaste hors du lot (il ne possède ni e-mail ni smartphone). Sans surprise, sa décision de s'attaquer à l'Odyssée avec Matt Damon (qui joua déjà pour Nolan dans Interstellar et Oppenheimer) fait immédiatement la une de tous les médias, car il en est également le scénariste et le producteur avec son épouse Emma Thomas ("Syncopy Films" à Londres) - ce qui signifie une liberté de création maximale. Doté d'un budget faramineux de 250 millions de $ et d'un casting cinq étoiles, Nolan décide de tourner sa fresque sur pellicule argentique de 65mm de large et en format géant IMAX 70mm, un summum de qualité technologique garantissant des effets spectaculaires. Son équipe travaille de février à août 2025 (91 jours) dans de magnifiques décors naturels, parfois peu accessibles. Rien ici d'un blockbuster tourné sur fond vert: le cinéaste promène sa caméra lourdissime en Grèce (Messénie, Corinthe, Pylos, Méthone, Acrocorinthe, plage de Voïdokilla, caves de Nestor dans le Péloponnèse), en Italie (Sicile, Favignana, îles Éoliennes), au Maroc (Essaouira, Marrakech, Aït Ben Haddou pour la cité de Troie, Dakhla), en Grande-Bretagne (Heythorp Zoological Gardens et en Écosse à Findlater Castle, Culbin Forest, Sunnyside Beach, Morayshire), enfin en studio à Culver City/Los Angeles (Sony Pictures & Universal). La séquence du royaume des morts, demeure d'Hadès, et la rencontre avec le devin Tirésias dans les entrailles de la terre, parmi les ombres des défunts aux âmes intranquilles, est tournée en juin en Islande (rivière Markarfljot, plage de Hjorleifshofdi, Sydra Skogarnes) par un temps venteux et pluvieux, sous la lumière inquiétante du soleil de minuit: un paysage froid et isolé aux antipodes de l'univers méditerranéen du héros, dixit Nolan. Le grand voilier "viking" d'Ulysse (le "Draken Harald Hårfage") a été déniché à Haugesund en Norvège. Quant aux costumes, ils ne doivent pas être absolument identiques aux habillement connus, mais refléter un côté intemporel qui les distingue des stéréotypes du péplum hollywoodien. Ainsi, Agamemnon a-t-il une armure de bronze noir, celles des terribles Lestrygons géants qui déciment l'équipage et détruisent la majorité de la flotte d'Ulysse ont des plates du XVe siècle, tandis que les soldats et compagnons d'exil portent tous des tenues sombres en cuir bouilli; et peu importe, à en croire le cinéaste, s'il est absurde de ramer en armure de combat. La colorimétrie se veut terne, parfois obscure, avec filtres délavés gris, bleu foncé ou marron - tout l'opposé du flamboyant Technicolor de Natalie Kalmus. Parti à la recherche d'une esthétique à part, mais aussi marqué par les films Ran d'Akira Kurosawa et Andreï Roublev d'Andrei Tarkovsky, Nolan "joue la carte du grandiose primitiviste" (Le Monde 15.7.26) et réussit ainsi avec un brio certain diverses scènes-clef du méga-poème, témoignage lyrique de la fin de "l'âge de bronze". Or dès l'annonce du tournage, les particularités du projet déclenchent des débats tous azimuts dans divers milieux, en particulier de l'extrême-droite néofasciste. Aux USA en mai 2026, le multimilliardaire trumpiste Elon Musk, natif d'Afrique du Sud et promoteur raciste assumé d'un nationalisme blanc, s'étrangle de colère, accusant à haut cris Nolan d'avoir "profané Homère" en confiant le double rôle d'Hélène de Troie et de sa demi-soeur Clytemnestre, épouse d'Agamemnon, à la ravissante actrice noire Lupita Nyong'o - de triple nationalité kényane, mexicaine et américaine - un choix United Colors of Benetton introduit, soi-disant, "dans le seul but de se conformer aux exigences de diversité de l'académie des Oscars". Bref, pour le patron de PayPal, SpaceX et Tesla, le cinéaste serait un "raciste anti-Blancs qui pisse sur la tombe d'Homère" (Euronews, 22.5.26). Soit. Selon la légende, Hélène, fille de Zeus et de la reine de Sparte Céda, était célèbre pour sa chevelure blonde, une beauté "aux cheveux d'or" et "aux bras lumineux", or la belle n'apparaît ici que très, très brièvement (auprès de son mari qui a balafré son visage pour la punir) et sa postérité artistique en Occident ne s'est jamais embarrassée de considérations multi-ethniques, le métissage étant courant dans la Grèce antique (cf. Alexandre le Grand et les noces persanes à Suse, les Ptolémées à Alexandrie). La déesse Athena est campée par Zendaya, comédienne d'origine partiellement afro-américaine, car pour Nolan, la Méditerranée est une image du monde, carrefour des cultures par excellence auquel l'Hellas fut largement redevable, donc intrinsèquement cosmopolite. L'indignation étant à géométrie très variable, on peut conclure avec le persiflage d'Arnaud Saura-Ziegelmeyer (université de Toulouse): "On réclame des acteurs blancs au nom de l'historicité, pour un mythe qui n'a rien d'historique!" (Première, 15.7.26). Enfin, la représentation d'une Antiquité exclusivement blanche ne se développe qu'au XIXe siècle, lorsque l'Occident darwino-suprématiste transforme la Grèce antique en berceau d'une civilisation "pure", la sienne... Aujourd'hui, le trauma durable de l'Ulysse de Nolan peut en revanche servir de "reflet de la conscience blessée des Occidentaux du IIe millénaire dont la mémoire historique regorge de méfaits, tout spécialement envers les autres peuples" (Gauthier Ambrus, Le Temps, 59.26). Quant à Achille, jadis modèle de référence de la masculinité, il serait, s'offusque Musk, incarné ici, ô horreur, par l'acteur transgenre canadien Elliot Page - ce qui est archifaux et ridicule car Achille, tué depuis belle lurette par la flèche de Pâris, n'apparaît évidemment pas dans le film! D'autres voix haineuses accourues au sauvetage de l'Occident comme celle du site ripostelaique.com affirment que le poème conterait "la grandeur grecque, la permanence des valeurs viriles, la fidélité, la ruse au service du retour au foyer" (18.7.26), ce qui témoigne d'une inculture flagrante: l'Antiquité gréco-romaine a toujours désapprouvé le comportement d'Ulysse, une insulte aux dieux - qui le lui ont d'ailleurs bien rendu (aux de l'Olympe, la fausse offrande religieuse du cheval devant Troie était une provocation). Ainsi, Homère n'a-t-il pas un seul mot pour évoquer le stratagème mensonger conduisant à la chute de la cité, indigne d'un guerrier, et il laisse son auteur enténébré par la culpabilité l'exposer seul à la cour du monarque phénicien Alcynoos, peu avant son retour à Ithaque. Sophocle, Euripide, Platon, Pindare condamnent sans appel ce "roi aux mille tours", Virgile et Dante lui rendent visite en enfer. Comme les Romains avec Énée, les Francs puis les Plantagenets au Moyen-Âge situent leurs origines lointaines à Troie et non pas chez les fourbes Grecs; plus tard même Shakespeare (dans Troilus and Cressida) fait d'Ulysse un dissimulateur peu recommandable, justement puni par les dieux. Il faut attendre les temps modernes pour reconnaître en lui un héros bien d'aujourd'hui... Mais il y a plus drôle encore: quelques cercles fondamentalistes du milieu académique américain (Dennis MacDonald de l'université de Miami, Robyn Faith Walsh, Margaret M. Mitchel) affirment sans rire que la Bible ne serait qu'une variante voire un plagiat de l'Odyssée - tout en énumérant de soi-disantes ressemblances ou emprunts, ce qui justifierait la condamnation du film (CNN 2.8.26). En Grèce, l'ouvrage de Nolan déclenche une vive polémique non seulement à cause de l'Hélène basanée qu'irrite en particulier le cinéaste Yannis Smaragdis, mais du fait que l'Agamemnon du film - dont le faciès reste partiellement caché par son casque - aurait déclenché la guerre contre Troie non pour récupérer sa belle-soeur volage, simple prétexte, mais par avidité, pour piller et détruire la richissime cité (Helen of Troy de Robert Wise en 1956 avait déjà été vilipendé en Grèce pour les mêmes raisons). Rappelons pour finir qu'en 2017/18 déjà, la vénérable BBC à Londres diffusa Troy: Fall of a City (Troie: la chute d'une cité), une médiocre télésérie de 8 heures d'après l'Iliade coproduite avec Netflix/USA, l'Australie et l'Afrique du Sud (tournage à Cape Town, cf. supra) dont 8 personnages secondaires sont interprétés par des acteurs noirs d'origine africaine, notamment Achille, Patrocle, Nestor, Énée, Athéna et Zeus. Comme de bien entendu, il y eut quelques grognements, notamment en Grèce. Bref, la fabrication de la fresque très à part de Nolan ne passe pas inaperçue, indépendamment de ses qualités proprement cinématographiques. Il est avéré que des quelques 35 versions audiovisuelles abordant la saga de l'Odyssée (cinéma & tv), la télésérie européenne Odissea de Franco Rossi et Mario Bava (1968, 8 heures) reste la plus satisfaisante sur le plan de la fidélité au poème d'Homère, mais on ne peut nier que Nolan livre ici une réinterprétation ambitieuse et parfois fort originale du mythe et de son illustration à travers les siècles. Le cinéaste, qui souvent enchâsse dans ses films des temporalités différentes au sein de montages non linéaires, mêle, à l'instar d'Homère, les épisodes de la saga sans souci de chronologie, au risque de mettre le spectateur lambda à rude épreuve. Son film s'ouvre - et se clôt - sur des images insolites de l'immense cheval de bois couché (sans roues) sur les rives de l'Hellespont, suivi du peu ragoûtant et claustrophobique calvaire de ses occupants dissimulés à l'intérieur, à moitié noyés dans l'eau salée et les excréments en attendant que les Troyens découvrent enfin le monstre fatidique et l'entraînent dans la cité. Ulysse, jamais à court de travestissements ou de mensonges, marque et vit l'anéantissement de Troie comme la fin d'une ère où les hommes respectaient "les lois de Zeus" - et l'instauration de temps sauvages et corrompus. L'imagerie sombre et anonyme du début, brièvement illuminée par l'incendie géant de la cité, peut être perçue comme la concrétisation moderne d'un stress post-traumatique toujours présent dans la culture américaine (Vietnam, Afghanistan) faisant ici partie des nombreuses cicatrices et hantises que la guerre a laissées sur Ulysse. Héros faillible, fracassé, marqué à vie par un éventail d'initiatives répréhensibles, il est désormais privé des siens, tourmenté par sa mauvaise conscience et condamné à vivre une multitude d'autres destinées. La mort accompagne chacun de ses pas, dans un parcours et des paysages à la fois vraisemblables et oniriques. Cette représentation - qui introduit l'exact opposé de l'Ulysse yankee campé jadis par Kirk Douglas (1954) - va du reste aussi à l'encontre de l'idéologie masculiniste prônée par les bodybuildés du XXIe siècle et leur instrumentation grotesque du passé, car l'Ulysse de Nolan comme son épouse Pénélope ou Eumée, le porcher aveugle à Ithaque, témoignent également de l'andreia, une vertu exclusive de l'antique élite guerrière impliquant bien d'autres qualités (courage moral, bravoure, honneur, fermeté de caractère, maîtrise de soi) que la grossière et bruyante hypertrophie athlétique qu'affichent par exemple les prétendants lors du banquet final à Ithaque. De manière générale, le cinéaste refuse également de sexualiser les rencontres féminines, contrairement aux récits de l'Antiquité, mais aussi à l'imagerie érotique des habituels péplums italo-américains. Ainsi, la peu affriolante dame représentant ici Circé - une puissante magicienne sur l'île Ééa ayant transformé l'équipage rustre et glouton du héros en pourceaux (séquence mémorable) - a physiquement tout de la paysanne éleveuse de cochons et Nolan passe donc sous silence l'aspect physique, sa liaison avec le héros, puis le mariage d'une année avec cette "sculpturale enchanteresse", fille du dieu-soleil Hélios qu'Homère décrit comme irrésistible! Quant à la belle Calypso sur l'île d'Ogygie qui l'envoûte contre son gré pendant sept ans, anesthésié à ses côtés, drogué par la mastication d'un lotus fauteur d'oubli afin de contrer sa honte paralysante et la perpétuelle souffrance engendrée par le nostos, cet envahissant désir du retour. Dans le film, cette nymphe éperdument amoureuse ne fait pourtant que de brévissimes apparitions disséminées au cours des errances. De plus, Nolan estimant que son personnage fait double emploi avec celui de la belle princesse Nausicaa en Phéacie qui découvre troublée le marin nu sur la grève, il oblitère cette dernière ainsi que la pénultième étape de la saga à la cour de son père Alcinoos. Quant à l'impressionnant cyclope cannibale Polyphème, géant sorti d'un film d'horreur, l'oeil unique perpendiculaire, il a l'appétit vorace et sonore (le craquement des os de ses victimes). Inspiré par le tableau Saturne dévorant son fils de Goya, il est ici muet car, hélas, Nolan ignore son échange cocasse avec ce menteur roué d'Ulysse qui prétend s'appeler "Personne", jeu de mots entraînant un quiproquo général entre Odysseus et oudeis, "personne" en ancien grec. Chez Homère, le cyclope aveuglé suscite ainsi les ricanements de sa fratrie de géants pasteurs, puis la colère vengeresse de leur père Poséidon, dieu de la mer bien décidé à engloutir l'effronté qui, à bord de son navire où il se croit à l'abri, a même révélé son vrai nom dans un irrépressible accès d'orgueil et de vanité. Nolan a décidé d'évacuer non du récit mais de l'image toute intervention concrète des divinités de l'Olympe: pas de jolis trucages à la Ray Harryhausen pour un surnaturel qui, aux yeux des Anciens, était naturel, donc allait de soi. Ici, les dieux se manifestent en priorité à travers les messages des éléments de la nature, d'où le choix de paysages très marquants. Seule exception, la déesse Athena, protectrice peu efficace du héros, peut-être réduite à un souvenir traumatique (car elle ressemble à l'une des prêtresses de la divinité assassinée lors du sac de Troie). L'épisode du chant des sirènes est habilement traité: entêté et insolent, solidement attaché au mat de son navire, Ulysse se met à hurler de douleur devant son équipage muet, terrorisé, les oreilles bouchées par la cire et qui, comme le public, est forcé d'imaginer ce qui provoque cette intense souffrance: on devine à ses cris de désespoir le rappel de tout le passé honteux qu'il voudrait oublier (souligné par une partition envoûtante de Ludwig Göransson). Toutefois, le cinéaste ne peut renoncer entièrement aux effets numériques, en particulier pour le tourbillon infernal de Charybde qui aspire et engloutit les navires, puis la décision d'affronter plutôt la monstrueuse Scylla, un serpent géant à six têtes caché au haut des rochers du détroit et qui dévore férocement plusieurs membres de l'équipage. Cela dit, aussi soigné et spectaculaire soit-il, le film a, compte tenu de sa durée de presque trois heures, d'indéniables failles. D'une part, l'incarnation de plusieurs personnages pourtant essentiels voire hauts en couleurs est sous-développée. Pénélope, Télémaque, Antinoos, Calypso (cf. supra), Eumée, Ménélas ou Hélène (Laërte, le vieux père d'Ulysse est absent) ainsi que divers vétérans meurtris font un peu tapisserie, Nolan leur réservant un minimum de présence, de prestance, négligeant carrément leur profilation. Par conséquent, l'émotion est rare. Reste le dernier quart du récit, entièrement concentré sur la grande tuerie finale à Ithaque-même. Alors que la trahison et l'avidité détruisent peu à peu le petit royaume, Pénélope, épouse ou veuve du roi, assiégée depuis dix ans dans son propre palais, est lasse d'écouter le chant élogieux des exploits vains et chimériques du "grand Ulysse à Troie". Le cinéaste se complaît dès lors à développer sur plus d'une demi-heure un long et laborieux massacre des prétendants (servants & servantes compris), une interminable boucherie noyée dans des fleuves d'hémoglobine qui laisse le spectateur assommé. La violence tant sonore que visuelle de cette ultime partie menace d'effacer toute dimension profonde du récit. Par chance, le cinéaste y rajoute une fin de son cru, inexistante chez Homère mais adéquate quant au sens et à la pacification générale: exilés selon la xenia, cette grande loi d'hospitalité accordée aux étrangers dictée jadis par Zeus, pour avoir tué sans distinction tous les prétendants et causé la mort de tant d'autres, Ulysse et Pénélope quittent Ithaque afin d'aller honorer rituellement les marins et soldats défunts, privés de sépultures depuis dix ans, - tandis que leur fils Télémaque monte seul sur le trône. Très attendu, amplement couvert par la presse de tous bords, le film sort en première mondiale le 6 juillet 2026 à Londres, puis dès le 15 juillet à Paris (score homérique: 1,39 million de spectateurs), le 17 juillet à New York, etc. Il fait partout un malheur en salle et caracole immédiatement en tête du box-office mondial, engrangeant 700 millions de dollars en 12 jours d'exploitation internationale et dépassant le milliard au bout de trois semaines. La presse salue un méga-film d'auteur, imparfait sans doute mais qui sort nettement du lot, à l'instar du 2001: A Space Odyssey de Kubrick, film fétiche de Nolan. Or le "phénomène Ulysse" ne se limite pas aux salles de cinéma, il suscite un vif intérêt pour l'oeuvre d'Homère dans les écoles et universités, puis - surprise! - se prolonge en librairie où les ventes d'ouvrages sur la matière explosent jusqu'à atteindre 1400% en Grande-Bretagne. Homère, le nouveau Tolkien? |
